Marrakech – Essaouira

 

Atlantique, AntiAtlas, Atlas et Riads des 1001 nuits

170km séparent Marrakech d’Essaouira.

La route d’Agadir est très chargée : grands taxis jaunes de Marrakech, grands taxis bleus, camions croulants sous la paille retenue dans un filet ou empilant sur le toit pneumatiques, vélos et bidons, charrettes tirées par des ânes

Il faut être vigilant avec les limites de vitesse : 100 sur route 60 en agglomération. A l’entrée de chaque village, les gendarmes surveillent à la jumelle. De nombreux barrages contraignent les autos à rouler au pas.  Nous n’avions jamais remarqué une telle présence policière. Sarkozy a-t-il fait des émules? Ces barrages ont-ils une autre fonction que celle de limiter la vitesse? De toutes les façons, les camions poussifs ralentissent le trafic.

Nous mettrons trois bonnes heures pour arriver à Essaouira.


Nous traversons une étendue pierreuse : le désert ou les champs en hiver ? Les maisons basses allongées se confondent avec le sol. D’étranges volumes à base rectangulaire et à section triangulaire accompagnent les maisons. La paille ou le fourrage sont protégés ainsi d’une pellicule de boue séchée. On prélève ce dont on a besoin en cassant un côté.
Les troupeaux de moutons et de petites chèvres noires sont gardés par des bergers. Qui sont ils ? Curieusement, il n’y a pas de règle. Des adolescents nous font des signes amicaux. Des vieux enveloppés de burnous à capuchon pointu s’appuient sur des bâtons. Des enfants, des femmes gardent aussi.
Les ânes bâtés qui circulent sur les bas côtés, sont nombreux. Montés par des hommes encapuchonnés ou par des enfants, ils seraient de bons sujets de photo ou de dessin. La lumière ne s’y prête pas. La présence de ces animaux me ravit. Plus loin, une paire de dromadaires tire une charrue.
Derrière nous, l’Atlas enneigé offre un spectacle somptueux qui nous accompagne longtemps après Marrakech.
Chichoua : le paysage verdit. Les  champs de blé ou d’orge sont entourés par de grands murs surmontés d’épines, sans doute pour arrêter moutons et chèvres. Les maisons sont souvent chaulées de blanc. Les premiers pêchers fleurissent. Les touristes sont attirés par des inscriptions « coopérative des femmes » ou « Huile d’arganier », des tentes berbères brunes ou grisâtres sont dressées sur le bord de la route. Des tapis sont exposés, oranges éclatant rouges, avec de curieux motifs multicolores en damier ou avec des ondulations originales. Enfin ! Des arganiers, épaisse ramure sur un ensemble de troncs en bouquet ?


A l’approche de la mer, les thuyas sont leur apparition.La marqueterie du bois de thuya est une spécialité d’Essaouira. Peut-être ont-ils été trop exploités ? Ils sont plutôt rabougris. A moins que ce soit la pauvreté du sol ou la sécheresse qui explique qu’on ne trouve pas de spécimen de grande taille comme les thuyas majestueux de Roscoff.
Arrivée sur Essaouira :d’un belvédère, on découvre la ville et l’océan. On passe par une zone d’hôtels de luxe, puis la plage est bordée de petits bâtiments blancs, hôtels et restaurants. Comme Houssine l’avait expliqué, nous laissons la voiture au parking en bordure de la médina près du port. Des porteurs  attendent avec de grosses charrettes à bras. Pour trois jours, nous nous acquittons de  80 dirhams . Le reçu est un minuscule ticket bleu griffonné à la main. C’est sûrement le tarif « touriste » mais qu’importe 8€ pour 3 jours !

 

Avant de partir, un détour par le blog de CeriseMarithé

MAROC….et  BLOGOSPHERE

kasbah cerisemarithé

 

Maroc

« Superbes et envoûtants sont les paysages dans cette région du sud marocain …

On se laisse prendre par leur magie !

Je reste très imprégnée de ces atmosphères particulières…
Les couleurs, les odeurs, les lumières, la chaleur, les matières et matériaux,
les modes de vie, la chaleur humaine …
Tout est là, inconsciemment, en mémoire, même au loin…

C’est le pays aux 1000 nuances… et changeantes constamment…
Des luminosités qui subliment les teintes, en montrant des déclinaisons et reflets infinis…

Un tâtonnement incessant dans mes mélanges pour tenter d’approcher les sensations perçues…

Des ocres, sienne, cadmiums, carmin, alizarine, rouge dit « de Venise », brun Rembrandt,  jaune dit « de Naples », des bleus lumineux et  bleus de Prusse,  gris de payne, des violets, des mauves … des blancs purs, immaculés parfois ou légèrement teintés de beige-rosé … et j’en oublie c’est sûr !…    et des couches sur couches pour tenter d’approcher la matière…

Ces couleurs et ces lumières spécifiques ne s’oublient pas et la moindre illustration ou évocation en ravive effectivement le souvenir… Les ambiances ressurgissent rapidement…

Les peintres orientalistes m’inspirent également et suscitent souvent rêves et envies… … …           Un hommage, entre autres, à Delacroix,  à Jacques Majorelle et à Martin Lindenau dont les kasbah et les scènes de vie m’enchantent… »

Marithé W

http://cerisemarithe.wordpress.com/category/maroc/

 

J’ai découvert le blog de Cerisemarithé sur le blog de JEA où je retourne souvent, pour relire d’anciens articles, toujours aussi actuels souvent et pour la blogroll.

Je retournerai sur le blog de Cerisemarithé pour ses  peintures, du Maroc, de Venise,

en attendant je lui laisse la parole

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Les peintres témoins de leur temps : Goya et la modernité – à la Pinacothèque

LE MONDE EN EXPOS

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Je connaissais mal Goya, le tres de Mayo 1808 – souvenir scolaire – Chronos dévorant ses enfants, j’avais  une idée très sombre de ce peintre.

Enfants jouant aux soldats
Enfants jouant aux soldats

Je ne savais pas que c’était un graveur et un portraitiste. Voilà donc cette lacune réparée.

A la Pinacothèque, peu de tableaux, mais de très nombreuses gravures, petit format, formant des collections à thèmes : des Caprices, les Désastres de la Guerre, des jeux d’enfants – car

Enfants jouant à saute-mouton
Enfants jouant à saute-mouton

a attiré les foudres de l’Inquisition. Il montre aussi le Mariage, l’Éducation, ou la prostitution sous les traits d’animaux (ânes le plus souvent) mais aussi vautours ou chauves-souris.

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La série la plus saisissante, la plus journalistique est celle des Désastres de la Guerre.Par ces désastres de la guerre, Goya est vraiment le Témoin de son temps!

Témoin courageux, capable de s’opposer à l’Inquisition, à dénoncer les abus, à prendre la défense des petits, des femmes mariées de force, de peindre les enfants tels qu’ils sont. Aussi peintre de cour, vivant en peignant les portraits des grands d’Espagne.

pour plus d’images cliquer ICI  

encore ICI

Et LA

sur les sites des musées

 

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Viva la liberta – film de Roberto Ando

CINÉMA

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Pour le plaisir d’une comédie italienne, pour le plaisir de Verdi, la Force du Destin et pour ce comédien, Toni Servillo, que j’avais bien aimé dans la Grande Bellezza, pour Valeria Bruni-Tedeschi.

Cocasse, grinçant? Le discours politique est vide, remplaçons le par la poésie. Le leader d’un grand parti n’a rien à proposer – qu’il parte en vacances. Pascal a parié l’existence de Dieu avec les probabilités, le Parti parie sur un fou. Jeu de doubles, politique de duplicité?

Toni,Servillo se promène avec un air absent ou inspiré c’est selon.

Mère et fils de Călin Peter Netzer (Roumanie)

BUCAREST/PARIS

Film très noir.

Qu’est-ce qui est plus tragique? Les rapports entre Cornelia, la mère possessive sexagénaire, et son fils, Barbu 34 ans veule qui tente de  s’en affranchir mais se laisse entretenir. Ou l’accident où meurt un gamin de 14 ans, heurté par Barbu qui conduisait à grande vitesse à l’entrée d’une agglomération.

Cornelia, architecte, décoratrice, scénographe et sa sœur, médecin vont contacter toutes leurs relations pour éviter à  Barbu un procès pour homicide. Ces bourgeoises dans leur manteau de fourrure sont confrontées à des campagnards modestes. Opposition de deux milieux. Arrogance des deux bourgeoises qui téléphonent à des gens connus dans le commissariat. Corruption à tous les niveaux.  Les policiers ont l’air honnête, mais à la deuxième entrevue le policier trouve qu’une architecte pourra peut-être intervenir dans le permis de construire sur le bord d’un lac. Acheter un  témoin paraît facile, pas tant que cela, le témoin demande une somme folle! Cornelia espère par toutes ces manœuvres regagner son emprise sur son fils….

Peu d’espoir, pas de tendresse dans les rapports familiaux, très oppressants.

Seule leçon de dignité: chez les parents de l’enfant décédé. Douleur.

Ce n’est pas franchement un divertissement mais les acteurs sont tous excellents, , ils jouent juste. Film bien très construit. Une tragédie dans la Roumanie d’aujourd’hui.

Cyrano -Dominique Pitoiset – à La Maison des Arts de Créteil

THÉÂTRE

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Les grandes pièces résistent à tout quand le texte est servi par un grand acteur comme Torreton. La mise en scène tristounette et même calamiteuse m’a déroutée. Cyrano dans un hôpital psychiatrique – décor moche, gris : lit d’hôpital, fauteuil skaï brun seule couleur dans un mobilier fonctionnel blanc, chrome ou gris – costumes minables, survêtements pendouillant des patients. Pas besoin d’éclairage séduisant. Un juke-box pour la musique We are the champions (les élèves de 4ème ont adoré), les Trois Cloches et Jean François Nicaud (là, c’est moi qui ai des frissons, cette chanson me fait toujours cet effet). On skypepourquoi pas? mais pourquoi donc? Les Gascons en survet? j’aime bien les pourpoints, les grands chapeaux, j’en serai pour mes frais. Plus grave, Guiche inaudible,  a forcé sa diction pour devenir incompréhensible.

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Et malgré tout, le plaisir du texte est toujours là. Torreton sauve la mise. Même plus c’est un formidable Cyrano. Si la mise en scène manque de classe, le panache, Torreton en a!

Et pour le plaisir encore, j’ai cherché une vidéo de la tirade des nez

 

theatre

Mille Ans et un Jour – Edmond Amran El Maleh

LIRE POUR LE MAROC

mille ans et un jourCertains voyages illuminent la grisaille de mon quotidien l’hiver et restent encore longtemps à briller, bien après mon retour tandis que je colle les photos ou rédige les carnets. Mille ans et un Jour fait partie de la queue étincelante de la comète en compagnie d’autres lectures qui me transportent plus d’un mois encore.

D’abord, j’ai eu envie de voir le film Tinghir/Jerusalem qui raconte les liens entre les Juifs de Tinghir et le Maroc, près de 50 ans après leur exode (ou leur Alyah). Les hasards d’Internet m’ont fait découvrir Tinghir de Salomon Malka et de là, je ne sais comment Mille Ans et un Jour épuisé en librairie, j’ai attendu plus d’un mois l’exemplaire que la Fnac m’avait déniché, puis un autre mois celui d’occasion qu’Amazon m’a envoyé d’Amérique. Livre très attendu, très désiré. Allait-il me décevoir?  J’ai sorti du paquet un petit livre à la couverture vieux rose, décorée sobrement d’une calligraphie discrète, collection de LA PENSEE SAUVAGE. Son premier lecteur l’a abondamment crayonné, curieusement au crayon de couleur parfois vert, parfois mauve et griffonné plus que souligné.

Je l’ai commencé le soir-même et il ne m’a pas lâché de la nuit. Impossible de trouver le sommeil.

Quel ouvrage étrange, qui a aboli le temps et l’espace. Nessim, le héros se trouve dans la même page à Sabra et Chatila et à Essaouira. Il tient dans ses mains le coffret de thuya (spécialité des menuisiers d’Essaouira) contenant les lettre d’un lointain grand-père qui a fait route avec une caravane vers la Terre-Sainte en 1880. Glissement insensible vers le voyage de Yehouda Ben Youssef (1712) jusqu’à Tachkent et la Chine, Perah Lebanon, fleur du Liban. Liban qui renvoie à cette guerre actuelle.

Nessim est un peu Ulysse. Pas Ulysse d’Homère, plutôt celui de Joyce. Une citation renvoie au choix du titre :

« le 16 juin 1904, Bloom’s day, l’odyssée d’une seule journée, la journée de Bloom.

« s’il est vrai que mille ans peuvent passer comme un jour, pourquoi pas un jour comme mille ans » Frank Budgen « James Joyce et la création d’Ulysse »« 

Mille ans et un jour, c’est aussi l’histoire des Juifs au Maroc, Mille ans, il y ont vécu et un jour ils sont partis.

Edmond Amran El Maleh raconte avec un grand bonheur comment les Juifs vivaient au Maroc. Juifs de la ville de Asfi (est-ce Safi, dont il est natif?). Bourgeoisie, piano dans le salon, réunions mondaines. Juifs éclairés, dans la même famille un frère est plutôt intellectuel, francophone tandis que l’ainé est kabbaliste. Sous le Protectorat des forces révolutionnaires s’organisent. Qui est vraiment ce Majid emprisonné, ami de Nessim? Juifs des campagnes à Amizmiz où Yeshuua, le soukier illettré a fait un rêve prémonitoire : un Ange, lui prédit qu’il va partir.

Le rêve de Yeshuua, c’est le départ de tous les Juifs pour Eretz Israël. Justement Victor, l’envoyé de l’Agence Juive est venu au village, dans la synagogue il a dit aux villageois de se tenir prêts. Mille ans de présence au Maroc, et un jour le départ. Pourquoi sont-ils donc tous partis? J’espérais que ce livre m’en livre la réponse. Réponse partiale, partielle, hypothèse de la manipulation de ces populations profondément croyantes facilement crédules. Contexte aussi de crainte avec le départ des français et les Indépendances.

Le dernier chapitre est cauchemardesque. Boucle bouclée  guilgoul: une histoire s’ouvre à Chatila et se termine tout près à Tel Aviv. Nessim rêvait de voir la Terre Sainte, il en voit sa violence dans l’opération Paix en Galilée, cauchemar de violence où le policier casqué ressemble plutôt à une caricature anti-sémite ou à un personnage de science-fictionqu’à un soldat isarélien. Cauchemar où Nessim se voit emprisonné tandis qu’à la page suivante il assiste à une manifestation pour la paix qui tourne au massacre, et très vite nous sommes dans les guerres romaines, « Joseph et quarante notables se réfugient dans une grotte spacieuse..Nicanor… » Massada, et le suicide collectif…Je m’étais habituée dans les chapitres précédents à lire ce livre presque comme un documentaire et revoilà l’abolition du temps et de l’espace. Prophétie?

« Nessim s’est levé pour marcher de ville en ville, de contrée en contrées, porté par une errance, assoiffé d’absolu., un désir de vivre, un don de vivre en partage que le texte lui donnera corps et présence, une lumière extraordinaire jaillira en soi-même par le désert et le livre.D’où ceci encore, simultanément mais pas après : fragilitgé, précarité, tout mot avancé, tout discours ordonné, en forme porte en lui sa honte, son indécence[….]parce qu’il n’y a rien à faire dans l’infini du mouvement, parce qu’il n’y a rien plus rien à cacher? parce qu’il n’y a aucun secret, parce que tout est visible[…]

Voulez vous que je vous parle de mes origines, rire énorme quoi! vous n’êtes pas nomade que je sache, Nessim n’est pas nomade où ce sont les sables de l’exil, de quel ciel est tombée cette étoile qui a couvert la blancheur du Livre ou l’on marche d’un pas égal à un chant qui vient au delà de toute mémoire. »

Ainsi se referme le livre.

 

 

 

 

Destins croisés – Israéliens Palestiniens, l’histoire en partage – Michel Warschawski

ISRAEL/PALESTINE

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A travers les sagas familiales de deux familles, l’une palestinienne, l’autre juive polonaise, l’auteur raconte le 20ème siècle.

Roman historique? L‘auteur s’en défend. Ce n’est pas un  roman c’est un livre d’Histoire ou plutôt un livre d’histoires destiné aux élèves et aux enseignants presque un manuel scolaire comme le préface Avraham Burg – Ancien Président de la Knesset. Je ne suis pas sûre que le meilleur moyen d’enseigner l’Histoire soit de raconter des anecdotes. Travailler sur de réels documents est tout aussi vivant. J’ai souvent besoin, d’un bibliographie et d’un corpus de notes pour me sentir en confiance.

Même si j’ai des réserves sur le « roman » dont les personnages trop nombreux et peu étoffés, que j’ai eu du mal à identifier au cours de la lecture, ou pour le style parfois un peu négligé, j’ai été passionnée par la somme d’informations bien amenées.

Les pionniers de Degania et du mouvement ouvrier ont toujours été glorifiés (et chantés) de la tour d’Ezra aux chansons de l‘Hashomer, je n’aurais jamais imaginé les actions de destruction des produits maraîchers arabes sur les marchés. L’auteur qualifie d’apartheid la politique de la Histadrout vis à vis de l’embauche prioritaire juive. De même, j’ignorais tout des mouvements politiques palestiniens pendant le Mandat britannique. Cet éclairage est nouveau pour moi.

Trois pages après la liste des victimes de la Shoah dans la famille Friedman Waraschawski raconte la Catastrophe , la Nakba qui a dispersé la famille palestinienne, terrorisme juif du groupe Stern, opérations militaires et finalement exode…

J’avais oublié Karameh et Septembre noir.

Beaufort et la guerre au Liban sont racontés du point de vue des deux protagonistes.

L’espoir des accords d’Oslo, bouffée d’enthousiasme.

Et pour terminer Rachel, écrasée par un bulldozer pour avoir tenté de protéger des oliviers.

 

Jérusalem 1900 – Vincent Lemire

jérusalem couverture

Il est banal d’affirmer que la question de Jérusalem est un des obstacles majeurs aux négociations de paix,  que nul n’est prêt à renoncer à la ville sainte pour capitale, et que le partage de la ville, retour à la situation d’avant 1967 serait impossible .

Pourtant, l’auteur l’affirme, Jérusalem n’a pas toujours été le champ de bataille où s’affrontent Juifs et Palestiniens. Une autre histoire, oubliée, s’est déroulée à l’orée du XXème siècle:« Jérusalem 1900 – la ville sainte à l’âge des possibles ». Au tournant du siècle, une municipalité réunissait musulmans, chrétiens et juifs  sous l’empire ottoman la cité, pour gérer les adductions d’eau, la voirie, la santé publique, pour moderniser l’urbanisme d’une ville en expansion qui voyait sa population quitter les murailles de Soliman et s’étendre dans les quartiers de la ville nouvelle. La population, toutes confessions confondues, se massait à l’inauguration de la gare, ou d’une fontaine publique, ou de la Tour de l’Horloge. Il y eut même une révolution en 1908 avec le rétablissement de la constitution ottomane, « on s’appelle frère, on s’embrasse, on jure fidélité à la devise jeune-turque « Liberté, égalité, justice, fraternité ».

jérusalemJérusalem n’était donc nullement « une province reculée sans loi ni administration. La vie s’y déroulait, dans le carcan de la tradition et au rythme du chameau » comme l’a écrit Tom Segev,  distingué historien israélien.

Pourquoi cette histoire a-t-elle été occultée? C’est le propos de l’ouvrage de Vincent Lemire qui administre une magistrale leçon d’histoire.

Il commence par commenter les cartes de Jérusalem communément présentées avec une ville divisée en quatre quartiers correspondant chacun à une communauté: Musulmans, Chrétiens, Arméniens et Juifs. Dans le premier chapitre « Le dessous des cartes » il démontre que ces cartes ne correspondent aucunement au peuplement réel de la ville. Elles seraient plutôt des « cartes touristiques » destinées au pèlerins cherchant les lieux saints dans la vieille ville. Les autochtones utilisaient une toponymie tout à fait différente de celle que présente ces cartes aux 4 quartiers. L’analyse des recensements montre au contraire une grande mixité dans chacun de ces quartiers. Il compare cette utilisation des cartes à celle des plans que les offices de tourisme distribuent aux touristes Chinois ou Japonais à Paris. Le manque de sérieux correspond-il à un présupposé idéologique privilégiant la séparation des communautés?

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Le 2ème chapitre montre comment s’est construite la ville-musée  à destination des pèlerins au cours du19ème siècle. Étrange invention d’une tombe du jardin – Saint Sépulcre-bis par les Protestants, privés de garde dans le vrai. Archéologie approximative : dans les fouilles du prétoire ou de la via Dolorosa, des monnaies du 2ème siècle après JC trouvées sous les dalles ne troublant pas la foi des croyants.

Ce chapitre reprend les écrits des écrivains-voyageurs. Il s’ouvre sur une citation de Pierre Loti qui « tourne le dos à la ville moderne » qu’il a découverte du chemin de fer. le réflexe folklorisant chez les pèlerins, les touristes et les écrivains n’a rien d’étonnant. Ils viennent chercher les Lieux saints qu’ils connaissent ou croient connaître. Déjà Chateaubriand en 1811 a ce regard empreint de préjugés, vision morbide quand il décrit ce boucher arabe :«  à l’air hagard et féroce de cet homme, à ses bras ensanglantés, vous croiriez qu’il vient plutôt de tuer son semblable que d’immoler un agneau », cette scène renvoie à l’idée d’une cité-déicide.

Reconstruire l’histoire de Jérusalem à la lecture des écrivains romantiques est certes plus facile que de consulter les archives écrites en ottoman – graphie et même langue qui a disparu depuis Kémal Atatürk. La perception de l’histoire de Jérusalem doit beaucoup à ces préjugés. L’historien qui s’attache aux sources fiables fait des découvertes très différentes. Même quand il s’agit des lieux saints d’hybridation entre les différentes confessions est courante. L’enchevêtrement entre les traditions religieuses culmine quand il s’agit de la Tombe de David au sommet du Mont Sion, où les Franciscains sont expulsés en 1624 ; leur église est remplacée pour une mosquée entretenant le souvenir de Nebi Daoud, le « prophète juif ». Étrange homophonie entre le nom du Roi Salomon et de Suleyman l’ottoman qui conquit la ville!

Il est aussi important de situer l’histoire de la ville dans le contexte de l’empire ottoman, qui n’était peut être pas aussi décadent qu’on a bien voulu l’affirmer « l’homme malade » . La Palestine était loin d’être « une terre sans peuple » et sans administration. « Orientalisme occidental, sionisme et nationalisme arabe se sont paradoxalement donné la main pour enterrer l’histoire de la Palestine et de la Jérusalem ottomane sous une « légende noire » qu’il est aujourd’hui urgent de revisiter.

L’auteur livre une galerie de portraits d’administrateurs compétents, polyglottes, modernes qui contraste avec les préjugés. Il détaille l’action municipale. Quoi de plus symbolique que cette horloge de 25m construite hors les murs en face de la Mairie neuve qui devait donner l’heure universelle alors qu’autrefois le muezzin, les cloches ou le chofar réglaient les prières des fidèles des confessions diverses!

Un livre passionnant, peut être un pas vers une histoire partagée, et une autre vision politique?

 

Une tombe à Gaza – The Saladin Murders – Matt Rees

SUR MA LISEUSE EN VO

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Les polars font voyager la lectrice dans des contrées inaccessibles au tourisme ou dans la face sombre de pays dont il ne montre que l’aspect présentable.

Repéré sur Babelio, j’ai cliqué sur le bouton d’Amazon qui me l’a envoyé illico sur mon Kindle. J’ai commencé à pester que le téléchargement ne s’était pas fait en ne trouvant pas le titre dans ma bibliothèque. J’ai vite compris que The Saladin Murders était le titre anglais. Conseil pratique aux blogueurs (euses), vérifier soigneusement avant de cliquer la langue, ce n’est pas la première mésaventure de ce genre, j’ai déjà téléchargé de l’Espagnol sans m’en rendre compte.

Cette expérience a été tout à fait positive. Je refuse de visionner un film en VF. Pour les livres, je privilégie les éditions bilingues (quand elles existent) mais la lecture de polars ou thrillers en Anglais s’avère parfois plus ardue que prévu. J’ai traîné mon Harraps sur les genoux pour venir à bout du Tailleur de Panama, n’ayant pas prévu l’extension du champ lexical de Le Carré. Quand un mot me manque de temps en temps, je le devine, mais quand il y en a trop, il faut la traduction. Magie de la liseuse : d’un doigt, je sélectionne le vocable inconnu, et voilà que s’ouvre une fenêtre me proposant deux dictionnaires, l’un anglais, l’autre américain, avec explication  étymologie, tout le tintouin, de quoi enrichir mon vocabulaire! Plus de dictionnaire pesant (le Harraps, même en version allégée, pèse une tonne), plus d’impasses! en revanche l’option Traducteur est à fuir, contresens assurés!

GazaD’emblée, dès le premier chapitre, le passage du poste frontière d’Israël à Gaza,  est glauque, putride, puant l’urine, sinistre à souhait. Ambiance! Et cela ne s’arrangera pas, un khamsin rendra l’air irrespirable, étouffant, le vent de sable durera tout le temps du séjour de Omar Yussef, proviseur du lycée de Bethléem, chargé par l’UNWRA de visiter en compagnie de Magnus Wallender – fonctionnaire suédois  – de visiter les établissements scolaires sous le contrôle des Nations Unies. Un des enseignants est incarcéré après avoir soulevé auprès de ses étudiants un problème  de corruption. De cette arrestation arbitraire découleront des conséquences inattendues toutes sanglantes, meurtrières. De l’enquête en milieu scolaire, on débouche sur une guerre de factions d’une violence extrême.

Scènes de violence, fusillades, meurtres, tortures, autopsies…. rien ne sera caché . Âmes sensibles, fermez la liseuse! La corruption et la violence sévissent à tous les niveaux. J’ai même eu des doutes sur les intentions de l’auteur qui fait passer si peu d’empathie pour ses personnages. Est-ce vraiment aussi terrible dans la réalité? Ou plutôt était-ce, parce que le roman se déroule dans une guerre des factions de l’OLP avant que le Hamas n’ait remporté le pouvoir. Plus de débauche de whisky que de bigoterie.

Et pourtant je me suis prise à cette lecture, pour connaître de dénouement d’une intrigue bien ficelée et par sympathie pour ce professeur d’histoire palestinien qui cherche à libérer ses collègues, à découvrir le pot au roses. Peu d’occasions de découvrir la couleur locale, le paysage ou la cuisine gazaouie. Omar Yussef est entraîné dans des actions sanglantes sans avoir le temps de souffler. Quand il se réveille d’un cauchemar c’est pour entendre une fusillade réelle alors qu’il croyait rêver.

Et je me prépare à lire les autres livres de la série dans d’autres aventures palestiniennes puisque Omar Yussef est un héros récurrent.