Andreï Makine – L’ami arménien

RUSSIE

incipit :

« il m’a appris à être celui que je n’étais pas »

Je m’étais promise de lire Makine et je l’avais laissé de côté : quelle erreur. 

L’Ami Arménien est une véritable découverte. Un court roman (188 p.) qui se lit d’un trait. Tout en finesse et en délicatesse.

Roman d’apprentissage. Roman d’amitié entre ces deux adolescents 13 ou 14 ans qui, du fond de la Sibérie, découvrent le monde, l’amitié, la violence, les prisons et la tragédie du génocide arménien. Cette énumération suggère une lecture sombre. Pas du tout, malgré les tragédies qui les entourent, les deux garçons découvrent la légèreté de l’air qui compose les nuages, les étoiles en plein jour, l’étreinte d’un couple d’amoureux, et la beauté du « Royaume d’Arménie » que les exilés ont emporté avec eux en Sibérie au « Bout du Diable ».

« tu veux que je touche le ciel? Comme ça avec mes doigts… »[…] »Là , à notre hauteur, c’est le même air qu’au milieu des nuages, n’est-ce pas? Donc, le ciel commence à partir d’ici, et même plus bas, tout près de la terre – en fait , sous nos semelles »

 

Un point de vue très décalé. Une leçon de vie. Vous allez découvrir des surprises.

Théodoros – Mircea Cartarescu

LITTERATURE ROUMAINE

C’est avec beaucoup de curiosité et d’enthousiasme que j’ai commencé ce gros livre de près de 700 pages. J’aime bien pavés, promesse de longues lectures. Mais Cartarescu m’a perdue dès le premier chapitre entre les Cyclades et l’Ethiopie, la Valachie, mer Egée, Mer Rouge. Entre la Reine de Saba et la Reine Victoria qui envoie son général Napier. Je ne sais où donner de la tête.

Tu n’es pas devenu maître du monde et pantocrator, parce que cette mission était déjà confiée a ton époque, au Christ dans les cieux et à la reine Victoria sur la terre;

Et comme je suis une lectrice têtue, j’ai persisté et je me suis retrouvée en pleine guerre coloniale britannique.

Troisième chapitre, nouveau personnage Kassa, éthiopien, je commence à me repérer quand intervient Sofiana, la mère de Theodoros(dans les Cyclades) alias Tewodoros en Ethiopie, alias Tudor en  Roumanie.

C’est sans doute ainsi que l’Ovide de l’Antiquité, exilé sur les rives de la Grande Mer qui bordait la Valachie, dut supporter le vent scythe et la barbarie des mœurs et ceux auprès desquels il avait été jeté pour périr de froid et de tristesse. Enroulé dans sa toge qui ne parvenait pas à réchauffer le vieux poète…

Les histoires s’enchaînent, sans rapport les unes avec les autres, qui nous mènent jusqu’à San Francisco chez un original qui se voulait aussi empereur. Le livre ressemble à un recueil des Mille et Unes Nuits, contes qui s’empilent plutôt qu’ils ne se suivent. Entre Alexandre et les héros d’Homère et les textes saints. La visite de la Reine de Saba à Salomon, fondatrice pour les éthiopiens qui en tirent leur héritage, est racontée avec force détails. Il y a aussi une série d’histoire en Roumanie.

Souvent les allusions à la religion orthodoxe, version grecque ou éthiopienne, me paraissent totalement incompréhensibles; il est question d’hérésies, d’interprétations des textes saints…

J’ai de plus en plus de mal à faire la liaison entre toutes ces histoires. Après 300 pages de lecture laborieuse, je prends un autre livre, j’alterne roman policier et chapitre de Théodoros pour l’abandonner finalement. Je n’en suis pas fière. L’abandon est la défaite de la lectrice. Si le livre est mauvais, il est justifié . Ce n’est pas le cas de Theodoros, il est simplement trop copieux, j’ai perdu l’appétit.

 

Les Cent Frères de Manol – Anton Dontchev

LIRE POUR LA BULGARIE

Merci à Claudialucia ICI pour ce challenge qui m’a donné l’occasion de retourner en Bulgarie .

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce gros livre (471p.), roman historique retraçant l’islamisation forcée de la  vallée d’Elindenya  dans le Rhodope en 1668, alors que se déroulait le siège  de Candie (Héraklion, Crète).

Deux témoins racontent les faits : le pope Aligorko et un noble français. Ce dernier, capturé pendant le siège de Candie, est devenu l’esclave de Karaïbrahim, envoyé par le sultan Mehmet IV  convertir les Bulgares de la vallée, appelé « Le Vénitien » ou Abdullah, il a été aussi converti à l’Islam. Leurs deux récits alternent et se fondent si bien qu’au début le lecteur doit fournir un certain effort pour attribuer les paroles à l’un ou l’autre des narrateurs.

Cette vallée enclavée vit surtout de l’élevage, les hommes sont bergers . L’aga Süleyman de son konak règne sur le village avec une justice sévère, il possède un cheptel important et il est respecté des bergers. La vallée a  été islamisée précédemment, mais il reste une église et des villageois orthodoxes, Istanbul est loin, l’autorité du sultan ne pèse pas trop. En revanche, les enlèvements d’enfants, pour faire des janissaires se sont répétés si bien que les villageois redoutent de voir leurs enfants, frères dans les troupes du sultan. 

Manol fut un enfant trouvé, allaité par cent mères. Les Cent Frères sont les bergers. Frères de lait peut-être, mais surtout solidaires,  ces rudes montagnards  respectent son autorité naturelle. Quand Karaïbrahim vient dévaster la vallée, Manol a un fils adulte Momtchil et un autre plus jeune Mirtcho.

La montagne, le Rhodope avec ses forêts protectrices, ses gouffres, ses grottes est le sujet central de l’ouvrage. Je me souviens des descriptions de Kapka Kassabova dans Lisière et Elixir . J’ai été fascinée par la succession des saisons, les incendies, l’arrivée de l’automne et c’est sûrement l’aspect qui m’a le plus plu dans le livre. Et en filigrane, le mythe d’Orphée. 

Récit terrible des souffrances infligées et des tortures sophistiquées. Sans la présence des éléments naturels j’aurais peut-être calé à la lecture de tous ces supplices. Après une résistance héroïque, de nombreux  villageois se soumettent et abjurent, à leur tête, le pope préfère la vie et ne voit qu’un seul Dieu, qu’on le nomme Jésus ou Allah.

J’ai aimé ces personnages nombreux, ces contes, ces mythes, tragédie  sans  cesse recommencée. J’ai aimé ce récit complexe loin du manichéisme où même le pire tortionnaire révèle son humanité et les héros, leurs faiblesses.

Mamelouks (1250 – 1517) au Louvre

Exposition Temporaire jusqu’au 28 juillet 2025

Brûle parfum

De 1250 à 1517, les sultans mamelouks régnèrent sur l’Egypte, la Syrie. 1260 – ils arrêtent l’avancée des Mongols, 1291, prennent Acre et mirent fin au Royaume Croisé de Jérusalem, 1400 arrêtent Tamerlan jusqu’en 1517 où il furent défait par l’armée ottomane de Sélim 1er.

Caparaçon

Les mamelouks étaient des esclaves militaires, enfants ou adolescents achetés ou enlevés dans les plaines de Russie puis dans le Caucase. Cavaliers d’élite, ils formaient un e caste militaire parlant turc. Cet honneur n’était pas héréditaire, les fils des mamelouks devaient intégrer un autre corps ou se lacer dans une carrière civile.

Clé de la Kaaba au nom du sultan Faraj (1399-1412)

Protecteurs des lieux saints, à la Mecque et Médine les sultans possédaient la clé de la Kaaba. –

La visite commence au Caire dans le Complexe de Qalawun (1284-1285) comprenant une madrasa, un hôpital et le mausolée de Qalawun. Projetées sur trois murs, les images et les zooms nous offrent toute la variété des décors, stucs, marbres, colonnes antiques, géométries élaborées….

Lampe au nom de l’émir

De magnifiques objets accompagnent les images, brûle-parfum, bassins, coupes et chandeliers  en métal cuivreux, incrusté d’or et d’argent finement ciselé. Ouvrages à décor géométrique, ou arabesques ou portant des écritures calligraphiées et même des scènes de chasse ou équestres

Bassin orné de scènes de chasse

De petits encarts présentent les sultans les plus fameux :

Baybars, (1260_1277) le fondateur

Qaytbay (1468-1496) « la force tranquille » (1501-1516)

Qansawa Al Ghawri (1501 – 1516)

Ainsi que d’autres personnages  :

Muhammad ibn Khalil Al-Samadi qui aurait vécu à Damas et aurait soutenu les troupes mamlouks de son tambour soufi.

Qawsun, grand émir et favori, arrivé en Egypte en 1320 comme marchand. Séduit par sa beauté, le sultan l’achète, le fait émir et lui donne sa fille pour épouse.

l’épouse de Qaytbay, Khawand Fatima, « sultane d’affaire »

Si les objets, d’une grande sophistication, sont toujours un peu les mêmes, cette présentation des mamelouks est passionnante.

Coran monumental

De nombreux manuscrits sont exposés, des Corans monumentaux fastueusement enluminés d’or et de couleurs. Des encyclopédies contiennent toutes les connaissances scientifiques de l’époque. Des manuels de chasse ou de technique militaire représentent des mamlouks à l’exercice, en effet la Furusiya ou art équestre est à la base de la culture de ces cavaliers.

Furusiya : exercices à la lance

Cavaliers turcophones dans un environnement composite où coexistent diverses cultures et religions

Certificat de pèlerinage à la Mecque Hajj

mais aussi certificat juif de pèlerinage sous forme de rouleau dessiné figurant la route du sud du Caire jusqu’au Liban à travers la Terre Sainte, annoté en italien et en hébreu

Rouleau de pèlerinage juif

ou bois sculpté des églises Coptes du Vieux Caire

Eglise copte du Caire

La littérature est présente, elle a même traversé les siècles et est parvenue à nous à travers les contes qui animent encore les cafés traditionnels ou avec les théâtres d’ombre. Influences persanes, et même indiennes comme dans ce livre

Conte indien avec un éléphant et un lion

Au centre des réseaux de commerce avec Venise, la Perse et même la Chine, plus étonnant les vases africains ashanti. Commerce maritime et de caravanes.

Grand gobelet aux oiseaux 1330-1350

Travail du métal ciselé, travail du bois et marqueterie de toute beauté, tapis témoignent du raffinement de cette civilisation.

Baptistère de Saint Louis;

La visite se termine autour d’un chef d’œuvre étonnant : le Baptistère de Saint Louis signé Muhammad ibn al Zayn arrivé au château royal de Vincennes au XVème siècle et qui a servi au baptême de Louis XIII puis à celui d’Henri d’Artois en  1821 et à celui du prince Napoléon Eugène en 1856. on pourrait rester des heures à détailler les personnages dans les médaillons, mamelouks à la chasse, les frises d’animaux, éléphants et félins, oiseaux étranges…..

mamelouks à la chasse

 

 

Vierge jurée – Rene Karabash

BULGARIE

par les ruelles de Rehove

« Ostaïnitsa – une vierge jurée, femme qui fait serment de virginité selon le Kanun de Lekë Dukagjini et commence à mener une vie d’homme et de chef de famille dans des sociétés patriarcales au nord de l’Albanie, au Kosovo, en Macédoine, Serbie, en Croatie en Bosnie. C’est un changement de sexe constitutionnellement admis par un serment qui, une fois prononcé permet à la femme d’acquérir des droit d’un homme dont les femmes sont privées dans ces contrées. »

J’ai déjà rencontré une histoire de Vierge jurée dans Le courage qu’il faut aux rivières d’Emmanuelle Favier ICI

 Le livre de Rene Karabash est traduit du bulgare. L’histoire est contemporaine bien que cette tradition est en voie d’extinction.   Bekia, née fille, alors que son père, Mourash, désirait un garçon, à la veille de son mariage avec un homme qu’elle ne connait pas et n’aime pas, décide de devenir Vierge jurée. Les noces n’auront pas lieu mais la rupture de la parole donnée va entrainer une vendetta selon le kanun. Bekia devenue Matia après la mort de son père va se retrouver seule avec sa vache. 

Cette histoire est racontée en 159 pages, courts chapitres de quelques pages, parfois quelques lignes. Courts textes, parfois en prose, ignorant les majuscules et la ponctuation, parfois en vers libres. Il  faudra remettre les anecdotes dans l’ordre. Ces textes un peu étranges  se lisent cependant facilement. On ne comprend pas tout au début, il faut attendre la fin pour que le puzzle se remette en place. Cela ne fait rien, ce livre a beaucoup de charme avec son étrangéité

Mon palmarès de cinéma – 2024 -2025

mon cinéma préféré!

Quand revient le mois de mai, revient le goût du cinéma, rediffusions de films palmés à la télé. Avant-goût des films montrés à Cannes….

Temps des bilans personnels. Aucune ambition de critique cinématographique. Pas assez cinéphile pour motiver mes choix. Comme j’ai gardé les Bandes annonces sur mon blog Toiles Nomades ICI

Il me suffit d’y revenir pour sélectionner les dix films qui m’ont le plus marquée – pas nécessairement les plus grands chefs d’œuvre -ceux qui font encore écho dans mon  souvenir

  1. Les Graines du Figuier sauvage (Iran) est le gagnant, un grand film, une grande cause 
  2. The Brutalist – Brady Corbet –  Monumental! Grandiose. Retraçant l’histoire d’un architecte juif hongrois; Brutaliste comme les Choux de Créteil, alors forcément ….
  3. La chambre de Mariana Emmanuel Finkiel d’après le roman d’Appelfeld, forcément….excellente prestation de Mélanie Thierry en Ukrainien
  4. Soudan, souviens-toi  – Hind Meddeb – Une révolution. Le documentaire le plus poétique et le plus touchant qui soit
  5. La plus précieuse des marchandises  Michel Hazanavicius -un graphisme magnifique, une façon sensible  d’aborder la Shoah, sans la nommer dans un conte de Jean-Claude Grumberg . 
  6. L’Histoire de Souleymane Boris Lojkine . Vous n’oublierez plus le pourboire au livreur de pizza! Un acteur magnifique. 
  7. Ghostlight –Kelly O’Sullivan – Roméo et Juliette, le théâtre dans le théâtre, mise en abyme. Juliette Dolly de Leon merveilleuse Juliette de 50 ans ! pour shakespeare, toujours….
  8. Tehachapi – JR – JR dans une prison américaine fait entrer l’art avec ses photos géantes
  9. Everybody loves Touda (Maroc) Nabil Ayouch l’histoire d’une Cheikha, une chanteuse traditionnelle, on découvre une musique et un Maroc inattendu
  10. Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde (Roumanie)Queer Palm, Emanuel Parvu, dépaysement dans le Delta du Danube, pratiques moyenâgeuses …

J’ai oublié de citer de plus grands films, encore une fois, je ne suis pas critique. je vais au ciné pour m’évader, rêver et un peu réfléchir.

David Hockney 25 Do remember they can’t cancel the spring à la Fondation Vuitton

 

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 31 août 2025

A Bigger Grand Canyon 1998

Préparez-vous à en prendre plein les mirettes, plein de surprises de salle en salle, et quand vous croirez que vous avez tout vu, il y en aura encore!

La visite commence chronologiquement avec les débuts de David Hockney à Bradford (Angleterre) dans les années 1955 – 1963. L’homosexualité est encore un délit condamnable.

We two boys together clinging (1961)

Œuvre queer, exploration sur un vers de Whitman, manifeste pour son identité gay. 

Pacific Coast Highway

Dans le début des années 60, Hockney découvre la Californie, peint des piscines (célébrissimes) Bigger splash,et nous livre une Amérique très colorée comme le Grand Canyon ou la Pacific Coast Highway et d’autres paysages joyeux. j’ai été éblouie par cette salle!

Christopher Isherwood et Don Bachardy (1968)

Portraits et doubles portraits occupent la section suivante. Un mur est couvert d’une série de portraits, en fait deux séries, l’une d’elle est sur fond vert et bleu, l’autre sur fonds blancs.

Série de portraits

Il peint ici ses proches, membre de sa famille, assistants, amants et amis. Quel changement d’ambiance, déjà une surprise en pénétrant dans cette salle aux murs sombres. Des autoportraits nous révèlent aussi le peintre.

Autoportraits (ils font aussi partie d’une série, j’ai sélectionné arbitrairement ces trois-là)

Retour dans le Yorkshire (1997 …)

On pénètre dans une nouvelle salle et encore une ambiance radicalement différente. Nous voici en pleine nature, à observer les arbres et surtout la succession du temps et des saisons.

Winter timber

Le fond de la très grande salle est occupé par une composition géante : 50 panneaux ajustés bord à bord montrent l’arrivée du printemps dans une forêt. De loin, on ne distingue qu’un arbre, en s’approchant c’est un bosquet.

Bigger Trees near Warter (2007) au début du printemps

50 huiles sur toiles sont peintes sur le motif et l’assemblage est précisé par le travail sur ordinateur. Il ne dispose pas d’un atelier assez vaste pour une œuvre de 12 m de long!

A l’opposé 25  dessins au fusain et crayon montre l’arrivée du printemps 2013. Il réalise aussi des aquarelles.

Dessins photographiques 2018

Une salle présente des bouquets de fleurs peintes à l’IPad ainsi que les grandes compostions panoramiques utilisant aussi bien la photographie que l’IPad et la peinture. Je n’ai pas été séduite par ces fleurs informatiques et je n’ai pas bien compris la technique utilisée.

Moon Room

Nous découvrons la salle sombre, comme une salle de projection : va-t-on voir un film? Pas du tout ce sont des tableaux de nuit tout à fait impressionnants. j’ai adoré cette ambiance nocturne!

Quatre ans en Normandie (2019 -2023)

220 pour 2020 images pendant le confinement

Les images de Normandie sont très plaisantes mais j’ai le souvenir de l’immense fresque exposée récemment à l’Orangerie. L’effet de surprise est donc moins pressant pour moi.

Au niveau supérieur, Hockney se confronte à d’autres artistes, entre autres, Munch,  Picasso dans une peinture guerrière qui ne m’a pas convaincue, un sermon sur la montagne qui ne m’a pas plus plu, et une annonciation….Sans doute sous le doute après 2 heures de visite attentive, j’ai perdu beaucoup de mes capacités d’émerveillement. C’est le problème dans les très grandes expositions de la Fondation.

J’aurais eu bien tort de ne pas m’arrêter dans la salle des opéras dont les décors et costumes ont été réalisés par Hockney. Des coussins permettent de s’allonger confortablement, des bancs, et on se laisse envahir par les spectacles projetés sur  tous les murs et le plafond. Des rideaux s’ouvrent entre chaque représentation, des personnages, des papillons parcourent l’espace et on se laisse immerger dans Turandot, Rakes Progress, La Flûte enchantée, l’Enfant et les Sortilèges…et j’en oublie.

Encore une merveilleuse surprise. Quand on croit que c’est fini, il y en a encore.

 

 

Contrebandiers – Michèle Pedinielli/Valerio Varesi

ROMAN POLICIER A LA FRONTIERE DES HAUTES ALPES ET DE L’ITALIE

« Ce qui a changé, c’est la marchandise qui y passe. – Il y en a une qui est restée la même : ce sont les personnes qui veulent entrer en France. À une époque, c’était nous, les Italiens, parce qu’on était antifascistes, ou qu’on voulait travailler, maintenant, ce sont les migrants qui arrivent d’Afrique. – Nous, les Italiens, on nous appelait les Macaronis ou les Ritals »

Roman policier écrit à quatre mains par Michèle Pedinielli dont j’ai suivi les enquêtes de Ghjulia Boccanera à Nice et en Corse avec beaucoup de plaisir et Varesi qui m’a fait découvrir les secrets de Parme. Chacun s’est déporté de sa région d’origine pour situer l’action sur la frontière entre la France et l’Italie. Un randonneur français découvre du côté italien un cadavre. Nous ne retrouverons pas Ghjulia mais Suzanne Valadon, guide de montagne qui rapporte sur son dos un très jeune burkinabé transis dans le froid.

Les chapitres s’enchaînent, dans un refuge italien et dans les bergeries d’estive côté français…Mais l’ensemble est cohérent, on oublie qu’il y a deux auteurs. Ce n’est pas le premier polar écrit par deux auteurs : Meurtre aux poissons rouges résultait de la collaboration de Camilleri et Lucarelli . La collection POINTS compte d’autres livres « deux auteurs deux pays, une seule enquête » j’aime bien ce concept et je compte m’aventurer dans cette collection.

Chaque fois que je chronique un polar, j’ai peur de divulgâcher et de donner trop d’éléments concernant l’intrigue. Je vous dirai seulement que j’ai lu d’une traite en une journée (et deux longs trajets en métro Créteil/Auteuil) sans le lâcher. Comme le titre est Contrebandiers,  je ne spoile pas  trop en divulguant qu’il s’agira de faire passer des cigarettes et des migrants 

De la contrebande ? Ça sonne presque romanesque. – Eh bien, c’est loin de l’être, figure-toi. La contrebande, c’est juste l’autre nom du trafic et les contrebandiers ne sont pas des aventuriers de romans. Ils sont tous connectés à une mafia ou une autre. Et la mafia, Suzanne, ça n’a aucun état d’âme, aucun scrupule ; le code de l’honneur, ça n’existe que dans les films. La mafia ne réfléchit qu’à un profit immédiat.

à celà interroge Lassane, le jeune burkinabé :

C’est grave ? Aucune provocation dans la question, plutôt un étonnement sincère. C’est grave de porter des cigarettes ? Par rapport à quoi ? Aux violences, aux viols, aux tortures, aux naufrages ? C’est plus grave que remettre sa vie entre les mains d’inconnus ? Plus grave que se faire vendre ?

 

E. Boudin à Marmottan

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES2025

par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 31 Août 2025

Esquisse de Trouville

C’est toujours avec plaisir que je retrouve Boudin familier et encore surprenant. Voyages en Normandie, à Honfleur, Trouville, Le Havre…et pourtant des tableaux inconnus puisqu’il font partie de la collection Guyonvarc’h. 

« Trois coups de pinceau d’après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet »

Déclare celui qui est « le père de l’impressionnisme » qui, néanmoins à cause de la météo normande capricieuse et changeante, termine un tableau à l’atelier. Il rencontre Claude Monet âgé de 16 ans, encore lycéen mais déjà caricaturiste, et l’emmène peindre en plein champ

Claude Monet caricaturiste : Anglais à moustache 1857

A la Ferme Saint Siméon se réunit un cercle d’artistes Jongkind, Monet et Boudin

A la Ferme Saint Siméon – De gauche à droite Jongkind, Emile van Marcke, Claude Monet Achard

Boudin : de papetier-encadreur à artiste peintre, autodidacte, il subit les influences de la peinture néerlandaise et de l’Ecole de Barbizon. Il peint des scène maritimes et rurales et rencontre au début peu de succès. La Fête dans le bassin de Honfleur est refusée au Salon 

Fête au Bassin de Honfleur

Scènes de plage – Longchamp au bord de mer

Trouville : scènes de plage

En 1858 le Duc de Morny découvre Deauville . Boudin invente la « scène de plage ». 1870, les familles de Claude Monet et de Boudin se retrouvent à Trouville. 

Toute une section est consacré à la Bretagne

marché en Bretagne

Autant qu’aux paysages et aux marines, Boudin s’intéresse aux gens, aux costumes et coutumes : marché, sortie de messe….

Port de Brest et débarquement des marins

J’ai été bluffée par ce tableau du Port de Brest, ciel dramatique, silhouette des voiliers et à droite le débarquement des marins. En regardant bien on voit dans le coin gauche les goélands…multitude de détails qui captent mon attention. Il peint une mer turquoise très lumineuse au Croisic,

Pendant la guerre de 1870 Boudin se réfugie en Belgique, il peint « de Dordrecht à Bordeaux » , Etaples, Berck, Saint Valéry sur Somme offrant tout un panorama des ports du littoral y compris en Méditerranée. En 1893 il fait un bref séjour à Venise. 

Rouen : pont Corneille 1896

Cette exposition élargit le champ des peintures de Boudin qui n’a pas peint que la Normandie, même s’il l’a très bien peinte.

Suzanne Valadon à Beaubourg

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au  26 mai 2025

Autoportrait « il faut être dur avec soi, avoir une conscience, se regarder en face »

Maria, modèle à 14 ans, a posé pour les peintres connus de l’époque. Toulouse Lautrec la peint de face, nue, sur un fauteuil , La grosse Marie, qui regarde le spectateur d’un air de défi. C’est lui qui change son prénom en Suzanne, à cause de Suzanne et les vieillards. Ses dessins sont remarqués par Degas qui lui ouvre son atelier, lui enseigne la gravure et l’utilisation du papier calque. 

Utrillo pensif

Après une série d’autoportraits l’exposition la situe parmi les tableaux de ses contemporains: Cézanne : Cinq Baigneuses, Puvis de Chavanne, REnoir, Degas, Henner, Matisse. 

Gilberte, nue se coiffant (1920)

Le thème de la femme à sa toilette est à la mode. Suzanne Valadon, de modèle est devenue peintre n’hésite pas à représenter des nus, femmes et hommes. Elle s’est peinte, torse nu à 66 ans, sans complaisance. Sans complaisance, encore, elle peint les rides qui sillonnent le visage de sa mère

Portrait de famille : Utrillo et sa grand mère.

En 1909, elle rencontre André Utter 23 ans, un ami de son fils. Elle peint Adam et Eve nus et se lance dans de grande compositions

le lancement des filets

Dans les années 1920, Suzanne est devenue une peintre reconnue à qui on commande des portraits.

Portrait de Lily Wharton

j’aime beaucoup l’attention prêtée aux décors, aux couleurs fauves , aux arabesques des tissus colorés un peu à la manière de Matisse.

Portrait de Mme Levy

A côté des portraits, Suzanne peint aussi des natures mortes, gibier et fruits, et de beaux bouquets de fleurs . Une nature morte aux poissons de Mela Muter est tout à fait remarquable. 

Mela Muter ; nature morte

Ma préférence va à ses portraits de femmes, le plus souvent fortes, actives loin des figures conventionnelles et des canons de beauté que les hommes prêtent aux femmes

Catherine allongée sur une peau de panthère