Kovachevitsa – Melnik

CARNET BULGARE

Lauzes et cheminées


Zakuska à la taverne : plateau de fromages, yaourt et merveilleuses confitures aux fraises des bois et myrtille. J’interroge la serveuse sur la photo de la foule sur le pont : 3500 habitants turcs de Kovatchevitsa, en 1903 ont été exilés. La photo a été prise sur le pont métallique de Pazarjik sur la Maritsa. Il planait dans ce village un air d’absence, d’exil. C’est celui des turcs qui vivaient là. Pourtant dans le village voisin, il y a une belle mosquée, les femmes portent foulard et pantalon bouffant. Pourquoi ce village a-t-il été vidé et pas l’autre ? Peut être ne sont –ils pas turcs mais bulgares musulmans ?

Aux abords de Gotse Devhev nous passons devant le site de Nicopolis ad Nestum, il n’est pas étendu. Il reste une colonnade et les fondations de quelques bâtiments.

La vallée est cultivée soigneusement : maïs, cornichons, vigne. Des panneaux géants font la réclame du Uva Nestum (vin). Nous traversons Gotse Dechev sans vraiment nous en apercevoir. La route s’élève en lacets à l’assaut du Pirin. La chaussée vient d’être refaite, traversant une forêt de pins j’observe l’arénisation du granite. De grosses boules de granite sont au milieu du sable clair et menacent de tomber.

Le col est marqué par une statue géante d’un moustachu marital, un fusil à la main. Des gerbes de fleurs se fanent sur le socle. Est-ce Popov ? Des bungalows et des hôtels sont dispersés dans les pins. La descente sur l’autre versant est interminable. J’observe des affleurements d’une roche très blanche très lisse comme du marbre.

Balkania nous a fourni une carte avec l’itinéraire passant par la montagne et le village de Pirinà 2km de la route principale. C’est un beau village. Ici aussi les granges de plantes disjointes sont alignées à l’entrée du village ou perchées au dessus des maisons tandis que ces dernière crépies de blanc, toit rouge s’entassent dans la vallée. Sur la place 8 hommes sont alignés sur un banc. Je leur demande le chemin de Katchina. Ils nous font signe de retourner d’où nous venons. Pourtant la route figure sur la carte routière. L’épicière sort. Elle ne parle que le Bulgare mais elle est plus dégourdie que la collection de pépères qui fument sur la place.

–          « Katchina ! Ce n’est pas pour la voiture ! » Elle me montre la piste poussiéreuse. « C’est pour aller à pied ! Karta ? »

Je vais à la voiture la chercher.  Elle me dicte l’itinéraire :

–          « Katuntsi – Melnik »

pyramides de Melnik

On reprend la route neuve. Nous avons pris trop de mauvais chemins. Le GPS reprend du service et nous conduit dans des villages vinicoles. Des « châteaux » tout neufs s’élèvent dans les vignes.  L’un d’eux s’appelle Vinograd. On passe Melnik sans le voir. A l’arrivée à Rojen, nous découvrons les pyramides : figure d’érosion dans la falaise gréseuse – grès ou sable consolidé – jaune dans l’ensemble. L’observation plus fine montre des bancs plus blancs. Ces pyramides sont des sortes de cheminées de fées sauf que les cheminées de fées des moraines des Alpes sont un chapeau fait d’un bloc bien visible alors que dans le cas présent les pyramides sont surmontées de végétation, arbres et buissons. Les arbres avec leurs racines protègent une surface bien supérieure à celle du rocher des colonnes coiffées.

Kovatchevitsa

CARNET BULGARE

 

Kovachevitsa bois et lauzes

Letchen, au contraire, est ravissant, belles maisons de Pierre et bois, jardins, lauzes mais un air « touristique » un peu artificiel. Des panneaux marrons, des cartes expliquent l’action de deux associations ayant pour but de revitaliser les villages et de favoriser l’écotourisme. L’une d’elle est basée à Debnitza (Haw) parraine la fabrication de tambours et de sandales en cuir. A Garmen, on rassemble des archives du folklore. Des contacts par emails sont proposés pour l’organisation de randonnées ou d’activité culturelles. Des parcours « eco-trail » ont été balisés pour les randonneurs. Ce qui est original c’est l’action transfrontalière avec la Macédoine (Fyrom)

Kovatchevitsa

Kovatchevitsa

Signalé comme site touristique depuis la grande route, Kovatchevitsa n’est pas un village-musée envahie par les marchands. Seules, deux gitanes vendent des kilims à l’entrée de la rue principale. Au village, la Galerie vend des photos artistiques des tableaux et un joli artisanat. Une pancarte annonce un hôtel, j’ai découvert un autre B&B, en plus de nos chambres d’hôtes. Nous devons présenter nos vouchers à la taverne. Les trois fils et le mari se lèvent pour porter nos valises. Nous voudrions garer la voiture devant la porte. Un « non » ferme m’est opposé. je plaide : mon amie  a mal au genou. Ils cèdent mais c’est le mari qui prendra le volant pour conduire la Berlingo dans les ruelles tortueuses, mal pavées et étroites. Il n’y a pas de place pour les voitures à Kovatchevitsa. Si on insiste c’est une catastrophe. On a trouvé une place au coin de la rue tout près de la fontaine où tout le quartier se réunit pour bavarder. La grosse voiture rouge fait mal dans le tableau !

notre gîtte à Kovatchevitsa

Kovatchevitsa est un gros village où le ciment n’a pas encore empâté les maisons. L’habitat est homogène : grosses maisons de pierre, balcons de bois et toits de lauzes. Elles sont énormes, massives. Selon la topographie, elles sont construites sur deux, trois,  parfois quatre niveaux. Les plus basiques ont un rez de chaussée de pierre et un étage avec une galerie de bois sous un toit à quatre pentes. A partir de ce plan de base, de nombreuses variations  existent. Notre maison a deux galeries superposées qui occupent tout le devant. Souvent le balcon fait un angle, les trois autres côtés sont crépis de blanc avec de petites fenêtres. Il y a aussi la solution du toit à deux pans avec un grenier fermé de planches de bois. Pour d’autres, c’est le socle aveugle qui est très haut, l’équivalent de deux étages, occupé par un magasin ? Une grange ? Une étable ? Les cheminées de pierre ressemblent à de petites maisons avec un socle maçonné sur lequel quatre ou six pierres verticales soutiennent un toit à deux pentes avec un fronton triangulaire, d’autres sont plus simples sans fronton, une seule dalle coiffe quatre pierres dressées. Les maisons se blottissent les unes contre les autres formant des polygones compliqués. Certaines sont isolées et émergent d’(épaisses frondaisons, noyers, vieux cerisiers, de jardins touffus ou des lianes des vignes colonisent les pruniers couverts de petites prunes jaunes sucrées ou violettes ou roses. Les ruelles pavées sont tortueuses, au milieu les dalles sont à peu près plates tandis que les côtés sont garnis de gros galets sur lesquels je me tords les pieds.

L’accueil à la taverne a été chaleureux, les enfants ont monté les valises. Seul le plus grand parles quelques mots d’anglais. On ne nous a donc pas raconté l’histoire du village. J’essaie de l’imaginer mais en reste aux conjectures. De quoi vivait ce gros bourg de montagne ? Le terrain pentu et rocheux est peu favorable aux cultures. L’altitude est de 1000m. L’été est frais et agréable, l’hiver doit être rigoureux. Eleveurs et marchands comme à Koprivishtitsa ? Le village est enclavé dans  l’étroite vallée de la Kanina à l’écart de la vallée plus large de Gotse Dechev.

Ne pouvant parler avec les vivants, j’essaie d’interroger les morts. Sur chaque porte, comme souvent en Bulgarie, on placarde des avis de décès avec la photographie du défunt. On plastifie la feuille qui peut rester des mois, voire des années ainsi punaisée. La plupart des avis concernent des octogénaires ; le village s’éteindrait logiquement, les jeunes partis à la ville. Exode rural semblable à celui qui a eu lieu quelques décennies plus tôt à l’Ouest de l’Europe. Mais cette extinction naturelle lente n’explique peut être pas tout. La plaque de marbre du monument aux morts de 1913-1918 porte une longue liste sur deux colonnes. Le village comptait une population importante. Le cimetière n’apporte rien de plus : fermé, il est envahi par les mauvaises herbes.

Je furète dans la maison : 5 chambres d’hôte mais nous sommes les seules occupantes. Au rez de chaussée. Au rez de chaussée, dans la haute entrée sont alignés 4 pupitres d’écoliers. Sur le balcon du premier, je trouve une carte des Balkans en relief, puis une carte des Amériques. Peut être logeons nous dans l’ancienne école ? Dans des sacs d’engrais sont entassés des manuels scolaires ce qui confirme cette hypothèse. Mais où seraient les classes ? Le rez de chaussée est tout noir, les chambres sont petites, à moins que les enfants soient vraiment peu nombreux.

Je dois me méfier de mon imagination dans ma démarche d’ »archéologue » ! Jai  confondu les Balkans avec la Grèce . La photo d’une foule massée sur un pont pour un triste exode, me suggère « ce sont les Grecs qui sont partis ». Une observation plus attentive de la carte infirme cette idée : sur la carte, les inscriptions sont en cyrilliques. Ce n’est pas une carte de la Grèce, ce sont les Balkans et  c’est bien un document bulgare. Quant aux gens sur le pont, j’aurai la réponse à la taverne. Seule certitude : la maison a été bâtie en 1786.

Lors de sa transformation en maison d’hôtes, l’agencement des pièces a dû être modifié : on a ajouté des salles de bain. Du coup, je ne comprends plus comment étaient chauffées les pièces. La nôtre ne comporte ni poêle ni cheminée. Ni où était la cuisine. Il y a bien une belle cheminée sur la galerie mais c’est bizarre ce feu dans un espace ouvert (à moins que la galerie n’ait été fermée).

Les nuages se sont accumulés. Il est agréable de se promener en pleine après midi sans crainte du soleil entre les hauts murs. Une dame très gentille parlant anglais me conseille d’aller à la rivière « mais vous n’y arriverez pas ». Je descends dans les jardins. Un indice pour mon enquête : s’il y a des jardins cultivés c’est qu’il y a des habitants ; je goûte une prune. Le sentier est balisé mais il descend raide, il faudra remonter. Une carriole et un cheval gris me barrent le sentier, prétexte pour remonter ! Après le transformateur, plus de balisage. Le village est tout près mais je n’en trouve plus l’entrée.  Des murs, des épines, des clôtures me barrent le passage. A trois reprises je retourne au transformateur. J’arrive les bras en sang écorchée par les ronces.

Exploration de la rue principale, il n’y a pas de magasin (on voudrait du yaourt, la denrée qu’on trouve partout en Bulgarie). Rien, une taverne, Mexana, une galerie, à côté le grand bâtiment portant l’inscription Magazin est fermé. En haut du village l’accès aux misons perchées est énigmatique, pas de rues ; les gens doivent avoir des passages cachés. Je continue la route qui a encore des plaques goudronnées et monte vers les crêtes, c’est sauvages, prés et arbustes. Deux jeeps passent, à bord les visages semblent être ceux de paysans.

Des touristes prennent des photos, des vieilles dames passent, fichu sur la tête, bâton à la main. En face du gîte, des maçons s’affairent dans un chantier, ils rebâtissent plutôt qu’ils ne restaurent. Sous un plafond de ciment, ils ont fixé une mousse isolante bleue avec de faux corbeaux de bois qui fixent la mousse mais ne soutiennent rien. Une parcelle énigmatique contient un barbecue géant et une pelouse soignée avec des arbres en espalier. Endroit soigné qu’inspecte une dame. Je n’arrive toujours pas à décider si ce village est habité ou non. De gros cadenas ferment des entrées rénovées. Par qui ? Des écolos passionnés d’écotourisme ? Des bobos de Sofia ou de Plovdiv, des étrangers séduits par la beauté du lieu ? (une inscription en allemand « l’Homme ne vit pas que de pain »)

Je passe la fin de l’après midi à dessiner.

Dîner à la taverne : la salle est décorée de tout un bric à brac, une affiche à l’effigie de Staline, le profil de Lénine, des appareils phot anciens, fers à repasser, lampes tempête. Je repère la photo de la foule sur le pont qui m’a intriguée. Je m’installe sou al tonnelle sur des tables de granite mal équarri et commande soupe au tripes et pain à l’ail. La soupe est excellente, soupe au lait très légère, avec le pain on apporte une saucière contenant de l’ail pilé dans du vinaigre (ou de l’eau vinaigré) ainsi qu’une salière poivre d’un côté, piment de l’autre. Aucun mode d’emploi. Je verse une cuiller de piment dans la soupe et tartine le pain avec l’ail comme si c’était du beurre ou de la confiture, en accompagnement de la soupe aux tripes, c’est très bon. Après j’aurai une haleine à faire fuir les vampires, ce qui a peut être une utilité dans ce village-fantôme, non loin des lieux où se déroulait le Vampier de Byron de Polydori.

Après le dîner, je fais encore un tour dans le village et rencontre la dame qui m’avait montré le sentier vers la rivière. Elle m’invite dans sa maison, très haute, presque une tour. Son jardin st original. Ses buis ayant souffert à cause de la neige, elle a aillé les branches qui avaient survécu à la manière asiatique. J’ai vu beaucoup de topiaires mais jamais de buis aussi maigre portant des « nuages » vietnamiens ou japonais. Son potager ne contient que trois pommes de terre et encore, elles sont venues toutes seules. Son compost, en revanche est bien rempli. Pour quel usage ?

Au premier étage : deux pièce avec cheminée table basse, argenterie ou dinanderie, plateaux et marmites alignés sur une étagère qui fait le tour de la pièce. Mais comme c’est un musée, il n’y a pas l’électricité ! Au deuxième étage, les pièces sont habitables avec poêle et cheminée. Je remarque des tableaux aux murs. « Toute ma famille est artiste, mes deux enfants sont architectes à Berlin »

Son anglais est laborieux, elle veut m’expliquer comment aller dans les piscines thermales proches de Marchevo, l’eau à 39°, excellente pour les rhumatismes.

Elle me recommande aussi la visite d’un village proche de la frontière célèbre par les « prophéties » de Baba Vanga. Elle essaie de me parler de cette voyante. Là, je n’accroche pas du tout. Les voyantes, ce n’est pas mon rayon. La première et la dernière fois qu’on m’a dit la bonne aventure c’était pour me faire les poches et cela date de 40 ans et de ma première paie qui a disparu. J’ai bien tort de balayer Baba Vanga d’un geste: c’est un  personnage considérable qu’ont écouté des dirigeants de l’Europe de l’Est. Coïncidence, récemment George m’a envoyé un texte la concernant.

 

traversant les Rhodopes de Devin à Kovatchevitza

CARNET BULGARE

paysage des rhodopes


L’orage a sérieusement fait baisser la température.

Zakuska : assiette fromage – saucisson. Dans la salle du restaurant deux télévisions sont en marche. L’une d’elles présente des peintres d’icônes modernes, sur l’autre des chanteuses se trémoussent lascivement dans leurs clips. Grand écart entre orthodoxie et pornographie. Il n’y a pas de juste milieu. Vieilles en fichu, grosses dames peu soignées ou poupées Barbie maquillées, aux ongles bleus et aux lèvres pulpeuses. Pour vendre un climatiseur, l’affiche montre les fesses rebondies d’une fille en string, la vodka polonaise, deux lèvres suggestives et un regard fou…Sur le bord des piscines, des gamines de 8 ou 9 ans prennent des poses aguicheuses. Sans parler de la prostitution au bord des routes près de Varna et des plages…

On reprend avec plaisir la route des gorges. Le lac à l’entrée de Devin n’est pas aussi laid que je l’avais cru. Ses abords manquent de soin. . Je vois la centrale hydraulique, elle est assez grosse. Jusqu’à Teschel, la route emprunte la vallée étroite. Sur les rochers verticaux, des pins s’accrochent comme dans les tableaux chinois. Après Borino, la route gagne les sommets, elle sort de la forêt des résineux. Le panorama est dégagé : plusieurs lignes de crêtes sortent de la brume. Paysage d’alpages. Dans de larges prés fauchés, les champs de pomme de terre sont entourés de barrières de bois aux longues planches horizontales. Il y a de nombreux petits champs de tabac. A Borino, nous avons vu un beau nid de cigogne. Nous sommes arrêtées par la Police des Frontières qui vérifie les papiers de la voiture « passeport !» nous sommes à quinze kilomètres de la Grèce mais il n’y a pas de poste-frontière.

attelage

La route redescend, les champs de pommes de terre sont protégés par des épouvantails. Des attelages à cheval circulent sur la route. Le cheval tire la charrette et travaille également aux champs. Un homme fauche à la main. Grand paix que cette vie d’alpages d’un autre temps.

Détour, par Zneitsa, gros bourg de montagne qui possède une grande mosquée. Le long des rues sont alignés les tas de bois de chauffage. Partout on fend son bois. J reconnais le même foulard que j’ai acheté à Maramures en Roumanie. Foulard orthodoxe ? Bulgare musulmane ? J’aurais envie de montrer cela à mes élèves qui portent le foulard par provocation.

Dospat exploite sa forêt « durablement » et le fait savoir par panneaux pédagogiques illustrés de fleurs, loutres, blaireaux, renards. Cette forêt est composée à 69% de pins d’Ecosse, 27%d’Epicéas de Norvège, le reste de feuillus, bouleaux, érables acacias.

Nous traversons le bourg de Dospat avec sa grosse mosquée à 9 dômes. Je suis déçue de ne pas voir le lac, seulement une grosse canalisation bleue.

Satchova : les cultures de pommes de terre cèdent la place au tabac. Sur el bord de la route, dans la forêt on clive des ardoises, des dalles de schistes, à la main avec des masses, les carriers découpent leurs dalles et les empilent sur des palettes tout à fait modernes que nous retrouverons emballées de plastique dans un vaste supermarché de la pierre le long de la route dans la vallée.

Séchage des feuilles de tabac

Dryanovo : sous des séchoirs à tabacs bâchés de plastique (il y a eu de l’orage ces derniers jours), des femmes enfilent les grosses feuilles rondes de tabac sur de longues aiguilles, assises par terre. Il fait étouffant.

Deben : on passe devant une grande église en ciment. Depuis Devin, nous ‘avions vu que des mosquées.

Debenitza : arrêt devant deux platanes immenses âgés de 600 ans, sur l’église, un nid de cigogne avec trois cigognes.

les cigognes de Debenitza

La petite route monte dans la montagne. Nous traversons Marchevo avec ses hôtels thermaux d’un côté et tout un  quartier gitan aux petites maisons couvertes d’un toit à double pente sans jardin ni verdure. La misère. On nous a déconseillé de nous y arrêter. S’arrêter, pour quoi faire ?

On traverse encore un gros village très animé bâti à flanc de pente. A l’entrée, une rangée de remises ou de garages, et des greniers à foin à clairevoie au dessus des maisons. Le moindre endroit plat est construit. Maisons de ciment au crépis claire, pas de «  maison rhodopienne » . Mais un village très vivant.

Trigrad et baignade à Devin

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gorges de Trigrad

La sortie de Devin – toute ville d’eau qu’elle est – n’est pas très chic. Des usines abandonnées, une retenue d’eau dormante et au détour d’un groupe de maisons, un campement de gitans, carrioles, auvents de bâches plastiques, des constructions de bric et de broc adossées à des maisons. De nombreuses paraboles : nomades ou sédentaires, ils regardent la télé ! Les enfants ont de petites carrioles, des objets bricolés qui roulent.

La route vers Borino et Dospat suit la vallée de la rivière Buynoska occupée par des jardins : les haricots sont florissants, aussi hauts que des poivriers du Cambodge, fleurissant rouge. Des cucurbitacées géantes : melons ou citrouilles dégoulines des murs ou des clôtures ;

mosquée avec cheminée tourbillonnante

A Grohotno, la mosquée porte en plus de ses trois coupoles blanches éblouissantes et de son minaret pointu, un tuyau de poêle tourbillonnant. Une dame enfoulardée à la turque nous observe prendre la photo de la mosquée et nous fait un signe amical. Dans les campagnes on remarque plus les mosquées que les églises mais ce matin les cloches ont carillonné tandis que le muezzin a été discret. L’islam ne se signale pas par des signes ostentatoires, ni barbus ni voiles. Les jeunes sont têt nue. Quant aux vieilles, leur fichu est peut être un peu plus rabattu que le fichu orthodoxe mais sans plus.

A Teschel, deux panneaux marrons : l’un vers Trigrad et ses fameuses gorges, l’autre vers Yagodina et sa grotte.

cascades et frais torrent

La route de Trigrad est très étroite mais goudronnée. Elle suit le lit d’un torrent qui a creusé un canyon impressionnant. Au début, chutes de pierres et nids de poule. Ensuite on n’y fait moins attention, soucieuses de la circulation (peu de voitures mais de temps en temps un Fangio). C’est à pied qu’on jouit de l’endroit. Fraîcheur du torrent, ombre. Des énormes plantes à feuilles rondes poussent dans le lit du cours d’eau qui parfois saute les rochers en cascade. Cette promenade fraîche est certainement la plus agréable des vacances. Je remonte en voiture pour franchir un tunnel. Juste derrière se trouve le parking de la Gorge du Diable, une grotte qui serait l’entrée des Enfers, où bouillonne avec fracas une rivière souterraine. Orphée est un personnage récurrent de ce voyage. Placardé à l’entrée de la Grotte, une affiche annonce demain des Mystères Orphiques –musique et théâtre. Un cornemuseux joue : une affiche explique que la cornemuse est typique de la musique des Rhodope et qu’elle utilise le mode pentatonique – comme les Grecs de l’Antiquité ! – Peut être Orphée aurait joué ce thème. Personnellement, j’aurais préféré l’entendre à la lyre : Je ne suis pas fan de cornemuse même si la même affiche explique encore que cette dernière s’adapte à tous les genres même le jazz.

La visite de la Grotte est guidée en bulgare ; elle dure 30 minutes et part à 11h, 11h30 etc…Le guide prévient : il fait 8° , mieux vaut se couvrir. Une dame a même des gants en laine : là, c’est exagéré.

Mystères orphiques

Un tunnel bien éclairé conduit à une vaste salle. Des chauves-souris mais pas de concrétions. On passe en file devant une petite source et on laisse une obole devant une plaque gravée d’Orphée qui joue de la lyre. On se penche sur la rivière souterraine au bruit d’enfer. L’air est saturé d’humidité. Les végétaux attendent la moindre lumière pour croître : un tapis de mousse si drue, si verte qu’on la croirait fausse pousse dans le pinceau lumineux d’un spot. Avant de remonter, discours incompréhensible du guide qu’il me traduit brièvement : un rocher fait une ombre qui évoque le profil du diable, cette concrétion-là c’est Sisyphe, celle-là Orphée et sa lyre.

Il reste 300 marches bien hautes et bien boueuses pour retrouver la lumière. Pour me distraire dans la remontée, je pense à Orphée suivi d’Eurydice qui ne devait pas se retourner. En haut attendent les vendeurs de framboises, de confitures et herbes pour les tisanes.

La route de Yagodina, dans une vallée parallèle, après une petite centrale électrique se réduit et passe dans un défilé presque aussi étroit que Trigad.  A Yagodina l’entrée de la grotte n’est pas poétique gâchée par les vendeurs de souvenirs aussi laids qu’à Nessebar un homme en treillis, mitrailleuse au poing nous propose de tirer au paint-ball. Pas de visite entre midi et 13h. On préféère rentrer et renoncer aux stalagmites et aux draperies. Orphée et Hadès m’ont déjà comblée à Trigrad !

La deuxième partie de la journée sera Thermale. Au complexe Orphéus, la piscine découverte est immense de forme arrondie autour d’une curieuse tholos, colonnade blanche soutenant un dôme arachnéen en aluminium et verre coloré, pas trop réussi. Elle sest encadrée par les énormes bâtiments de l’hôtel 5étoiles avec sa piscine couverte, ses spas thérapeutiques, ses deux restaurants. Nous choisissons le Restaurant Oriental qui a au menu des pides (pizzas turques allongées) et toutes sortes de mets turcs et arabes. Malheureusement ni köfte ni kebab à un prix raisonnable. Sur le menu, il y en a à 7 levas mais, dit la serveuse, il n’en resterait plus. L’assiette à 17 levas serait très bien. Je remarque Faitush sur la carte. J’aime beaucoup cette salade relevée aux épices et au persil avec du pain arabe émietté. La faitush qu’on apporte ici n’a ni pain, ni persil, ni épices libanaises, c’est une vulgaire salade tomate-concombre-laitue assaisonnée au citron mais sans huile. Comme viande on prend des bouchées de poulet en beignet avec du sésame (7levas) heureusement avec sésame ! Il ne faut rien attendre des restaurants d’hôtels, surtout si on ne veut pas t laisser une fortune ;

La piscine est merveilleuse et immense. Mes allers-retours sont bien plus longs que ceux de la piscine de Créteil,  35 peut être 40m ou plus. Je les aligne en comptant consciencieusement. Elle est vraiment remplie d’eau minérale, pas une goutte de chlore, elle ne pique pas les yeux, elle serait bonne à boire !

Le vent se lève, les parasols se retournent, le ciel se couvre. Et voilà l’orage, comme hier. Les clients de l’hôtel profitent encore de la piscine. Ceux qui ont payé leur entrée se dépêchent de rassembler leurs affaires. J’attends le premier coup de tonnerre sérieux pour interrompre mon rallye. Il était temps, les premières gouttes s’écrasent sur les vitres de la voiture. A peine montée dans la chambre d’hôtel c’est le déluge. La Bulgarie est verte, il n’y a pas de magie. Il pleut, même souvent!

De Kardjali à Devin en passant par Shiroka Laka

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maison Rhodopienne à shiroka laka


Dans la fraîcheur du matin, le trajet dans la montagne jusqu’à Ardino est très plaisant. Forêts de pins, prés couleur paille, nombreux animaux. A Boino, le minaret, fin et pointu comme un crayon, surgit dans l’axe de la route. Il est en ciment blanc festonné. Sommes-nous chez les Pomaks (Bulgares islamisés) ? Les végétaux ont soif. Les sources sont presque taries.

Ardino est une petite ville pimpante. La mosquée a deux minarets. Ici aussi, les agences proposent des voyages en Turquie. La Grèce n’est pas loin non plus, à peine une trentaine d kilomètres.

Nous avons trouvé un but d’excursion excitant : le Pont du Diable sur la rivière Arda. Il ne figure pas sur notre carte mais il est fléché avec un panneau touristique marron, 10km. On s’engage dans une fraîche et verte vallée occupée par des jardins. La route suit la rivière puis s’élève dans la montagne. Le goudron disparaît, la piste devient de plus en plus mauvaise. Des abris avec des bancs jalonnent le parcours. Il reste encore 5km à parcourir, de gros rochers affleurent, le ruissellement a abîmé la piste. La voiture souffre. Il est plus prudent de renoncer. Si la route n’était pas si longue pour arriver à Devin, j’aurais volontiers continué à pied. Le Pont du Diable est une excursion pédestre, à la rigueur en VTT (on a rencontré une troupe de cyclistes) à proscrire en auto !

Nous avons perdu une heure.  Nous renonçons au détour suggéré par Balkania, par Zlatograd à la frontière grecque dans les villages Pomak,. 30km supplémentaires, c’est au moins une heure de route !

A partir d’Ardino, nous suivons le cours d’une rivière, la route de la montagne offre des panoramas spectaculaires à travers les arbres mais elle est très sinueuse.
Smolyan

Smolyan est présenté par le Petit Futé comme une « ville américaine conçue pour l’automobile ». On s’attendait à autre chose qu’à un conglomérat d’immeubles modernes dans lesquels on a perdu la route. La cathédrale de ciment gris n’offre aucun intérêt si ce n’est sa taille. Dès la sortie de la ville en direction de Pamperovo, le relief devient très accidenté. Les sommets sont pointus et rocailleux. Il y a de petits lacs. Nous évitons Pamperovo mais devinons les pistes de ski qui font des saignées dans la forêt. Des immeubles au style « sports d’hiver » jalonnent la route.

Shiroka Laka

A un petit col, avant Shiroka Laka, nous trouvons le « coin pique-nique idéal » : une petite guérite de bois ronde construite autour du foyer et de la hotte d’un grand barbecue ; la table et les bancs en font le tour. A quelques pas coule une fontaine. Bel emplacement pour un pique-nique d’avocat et saucisse sèche plate et pêches.

village de Shiroka Laka

La forêt est fleurie, rien d’exotique : des épilobes roses et chardons violets, mais en quantité.

Tous les guides et Balkania sont unanimes pour louer Shiroka Laka. Architecture typique des Rhodopes, sites antiques, et aussi la légende d’Orphée pour nous faire rêver. Orphée serait né à Gela et la tradition musicale se serait perpétrée. Stoykite est encore préservé malgré la pression touristique et l’industrie du ski, des constructions neuves pied des pistes. Shiroka Laka est un petit bourg fleuri avec de belles maisons des Rhodopes, des marchands de souvenirs, cloches de vaches, couteaux …Au bout du village le petit pont à dos d’âne est charmant ainsi que l’église ancienne avec de jolies fresques naïves.

Nous cherchons Gela, village d’Orphée, et ne trouvons pas le centre du village. Les maisons sont échelonnées le long de la pente. En revanche, une forteresse thrace est annoncée ainsi qu’une basilique byzantine du 5ème siècle. Pour la forteresse, la piste ne semble pas meilleure qu’au Pont du Diable. La basilique n’est distante que de 500m de la route. Ne pas confondre basilique antique et église du village ! De la basilique, il ne reste que quelques ruines, construite au 5ème siècle, elle a été détruite au 6ème par les Avars. Sa taille est impressionnante. Une anecdote m’amuse : on a trouvé dans le narthex sous une pierre tombale, un squelette ayant une pièce d’or de Justinien (527-528) dans la bouche : obole pour Charon. Cet homme était probablement un ecclésiastique de haut rang, des pèlerinages étant effectués sur sa tombe. Survivance des croyances anciennes ? Syncrétisme ?

Les autres villages nous déçoivent un peu. Etait-ce nécessaire après une longue route de se rallonger encore ?

Devin

Nous sommes pressées d’arriver à Devin. Sur le voucher : Complexe Ismena, le GPS accepte l’adresse et nous y conduit (c’est à l’entrée de la ville)

Le Complexe Ismena est immense, un grand bâtiment le long de la route, style rhodopien (ou Deauville) et une bonne dizaine de pavillons plus bas étagés au flanc de la montagne, deux piscines dont une couverte. L’accueil y est étrange. Les hôtesses ne parlent pas anglais et surtout ne comprennent pas notre voucher. Nous ne sommes pas attendues. Une femme plus mûre prend les affaires en main se sert de trois téléphones à la fois »Dobre, dobre… »Tout semble s’arranger pour nous. On nous conduit dans un appartement composé d’une grande chambre avec télé grand écran et d’un living room (deuxième télé, si on n’est pas d’accord entre CNN et la BBC). Dans al salle de bain de moelleux peignoirs pour la piscine. Je me déshabille pour aller nager avant l’orage qui menace. Je n’ai pas encore enfilé mon maillot que l’hôtesse qui parle le moins mal anglais, frappe à la porte. Balkania a appelé, nous sommes attendues dans un autre hôtel Devina. Il y a eu une erreur sur le voucher. Sans précautions préalables, on nous chasse,  maintenant et tout de suite. Je rends le peignoir, on ne nous aide même pas à porter les valises. Mon téléphone sonne. Filip s’excuse du désagrément, c’est une erreur de l’agence. Nous lui faisons part de la déception d’autant plus que Devina n’a pas de piscine.

–          « vous verrez, Devina est très bien, la piscine municipale est très sympa ! »

La chambre de Devina est très agréable, confortable, plus gaie que les appartements du complexe Ismena. Il y a une terrasse avec une table ronde et des fauteuils. La vue sur la montagne toute proche et l’animation de la station thermale. Mais pas de piscine !

Il nous faudra quand même retourner à Ismena : dans la précipitation j’ai oublié ma montre que j’enlève pour me baigner. L’appartement a déjà été donné à d’autres clients qui l’ont trouvée.

La fin de l’après midi, après que la pluie ait cessé est  consacré à l’exploration de Devin. Un tour en voiture. Très vite on arrive dans les logements des locaux, immeubles crasseux pavillons de briques (pas de maison rhodopienne), une petite mosquée, pas de commerçants identifiables. Que mangent les gens ? Tour de ville à pied dans le quartier piétonnier et thermal. Il y a un certain nombre d’hôtels où les curistes doivent trouver tout ce dont ils ont besoin. On ne trouve pas d’établissement de Cure et très peu de restaurants. Après ratissage des trois rues je finis par trouver deux supermarchés : ce soir, ce sera yaourts !

Enfin je trouve la « piscine municipale » qui porte le nom beaucoup plus poétique de « Complexe Orphéus » composé d’un hôtel de 5 ou 6 étages avec une merveilleuse piscine thermale découverte (6levas) et une couverte (8levas). Malheureusement la piscine découverte est fermée après l’orage

Kardjali : Musée, Noces de pierres

CARNET BULGARE

Noces de pierre

Le Musée de Kardjali

Le Musée est installé dans une très belle bâtisse de pierre encadré par deux tourelles coiffées d’un bulbe vert et précédé d’une arche orientale ; Un compromis entre un château écossais et un poste militaire turc.

Je suis très bien accueillie (3levas adulte/1leva/pensionnaire). Je suis la seule visiteuse. Une dame m’escorte.

Au rez de chaussée : salles d’archéologie. Des citations d’Hérodote gravées de lettres dorées ornent les murs (en Bulgare). Les vitrines sont bien disposées mais le contenu un peu décevant. Beau coup de Préhistoire (la Préhistoire m’ennuie).

6ème millénaire : jolies figurines, une svastika en néphrite, des idoles en os poli.

4ème – 5ème : idoles anthropomorphiques, l’une d’elle rappelle les idoles cycladiques

Plus récentes: petites figurines de bronze Apollon, Dionysos, Orphée.

Je suis venue dans un but précis : en apprendre plus sur Perperikon et Tatoul. Je suis déçue. Les objets présentés sont insignifiant pour la profane que je suis. Seul un fragment de Linéaire A crétois me frappe.

La plupart des objets venant de Perperikon sont d’époque médiévale, et encore une fois sans explications.

La section Minéralogie qui occupe la moitié du premier étage est une excellente surprise. La région de Karjadjali est riche en minéraux intéressants grâce à son volcanisme. Des géodes d’agates proviennent de Perperikon. Dans une autre vitrine du talc, zéolite, Asbest. De très beaux cristaux sont exposés dans d’autres vitrines ; j’ai du mal à deviner les provenances. Ecrits en cyrillique, le nom des minéraux est facile à deviner (cela ne change guère) mais déchiffrer une origine géographique est une autre question.

Les collections ethnographiques sont très bien mises en valeur. Je passe rapidement devfant le matériel agricole que nous avons vu maintes fois, charrues, jougs…L’exploitation du tabac est très bien mise en scène. Les costumes sont très colorés, accompagnés de photos. Curieuse exposition de gâteaux ou de pains décorés très curieux : pains de mariage, pains des  bergers avec des fruits secs, pains de la Saint George avec l’œuf rouge comme à Pâques….

Noces de Pierres

Nous suivons le panneau marron Kamena statba. Les invités d’une noce auraient été changés en pierre pour punir la mère du marié d’avoir jalousé la beauté de la nouvelle épousée. Ce sont de curieuses colonnes de pierre. Dans cette région, les  « champignons de pierre » sont fréquents. L’un d’eux « le ventre de pierre » évoquerait un sexe féminin, d’autres des phallus. On dit que les anciens parlaient  à propos de ces pierres de « lieux de perdition des Thraces ». Des débauches païennes s’y seraient déroulées, en rapport avec le culte d’Orphée ?

Retour vers 15h à l’hôtel où nous passons toute l’après midi à la piscine ;

La direction nous a confisquée la grande table devant notre chambre où j’avais commandé, sur la recommandation du « Guide de Survie »  de Balkania, un patatnik, et D. des boulettes de veau aux épinards et à la crème. Le patatnik s’est avéré bourratif quoique parfumé à la menthe. Les boulettes étaient excellentes avec du fromage fondu et des épinards crus. Ce soir, il faut descendre sur les grandes tables et le voisinage des enfants  de la colonie de vacances ne nous enchante guère. Polis mais bruyants. Ce soir, j’essaie les poivrons rouges farcis au fromage. La face est tout simplement une épaisse tranche de siréné (fromage bulgare ressemblant à la féta) le tout est cuit en beignet.

A la recherche d’Orphée : Tatoul, le tombeau d’Orphée, villages turcs

CARNET BULGARE

Tombe d'Orphée

La route de Glavartsi débouche au marché de Kardjali. Marché couvert sous une structure métallique contemporaine laquée de blanc . On y vend des légumes et des fruits.

Pour  Tatoul, suivre Momtchilgrad , route à 4 voies enjambée par un pont routier sur lequel je lis « kalos elate » et probablement la même chose en turc. Nous nous dirigeons vers le sud !Momtchilgrad est une petite ville industrielle, précédée d’usines. Elle est beaucoup plus turque que les autres villes que nous avons traversées. Plusieurs officines proposent des voyages à Istanbul ou à Bursa. Les bureaux de change affichent le taux de la monnaie turque. On ne voit guère de cyrillique.

Nous croisons la route d’une tortue. On s’arrête pour la laisser passer puis on est prises de remords, cela aurait été plus malin de descendre et de l’apporter de l’autre côté de la route, les automobilistes venant en face n’auront sûrement pas la même réaction que nous.

La campagne est aussi très différente : le volcanisme modèle la topographie avec de petites montagnes, des coulées basaltiques formant des plateaux entaillés par des ruisseaux encaissés.  On voit aussi des affleurements de ponces. Peu de forêt ici, quelques petits bois de pins, des chênes rabougris, surtout des prés jaune paille parsemés de gros rochers (bombes). Peu de cultures. Des animaux divaguent. Les vaches cherchent l’ombre sous les arbres d’alignement de la route. Les moutons vont ça et là, les dindons se promènent. Sans doute à cause de ces animaux ; les murets de pierre sèche sont garnis de fagots épineux. On doit manquer d’eau, les légumes et les cerisiers ont soif. Poires et pèches préparent une belle récolte. Des femmes aux foulards blancs et aux pantalons bouffants sont assises sur le pas de leur porte. Les jeunes sont en tenue courte.

Le site de Tatoul est bien indiqué sur la route. La forteresse du 3ème -2ème av JC est construite de belles pierres blanches bien taillées. On accède au site plus ancien par un escalier antique. Dans des blocs énormes, le « puits sacré » a été creusé dans la roche. En creux, il a une forme de jarre parfaite. Ses parois sont encroûtées (enduit ou tartre ?). Etait-ce une citerne recueillant les eaux de pluie ou y stockait-on le vin pour les cérémonies ?

La « tombe d’Orphée »est datée du 2ème millénaire av. JC. Le monolithe est creusé pour faire une coupole au dessus du sarcophage. Devant, se trouve une estrade creusée de trois marches et d’une niche (1mx0.5mx1.2m). Des trous ronds étaient peut être creusés pour les lampes à huile ou les torches.

Ce site est très bien entretenu, la forteresse, protégée par un hangar métallique, unb panneau est traduit en anglais Cela manque quand même d’explications !

Un panneau marron signale un site touristique E  Baba : le tombeau d’un saint ? le nom d’un village ? La petite route goudronnée mais pleine de nids de poules monte et descend dans les collines. Le rebord d’une coulée volcanique entaillée par l’érosion donne l’illusion des maisons alignées. C’est là que la route nous conduit. De curiosité touristique, rien de visible ; Mais le plus mignon des villages, aux maisons de pierre délicatement rosées, aux petits jardins enclos, aux dindons en liberté. La femme assise devant sa porte ne répond pas à mon salut et fait mine de ne pas nous voir en détournant la tête.

Pour une fois, nous trouvons facilement notre coin pique-nique : une fontaine, des bancs et une table de pierre polie au dessous de la route : caviar d’aubergine, köfte et banane (achetés hier à Billa).

Retour à Kardjali vers 13h30 sous une chaleur écrasante.

Kardjali

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le lac de barrage de Kardjali vu de notre terrasse


L’arrivée à Kardjali est encore plus désespérante que les entrées des autres villes. L’industrie lourde en activité ou en déshérence, a planté des usines géantes et de gros tas de charbon. On traverse des quartiers périphériques ennuyeux avec des grandes surfaces. Arrêt chez Billa au rayon traiteur.

Comment s’orienter dans Kardjali ? Le GPS n’a pas reconnu Glavarski. Les jeunes filles de l’Office de tourisme nous donnent un plan de la ville et soulignent l’itinéraire. Les quartiers que nous traversons entre le marché et le barrage sont très pauvres. Après avoir traversé trois villages nous trouvons un groupe d’Hôtels neufs surplombant le lac. Notre Hôtel Trifon Zarezan est moderne, construit sur trois niveaux avec de larges balcons de bois aux découpes compliquées et aux larges auvents entourant une piscine bleue en forme de haricot.

Nous sommes logées dans une véritable suite avec canapé d’angle et télévision, climatisation mais sans lampe de chevet. Douche bulgare avec un tuyau qui sort du lavabo et un trou dans le carrelage.

La vue st merveilleuse sur le lac et les montagnes. Dans le jardin, deux beaux noyers, une pelouse bien verte. Nous dînons sur une terrasse carrée devant notre chambre devant un beau coucher de soleil.

Perperikon

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Montée au temple de Dyonisos marche creusées

A Asenograd, la route longe la plaine Thrace sur la gauche et les collines du piémont des Rhodopes à droite. On cultive des cornichons sur des fils tendus entre des poteaux. On les vend dans des sacs sur le bord de la route. A l’entrée de Topolovo, une mosquée. Arpès Novakovo, la route fait des lacets serrés dans la montagne. C’est bien difficile d’interpréter la géologie de la voiture : granite, granite pourri. De petits champs  de tabac sont enclavés dans la forêt. A Kommuniga, plus de forêt, toujours du tabac, un peu de maïs. Les prairies sont cuites par le soleil, couleur paille. De nombreuses carrioles sont tirées par des ânes.

Perperikon

Quittant la route principale pour aller à Perperikon, nous traversons des villages qui ont tous leur mosquée accompagné d’un fin minaret de fer blanc. Les dames portent sarouel et fichu à la turque, pas un foulard agressif. D’ailleurs avec le soleil de juillet, personne n’irait nu tête. Certains hommes ont fait un pliage de journal comme chapeau.  Les séchoirs à tabac sont rudimentaires : arceaux de bois protégés par un film plastique.  Dans le blé moissonné paissent des troupeaux. Un berger mène ses dindons. Des ânes sont attachés au pré. On en voit un qui rentre seul sur la route. On voit aussi un nid de cigognes. A Gorna Krepost, les inscriptions sur la fontaine sont en turc.

Le site de Perperikon est bien indiqué ; Le grand parking est payant (1leva). Dans une rangée de guérite, on vend de tout, des plans, des cartes postales, des souvenirs. Les premiers sont bien utiles. Le site n’est pas aménagé avec des panneaux explicatifs. Un gardien assis sur une toile prélève le péage (1leva/pensionnaire)

le temple de Dionysos et les cuves du vin pour le culte

Le sentier s’engage dans les buissons et les petits chênes. Sentier blanc, dans les roches blanches friables portant de curieuses taches bleues-vert (oxyde de cuivre ?), puis la pente devient très raide. On parcourt une allée antique creusée dans la roche, on en devine encore les marches taillée pour monter au temple. Un mur de gros blocs entoure le palais-sanctuaire. J’ai beaucoup de mal à distinguer ce qui est fait de la main de l’homme et les roches encaissantes. Je suis un groupe de Bulgares conduit par un guide. Evidemment, je ne comprends rien aux explications mais il me signale qu’il y a quelque chose à regarder. A moi d’interpréter ! Sans repères connus, je rêve à Alexandre le Grand qui est venu au temple de Dionysos consulter l’oracle qui lui prédit des conquêtes mais aussi une mort jeune. Ce n’est pas ma première rencontre avec Alexandre. A Siwa, un autre oracle lui avait promis la conquête de l’Egypte.

Dionysos eut un prédécesseur thrace : Zagreus dont le culte impliquait des mystères orphiques, ds sacrifices sanglants, des rites du vin et du feu. En 2000, l’archéologue bulgare Nikolai Ovtcharov d’après des descriptions d’Hérodote et de Suétone et d’autres sources antiques, émit l’hypothèse que le temple de Dionysos perdu serait à Perperikon. Les jarres contenant le vin de dionysos sont encore en place mi-enterrées, protégées par un petit auvent moderne. Je découvre les bac rectangulaires destinées à recueillir le vin, la citerne à eau au sommet mais je ne trouve ni trône ni le chemin  de l’Acropole. Au sommet de la colline, les archéologues sont sur place avec des dizaines de terrassiers, un cheval, des bûcherons. C’est l’heure de la pause ; Les femmes sont assises entre elles ; L’une porte le même foulard en étamine blanche bordé de perle que celui que j’ai acheté à Beysehir(Turquie) . Les archéologues ont aménagé une cantine avec des tables, des bands et des hamacs. Les bûcherons se tiennent à part et parlent turc entre eux. Il semble que les femmes soient cahrgée du terrassement tandis que les hommes abattent le petit bois de chêne. Je trouve la « sortie », un sentier très pentu qui serpente à couvert des arbres.

Un autre site touristique est signalé : Moniak (une forteresse), nous suivons la flèche, traversons est un village très tranquille et là, nous perdons la piste. Au compteur de la voiture nous avons parcouru 3 km sur une piste coincée entre la voie ferrée et la montagne qui est un joli volcan où sont empilées les coulées basaltiques avec leurs prismes caractéristiques. Quand la piste devient vraiment impraticable, on renonce. On a raté la forteresse mais on a vu un joli

la forteresse des Assen et un pique-nique raté

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Eglise byzantine face à la forteresse des Asen

Les fontaines, dans cette région sont malheureusement souvent à sec.Nou trouvons un emplacement pique-nique organisé  : parking, fontaine, table et bancs, poubelle. Une chatte maigrelette aux mamelles gonflées attend les pique-niqueurs. Nous avons toujours la salade de pommes de terre d’ hier. Malheureusement le « thon » est un poisson infect entre maquereau et sprat, cuisiné avec des tomates, des cornichons, et une sauce grasse aux haricots. Dès les premières bouchées, c’est immangeable. Nous donnons la salade tant attendue à la chatte.

Nous partons à l’assaut de la Forteresse des Assen sur son piton rocheux à l’entrée du défilé. Il ne reste pas grand-chose du château fort, plus ancien que l’époque du deuxième empire bulgare. Les Byzantins avaient fortifié la place au 9ème siècle, pour surveiller la route vers la Mer Egée. Les Asen ont complété les fortifications. Il faut vraiment grimper sur place pour deviner l’emplacement des murs et des pièces. Ce qu’on voit de loin, perché sur un rocher, c’est la belle basilique byzantine qui domine fièrement le paysage, très rénovée, malheureusement fermée.

J’ai toujours le goût de l’ignoble poisson dans la bouche pendant le chemin du retour. Au lieu de goûter les spécialités de la cuisine de Svetlana, je réduis le dîner à un yaourt et un coca-cola. Je m’en tire bien : la boite de conserve était périmée depuis 2008 !

Notre hôtel : maison des rhodopes

Pendant la fin de l’après midi, sans qu’on y prête attention, les nuages se sont accumulés. Pendant le dîner, l’averse tombe dru. Svetlana et son  mari se lèvent. Enfin ! Il n’avait pas plu ici depuis deux mois. Les fontaines étaient à sec ; pourtant la végétation n’avait pas l’air de souffrir.