Les polars font voyager la lectrice dans des contrées inaccessibles au tourisme ou dans la face sombre de pays dont il ne montre que l’aspect présentable.
Repéré sur Babelio, j’ai cliqué sur le bouton d’Amazon qui me l’a envoyé illico sur mon Kindle. J’ai commencé à pester que le téléchargement ne s’était pas fait en ne trouvant pas le titre dans ma bibliothèque. J’ai vite compris que The Saladin Murders était le titre anglais. Conseil pratique aux blogueurs (euses), vérifier soigneusement avant de cliquer la langue, ce n’est pas la première mésaventure de ce genre, j’ai déjà téléchargé de l’Espagnol sans m’en rendre compte.
Cette expérience a été tout à fait positive. Je refuse de visionner un film en VF. Pour les livres, je privilégie les éditions bilingues (quand elles existent) mais la lecture de polars ou thrillers en Anglais s’avère parfois plus ardue que prévu. J’ai traîné mon Harraps sur les genoux pour venir à bout du Tailleur de Panama, n’ayant pas prévu l’extension du champ lexical de Le Carré. Quand un mot me manque de temps en temps, je le devine, mais quand il y en a trop, il faut la traduction. Magie de la liseuse : d’un doigt, je sélectionne le vocable inconnu, et voilà que s’ouvre une fenêtre me proposant deux dictionnaires, l’un anglais, l’autre américain, avec explication étymologie, tout le tintouin, de quoi enrichir mon vocabulaire! Plus de dictionnaire pesant (le Harraps, même en version allégée, pèse une tonne), plus d’impasses! en revanche l’option Traducteur est à fuir, contresens assurés!
D’emblée, dès le premier chapitre, le passage du poste frontière d’Israël à Gaza, est glauque, putride, puant l’urine, sinistre à souhait. Ambiance! Et cela ne s’arrangera pas, un khamsin rendra l’air irrespirable, étouffant, le vent de sable durera tout le temps du séjour de Omar Yussef, proviseur du lycée de Bethléem, chargé par l’UNWRA de visiter en compagnie de Magnus Wallender – fonctionnaire suédois – de visiter les établissements scolaires sous le contrôle des Nations Unies. Un des enseignants est incarcéré après avoir soulevé auprès de ses étudiants un problème de corruption. De cette arrestation arbitraire découleront des conséquences inattendues toutes sanglantes, meurtrières. De l’enquête en milieu scolaire, on débouche sur une guerre de factions d’une violence extrême.
Scènes de violence, fusillades, meurtres, tortures, autopsies…. rien ne sera caché . Âmes sensibles, fermez la liseuse! La corruption et la violence sévissent à tous les niveaux. J’ai même eu des doutes sur les intentions de l’auteur qui fait passer si peu d’empathie pour ses personnages. Est-ce vraiment aussi terrible dans la réalité? Ou plutôt était-ce, parce que le roman se déroule dans une guerre des factions de l’OLP avant que le Hamas n’ait remporté le pouvoir. Plus de débauche de whisky que de bigoterie.
Et pourtant je me suis prise à cette lecture, pour connaître de dénouement d’une intrigue bien ficelée et par sympathie pour ce professeur d’histoire palestinien qui cherche à libérer ses collègues, à découvrir le pot au roses. Peu d’occasions de découvrir la couleur locale, le paysage ou la cuisine gazaouie. Omar Yussef est entraîné dans des actions sanglantes sans avoir le temps de souffler. Quand il se réveille d’un cauchemar c’est pour entendre une fusillade réelle alors qu’il croyait rêver.
Et je me prépare à lire les autres livres de la série dans d’autres aventures palestiniennes puisque Omar Yussef est un héros récurrent.
Monologue de 84pages écrites pour le théâtre. Texte poétique. Nouvelle ou court roman. Jazzy?
Tout est surprenant, invraisemblable, chimérique. Amour de la musique, improvisations ou duel musical, amour de la mer. Refus de la terre, invention de la géographie.
Novecento avec son nom improbable a-t-il été rêvé par le narrateur?
Merci tout d’abord à Eimelle qui l’a fait voyager et découvrir à plusieurs blogueuses – livre voyageur donc, occasion de partage de la joie de lire!
Cette lecture tombe à point alors que je prépare un prochain voyage dans les îles grecques.
Lecture agréable et fluide, les 187 pages se lisent presque d’un trait. Lecture estivale, solaire. Lecture fluide, agréable, facile, estivale…
Un roman d’amour, et de deuil. Marie, belge, revient avec ses enfants à Patmos dans la maison de son mari décédé récemment. Ils se sont aimés, elle redoute le retour dans la maison vide.
Coïncidence, son amant débarque. Passionnément aimé avant son mariage, et même pendant. Tragédie pour ces gens de théâtre?
Patmos est le cadre de vacances à la plage, de dîners à la taverne. Patmos des estivants, des habitués, adoptés par les Grecs. Pas de tourisme culturel, pas trop de folklore. L’auteure reste sur le mode mineur. Jean, c’est son mari pas l’Evangéliste. Et c’est très bien ainsi.
Pourquoi entourer de secret la destruction de Sodome?
De la littérature grecque sans aucune couleur locale. Si vous cherchez des souvenirs de vacances dans les îles, passez votre chemin! Pas non plus de référence à l’Antiquité classique. D’ailleurs la Grèce a été engloutie comme toute l’Europe du sud dans le Grand Débordement.
Trois continents ont pris le deuil pour que sorte de terre cette maudite purulence mauve, qui rend fous les civilisés plus que l’opium.
L’allusion biblique à la destruction de Sodome est plus pertinente: la Colonie se trouve sur l’emplacement d’une Mer Morte mauve et mortifère dans un désert infranchissable commençant dans la vallée du Jourdain.
Sodome, ville de tous les péchés symbolise-t-elle la perversion de la Compagnie des 75, multinationale faisant régner l’horreur économique et la tyrannie en commercialisant le sel mauve – drogue mystérieuse – d’où elle tire des profits insensés en réduisant les colons l’exploitant en esclavage?
Je lis peu de Science Fiction et cette lecture m’a été un peu pénible. Même si la construction est extrêmement sophistiquée, même si le propos est très intéressant : critique du totalitarisme, conditionnement des esprits, utilisation de la religion dans l’asservissement des personnalités.
« Sinon vous sauriez ce qu’une démocratie fait d’abord quand la sécurité est menacée: supprimer les droits individuels, limiter les libertés. »
Même si le livre critique le monde d’aujourd’hui, j’ai eu du mal à accrocher à cette lecture. Je ne me suis attachée à aucun des personnages sauf peut être au rédacteur de mots croisés. Ce monde étrange sans balises m’a semblé trop artificiel pour que je m’y attarde.
Lu autrefois, je l’ai emporté sur ma liseuse en voyage à Marrakech.
Quel merveilleux compagnon!
….« nul ne sait que je m’appelle aujourd’hui Léon ou Jean-Léon l’Africain, là-bas, j’étais Hassan, fils de Mohamed-al-Wazzan et dans les actes officiels, on ajoutait « al-Zayyati » du nom de ma tribu d’origine, « al-Gharnati », le Grenadin… »
J’ai rêvé de Grenade, et assisté à sa chute de Boabdil
« Aussi quand il me contait la chute de Grenade, son récit débutait-il dans les salles tapissées de l’Alhambra » .
souk de Marrakech
J’ai marché dans la médina de Fès, par l’imagination, alors que je me trouvais au cœur des souks de Marrakech, je suis entrée dans les fondouks et dans les hammams. roman d’aventure, j’ai tremblé pour sa sœur Mariam emmenée de force chez les lépreux.
« j’avais besoin de partir à l’instant, de m’accrocher bien haut à la bosse d’un chameau, de m’engloutir dans l’immensité désertique où les hommes, les bêtes, l’eau, le sable et l’or ont tous la même couleur, la même valeur, la même irremplaçable futilité…«
Je suis partie avec lui en caravane à Tombouctou (en vrai je me suis arrêté en route à « 52 jours de Tombouctou« ) j’ai imaginé la tempête de sable
« Nous accumulons ainsi, au fil des caravanes, richesse et savoir, à l’abri de ces montagnes inaccessibles que nous partageons avec les aigles, les corneilles et les lions, nos compagnons de dignité »
Richesses et palais, intrigues et luttes de pouvoir. Hassan le Fassi perd ses richesses et suit des caravanes le long du Niger, De Tombouctou vers le Caire.
le Caire
Je me suis promenée dans le vieux Caire et au Khan el-khalili, lu les luttes entre le Grand Turc et les Mamelouks…..peste et massacres….rencontré Sélim à Constantinople et Barberousse, le pirate.
Des pirates siciliens l’ont capturé en chemin vers Tunis:
« Ainsi j’étais esclave, mon fils, et mon sang avait honte. Moi dont les ancêtres avaient foulé en conquérants le sol de l’Europe, je serai vendu à quelques prince de Palerme, de Naples, de Raguse…. »
C’est en cadeau au pape Léon, qu’il est arrivé à Rome, au château saint Ange. Il se converti pour l’amitié des Médicis et devient ambassadeur du Pape auprès de François 1er et de Soliman pour bâtir un pont entre Rome et Constantinople
– « d’un côté Soliman, sultan et calife de l’islam, jeune ambitieux au pouvoir illimité mais soucieux de faire oublier les crimes de son père et d’apparaître comme un homme de bien. De l’autre, Charles, roi d’Espagne, encore plus jeune et non moins ambitieux qui s’est fait élire à prix d’or au trône du saint Empire. Face à ces deux hommes, les plus puissants du monde, il y a l’état pontifical, croix géante et sabre nain… »
« …tu n’aimes pas les princes et encore moins les sultans. Quand l’un d’eux remporte une victoire, tu te retrouve d’emblée dans le camps de ses ennemis, et quand quelque sot les vénère, c’est déjà une raison pour les abhorrer » lui dit son ami d’enfance Haroun, envoyé de Soliman
J’ai aimé l’humanisme du personnage qui a beaucoup voyagé,
« Et la vérité en tout cela? – c’est une question que je me pose plus : entre la vérité et la vie, j’ai déjà fait mon choix… »
« Lorsque l’esprit des hommes te paraîtra étroit, dis-toi que la terre de Dieu est vaste, et vastes Ses mains et Son cœur.N’hésite jamais à t’éloigner, au delà de toutes les mers, au de-là de toutes les frontières de toutes les patries, de toutes les croyances….
Je suis souvent déçue par les romans historiques, mais pas par celui-ci qui est très riche!
« Mon premier voyage en Allemagne n’a pas été un voyage à proprement parler, mais plutôt une traversée de l’Allemagne. En hiver 1984, après une semaine passée à Copenhague, à la veille de mon retour en Israël, je fis un rêve […]une violente envie de partir à la rencontre des fameux livres de mon père m’assaillait ou, pour reprendre les arguments publicitaires pour les produits allégés : manger sans grossir. Aller en Allemagne sans y être »
Le Dernier Berlinois, commence comme un journal de voyages d’un Israélien à travers l’Allemagne sur les traces de son père et de la culture allemande.
Le premier voyage n’en est pas un, c’est une traversée de nuit en train, de Copenhague en Hollande dans un compartiment bloqué…traversée tellement symbolique.
Pour le second, en 1986 il est l’invité officiel du cabinet du président allemand. D’autres suivront, conférences ou rencontres d’écrivains. …
Point de tourisme! Yoram Kaniuk connaît sans doute mieux l’Allemagne que les personnages qu’il croise. Son père lui a lu Goethe, Heine ou Thomas Mann, Son Allemagne est littéraire et juive.
Au début, il va à la rencontre des Allemands avec beaucoup de préjugés et de provocation. Il croit rencontrer des anciens nazis qui n’en sont pas et raconte ses erreurs avec humour.
Par la suite la relation de voyage fait place à une galerie de personnages, certains sympathiques d’autres pas. Je pense à » La Fin de L’Homme Rouge » pour les récits de parcours individuels d’Allemands ou de Juifs allemands et même d’Israéliens vivant en Allemagne.
Il est venu régler ses comptes avec l’Allemagne, avec les Allemands indissociables des Juifs. Il veut rendre compte de l’absence.
Solder les comptes de la Shoah est impensable. Réfléchir aux procès de Nuremberg et d’Eichmann est envisageable.
Rencontre avec des écrivains, ses pairs, avec Heirich Böll et Gunther Grass et d’autres. Avec eux il va pouvoir discuter, du moins le croit-il parce que la guerre d’Irak place une partie des intellectuels allemands en opposition à Israël. La réflexion des rapports entre les Allemands et Israel rend Le Dernier Berlinois plus actuel.
J’ai beaucoup aimé suivre les personnages de La maison du Bosphore pendant vingt ans de 1980 à 2001. Les deux couples d’amoureux, Elif, l’étudiante, la révolutionnaire et Hasan le musicien, Sema qui cherche sa voie et et Salih, l’apprenti menuisier. Mais le » personnage » principal est le quartier de Yedikule, quartier d’Istanbul chargé d’histoire qui se transforme au cours de l’histoire et sait garder une véritable solidarité de quartier. Tous les personnages secondaires qui gravitent autour des 4 héros principaux sont aussi intéressants, sympathiques, et je ne saurais les qualifier de secondaires, tant l’auteur s’est attachée à leur donner une existence tangible, on connaît leur origine, leur histoire, leur métier et ils sont tous inscrits dans la vie du quartier.
C’est un livre militantqui commence avec la dénonciation du coup d’état de 1980 et qui décrit des personnages épris de liberté et de justice sociale, tentation du terrorisme ou exil? Livre féministe où les femmes prennent toutes l’initiative de leur destin, rarement passives, toujours affirmées, il fait voler en éclat nos préjugés. Cosmopolite Istanbul où les minorités kurdes, arméniennes et grecques sont bien visibles. La résistance kurde est active. La culture arménienne est aussi très présente. Les pogroms contre les Grecs en 1955 et pendant la crise de Chypre sont évoqués. Utopistepeut être dans ces lieux de partages où les gens du quartier d’origine diverses se réunissent et s’entraident? Rêve ou réalité?
Un regret: j’aurais aimé un plan d’Istanbul pour me repérer dans les quartiers cités dans le roman, de même que des notes explicatives sur l’histoire contemporaine de la Turquie que j’ignore. J’aurais aimé également en savoir plus sur le coup d’état de 1980.
Encore merci à Claudialucia de gérer le CHALLENGE SHAKESPEARE depuis déjà de nombreux mois et c’est avec plaisir que je me joins à cette lecture commune en compagnie d’Eimelle et d’autres blogueuses (blogueurs)
Je préfère découvrir une pièce au théâtre avant de me plonger dans le texte. Une pièce est d’abord faite pour être jouée. J’ai donc cherché sur YouTube les vidéos disponibles et je vous livre une version très sixties, un peu hippy, un peu flashy, un peu BD qui m’a charmée: celle de Jean Christophe Averty 1969 avec jC Drouot (Oberon).
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Acte I, scène I – Athènes a pour arrière-plan des motifs de vases grecs revus et corrigés par la Bande Dessinée. Un régal pour ce Thésée, duc d’Athènes solennel, mais peu crédible en amoureux (quand on sait comment il a lâchement séduit et abandonné Ariane…).
la Scène II – mise en scène de Pyrame et Thisbée a pour décor le Globe (maquette) et les comédiens sont les figures d’un jeu de Tarot.
William Blake : Oberon Titania et Puck
Obéron et Titania se disputent dans un ballet psychédélique sur un arrière plan de miniatures indiennes toujours aussi coloré qui convient parfaitement à la féérie shakespearienne…je vous laisse découvrir les fées minuscules, les inventions graphiques.
Retour au texte : un regret,sur ma liseuse j’ai téléchargé à très peu de frais les textes qui ne sont plus concernés par le copyright, en français et en anglais. J’aurais préféré une version bilingue page de gauche en anglais/droite en français qui est l’idéal quand je la trouve.
La traduction ne fait pas apparaître les vers de la VO – dommage! mais la liseuse permet de souligner les citations, je vous livre mes préférées :
« Vous avez l’amour de son père, épousez le : mais laissez moi l’amour d’Hermia »
de Lysandre à Egée, qui m’a fait bien rire.
« L‘amour peut transformer les objets les plus vils; le néant même, et leur donner de la grâce et du prix. L’amour ne voit pas avec les yeux mais avec l’âme : et voilà pourquoi l’ailé Cupidon est peint aveugle ; l’âme de l’amour n’a aucune idée du jugement: des ailes et point d’yeux, voilà l’emblème d’une précipitation inconsidérée ; et c’est parce qu’il est si souvent trompé dans son choix qu’on dit que l’amour est un enfant »
Le Songe d’une Nuit d’été, est d’abord une comédie sur l’amour. Avant qu’Obéron, Puck, les fées ne s’en mêlent les amants sont déjà bien aveuglés!
D’ailleurs, qui est-il ce Puck, parfois comparé à Ariel de la Tempête?
« Ou je me trompe sur votre tournure et vos façons, ou vous êtes un esprit fripon, malin qu’on appelle Robin Bon-Diable. N’est-ce pas vous qui effrayez les jeunes filles de village, qui écrémez le lait et quelquefois tournez le moulin-à-bras n’est-ce pas vous qui tourmentez la ménagère fatiguée de battre le beurre en vain, et qui empêchez le levain de la boisson de fermenter? N’est-ce pas vous qui égarez les voyageurs dans la nuit et riez de leur peine? »
J’ai aimé aussi la rivalité entre Hélène la grande blonde et Hermia la piquante petite brune après :
Hélène : « Toute cette confiance mutuelle, ces serments de sœurs; ces heures passées ensemble, quand nous reprochions au temps de trop hâter sa marche et de nous séparer : oh! tout cela est oublié, et toute notre amitié de ‘école et l’innocence de notre enfance? Hermia nous avons, avec l’adresse des dieux, crée toutes les deux avec nos aiguilles une même fleur sur su seul coussin chantant une même chanson du même air[…] c’est comme si nous avions grandi ensemble, comme deux cerises jumelles, en apparence séparées, mais unies dans leur séparation, comme deux jolis fruits attachés sur une même tige… »
Séparées par la jalousie, elles se disputent :
Hermia :« Suis-je donc si petite, grand mât de cocagne? Parle ; suis-je donc si petite. je ne suis pas encore si petite que mes ongles ne puissent atteindre tes yeux! »
J’aurais pu surligner la scène entre Titania et Bottom et sa tête d’âne, et d’autres encore, au risque de lasser.
L’heureux dénouement est inévitable, comme la Marche de Mendelsohn, sur la quelle je ferai l’impasse. J’attendais l’intermède de Pyrame et Thisbée. J’adore ces scènes de Théâtre dans le Théâtre
« Tragique et comique à la fois! courte et ennuyeuse! C’est comme qui dirait de la glace chaude, et de la neige d’une espèce aussi rare; Comment accorder ces contraires? »
Deux itinéraires possibles : la RN9 que nous connaissons déjà, environ 180 km ou par Telouet 172 km mais un passage de piste délicat. C’est ce dernier que nous choisissons.
Un dernier regard au ksar d’Ait Benhaddou dans le matin, puis à Tamdaght et ses deux grandes casbahs. Un petit stop devant une maison en rénovation pour le plaisir d’admirer deux portes anciennes.
Nous suivons l’oued Ounila dans un défilé de roches rouges puis à Tiffst dans du calcaire clair (grottes signalées). La route monte en épingles à cheveux au dessus de la vallée cultivée en terrasses. Les arbres sont en tenue hivernale sauf es peupliers qui ont gardé des feuilles argentées et dorées. Nous prenons en stop une femme vêtue de noir qui se présente
–« je suis la maîtresse des petits enfants »
Dès qu’on accepte de la prendre deux jeunes filles suivent. On pousse la valise sur la banquette arrière. Malgré la surcharge la Hyundai grimpe les virages dans la montagne beige.
Les villages ont très pittoresques perchés à mi-pente au dessus des jardins. Quand la vallée s’élargit l’habitat se disperse. La route est étroite et sinueuse ; on s’y croise à peine. Un panneau : « Travaux pour élargissement » : le chantier a défoncé la route qui devient une très mauvaise piste. Avec les passagères la voiture peine. Une mine de sel est signalée, le lit des ruisseaux est recouvert d’une pellicule de sel mimant la glace. Pause près d’un thuya unique, isolé sans doute très vieux, noueux au port trapu.
Aux abords de Telouet on retrouve le goudron.
La Casbah du Glaoui est à l’entrée du village, grand ensemble de tours et bâtiments très délabrés. Quelques salles d’apparat ont conservé le décor d’origine d’une qualité inégalée, plus beaux encore que ceux de la Bahia avec des motifs plus fins et plus variés. Les stalactites peintes en vert se détachent sur les stucs blancs. Merveilleuse fenêtre en ferronnerie se s’ouvrant sur les montagnes.
De Telouet à la RN9, la route est bonne, un peu encombrée par es 4×4 qui ne se poussent pas du goudron et nous forcent à descendre sur les cailloux. Se défier à qui cèdera le premier. J’ai horreur de ces comportements machos et dangereux. En 10jours la neige au col a beaucoup fondu, il ne reste que quelques plaques à l’ombre. Une forêt recouvre les sommets, certes clairsemée, mais aux essences variées : genévriers, cyprès, thuyas, pins et chênes-verts. Les gros buissons sont bien verts. J’ai même la surprise de voir des plaques d’herbes alors que plus au sud tous les sommets étaient arides.
Telouet
Enfin on rejoint la RN9 où la circulation est chargée surtout dans l’autre sens, cars minibus touristiques, 4×4 aux toits chargés pour une expédition saharienne soit à la mode. Une enseigne : MIKANIK, nous amuse. Il n’est pas midi lorsque nous passons à Taddert, le restaurateur de La belle Vue allume son barbecue, les braises ne sont pas encore chaudes, il faudrait attendre trop longtemps pour les brochettes. Nous achetons 4 yaourts à la vanille, un « étage » (8portions) de Vache-qui-rit et les grosses oranges Navel. Nous revoyons avec plaisir les villages traversés qui nous semblent peut être moins étonnants qu’à l’aller.
Au Gueliz, nous sommes prises dans l’embouteillage. Marrakech est pavoisée de grands drapeaux à chaque carrefour. Le roi a choisi d’y passer le Reveillon ; On murmure qu’il aurait des invités de marque. La rumeur en rajoute Obama peut être Hollande ! la route avait paru simple. Mal m’en a pris de demander confirmation à un chauffeurd e taxi qui nous dit d’obliquer à droite. On se retrouve sur Mohamed V, c’est ensuite la galère pour faire demi-tour. L’assistant de l’Agence budget hèle pour nous un grand taxi (100dhr) j’aurais préféré attendre un petit avec compteur. Yannick a envoyé à Riad Laarous Brahim et la « carossa » qui n’est pas un carrosse mais une charrette à bras pour transporter les valises dans le souk. Nous n’avons jamais vu Brahim. Dès que nous descendons du taxi deux hommes chargent les valises sur une charrette. Sottement on leur demande si l’un d’eux s’appelle Brahim. « Bien sûr ! « L’homme avance à vive allure ; Où va-t-il ? le sait-il lui-même ? Je cours derrière lui sans quitter des yeux les valises. Que fait son compère ?
–« je lui ai dit « dégage ! » » traduit le faux-Brahim.
L’autre ne s’en va pas du tout et le ton est bien amical pour « dégage ! ». soudain, dans le souk un visage familier de Beija la cuisinière. On se fait la bise. Elle me reproche :
–« Pourquoi n’avez-vous pas attendu Brahim ? ».
Le faux Brahim suit les indications de Beija mais nous plante dans les couloirs où la charrette ne passe pas. J’avais préparé 50 dhr et glisse le billet au charretier furieux ;
–« nous sommes deux, cela fait 25 dirhams, c’est trop peu ! »
Très en colère je leur réponds qu’ils n’auraient rien de plus, qu’ils sont des menteurs et que le second n’a rien fait.
Au Riad Jenaï Yannick nous installe au rez de chaussée. Le plafond est magnifique, grands rideaux grenats, couvre-lit rouge, fauteuils bas rouges. Salle de bain contemporaine noire perchée sur une estrade.
merveilleux plafond peint
Emplette des cadeaux à la médina. Le choix est vaste pour les sacs à main, il y en a pour tous les goûts, les tailles et les prix. Je néglige ceux qui sont revêtus de tissus brillant qui me paraissent synthétiques. A Ait Benhaddou le vendeur ne m’avait pas convaincue avec l’expression « soie végétale ». J’avais pensé : la soie est une protéine animale, ce qui l’imite c’est du synthétique. Et bien si ! la soie végétale est bien une spécialité marocaine fibre naturelle le sabra tiré de l’aloe vera. Cela m’apprendra àêtre suspicieuse !
Impossible de faire son choix en fonction du prix. Rien n’est étiqueté et les prix sont exagérés. Plus cher qu’en Europe. Depuis notre dernier passage, les articles ont beaucoup changé ; Les cuirs souples jaune rouge ou verts criard ont disparu. Cette année beaucoup de sacs en tissu (les poufs sont tous en tissu) beaucoup de mélange tissu-cuir. Ne jamais marchander un article qui ne plait qu’à moitié. Inutile de dénigrer l’objet pour faire baisser le prix. La concurrence est forte mais les touristes sont si nombreux que le marchand ne nous rappelle pas. Inutile de croire qu’on trouvera moins cher chez le voisin. C’est pareil, surtout si c’est le même article. A part soi, deux questions : Ce sac me convient-il ? Combien suis- je prête à dépenser ? Après cela le prix s’établit à la satisfaction des deux parties. Le sac cuir et tissu doublé avec des poches intérieures est descendu de 300dh à 180dh (j’en voulais 150) . pour le panier, c’’est encore plus serré. En revanche, les petits flacons aux bouchons métalliques décoratifs sont beaucoup moins chers que prévu.
Le dîner de réveillon est servi vers 22h : velouté de carottes, tagine coing-bœuf décoré de sésame et une énorme coupe de mousse de fruits concoctée par Beija spécialement pour nous : mangue, orange, pomme, poire mixées. Dîner léger en comparaison avec les agapes de Saint Sylvestre mais raffiné et délicieux ; Yannick nous tient compagnie. Nous apprécions sa conversation et avons l’impression des plus des invitées que des clientes.
Un secret bien gardé, ignorée de nos guides bleu ou Hachette, recommandé par Mohamed et Rose.
14km au sud de Ouarzazate, après la Kasbah de Tifoultoute, sur la droite si on roule vers Zagora, il faut guetter la flèche « Fint 10km ». On traverse une zone bizarre viabilisée avec l’éclairage public et même les passages piétons et les arrêts d’autobus : un lotissement prévoyant des centaines de maisons à bâtir. Curieusement il n’y a rien, ni appartement-témoin, ni panneaux publicitaires, ni chalets de vente. Ce quartier connaîtra-t-il un futur développement ou est-on témoin d’une opération immobilière foireuse ? J’ai déjà vu au Sénégal, au Cambodge tels projets avortés relevant plus de la corruption que de l’urbanisme. A la suite d’un boulevard goudronné assez large pour y faire atterrir un avion bordé de palmiers desséchés à l’agonie, la piste traverse un plateau caillouteux au milieu de nulle part. Des montagnes sombres, volcaniques, des étendues de pierres noircies. On se croirait sur la lune. Si on ne rencontrait pas des voitures de temps en temps, on se demanderait bien ce qu’on est venues faire ici. Mohamed du Bagdad Café nous a assuré que les petites voitures passaient mais on est tendues.
A un tournant, un homme à casquette bleue retournée façon cycliste (ou banlieue) nous arrête. On le prend à bord. Dans le désert la solidarité est nécessaire – pensai-je – si on crève il nous aidera. Nous acceptons bien volontiers son invitation pour un thé au village. Au détour de la route on découvre l’oasis au pied de rochers énormes. Une rivière coule. Les palmiers se pressent dans la vallée. Un mirage ? La descente en virages serrés est impressionnante, la piste est cimentée. Si l’oasis est bien cachée elle n’en est pas moins fréquentée par les touristes. « Terrasse des délices » « bivouac des aigles » ont balisé la piste. De gros 4×4 immatriculés en Espagne bouchent le pont. Notre passager nous guide.
D’un pas alerte, je traverse l’oued derrière lui sur un gué jusqu’à une maison grise qui ne paie pas de mine. Il me montre dans le couloir le moulin à grain actionné à la main ainsi que trois fours pour le pain ou les braises pour les tagines.
Il m’abandonne dans une grande pièce éclairée par un puits de lumière où 4 colonnes délimitent un espace carré sur une estrade de terre. Autour tout est tapissé de tapis, coussins et banquettes. Deux tables rondes accueillent les hôtes ou la famille. Aux murs quelques photos sont encadrées. Il y a même Nicolas Hulot en compagnie du grand père en burnous orange. Dans la voiture, le jeune homme nous a raconté qu’il a travaillé sur le tournage d’Astérix et avec Jamel Debouze. Le frère arrive, casquette dans le bon sens avec la bouilloire, la théière et un panier de raphia au couvercle pointu ressemblant à celui du plat à tagine. L’homme à la casquette à l‘envers apporte une coupelle de dattes fraîches, des cacahouètes, une femme en voile rose apporte du pain très fin comme une crêpe à tremper dans l’huile d’argan. Pendant que l’eau bout on bavarde ; l’oasis compte 2000 habitants tous berbères qui vivent de l’agriculture, du tourisme et un peu du cinéma. La dame apporte un gros bouquet de menthe du jardin. Du panier, l’homme sort un cône de sucre et un marteau. Je croyais que c’était un usage passé réservé aux musées. Cela m’émerveille. La théière remplace la bouilloire sur le réchaud au sommet de la grosse bouteille de gaz. Transfert savant dans les verres retour à la théière, Nous partageons le thé tous les 4. Au Sénégal, 3 verres éaient de rigueur. Malheureusement je ne peux pas m’attarder.
Le cône de sucre pour le thé
Se promener seule dans la palmeraie est difficile. Les touristes sont accompagnés. Je m’y hasarde mais je cherche longtemps un passage, les jardins sont enclos derrière des palissades de palmes tressées. Les champs sont en terrasse. J’arrive au bout de la plus haute sans trouver l’accès au niveau du dessous. En ce moment il y a un peu de luzerne (moins qu’à Agdz) mais surtout des légumes : carottes, navets, fèves ; les pois n’ont que quelques centimètres de haut et de fin brins vert tendre donneront peut être des céréales. Toutes els cultures se font à l’ombre des palmiers. Au dessus des rigoles la bigne s’étale en formant des tonnelles. Figuiers et grenadiers ont perdu leurs feuilles. L’eau coule en abondance. Il a plu la semaine dernière mais l’oued n’a pas débordé, s’est plaint l’homme à la casquette à l’envers. Au bord de la rivière, les femmes font la lessive dans des cuvettes métalliques qui ressemblent au fond de gros bidons avec des planches de bois dentelées. Comment laver tant de linge dans si peu d’eau ? Je repense au film Tinghir-Jérusalem. Tandis que les hommes avaient la nostalgie du village les femmes se félicitaient des machines à laver israéliennes. Dans la palmeraie de nombreux oiseaux chantent et volent ; on croise un grand héron cendré. On croise un berger et son troupeau, quelques moutons et chèvres qui reviennent de la montagne.
Le retour est plus facile ; Je remarque des vergers irrigués en goutte à goutte, rangées d’oliviers et d’agrumes ; irrigation permise par e barrage tout proche ; je suis perplexe. Ce barrage est le coupable qui assèche la palmeraie du Draa. Ouarzazate se livre sous nos yeux dans un écrin de verdure. On a planté des pins, des eucalyptus et nous longeons une pépinière forestière.
Pour dîner tagine aux pruneaux et abricot. L’agneau est délicieux. C’est excellent.