Tachkent : 1ères visites les monuments du vieux Tachkent

CARNET OUZBEK

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Petit déjeuner –

Au buffet : yaourt liquide, à côté du samovar,  sachets de thé et paillettes de café instantané, concombres tomates fromage en tranche, salami et mortadelle. Dans des plats chauffants, du porridge, des pommes de terre et divine surprise : des crêpes roulées à la crème épaisse un peu aigre, un délice, j’en mange 5 avec deux verres de jus de cerise.

Notre guide, Sayyora, est une jeune femme mince, brune aux traits un peu asiatiques. Le chauffeur est très jeune, avenant, anglophone ; sa voiture est une Chevrolet blanche. Toutes les voitures neuves sont des Chevrolet. Elles sont montées en Ouzbékistan. Les vieilles sont des Lada. Pas vu les voyants 4×4 noirs des Russes rencontrés dans les Pays Baltes ou en Arménie. Pas vu de Russes frimeurs nouveaux riches dans l’avion non plus. Plutôt des gens simples mal fagotés transportant toutes sortes de marchandises. La voiture circule dans de très larges artères vides (c’est samedi matin). En face de l’hôtel, un cylindre cannelé en béton, c’est un cinéma, plus loin le long d’une avenue de très élégants immeubles bas crèmes dans un style à la fois russe et oriental.

Tachkent est une citée ravagée en 1966 par un séisme de magnitude 8. Elle a été reconstruite grâce aux dons de toute l’Union soviétique. Contrairement à Gümryi en Arménie qui reste blessée 25 ans plus tard (séisme de 1988) et qui a subi les conséquences de l’Indépendance et de la guerre, Tachkent semble avoir bénéficié de cette reconstruction. Avec ses 3 millions d’habitants, Tachkent est la 4ème plus grande ville de l’ancienne Union soviétique après Moscou, Saint Petersbourg et Kiev. Saint Petersbourg ne s’appelle plus Leningrad, Kiev est ukrainienne mais le souvenir de l’ancienne union est encore présent.

Pratiquement partout je déchiffre sans comprendre l’ouzbek qui s’écrit en lettres latines comme le Turc. Partout j’entends du Russe et il y a encore beaucoup de cyrillique. La voiture passe devant le Théâtre, la bibliothèque toute neuve, des centres commerciaux flambant neufs, nous n‘arrivons pas à différencier les bâtiments officiels des habitations. Les HLM soviétiques sont au goût orientalisant, les façades sont agrémentées d’arches et d’arabesques cassant la désespérante monotonie des constructions de la Hongrie à la Mer de Chine.

Place Khast Imam

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La visite touristique commence sur la grande esplanade au bord du Vieux Tachkent et ses maisons basses aux toits de tôle et canaux que je me faisais une joie de visiter mais qu’on ne verra que de loin.

Le Mausolée de Kaffal Chachi

(Kafal = serrurier Chachi = nom ancien de Tachkent)

(904-949) période de l’Islamisation. Ce saint docteur de l’Islam alla en pèlerinage à la Mecque et fut tellement respecté que les fidèles souhaitaient se faire inhumer près de lui pour jouir de sa protection dans l’autre monde. Les environs du mausolée fut entouré de tombe si bine que la place était un vaste cimetière. A l’Indépendance de l’Ouzbékistan on transporta les tombes ailleurs pour faire de l’espace dégagé un endroit récréatif et touristique.

La guide nous fait remarquer autour du mausolée les tombes de briques, hémicylindriques et surélevées attestant d’une survivance des coutumes zoroastriennes. Les adeptes de Zoroastre vénéraient les 4 éléments et considéraient la Terre comme sacrée. On ne devait pas la profaner en y enterrant des morts. Les défunts étaient exposés aux oiseaux charognards dans des tours de silence. Les os étaient conservés dans des ossuaires< ; les tombes musulmanes très anciennes avaient conservé l’usage d’être surélevées.

Autour du tombeau du saint à l’intérieur du mausolée ont été inhumés les professeurs de la Medersa de Boukhara, la seule ouverte pendant la période soviétique. Les autres medersas d’Asie Centrales avaient été fermées.

Le mausolée est construit de briques beiges, décoré de majoliques aux motifs végétaux, d’inscriptions coraniques bleues et de coupole turquoise. Les coins sont soulignés de motifs géométriques blancs-bleu foncé-turquoise. De très belles colonnes de bois de noyer finement ciselées soutiennent de beaux plafonds de bois à l’intérieur.

La Medersa Barak Khan  (16ème)

Selon la guide les medersas d’Asie Centrales servirent de modèle aux medersas des autres pays musulmans et auraient été inspirées par le plan architectural des monastères bouddhiques : une grande façade décorée, deux coupoles vernissées, une cour entourée de cellules. On n’y enseignait pas exclusivement la religion mais également es mathématiques et l’astronomie. Les études duraient 15 ans, l’étudiant entrait à 15 ans et de ressortait qu’à 30. Les portes des cellules étaient trop basses pour forcer l’étudiant à courber la tête et s’incliner devant le Coran. Depuis l’Indépendance de l’Ouzbékistan les médersas ont été ré-ouvertes, dix fonctionnent actuellement.

Les étudiants ont maintenant cédé la place aux marchants de souvenirs dans cette médersa historique.

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Mosquée Tellia Cheikh et la petite médersa Muyie Mubarak (autrement dit du cheveu saint)  la légende veut qu’un cheveu du Prophète ait été disposé entre les briques. Le Coran d’Osman, le plus vieux du monde, très vénéré, y serait exposé. Il aurait été écrit par Osman 14 ans après la mort de Mahomet de 644 à646. Le Prophète étant illettré, ce fut Osman qui inscrivit la parole sacrée sur 5 exemplaires du Coran, calligraphié en coufique sur la peau de gazelle : 330 pages de (63cmx50cm), pesant 25kg. Des 5 exemplaires, un seul a subsisté. On raconte aussi qu’Osman aurait été décapité pendant la lecture du Coran et que les gouttes de sang auraient taché le manuscrit. A l’origine ce Coran était en Irak. Tamerlan le rapporta pour l’exposer à Samarcande où il demeura jusqu’au 19ème siècle. Le Général Kaufmann l’emmena à saint Petersbourg pour l’offrir au Tsar. En 1924, Lénine le rendit aux Ouzbeks. Depuis il est à Tashkent.

La vaste place est barrée par l’imposante mosquée Hazrati Jomi Masjidi, la plus vaste d’Ouzbekistan, construite en 2008 quand Tachkent fut « capitale de l’Islam ». Avec ses deux minarets hauts de 68m, ses colonnes en bois de santal indien, elle est très imposante. Le Président Karimov en aurait dessiné le plan. Elle n’est pas ouverte à la visite touristique, nous nous contentons de regarder la vaste salle de prière moquettée par les baies vitrées.

 

Trois dames en grandes robes et foulards chamarrés s’approchent. Elles sont ravies de poser pour la photo. Elles viennent de Fergana, nous y invitent. Leurs incisives en or brillent quand elles sourient. Je regrette de ne pas avoir osé photographier la gamine sur un tricycle chinois à parasol rose poussée par sa maman en longue robe de velours. Trois enfants jouent au cerf volant en papier aluminium. Le petit porte un calot traditionnel sur la tête. les enfants ont l’air très choyés. Selon la guide la natalité serait entre 2 et 3 cette année.

Roissy CdG/ Tachkent

CARNET OUZBEK

descente sur Moscou
descente sur Moscou

Trois heures de décalage horaire suffisent pour nous désorienter complètement.

Le vol s’est remarquablement passé :  luxe d’ Air France (A320) et 3h30 Moscou- Tachkent dans un énorme A330, la passerelle haute de près de deux étages sous un tunnel plastique arrondi à bord de l’avion géant. Nos places F et H sont près du hublot. Larges sièges, j’ai mis mon masque, oreiller-tour de cou, bouchons d’oreilles et j’ai bien dormi jusqu’à 2h45 (11h45 heure de Paris) . J’aurais dû être en forme mais j’ai l’impression d’une nuit blanche.

Cohue au contrôle des passeports. On râle. Un monsieur parlant français s’adresse à nous. A la vue de la carte « handicapé », on nous invite à doubler la file avec une grande gentillesse. Personne ne proteste, tout le monde nous encourage.

Le tapis roulant des bagages est débordé. Pauvres valises rafistolées au scotch, sacs plastique emballés dans du plastique transparent, les mêmes sacs écossais en fibre plastique que nous avons connu en Afrique. Les bagagistes enlèvent les valises et les paquets et les entassent. Il faut encore passer la douane, remplir un formulaire à conserver jusqu’au retour.

C e n’est qu’à 4h que nous rencontrons Tolkin qui nous donne le téléphone portable à carte SIM ouzbèke et deux épaisses liasses de billets correspondant chacune à 50€. Billets de 1000soums = 0.33 €.

tachkent hotelL’Hôtel Shodlik Palace est un grand établissement, grand immeuble plat, 107 chambres avec balcons. Mobilier élégant en fausse loupe d’érable. Couettes agréables, moquette épaisse. Mais aucune âme.

Des monts célestes aux sables rouges (2) Vagabonde au Turkestan- Ella Maillart

LA ROUTE DE LA SOIE

Ella maillartAvant de m’envoler pour Tachkent j’ai volontairement refermé Des monts célestes aux sables rouges  avant la deuxième partie Vagabonde au Turkestan, désireuse de découvrir Tachkent, Samarcande Boukhara et Khiva avec des yeux neufs!

Déjà, dans l’avion du retour, j’étais impatiente de continuer le récit d‘Ella Maillart. Quelle expérience ! En 1932, à bord du train de marchandises, sur un rafiot descendant l’Amou Daria, vole dans un petit Junker,  à dos de chameau, dans un pays où les transports sont réservés aux privilégiés du régime, où le pain manque, où tout déplacement est réglementé….

Malgré les difficultés, journaliste plutôt que sportive (dans la première partie De Moscou à Alma-Ata, c’était plutôt la sportive qui s’exprimait.

Journaliste donc, elle rencontre le président Faïsoulla Khordjaev, elle assiste à Samarcande au procès des bassmatchis, brigands ou contre-révolutionnaires, prélude des procès staliniens qui ont décimé l’intelligentsia ouzbèque (Khordjaev lui-même). Féministe attentive à la vie des femmes, femmes voilées cachées derrière le parandja, l’écran de crin noir, Maroussia la russe camionneuse, les ouvrières, juives ou arméniennes,  elle voit même le peintre Benkov peindre le tableau la Journée du 8 mars au Reghistan quand les femmes brûlent leur parandja.

A Samarcande, elle loge dans les cellules de  la Madrasa Tilla Kari, madrassa dorée.

« vivre dans la cour d’une médressé de Samarcande! Voilà…le rêve réalisé »

Conteuse merveilleuse elle évoque, Timour et Bibi Khanoum raconte l’histoire de l’architecte qui lui a volé un baiser, histoire de Nassim m’a raconté dans la cour de la Mosquée de Bibi Khanoum. Elle raconte les émirs, les esclaves du Khorezm où l’esclavage ne fut aboli qu’en 1873…

Si elle décrit les monuments de Samarcande, à « Bokhara, la déclassée« , elle consacre plus de ligne à la description des passants, en haillons ou morveux qu’à la madrasa d’Ouloug Beg. Elle n’a pas le regard touriste , happée dans le quotidien de ceux qui cherchent du pain, du riz pour le plov

je retournerai à ce livre quand viendra le temps de mettre à jour mes carnets, pour confronter mes notes au récits d’Ella Maillard (quelle prétention de ma part!) .

 

Comme j’aurais aimé rencontrer cette dame!

Tamerlan – Lucien Kehren

LA ROUTE DE LA SOIE

Teymur

Tamerlan est le personnage emblématique de Samarcande qu »il a prise pour capitale et qu’il a embelli en édifiant des monuments, mosquées mausolées et palais et en plantant ds jardins. Depuis les 15ème siècle de nombreux ont disparu mais je me fais une fête de visiter ce qui est encore visible. Protecteur des artistes et des savants, il a su sous son règne attirer les meilleurs à Samarcande. 

TamerlanCependant la biographie de Tamerlan est surtout une suite de conquêtes et de campagnes militaires.

La première conquête est celle du Kharezm (Khiva et Ourgenj) que nous visiterons au début de notre circuit. Ses premiers adversaires furent donc les nomades du Mogholistan.

Il s’attaqua ensuite à l’Iran qui était alors morcelé entre l’Iran oriental (partie de l’Afghanistan actuel , le Sistan, Khorassan et le Fars. Là, je suis perdue, je ne me retrouve pas dans la géographie du 15ème siècle. Une carte aurait été la bienvenue; malheureusement dans cette édition de poche de Payot histoire, les cartes sont rares et illisibles. L’Irak persan, l’Irak arabe, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Arménie se retrouvent regroupés ici comme possession de l’Iran occidental. Là je décroche encore. Les distances sont énormes. l’auteur écrit que 1800 km séparent Chiraz de Samarcande et qu’un courrier a mis 17 jours pour parvenir. L’historien ne fait pas dans le détail et les fioritures pittoresque mais la lectrice lambda aimerait des illustrations pratiques.

Le troisième adversaire en 1395 fut La Horde, ou plutôt les Hordes qui entraînèrent Tamerlan dans la Russie actuelle jusqu’à Astrakhan, Kazan… Là aussi, je suis perdue. Quelles sont les différences entre les nomades des Hordes et celles du Mogholistan? Turcs ou asiates? Ces khans étaient ils apparentés, alliés ou adversaires, Horde d’Or, Mouton noir. Quelles langues parlaient-ils? Lesquels étaient musulmans, lesquels avaient gardé les traditions animistes?

Plus à l’est Tamerlan entreprit la Conquête de l’Inde par la passe de Khyber et jusqu’au Cachemire.

La campagne suivante fut dirigée contre les Mamelouks maîtres du Caire mais aussi de Damas. Eux aussi turcs et musulmans. La prise de Damas est aussi l’occasion d’une rencontre fameuse avec Ibn Khaldoun. 

Enfin, il défait les Turcs de Bajazet ce qui donne un répit aux Byzantins, retardant la prise de Constantinople d’un demi-siècle.

Après des fêtes à Samarcande Tamerlan, même infirme, même vieillissant entreprend la conquête de la Chine et mourra dans les neiges des hauts contreforts de l’Asie.

tamerlan kehren

 

J’ai donc eu du mal à suivre toutes ces campagnes. Mais jamais au point d’abandonner ce héros. Aucun reproche à l’auteur, un historien sérieux (un peu austère cependant) mais plutôt à l’éditeur qui aurait dû présenter des cartes plus nombreuses et plus lisibles. A propos de lisibilité, la typographie laisse à désirer : caractères minuscules, lignes très denses. Prévoir une ampoule 100W pour et des loupes de lecture!

Des monts Célestes aux sables rouge (1) Ella Maillart

LA ROUTE DE LA SOIE

 

Des monts Célestes aux sables rouges – PREMIERE PARTIE – De Moscou à Alma-Ata

ella couvertureJe venais tout juste de refermer le volume de La Voie Cruelle et déjà j’étais impatiente d’ouvrir Des Monts Célestes..Cheminer avec Ella Maillart est un grand plaisir.

Des monts Célestes… raconte une expédition en 1932: Ella Maillart se joint à deux couples d’alpinistes soviétiques dans les montagnes du Tien Chan aux confins de la Chine. Ella Maillart âgée d’une trentaine d’années est une sportive confirmée, marin, skieuse de compétition, hockeyeuse, et , Suissesse, aguerrie à la montagne. Elle bluffe pourtant quand on lui demande si elle est une bonne cavalière (et s’en tirera avec tous les honneurs). C’est aussi un écrivain reconnu.Elle part avec un Leica et son livre qui lui sert de lettres d’introduction

Pourtant la bureaucratie soviétique lui laisse peu d’espoir pour ce voyage, les deux premiers chapitres relatent toutes ses démarches auprès de la Société du tourisme prolétarien. On suit ensuite le trajet en train – 4000 km et cinq fois 24h.

« Il faut tout réapprendre afin de pouvoir apprécier. C’est la notion que nous avons plus ou moins perdue.: le prix de la vie. Près des peuples simples, montagnards, marins ou nomades, les lois élémentaires s’imposent à nouveau. la vie retrouve son équilibre. je vais vers ces contrées désolées, sans arbres ni maisons. Après des mois passés dans une solitude millénaire, je pourrai juger ce que vaut la multitude. » 

C’est à Bichkek, capitale du Kirghizistan , appelée dans les années 30 Frounzé, que commence la véritable équipée. En camion tout d’abord, il leur faudra acheter les chevaux. Paradoxe, c’est la Route du Fer qu’Ella suit :

« Lorsque, en 1375, Tamerlan passait ici à la tête de toute sa sauvagerie, l’Issk portait le nom mongol de Temourtou nor, Lacde Fer. Tandis qu’autour de moi les sommets jouent à la balle avec un orage aux nuages gris fer percés d’éclairs, une pensée chemine en moi comme un taraud d’acier. Tamerlan, c’était Timour, le fer, Attila, en hongrois Aitzel, signifie forgeron. Et à Moscou, aujourd’hui , Joseph Dougatchvili, s’appelle Staline, l’acier[…]Les anciens Turcs adoraient le feu et le fer…On peut dire que Staline n’a rien à voir, il est Géorgien : il succède cependant à une imposante lignée de chefs…. »

 Après Karakol et son lac, ils trouvent enfin les chevaux qui vont les conduire jusqu’aux yourtes kirghizes et aux plus hauts sommets. 

ella chevaux

Quel plaisir de vivre les aventures des cinq alpinistes et de leurs guides! les nuits sous la yourtes, les repas partagés avec le gibier que chassent les guides,le Koumois, lait fermenté de jument, les costumes pittoresques! Ella Maillard décrit avec précision le montage d’une yourte, la traite d’une jument, le bol qui passe de convives en convive, nettoyé avec l’index.

Merveilleuses descriptions de la montagne, de la lumière qui change, de la neige, d’un lac à la couleur étrange.

Aventures sportives que cette randonnée solitaire à ski, cette escalade qui la mène sur une vire glissante comme du marbre gelé, ces cavalcades où les chevaux sautent de rochers en rochers, parfois se blessent….Cols à plus de 4000 m sommets à près de 7000!

Ella Maillart est aussi attentive à l’histoire : celle du soulèvement nationsl

Kirghizes, aux transformations soviétiques, et à la collectivisation des troupeaux, mal vécue par les nomades. Très attentive aussi à la condition féminine : elle constate avec un certain regret la sédentarisation des nomades mais salue l’émancipation par l’éducation de certaines femmes: présentant Soultann

« Tu pensais: « que comprendra-t-elle de notre vie, celles-ci qui dit venir de si loin, d’une ville où il y a des millions d’habitants?Que sait-elle de la vie dont je viens[….]Alors qu’il y a trois ans tu entendis parler d’écolesouvertes à tous, tu as quitté la Syrte pour venirà Karakol.

Depuis, tu as pris conscience du monde, tu sais lire, écrire, tu arrives même à t’exprimer en articles péniblement écrits[….]tu n’as plus le ciel sur ta tête mais ta paie est un beau signe d’affranchissement: et aussi ta blouse kaki sur ta très courte jupe noire qui laisse voir tes jambes courbes. Tu es allée chez les tiens -avec ton enthousiasme de néophyte, ton prestige a grandi…. » 

Il me reste à lire la deuxième partie : .Vagabonde au Turkestan, mais ce sera de retour de Samarcande et Tachkent que je préfère découvrir avec des yeux neufs!

La voie cruelle – Ella Maillart

LA ROUTE DE LA SOIE

la voie cruelle

J’avais depuis longtemps envie de lire Ella Maillart.

 

La voie cruelle raconte son voyage jusqu’en Afghanistan, en voiture, en compagnie d’une amie Christina ( l’écrivaine Annemarie Schwartzenbach) à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Elles traversent  l’Italie, la Serbie, la Bulgarie, la Turquie et l’Iran, campent parfois, le plus souvent logent dans des maisons d’hôtes aménagées pour les voyageurs le long de la Route de la Soie, sont souvent invitées chez les notables…

 

Ce n’est pas le premier voyage  des deux voyageuses dans ces contrées. Ella Maillart a séjourné dans la région. Christina est la femme d’un diplomate à Téhéran. Point de découverte ou d’exotisme mais une réflexion sur le voyage très originale.

ella maillart et annemarie

« Ce voyage ne sera pas une folle escapade, comme si nous avions vingt ans ; et d’ailleurs ce serait impossible avec l’actuelle tragédie européenne. Ce voyage d’étude doit nous apprendre à atteindre notre but: devenir des êtres conscients, capable de répondre d’eux-mêmes. Il m’est devenu insupportable de vivre ainsi à l’aveuglette…Quelles est la cause, quelle est la signification de ce chaos qui sape hommes et nations. Et puis il doit y avoir quelque chose que je puisse faire de ma vie, une idée un but pour lequel je puisse mourir avec joie ou vivre… »

déclare Christina.

Ella Maillart essaie aussi de détourner son amie de la drogue. 

Le récit aura donc plusieurs facettes : la description des paysages, mœurs, et coutumes d’Orient mais aussi l’aspect psychologique et enfin une réflexion politique sur le chaos qui se dessine en 1939. Regard féminin (féministe?) de ces deux femmes indépendantes dans un pays où les femmes sont invisibles.

Ella Maillart est une merveilleuse conteuse. Elle raconte l’histoire, les légendes attachés aux monuments qu’elles visitent. Elle décrit merveilleusement bien les paysages :

« Il était encore tôt le matin lorsque, émergeant d’une gorge, nous atteignîmes Haibak, le Samagan des légendes persanes. Le jeune soleil baignait une scène idyllique. Les ruines impressionnantes d’un château crénelé couronnaient une colline[….]

Assises sur une natte et buvant du thé dans des bols de porcelaine, nous admirions les montagnes où nous allions pénétrer, puis les champs ambrés qui entouraient le village. Plus près encore, les têtes superbes et le maintien aristocratique de trois « anciens ». Il y avait aussi, près d’une pile de melons tachetés un vendeur. Avant de faire son achat, chaque client opérait un choix minutieux. Plus loin, un mouton pendait à un arbre, habilement dépecé par le boucher. Derrière nous, une rangée de théières rondes brillaient doucement dans l’ombre d’une étagère tandis qu’un  garçon éventait le charbon de bois de son samovar. Deux hommes portaient des calots brodés, gais comme un bouquet de fleurs vives. […]Etudiant attentivement les étrangères, un garçonnet caressait sa perdrix d’une manière machinale…. »

Juste après cette vision élégiaque elles découvrent la construction d’un barrage électrique sous la direction d’un ingénieur allemand. Enfer de la construction mais aussi destruction d’une vie nomade et industrialisation. Réflexion des deux journalistes sur l’irruption du monde moderne dans cet Afghanistan encore médiéval.

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Elles campent à Bamyan, découvrent les vestiges bouddhiques, ainsi que les traces du passage d’Alexandre le Grand.

En quoi cette route était elle « cruelle »?

interrogation de la lectrice.

Au contraire cette route m’a paru particulièrement douce, en considérant  les contrées désertiques, les très hautes montagnes, le handicap d’être deux femmes seules  (elles le détournent pour en faire un avantage.) La cruauté sera à la fin du voyage : Kaboul, la maladie de Christina, Ella qui l’abandonne, malade et dépressive. Cruauté aussi qui les attendent avec l’irruption de la Guerre en Europe. Que vont faire les deux Suissesses?

OuestlaterredespromessesLavoiecruelle_560x310_560x310_123222Je referme ce livre avec l’impatience de retrouver Ella Maillart dans Des monts célestes aux sables rouges qui m’attend à la bibliothèque.

 

Vers Samarcande – Longue marche II – Bernard Ollivier

LA ROUTE DE LA SOIE

longue marche

 

Bernard Ollivier raconte sa Longue Marche d’Istanbul à Xi’An en Chine.

 

 

Deuxième tome : le 14 mais 2000, il repart de Dohoubayazit (Turquie) pour arriver le 9 septembre à Samarcande , ayant parcouru à pied 2532 km. Journal de bord du marcheur à travers le Kurdistan, l’Iran, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. 

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Commencé sous l’orage avec des galères pour trouver à se loger sur une route où le tourisme n’existe pas , le trek sur la route de la Soie commence mal. Le marcheur ne trouve son rythme et le plaisir de la marche qu’après la rencontre avec des braves gens qui l’accueilleront avec une gentillesse extraordinaire. Toutes les préventions contre le régime des mollahs qui entravaient la marche sont balayées par la gentillesse des Iraniens. Sans tomber dans l’angélisme:  le policier voleur, le mollah rigide, les tracasseries douanières, les boîtes à lettres grises pour les dénonciations, la savak ne sont pas passés sous silence. Cependant, la sympathie s’accroît au fur et à mesure que le marcheur avance en Iran.

Depuis les Achéménides, des caravanserails servaient d’étapes journalières aux caravaniers de la Route de la Soie. On s’attend à ce que le marcheur s’y arrête. Il fait d’ailleurs des détours importants pour les rejoindre quand ils ne sont pas sur le goudron de la route des camions. Émerveillement de leur découverte, déceptions parfois.

caravansérail sur la route de la soie (Arménie)
caravansérail sur la route de la soie (Arménie)

Pour traverser le désert de Karakoum, Bernard Ollivier aurait aimé transporter ses bagages et surtout l’eau à dos de chameau de Bactriane comme au temps des caravanes. Il trouvera une solution moins poétique et se bricolera une petite remorque qu’il tirera lui même…Ce désert lui apparaît tout d’abord comme une épreuve, épreuve de la soif, de la chaleur, mais aussi possible rencontres avec des scorpions, des serpents avec la terrible veuve noire. Là aussi, la traversée se passera bien. Leçon d’optimisme! 

Les tracasseries aux frontières procureront au voyageur des haltes forcées, encore des occasions de rencontre, de baignades de plaisir de vivre. Encore une leçon de vie.

Ollivier semble jouir de l’ivresse de la marche qui le conduit à faire des étapes d’une cinquantaine de km par jour.

Seule déception pour moi qui pars bientôt pour l’Ouzbékistan,le voyageur arrive dans ce pays un peu blasé. Boukhara dont j’attendais avec impatience la visite est pour lui, le domaine des touristes.Il aborde Samarcande rêvée, destination ultime, avec une certaine lassitude. Après 4 mois de solitude, il aspire au retour à sa Normandie natale. 

les chevaux de feu – Sergei Paradjanov (DVD)

TOILES NOMADES

paradjanovchevauxdefeu1

Emprunté à la médiathèque parce que je voulais entendre du Russe.  Pas de chance c’est en ukrainien! De plus, il se déroule dans le pays houtsoule, dans les Carpates, plus proche de la Roumanie que des steppes de l’Asie Centrale que je m’apprête à visiter.

Depuis longtemps, j’avais envie de visionner ce chef d’oeuvre. A Erevan, un musée est consacré à Paradjanov, cinéaste arménien. N’ayant vu aucun de ses films, nous avions négligé cette visite et maintenant, je le regrette.

Les chevaux de feu

 

les chevaux de feu2 L’histoire,  version de Roméo et Juliette, ne m’a pas spécialement captivée. En revanche, les images m’ont bluffée. Certains cadrages, très recherchés, sont stupéfiants. Bois, eau, terre, mousse sont photographiés de façon merveilleuse. on aimerait s’attacher encore plus longtemps à chaque image.

 

Pour autant ce n’est pas un film statique, au contraire, on est entraîné dans les fêtes villageoises, dans les rondes des masques au creux de l’hiver, dans les courses effrénées dans la montagne. Le montage se fait au rythme de la course de ces chevaux de feu.

les chevaux de feu 2

 

Film ethnographique, sur les costumes colorés de ces paysans houtsoules, de leurs cérémonies, mariage, funérailles, fenaison. Peut-être? Sorcellerie aussi.

Ce film est d’une grande richesse.

Lire aussi ICI les critique des Inrock

paradjanov
affiche du film consacré à Paradjanov

 

 

Andrei Roublev – Tarkovski (DVD)

TOILES  NOMADES

andrei roublev nativité

 

J’avais envie de mettre à l’épreuve ma méthode « Le russe tout de suite! » que j’étudie avant de m’envoler pour Tashkent.

Quoi de mieux qu’un film en VO?

Et, en plus, un chef d’oeuvre qui tombe à pic.

andréi roublev

A pic: parce que c’est Pâques et qu’en pays orthodoxe cette fête est particulièrement spectaculaire. La Passion d’Andrei qui se constitue un  épisode du film est de saison. Aussi parce que je suis en train de lire la biographie de Tamerlan : le film se déroule en 1400, quelques années après que Tamerlan ne poursuive la Horde d’Or jusque dans l’Oural et les plaines de Russie. l‘invasion des Tatars m’a fait penser à ces hordes nomades.

andreiroublev enfant coq

Point n’est besoin de prétexte pour visionner ce film magnifique. Seule précaution : consacrer 3 bonnes heures  si on veut voir les bonus du DVD.

Le prologue est un épisode étonnant: l’envol d’un ballon au 18ème siècle  préfigure l’ascension de la cloche à la fin du film. La suite du film se déroule au tout début du 15ème siècle. Scène de baladins, plutôt farce. On fait connaissance ensuite avec les 3 peintres d’icônes qui ont vraiment existé : Théophane le Grec, Cyrille et André Roublev. les épisodes se succèdent sans qu’on fasse vraiment le lien entre eux. Étonnante Passion dans la neige, scène païenne où les paysans se baignent nus, invasion des Tatars…Chaque séquence est magnifique, chargée de symboles et de réflexions sur la création, la peinture d’icônes, la transcendance.

L’histoire de la cloche semble coupée des histoires qu’on vient de voir où les peintres et les moines étaient les protagonistes. L’enfant ayant échappé à la peste, semble sorti de nulle part. Encore ici, une réflexion à la création mais cette fois-ci il s’agit d’artisanat, presque d’industrie quand on voit le métal en fusion s’échapper des creusets.

Quand la cloche est finie, Andrei Roublev   réapparaît. L’enfant épuisé lui redonne la parole et le désir de peindre à nouveau.

Andrei roublev annonciation

 

 

On croit  que l’histoire est finie.La couleur éclaire l’écran alors que le film était en noir et blanc, la caméra s’attarde longuement sur les icônes  en un final merveilleux.

 

Film historique, surtout réflexion sur la création de l’artiste, les exigences morales, la foi nécessaire..

 

 

 

 

 

Samarcande – Amin Maalouf

LA ROUTE DE LA SOIE 

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« Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande! N’est-elle pas reine de la Terre? Fière au-dessus de toutes les villes, et dans ses mains leurs destinées  » Edgar Allan Poe

Dans quelques semaines nous serons à Samarcande!

J’ai déjà commencé le voyage en bonne compagnie : Amin Maalouf. C’est une relecture.

Le roman s’articule sur trois parties. La première s’ouvre avec l’arrivée dOmar Khayyam à Samarcande en 1072, alors que règne le Nasr Khan, maître de la Transoxiane. C’est là que le Cadi lui offre en secret le cahier précieux sur lequel le poète consignera ses robaïyat. L’armée Seldjoukide avance inexorablement, tentes et yourtes forment une véritable ville… Omar Khayyam  a le privilège de rencontrer le vizir Nizam-el-Molk du Malikshah qui lui donne rendez-vous à Ispahan. La suite de l’histoire se déroulera en Perse : intrigues de pouvoir entre le vizir, le harem…En chemin vers Ispahan,  Khayyam rencontre Hassan qui deviendra le fondateur de la secte des Assassins.

C’est dans le nid d’Aigle de Hassan, la forteresse d’Alamout que sera conservé le précieux manuscrit. Amin Maalouf en profite pour démentir le lien entre les Assassins au hachich, comme on le dit souvent. Il démonte le mécanisme pyramidal de la secte. Le manuscrit de Samarcande aurait-il eu un rôle dans la fin de la secte? En tout cas, l’arrivée des Mongols de Gengis Khan emporta Alamout, le prince Houlagou la fit démolir pierre pour pierre et mettre le feu à la précieuse bibliothèque. 

La troisième partie du livre se déroule bien plus tard au 19ème siècle. Des traductions des Rubaïyat en 1859 eurent un succès inattendu, salués par Théophile Gautier et Renan entre autres. Le narrateur, un américain du nom de Benjamin O (pour Omar) Lesage entreprend le voyage en Orient pour retrouver le Manuscrit de Samarcande en 1895. Le roman nous promène à Paris, Constantinople, Tabriz, à sa recherche et à la suite des révolutionnaires constitutionnalistes qui, comme les Jeunes Turcs, à la même époque, secouèrent l’absolutisme des sultans et des Shahs.

Le précieux manuscrit retrouvé sombre dans le naufrage du Titanic (fin que j’ai moyennement appréciée).

Encore, ici, Amin Maalouf développe son talent de conteur oriental et dévoile des secrets ignorés, pour notre plus grand plaisir. Mais de Samarcande, je n’aurai qu’un bref aperçu, une excursion que Benjamin Lesage. De la ville du temps de Khayyam, il ne reste pas grand chose,

« – A Samarcande, le temps se déroule de cataclysme en cataclysme, de table rase en table rase. Quand les Mongols ont détruit la ville au 13ème siècle, les quartiers habités sont devenus des amas de ruines et de cadavres. Ils ont dû être abondonnés : les survivants osont allés reconstruire lerus demeures sur un autre site. Au ppoint que toute la vieille ville, la Samarcande des Seldjoukides, peu à peu recouverte par des couches superposées de sable.Sous terre vivent trésors et secrets…. »