Boukhara – Au bord du Bassin et Mille et unes Nuits

CARNET OUZBEK

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Déjeuner sur le bord du bassin

Nous nous attablons dans le restaurant que j’avais négligé hier, rendez vous des touristes européens avec leurs guides mais aussi des familles ouzbèkes ; la plupart commandent des spaghettis sauce tomate avec des œufs frits, plat peu onéreux qui ne me dit rien. Nassim commande de l’ayran qui me fait envie mais me le déconseille : il est coupé avec l’eau du robinet. Je choisi du plov et Dominique des « côtelettes » qui sont des boulettes d’agneau haché très douces. Le plov est fait de riz long un peu gras, caché sous des carottes en longues lanières et des raisins secs. Les morceaux de viande en cube sont sous les carottes. C’est roboratif, gouteux et cela tient bien au corps.

En rentrant à l’hôtel,  nous passons devant un bassin où se baignent de jeunes gens. Nous passons une après midi tranquille sur les banquettes de l’auvent. Les coussins dorés et les stucs incitent à la paresse. Je prends du retard dans mes comptes-rendus ! Trop tentées par la cour nous ne faisons pas de vraie sieste.

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colonnes doubles, papillons zoroastriens de la mosquée Magori Attori

 

17h, la visite recommence par le bazar des changeurs Toki Sarrefon sous la coupole où est installé le miniaturiste. En se dirigeant vers l’hôtel Asia, nous découvrons la petite mosquée Magori Attori (12ème – 16ème ) qui ressemble un peu au Mausolée Ismaïl Samany : pas de versets du coran, des symboles zoroastriens. Un temple zoroastrien se tenait à proximité et fut détruit par les arabes. Les 2 colonnes doubles peuvent être interprétées comme symbole des 4 éléments. Comme le mausolée Samany, la petite mosquée fut ensablée avant l’arrivée des Mongols. Le sable a bien conservé la décoration Tamerlan lui a ajouté une coupole. A l’intérieur se trouve maintenant un Musée des Tapis.

Non loin de là, en face de l’Hôtel Asia, des fouilles archéologiques ont mis à jour les fondations d’un hammam et un caravansérail. Les archéologues ont rehaussé les fondations, rien n’est reconnaissable< ;

Un  peu plus loin : le Bazar des chapeaux Telpak où se tient le marché de l’Astrakhan. A Boukhara l’Astrakhan s’appelle karakul (lac noir) ce sont les Russes qui l’appellent Astrakhan dont la région froide importe des toques et des fourrures.

Bassin Labi Khaouz

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madrasa Divan Beghi : deux simurghs, encadrent le soleil de la connaissance, dans leurs serres, des hases

 

Il est encadré par 3 madrasas et un khanaka, 4 monuments magnifiques.

La madrasa NadirDivan Begi est cachée par des arbres immenses dans un petit parc gazonné où Nasreddine Hodja en bronze sur son âne est le centre d’intérêt des familles qui viennent se faire tirer le portrait. Nadir Divan Beghi était ministre des finances. Il avait conçu l’ensemble madrasa et khanaka qui portent son nom. Au départ il avait prévu un caravansérail qui devait lui rapporter des bénéfices. L’Emir a trouvé que » le bâtiment était une très belle madrasa ». Nadir Divan Beghi n’eut plus le choix que de contenter le désir pieux de l’émir. Madrasa et caravansérail sont conçus selon un même plan : une cour carrée et des cellules ou chambres pour les caravaniers, à l’étage, au rez de chaussée des entrepôts. La façade est décorée de deux grands oiseaux, phoenix ou simurgh, un soleil et plus curieux encore, des animaux étranges mi-chiens, mi-cochons , le guide Olizane précise que ce sont ds hases. Comme je m’étonne de la représentation d’êtres vivants, Nassim explique qu’au 16ème siècle les Chiites étaient alors nombreux et qu’ils étaient plus enclins à la décoration figurative. Le Phoenix représenterait la paix, le soleil, le savoir universel qui éclaire le monde, les étudiants seraient figurés par des animaux.

 

En face de la madrasa Nadir Divan Begi, le khanaka Nadir Divan Begi se reflète dans l’eau du bassin. Le Khanaka était l’ »hôtel des derviches » qui ne pouvaient être hébergés dans les caravansérails avec ls marchands parce qu’ils prient,  tournent toute la nuit et ne dorment pas. Deux petites tourelles rondes encadrent sa façade décorée de majoliques bleues à entrelacs géométriques surmontés d’un bandeau d’écriture coranique. Cinq mûriers rompent la symétrie

.

Les deux autres côtés du quadrilatère sont construits d’une part d’une série de boutiques, caravansérail, d’une part, de l’autre un restaurant borde le bassin tandis que la grande madrasa Kokel Dash (16ème s) est cachée derrière des arbres.

La madrasa Kokel Dash, pendant la période soviétique fut utilisée pour stocker des engrais chimiques puis comme école russe.

Le bassin a lui-aussi une légende : sur son emplacement une femme juive possédait une maison (le quartier juif est tout près). Elle ne désirait pas se défaire de sa maison. L’émir fit creuser au tour un canal et la maison s’effondra du fait de l’humidité. La juive vendit alors le terrain à condition qu’on construise une synagogue.

Les Mille et unes nuits

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Spectacle folklorique et présentation de couture dans la Madrasa Nadir Divan Beghi

Tous les soirs, à 18h, pour 25€ on peut y assister en dînant devant les danses ou prendre le thé (12.5€). les tables des dîneurs sont mieux placées. Ce spectacle est la surprise du jour. Sur le coup, nous décidons d’y aller, notre table est au deuxième rang. Si on se lève on pourra filmer.

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Le cadre de la madrasa est somptueux, l’atmosphère très détendue. Sur notre table avec la théière bleue nous trouvons une assiette de  bonbons fondants blancs à grignoter pendant le spectacle. Les musiciens sont assis sur une rangée de sièges : 3 joueurs de tambourin (qui feront une démonstration), un flûtiste (Ney), un violoniste « debout » – le violon est debout sur sa cuisse, un gense de psaltérion et un instrument à corde (rebab ?).

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Les danseuses revêtent des costumes des Mille et Unes Nuits : costume jaune avec une traine blanche attachée à la toque, manteau serré comme une redingote vert, et même à la fin, manteau de brocart orange faisant ressembler la danseuse à une tente cachant la danseuse habillée de grenat quand elle se dépouillera du manteau. Les mouvements de mains et d’épaule, très souples et très sophistiqués rappellent les dans es indiennens ; les bras ondulent, les poignets se cassent, parfois la danseuse s’immobilise et seules les mains sont en mouvement ; puis une pirouette, un tourbillon et les danseuses virevoltent. Folklore ou danse de cour ? On s’imagine invitées de l’émir.

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Des défilés de mode entrecoupent le spectacle. Cinq mannequins très grandes et très minces comme tout mannequin contemporain, quatre d’entre elles sont blondes et semblent être russes. Les robes, vestes et manteaux sont proposés à la vente. La coupe en est moderne. Il s’agit de vêtements que l’on peut porter, non pas de la Haute couture pour les stars. Les mannequins perchées sur de hauts talons actuels, parfois sont bottées de cuir souple. On ne s’ennuie pas une minute.

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A 19h15, nous prenons place à la tchaikhanna sur le bord du bassin, commandons des glaces, regardons le soir tomber et les lumières s’allumer. La façade du khanaka est comme une scène de théâtre où les ombres des passants dansent. L’eau est un miroir où se reflète le khanaka comme un palais des Mille et une Nuits. Les mûriers se détachent noirs sur la façade dorée. Dans la nuit noire comme du velours, un mince croissant de lune apparaît, féérique. Boukhara dans toute sa splendeur. Nous terminons la soirée à guetter les étoiles sur les banquettes de notre palis Hovli Poyon. Les banquettes de bois garnies de coussins dorés invitent à s’y cocher, s’y lover, s’agenouiller devant la petite table pour écrire. On regarde les étoiles, je lis Le Monde sur mon téléphone puisque il y a la Wifi au pays des 1001 nuits !

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D’humeur flemmarde je renvoie la rédaction du journal de bord à demain « journée libre ».

Boukhara – Mosquée Madrasas et Bazar

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entrée de la grande mosquée
entrée de la grande mosquée

Ensemble Poyi Kalan (au pied du Grand minaret)

Edifiée en 1127 par l’Emir karakanide Arslan Khan, la Mosquée du Vendredi pouvait contenir 12000 pratiquants, elle fut reconstruite par Tamerlan pour en rassembler 15000.

Décor de brique du Grand minaret
Décor de brique du Grand minaret

En 1220 Gengis Khan pénétra dans la Mosquée à cheval et la ravagea. Il voulut monter en haut du Minaret,  perdit son couvre-chef et dut se pencher. Il épagrna donc le minaret qui lui avait résisté et fait courber la tête. C’est le seul monument de la ville qui ne fut pas détruit par les Mongols.Huat de 47 m, sa seule décoration est l’agencement des briques.

L’émir Chaybanide reconstruisit la mosquée de Tamerlan à l’identique ;

la cour immense de la mosquée
la cour immense de la mosquée

Cette mosquée est immense. Sa décoration de briques vernissée rappelle un peu le canevas au point de croix. Les 4 Iwan sont ornés d’inscriptions du Coran et les coupoles vernissées de turquoise. Les arcades chaulées de blanc sont très sobres. Au fond le petit pavillon des ablutions cubique est élégant. Quand on se retourne on découvre les deux dômes turquoise qui brillent dans le soleil.

Bazar Taki Zargaron

instruments de musique u Bazar
instruments de musique u Bazar

C’est le Bazar des bijoutiers, quater axes convergent sous une haute coupole. Les boutiques sont installées dans les passages ; chez le bijoutier on voit les lourds bracelets indiquant le rang social de celle qui les portait. Un objet amusant : la sucette en argent qu’on remplissait de sucre, une chaînette en argent la reliait à un bracelet pour éviter que le bébé ne la perde. Le ferronnier façonne de curieux ciseaux qui imitent la silhouette d’une cigogne, ciseaux pour la broderie qui découpent des festons. Une autre spécialité boukhariote est un couteau à double manche et à lame unique – un peu trop grand pour moi !

Le marchand d’épice nous fait goûter une tisane parfumée à la menthe, la badiane et le safran, délicieuse mais je préfère renouveler les épices pour grillades je viens de terminer le mélange acheté à Gumri avec lequel je parfumais les grillades de porc. Impossible d’avouer cette finalité ; les Ouzbeks sont tolérants, ne bannissent ni bière ni vodka qui se trouvent sur toutes les tables des touristes ; mais il ne faut pas exagérer !

Madrasa d’Ouloug Beg (1536)

Décor de la Madrasa d'Ouloug beg
Décor de la Madrasa d’Ouloug beg

Le bazar s’ouvre sur une esplanade où deux madrasas se font face, celle d’Ouloug Beg, le petit fils de Tamerlan, le Prince astronome, mathématicien dont la façade est sobre. Deux bandes verticales bleues, une corde torsadée sur le rebord de l’Iwan, des briques vernissées dessinant des motifs sobres.

Madrasa d’Abdul Aziz Khan 1652)

majoliques en tapis de prière aux motifs délicats

L’Iwan est couvert de majoliques fleuries en forme de tapis de prièreaux stalactites de stucs colorés. Adul Azziz est mort avant la fin des travaux, sa madrasa est restée inachevée.

Un nid de cigogne coiffe le minaret. Autrefois els cigognes étaient nombreuse dans Boukhara. Elles trouvaient dans les nombreux bassins grenouilles et insectes pour leur pitance. L’assèchement des bassin a chassé les cigognes vers d’autres lieux.

Les madrasas ont toutes le même plan : une cour carrée, une mosquée, une salle des examens. Les deux sont investies par les marchands qui vendent des magnets 1€, ds T-shirt 5€, des sacs très dorés pour els touristes ouzbeks mais aussi des miniatures de magnifiques suzanis, ces étoffes de soie ou coton brodés de fils de soie aux fleurs et grenades  Dans la mosquée de la madrasa d’Ouloug Beg, la marchande qui prélève 2000 soums pour allumer la lumière me propose un discount sur un grand suzani qu’elle propose 200€, pour moi ce sera 150€ si je reviens.

Secouez vos préjugés! Une femme iranienne

TOILES NOMADES

Je suis allée voir ce film sans avoir lu, ni critique, ni synopsis. Avec la seule idée que le cinéma iranien est souvent excellent et que c’est en tout cas la meilleure fenêtre entrouverte sur un pays que l’on ne visite pas facilement. L’idée de mettre un foulard et de me couvrir entièrement me déplaît.

une femme iranienne rana

J’ai donc reçu l’histoire par surprise et je n’ai pas envie de dévoiler le secret pour ceux ou celles qui irait le voir, comme moi, naïvement.

En revanche des idées préconçues sur les femmes iraniennes, j’en avais. Commisération pour les femmes enfermées dans les tchadors ou les foulards dans le meilleur des cas. Idée de femmes opprimées… Et voici ce qui secoue les préjugés : une femme réalisatrice qui aborde de face le sujet qu’on imagine tabou des transsexuels. Des femmes actives, Rana voilée traditionaliste est chauffeur de taxi! Elle conduit sa voiture avec autorité et n’hésite pas à débarquer les clientes qui prétendre l’enfumer de leurs cigarettes.

Solidarité féminine qui n’exclue pas une déclaration d’amour inconditionnel pour son mari emprisonné.

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Rana avait deux rêves, se marier et conduire une voiture. Sadegh, son mari l’a comblée sur les deux tableaux. Rana devra aussi se battre contre les préjugés. Accepter d’aider Adineh n’allait pas de soi!

 

Boukhara : Mosquée du Vendredi – Reghistan – citadelle Ark

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Mosquée du Vendredi près du bassin
Mosquée du Vendredi près du bassin

Mosquée du Vendredi Bolo Khaouz (à côté du bassin)

Elle est aussi appelée mosquée des 40 colonnes bien qu’elle n’en possède que 20 qui se reflètent dans le grand bassin octogonal. C’était la mosquée royale, face à la citadelle Ark. Chaque vendredi on déroulait les tapis é travers la place Registan ; la cour se déplaçait pour la prière. Les chapiteaux des colonnes sont sculptés formant des stalactites . le plafond est de toute beauté.

L’intérieur de la mosquée est plutôt sobre ; Les Sunnites évitent de décorer trop leurs mosquées pour ne pas être distraits tandis que les chiites ont plus le goût du décor. La présence de chiite explique le décor ; autour du mirhab peint de fins motifs.

A l'intérieur de la mosquée du Vendredi
A l’intérieur de la mosquée du Vendredi

Près du bassin, une hideuse tour métallique défigure la place, il s’agit d’un château d’eau qui était là quand Ella Maillart visita la ville en 1932.

Citadelle Ark

la citadelle Ark s'ouvre sur le Reghistan
la citadelle Ark s’ouvre sur le Reghistan

La place Registan se trouve – comme à Khiva – au pied de la citadelle et était le siège d’évènements importants, fêtes , bazar et exécutions. Le souverain assistait du haut des murs sous une petite coupole métallique tandis que les femmes se tenaient sur la galerie entre les deux tourelles gardant l’entrée de la citadelle.

La citadelle fut bombardée par les Russe en 1920, puis incendiée. Les remparts ont été remontés mais seulement 20% des bâtiments ont été restaurés.

On monte par une rampe couverte abritant des vitrines contenant des animaux empaillés, des armes et cottes de maille, différents vases…on arrive à la mosquée : mosquée d’été sous le péristyle, mosquée d’hiver à l’intérieur. La salle de réception occupe une vaste cour. Le trône d’or et de pierreries qui était au fond a été emmené en Russie. Il faut imaginer le sol recouvert de riches tapis turkmènes. Un frontispice cache l’entrée pour que le passage vers les écuries et les autres bâtiments ne perturbe pas la séance royale et aussi parce que l’étiquette ne permettait pas qu’on tourne le dos à l’émir (sous peine d’exécution capitale) les invités marchaient donc à reculons jusqu’à cette limite.

Barbe blanche à la Citadelle
Barbe blanche à la Citadelle

Sous la cour, deux lions de marbre gardaient la Trésorerie (il en reste un). Vingt wagons furent remplis pour être emportés en Russie mais l’émir dans sa fuite en Afghanistan emporta assez de richesse pour se construire un palais à Herat. Dans la salle des Salutations, les 3000 habitants de la citadelle venaient chaque matin apporter leurs respects au khan.

les remparts de la citadelle
les remparts de la citadelle

Nous marchons le long des murs bombés pour arriver à un marché : marché de l’or où l’on vend aussi des tapis. Bijoux de mauvaise facture, ce n’est pas la Place Vendôme ni le Bazar d’Istanbul ! les tapis, souvent modernes (il y en a même un très grand aux figures de Disney) n’éveillent aucune convoitise.

Boukhara – Mausolées d’Ayoub et d’Ismaïl Samany autour du Parc des Samanides

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mausolée chasla Ayoub
mausolée chasla Ayoub

Mausolée Chasla Ayoub

AyoubJob, aurait sauvé les habitants d’une terrible sécheresse. Il aurait fait jaillir une source en frappant le sol de son bâton et serait mort à Boukhara. D’autres villes revendiquent son tombeau. Le mausolée aurait été construit en 3 étapes : au 12ème siècle, une première salle sous une coupole conique, au 14ème Tamerlan ajouta une deuxième, puis les Chaybanides au 16ème . Le cénotaphe attire de nombreux pèlerins qui viennent boire l’eau.

gourde de cuir
gourde de cuir

On y a installé un Musée de l’eau avec des maquettes, d’une réserve d’eau couverte à côté d’un caravansérail (que nous visiterons) protégeant l’eau potable de la poussière. Des cartes expliquent l’alimentation de Boukhara par deux fleuves le Zaravchan (750km venant des montagnes du Tien chan et qui se perd dans le désert, son eau est douce et l’Amou Daria dont l’eau est légèrement saumâtre. Une carte montre l’emplacement des Hammams de Boukhara, l’un d’eux, encore en activité,  date du 16ème siècle. Enfin, carte des 114 bassins que comptait la ville où les habitants trouvaient de l’eau potable, et qui rafraîchissaient l’atmosphère de la ville. En 1935, une épidémie de bilharziose causa la fermeture des bassins. Ella Maillard qui visita la ville en 1932 les trouva fermés pour cause de ver de Guinée. Seuls quelques uns ont été remis en eau. Enfin dans les vitrines divers objets ayant trait à l’eau sont présentés : outres en cuir, gourdes….

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En face du mausolée d’Ayoub se trouve un monument moderne à la gloire d’Imam Al Boukhari qui a écrit les hadiths du Prophète. La statue est formée de deux parties : un croissant horizontal en béton et un livre ouvert

 

Parc Lénine – Parc des Samanides

Pour aller voir le mausolée Ismaïl Samany, nous traversons un parc verdoyant planté de cognassiers, chênes, ormes, peupliers, irrigué par un canal. Une grand roue soviétique dépasse.

Mausolée Ismaïl Samany

mausolée Ismaïl Samany
mausolée Ismaïl Samany

C’est un monument très ancien. La dynastie samanide a régné 120 ans jusqu’en 999, elle venait de Perse. Les tadjiks revendiquent Boukhara à cause des Samanides, leur monnaie s’appelle le samani. Le mausolée a été retrouvé par hasard en 1937 lors de la construction du Parc Lénine. Il était ensablé, soit naturellement (il est construit dans un creux) soit volontairement afin de la protéger de Gengis Khan. Il a été retrouvé intact, seul le dôme a été restauré. En analysant les brique on aurait retrouvé du lait de chamelle, du jaune d’œuf et du sang de taureau, éléments conférant à la brique sa solidité et donnant aussi à la brique la propriété de changer de couleur selon l’heure de la journée, en passant de jaune à rose à la tombée du jour.

 

Ismaïl Samany était zoroastrien. Le mausolée ne comporte pas d’inscription coranique. Le décor est assuré uniquement par la disposition des briques formant une dentelle de pierre. Quatre petites coupoles peuvent symboliser les quatre éléments vénérés par les zoroastriens : eau terre, air soleil. C’est aussi un lieu de pèlerinage pour les musulmans qui respectent Samany qui a assuré une ère de prospérité et de développement culturel à Boukhara. Le soleil zoroastrien est devenu le Soleil de la Connaissance éclairant le Monde.

Sur l’esplanade dallée du Mausolée d’Ayoub, de petits mûriers sont taillés comme des topiaires : un mince tronc surmonté d’une grosse boule. On y diffuse une musique très cool. Le musicien vient vendre son CD. Il est violoniste « debout ». Il suggère de l’utiliser pour sonoriser nos vidéo. Nous l’avons acheté à  cet effet !

Boukhara : autour du Bassin

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17h45, Nassim nous montre la vieille ville.

Une rue tranquille tout droit conduit à une petite place avec un bassin et un minaret trapu. On passe sous une arche où, dans petit bazar, on vend de très jolie marchandises sacs en kilim ou des  broderies, grandes pièces de tissus, soie ou coton, écrues ou blanches,  brodées de feuillages, grenades ou fleurs : ce sont les souzani  dont je ne me lasserai pas.

sous cette arche travaille le miniaturiste
sous cette arche travaille le miniaturiste

Nassim nous attend devant l’échoppe du miniaturiste. Penché sur son ouvrage, il souligne les visages d’un trait rouge, peint des bouches et des nez avec un très fin et très long pinceau. Je suis instantanément conquise par les miniatures que l’artiste commente pour nous. Il raconte la route de la soie, les caravaniers et fait figurer des personnages célèbre, Ibn Batuta, Ibn Sina (Avicenne), Marco Polo ou Al Khorezmi. Les scènes du harem sont aussi très élégantes : les concubines à la toilette pudiquement se maquillent, leurs babouches négligemment oubliées. Rectangles fleuris….

Jahongir a traduit des contes et proverbes ouzbeks que ce miniaturiste a illustrés, nous achetons un exemplaire à Nassim. Je m’attarderais des heures dans l’échoppe. Evidemment aucun prix n’est indiqué. Serait-ce une folie ?

Un peu plus loin se trouve la boutique du marionnettiste qui fabrique des marionnettes en papier mâché. Le voleurs et Ali Baba sont  les vedettes. En sortant de l’atelier du miniaturiste le travail des marionnettes me parait grossier. Plus que « route de la Soie » nous sommes dans l’univers des » Mille et Unes Nuits ».

Le Bassin est le cœur de la ville historique de Boukhara, il est bordé de cafés et restaurants. Le 21ème siècle reprend ses droits et les boutiques ont des enseignes lumineuses, il y a un château gonflable pour les enfants et des dromadaires en plastique.

Nous partageons un pot avec notre guide, prenant place sur les tables métalliques contemporaines au bord du Bassin. Mes réticences fondent devant la beauté des monuments autour du bassin, des arbres séculaires, ormes plantés au 15ème siècles. L’un d’eux est mort mais on a préservé son tronc noueux et quelques branches ; je sors le carnet moleskine. Les touristes ont remplacé les caravaniers et marchands mais finalement est-ce bien différent ? Boukhara est différente de Khiva, la ville-musée. Elle est plus animée, plus ouverte.

Pour dîner, j’ai snobé le restaurant sur le bord de l’eau (c’est une erreur) et Nassim m’entraine dans un bouiboui sans façons, sans carte, ni prix indiqué, ni clients.

– « Aimes-tu les poivrons farcis ? ».

On apporte bien des farcis, mais ce sont des choux

– « en cette saison, il n’y a pas de poivrons, on remplace par du chou et on appelle cela poivron ! » affirme-t-il.

Les feuilles de choux farcies, j’adore cela, j’en ai mangé en Roumanie (sarmale), en Bulgarie, en Arménie, j’en ai même cuisiné. Les farci ouzbeks sont honnêtes sans plus et affreusement chers. Après avoir mangé devant un feuilleton coréen en costume parlant ouzbek, Nessim annonce l’addition 21 000soum (7 €) qui me met en colère : les pâtes à l‘aneth délicieuses dans un beau restaurant n’avaient coûté que 10 000soum. J’ai le sentiment amer de m’être fait avoir.

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Dominique m’attendait sur les banquettes de l’estrade. Avec le mince croissant de lune, les étoiles, les petits  spots discrets dans les niches de stucs, notre palais est magique. Les coussins de la banquette sont dorés, les stalactites sont magnifiés dans les ombres et lumières. Les imperfections dues au temps gommées. Décor somptueux, douceur de la nit. On voudrait que cette soirée ne finisse jamais. Le retour des autres clients de l’hôtel rompra la magie. Vers 22h30 on se couche à regret.

Boukhara : notre hôtel Hovli Poyon

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notre palais : Hovli Poyon
notre palais : Hovli Poyon

Enfin la voiture s’arrête devant une lourde porte de bois sculptée mais très usée. On entre par une chicane dans une cour rectangulaire d’un véritable palais. Sur l‘estrade, 3 colonnes soutiennent un auvent de bois, au mur, des niches décorées de stucs blancs peints en bleu. Dans chaque niche, des stalactites, des mini coupoles surmontent des mini palais ou des mini mosquées, mises en abyme. Le palais est un peu délabré, les couleurs sont délavées avec ds salissures, des lézardes craquellent le stuc. La patine donne un charme supplémentaire. Deux banquettes sont garnies de coussins et d’une table basse.

les chambres donnent sur la cour (la nôtre a les volets ouverts)
les chambres donnent sur la cour (la nôtre a les volets ouverts)

En face, les chambres sont disposées sur deux galeries de bois superposées dans un bâtiment rénové aux murs lisses, blancs et aux volets de bois clair verni ; Les colonnes de bois de forme traditionnelle et sculptées sont neuves.

Un jardinet planté de rosiers, de roses trémières est encore hivernal. Le bel abricotier, en revanche a toutes ses feuilles. Une grande vigne grimpe à une tonnelle.

Thé de bienvenue (à la fin on a terminé les fruits secs!)
Thé de bienvenue (à la fin on a terminé les fruits secs!)

Le thé de bienvenue est servi dans une pièce qui fait suite à  l’auvent. Je suis époustouflée : la décoration est celle d’un palais, il y a même un piano (droit, vernis et moderne mais quand même un piano !), des petites niches dans l’épaisseur des murs aux ouvertures en forme de flacon, des stucs, des fresques florales et des arabesques. Tout m’enchante ! Le thé est servi dans cette porcelaine bleue et blanche qui a cours partout (service au motif de la fleur de coton) accompagné de quatre coupelles contenant des raisins secs bleus, des amandes dans leur coque friable, des pralines de cacahuètes et des noyaux d’abricots secs et salés au goût de pignon. Nous grignotons un moment en compagnie d’un couple qui a l’air russe, parle russe mais chuchote entre eux français et un autre couple alémanique grisonnant.

Notre chambre est bien fraîche derrière les épais volets de bois. Mobilier en bois clair, deux couvre-lits rouge et des beaux kilims épais et colorés.

De Khiva à Boukhara

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: Route de Khiva à Boukhara – 7h  – 450 km dans les sables rouges du Kizyl Koum

Désert ou steppe?  au fond l'Amou Daria
Désert ou steppe? au fond l’Amou Daria

Nous allons emprunter la Route de la Soie ! Pour la rejoindre, il faut d’abord retourner à Ourguentch – route connue, j’aime bien retrouver des repères pour me les approprier. Je n’avais pas remarqué les fils du Trolley-bus, 40km reliant Khiva à l’aéroport. A Ourguentch, d’élégants jardiniers sarclent les massifs fleuris du terre-plein séparant les voies de la route. Ce sont les étudiants du collège qui donnent quelques heurs pour embellir leur ville. Les garçons sont en costume de ville, sombre, la tenue du collège.

Nous traversons l’Amou Darya sur le pont fixe construit en 2012. Le « fleuve fou » ou « fleuve enragé » changeant sans cesse de lit, on n’avait jamais entrepris la construction d’un pont fixe. Jusqu’en 2012 on le passait sur des ponts flottants.

Nous roulons 100km dans la campagne verte, irriguée entre champs de blé, rizières ou champs labourés préparés pour le coton. Pakhtakor – le nom de la station de métro de Tashkent – veut dire champ de coton ce qui explique sa décoration florale. J’essaie d’en savoir plus sur le coton mais Nessim n’est pas très disert. Il me faudra relire Orsenna !

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halte pour voir un lac,  l’Amou Daria

 

C’est une véritable autoroute qui traverse le désert des sables rouges, autoroute de béton très roulante où il y a très peu de circulation. Elle longe le cours de l’Amou Daria qu’on aperçoit de temps en temps. L’ancienne route le long du fleuve est actuellement au Turkménistan. On construit une autre autoroute de la soie au Kazakhstan.

Le désert des sables rouges ne correspond pas à ce que son nom suggère. Peu de sables, pas de dunes, une étendue plutôt plate couverte d’une végétation de buissons ras. Plutôt steppe que désert. Maintenant, c’est le printemps, il y a même une herbe verte très tendre clairsemée et des fleurs qui font des nappes roses. Arrêt pour le plein de gaz : la voiture est hybride. La route est longue, le désert planté de buissons de saxaoul, monotone. Pour me distraire, j’imagine les caravanes de 1200 dromadaires et chameaux, les cavaliers mongols.

Un village, Nukus, est entouré d’arbres, de champs irrigués, de vergers.

Arrêt déjeuner dans un restaurant de plein air où de longues tablées sont installées pour les groupes en car. Les français se partagent les bouteilles de vodka en plaisantant lourdement et bruyamment. Au fond les brochettes sont cuites sur un barbecue. Je me faisais une fête des brochettes ! en entrée un Samosa, chausson farci de beaucoup d’oignon et un peu de mouton.

L’autoroute s’arrête. Le chantier se déroule sous nos yeux, apportant un peu de distraction dans la monotonie de la steppe (mais ralentissant l’allure). 145 km avant Boukhara, la route traverse une plaine couverte d’arbustes verts étranges :

sur une grosse tige 60cm de haut une touffe ronde je crois reconnaître les ombelles du fenouil mais en boule (Ferula foetida)..Les derniers 150 km dans la lumière lourde du début de l’après midi, sans ombre, sans rien pour accrocher le regard, sont terriblement ennuyeuses. Je lutte contre le sommeil. Non loin les installations gazières se détachent. Je consulte notre carte, le lieu s’appelle Kompressor. L’Ouzbékistan vend du gaz à la Russie et à la Chine. Cela fait diversion avec la construction d’un gazoduc du Turkménistan à la Chine autre client après al Russie  (30 Milliards de m3).

16h, enfin Boukhara ! C’est une grande ville. Les abords font désordre comme partout dans le monde. En Ouzbékistan les esplanades s’étalent tellement que la ville semble déstructurée. On contourne la vieille ville piétonnière où notre hôtel est situé, s’engage dans des ruelles étroites et sordides,

Khiva : mosquées, mausolée et madrasa

CARNET OUZBEK

Mausolée Pahlavan Mahmoud (1247-1326)

la coupole verte du mausolée
la coupole verte du mausolée

Entrant dans la cour, une jeune fille en robe rouge rajuste son foulard assorti. On est dans un lieu de pèlerinage : Pahlavan Mahmoud est le saint patron de Khiva. les fidèles viennent boire l’eau du puits de la cour verdoyante. Pour éviter des queues on a récemment installé 3 robinets. Nassim nous conte l’histoire de ce grand soufi, poète ayant écrit des Rubaiyat (quatrains) philosophiques et religieux. Il était tanneur de son métier et avait pour conviction qu’un imam devait exercer un métier pour gagner sa vie. Il a souhait être enterré dans son atelier (qui est devenu un mausolée par la suite). C’était surtout un lutteur et même un champion. Un émir Indien lui demanda ce qui lui ferait plaisir comme prix de sa victoire dans une compétition de lutte. Pahlavan Mahmoud demanda qu’on libère autant de prisonniers Khorezmiens qui pouvaient tenir sur la peau d’une seule vache ? Faveur accordée ! Il découpa alors des lacets très fins et encercla 12 000 Khorezmiens.

la lutte
la lutte

Il convient de se déchausser pour entrer dans le mausolée et d’y être discret. Un groupe d’Ouzbeks étaient assis autour d’une table très basse sur laquelle ils avaient étalé du pain et un sac de riz. L’imam a chanté et tous ont prié avec ferveur. Après avoir filmé les décorations bleues et le lustre inattendu, j’ai croisé un couple qui arrivait avec une poule blanche, les pattes liées, sans doute une donation. L’imam se chargera de l’égorger et de distribuer la viande aux nécessiteux Le mausolée est coiffé d’une belle coupole verte. A l’arrière du mausolée les tombes s’accumulent se chevauchent.

madrasa Iman Khodja
madrasa Islam Khodja

La Madrasa d’Islam Khodja (1910)  est une des plus brillantes, Ses majoliques bleues étincellent et son minaret annelé (44.5m) se voit de toute la ville. une coupole vernissée la surmonte. Cette madrasa est de grandes dimensions, la façade est carrelée de bleu. Dans l’iwan, les majoliques florales ont des arabesques blanches sophistiquées. Dans les cellules on a installé le Musée des Arts appliqués. J’attendais avec impatience les salles des tapis présentant des tapis Boukhara 19ème et 20me pas tellement plus beaux (même moins) que ceux du Grand Père.

Non loin de là, un autre minaret est décoré d’anneaux verts et sa pointe est en briques beiges. J’ai d’abord confondu les deux, ce n’est qu’après la promenade du soir que je les ai différenciés.

Mosquée du Vendredi : foret de colonnes
Mosquée du Vendredi : foret de colonnes

L’entrée de la Mosquée du Vendredi ne paie pas de mine, on se faufile entre les étals des marchands de fourrure ou de foulards sans savoir ce qu’on va découvrir ? Notre guide nous précède de plusieurs pas et nous laisse découvrir une véritable forêt de colonnes. Deux puits de lumière éclairent des petits jardins fleuris. Des femmes jettent de l’eau pour rafraîchir l’air.

Nassim nous explique :

Il existe 3 sortes de mosquées  la Mosquée de Quartier édifiée par les habitants qui ressemble à une maison, la Mosquée du Vendredi beaucoup plus grande, financée par les autorités et la Mosquée des Fêtes bâtie à l’extérieur de la ville pour avoir plus d’espace. Du 8ème siècle au 19ème, la puissance du royaume s’évaluait au nombre de mosquées du Vendredi. Au fur et à mesure que les voyageurs de passage dans la ville offraient une colonne on agrandissait progressivement la mosquée avec le stock de colonnes. Elle en compte aujourd’hui 213.  80% des colonnes ont été changées mais il en restes quelques unes très vieilles usées et polies par les mains des fidèles. Toutes sont différentes et délicatement sculptées. Elles reposent sur une base e marbre. Un petit tapis de feutre au contact entre la base et la colonne aspire l’humidité et joue un rôle antisismique.

La mosquée n’est plus en activité : c’est un musée .

ouzbekistan mp2015 067 - Copie

Le minaret assure une triple fonction : l’appel à la prière, bien sûr, aussi phare pour les caravaniers (on y allumait un feu au sommet) enfin lieu des exécutions capitales. On n’appelle pas à la prière au micro en Ouzbékistan, je n’ai pas entendu le muezzin pendant ces vacances, les caravanes modernes ont des phares sur les camions et personne n’est plus précipité….Reste, la fonction de repère.

Khiva – palais et citadelle

CARNET OUZBEK

Le Palais Nurrulaboy (1912)

plafond russe? ousbek ou Art Nouveau? un peu de tout cela!
plafond russe? ousbek ou Art Nouveau? un peu de tout cela!

Situé à l’extérieur de la ville close, il faut construit par l’émir Isfandiar Khan, l’avant dernier khan de Khiva qui régnait en son palais mais dont la résidence entourée de jardins était hors les murs.  Isfandiar Khan souhaitait acquérir le terrain d’un riche commerçant qui y était très attaché et ne voulait pas s’en séparer. IL finit par céder à condition que le palais portât son nom.

Palais début 20ème siècle.  Importés de Russie (les khans étaient soumis aux Tsars et leurs payaient tribut) les beaux poêles en faïence qui chauffaient deux pièces mitoyennes, les doubles vitrages et le confort moderne.

La décoration fastueuse mélange les stucs colorés russes, les entrelacs et plafonds à caissons orientaux, et même les motifs végétaux Art Nouveau. La salle de réception est immense avec une salle du trône. Une pièce octogonale, revêtue de miroirs permettait d’examiner les visiteurs sous tous les angles. Une autre interprétation est que le paradis ayant huit portes, l’émir s’en rapprochait ainsi. On visite une bibliothèque et la chambre à coucher.

Place Régistan

citadelle Ark : remarquer les trois portes de taille croissante
citadelle Ark : remarquer les trois portes de taille croissante

Toutes les villes ouzbèkes possèdent leur place Registan, place principale où se déroulaient les évènements importants, le Bazar, des concerts mais aussi des exécutions capitales : on pouvait précipiter le condamné du haut du minaret, l’empaler, l’enterrer vivant la tête en bas, ou le lapider ; On réservait aux femmes un autre châtiment : on les enfermait dans un sac en compagnie de chats qu’on rendait furieux en les fouettant ; ils griffaient et mordaient jusqu’à ce que mort s’en suive.

Dans un coin du Registan se trouvait le Zindan, prison où le condamné restait jusqu’à son exécution. En 1717 on exécuta 3000 soldats russes et le Prince  Berkovich-Cherkasskiy.

Kounia Ark

majoliques
majoliques

Le Palais de l’Emir s’ouvre sur la Place Registan. A partir du 17ème siècle Khiva devient capitale du Khorezm à la place de Kounia Ourguentch (actuellement au Turkménistan) époque où fut creusé le canal de Khiva.

A l’intérieur de la citadelle, les archéologues ont mené des fouilles, abandonnées, elles ont été recouvertes d’un parquet de bois et d’une estrade où se déroulent  des spectacles et des fêtes. Dans la cour du Palais se trouve un puits. Le puits est l’attribut de Khiva, la nappe phréatique étant  très proche. Une légende prétend que l’un des fils de Noé avait creusé un puits sur l’emplacement de Khiva et avait trouvé l’eau bonne (maintenant elle est légèrement saumâtre). Devant une plateforme circulaire Nessim nous pose une devinette :

  • « savez-vous à qui elle sert ?  Aucun touriste n’a jamais trouvé»

Il s’agit de la base ronde pour monter une yourte. Le Palais est inchauffable en hiver, surtout l’Iwan . Le mot Iwan serait à rapprocher du français auvent. Il est plus facile de chauffer la yourte pour y recevoir ambassadeurs, commerçants ou autres visiteurs.

plafond aux couleurs chaudes
plafond aux couleurs chaudes

L’Iwan se trouve en avant de la salle du trône. Il était percé de trois portes de taille croissante. La porte la plus petite était celle du peuple, la moyenne celle des riches commerçants tandis que les ambassadeurs empruntaient la plus grande. Le Khan était donc averti de l’importance du visiteur. Les Iwans, salons extérieurs ou terrasses soutenues par des colonnes de bois sont tous orientés au nord pour que le vent venant de Sibérie rafraîchisse l’air. Les majoliques sont de toute beauté avec des motifs floraux délicats et très naturalistes. Les bases des colonnes sont en marbre. Les colonnes merveilleusement ciselées soutiennent un plafond rouge et orange, teintes chaudes.

La citadelle Ark vue dees terrasses
La citadelle Ark vue des terrasses

Par un escalier je parviens à la terrasse avec vue sur les coupoles et les terrasses de Khiva. A la montée j’ai peiné dans les marches hautes et tellement étroites que j’ai passé toute l’ascension à redouter la descente.

La mosquée est double, la mosquée d’été est aménagée en plein air sous l’Iwan, carrelée de bleu, le mirhab et le minbar sont revêtus de majolique.  Dans la Mosquée d’Hiver il y a une exposition consacrée aux savants : Ouloug Beg, Ibn Sina, Al Biruni,El Khorazmi

Un  petit  musée historique est installé dans la Madrasa Rakhim Khan présentant les derniers émirs de Khiva. Mohamed Rakhim II (1864-1910) fut le plus brillant (Nassim le compare à Louis XIV). Il développa le khanat de Khiva avec son Vizir Islam Khodja. Ses successeurs furent moins brillants, Isfandiar Khan, ivrogne et homme à femmes fut une marionnette dans les mains d’Islam Khodja dont il était le gendre.

Palais Tash Hovli (1831-1841)

plafond
plafond

L’émir régnant alors émit le souhait d’avoir un palais d’été. Pour plus de fraîcheur l’architecte imagina de faire des murs très épais garnis de pierre (tash). C’est un palais immense avec sa salle d’audience extérieure dont l’auvent est soutenu par une colonne unique, l’emplacement pour la yourte. Un labyrinthe de couloir mène à des salles de travail. Après nous y être perdues nous débouchons dans une cour avec la plateforme pour la yourte, l’auvent. Etrangement Nessim qui devait nous y attendre n’est pas là, et la marchandise a changé : des écharpes de mohair à la place des foulards en soie. Le palais est double, il y a deux patios identiques !

Harem

Proche du palais, la harem s’organise autour d’une cour où se font face deux corps d’habitation. Cinq terrasses  dont une légèrement rehaussée, logent l’émir et ses quatre femmes légitimes. En face, les concubines, belles femmes de toute origine n’ayant aucun droit dont les enfants n’étaient pas reconnus ; en hiver elles occupaient le rez de chaussée tandis que l’été elles se tenaient dans les galeries ouvertes de l’étage.

La décoration de majolique bleue est délicate et les motifs exquis. Entre les briques beiges, Nessim nous montre le « papillon zoroastrien » symbolisant les préceptes « bonne parole – bonne pensée – bonne action » dont le motif a plu aux musulmans qui l’ont utilisé largement dans la décoration un peu partout.

Dans la cour du Harem le vieil homme à barbe blanche
Dans la cour du Harem le vieil homme à barbe blanche

A côté du puits, un vieil homme à barbe blanche et turban fait tout un discours à un groupe de touristes anglophones ravis de la photographier. Que raconte-t-il, imprécations ? poèmes ? prêche ?

Je filme, il nous remercie et fait signe en traçant 80 sur la brique qu’il a 80 ans.

Au restaurant : pâtes à l’aneth

Midi, la mère de M (notre hôtelier que nous avons surnommé Manuel Valls à cause d’une vague ressemblance) tient un restaurant qui a une terrasse très bien placée à un carrefour au bas du minaret inachevé. Je commande des pâtes à l’aneth – spécialité du khorezme) comme on attend un long moment (sans doute qu’elle les cuise) j’essaie un croquis. Difficile, la basse du minaret est si massive qu’elle écrase monuments et coupoles. Les pâtes sont vertes, faites-maison, rubans cours de 2ou3cm de long, 3mm d’épaisseur, servies avec une sauce tomate, des carottes et des cubes de bœuf. C’est excellent. Pour boisson, du thé vert servi dans la théière de porcelaine bleue à fleurs blanches, filetée de doré. Thé en grande feuille. J’en consommerai des litres pendant mon séjour.

Après avoir passé les heures chaudes (plus de 35°) sur la banquette de la cour de l’hôtel, je pars pour une dernière promenade dans Khiva. J’emprunte la double porte proche de l’hôtel, plutôt arc de triomphe qui me mène sur une esplanade ensoleillée bordée par l’Académie Mamoun en souvenir d’Al Khorezmi. Je traverse un petit canal et gagne les remparts et la porte nord. Les quartiers d’habitations sont construits de maisons modestes  basses. Dans les rues tranquilles et poussiéreuses les enfants arrosent consciencieusement le sol. C’est très propre, il n’y a pas un papier, pas un mégot. Les enfants m’appellent, ils jouent tranquillement dans ces ruelles sans voitures. Une bande de filles jacasse en surveillant un bébé, un groupe de garçons parade. Plus loin des femmes sont réunies sur une banquette devant leur logis.

Je passe au pied du minaret annelé de la Mosquée du Vendredi, devine les colonnes de la galerie. Juste derrière se trouvent les tombes de briques qui jouxtent le mausolée Palhavan Mahmoud avec sa coupole vernissée. Les petites feuilles de deux ormes semblent s’ouvrir d’heure en heure. Je dessine tranquillement les coupoles, les arrondis des tombeaux en ogive. Avant de rentrer je pousse jusqu’à la très décorée medersa Islam Khodja carrelée de bleu et son minaret géant aux anneaux multicolores dernier phare des caravaniers construit au début du 20ème siècle, peu avant que les camions ne détrônent les chameaux.