Vrai/Faux départ vers le Togo

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

la Route des Pêches devant le Jardin Helvetia

9h : nos deux valises et le sac à dos sont le long de la voie ;
9h30 : toujours personne ! les Béninois ne sont guère ponctuels, mais quand même !
9h45 : Sébastien proteste: le voyage est prévu demain

J’insiste. La communication est coupée. Le réseau est vraiment exécrable. Je rappelle du fixe. Sébastien est formel et me demande de vérifier le programme. En Effet? c’est imprimé bien gros. Mercredi : repos à Helvetia, jeudi :voyage au Togo. J’essaie de rattraper mon erreur. Trop tard : « je suis sur la voie » annonce Sébastien de son portable.
Une heure plus tard, le petit car blanc que nous connaissons bien arrive. Départ pour Grand Popo où nous  passerons la nuit.

les petits poissons argentés sur la voie

Sur la piste vers Ouidah, Sébastien nous montre des détails qui nous avaient échappés. Les piquets qui soutiennent les nattes de palmes tissées ont  pris racine et donnent des feuillages. Je croyais que les pêcheurs entretenaient des jardins : non, ce sont simplement des piquets !
Deuxième erreur de ma part : dans le village où j’avais précédemment vu des tas d’huitres, j’avais remarqué des taches nacrées sur la piste et j’avais dit à Thierry :
–    « tiens, ici c’est bien. Ils on rebouché les nids de poule avec les coquilles ! »
Et bien, non ! Ce ne sont pas des coquilles mais des poissons minuscules, peut être de deux centimètres de long, peut être trois, qu’on a mis à sécher  sur la route. Ils seront réduits en poudre pour donner du goût (et des protéines) à la sauce ! (si les voitures ne les dispersent pas)

Farniente au Jardin Helvetia, plage.

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS



Belle après midi de farniente à la plage. Je n’ose pas affronter de près les vagues qui arrivent  par trois rouleaux. Le premier vient se briser à la hauteur de mes cuisses. Quand l’eau se retire, je me sens aspirée et mes chevilles sont plantée profondément dans le sable. La seconde vague n’est pas très impressionnante. Quand Stéphanie et Laure se baignaient avec moi j’y plongeais la tête – très fière de mes exploits – ce n’est pas tant la force de la vague qui éclate que le reflux qu’il faut redouter. La troisième, vers le large, est magnifique. On la voit s’étirer, s’arrondir, verte et lisse, puis déferler. Une vraie vague de surfeurs !

Sur la plage, il n’y a pas de réseau pour téléphoner. Mais les textos passent. Marcelle m’en envoie toute une série, qui me font très plaisir.

En revanche je dois retourner dans les environs de la paillote pour organiser notre équipée à Ouidah. Willy ne comprend pas pourquoi nous avons besoin d’un chauffeur. Des taxis collectifs relient Cotonou à Ouidah pour 700F, il suffirait de prendre un zem pour Cotonou. Moronikê propose un meilleur plan ; Willy m’emmènera pour 2000F à moto. Finalement après de nombreux appels manqués, coupés, et textos, on décide d’y aller avec Thierry pour la matinée.

Pour dîner, les brochettes de bar sont excellentes.

A Ouidah : c’est cinéma!

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Allumez les étoiles: une école de cinéma à Ouidah!

Joris à la caméra

 


L’école du quartier Brésilien où enseigne Willy est  à l’entrée de la ville. C’est un groupe scolaire de six classes (mais 12 enseignants) réparties autour d’une vaste cour. L’ensemble est pimpant, fraîchement repeint, bien entretenu avec de la verdure. Willy nous accueille très gentiment et nous conduit dans la Salle des Maîtres où nous nous entretenons avec le Directeur. Au Bénin, les civilités sont indispensables. On n’entre pas directement en action sans avoir salué, le directeur, le chef du Village où même le Roi. Il serait considéré comme impoli de ne pas consacrer un  minimum de temps aux autorités. Nous nous prêtons bien volontiers à ces rencontres de politesses. Les salutations africaines nous étonnent toujours. Nous venons du pays des gens froids, pressés et peu aimables.

Willy est un peu embarrassé pour commencer le tournage du scénario que je lui ai apporté. Aujourd’hui, les inspecteurs sont attendus. De plus, les vacances sont à la fin de la semaine. Il préfère prendre son temps et travailler à son rythme avec ses élèves. Pour nous faire plaisir, il soustrait quatre élèves de CE1, embarque un trépied et une caméra. Nous irons filmer les pirogues et les pêcheurs. Avant d’enlever les quatre petits, le Directeur nous fait toutes sortes de recommandations de prudence. Elles seront bien inutiles : Joris (7ans), Eliette (8ans) Sonia (10ans) et Yannick sont sages  comme des images. La petite Joris a une coiffure rigolote avec des rajouts qui ressemblent à des ressorts. Elle est tellement timide qu’elle est muette.

les petits acteurs....

 

les enfants et les pêcheurs sur la plage de Ouidah

 

Les pêcheurs sont sur la plage située après la Porte du Retour. Ils tirent le long et lourd filet en s’accompagnant de musique. La corde est attachée à un cocotier. Pas question de filmer tout de suite. Willy et Thierry disent qu’il faut négocier, autrement ils peuvent être violents. Ils veulent de l’argent. Thierry sort 1000F cela ne suffit pas. Nous allons tenter notre chance avec le groupe suivant et un billet de 2000F qui semble convainquant. A peine avons-nous payé et installé la caméra sur le pied, qu’un homme âgé surgit, casquette et sourcils gris en bataille, mal rasé, un air de pirate. Il parle anglais avec Thierry. Ce sont des Ghanéens.

les pêcheurs ghanéens

J’interviens. Nous sommes tous des professeurs. Les enfants sont à l’école (ils en portent l’uniforme). Ce sont des enfants béninois. C’est leur film.  Nous avons payé et ne sommes pas assez riches pour payer plus, ni l’instituteur béninois, ni nous. Le vieux parle de 50 000F et surtout de leur boulot dur, de « leur vie de merde ». 2000F ce ne sera plus rien quand ils auront partagé. Là, il a raison, (autant filmer gratuitement !)

Entre-temps, pendant les palabres, nous avons pris les photos qui  nous convenaient. Willy déplace la caméra vers une pirogue abandonnée sur le sable et recouverte de feuilles de palmes. Il installe les petits au bout de la pirogue. Joris et Yannick sont très sages et restent immobiles. Les deux autres s’assoient à l’arrière. C’est un régal de les photographier. Ils sont si mignons quand Yannick passe son bras derrière le cou de Joris.

Eliette et Sonia s’assoient sur le sable sec. Elles jouent avec le sable doré qui file entre les doigts minces. Le contraste entre la peau chocolat et l’or du sable me plait. Je fais un mini film avec l’Olympus.

Mini-scénario pour petite cinéaste: Histoire de tongs

 

la leçon de cinéma de Willy

Il me vient une idée de mini-scénario à réaliser tout de suite. C’est une histoire vraie : l’histoire de mes tongs gris sur la plage d’Helvetia.

L’acteur est Yannick, le seul assez lourd pour laisser des empreintes sur le sable mouillé.

Yannick, sur la plage, ôte ses tongs et va se promener.
Gros plan sur les tongs.
L’enfant s’éloigne
Gros plan sur les pieds, puis sur ses empreintes.
On voit la piste des pieds qui s’éloignent.
Une vague arrive. L’enfant reprend la piste que ses pieds ont tracée et qui doit le conduire aux tongs.
Les tongs ont disparu, à la place on voit les empreintes de tongs qui partent dans une autre  direction.
Une vague plus forte que les  autres lave les empreintes. La vague se retire : fin de l’histoire.

Les pêcheurs sur la plage

 

barques sur le sable

Pendant qu’on filmait, je n’ai rien perdu du travail des Ghanéens. Ils ont enroulé une corde au tronc d’un cocotier. Une vingtaine de personnes, des jeunes hommes pour la plupart, mais aussi trois enfants, une femme, tirent en cadence. Un homme en T-shirt bleu chante. Il a une serviette sur l’épaule et donne un coup à l’un des enfants. Corrige-t-il son manque d’enthousiasme? Willy  affirme que cela doit être une plaisanterie. Tous sont tendus sur la corde penchés vers l’arrière.
Pendant le retour, du taxi,  nous en verrons d’autres. Certains s’accompagnent d’instruments de musique pour rythmer les efforts. Ensuite le filet est étendu sur la plage et roulé. Porter le filet est aussi un travail d’équipe. Le travail est il si dur que les Béninois le laisse aux Ghanéens ? Ce n’est pas si simple. Le patron est effectivement un Béninois, propriétaire du filet. Mais ce sont les Ghanéens qui ont mis au point cette technique et qui tirent les filets du Ghana au Nigeria en passant par le Bénin et le Togo.

 

La route des Pêches vers Ouidah

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palmes tressées

La route des Pêches est une piste sablonneuse sous les cocotiers. C’est un enchantement. Les laideurs de la modernité n’ont pas encore abîmé les villages des pêcheurs aux paillotes traditionnelles rectangulaires aux toits à double pans parfois renforcé de filets. Autour des habitations, les courettes sont entourées de palissades de feuilles de palmes tressées. Leur tissage me fascine, leurs couleurs aussi : vertes, fraichement confectionnées, brunes puis gris argent, celles qui sont patinées.

Les pirogues reposent sur le sable. La plupart grises en bois brut. Parfois décorées peintes de couleurs vives qui s’écaillent, des frises gravées. Certaines ont un  drapeau.

Sous des abris –  4 piquets, un toit de chaume –  se déroule une vie variée. Des femmes sont allongées avec leurs bébés. D’autres assises attendent avec leurs bassines le passage d’un zem ou d’un taxi. Ailleurs un babyfoot et des enfants. Des animaux traversent la voie, volaille, chevreaux.
Après à peine une demi-heure, nous arrivons à la Porte du Non-Retour. La Route de l’Esclave, avec ses statues comme un chemin de croix, disparaît sous des tas de gravier. Le chantier est difficilement praticable. Nous ne songeons plus du tout aux monuments.

Jumelage Créteil/Cotonou : maraîchers

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maraîchers


 

Dernière étape : les maraichers de Cadjehoun (prononcer Cadion).
Les jardins se trouvent non loin de l’Etoile Rouge un peu à l’écart de la grande route.

latrines

Encore une fois, le premier objet de notre visite se trouve être des latrines décorées au nom de la ville de Cotonou 2002 et de la Ville de Créteil. Les peintres ont fait une erreur sur le prénom de Laurent Cathala, notre Maire, qu’ils ont baptisé Denis. Ces latrines sont indispensables  pour l’état sanitaire des légumes.

–    « autrefois les gens dispersaient partout des sachets »
–    « des sachets ??? »

Je ne comprends pas tout de suite qu’ils y faisaient leurs besoins.
Ici aussi le prix des WC est de 25F.
parcelles très soignées

Les jardins sont entourés de murs délimitant un vaste espace vert avec des bosquets d’arbres des petites mares avec des bananiers. Les parcelles sont cultivées avec un soin méticuleux. Les longs rectangles sont limités par de toutes petites allées en creux, très propres elles aussi. Tout est cultivé à la main « avec la roue ». Je prends cette « roue » pour une charrue.
–    « qui tire la roue ? »
L’incompréhension me met sur la piste de la houe ou de la bêche.

légumes

Les salades sont magnifiques. Ici, on les appelle « les feuilles », ce sont des batavias comme celles de chez nous. Les carottes viennent de lever. Les aubergines donnent de petits fruits blancs. On cultive plusieurs sortes de poivrons tuteurés, attachés, taillés. Certains légumes nous sont inconnus : solanum ou véronia.

Arrosage

Le sol est très léger et très sableux. Il est amendé avec des fientes de volaille mais aussi avec des engrais chimiques. L’arrosage doit être permanent. Quand nous arrivons, vers midi, des hommes se promènent avec deux arrosoirs, un dans chaque main, qu’ils remplissent dans un trou d’eau , humidifiant salades et carottes.
L’arrosage mécanique n’a lieu qu’une fois par jour à 13heures. Cet horaire m’étonne. Chez nous, ce serait une hérésie d’arroser quand l’évaporation est maximale. Mais ici, on n’économise ni l’au (gratuite venant d’un forage) ni le travail humain. Ce qu’on veut épargner, c’est le carburant des motopompes. On ne peut les mettre en marche qu’une fois par jour.

rencontre avec les maraîchers

JP Agohoubo nous conduit sur la terrasse d’un bâtiment comprenant le bureau et le magasin. Plusieurs hommes  y font la sieste. Nous préférons emporter les sièges sur la terrasse que de nous enfermer dans le bureau.

Ici, encore, même cérémonial. D’abord, nous nous présentons. Puis je pose des questions. Enfin, ils disent ce qu’ils souhaitent que nous rapportions en plus haute instance.

Les maraîchers se sont associés en coopérative pour former la COMAC (Coopérative des maraîchers de Cadjehoun). La coopérative élit un Bureau et se réunit une fois par an en Assemblée Ordinaire. Chacun est arrivé avec sa parcelle individuelle, la coopérative ne s’est formée qu’après. S’ils mettent le matériel d’irrigation et les outils en commun, la culture est individuelle ; Il existe même la possibilité d’embaucher des manœuvres à la tâche (environ 1000F par jour). Créteil a financé les deux motopompes qui exploitent l’eau de la nappe située seulement à 4m en profondeur.

Après ma séance de questions, les maraîchers énumèrent leurs attentes :
Ils attendent des « raccords ». Je ne comprends pas tout de suite qu’il s’agit de tuyaux de plastique jaune. Le moteur de la pompe doit être remplacé. Il faudrait aussi pouvoir financer la maintenance des équipements. Un mécanicien (plombier ?) devrait être affecté à l’entretien. D’autres revendications surprennent : ils souhaiteraient des voyages d’échanges et l’intervention d’un spécialiste. Je les interroge au sujet de Songhaï à Porto Novo, l’institut ne les impressionne pas,  ils en savent autant qu’eux !

mise en  action de la pompe

Il n’est pas encore 13h, pour écourter notre attente on avance un peu la mise en action du moteur. Nous verrons donc les doubles pommes d’arrosages montées sur les tuyaux jaunes. Il n’y a pas d’aspersion mécanique  ce sont les maraîchers qui se promènent avec leur tuyaux.

Jumelage Créteil/Cotonou : Centre social

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Au centre social, un accueil de ministre!

Un accueil de ministre!

Nouvelle étape imprévue : nous dépassons le centre de santé Ahogboué, tournons dans une impasse. Des femmes attendent dans de belles tenues avec des chants et des danses. Elles secouent des assiettes métalliques garnies d’anneaux. Au fond de la cour, à côté d’un moulin à faire du gari un homme tape sur un grand tambour et un enfant sur un petit tambour. Une sono réglée au maximum corne dans nos oreilles.

Bibliothèque et pédagogie

Arrive une jeune femme mince et élégante qui nous fait quatre bises à chacune. Elle se présente : Madame Léonie Wotto épouse Soglo, nous ouvre la bibliothèque où des ventilateurs à grosses pales tournent rapidement, meublée de belles tables lourdes en bois foncé. Dans les étagères il y a plein de livres mais empilés à l’envers et pas répertoriés.il manque sans doute la bibliothécaire pour le faire. Léonie Wotto soupire, ce ne sont pas les livres qui conviennent. Ce sont des bandes dessinées et des romans. Elle voudrait du matériel pédagogique, des livres de classe. Je saisis la balle au bond : des livres de classe, nous en avons ! Le problème c’est le fret. Je lui raconte le Jumelage avec le CEG1 de Pobè et la galère chaque fois qu’il s’agit d’expédier les cartons de livres. Pour elle, le problème semble mineur. Il suffirait d’une assise avec le Maire, Monsieur Soglo.
–    « on pourrait arranger cette assise » propose-t-elle
Je proteste :
–    « notre temps est compté, j’ai tellement de choses à faire, de gens à voir pendant notre court séjour ! »
–    Nous passons dans son bureau équipé de matériel informatique. J’en profite pour lui laisser mon adresse électronique
–    « nous pourrons rester au contact par email, pour la réunion, je n’ai vraiment pas le temps »

Elle aimerait faire de ce lieu un centre de documentation pédagogique ainsi qu’un centre informatique. D’après elle l’ADSL est en attente.

la méprise

Nous rejoignons une salle de conférence encore très bien ventilée. Sur la table, un vase avec des fleurs artificielles et un micro. Nous comprenons ici la méprise. Elle attendait une autre délégation  de gens bien plus considérables que nous. C’était pour eux qu’on avait organisé les festivités, les danses qui m’avaient étonnée. Léonie Wotto ne nous laisse pas partir. Elle aussi a des doléances : ses ordinateurs sont en panne. Mais elle a également de l’imagination et des idées qui pourraient m’intéresser. Elle voudrait sensibiliser les enfants du quartier à l’hygiène. Pourquoi ne pas confectionner un CD pour leur explique qu’il faut se laver les mains à la jarre ? Dans cette ville bâtie sur des zones marécageuses et souffrant de problèmes d’assainissement et de parasitose, le nœud du problème c’est encore l’eau ! Et nous revoici dans le vif du sujet ! Ce serait effectivement une belle idée ! Nous prenons congé avec des embrassades. Léonie est décidément une personne charmante.

Jumelage Créteil/Cotonou : noix de cajou

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cuisson des noix de cajou


 

Hors programme de l’eau, on nous conduit devant une unité de torréfaction des noix de cajou.

Sur la voie, un petit feu de bois est allumé sous une grosse bassine ou les noix cuisent. Par terre d’autres bassines contiennent des noix carbonisées. La femme a également une passoire  et des bassines contenant du kaolin. On  vend les noix de cajou pour l’apéritif dans des bouteilles au prix de 2500F d’après la dame, 2000F selon Thierry. Ici, nous sommes aussi sur un site du Jumelage. 26 femmes travaillent mais aujourd’hui elles sont au marché.

Les doléances sont nombreuses : les foyers sont HS, il faudrait les refaire, c’est trop petit et mal agencé, il pleut à travers la tôle qui est gâtée ; il y a de la fumée. Il faudrait agrandir le site, cimenter la dalle.

Toutes ces plaintes sans aménité agacent un peu. On  aurait pu avoir au moins l’idée de nous faire goûter aux noix de cajou bien appétissantes

 

Jumelage Créteil/Cotonou : Borne-Fontaine

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au puits l'eau est gratuite - mais - sale


 

Kiosques à eau et puits:
Nous trouvons le puits à quelques mètres d’un kiosque à eau potable. Ce n’est pas la borne fontaine financée par le  Jumelage de Créteil. Le kiosque a été financé par la Banque Mondiale dans le cadre du PGUD (Projet de Gestion Urbaine Décentralisée). C’est une construction carrelée de bleu. A l’intérieur le kiosquier (e) a accès au robinet et de sa guérite prélève sa dîme. Les tuyaux recourbés vers le bas sortent de l’édifice à plus de 2m de haut. La femme vient avec sa bassine sur la tête et a remplit sans avoir à la poser. Malheureusement le fontainier n’est pas là aujourd’hui et nous ne pouvons pas photographier la manœuvre.

Au kiosque, eau payante et aujourd'hui, pas de kiosquier!

An l’absence de ce dernier, il y a de l’animation autour du puits où l’eau est en accès libre et gratuit. L’eau du robinet est propre, celle du puits, non. Au début, les jeunes filles qui tirent la corde refusent de se laisser photographier. Heureusement notre accompagnateur les persuade. Au bout de la corde, point de seau mais une sorte de poche souple de faible capacité. Pour remplir sa bassine, il faut de la patience.
Entre temps, la nouvelle de notre venue s’est répandue dans le quartier ; Une petite fille en uniforme beige de l’école m’aborde :
–    « Yovo, cadeau ! »
Je lui montre mes poches vides :
–    « Tu veux mon mouchoir ? «
–    « non, le stylo ! »
–    « mais je ne peux pas te le donner, j’en ai besoin pour travailler ! »
Les enfants se sont approchés. Ils sont très nombreux autour de nous.
–    « que faites vous ici ? «
–    – « c’est la récréation ! »
La présence de JP Agohoumbo et de Thierry les dissuade. Ils s’éparpillent rapidement.
La voiture se faufile dans des ruelles étroites manquant d’écraser volailles et canards qui se promènent sur la voie. De la voiture, je remarque les WC publics : 25F.
25F c’est justement le prix de la  bassine d’eau à la borne fontaine, 30F pour la grande bassine. Quel sera le budget pour une famille qui n’a ni robinet ni cabinets à la maison pour l’hygiène, la boisson et la cuisine ?
A cela s’ajoute le problème des ordures. Sur les bords de la lagune les décharges sauvages causent la pollution de l’eau. Dans les rues on balaie mais les immondices se retrouvent en tas que le vent disperse.
Notre guide se lamente :
–    « ici, les gens ne veulent pas payer l’abonnement au ramassage des ordures. Ils préfèrent les utiliser comme remblais pour les crues »
Peut être (hypothèse personnelle) les gens ne voient pas la nécessité de payer encore une taxe ?

la borne-fontaine et les bassines

Nous n’avons pas pu photographier la borne fontaine de Créteil mais nous passons devant plusieurs kiosques à eau bleus. Il y en a 13 pour 7 quartiers.

Jumelage Créteil/Cotonou : La fumerie des crevettes

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fumerie de Crevettes

De l’autre côté de la place, nous découvrons le premier site au programme de la visite : la fumerie de crevettes. Quatre dames de « constitution traditionnelle » (comme l’aurait écrit Alexander mac Call) nous accueillent. Six foyers en terre alignés forment une sorte de comptoir abrité sous un auvent. Les crevettes sont déposées crues sur des grilles métalliques. Elles cuisent et sont fumées Ces grosses crevettes sont pêchées soit dans la lagune soit plus loin. Quand les crevettes manquent à Cotonou les dames peuvent voyager jusqu’au Ghana avec leurs bassines métalliques pour en acheter. Il faut quatre heures pour fumer les crevettes qui se conserveront jusqu’à  quatre mois après le fumage. On peut donc les stocker pour attendre de les vendre à bon prix dans le petit « magazin » attenant à l’atelier. .
19 femmes font partie du Groupe Féminine AIDOTE de DOWITA 1 du quartier de Sainte Cécile. Elles travaillent à temps plein selon une technique traditionnelle. Elles vont chercher la marchandise, la fument et commercialisent  elles-mêmes et se partagent la marge bénéficiaire en mettant en commun le reliquat dans une tontine.
Après une visite des installations, nous prenons place, alignées sur su banc.
Elles me laissent la parole et je pose mes questions que notre accompagnateur traduit. La plupart du temps il est inutile de traduire.

les dames de la coopérative

Je demande si leurs maris sont les pêcheurs des crevettes. La question du travail des maris leur semble déplacée. Non les femmes des pêcheurs vendent poissons et crevettes. Elles leur achètent la marchandise. D’ailleurs seulement six femmes habitent le quartier. Pas question de salaire non plus, c’est une coopérative. On partage les bénéfices.
Après l’interview, c’est leur tour de parler. Elles ont des choses à dire et comptent sur nous pour les transmettre.
D’abord, elles nous montrent leurs yeux rougis par la fumée. Elles mettent du collyre mais souhaite quelque chose de plus efficace.
Elles attendent du Jumelage de gros investissement : un congélateur et l’installation d’un compteur électrique (il y a déperdition d’énergie à cause de la distance et l’installation électrique est précaire avec tous ces fils emmêlés dans la rue). D’autres foyers en maçonneries devraient être ajoutés aux six existants. En ce moment elles travaillent avec des bidons sciés : foyers métalliques provisoires à l’air libre.

Fumerie de crevettes

Elles aimeraient également que le Jumelage leur procure une autre occupation à la morte-saison quand il n’y a pas de crevettes qu’elles appellent la Rupture de Septembre à décembre pendant la période des crues.
Quelle sorte d’activité ? , je demande
– « un débat participatif permettra de retenir une autre activité ! » est la réponse.
A défaut de polyvalence professionnelle elles ont bien intégré la langue de bois.
Dans la liste des souhaits, elles ajoutent 20 ou 30 bassines métalliques importées du Ghana coûtant 5000F.
Des bassines ! Quand même ! Elles pourraient peut être les acheter elles-mêmes ?
Je pense, silencieusement, dans mon for intérieur.
J’admire le dynamisme de ces femmes. Le groupement en coopérative réjouit l’ancienne kibboutznikit. Mais l’attente de l’extérieur est immense. Je promets d’être l’écho à Créteil de leurs souhaits. Je leur explique que nous ne sommes que des professeurs et que nous ne disposons d’aucun argent à distribuer. La seule chose qui est en mon pouvoir est de demander à mes élèves de calligraphier un panneau expliquant leurs besoins et accompagnant les photos de l’exposition.

Jumelage Créteil/Cotonou : histoires d’eaux : question des latrines

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Histoire de latrines – qualité de l’eau!

 

sur la lagune : latrines et immondices

Les latrines et les cochons

Un étrange monument qui domine  la place. Sur un haut socle de ciment, trois cabines ont perdu leurs portes et leurs équipements : des latrines.

Comment les gens montaient-ils ? Notre accompagnateur nous fait remarquer que Février est en saison sèche mais qu’à la saison pluvieuse le site sera inondé.

Les latrines sur pilotis en bois ont la faveur des habitants. Les excréments tombent directement dans l’eau de la lagune. Les installations sont les mêmes que dans le film indien Slumdog Millionnaire. Autour des latrines, un tas d’ordures impressionnant  sert de soue à cochons.  Thierry nous avait dit que la peste porcine avait décimé ces animaux.

Si la construction des latrines est le début de l’assainissement on peut dire qu’ici c’est mal parti !