La Fin de l’homme rouge ou LE TEMPS DU DÉSENCHANTEMENT
Sur la couverture, l’homme rouge est une femme brandissant d’une main, le drapeau rouge avec la faucille et le marteau, et, de l’autre, un bouquet – rouge – bien sûr!
Le Désenchantement est double: désenchantement de la grande utopie communiste avec pour corollaire le goulag et le militarisme. Désenchantement de ceux qui ont cru au libéralisme, manifesté en 1991 au nom de la Liberté et ont perdu dans les privatisations les maigres économies, ils sont restés sur le bord de la route tandis que d’autres s’enrichissait de manière insolente.
L’Homo sovieticus, était programmé pour la construction du socialisme dans la grande Union Soviétique allant de la Baltique à Vladivostok, cimentée par un patriotisme indéfectible…. Il vivait à la fois dans la croyance que l’homme est bon, et que tout travailleur est respectable, et dans la crainte des dénonciations, étouffant les conversations dans les cuisines. Après 1991, il devient inadapté au capitalisme sauvage, aux privatisations, à l’enrichissement effréné et à la concurrence.
La liberté, est-ce plus de saucisson? des jeans dans les magasins?
vu au musée de Talinn
A travers une vingtaine de témoignages, de destins individuels et singuliers, on découvre une galerie personnages, du paysan qui se suicide en s’arrosant d’acétone, du héros de la guerre, de la fillette née au goulag, au maréchal de l’armée, du jeune juif donné pour mort dans la forêt près de Minsk qui rejoint les partisans et y est fort mal accueilli, du couple de Roméo et Juliette – arméniens et azerbaïdjanais – des Tadjiks, autrefois soviétiques, maintenant esclaves caucasiens soumis aux pogroms…. la mort d’une milicienne en Tchétchénie….
Il est beaucoup question d’amour, de solidarités familiales, de religion, de suicide et d’alcoolisme aussi. Une réalité complexe.
J’ai beaucoup aimé ce livre, j’en sors émue, mais perplexe : ne sachant que penser des deux réalités, la soviétique d’avant Eltsine, la Russie capitaliste de Poutine.
« Dans les écoles soviétiques, on nous enseignait que l’homme est foncièrement bon. Qu’il est magnifique. Aujourd’hui encore ma mère croit que ce sont les circonstances horribles qui nous rendent horribles. Mais que l’homme est bon. Mais ce n’est pas vrai…Non ce n’est pas vrai! Toute sa vie, l’homme est ballotté entre le bien et le mal.[….]Bon, on a farfouillé dans l’Histoire…des milliers de révélations, des tonnes de vérité. Le passé pour les uns, c’est une malle rempli de chair humaine et un tonneau plein de sang. Pour les autres, une grande époque…. »
Angkor, Naissance d’un mythe, Louis Delaporte et le Cambodge
Mystérieux site redécouvert enfoui ans la jungle par les Français au 19ème siècle, Angkor a inspiré autant les explorateurs que les écrivains, Malraux cumulant dans la Voie Royale le roman d’aventure, l’archéologie et l’exploration. Notre guide, Prun, nous avait parlé de Mouhot. Delaporte participant à la mission de Lagrée en 1866 puis dirigeant deux autres missions est présenté dans cette exposition comme le découvreur d’Angkor.
les tours à visages du Bayon
J’aime les récits de voyages et les expositions dédiées aux explorateurs, même si, de leur temps ils furent mêlés à l’aventure colonialiste, même si les méthodes scientifiques n’étaient pas aussi rigoureuses que celles des archéologues actuels. Delaporte était marin, comme Loti comme Yersin. Le premier objet que j’ai remarqué dans l’exposition est l’uniforme de Delaporte. Natif de Loches, en Touraine, il peint son pays natal en deux aquarelles. Les aquarelles d’Angkor Vat et du Bayon sont d’une grande poésie ainsi que ses carnets de voyages.
moulages des bas reliefs du Râmâyana à Angkor Vat
Dans ses missions, Delaporte était accompagné d’un très bon photographe. Ces épreuves anciennes m’ont impressionnées par la qualité des tirages aussi bien que de la précision des clichés que des matériaux employés. Il a rapporté des moulages de grande précision et magnifiques. Ces éléments décoratifs d’une grande finesse ont été depuis abimés aussi bine par l’érosion que les pilleurs ou les guerres, ce sont des témoignages inestimables pour les motifs disparus.
moulage des bas reliefs
Un autre pôle de l’exposition et de l’œuvre de Delaporte est la construction du Mythe d’Angkor dans un musée qui se tenait à Compiègne et dans la construction des différents pavillons des expositions Universelles et coloniales de Paris et de Marseille avec la présentation de cartes postales, articles de Presse, affiches, maquettes …
maquette
Bien sûr, en dehors de l’exposition,le Musée Guimet présente des trésors d’Angkor que je revois toujours avec plaisir
Les personnages sont célèbres, personnalités passionnantes et passionnées! Et je n’étais pas seule dans la queue pour l’exposition.
Chronologie oblige, on fait d’abord connaissance avec Diego Rivera en Europe au début du 20ème siècle – influence de Picasso – Diego Rivera cubiste, toujours figuratif et mexicain (Paysage zappatiste). Le magnifique tableau de Tolède me fait penser à Martiros Saryan vu à Erevan.
Une petite salle présente des dessins et de magnifiques photos. Je regrette que dans la revue de Connaissance des Arts que j’ai achetée ne figure pas celle où Frida Kalho de profil se regarde de face dans un miroir – ma préférée!
Dans la grande salle, les œuvres des deux artistes sont accrochées, encadrées par les reproductions des fresques monumentales. On passe de l’un à l’autre à plusieurs reprises. C’est sans doute cela : l’Art en Fusion, artistes complémentaires mais différents. Monumental, serein, politique pour Diego. Intimiste, souffrant, pour Frida. Frida en madone hiératique mais stérile, ou en Saint Sébastien percée de clous à la colonne brisée, presque surréaliste, Peinture presque naïve évoquant les ex-votos…
Mention spéciale pour l’audio-guide qui est vraiment très intéressant!
A la librairie de l’exposition plusieurs biographies de Frida Kalho sont disponibles . Laquelle choisir?
L’idéal aurait été de visiter la citadelle de Blaye et Fort Médoc dans la journée, il n’aurait manqué que le Fort Pâté sur une île au milieu de la Gironde, pour voir l’ensemble du Verrou imaginé par Vauban pour garantir la sécurité de Bordeaux.
Le Fort Médoc, n’ouvre qu’à 11h au mois d’octobre. Après avoir patienté derrière un troupeau de moutons qui occupait toute la route tandis que leur berger les suivait en voiture, nous arrivons au dernier moment à Lamarque pour le bac de Blaye. Je vérifie les horaires de retour : 17h seulement. Si on va à Blaye nous ne visiterons pas Fort Médoc. Le choix est vite fait : le passage coute 13.90€ l’aller donc près de 28€ pour ne voir qu’un seul site. Faire le détour par la route ? Le GPS indique 182km. Nous nous contenterons du Fort.
la Porte Royale
Le fort est précédé par des canaux, sortes de douves, où patauge une famille de canards. Ce n’est qu’après avoir lu la documentation que je comprends qu’il s’agit d’un dispositif défensif de demi-lunes imaginée par Vauban. La Porte Royale est magnifique : le fronton est soutenu par des atlantes portant des armes, dans le triangle, le Roi-Soleil. On devine les chicanes, la herse a disparu mais la belle porte à croisillons est là. A l’étage, les pièces sont aménagées en expositions. Des panneaux détaillent le dispositif du Verrou sur la Gironde, montrent les autres fortifications de Vauban et présentent l’architecte qui ne se réduit pas à un stratège qui a fortifié la France de Louis XIV mais aussi un humaniste qui a protesté contre les persécutions des protestants et qui a étudié l’économie des statistiques s’attachant au sort des paysans et restant près des soldats qui ont construit ses forteresses.
le roi-Soleil
Un peu plus loin, une charmante construction de pierre qui ressemble à une maisonnette est la citerne où les eaux de pluies étaient collectées des toits des casernements tout proches par un système de gouttières. Le puits fournissait de l’eau saumâtre et il fallait aller loin pour chercher l’eau douce. Ces casernes ont disparu, elles sont servi de carrière de pierre entre les deux guerres mondiales, les derniers soldats ayant quitté le fort après 1918.Classé Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO, le fort est en restauration.
la citerne
Il reste donc quelques pièces : la boulangerie et des fours, l’infirmerie qui lui est symétrique dans le bâtiment nord. L’élégant corps de garde avec ses arcades et son perron précédé de marches est en restauration, nous le dépassons pour arriver près de la Gironde d’où l’on voit la Citadelle de Blaye mais pas le fort Pâté dissimulé dans la verdure. Une écluse régule les fossés inondables selon la marée.
poudrière
La poudrière est bien conservée. C’était un bâtiment très solide : la poudre continue dans des barriques de bois devait être protégée, de l’humidité par un parquet de chêne, mais surtout de bombardements ennemis ou de d’étincelles accidentelle>. Les murs épais de 2 m étaient éloignés des murs d’enceinte.
C’était une promenade très tranquille sous le beau temps, bien commentée par des bornes détaillées, de petites brochures.
Pour déjeuner nous cherchons un petit port sur la Gironde derrière le Château Margaux. Un banc au soleil, la vue sur l’estuaire. Un pêcheur remonte son épuisette d’un ponton métallique, il pêche la crevette blanche tandis que son chien surveille la voiture.
Château Margaux
Puisque nous passons devant le Château Margaux, nous y faisons un arrêt photo. Fronton classique, 3 étages et de larges baies vitrées. Les chais aux murs jaunes sont impressionnants.
Retour à Cantenac pour acheter une bouteille qui sera un cadeau de prestige, 38€ pour un 2008, le coffret en bois est offert.
A la sortie de Pauillac dans le port, on voit débarquer en pièces détaillée un Airbus venant de Hambourg, en route pour Toulouse
Airbus
Dernière visite de la journée : les Noisettines du Médoc à Blaignan, non loin de Lesparre. L’accueil est très chaleureux mais nous n’aurons pas de visite de la fabrication comme nous le pensions. Dégustation de noisettines qui sont des pralines un peu spéciale : un cœur de noisette enrobées de chocolat, c’est fin, excellent mais pas surprenant. En revanche la surprise est la crème de noisettine, une sorte de Nutela de luxe, fine, délicieuse. Nous achetons aussi du « thé » aux aiguilles de pin, bruyère, fleur d’acacia et ?
Coucher de soleil sur notre plage du Pin Sec. La mer a laissé une sorte d’émulsion brune, de la vase ou du pétrole ?
La chasse à courre part derrière la maison. Nous assistons aux préparatifs, descente des chevaux les têtes des chiens ressortent par les ouvertures du camion. Certains chasseurs arborent des tenues chics, un homme et une femme ont des cors. Discours des organisateurs. On n’attendra pas les sonneries. Sur la route, juste avant Saint Isidore j’ai la chance d’apercevoir un énorme sanglier noir, très poilu qui passait par là au petit trot sous les grands pins.
Premier arrêt à Saint Estèphe, bourg endormi aux maisons tassées autour de l’église qui dépasse du vignoble. L’église est en réfection entourée d’échafaudages, la place est vide, on ne rencontre pas âme qui vive !
château dans le vignoble de Saint Estèphe
Pauillac est une petite ville allongée sur les quais de la Gironde avec de belles maisons blanches de pierre de taille parfois finement sculptée. A l’Office de Tourisme qui s’appelle aussi Maison du Vin, nous obtenons un rendez vous pour la visite d’un Château (réservation payante 3€95) et un plan pour une visite de Pauillac. Le plan paraît très bien fait, nous aimons ce genre de jeu de piste. Les curiosités de Pauillac sont bien décevantes : un balcon en ferronnerie datant de 1791, « on bâtissait même pendant la Révolution », une église 19ème grande et laide à souhait, un cadran solaire en terre cuite… on finit par se lasser.
châtaeu de conte de fées, très très symétrique!
Barge, présenté par l’employé de l’Office de Tourisme comme un « village traditionnel ». Plutôt chic, restaurant de luxe, boutique idem, et de nombreux châteaux pour du vin grand cru ! Finalement, ce n’est pas si artificiel en Médoc. Les châteaux et leurs vignes affichent une richesse étonnante. Certains villages en possèdent trois, quatre, cinq ou plus. Les fins panneaux rouges qui les signalent se superposent à chaque carrefour. On nous a fourni une carte du vignoble et nous ne savons plus où donner de la tête. Tourelles rondes avec poivrière pointue, tour carrée, frontons classiques ou chaux massif couvert de hauts toits d’ardoise….Certains sont gardés par une grille impressionnante. D’autres, ouverts sur la campagne, sont précédés par une longue allée blanche. Parterres fleuris de cosmos, topiaires, pins parasols….un air de Versailles ou de Toscane…c’est selon. Le nec plus ultra, comme à Beychevelle c’est la perspective qui s’ouvre sur la Gironde qu’on devine de la terrasse ornée de statues de marbre.
Beychevelle, le « Versailles » du Médoc
Nous avons rendez-vous à 14h à Cantenac, dans la région de Margaux, au château Desmirail.
L’entrée du château Desmirail
Vu de l’extérieur, ce n’est pas un des plus beaux. Une grille s’ouvre entre deux colonnes de marbre rouge, impressionnantes. Les chais du 19ème siècle, briques et pierre, sont de grande taille et cachent la petite chartreuse de pierre blanche au fronton triangulaire où deux sphinges gardent le vaste perron. Ici, on nomme chartreuse un bâtiment de plein pied où toutes les pièces en enfilades sont accessibles aussi de l’extérieur. Arrivent pour 14h, d’autres voitures, un minibus apporte des touristes turcs qui suivront une visite en anglais, deux couples de Toulouse qui ont l’air d’être très connaisseurs.
élégante chartreuse
Notre guide, nous raconte d’abord l’histoire du château remontant au 18ème siècle, nous présente la famille des propriétaires actuels, photographiés sur le mur face au comptoir. Il nous explique que le vin est classé Grand cru depuis 1855, comme tous les vins de Bordeaux, initiative de Napoléon III à l’occasion d’une Exposition Universelle. Ce classement est immuable. Ce qui fait autorité, et le prix du vin, c’est plutôt la critique des journalistes et des experts qui viennent goûter au mois de mars chaque année et qui peuvent faire et défaire des réputations.
Il nous parle du terroir, du sol, des terrasses alluviales, très drainantes…de la vendange cette année, de la vigilance qu’il faut avoir pour choisir le meilleur moment pour vendanger ; Avec le printemps pluvieux, et l’été tardif, les grains sont restés de petite taille. On a donc retardé le moment pour qu’ils gagnent encore un peu de soleil. Mais un orage aurait été fatal et aurait fait éclater les grains. C’est donc un pari que de d’attendre. Certains raconte-t-il, on dû récolter la nuit.
Les chais ont un étage, on monte donc dans une vaste pièce sous une magnifique charpente de châtaignier qui a un plancher à clairevoie, découpé de larges cercles correspondant aux cuves. Pour la fermentation alcoolique une température précise est exigée : à moins de 28°, il ne se passe rien, au dessus de 30 les levures meurent . Un système de chauffage intégré aux cuves métalliques et des serpentins pour les cuves en bois va garantir cette température idéale. Les cuves en bois sont magnifiques, elles sont là plutôt pour le plaisir des yeux, le vin n’y reste pas assez longtemps pour être influencé par le contenant. Après la fermentation alcoolique, une autre fermentation lactique (avec des bactéries différentes) va transformer le vin. Je suis la seule ignorante de la visite, mes compagnons connaissent tous les processus de fabrication. Ils vont donc poser des questions très pointue, employant le vocabulaire adéquat. Dans mon ignorance, j’écoute et n’ose pas retarder le groupe par des questions inappropriées. Le Margaux est un vin rouge mais on procède à une « saignée » pendant la vinification : si le volume de liquide est trop important, on va retirer de la cuve une certaine quantité qui deviendra du rosé. On visite aussi le chais où le vin vieillit dans de belles barriques de chênes fabriquées exprès pour la propriété. Pour le grand cru, les barriques seront toujours neuves, elles pourront resservir pour le second vin, ou être vendues à d’autres vignerons ou passer la Gironde pour la distillation…Le guide explique la délicate alchimie qui présidera aux mariages des différents vins du domaine, du Merlot ou du Cabernet-sauvignon…
Le guide parle aussi de la commercialisation : le marché chinois est leur principal client. Mais les Chinois ne sont pas encore connaisseurs, ils achètent plus le prestige et l’étiquette que le goût du vin. Sacrilège, ils ont même imaginé des « bains »dans du vin classé : remplir une baignoire de Château Margaux apparait comme une hérésie à mes compagnons, le prix monte vertigineusement si bine que les réels amateurs ne peuvent pas se l’offrir. Les Américains sont de très bons clients, ils ont appris à apprécier le vin, les Japonais aussi. Selon le guide, le marché russe est impossible.
Je m’esquive avant la dégustation, m’excusant : « ce n’est pas que je n’aime pas le vin, lui, ne m’aime pas ! ». Je suis toute excusée, il existe de rares allergies….
château Kirwan
Juste derrière, à quelques pas se trouve une merveille : les jardins du Château Kirwan et le très joli château. Un petit canal avec de l’eau courante, des massifs et bosquets, un petit terre plein avec des bancs sous des chênes anciens, un magnolia dans la cour des communs, une serre avec des melons et des agrumes… nous nous promenons dans une parfaite tranquillité.
château Palmer
Sur la route du retour, sous un timide soleil mais une belle lumière, nous faisons des photos de tous els châteaux sur notre route. Le château Palmer avec ses tourelles et ses topiaires, le grand château de Beychevelle, le grand château Lagrange sur la route de Saint Laurent Médoc.
Vers 17h, le ciel s’est grisé, il fait presque nuit dans ce premier jour à l’heure d’hiver. Il est temps de rentrer en espérant que la chasse s’est terminée depuis longtemps
Nous atteignons directement la Pointe de Graves, et nous arrêtons au débarcadère du bac pour Royan. De l’autre côté de la route, il y a toute une série de guinguettes et restaurants simples alignés. En été, à midi, cela doit être très animé. A l’arrière se dresse la tour carrée du petit phare abritant un Musée de la Mer, fermé en cette saison. On contourne un fort militaire ancien caché dans la verdure pour arriver à une grande marina : Port Médoc. Belle vue sur l’estuaire de la Gironde. Sous une barre de nuages gris on voit bien Royan et Saint Georges de Didonne. L’église de Royan, vue de loin est belle, de près le béton brut choque un peu.
La pointe est prolongée par une digue. A l’arrière de ce brise-lame l’océan est très calme. Une très belle plage de sable sauvage s’étend vers Soulac qu’on peut rejoindre par le GR8, la piste cyclable et même en saison par un petit train touristique.
villa Colette
A Soulac, nous reprenons le circuit des villas anciennes Rue Thiers , là où nous l’avions laissé la semaine dernière et avons toujours autant de plaisir à jouer à ce jeu de piste, à chercher les gâbles gothiques, les lambrequins peints, les plaques émaillées Art Déco. Les villas les plus anciennes datent de 1890 et sont en brique et pierre de taille. Les mimosas portent des promesses de belles floraisons.
plaque Art Déco
Nous rentrons tôt au gîte et je renouvelle mon arpentage de la plage à la limite de l’eau sous le soleil.
La fin de l’après midi est magnifique et nous profitons bien du calme de notre maison forestière, installées sur le banc à côté de la porte. Maintenant que les voisins sont partis les oiseaux nous paraissent plus nombreux, tout le terrain est à nous….Un cri nous surprend, est-ce un chien perdu qui hurle, ou le chien du gardien laissé seul dans son chenil qui appelle son maître, ou peut être le brame du cerf ? Peu après toute une sonnaille résonne dans l’enclos attenant au gîte. Des dizaines de chiens portant clochettes tournent autour des camionnettes, jappent, se reniflent mutuellement. On fait un film de ces chiens de chasse ; Sur l’un des camionnettes on lit Bleu de Gascogne,. Les chiens sont sympathiques, ils ont l’air heureux. Nous filmons. De côté je découvre les dépouilles de trois grands cerfs, cela nous refroidit complètement et nous retournons à notre banc attendant que les chasseurs montent dans les 4×4 et nous laissent le calme de la forêt. Ce n’est pas pour tout de suite ! C’est l’heure des discours dûment applaudis, deux voitures commencent à partir. Malheureusement elles reviennent illico, un nouveau cerf avec des bois magnifiques couché sur une remorque. Âmes les sensibles s’abstenir, ils ont fait monter les chiens dans les voitures avant la curée. Nous nous enfermons dans la maison malgré le soleil de cette magnifique soirée pour ne rien entendre du partage des dépouilles.
le retour de la chasse
Notre petite maison dans la forêt a perdu une bonne partie de son charme.
En ouvrant la porte, nous découvrons un bel arc en ciel et quelques gouttes de pluie.
Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin, surtout avec une pèlerine en plastique vert sur le chemin desaint Jacques de Compostelle, partant de Soulac que je trouve près de Hourtin, à Péqueyrôt. Le GR8 n’est pas balisé à la manière habituelle avec les traits blanc et rouge, mais avec des piquets à la pointe jaune ou bleue, portant un carré avec la coquille et des rayons jaunes, symbolisant le pèlerinage. Comme c’est plus difficile de planter un piquet, il y en a très peu. Mais ils sont judicieusement placés chaque fois que la direction n’est pas évidente.
Le premier tronçon se confond avec une jolie piste cyclable, à moitié cachée par les aiguilles de pin, qui s’insinue dans la forêt à quelques pas du lac. Après 2km, le sentier se sépare de la piste et ondule dans les dunes, surplombant le lac d’assez haut. Le sol sableux garde de multiples traces de sabots de toutes tailles. A un carrefour des champignons ont percé le chemin et étalent de larges chapeaux. Dans la moiteur et la chaleur anormale de cet été indien, les champignons pullulent. Il y e a des centaines de petits jaunes qui viennent tout juste de sortir. J’en photographie de plus gros. Des girolles ? Je ne sais pas faire la différence entre les comestibles et les fausses girolles qui sont mauvaises. Dans le doute, s’abstenir. Les lichens forment d’épaisses éponges grises et blanches qui recouvrent tout le sol sous les grands pins. Souvenir fugace de Lituanie où j’ai marché dans des paysages analogues, associé à une cueillette miraculeuse de champignons.
Un panneau annonce 46 biotopes différents, 46 c’est vraiment beaucoup ! Je n’avais pas imaginé des paysages si variés sur ces dunes coincées entre océan et lac, plantées de pins mais portant aussi des chênes. Dune blanche, où les oyats retiennent le sable nu ; dune grise embaumant les immortelles jaunes encore en fleurs, landes de genets et d’ajoncs, haute futaie au parterre de mousses et lichens, chênaies, zones de coupes fraîches où ne subsistent que les souches tandis que les genêts et les arbousiers profitent de l’espace mis à leur disposition pour croître démesurément, y compris sur le sentier qui disparait. Le sol est fouillé, les mousses retournées. Par qui ? Les animaux, les forestiers ou les gros 4×4 des chasseurs qui ont labouré le sentier, creusant des ornières dans le sable sec dans lesquelles je peine à avancer.
Un peu après la moitié du trajet, près de la Gracieuse, j’avise une piste cycliste étroite, très dégradée, interdite aux bicyclettes, réservée aux piétons et VTT, qui forme un étroit ruban de 50cm de large de ciment. La piste longe le GR8. Je peux surveiller les poteaux qui balisent le sentier tout en marchant sur le dur au lieu de m’enfoncer dans le sable. J’ai perdu du temps dans la dune, j’ai été plus lente que prévu. Au lieu de mettre 3 heures, et d’arriver à 13h j’ai 20minutes de retard. Alors que j’avais enlevé ma cape, la pluie recommence de plus belle. Je grappille les baies des arbousiers. Quand elles sont très rouges et mûres, elles sont fondantes et rafraîchissantes. La fin du parcours est facile, sur la piste longeant le lac.
J’arrive à un village de vacances à Bombannes. J’ai rendez-vous à l’UCPA. Ce que nous n‘avions pas prévu, c’est le gigantisme du site: rugby, tir à l’arc, tennis, accro-branches, sports nautiques, pédalos….Il nous faudra presque trois quart d’heures et des dizaines de coups de téléphone avant de nous retrouver. Paradis des vacances familiales ou adolescentes, cette démesure surprend. D’autant plus qu’en Octobre c’est vide – ou presque – sur le lac des planches à voiles glissent de concert. Un premier groupe d’adolescents pédale sur la piste cycliste alors que nous finissons notre déjeuner. Un deuxième apparaîtra tout à fait à-propos quand nous nous apercevons que la voiture est ensablée. Tout le monde pousse et la voiture bleue recule !
Retour par la route des phares, de Carcans-plage au Pin Sec. Parcours très agréable réservé l’été aux cyclistes mais ouvert en octobre aux automobiles. Le soleil n’aura fait que de brèves apparitions, c’est plus triste que les autres jours. Pour se consoler on ramasse du petit bois pour faire du feu dans la cheminée.
La météo nous a promis une journée ensoleillée avant l’arrivée d’une perturbation, nous décidons de profiter du beau temps à la mer.
De la plage du Pin Sec à Montalivet, j’évalue une bonne douzaine de kilomètres sur la plage (les deux cartes 1/25.000ème se raccordent mal) le compte est très approximatif. Partie à 9h45, j’arriverai à 12h30, soit un peu moins de 4 heures d’un bon pas. Pieds nus dans le sable, ma moyenné st plutôt de 4km/h que de 5. Pleine mer à 8h48, mais faible coefficient, je marche à la limite de l’eau. Je compte les rouleaux, 3 ou 4 beaucoup moins puissants qu’hier soir.
Du côté de la dune, viennent les échos d’une chasse et quelques coups de fusil. La plage est étonnamment propre, de temps en temps du bois flotté et quelques morceaux de plastique mais beaucoup moins que d’habitude en cette arrière saison. Cette longue marche prête à la méditation. Je pense à toutes les plages que j’ai parcourues, de la Courlande, le long de la Baltique, au Golfe de Guinée.
Je pense surtout au livre que je suis en train de lire : la Mandoline du Capitaine Corelli de Louis deBernières. La couverture où un couple s’embrasse sur un ponton laisse supposer un roman à l’eau de roses. Ce n’est pas le cas. C’est un livre de guerre. Roman historique ; C’est le livre de Céphalonie. La guerre des Italiens en Grèce est racontée par Carlo, l’omosessuale, soldat par amour des hommes, héros pour la même raison mais très critique de la guerre. Guerre en Albanie et dans les montagnes de l’Epire, puis occupation de Céphalonie, conjointement avec les Allemands. Romans d’amour aussi, amours adolescentes de Pelagia, la fille du médecin Yannis, et du pêcheur Mandras, puis amours entre Pélagia et le Capitaine Corelli, l’officier italien qui est logé chez eux. Il y a du Silence de la mer dans ce livre. Il raconte aussi le massacre des italiens par les nazis, puis les atrocités commises par l’ELAS, l’armée des partisans communistes.
Je ne sais que penser de ce roman historique. Il faut être très gonflé pour faire parler (grossièrement Mussolini et Metaxas) . Les protagonistes, Pelagia, le docteur Yannis, sont des personnages inventés, mais quid des officiers italiens et allemands ? Les atrocités des Allemands et celles des communistes sont elles documentées ? Je regrette très fort de ne plus pouvoir demander à JEA. Je suis sûre que ses commentaires m’auraient aidée à m’y retrouver dans la vérité historique.
Un arbre énorme déraciné, un chêne, il me semble, git au milieu de la plage. Comment est-il arrivé là ?
Les blockhaus du Mur de l’Atlantique, déchaussés sont maintenant sur le sable mouillé, . Les grapheurs se sont régalés à les peindre. Sur l’un d’eux, une inscription en allemand choque un peu.Témoins de l’avancée de l’océan qui mange la plage. Il y a soixante dix ans ils étaient sûrement perchés sur le haut de la dune. Autre indice : la dune est attaquée jusqu’à l’intérieur ; Un banc rougeâtre gréseux – l’alios ? paléolsol ferrugineux – est léché par les marées, rouillé, dégoulinant, même aujourd’hui avec le coefficient de 60.
Je rencontre peu de promeneurs deux femmes puis deux hommes, les maris (?) équipés des longs bâtons de marche nordique et de chaussures de randonnée. Trois personnes marchent pied nus dans l’eau à ma rencontre. Comme je veux leur demander le temps parcouru jusqu’à Montalivet, je m’arrête, une vague me trempe le pantalon jusqu’aux genoux. Un couple d’allure nordique, suédoise, ou hollandais, en maillot de bain, ne m’adressent pas un bonjour. Une dame à l’accent belge me montre les diverses installations des campings :
–« Montalivet-village se trouve au niveau des brise-lames au loin, vous n’arriverez pas à 12h15 ! »
Devant la baraque d’un club de surfeurs, une table et des bancs nous fournissent une halte très confortable pour pique-niquer. Malheureusement le ciel s’est couvert, le vent souffle et les vagues ont forci. Il fait bien frais pour rester à la plage sans bouger. On rentre au gite.
Un timide soleil permet de rester lire dehors à l’abri de la maison.
A 15h je sors le vélo de la remise et découvre qu’il a deux plateaux et six vitesses ;. Je vais pouvoir grimper des côtes ! Je décide donc de retourner à Contaut par la piste qui part de la route des Phares et serpente dans la dune en passant par le Col du Château d’eau (34m). Cette altitude m’avait paru ridicule alors que je marchais. J’ai dû mal négocier les vitesses, je suis forcée de poser pied à terre dix mètres avant le panneau. C’est un peu humiliant. Il va falloir reprendre l’entrainement !
Du Pin sec à Bordeaux il n’y a que 78km, mais près d’une heure et demie sur des routes rectilignes et passablement ennuyeuses. Nous sommes donc parties assez tôt pour profiter d’une » longue » journée.
Arrivée vers 10h15, cours du XXX juillet où se trouve l’Office de Tourisme. On y vend pour 1€ un parcours piéton sur un très beau dépliant très détaillé, juste en face part un car rouge à impériale pour un tour de ville d’une heure (12€). Un petit train fait un parcours plus court.
La promenade nous mène d’abord à l’Esplanade des Quinconces annoncée comme la plus vaste place d’Europe, encombrée d’une fête foraine qui gâche un peu les perspectives. Le beau monument aux Girondins avec sa fontaine et ses statues n’est pas à son avantage. Je devine les colonnes rostrales sans pouvoir les photographier.
place de la bourse avec la fontaine des trois Gràces
Le car s’engage ensuite sur les quais de la Garonne. L’ensemble est splendide. Rien ne vient troubler l’harmonie: même hauteur de façades, des décors sculpté dans la belle pierre claire. Théâtrale, la Place de la Bourse avec sa fontaine aux Trois Grâces aujourd’hui curieusement affublées de sorte de tabliers de toile cirée rouge !
Une autre fontaine est étrange, colonne tronquée avec des tronçons bizarres.
De l’autre côté, c’est la modernité avec le joli tramway, la promenade très contemporaine avec ses massifs de lavandes, ses haies fleuries d’albizzias, ses bancs et ses dalles où se déplacent des jeunes en rollers, skates, jusqu’aux gendarmes sur des engins à deux roues trottinettes à moteur que je n’ai jamais vus ailleurs. Le clou de la création contemporaine est le miroir d’eau ce bassin très plat. Aujourd’hui un cinéaste tourne : les actrices en maillot et bonnet de bain font des cabrioles.
cinéma et danse sur le miroir d’eau
Le contraste entre les façades 18ème siècle et la promenade 12ème ne choque pas, au contraire l’ensemble architectural est mis en valeur. C’est une réussite parfaite. Plus loin, on nous montre un palais 19ème , château kitsch, trop décoré, pâtisserie un peu écœurante. Le car passe un pont moderne et passe devant le quartier de la Bastide, très aéré avec des entrepôts abandonnés et une caserne des pompiers sur pilotis de ciment, à la manière du Corbusier, peut être une réussite architecturale, en tout cas bien mal entretenue, la peinture rouge s’écaille.
Pour passer la Garonne on emprunte le pont de pierres qui est plutôt en briques roses avec 17 arches (comme les 17 lettres de Napoléon Bonaparte, dit le commentaire du car) il enjambe une Garonne café au lait qui tourbillonne près des piles. Du pont la vue est idéale sur le front du « port de la lune » on voit aussi les clochers pointus dépasser, comme pour nous dire que, derrière les façades, il y a une ville plus ancienne de petites rues ,où le car à impériale ne pourra pas s’engager, et qu’il faudra découvrir à pied.
la grosse cloche
Le circuit suit des cours courbes sur l’emplacement d’anciens remparts. Je remarque de nombreuses boutiques orientales. Arrêt devant la Grosse Cloche portée par une porte de la ville. Je me tors le cou pour voir le lion, la girouette. Puis ce sera la Cité judiciaire, voulue par Napoléon, les Musées et retour dans notre siècle dans le quartier de Mériadeck, quartier moderne très homogène, encore des références au Corbusier ( ?) Rien d’enthousiasmant, c’est compact, lourd, fonctionnel sûrement.
Une heure plus tard, nous avons appris beaucoup de choses sur Bordeaux que nous allons nous empresser d’oublier, j’espère me rappeler du nom de Tourny, l’Intendant, genre de préfet de louis XV qui a ordonné l’urbanisme de la ville, dessiné les allées pour les promenades à pieds et les cours où circulaient les carrosses.
Il fait un temps radieux, nous cherchons d’abord à nous ravitailler, pique-nique prévu sur les bords de la Garonne. Devant le théâtre, énorme avec ses douze colonnes aux chapiteaux corinthiens et ses 12 statues, 9 muses et 3 déesses, nous achetons une salade à la Brioche dorée. De nombreux jeunes mangent leur sandwich sur les marches du théâtre. Sur la place il y a une statue monumentale, une tête en fonte, à ‘expression énigmatique de Jaume Plensa, Sanna. Un écriteau nous apprend que le sculpteur a réalisé d’autres statues monumentales pour Bordeaux ; J’aurais bien aimé les voir.
L’église Notre Dame, à proximité du Grand Théâtre, est le seul monument que je visite dans le circuit pédestre, sa façade très décorée, trop est baroque. C’est une église dominicaine très kitch à l’intérieur, les chapelles sont peintes à fresques, mais fresques 19ème que je ne prise guère ; l’une d’elle avec Notre Dame des Roses de Lima pleine de roses est particulièrement réussie.
sur la façade de l’église Notre-Dame
A peine avons-nous trouvé un banc devant le fleuve que le ciel se charge de nuages menaçants. J’aurai juste le temps de finir la salade que les premières gouttes tombent. Nous aurions dû prendre l’averse plus au sérieux, le temps de traverser la voie nous sommes complètement trempées. Un seul éclair, un seul coup de tonnerre, très violent. Il tombe un déluge incroyable. Il ne nous reste plus qu’à prendre la voiture et rentrer se changer au gite. Tant de route pour si peu de temps en ville !
Au retour il fait un beau soleil qui nous nargue. Nous décidons de terminer l’après midi au bord de l’océan. La marée monte, 5 ou 6 rangs de rouleaux puissants se déchaînent dans un déploiement d’embruns, de mousse écumeuse qui roule sur la plage.
Pour accompagner le rôti de porc du charcutier de Hourtin nous avons décidé de cuire le potimarron acheté hier à Vertheuil. La voisine du gîte mitoyen nous donne la recette.
Couper le potimarron sans l’éplucher en dés.
Faire revenir un oignon, ajouter les dés de potimarron puis recouvrir d’eau. On peut mettre du bouillon cube. Nous n’en avons pas mis mais nous avons ajouté une branche de sarriette et 3 feuilles de laurier.
Laisser mijoter une demi-heure et mixer. On peut mettre de la crème fraiche. Selon la quantité d’eau on aura unvelouté ou une purée. Nous sommes tellement fières du résultat qu’on en a apporté une tasse à la voisine qui s’est bien régalée.