la cuisine, la cuisinière, Elmira, Elvira et le petit macho
18h, les femmes viennent nous chercher : « voulez vous voir préparer le plov ? »
La cuisine est à l’extérieur, entre deux maisons : sur deux foyers en terre on a installé des bassines. La surface horizontale entre les deux est carrelée. Après midi, nous avions vu les femmes faire la vaisselle drans les grandes bassines dans lesquelles avait chauffé de l’eau. Des pois chiches trempent dans une assiette creuse. Une autre assiette est remplie d’oignons détaillés en rondelles. La viande est suspendue à un bâton entre les deux maisons : réfrigérateur naturel, aujourd’hui dans le vent frais. A travers un linge, on devine la tête du mouton, les tripes. D’autres chiffons enveloppent des morceaux suspendus dans une sorte de placard en fer peint en vert. Pas de frigo électrique, ce qui n’a pas d’importance aujourd’hui, puisque il n’y a pas d’électricité aujourd’hui !
Frigo??
Pour toute la maisonnée, on fait frire 4 morceaux d’agneau dans de l’huile (tournesol ou coton ?) Une fois qu’ils sont bien rissolés, on ajoute l’oignon qui roussit. Les carottes sont coupées en bâtonnets comme au marché de Tachkent. Pendant ce temps, le riz trempe dans une bassine d’eau chaude. Quand les carottes sont cuites, on passe le riz dans une passoire sous le robinet. Puis la cuisinière l’étale avec l’écumoire pour faire une couche régulière au dessus des carottes. Il cuit à la vapeur qui s’échappe comme les fumerolles de petits volcans.
Faire revenir les carottes et les oignons!
Pendant que le riz cuit, nous remarquons un chauffe-eau solaire dernier cri : l’eau passe par de petits rouleaux noirs avant d’être récupérée dans la réserve cylindrique communiquant avec la salle de bain carrelée selon les critères occidentaux. Nous n’aurons donc pas à utiliser le lavabo suspendu au tronc du mûrier surmonté d’une glace.
Dîner à la chandelle
Le repas du soir est pris à la chandelle : deux ampoules opalescentes cachent des LED qui éclairent très bien. Rouslan (11 ans) relie consciencieusement le fil rouge à la borne plus et le noir à la borne moins avec des pinces crocodiles (comme aux TP de mon collège). Malgré la panne, la salle sera éclairée. En entrée, mêmes salades qu’à midi. Le plov est délicieux, servi dans de grands plats, pyramide de riz surmontée de morceaux de viande. Les trois hommes piochent ensemble dans le même plat. Nous remplissons au fur et à mesure les petites assiettes destinées aux salades. Nous n’avons même pas eu l’idée d’imiter les ouzbeks.
On installe la bougie dans notre chambre. Une fausse ampoule éclaire la salle de bain.
A 9h, il fait nuit noire et nous nous couchons. Les Quatrains d’Omar Khayyâm sur ma liseuse éclairent faiblement.
La pluie a cessé pendant la nuit, au matin il fait même très beau. La route traverse la steppe plate et uniforme, elle est droite. De petites bosses font des montagnes russes. La ligne électrique court en parallèle. Un cavalier surgit des buissons puis disparaît comme il est venu. Poésie de la steppe.
Les troupeaux sont nombreux, le plus souvent des moutons noirs avec des chèvres grises noires ou blanches. De temps en temps, des chevaux en liberté, magnifiques. Des vaches paissent à proximité des villages, petites, placides elles trouvent leur provende dans l’herbe verte du printemps. Les Ferula (fenouils) s’élèvent comme de minuscules arbres : leur cime ronde des ombelles rassemblées en une grosse boule mi-chou-fleur/mi-fenouil sur une tige.
Dans la région, on extrait le marbre. Plus loin, des excavations plus importantes : on cherche de l’or dans les montagnes de Nurata. Entre la route et les montagnes sont alignés de nombreux villages. Impression de bout du monde. Des gens vivent entre la montagne aride et la steppe infinie. Des nuages s’accrochent à la montagne. Voici notre village Uxum ! Tout au moins l’entrée du village. Une piste conduit aux premières maisons puis les évite et entre dans une vallée. La belle Chevrolet de Nasim se comporte bien sur le chemin défoncé. Le village est plutôt une addition de fermes dispersées au flanc de la montagne qu’un bourg organisé.
La famille qui nous accueille est installée dans trois maisons basses aux murs de pierre disposées en u autour d’un petit champ. Trois générations vivent ensemble. Le Grand Père, en costume de ville, chauve arbore le plus souvent une toque noire et blanche. Ses fils ont une allure moderne. L’un d’eux nous accueille en anglais. Il porte des jeans, une polaire et une casquette de base-ball. Les femmes ont une tenue traditionnelle élégante. La robe est plus ou moins longue sur des pantalons de velours serrés en bas par un galon. Pantalon et robe brillent de perles de strass cousues. Le foulard est assorti, elles le portent noué derrière avec un gros nœud qui ressemble à un chignon. La plus jeune porte des leggings violets, une jupe courte aux triangles fluo et son foulard comme la jupe. Leur visage est très avenant. La grand-mère a toutes ses dents en or, les plus jeunes sont très soignées. Chacune a 4 enfants sauf la plus jeune qui n’a qu’un bébé. Nous avons mis un certain temps à attribuer à chacune des mères ses enfants respectifs.
Dans la plaine le temps était ensoleillé mais dès que nous sommes arrivées au village il pleuviote et surtout il souffle un vent glacial. Tout le monde est emmitouflé dans des anoraks. Les bonnets sont enfoncés jusqu’aux oreilles. Avec mon pantalon d’été et mon t-shirt, je gèle. Pas trop envie de sortir. On sort les polaires des valises, les survêtements, les K-Ways. Pour la première exploration dans le village, on nous flanque, d’office, un accompagnateur : Rouslan, 11 ans, des yeux clairs, la peau très claire. Il parle un peu anglais. Après 50m, nous arrivons à un hameau composé de belles fermes et étables en pierre étagées à flanc de coteaux.
Fin de la promenade : « many dogs ! ».
On descend la piste : « 12h lunch ! » décide l’accompagnateur.
D’ailleurs, il pleut !
Le déjeuner est servi dans la grande salle de la maison où nous logeons. Le sol est recouvert d’épais tapis et de grands kilims. Au mur, un kilim avec le même motif et un tapis de prière avec la représentation de la Mecque et la photo du père du grand-père, hadji. Table basse, matelas colorés, coussins. On mange par terre. A table il y a un couple de jeunes Russes qui partiront cet après midi à Samarcande, le jeune homme à la casquette de base-ball, le grand père, Nassim et nous.
On apporte un assortiment de salades : aubergines confites avec des grains de poivre et des feuilles de laurier entières, haricots rouges à l’ail, une salade fraîche avec beaucoup d’aneth. Chorba : un grand bol de bouillon clair avec des morceaux d’agneau, des carottes et pommes de terre. Cette soupe chaude est bienvenue avec la pluie. Au choix thé noir ou thé vert.
Au mur, une carte touristique et des photos des curiosités de la région.
Les argalis
Le soleil est revenu. Le Grand-Père me propose une promenade. Nous traversons le jardin où il y a 4 ou 5 rangs de tomates et autant de pommes de terre. Derrière se trouve la réserve des argalis (mouflons). Ella Maillart racontait que son guide Kirghise chassait les argalis sans autre précision. Le mâle a de belles cornes recourbées. Les femelles ressemblent à des chamois, un peu lourds. Nous montons le plus haut possible pour observer la harde puis à un petit col où paissent leurs vaches. Le vent souffle par rafales très puissantes qui nous font tituber. Pas seulement moi, la touriste, également le montagnard qui a dû se mettre sur 4 pattes pour enjamber une petite arête rocheuse. De temps à autres, il me fait asseoir pour surveiller les argalis ou regarder le paysage. La promenade se transforme en safari-photo. Le Monsieur tient à ce que je rapporte de belles photos du mâle aux cornes enroulées. Le vent est si puissant qu’on se cramponne au grillage. On rentre « en marchant comme des ivrognes » déclara-t-il le soir.
La tempête de la nuit dernière a fait beaucoup de dégâts. 140 poteaux électriques ont été abattus. Le courant ne reviendra pas ce soir. Il faut s’organiser et prendre nos précautions avant la tombée de la nuit.
Splendeur des images de cette steppe infinie, battue par les vents, on entend le souffle du vent, l’orage qui s’abat sur la plaine, l’éolienne sur le pignon de la maison qui se transforme en hélice d’un improbable avion.
Steppe à l’horizon infini mais aux couleurs changeantes, camaïeu de bruns, verts, taches roses.
Une maison au toit de chaume au milieu de nulle part, son puits, un arbre solitaire
Des images d’une beauté : détails du bois, mur de pisé inégal craquelé,
Beauté des acteurs.
Film sans parole, accompagné par le vent, l’eau, l’orage, le galop du cheval, le moteur du camion…
Un bon quart d’heure se passe, j’admire les cadrages, les images, les couchers et lever du soleil. Même s’il n’y avait pas d’histoire, le film serait un chef d’oeuvre.
Il y a une histoire, histoire d’amour. Lequel du cavalier kazakh, son ami d’enfance, ou du photographe, un peu acrobate, la jeune fille choisira? Comme deux chevaux fous, ils se battront.
Mais ce n’est pas tout… mais je ne vous dirai rien. Pour préserver l’effet de surprise
Le faite de la yourte est soutenu au centre par une croix de 8 petites lattes rouges. Pour tenir la tente, de fines perches partent d’un cercle rouge et blanc. A 1.5m du sol les perches sont remplacées par des croisillons qui font tout le tour (sauf la porte). Une longue bande de coton blanc brodé de grenat la borde. Des kilims multicolores portant trois motifs différents sont superposés : peignes doubles, rouge/blanc, jaune/rouge et jaune vert. Une frange forme un galon entre la bande brodée et les kilims. Un mobile est suspendu du centre, étoiles à 5 branches, 4 triangles de bois peint, 5 cordelettes colorées portent des pompons rouges, noirs, jaunes. A l’étoile on a suspendu des petits objets couverts de brillants, 2 cocottes roses et des triangles étincelants.
mobile coloré
Des sangles brodées de rouge et or, une bande de tapis complètent le décor et tendent le feutre gris qui est orné de larges bandes à fond noir et à entrelacs rouges bordés de blanc. Le tapis de sol est également en feutre teint de motifs géométriques multicolores. Un tapis de laine épaisse se trouve à l’entrée.
Des petits matelas sont empilés. Si on les étalait tous on pourrait dormir à 6 ou 7.
broderies et kilims
A l’extérieur d’épaisses bâches de toile blanche sont ficelées par de solides cordages. Un carré ferme le carré du haut amovible. La porte est peinte de motifs décoratifs, un tapis rouge roulé complète l’isolation.
Dans le montage de la yourte le cercle en bois de saule est installé en premier, les perches de saule sont placées ensuite. Il n’y a pas de clous, la lanière de peau de vache mouillée se tend lorsque elle sèche.
La nuit nous offre un spectacle grandiose mais pas celui que nous attendions ! J’attendais une veillée sous les étoiles. Le ciel nous a réservé la surprise d’un orage spectaculaire Le ciel s’est éclairé comme en plein jour. Nous avions laissé la porte ouverte et le tapis enroulé. La pluie s’est abattue et le vent s’est levé. Sous les couettes, nous avons d’abord eu l’impression d’un confort inouï à l’abri du toit de feutre. Puis nous nous somme crues au planétarium : le feutre était criblé de petits trous que les éclairs illuminaient. D’après les grondements du tonnerre nous avons essayé de localiser l’orage qui tournait. Le vent s’est déchaîné, le tapis de l’entrée s’est déroulé, la bâche secouée, sa toile vibrant a été martelée par la grosse pluie. Nous avons entendu le bruit des gouttes tombant, quelque part la yourte était trouée. Au dessus de ma valise. Quelques gouttes seulement mais tous les vêtements sont humides. Il faudra la vider et les étaler au village.
Le temps s’est couvert. Un ciel gris écrase la steppe plate et rase. Les montagnes de Nurata sont avalées dans la brume. Lorsque nous arrivons au lac Aydarkul le tonnerre gronde. Si j’avais su qu’on irait au lac cet après midi, j’aurai mis mon maillot de bain. L’eau est tiède. Je me contente de relever mon panta-court au dessus du genou et de marcher dans l’eau. Le lac Aydarkul est un lac artificiel. En 1969, par crainte d’inondations on a vidé un barrage situé au Kazakhstan , le lac s’est agrandi ensuite en retenant les eaux du Syr Daria. Long de plus de 60 km, il contient autant d’eau que la mer d’Aral qui, elle, se dessèche. J’avoue ne pas trop comprendre.
le lac Aydarkul
A peine une petite heure de route pour atteindre le campement de yourtes de Yangiyz à quelque distance du village kazakh aux maisons couvertes de toits métalliques à 4 pans et aux étables de pisé. La voiture s’engage sur une piste sableuses dans les collines plantées de saxaouls Haloxylon ammodendron (épineux très secs qui ont de loin la silhouette des genêts en beaucoup plus fin) .
Dans un creux : le camp composé d’une dizaine de yourtes plantées en demi-cercle et plus haut, le restaurant, restaurant d’été sous un auvent de toiles multicolores et restaurant d’hiver dans un bâtiment en dur rond comme une yourte où nous dinerons. Un peu plus loin, les sanitaires : 3 douches, 3 lavabos extérieurs. Le système d’arrivée d’eau est bizarre : au lieu de tourner le robinet il faut pousser un bouton vers le haut.
les étriers de ficelle
Nous sommes accueillies en Russe par une dame blonde en short et en haut transparent, placide souriante aidée à la cuisine par une autre dame russe blonde. Le camp s’appelle Spoutnik, mais nous ne l’apprendrons que demain quand on nous donnera le billet attestant de notre passage qu’il faudra conserver jusque à l’aéroport. Deux chameliers se tiennent plus loin avec leurs bêtes. Au programme un tour d’une petite heure à dos de chameau. Je connais bien les dromadaires mais c’est la première fois sur un chameau de Bactriane à deux bosses plus petit et plus laineux. Si mon chameau est plus petit, il est plus large à enfourcher. Je dois m’y reprendre à deux fois. On me confectionne des étriers de ficelle, et me voilà partie pour 20 minutes dans les collines plantées de saxaouls . C’est plus amusant que pittoresque, le chamelier muet tient la longe. Le désert du Kyzylkoum n’est pas le Sahara !
La route de la Soie vers Samarcande est presque une autoroute, traversant des vergers bien entretenus et des cultures irriguées. D’énormes camions iraniens se suivent – caravane moderne. Plus loin on double une caravane turque, il semble que les routiers se regroupent par nationalité.
Guijdouvan
l’avez vous reconnu?
Nous faisons une halte chez un céramiste de renommée internationale, comme l’atteste la photo d’Hillary Clinton et un prix obtenu à Roanne. Son musée montre le travail de plusieurs générations de céramistes ainsi que des pièces anciennes comme ce plat du 13ème siècle à calligraphie coufique, les céramiques d’Hérat, les plats bleu de Ferghana. Une grande variété de motifs et techniques sont représentés. Nous le visitons en compagnie d’un groupe en car déjà rencontré en route ; Avantage : nous ne somme pas tenue d’acheter à l’issue de la visite. Inconvénient, on se pousse, il y a toujours quelqu’un dans le viseur de l’appareil photo. Quand le potier saisit un instrument de musique (genre de mandoline) pour accompagner la démonstration de broderie de sa femme, j’imagine la séquence vidéo. Mais voila, un braillard se met à chanter !
A côté du four, se trouve le moulin. Le potier peut donc être en même temps au four et au moulin (contrairement au boulanger !). Le moulin ressemble à un moulin à farine ou à huile la meule de pierre mue par un âne broie les oxydes. En Ouzbékistan, l’âne, animal impur n’est pas acceptable dans un moulin à farine, on lui préfère le bœuf, le cheval ou le chameau. Pour le potier cela n’a aucune importance. Les fours sont alimentés aussi bien au bois, au gaz ou au kérosène. On cuit plusieurs fois les poteries avant et après l’émaillage. Les plats sont disposés à l’envers. Les gouttes d’émail qui se solidifient sont la marque de fabrique locale. La dame brode avec des soies teintes aux teintures naturelles fixées soit au sel soit à l’alun soit à la teinture de grenade. Elle brode à l’aiguille en posant le tissu sur la table, soit au crochet, le tissu est alors fixé sur un cadre.
La route traverse les sables rouges de Kysylkoum hérissés de buissons comme sur la route de Khiva, puis à nouveau des vergers.
Caravansérail Rebat Malik
sardoba : la citerne d’eau potable
J’imaginais la route de la Soie jalonnée de caravansérails. Celui de Rebat Malik est le seul qui a résisté au temps. D’un côté de la route, la belle citerne Serdoba possède une belle coupole de brique qui protège l’eau potable (nous avons vu la maquette à Boukhara). De l’autre côté de la route un portail monumental (1187) est encore debout tandis qu’à l’arrière on ne voit plus que les fondations d’un complexe de grande taille avec des entrepôts, des habitations, un bazar, un hammam. L’étendue des fouilles dépasse de loin ce que nous avons vu en Turquie et en Arménie. A côté de la citerne un entrepreneur a eu l’idée de construire un restaurant-hôtel, moderne caravansérail, pour les routiers. Du temps des chameaux, c’était la deuxième halte entre Boukhara et Samarcande. Etape pour les chameaux mais pas pour les camions, l’entreprise a périclité.
Le caravansérail est à l’entrée de Navoï nommée d’après le poète du 15ème siècle Mir Alisher Navoï, au temps de l’Union Soviétique on y installa un combinat industriel important. La province de Navoï est la plus étendue de l’Ouzbekistan, peu peuplée, couverte pour l’essentiel de steppe, mais dont le sous-sol est riche ne gaz, en or et en uranium. A Navoï nous quittons la route de Samarkand pour nous nous diriger vers le nord en direction de Nurata vers les montagnes de la Chaîne de Nurata qui culmine à 2300m. La steppe est verdoyante et même fleurie. A mesure que la route s’élève des familles se sont installées à chaque tournant avec des coussins, des auvents, des pique-niques : ils fêtent le printemps.
mouflon
Sur un affleurement de schistes des pétroglyphes ont été gravés il y a 25 siècles. J’identifie un mouflon, reconnais des chameaux, un cavalier, un serpent et même une chamelle (vache) allaitant son petit.
dromadaire
La route franchit le col Nurata Tumani (1000m). Des sommets pointus se détachent dans la brume. Les pique-niqueurs sont nombreux.
Les dames aux coquelicots
les dames aux coquelicots
La route redescend dans une prairie de coquelicots et de lys tartares (Ixolirion tartaricum) . Des femmes et des enfants sont parmi les fleurs, je brandis mon appareil photo pour demander la permission des faire des photos « davaï ! » Elles m’invitent à les rejoindre, m’offrent un bouquet de coquelicots, regardent les photos que j’ai prises et les petites vidéo sur l’écran de l’appareil-photo, m’appellent « sistra », s’amusent avec ma swatch et son bracelet tout mou. Moment fugace de partage. Lorsque je m’éloigne l’une d’elle me poursuit pour m’offrir un stylo à bille bleu et argenté. Je n’ai rien à donner en échange.
Nurata
Nurata est une grande ville (30 000ha) de nombreux restaurants le long de la route proposent la spécialité locale : l’agneau rôti au four kebab tandir. Nassim choisit pour nous un restaurant qui sert en terrasse sur deux takhtan, pas de table : la nappe st par terre. On mange accoudé, presque à la romaine. En entrée, un délicieux bol de yaourt et des rondelles de concombre et de tomates. L’agneau est excellent, tendre, il semble confit, la surface est croquante. Je n’en ai jamais mangé d’aussi parfumé. Nassim attribue cela à l’herbe du printemps, parfumée.
La source des poissons sacrés : Tshachma
Nurata
Un complexe religieux (entrée en majolique, mosquée, madrasa, hammam) entour le tombeau d’un saint le cheikh AbdulHassan Nouri, la mosquée des 40 colonnes a été rénovée au 20ème siècle. La légende dit qu’Ali, gendre du Prophète venu avec des caravaniers a fait jaillir de son bâton cette source miraculeuse. Les poissons sacrés sont de grandes truites noires très nombreuses dans une eau transparente presque turquoise. Ayant visité un autre mausolée hier, je ne me sens pas très motivée.
Sur la colline la forteresse d’Alexandre
En revanche je suis beaucoup plus touchée par laforteresse hellénistique qui coiffe la colline. Il n’en reste que des pans de murs. Mais la légende veut qu’Alexandre serait passé par là et que peut être s’y trouverait son tombeau, ou son cénotaphe. Je me remémore le récit de Gaudé « Pour seul cortège », j’imagine le cortège funèbre, les pleureuses, les cavaliers dans la steppe…
Cette madrasa fut construite en 1807 Par un riche commerçant turkmène pour honorer l’émir. La cour a été détruite, des maisons ont été construites, il ne reste plus que la bibliothèque, occupée par un magasin de souvenirs et les 4 minarets qui rappellent selon les uns les 4 villes saintes : La Mecque, Médine, Jérusalem et Boukhara , selon les autres les 4 filles laides du commerçant qui montrait ses minarets aux entremetteurs des mariages arrangés . Elle a été restaurée en 1968 et en 1997.
Restaurant Chinar
Sur la terrasse, en face d’une mosquée, on voit les vendeurs de pain et l’animation de la rue. Le serveur arrive avec un plateau de hors d’œuvres variés. Dans l’assortiment nous choisissons des beignets de chou fleur, une salade de courgettes et champignons marinés à l’ail, du fromage blanc avec de la ciboulette. Pour plat principal, de délicieuses brochettes de viande de bœuf haché.
Après midi au Hovli Poyon
J’ai du retard dans mon journal de bord, les banquettes aux coussins dorés nous tentent pour faire une sieste studieuse. Les patrons de l’hôtel, qui possèdent également un hôtel à Samarcande, sont venus avec des amis et la petite dernière, bébé. La dame vient vers nous, se présente, Nelufar (ce qui veut dire Nenuphar) elle parle un français parfait et gère une agence de voyage à Samarcande. Elle n’est pas vraiment en concurrence avec Karavan Travel qui se spécialise dans le voyage à la carte. Son rayon, c’est plutôt le voyage d’aventure, le trek et la randonnée. Nous sympathisons et elle nous invite boire un thé sur sa terrasse en face de Bibi Khanim – la plus belle terrasse de Samarcande.
L’après midi s’étire, thé vert après thé vert…nous sommes paresseuses et n’allons même pas manger notre glace sur le bord du bassin. Demain il faudra partir…
L’émir de Boukhara, Akhad Khan souhaitait construire une résidence d’été. A Boukhara il n’y a point de hauteurs pour chercher de la fraîcheur. L’architecte égorgea un mouton, le fit découper en 4 quartier et suspendre aux 4 coins de la ville. Comme la viande suspendue à la porte de Samarkand se conservait mieux il conclut que là était la fraîcheur.
Fraîcheur des grands arbres centenaires du grand parc de 6 ha.
Au premier abord cette résidence d’été est un palais russe, cosmopolite, russes, Juif, Iraniens ont contribué à sa décoration. De l’extérieur, on admire une merveilleuse galerie aérienne vert d’eau. On entre par une entrée sous une coupole argentée dans un palais blanc à grandes fenêtres se terminant par une sorte de véranda bleue.
Porcelaine chinoise
La salle d’attente est peinte d’un décor « chinois », tapis chinois, fresques florales de hauts bouquets dans des vases. Nassim a employé le qualificatif « chinois » j’aurais plutôt écrit « fleuri ». la salle de réception est blanche. Les stucs ont été ciselés par-dessus les miroirs. Pendant 3 ans le maitre a travaillé avec 30 élèves à cette dentelle blanche. Une vitrine conserve le portrait, le diplôme et les outils du Maître artisan.
Une pièce multicolore aux vitraux rouges est celle où l’émir jouait aux échecs avec les ministres et les ambassadeurs ; les peintures vives se reflètent dans les miroirs.
La salle des banquets est aussi égayée de vitraux rouges et bleus et d’un plafond coloré qui me fait penser à certains palais indiens de Jaipur ou Udaipur. On voit une belle glacière.
Les portraits des émirs, Akhad Khan et son fils Alim, montrent des barbus à carrure imposante. Il fallait de solides épaules pour endosser le manteau de cérémonie garni de joyaux qui pesait 13kg avec les broderies de fils d’or. Pour ne pas se blesser un rembourrage de plusieurs chemises s’imposait.
La véranda très claire, aux hautes fenêtres était aménagée en pièce de repos. L’émir y jouissait de la beauté de son par cet des roseraies, des buissons avec oiseaux et paons en liberté. Dans un zoo résidait un éléphant, maintenant les paons y font la roue devant les rares femelles en se tortillant du croupion.
Alim, le fils de l’émir, avait fait ses études à Saint Petersbourg, il y était tombé amoureux d’une fille du Tsar Olga. De retour à Boukhara il avait ajouté un élégant pavillon blanc appelé désormais le Pavillon Olga bien qu’elle n’y ait jamais mis les pieds. C’est un bâtiment octogonal (le Paradis a 8 portes). Nassim nous avait fait cette remarque au palais de Nuroulla bey à Khiva construit à la même époque.
le harem et la piscine des concubines
Plus loi, sur deux étages, plus grand que les bâtiments précédents, le Harem se reflète dans une belle pièce d’eau. Les concubines nageaient dans le bassin tandis que l’émir les contemplait sur son trône perché à la manière des maîtres- nageurs sur les plages, son garde du corps surveillait les alentours au sommet d’une tour ressemblant à un phare. La légende raconte que l’émir lançait une pomme rouge dans la piscine. La première qui s’en emparerait partagerait la couche du souverain. Un soir, dit-on, personne n’essaya d’attraper le fruit. Dépité, le khan demanda des explications : chaque concubine sortit de l’eau la main brandissant une pomme. Le verger est tout proche et pommiers et cognassiers y sont florissants !
suzanni
Dans le Harem, se trouve l’exposition des suzanis : panneaux brodés de soie. Tandis qu’au bazar les motifs sont principalement des grenades et des arbres de vie, l’exposition présente des motifs beaucoup plus variés avec plus de couleurs. Souvent au centre, se trouve le soleil zoroastrien. J’y apprends que la grenade est symbole de fécondité (avec tous ses grains), il y a parfois des poissons, des fleurs des huppes.
Suzani
Sur le chemin du retour nous retrouvons le miniaturiste : le matin il peint sous une tonnelle, l’après midi près du bassin dans son échoppe.
Le mausolée de Naqshbandyse trouve à l’extérieur de la ville de Boukhara.
Pour y arriver, nous dépassons la ville moderne très étendue, passons devant le grand parc dominé par un amphithéâtre pour les spectacles d’extérieur et une luxueuse salle de cinéma. De petits arbres ont été plantés sur les gazons, quand ils grandiront il y aura une véritable forêt ! Des vergers alternent avec ces nouveaux quartiers de maisons basses toutes pareilles, avec de petits centres commerciaux. La vie de banlieue ?
Naqshbandi (1318-1389)
le puits
Le complexe religieux a été restauré en 2003 : entrée engazonnée, une rangée de pensée borde la pelouse. Aujourd’hui, vendredi, la foule se presse. Le portail ressemble aux iwans des mosquées, carreaux de majolique flambant neufs. Une allée dallée conduit à la cour où se trouve le tombeau du saint. Dès l’entrée, nous sommes saisies par la ferveur des pèlerins qui prient assis en fond autour du tronc d’un arbre – thuya ? –
Nassim nous fait un cours de théologie : 4 étapes caractérisent la vie spirituelle des soufis. La première est celle que chacun connait : la chaariat avec les 5 piliers : croire, faire la prière, le ramadan, l’aumône et le hadj à la Mecque. L’étape suivante taarikat exige du croyant qu’il fasse 5 fois la prière et qu’il étudie les sciences religieuses. La suivante ajoute les autres sciences aux sciences religieuses afin de pouvoir répondre à n’importe quelle question. La phase ultime Hakhriphat est l’état de vérité où l’âme peut se libérer du corps. Naqshbandy en atteignant cet état pouvait se trouver simultanément à Boukhara et à la Mecque. Quand des personnes de la Mecque venait le voir à Boukhara il les connaissait déjà. Cependant il est difficile de rester dans cet état.
grattant l’écorce
Comme il revenait de la Mecque, ses voisins lui demandèrent ce qu’il avait rapporté : rien, sauf sa canne qu’il planta dans le sol ; il en sortit un mûrier. L’écorce de l’arbre séculaire était utilisée pour faire des amulettes. Maintenant l’arbre est mort, son tronc gis sous un autre mûrier, mais les pèlerins continuent à gratter de minuscules poussières d’écorce du vieil arbre avec leur ongles. Certains tournent 7 fois autour de l’arbre, se courbent pour passer en dessous. Autrefois, après avoir fait un vœu, ils accrochaient un chiffon, cette pratique est désormais révolue.
Tandis que Nassim semble adhérer à ces croyances, le guide Olizane écrit que le mausolée est le règne de la superstition. D’après Nassim, le soufisme de Naqshbandy est un Islam tolérant qui prône une croyance sans ostentation « croyant dans le cœur mais la main au travail ». Naqshbandy avait gardé son travail de graveur décorateur considérant qu’un imam devait avoir une profession pour gagner sa vie. Il oppose ce soufisme Naqshbandy au soufisme des Derviches tourneurs qui tournent, crient, hurlent leur foi et ne font rien d’autre.
Le tombeau est signalé par une touffe de yack suspendue à une hampe. Près du tombeau, dans la cour, se trouve également un bassin dont l’eau était potable (ou les gens moins regardants), maintenant, les gens tirent l’eau du puits et viennent se servir au robinet. Comme nous l’avons vu déjà, le tombeau d’un saint est un lieu privilégié pour être enterré afin d’obtenir, dans la vie future, la protection du saint. Les souverains cheybanides sont enterrés non loin et un grand cimetière jouxte le mausolée
Fils d’un riche commerçant d’Astrakhan, ami de l’émir, Fayzoula part à Moscou faire ses études. Il propose ses services aux djerid et fonde e 1916 le Jeune parti de Boukhara. Il revient en 1920 après la fuite de l’émir. L est alors promu Chef de la République Populaire de Boukhara (d’après Olizane, Nassim a une autre version).
la table d’hiver, le brasero est caché
La maison familiale est un véritable palais avec une double cour, la cour des Hommes ouverte sur l’extérieur et sobre, la cour des Femmes beaucoup plus fastueuse dont on visite les appartements meublés. Dans le premier salon, on a dressé la « table d’hiver » sous la quelle on pouvait glisser un brasero. Le tout était recouvert d’une couverture mate »lassée. Chacun pouvait y glisser les pieds et se réchauffer. La « table d’été » était beaucoup plus basse. Traditionnellement, les Ouzbeks ne possèdent pas de meubles. Ils vivent par terre sur de somptueux tapis. Une nappe, un plateau remplace souvent la table basse qu’on peut débarrasser ensuite pour dérouler les matelas pour dormir. Les matelas minces, ou plutôt couvertures matelassées, en riche brocard étaient rangées dans l’épaisseur des murs des maisons anciennes. Ces murs épais garantissaient une bonne isolation du froid ou de la canicule. Ils étaient évidés pour faire des niches de rangement ou des vaisseliers. Plus récemment, comme dans la maison Khodjaev, on a acheté des coffres pour ranger la literie. Le coffre est recouvert de cuir fin.
Une autre pièce est encore plus richement meublée : la table basse longue est appelée « table royale » : khan takhta. Un « berceau d’été » est ouvert. Les objets existent presque tous en deux versions « hiver » ou « été » ce qui m’étonne toujours.
On cuisinait dans un bâtiment annexe, en contrebas de l’estrade. L’été, pour les fêtes on pouvait aussi utiliser une énorme marmite dans la cour. Le foyer en terre était rapidement construit. Dans la cuisine les petites marmites étaient posées sur de petits foyers de terre au sol.. Dans un coin, le four a pain a une curieuse ouverture de travers. Le feu était alimenté par au dessous. Quand les parois d’argiles sont chauffées à blanc on plaque les pains préalablement enduits à l’eau salée sur l’envers et à l’eau douce sur l’endroit, décoré par un tampon à pointes qui perce des trous pour empêcher le milieu de gonfler. J’ai vu cet objet au marché mais j’avais cru qu’il était destiné à carder la laine. Il serait bien utile quand on fait des tartes salées dont nous cuisons le fond au préalable avant de le garnir. On met du sel ou du riz, les trous seraient plus pratiques.
La salle de banquets peut être louée par des voyagistes pour y organiser des spectacles. Sur u portant sont suspendues des robes de soieries des manteaux et même la parandja noireen crin de cheval, version ouzbek du tchador. Dès que les femmes sortaient de la cour, elles devaient revêtir un grand manteau qui les faisait ressembler à une tente, les manches ‘étaient pas enfilées ; cousues ou attachées elles désignaient une femme mariée, libres une jeune fille ; au bas des pantalons les femmes mariées cousaient une broderie. En 1925 les femmes ont brûlé la parandja sur la place Reghistan (Ella Maillard raconte qu’elle a vu le tableau de Benkov racontant cet épisode). Des photos anciennes de la famille complètent la décoration. Autrefois, d’après Nassim, les sunnites refusaient d’être photographiés.
Une exposition 1935 rappelle cette année terrible pour les Ouzbeks. L’intelligentsia ouzbèke fut décapitée. En 1937, Khodjaev qui s’était insurgé contre la monoculture du coton « le coton ne se mange pas » , est arrêté par Staline. Un panneau détaille le nom et le nombre des victimes par famille. En faisant la simple addition, j’arrive à 70. Privé de ses dirigeants et de ses intellectuels, le peuple ouzbek « pouvait se laisser conduire comme des moutons ».
Ce musée en l’honneur de Khodjaev a ouvert en 1990, un an avant l’Indépendance. Pendant la Perestroïka , l’Ouzbékistan a senti le souffle de la liberté. Selon Nassim, Gorbatchev est très apprécié ici (et mal vu en Russie).