Gournah : Deir El Bahari, temple d’Hatshepsout

Premier voyage en Egypte 2002

 

Montgolfière
7 heures, un curieux bruit me tire du lit : comme un souffle puissant juste au dessus de nos têtes.  Une énorme bulle verte – une montgolfière – survole la maison. La flamme s’élève dans un bruit de chalumeau.

le temple d’Hatshepsout à Deir El Bahari.

L’ édifice en terrasse est vraiment impressionnant. Dans un cirque  de falaises roses, les terrasses s’enchâssent, comme naturellement, dans la roche.
Pas un nuage, il fait très chaud. Nous grimpons les rampes très bien (trop ?) restaurées pour arriver aux colonnades. La troisième terrasse est interdite, on nous dit que Moubarak doit venir demain (ce n’est pas vrai, il est à Washington).

Une conférencière commente les fresques et les bas reliefs protégés par une barrière, dans l’ombre, qui racontent l’expédition d’Hatshepsout au pays de Pount. La végétation  est luxuriante, les animaux, africains : girafes, éléphants et babouins. Il y aussi des soldats, des marins. Les barques sont chargées de marchandises. La pesée des trésors sur une balance, ressemble à celle d’Osiris – la pesée des âmes – sauf qu’ici la plume de Maat et le cœur sont remplacés par trois bœufs d’un côté et de l’autre un monceau de trésors.

egypte2002gournhatshepsout0001.1291311793.JPG

Malheureusement on ne voit guère la reine. Son successeur Thoutmosis a fait marteler ses traits et il ne reste plus que le fantôme de sa silhouette dans les fresques représentant les divinités.

Dans une aile : le temple d’Hathor, la vache y est représentée sous diverses formes.

Il fait vraiment très chaud à onze heures sous un soleil sans nuages. Nous rejoignons la Vallée des Artisans par un sentier qui passe par un petit col. La promenade n’est pas bien longue, deux kilomètres environ. Quitter les sites contrôlés, et marcher au jugé dans la montagne thébaine,  a un petit goût d’aventure.

Gournah : l’école derrière le gîte de Mahmoud

Premier voyage en Egypte 2002

 


Dernier après midi

Sur notre terrasse, simplement le bonheur de se reposer devant le paysage, maintenant familier, les colosses de Memnon. Dans la salle à manger d’été sur les banquettes à l’ombre. Je commande un dernier kerkadé.

L’école
Des voix enfantines ânonnent en chœur. On dirait une école ! Juste derrière nous, derrière le mur de terre qui jouxte l’enclos des chèvres et le wc du restaurant.
Les enfants  sont assis par terre. Seul mobilier scolaire : deux tableaux noirs encastrés dans le torchis.

Des dizaines d’enfants sont arrivés là sans qu’on s’en rende compte. Les deux maîtres en galabieh claire, étonnamment silencieux, s’occupent des plus petits. Un groupe de fillettes se tient  face à un tableau  couvert d’écriture. L’une d’elle tient une badine et suit le texte, les autres lisent à haute voix. Une autre la remplacera A l’ écart, les garçons les plus grands assis en tailleurs par petits groupes, lisent le Coran, chacun a le sien.
Dans l’encadrement de la porte, les « parents d’élèves »attendent, accompagnés d’autres enfants et des femmes de la maison de Mahmoud. Tout le monde suce de la canne à sucre.  Une femme m’ en offre un tronçon,  et me l’épluche avec ses dents.

D  fait des photos et distribue des dragées de chewing-gum-gum. Si j’étais à la place du maître, je ne serais peut être pas ravie de notre intrusion. Les deux instituteurs ne manifestent aucun signe d’agacement. Étrange école, sans table, sans bancs, sans cahiers ni livre. Est-ce  l’école coranique ? En plus de l’école d’Etat,? Est-ce l’étude ? Personne ne nous renseigne. Dans les écoles les enfants sont en uniforme, pas ici.

Dernière soirée à Louxor

Premier voyage en Egypte 2002

 

 Nous hâtons les adieux. Il faut traverser le Nil avant la fermeture du pont à six heures.

Musée de la Momification

Le musée de la Momification est moderne, cher, bien présenté: de belles vitrines bien éclairées dans une pièce sombre. La visite n’est pas bien longue.

    Son et lumière à Karnak

Louxor by night
Nous prenons une calèche pour aller à Karnak.     Le parcours est commenté de façon grandiloquente, c’est la loi du genre. Si on ne fait pas trop attention au texte pompeux, c’est une occasion magnifique de revisiter le temple.
Ensuite nous allons poireauter de longues heures. Court intermède : derniers achats de Halva et de gâteaux dans le quartier des souks très animés, c’est là que nous aurions dû aller plutôt que de rester sur la corniche déserte !
Salle d’embarquement, les boutiques hors taxe font diversion, on achète pour trois fois rien des fioles à parfum. Une boutique a la très bonne idée de passer des vidéos sur l’Egypte Antique : ultimes révisions.

VERNANT VIDAL-NAQUET : Œdipe et ses mythes

Lire pour la Grèce

J’avais emprunté ce titre à l’occasion de notre voyage en Grèce, l’an passé. Je l’ai oublié, au Louvre. C’est bien la première fois que je perds un livre de bibliothèque. On préférait que je le remplace plutôt que de me faire payer. Hélas, il est épuisé. Je l’ai trouvé presque un an plus tard, en occasion, sur Amazon. Voilà donc un livre bien cherché et bien désiré. Je ne sais si l’attente a été pour quelque chose dans le plaisir de  lire.

Cette étude de mythes (insister sur le s du pluriel) a été un grand plaisir.

Chacun connaît le complexe d’Œdipe ainsi que l’essentiel de la tragédie. L’étude à la loupe par les deux hellénistes réserve de nombreuses surprises. Vernant fait un sort à l’analyse psychanalytique surtout quand elle est étendue aux autres mythes de l’Antiquité grecque. Ce n’est pas son propos. Il insiste sur le fait qu’Œdipe ne connaissait pas Jocaste pour sa mère ni Laïos pour son père.

L’antiquisant nous fait découvrir d’autres mythes, inconnus de moi ,autrement plus étranges : Œdipe, le héros au pied enflé, celui qui boîte, celui qui ne marche pas droit…. Œdipe, celui qui sait et déchiffre l’énigme de la Sphinge mais qui ne sait rien de lui-même. Le même Œdipe qui est allé à Delphes et y a cherché son identité mais qui a mal interprété   l’oracle. Le clairvoyant qui s’est aveuglé. Œdipe le roi qui assume le rôle du pharmakos, le bouc émissaire. Œdipe qui ne voulait pas connaître ses origines craignant de se découvrir de basse extraction alors, justement qu’il est fils de roi. La tragédie prend alors tous ses sens cachés. Vernant nous fait aussi découvrir la naissance de la tragédie au 5ème siècle. Sens cachés, double langage des oracles et des dieux, retournement de situations…

La richesse de cette étude est telle qu’une seule lecture n’est que déchiffrement, et que je vais avoir de la peine à rendre ce livre.

Bucarest/Paris en chanson! Florin Chilian – DIX (10)

Encore une mélodie  pour un court voyage  de 4 minutes, envoyé par un ami roumain

Florin Chilian – DIX  (10)

 

Dix événements étranges et un miracle
Vous ont amene chez moi, dix
Dix peintres sont tous surpris sans cesse
Comme tu est si belle

Dix jours passent, c’est absurde, que je ne sais pas
Je ne sais pas comment, je ne sais pas où, je ne sais
Meme si je vais vivre dix vies avec toi
Tout serait si peu

Deux étoiles, en parallèle
Des etoiles –  larmes nouees et
Leur lumières sont
Tous, pour vous

Quatre princes, trois châteaux
Des eaux, des chaînes magiques et
Tout le ciel au-dessus
Tous, pour vous

Dix événements étranges et un miracle
T’ont amene chez moi, dix
Dix peintres sont tous surpris sans cesse
Comme tu est si belle

Dix jours passent, c’est absurde, que je ne sais pas
Je ne sais pas comment, je ne sais pas où, je ne sais
Meme si je vais vivre dix vies avec toi
Tout serait si peu

Sept fées, toutes les bonnes
Des lucioles-espoirs dans la nuit et
Les nains des contes
Tous, pour vous

Neuf(9) mages qui arrivent ce soir
Un fer à cheval, en haut, loin
Les trésors de mon  coeur
Tous, pour vous

Dix événements étranges et un miracle
T’ont amene chez moi, dix
Dix peintres sont tous surpris sans cesse
Comme tu est si belle

Dix jours passent, c’est absurde, que je ne sais pas
Je ne sais pas comment, je ne sais pas où, je ne sais
Meme si je vais vivre dix vies avec toi
Tout serait si peu

j’ai trouvé à la mélodie et surtout à son interprétation un air latin d’Italie mais mon correspondant roumain n’est pas d’accord!

lire pour la Grèce : Nikos KAZANTZAKI : Lettre au Greco

Lire pour Voyager/voyager pour lire

kazanzakis.1291217733.jpg

Nous avions visité près de Cnossos, la maison de Kazantzakis, blanche et fleurie. A l’intérieur, ses livres et des photos de mise en scènes théâtrales.

Je croyais deviner l’auteur à travers Zorba. Le narrateur et son manuscrit sur Bouddha, c’était lui. Le personnage de Zorba tellement puissant avait occulté celui de Kazantzakis. Je l’imaginais très différent de celui que livre cette autobiographie. Je l’imaginais, comme Zorba, Crétois puissant et bon vivant. Je découvre un homme rongé par la quête inquiète de Dieu, de l’âme, très mystique détaché des plaisirs terrestres. Enivré à la vue d’un amandier en fleur ou de la contemplation des étoiles mais dédaignant le vin fuyant la femme. Gratte-papier et rat de bibliothèque.

Grand voyageur. Ses voyages sont plus des pèlerinages que des aventures. Ce n’est pas l’aventurier Zorba ! C’est le pèlerin qui parcourt la Grèce, Homère et la Bible à la main. Que ses pas mènent au Mont Athos, à Jérusalem, au Saint Sépulcre, puis au Sinaï où il manque de se faire moine au monastère sainte Catherine. Puis il parcourt l’Italie et séjourne à Assise.

A Paris, il découvre Nietzche et part sur ses pas. A Vienne, Freud, une curieuse maladie psychosomatique lui déforme le visage pour fuir une relation charnelle avec une femme. De Paris et de Vienne, peu de descriptions. Sa vie semble s’être cantonnée aux bibliothèques et aux salles de conférences.

Découverte de Bouddha. Puis Berlin, des femmes juives semblent le détacher du bouddhisme et le conduire à Lénine.

Moscou, Saint Sépulcre rouge ! Communion avec les foules révolutionnaires. Encore l’esprit mystique !

De retour en Crète, il semble s’apaiser et trouver l’écriture.

Toutes les préoccupations mystiques, son inquiétude et sa recherche de l’âme, surprennent. J’ai parfois du mal à accrocher. L’écrivain est tellement sincère et puissant que mes réticences fondent. Quand il rencontre enfin Zorba, je me laisse convaincre. Description tellement vivante de la Crète.  Puissance d’évocation de tous les mythes fondateurs. Enfant, il racontait la Vie des Saints, gorgé d’Homère et de mythologie antique, la Grèce semble complètement animée. Tous les personnages réels ou imaginaires forment une légende qu’il se plaît à réécrire. Aussi bien quand il évoque Albert Schweitzer qu’Ulysse, son grand père paysan, ou un aïeul corsaire. J’ai envie de relire Zorba.

 

Vassilis Alexakis : Le Premier Mot – Stock – 459p.

LIRE POUR LA GRECE???

le-premier-mot_sl500_aa300_.1291103367.jpg


Voire : l’essentiel du roman se déroule entre le boulevard Haussmann et à Montparnasse. Le voyage le plus aventureux étant une visite au Musée de la Préhistoire à Saint Germain en Laye, par jour de grève du RER ! Alexakis écrit directement en Français. Et pourtant je me trouve baignée dans la culture grecque. Par le bonheur des mots.

La narratrice raconte son frère Miltiadis, un brillant universitaire, professeur de lettres comparées, à Paris qui a quitté Athènes en 1967 à la suite de la prise de pouvoir des colonels et qui y vit avec Alliki, grecque elle aussi et leur fille Théano qui parle, elle, français. Le roman commence à la veille de Noël qu’ils fêteront en famille. Le soir du 1er de l’an,(p200) Miltiadis succombe à une hémorragie. La narratrice rentrée à Athènes reprend l’avion pour Paris et elle y restera quelques semaines. Peu d’action, aucun suspens, l’intérêt est ailleurs.

L’intérêt est dans le plaisir de la conversation. Les protagonistes sont bavards,  presque tous des universitaires, des linguistes,  aussi neurophysiologistes (une apparition de Changeux), ou préhistoriens. Plaisir des mots, le mot provenant de son contraire le silence mot/muet , absence des mots pour la jeune sourde qui s’exprime par la langue des signes, mots exotiques, du sanscrit au livonien ou au basque…origine ancienne des mots, Miltiadis s’amuse à construire des phrases françaises uniquement avec des mots d’origine allemande, ou arabes .  Son chef d’œuvre est l’histoire du « philosophe Polyandre, poète,  du triomphe d’Eros, démiurge de l’épopée satirique démocratie phagocytée par la politique et d’une anthologie d’aphorismes blasphématoires, critique de cinéma à ses heures eut un épilogue tragique, ostracisé par le Tyran Monotone Archéoptéryx, il fut saponifié par électrolyse au monastère monophysite de l’Eucharistie, à Nécropole. ». Jubilatoire !

Avant sa mort, Miltiadis a exprimé le souhait de connaître le premier mot de l’humanité.  Sa sœur, la narratrice, se lance dans une quête très sérieuse auprès des sommités scientifiques pour trouver ce mot de l’origine. Le premier mot ressemble-t-il aux balbutiements des bébés ? A-t-il été prononcé par les premiers hommes autour d’un feu ? Ou chanté en marchant lors de la longue migration qui a emmené Homo sapiens d’Afrique en Europe ? De longues digressions étayent ces hypothèses. Plus ou moins sérieuses, ou farfelues…

La Grèce n’est pas oubliée. La narratrice sait qu’en perdant son frère elle a perdu le témoin de leur enfance en Grèce, de leurs parents décédés. Elle a le pouvoir d’entendre les fantômes de ses parents et entretient un dialogue permanent avec Miltiadis après sa mort. Classant des papiers et retrouveson journal racontant de pittoresques évènements survenus pendant ses vacances dans les îles…

Daniel DELAS : Léopold Sédar Senghor – Le maître de langue – éditions aden 300p

Lire pour l’Afrique

Dans ma liste « Lire pour l’Afrique » j’ai omis un des plus grands: Senghor. Probablement parce que je lis plus volontiers des romans que de la poésie. Homme de lettres ou politicien, Senghor est incontournable. Je répare donc cet oubli avec cette biographie très détaillée.

Léopold, chrétien, Sédar Sérère, Senghor nom dérivant du Senhor ? Ces deux prénoms et ce nom sont déjà tout un programme. Elève des Missions et du séminaire, sa scolarité ne vient pas en contradiction avec sa tradition comme pour Cheikh Hamidou Kane ou Hampâté Bâ. Au contraire, Senghor se destine à la prêtrise et acquiers une excellente connaissance du latin et du grec qui lui ouvrira de brillantes études universitaires.

Arrivé en 1928 de Dakar à Paris à 22 ans en hypokhâgne puis en khâgne à Louis-le-Grand où il fait connaissance avec Georges Pompidou qui sera son ami. Delas analyse en détail les courants de pensée de l’époque, Barrès et Gide, Emmanuel Mounier, Bergson et Teilhard de Chardin. En 1931, Senghor rencontre Aimé Césaire que « tout opposait…. » »l’Africain de bonne famille …paysanne, formé par les prêtres, le bûcheur » et « l’Antillais issu d’une petite bourgeoisie urbaine, qui voit dans la laïcité le moyen de s’élever, brillant mais peu travailleur, radical et exalté ». En compagnie de Césaire, Senghor fréquente des Antillais mais aussi des américains, » en quête du New Negro poet ».

De cette rencontre jaillit le concept de Négritude et cette phrase : « l’émotion est nègre comme la raison est héllène »(1937) qu’on lui a reprochée. Mélange qui pourrait définir l‘auteur, distingué humaniste, agrégé de lette classique.

C’est autour de la Seconde Guerre mondiale que son activité de poète s’affirme et que sont publiés ses premiers recueils. Professeur, il s’affranchit des professeurs qui le soutenaient. Il peut s’engager politiquement et syndicalement, adhérant à la SFIO et soutenant le Front Populaire.

Citoyen français, il est mobilisé et se retrouve prisonnier de guerre dans un régiment de tirailleurs sénégalais échappant de peu à la fusillade et subit la discrimination raciale.

De l’après guerre 1944-1960, « POLITIQUE AMOUR ET POESIE » l’accent est plutôt mis sur la poésie. Senghor retrouve l’intelligentsia parisienne, Sartre et Beauvoir, rédige une thèse de doctorat en linguistique. C’est une personnalité reconnue qui entre en politique  et se fait élire sous l’étiquette socialiste en 1945, candidat du bloc Africain. C’est aussi en 1945 que paraît le recueil Chants d’ombre. Mais les luttes de l’indépendance n’apparaissent pas aussi détaillées que les poèmes, je reste un peu sur ma faim.

Président de la République sénégalaise de 1960 à 1980, il accorde une importance primordiale à la Culture . l’auteur écrit : « la politique culturelle de Senghor a donné à partir du Sénégal une notoriété et une dynamique indéniables à la Négritude » cette politique n’est pas du goût des marxistes qui lui reprochèrent d’abandonner la lutte des classes  et d’enfermer l’Afrique dans l’irrationnel. Wole Soyinka :  « the tiger does not stalk about crying his tigritude ». Critiqué aussi par Sekou Touré ou Adotevi (béninois).

Une livre de chair – Shakespeare / En observant Venise M. MacCarthy

 SHAKESPEARE

shakespeare.1290884303.jpg

  Shylock, I, 3 138

This kindness will I show.

Go to my notary, seal me there

Your single bond, and, in a merry sport,

If you pay me not in such a day,

In such a place, such sum or sums as are

Expressed in the condition, let the forfeit

Be nominated for an equal pound

Of your fair flesh, to be cut and taken

In what part of your body plesseth me.

Shylock

Et que je veux montrer.

Venez chez le notaire avec moi, signez moi

Si vous ne me remboursez pas tel jour,

En tel endroit, là ou les sommes qui seront

Mentionnées au contrat que le dédit

Se fixe à une livre de votre belle chair à découper et prendre

En la partie de votre corps qu’il me plaira

MARY MC CARTHY / EN OBSERVANT VENISE

Ce sont  ces mots « une livre de chair » que Mary Mc Carthy  choisit pour raconter non seulement l’histoire du Ghetto de Venise mais aussi l’essor du Capitalisme à Venise et fait un parallèle étonnant entre l’antisémitisme qui assimile juif et usurier,personnifié par Shylock et la vague de répulsion culminant avec la Ligue de Cambrai au début du 16ème siècle unissant toute l’Europe contre Venise. Elle écrit : « on leur(les Vénitiens)attribuait une ambition sansa limite; ils étaient accusés de charcher à dominer le monde, ce qui semble avoir été bien loin de leurs intention….les termes du Pacte de Cambrai , signé par la plupart des puissances de la chrétienté…est un exemple d’hystérie collective , organisée par un politicien aventurier – l’empereur Maximilien en l’occurrence. » Une véritable guerre sainte fut livrée contre Venise. Le pape Jules II prononça l’interdit contre Venise.

« Les Vénitiens étaient haïs à peu près comme étaient haïs les Juifs… ils étaient haïs, jalouséset le savaient. C’étaient des gens à part… »

Il existait, selon elle, un lien subtil entre les Juifs et ls Vénitiens. Les Juifs avait le droit de constituer des banques de prêt. Les autorités interdisaient qu’ont persécutât les Juifs . Si la République tolérait les Juifs, elle ne le faisait pas gratuitement; Le Ghetto était une invention vénitienne, destiné à contrôler les Juifs et à profiter d’eux. La loi interdisant aux Juifs de posséder de la terre la République louait le Ghetto en augmentant régulièrement le loyer. Les immeubles grandisssaient en étages.

Lire Le Marchand de Venise, une pièce antisémite?

CHALLENGE SHAKESPEARE

shakespeare.1290884303.jpg

J’ai attendu très longtemps avant de lire Le Marchand de Venise; Lire une pièce antisémit e en cachette, passe encore. Mais l’analyser dans mon blog me pose des problèmes de conscience.

« La facture est « antisémite  ». Sauf à vouloir lire la pièce au troisième degré, Shakespeare, le grand Shakespeare, semble partager ici les pires préjugés de son siècle « 

affirme une critique de la mise en scène de Cécile Garcia Fogel fort bien documentée.

shylock1.1290969967.jpg

Le génie ne donne aucune excuse. Il faut, certes, remettre la pièce dans son contexte historique où l’antisémitisme était banal dans toute l’Europe. On peut aussi penser qu’une pièce porteuse d’une idéologie délétère et dépassée trouve plutôt sa place aux oubliettes de l’histoire, queShakespeare a écrit assez de chefs-d’oeuvres pour remiser la plus sulfureuse et pourtant on monte encore et encore Le Marchand de Venise.

Le Marchand de Venise c’est Antonio et non pas Shylock comme certains le pensent. Shylock est pourtant le personnage le plus intéressant et le plus ambigü. Comique, c’est  l’usurier, le  vieillard avare et  méchant, renié, abandonné, volé par sa fille, qui pousse sa vengeance au delà de son intérêt et qui maintient son bon droit même quand on lui propose de tripler la somme due. Tragique, c’est l’homme humilié, moqué, insulté parce qu’il est juif, poussé à la vengeance,  dont la tirade est un très bel appel à la tolérance.

« Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes,
des dimensions, des sens, de l’affection, de la passion ; nourri avec
la même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposé
aux mêmes maladies, soigné de la même façon,
dans la chaleur et le froid du même hiver et du même été
que les Chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ?
Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez,
ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ? »

— William Shakespeare, Le Marchand de Venise, Acte III, scène 1[18Cette tirade est un des beaux moments  de To Be Or Not To Be dont j’ai visionné les deux versions ce week end. Lubitsch ou Mel Brook m’on réconciliée avec le Marchand de Venise  ou tout au moins, la vision de Shylock porte parole des juifs face aux nazis est la plus  belle résistance au cinéma.