En ces temps de confinement où tous les jours se ressemblent et où aucun projet de voyage, visite, invitations ou même promenade n’est envisageable, les lectures communes donnent un un but, une date buttoir, et un sentiment de rencontre pour briser l’aridité de ces journées qui s’égrènent. Merci donc à celles qui les ont initiées et à ce partage : Claudialucia, Maggieet peut être d’autres.
Pierrette n’est pas un des ouvrages les plus connus. Avec Le Curé de Tourset la Rabouilleuse il forme la trilogie Les Célibataires appartenant aux Scènes de la Vie de Province. On peut le télécharger à peu de frais.
Provins, 1828 le compagnon menuisier Brigaut vient chanter une aubade à son amie d’enfance, Pierrette 14 ans, recueillie par deux cousins riches, anciens merciers retirés dans leur ville d’origine.
Les célibataires sont Sylvie et son frère, la quarantaine passée, parvenus qui cherchent à se faire admettre dans la bonne société provinciale. Balzac n’est pas tendre avec Sylvie – la vieille fille qui surprend la fuite de Brigaud
Y a-t-il rien de plus horrible à voir que la matinale apparition d’une vieille fille laide à sa fenêtre? De tous les spectacles grotesques qui font la joie des voyageurs quand ils traversent les petites villes, n’est-ce pas le plus déplaisant?
Horribles, grotesques, laids. Nous voici prévenus. Il ne manque que la méchanceté au tableau.
En préambule, l’auteur présente ces protagonistes en racontant leur carrière de négociants besogneux, dont l’univers se résumait à la boutique, bornés, bêtes :
La bêtise a deux manière d’être : elle se tait ou elle parle/ la bêtise muette est supportable, mais la bêtise de Rogron était parleuse…
Pour éblouir la bonne société de province, les Rogron ont dépensé des fortunes dans l’aménagement de leur maison. Là aussi, Balzac s’emploie à décrire l’ameublement prétentieux avec une plume acérée :
-Les rideaux des fenêtres?…rouges ! les meubles?…rouges! la cheminée?…marbre rouge portor montés en bronze d’un dessin commun, lourd ; des culs-de-lampe romains soutenus par des branches à feuillages grecs. Du haut de la pendule, vous êtes regardés à la manière des Rogron, d’un air niais, par ce gros lion bon enfant, appelé lion d’ornement, et qui nuira pendant longtemps aux vrais lions. Ce lion roule sous ses pattes une grosse boule, un détail des mœurs du lion d’ornement ; il passe sa vie à tenir une grosse boule noire, absolument comme un Député de la Gauche.
Je sais que certains lecteurs sautent les longues descriptions balzaciennes, moi pas, je me régale! Quelle ironie, mais aussi quelle méchanceté!
Balzac démonte le rouages de la politique locale, les manœuvres des notables qui veulent un siège de député, un avancement au tribunal, gazette locale, potins et médisance. Chacun avance ses pions dans les différentes coteries. Intérêts d’argent. Mariages de convenances ou d’amour? Ces célibataires peu attirants tissent leur toile. Sylvie, la vieille fille s’y croit et même subit les affres de la jalousie.
Et Perrette, la fillette bretonne, naïve et gentille? Les deux cousins se serviront d’elle comme d’appât dans la bonne société, l’habilleront, lui apprendront à lire et à écrire. Dès qu’elle ne servira plus leurs plans, elle deviendra souffre-douleur de Sylvie. De remontrances continuelles, d’esclavage domestique aux sévices, le pas est franchi.
Tout le long du roman, les intrigues continuent. Le calvaire de Pierrette sera même le sujet d’un procès retentissant. Les méchants seront-ils punis?
C’est du grand art!
Gravure à l’acide de cette société provinciale. Balzac excelle pour notre plus grand plaisir.
« tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur »
proverbe africain
Chez les Ibos, on tient en grande estime l’art de la conversation, et les proverbes sont l’huile de palme avec laquelle on accommode les mots…
Chinua Achebe est donc le lion qui raconte l’arrivée de la colonisation britannique sous le règne de Victoria dans un village ibo de l’est du Nigéria.
Chinua Achede (1930 -2013) est un écrivain de langue anglaise mondialement reconnu. Ayant soutenu la sécession biafraise (1967 – 1970), il s’est exilé aux Etats Unis. Tout s’effondre a été publié en 1958.
le titre Tout s’effondreest tiré d’un poème de Yeats
Turning and turning in the widening gyre
The falcon cannot hear the falconer ;
Things fall apart ; the centre cannot hold
Mere anarchy is loosed upon the world
Okonkwo , le héros du roman, est un personnage influent du village, riche cultivateur d’ignames, polygame avec trois femmes, de nombreux enfants. Travailleur acharné, champion de lutte dans sa jeunesse, il a un caractère emporté et il peut être violent. Il est aussi très respectueux des coutumes et des dieux tutélaires et accepte les ordres des voyants et le bannissement quand il a transgressé les interdits.
L’auteur raconte avec son style oral imagé la vie du village, les travaux des champs et le calendrier des semailles, des récoltes, les fêtes et l’alternance des saisons de pluie et de saisons sèches, la semaine de la Paix avant les brûlis et le défrichage de nouvelles terres. Respect des divinités et des cultures ancestrales dictent la conduite des paysans. Je lis avec curiosité et plaisir les techniques de culture de l’igname, richesse du village
L’igname, reine des cultures, était une souveraine trèsexigeante. Elle demandait pendant trois ou quatre mois une attention constante entre le premier chant du coq et le moment où la volaille va se percher pour la nuit. On protégeait les jeunes pousses de la chaleur du sol avec des couronnes de feuilles de sisal. Quand les pluies se faisaient trop fortes les femmes plantaient du maïs, des melons et des haricots entre les monticules. On soutenait ensuite les plants, d’abord avec des petits bâtons, puis avec des branches qu’on prenait aux arbres. les femmes venaient désherber trois fois à des moments précis….
J’adore ces précisions techniques!
La fête de l’igname nouvelle est célébrée en l’honneur d’Ani, déesse de la fertilité de la Terre.
M’enchantent les récit des fêtes de mariages et de fiançailles où l’auteur détaille les plats qui seront présentés, et la quantité de pots de vin de palme. …l’auteur raconte les visites chez les uns et les autres, comment est présentée et partagée la noix de cola… Coutumes villageoises, rythme des saisons, croyances animistes, les Ibos sont en harmonie avec la nature. Les cérémonies de retour des esprits me font penser à celles des Revenants que nous avons eu le plaisir d’assister au Bénin.
« Le pays des vivants ne se trouvait pas très loin de celui des ancêtres. Il y avait entre les deux de nombreuses allées et venues surtout pendant les fêtes et aussi quand un vieil homme mourait, parce que les vieux étaient très proches des ancêtres. La vie était une succession de rites de transition qui le rapprochait de plus en plus de ses ancêtres « …
Société idéale? Pas vraiment, surtout si on se place du côté des femmes qui occupent une place très marginale, inférieure. La seule fille valorisée « aurait mérité d’être un garçon ». A l’inverse, le fils qui déçoit son père est traité de femme. C’est aussi une société violente où la force physique est valorisée.
C’est d’ailleurs ce dernier qui va adhérer aux christianisme. Pionniers de la colonisation, les missionnaires qui s’implantent d’abord auprès des faibles. Ils n’inquiètent pas les villageois dans un premier temps, temporisent. A leurs suite, après la construction d’une église, d’une école, les commerçants arrivent. Ce n’est que plus tard que se mettra en place une organisation, des tribunaux et que les notables perdront leur autorité.
« Le Blanc est très habile. Il est arrivé avec la religion, tranquillement et paisiblement. On s’est amusé de toutes ses sottises et on lui a permis de rester. Maintenant, il a conquis nos frères et notre clan ne peut plus rien faire; il posé un couteau sur les choses qui nous tenaient ensemble et on s’est écroulés. «
C’est une jolie idée que de tresser les trois brins de trois histoires de femmes et d’entremêler les trois destins de Smita, l’Indienne, intouchable, de Giulia, la Sicilienne et de celui de Sarah la canadienne, l’avocate d’affaires.
Evidemment, ces trois femmes ne se rencontreront pas. Et pourtant leur histoire pourra se mêler. Trois battantes à leur façon : Smita n’accepte pas que le destin de sa fille soit le sien, et celui de sa mère avant elle : videuse des latrines des autres castes. Elle l’enverra à l’école. Giulia, après l’accident de son père perpétuera le savoir-faire de l’entreprise familiale qui fabrique des perruques. Sarah qui a tout réussi aussi bien dans sa carrière que dans sa vie familiale rencontre le cancer.
C’est une lecture sympathique, facile. Il m’a fallu une petite demi-journée pour le lire. J’ai assez vite deviné la chute, quelle importance?
Faire un tour à Reykjavik en ces temps de confinement où tout projet de voyage se trouve exclus? ADN ne vous fournira que peu de dépaysement. L’action se situe à l’intérieur d’appartements sans intérêt particulier et non localisé dans la ville ou ses environs, ou dans un poste de police non identifié, dans une Maison d’Enfants impersonnelle.
Faire la connaissance avec de nouveaux enquêteurs? Le 4ème de couverture parle d’une psychologue mais son rôle n’est pas principal. L’enquêteur est un policier Haldur, bien classique…
L’intrigue est embrouillée à souhait, les crimes tout à fait horribles. Les armes du crimes sont la principale originalité du roman : le tueur a utilisé un aspirateur, un fer à friser et un fer à souder pour chacun de ses crimes. Pour égarer le lecteur il y a un club de cibistes, j’ignorais qu’au temps d’Internet, d’Instagramm et Face-Book les radios-amateurs existaient encore.
J’ai lu rapidement ce livre, les pages se tournent seules, avec la même culpabilité que j’éprouve quand je regarde les séries policières à la télévision. Impression que je pourrais employer mon temps à lire quelque chose de plus intelligent, et en même temps, j’ai bien le droit de me divertir dans la facilité!
La prochaine lecture islandaise se fera plutôt avec Arnaldur dont il me reste de nombreux livres à découvrir!
Elizabeth Barillé nous conte une rencontre, un amour, entre Amadeo Modigliani et Anna Akhmatova . Est-ce une fiction? une biographie?un essai double sur la peinture à Paris et sur la poésie russe? Lecture à la fois facile et savante. Facile parce que le roman est court, fluide. Savante si on veut approfondir la recherche en suivant les pistes offertes.
Modigliani : Akhmatova
De cette rencontre, peu de preuves tangibles subsistent : un dessin que la poétesse a conservé toute sa vie, un court essai rédigé près de 50 ans plus tard, une tête de pierre sculptée par Modigliani surgie dans une vente qui a inspiré Barillé pour écrire cette histoire….Les lettres qu’Amadeo a écrite à Anna sont perdues, comme les quinze autres dessins de lui qu’elle possédait.
Une rencontre? une amitié? une liaison? un amour? Anna avait 21 ans quand elle a rencontré Amadeo, mariée depuis trois semaines.
Modigliani : tête sculpté, Akhmatova ?
Les histoires d’amour me touchent assez peu, les ragots encore moins. En revanche je suis très curieuse de l’intense vie artistique dans le Paris des années 1910.J’aurais dû prendre un crayon et faire la liste de tous les artistes et parfois plus précisément des œuvres : Picasso et Braque bien sur, mais aussi Soutine, Kremegne, Brancusi, Zadkine, Duchamp ou Fernand Léger… pour les plus connus mais aussi des Russes que je ne connais pas comme Natalia Gontcharova et le mouvement « valet de Carreau », Alexandra Exter, Nadejda Hazin (future Madame Mandelstamm) Altman.. J’interromps souvent la lecture pour avoir une idée des tableaux sur le petit écran du téléphone, ou sur l’ordinateur.
Altmann : Anna Akhmatova
Autre pôle : la poésie russe. Essai intéressant bien que je sois totalement ignorante. L’auteure nous emmène sur les lieux de l’intelligentsia à Saint Petersbourg ou à la campagne dans des lieux tchékoviens.
Allusions aussi à ce qui va suivre, stalinisme et persécutions, goulag. Mais c’est une autre histoire!
De l’auteur Gianfranco Carofiglio, j’ai lu des polars bien noir : Les Raisons du doute, Le Silence pour preuve et Le Passé est une terre étrangère. Trois Heures du Matin n’est pas un policier. C’est un court roman qui met en scène un jeune homme, 17 ans, encore lycéen et son père.
Antonio a fait, enfant, des crises d’épilepsie. Son médecin lui prescrit un traitement lourd, lui interdit le football, les boissons gazeuses et les plaisirs adolescents. Antonio se sentant diminué sombre dans la dépression. Ses deux parents le conduisent à Marseille chez un spécialiste qui allège le traitement et qui lui rend le goût de vivre. Quelques années plus tard, son père l’accompagne pour une visite de contrôle.
Pour vérifier que la guérison est complète, le neurologue soumet l’adolescent à un test curieux : pendant deux jours, il ne doit surtout pas s’endormir et doit vivre une vie « normale » : il a même le droit de boire de l’alcool et de faire la fête. Une seule injonction : ne pas dormir.
Père et fils vont donc occuper ces « vacances » inattendues à Marseille. Ils vont visiter la ville, Notre Dame de la Garde, les Calanques, goûter à la bouillabaisse sur le Vieux Port, écouter du jazz dans une boîte interlope et même participer à une fête improviser chez des artistes….je les suis volontiers dans ce tourisme improvisé.
Mais surtout, père et fils vont faire connaissance. Antonio vit chez sa mère et ses visites à son père n’ont aucun caractère d’intimité. Ce court séjour va changer la perception du jeune homme. Il découvre la personnalité de son père. Cet échange est très touchant. Découverte aussi des premiers émois sexuels.
Un roman sensible, tout en douceur. Je me suis demandée d’où venait ce titre : va-t-il se passer quelque chose à Trois Heures du matin? C’est une référence à Gatsby le Magnifique :
–Fitzgerald était un grand écrivain et un homme malheureux. je pense souvent à cette citation de lui « dans la véritable nuit noire de l’âme, il est toujours trois heures du matin »
Le père fait aussi connaître Cavafy à son fils et j’ai toujours un faible pour ceux qui citent le poète d’Alexandrie.
Jeudi 25 juillet : Le Touquet – Abbaye de Valloire – canicule et orage
Le Touquet
L’abbaye n‘ouvre qu’à 10h30.
Nous avons le temps de passer au Touquet distant de moins de 10 km de Merlimont-plage. La route traverse Stella-plage et Cucq.
Lorsqu’on arrive au Touquet, c’est un autre monde ! Même l’asphalte a changé de qualité et de couleur. Nous roulons par une belle ombre sous des plantations d’arbres. Nous entrons dans la ville par le golf – chic ! Des pancartes annonçant les évènements de l’été sont luxueuses, bien peintes, blanc sur vert anglais : Alexandre Tharaud joue dans une autre catégorie que le duo accordéon/violoncelle d’hier soir. Les villas sont cachées dans de profonds jardins. Elles sont dispersées dans la forêt. Au centre les constructions sont plus denses : beaux immeubles modernes en périphérie, villas de pierre à pignons pointus et balcons tarabiscotés plus u centre ; Marché, et Mairie en pierre de goût éclectique (1931) , l’église de pierre fait pendant. Nous cherchons la maison du Président, pas trouvé.
Nous roulons une trentaine de kilomètres sur une crête qui sépare la vallée de la Canche de celle de l’Authie, entre chaumes des blés et champs de betteraves et de maïs. Nous traversons le village au nom évocateur Le Vieux Moulin. La route s’enfonce dans la vallée de l’Authie. Une crêperie est inst allée au bord de l’Authier dans un moulin à eau. Un emplacement de pique-nique est aussi installé au bord de l’eau. Pourquoi ne l’avons-nous pas emporté ?
Nous garons la voiture sur un parking ombragé devant les grilles de l’Abbaye. Les bâtiments sont construits en arc de cercle. Ceux qui sont proches de la grille sont fleuris de roses. A l’arrière d’un parterre se trouve une élégante construction XVII – XVIIIème siècle.
La visite est guidée, le conférencier tout à fait spirituel et charmant.
De l’abbaye médiévale cistercienne fondée en 1158, il ne reste rien. Des restaurations au XVII et XVIII ème siècle ont remplacé les constructions médiévales par un ensemble classique et baroque. Au Moyen Age, l’abbaye comptait cent moines suivant la règle de Saint Benoit et 200 ou 300 convers qui travaillaient pour le monastère. Au XVIIème siècle, les convers ont été remplacés par des paysan dont on rémunérait les services. L’effectif des moines a aussi fondu à 28 puis 9 moines qui n’étaient pas mal logés ! Conformément à leurs vœux de pauvreté, l’architecture était « sobre et austère » relativement, sans aucune décoration. Devenue Bien national à la Révolution, elle fut vendue puis cédée à des basiliens (communauté laïque belge, effectuant des travaux manuels entre autres facture d’orgue).
le vieux poirier
En 1922 Thérèse Papillon, infirmière-major pendant la Grande Guerre installa un Préventorium qui accueillit des enfants jusqu’en 1976.. Pendant la Seconde Guerre mondiale Thérèse Papillon s’est opposée à l’entrée des Allemands qui cherchaient les enfants juifs qu’elle a caché et a gagné ainsi l’honneur d’être Juste parmi les Nations. Maintenant c’est un Institut Médico-Pédagogique thérapeutique qui héberge des enfants confiés par les services sociaux et juridiques. Des personnes âgées résident aussi dans les communs.
L’Abbaye est aussi un hôtel luxueux. On peut y organiser des mariages, séminaires ou autres évènements. Il se déroule aussi des évènements culturels. Les jardins sont aussi magnifiques !
Après une introduction à l’extérieur, en face d’un vénérable poirier (1756) contemporain des moines, nous visitons la Salle Capitulaire – où les moines se réunissaient – ici pas de silence – ils assistaient à la lecture d’un chapitre de la Règle de Saint Benoit. La salle était voûtée en arêtes en hommage à ‘l’ancienne salle du chapitre médiévale.
Valloires : le cloître
Le cloitre, au centre de l’abbaye était le lieu de déambulation. Le lavabo, bassin-fontaine était alimenté par l’Authie canalisée. Le cloître complet avec peu de décor. Dans le jardin il existe un cloître végétal.
Valloires : boiseries dans le grand salon
Le grand salon est lambrissé et parqueté de chêne. Les boiseries l’œuvre du baron autrichien Simon-Georg von Pfaffenhofen (1715-1784) réfugié à l’abbaye à la suite d’un duel, et sculpteur habile.
l’église de l’Abbaye : ferronnerie
L’église baroque et rococo fut aussi ornée par les sculptures de Simon Pfaff qui réalisa le buffet de l’orgue énorme qui fonctionne encore. La grille, faisant office de clôture, fut réalisée par le ferronnier Jean Baptiste Veyren . Le conférencier décrypte pour nous les symboles qu’elle contient : le blason de l’évêque et les poires, symboles de la prospérité de l’Abbaye. On y confectionnait un alcool de poire réputé qui était exporté. Simon Pfaff décora le maître-autel en marbre et en plomb doré. Autant le reste du couvent est sobre, autant l’église témoigne d’une mise en scène extravagante : la crosse eucharistique avec le ciboire suspendu à la crosse à 3 mètres du sol avec des anges en papier-mâché – autrefois polychromes. Au plafond est représenté une morille, allusion à la fondation de l’abbaye dans un champ de morilles.
chœur de l’église : maître-autel et crosse eucharistique
Les jardins créés en 1987 créés par le paysagiste Gilles Clément pour y mettre en valeur la collection de 5000 arbres et arbustes d’un pépiniériste du Pas de Calais.
Le cloître végétal
Cinq jardins d’ambiance ont été dessinés : le cloître végétal qui rappelle les jardins des moines avec des ifs taillés rappelant les arcades du cloître qui se trouve symétrique à l’intérieur de l’abbaye. Le jardin des îles ces « îles » sont des motifs d’arbres, arbustes ou plantes herbacées regroupées par couleur « île d’argent », « île d’or » .. « île des épines douces », ces « iles » émergent d’une pelouse. Le jardin des cinq sens sollicite aussi bien l’odorat que le toucher et même le goût puisqu’on invite parfois le visiteur à déguster feuilles et fleurs. Le jardin de Lamarck illustre l’Evolution des plantes sur terre, avec des plantes très anciennes comme prêles, fougères, gingko …Dans la Roseraie on découvre deux roses locales : la Rose de Picardie et la Rose de Valloires. Le jardin de Marais longe le petit canal, dérivation de l’Authie existant déjà du temps des moines qui avaient besoin d’eau. Une allée ombragée est plantée de plantes qui aiment cet environnement humide.
L’allée des cerisiers. Ouf! de l’ombre!
La promenade y est particulièrement agréable en cette journée qui s’annonce caniculaire. En revanche, la traversée des grandes pelouses est une épreuve et on ne peut pas s’attarder dans le cloître végétal qui n’a pas d’ombre.
La météo a annoncé plus de 40°C en Île de France, à peine moins dans la Somme. Après la visite du jardin, et un repas rapide à ‘ombre du parasol de la cour, la seule activité raisonnable c’est la sieste. Prévoyantes, nous avons emporté le ventilateur dans nos bagages et nous en félicitons.
Ce n’est qu’après 17 heures qu’on peut envisager une baignade pour se rafraîchir. Des nuages encombrent le ciel. Comme la mer est étale je nage tranquillement quand des gouttes commencent à s’abattre. La plage se vide de toute urgence. On replie parasols, sièges entoilés, serviettes. Pour ma part, je prends le temps de la baignade, mouillée pour mouillée. Quand je sors, le ciel est noir, menaçant, nous avons tout juste le temps de rentrer au gîte.
A la nuit, l’orage se déchaîne, tonnerre, éclairs. Après cette journée accablante c’est un soulagement et un vrai spectacle. Notre logeuse nous apporte des bougies, au cas où l’électricité sauterait.
Difficile de rédiger ce billet après l’excellente analyse de Claudialucia
Il se sentit comme enivré, car là était l’aventure à tenter, le monde à conquérir et du fond de lui-même, une pensée fulgura : devenir digne d’Elle, le conquérir, ce lis pâle qui se trouvait à ses côtés[…..]
Pour la première fois il se montra tel qu’il était – avec effort d’abord – mais bientôt il s’oublia lui-même en remarquant combien sa façon de raconter plaisait à son auditoire. Il avait fait partie de l’équipage du contrebandier Alcyon, lors de sa capture par un cotre des douanes. Et il sut leur faire voir ce que ses yeux avaient vu. Il évoqua la grande mer violente, les bateaux, les marins avec une telle puissance, qu’il leur sembla être avec lui. D’une touche d’artiste, il choisissait els détails à mettre en valeur, l’image claire saisissante, et leur donnait ensuite une couleur et une lumière si vivantes que ses auditeurs étaient emportés par son éloquence….
J’ai beaucoup aimé le début du roman qui présente le jeune marin maladroit quand il est introduit dans la maison bourgeoise de la famille Morse. Martin a vécu de nombreuses aventures en mer, il a connu les bagarres et a fréquenté voyous et sauvages, mais il est tout intimidé par les livres, tableaux, musique et toute la culture. Roman d’amour, ou Martin, ivre d’amour pour Ruth, manque de se faire arrêter par un policier. Tellement amoureux qu’il veut mériter cet amour et va policer son langage, soigner son habillement, même arrêter de boire et de fumer! Véritable frénésie amoureuse de ce grand timide qui vénère sa dame et la porte au pinacle. Ruth n’est pas indifférente, elle est attirée par Martin et pygmalion à l’envers, va lui corriger sa grammaire déficiente, lui faire apprécier la musique et la poésie.
Mais à quoi sert le cerveau? …Ce qu’ils avaient fait, il pouvait le faire. Ils avaient appris la vie dans les livres, et lui l’avait vécue…
Par amour, et par curiosité naturelle, Martin se lance en autodidacte dans la culture livresque qu’il dévore à la bibliothèque. Cet appétit de culture est impressionnant. Martin est vraiment très doué.
Par amour, il devient écrivain. Il veut raconter le monde, son monde, la mer, ses aventures, à Ruth. Il est vraiment très doué, et il est conscient de la valeur littéraire de ses poèmes et de ses nouvelles. Il les offrira à Ruth quand il sera publié!
L’adorable splendeur du monde le transportait et il souhaitait ardemment la partager avec Ruth, il décida de lui décrire tout ce qu’il pourrait des beautés des mers du Sud […]Alors dans une auréole de splendeur et de gloire, naquit la grande idée : il écrirait. Il serait de ces être privilégiés à travers lesquels le monde entier voit, entent et sent. Il écrirait.
Cette fougue, cet enthousiasme, cet appétit de savoir est séduisant, Ruth tombe amoureuse, il est même question de fiançailles…Même si, pour la famille ce serait une mésalliance. Ils ne sont pas du même milieu social. Pour s’élever au-dessus de sa condition de prolétaire, une seule issue : publier. Avec la même énergie forcenée que ses lectures en bibliothèque Martin noircit du papier, expédie ses nouvelles et ses poème à des revues. Il se prive de dormir, de manger, met au clou son costume, sa bicyclette et écrit, encore et encore…
Elle avait une de ces mentalités comme il y en a tant, qui sont persuadées que leurs croyances, leurs sentiments et leurs opinions sont les seules bonnes et que les gens qui pensent différemment ne sont que des malheureux dignes de pitié. C’est cette même mentalité qui de nos jours produit le missionnaire qui s’en va au bout du monde pour substituer son propre Dieu aux autres dieux. A Ruth, elle donnait le désir de former cet homme d’une essence différente, à l’image de banalités qui l’entouraient et lui ressemblaient
La famille de Ruth ne reconnaît ni son talent ni ses qualités intellectuelles. Ruth, elle-même n’apprécie pas ses écrits et ne comprend pas les théories que Martin énonce. Malgré son amour, Martin prend conscience de l’étroitesse d’esprit des Morse et leur conservatisme. Il provoque les invités des Morse, choque tout le monde et finit par être indésirable à leur table. La rupture est inévitable.
Ce fut ainsi que Martin se trouva face à face avec la morale économique, ou morale de classe ; et bientôt elle lui apparut comme un épouvantail. Personnellement c’était un moraliste intellectuel et la morale de son entourage lui était encore plus désastreuse que la platitude pompeuse des raisonneurs
Misérable, proscrit, il connait brusquement un succès fulgurant. Une revue accepte un texte, puis les autres. Martin est recherché dans les dîners, justement là où on le méprisait, Ruth vient le supplier de renouer….Avec le succès, Martin perd le goût de vivre.
Sans boussole, sans rames, sans port à l’horizon, il se laissait aller à la dérive, sans lutter davantage puisque lutter c’est vivre et que vivre c’est souffrir
Le début du roman m’a emportée, les récits des mers du sud, les bagarres et aventures. L’épisode de la blanchisserie, la description de la vie des prolétaires, le personnage de Maria, Lizzie, les soeurs de Martin sont très bien rendus. On sent sa profonde empathie avec les ouvriers, les artisans et même les clochards. Jamais, même quand il distribue ses richesses il ne renie son milieu d’origine.
En revanche je me suis un peu ennuyée dans les analyses philosophiques et politiques, la découverte de Spencer, de Nietzsche, du socialisme. Toutes les recherches de l’autodidacte, les discours provocateurs m’ont semblé bien longs et embrouillés. Pourquoi Martin cherche-t-il tant à se démarquer des socialistes? Pourquoi part-il dans une cabine de première classe alors qu’il rêve d’aventure avec les matelots?
Je regrette d’avoir raté l’adaptation napolitaine du roman, adaptation très libre selon les critiques. j’espère avoir l’occasion de le voir quand le confinement sera terminé
Midi, marée basse, les phoques sont bien là, de l’autre côté du chenal dans la Baie de l’Authie. Ils se prélassent au soleil sur le banc de sable. Phoques ou veaux marins ? Un panneau explique les différences, l’un d’eux a une cassure au niveau du museau mais lequel ? C’est amusant de les voir se déplacer avec la graisse qui ondule. La couleur de la fourrure varie de jaune paille à gris foncé, le plus gros est tacheté. Planant au-dessus d’eux, les goélands sont bien bruyants. Les curieux sont venus en foule, parfois tirant un berger allemand en laisse. Est-ce malin d’emmener le chien ? Pas si bêtes, les phoques n’y prêtent aucune attention. Ils savent qu’avec le courant il est impossible de traverser le chenal. Les chiens sont intéressés, retenus par leurs maîtres. Un pêcheur commente « les phoques ne font pas attention aux chiens, ils les tolèrent ». Ils sont aussi beaucoup plus lourds et puissants. De temps à autres, un groupe va à l’eau. La colonie est divisée en petits groupes.
l’épi dans la baie de l’Authie
De l’autre côté de l’épi empierré et verdi par les algues, un autre groupe est à l’eau. Deux phoques qui nageaient tranquillement démarrent une course effrénée. Ils nagent vraiment très vite. Quel est le motif de la course ? une proie invisible ou le plaisir du jeu ?
les phoques et les badauds
Déjeuner au restaurant
Sur la digue, en face de la plage de Berck, les restaurants se touchent. Les terrasses sont protégées par des vitres (on est plus habitué au vent froid qu’à la canicule. Restaurants chics avec nappe et belle vaisselle au fast-food où les frites sont servies sur un papier, toutes les nuances et prix existent. Sans parler du camion de frites où les files sont bien longues. Si les présentations différent, la frite est une constante.
moules&frites
Nous mangerons des frites ! Le problème est de garer la voiture. Sur la corniche les parkings sont complets, il faut tourner attendre qu’une place se libère. Nous choisissons l’Horizon, une brasserie qui a une terrasse vitrée et quelques tables sur le trottoir ; spécialité moules-frites. Au choix : marinières, à la crème, au pastis, au fenouil, à l’antillaise, à la moutarde….Servies dans des marmites émaillées d’un litre, une cuiller prise dans les anses, verticale pour fixer le couvercle dans lequel on dépose les coquilles vides.
Je choisis marinière, tout simplement, délicieuses moules de bouchots de Berck. Fraîches bien sûr, bien remplies, cuites juste à point. On a remplacé le persil et le bouquet garni par du céleri en branche qui se marie très bien avec les moules. Frites évidemment ! Service très agréable.
Promenade sur le sable jusqu’à Merlimont
La mer monte l La plage est encore bien dégagée. Cinq kilomètres séparent Berck de Merlimont-plage. Hier, en me baignant, j’avais clairement distingué les immeubles et la grande roue de Berck. Je m’étais promis de parcourir la grève les pieds dans l’eau. 24°, journée idéale. Comme la marée monte il faut faire attention aux bâches qui se remplissent très vite et les traverser avant qu’elles ne soient trop profondes.
En quittant Berck la plage était moins peuplée, plus personne dans l’eau (ou presque) un pick-up traverse le sable mouillé à grande vitesse : ce sont les secours. Un maître-nageur sur un quad siffle les imprudents qui sont sur un banc de sable bientôt isolé par la bâche qui se remplit. Ils seront bientôt au milieu de l’eau.
Tout à coup la densité des baigneurs augmente : des hommes debout, très peu de femmes et pas de famille sur cette plage naturiste. La posture debout, immobile de statue antique est un peu étrange ; sur les plages « habillées » les gens sont plutôt allongés sur leurs serviettes ou assis sur des sièges bas. J’observe les vestiges des blockhaus de plus en plus écroulés et noyés, support des graphs.
Concert accordéon/violoncelle
A l’église de Merlimont : concert accordéon violoncelle. Au programme : Dvorak, Vivaldi, Bach. Je suis étonnée de ce duo inhabituel. Que cache-t-il ? Natalia Ermakova est la violoncelliste Eric Blin, l’accordéoniste. Ce dernier présente avec l’énergie d’un animateur de radio-crochet sa musique « classique » en martelant le mot cla-ssi-que et en faisant la leçon au public. Il insiste sur les usages : ne pas applaudir à la fin d’un mouvement, attendre la fin de l’œuvre, ne pas se déplacer. Leçons bien hors de saison : le public est poli, bien habillé comme s’il assistait à un festival de renom. Je ne connais pas assez la Symphonie du Nouveau Monde pour apprécier ses arrangements mais cela me plait bien, j’aime surtout la violoncelliste. Massacre du Printemps de Vivaldi, morceau tellement connu que les interprètes n’ont pas droit à l’erreur. Quant à Strauss, il entraîne le public à taper des mains, on se croirait dans un club de vacances qu’à un concert dans une église et réussit tout juste à gâcher l’impression favorable du début.
Mercredi 24 juillet 2019 : Montreuil/mer – Les phoques
La petite ville de Montreuil/mer ne se trouve pas directement à la mer mais à 15 km vers l’est au-delà de l’autoroute A 16. La campagne est couverte de chaumes dorés et de quelques bosquets rachitiques dans la vallée de la Canche. Elle est ceinte de remparts de briques et pierres avec une citadelle aux grosses tours rondes.
Montreuil/mer : remparts et citadelle
La promenade des remparts (3 km) est très agréable. Du sentier, le panorama sur la campagne est vaste et on a aussi une vue sur la petite ville. La « ville-haute » est en dessous de l’enceinte. Une double rangée de très grands et vieux arbres, le plus souvent des tilleuls, ombrage une allée. J’i donc le choix entre le chemin au soleil pour la vue et l’ombre à mi-pente. Je renonce à la visite de la citadelle (6€) qui dure une heure. Nous devons être à l’heure pour les phoques à midi. L’Office de Tourisme m’a donné un plan mais je n’arrive pas à deviner ce qui se cache derrière les hauts bâtiments de brique : caserne ? lycée ? couvent ?
C’est une toute petite ville mais je me perds tant les rues et les ruelles sont tortueuses. Je découvre plusieurs places mais je me repère facilement d’après la grande place Charles de Gaulle avec son grand parking (l’emplacement du marché) plusieurs banques et les terrasses des cafés. Le très beau théâtre (un cinéma Arts et Essais) et précédé par la statue su Général Haig pavoisée d’un drapeau français et de l’Union Jack : commandant de l’armée britannique, il avait établi son QG à Montreuil/mer : son nom est attaché à la bataille de la Somme (1916). Autour de la place, les maisons anciennes se tassent, certaines peintes, d’autres de brique rouge. A l’ardoise des terrasses des « plats du nord » me font envie, je n’ai jamais goûté cette cuisine.
En face de l’Office du Tourisme débouche une venelle large tout juste d’un mètre vingt entre des murs de briques aveugles. Je ne l’aurais jamais devinée si le jeune homme de l’Office ne me l’avait montrée. Je parcours rapidement des rues pavées aux boutiques un peu désuètes (certaines sont fermées) . L’église Abbatiale St Saulve a de l’allure mais la place est en chantier, plus loin la chapelle Saint Nicolas est très ouvragée.
Une autre place est plus petite, charmante avec une fontaine et des arbres et un restaurant très fleuri au nom pittoresque de Coquempot.