Bucarest/Paris en chanson! Florin Chilian – DIX (10)

Encore une mélodie  pour un court voyage  de 4 minutes, envoyé par un ami roumain

Florin Chilian – DIX  (10)

 

Dix événements étranges et un miracle
Vous ont amene chez moi, dix
Dix peintres sont tous surpris sans cesse
Comme tu est si belle

Dix jours passent, c’est absurde, que je ne sais pas
Je ne sais pas comment, je ne sais pas où, je ne sais
Meme si je vais vivre dix vies avec toi
Tout serait si peu

Deux étoiles, en parallèle
Des etoiles –  larmes nouees et
Leur lumières sont
Tous, pour vous

Quatre princes, trois châteaux
Des eaux, des chaînes magiques et
Tout le ciel au-dessus
Tous, pour vous

Dix événements étranges et un miracle
T’ont amene chez moi, dix
Dix peintres sont tous surpris sans cesse
Comme tu est si belle

Dix jours passent, c’est absurde, que je ne sais pas
Je ne sais pas comment, je ne sais pas où, je ne sais
Meme si je vais vivre dix vies avec toi
Tout serait si peu

Sept fées, toutes les bonnes
Des lucioles-espoirs dans la nuit et
Les nains des contes
Tous, pour vous

Neuf(9) mages qui arrivent ce soir
Un fer à cheval, en haut, loin
Les trésors de mon  coeur
Tous, pour vous

Dix événements étranges et un miracle
T’ont amene chez moi, dix
Dix peintres sont tous surpris sans cesse
Comme tu est si belle

Dix jours passent, c’est absurde, que je ne sais pas
Je ne sais pas comment, je ne sais pas où, je ne sais
Meme si je vais vivre dix vies avec toi
Tout serait si peu

j’ai trouvé à la mélodie et surtout à son interprétation un air latin d’Italie mais mon correspondant roumain n’est pas d’accord!

lire pour la Grèce : Nikos KAZANTZAKI : Lettre au Greco

Lire pour Voyager/voyager pour lire

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Nous avions visité près de Cnossos, la maison de Kazantzakis, blanche et fleurie. A l’intérieur, ses livres et des photos de mise en scènes théâtrales.

Je croyais deviner l’auteur à travers Zorba. Le narrateur et son manuscrit sur Bouddha, c’était lui. Le personnage de Zorba tellement puissant avait occulté celui de Kazantzakis. Je l’imaginais très différent de celui que livre cette autobiographie. Je l’imaginais, comme Zorba, Crétois puissant et bon vivant. Je découvre un homme rongé par la quête inquiète de Dieu, de l’âme, très mystique détaché des plaisirs terrestres. Enivré à la vue d’un amandier en fleur ou de la contemplation des étoiles mais dédaignant le vin fuyant la femme. Gratte-papier et rat de bibliothèque.

Grand voyageur. Ses voyages sont plus des pèlerinages que des aventures. Ce n’est pas l’aventurier Zorba ! C’est le pèlerin qui parcourt la Grèce, Homère et la Bible à la main. Que ses pas mènent au Mont Athos, à Jérusalem, au Saint Sépulcre, puis au Sinaï où il manque de se faire moine au monastère sainte Catherine. Puis il parcourt l’Italie et séjourne à Assise.

A Paris, il découvre Nietzche et part sur ses pas. A Vienne, Freud, une curieuse maladie psychosomatique lui déforme le visage pour fuir une relation charnelle avec une femme. De Paris et de Vienne, peu de descriptions. Sa vie semble s’être cantonnée aux bibliothèques et aux salles de conférences.

Découverte de Bouddha. Puis Berlin, des femmes juives semblent le détacher du bouddhisme et le conduire à Lénine.

Moscou, Saint Sépulcre rouge ! Communion avec les foules révolutionnaires. Encore l’esprit mystique !

De retour en Crète, il semble s’apaiser et trouver l’écriture.

Toutes les préoccupations mystiques, son inquiétude et sa recherche de l’âme, surprennent. J’ai parfois du mal à accrocher. L’écrivain est tellement sincère et puissant que mes réticences fondent. Quand il rencontre enfin Zorba, je me laisse convaincre. Description tellement vivante de la Crète.  Puissance d’évocation de tous les mythes fondateurs. Enfant, il racontait la Vie des Saints, gorgé d’Homère et de mythologie antique, la Grèce semble complètement animée. Tous les personnages réels ou imaginaires forment une légende qu’il se plaît à réécrire. Aussi bien quand il évoque Albert Schweitzer qu’Ulysse, son grand père paysan, ou un aïeul corsaire. J’ai envie de relire Zorba.

 

Vassilis Alexakis : Le Premier Mot – Stock – 459p.

LIRE POUR LA GRECE???

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Voire : l’essentiel du roman se déroule entre le boulevard Haussmann et à Montparnasse. Le voyage le plus aventureux étant une visite au Musée de la Préhistoire à Saint Germain en Laye, par jour de grève du RER ! Alexakis écrit directement en Français. Et pourtant je me trouve baignée dans la culture grecque. Par le bonheur des mots.

La narratrice raconte son frère Miltiadis, un brillant universitaire, professeur de lettres comparées, à Paris qui a quitté Athènes en 1967 à la suite de la prise de pouvoir des colonels et qui y vit avec Alliki, grecque elle aussi et leur fille Théano qui parle, elle, français. Le roman commence à la veille de Noël qu’ils fêteront en famille. Le soir du 1er de l’an,(p200) Miltiadis succombe à une hémorragie. La narratrice rentrée à Athènes reprend l’avion pour Paris et elle y restera quelques semaines. Peu d’action, aucun suspens, l’intérêt est ailleurs.

L’intérêt est dans le plaisir de la conversation. Les protagonistes sont bavards,  presque tous des universitaires, des linguistes,  aussi neurophysiologistes (une apparition de Changeux), ou préhistoriens. Plaisir des mots, le mot provenant de son contraire le silence mot/muet , absence des mots pour la jeune sourde qui s’exprime par la langue des signes, mots exotiques, du sanscrit au livonien ou au basque…origine ancienne des mots, Miltiadis s’amuse à construire des phrases françaises uniquement avec des mots d’origine allemande, ou arabes .  Son chef d’œuvre est l’histoire du « philosophe Polyandre, poète,  du triomphe d’Eros, démiurge de l’épopée satirique démocratie phagocytée par la politique et d’une anthologie d’aphorismes blasphématoires, critique de cinéma à ses heures eut un épilogue tragique, ostracisé par le Tyran Monotone Archéoptéryx, il fut saponifié par électrolyse au monastère monophysite de l’Eucharistie, à Nécropole. ». Jubilatoire !

Avant sa mort, Miltiadis a exprimé le souhait de connaître le premier mot de l’humanité.  Sa sœur, la narratrice, se lance dans une quête très sérieuse auprès des sommités scientifiques pour trouver ce mot de l’origine. Le premier mot ressemble-t-il aux balbutiements des bébés ? A-t-il été prononcé par les premiers hommes autour d’un feu ? Ou chanté en marchant lors de la longue migration qui a emmené Homo sapiens d’Afrique en Europe ? De longues digressions étayent ces hypothèses. Plus ou moins sérieuses, ou farfelues…

La Grèce n’est pas oubliée. La narratrice sait qu’en perdant son frère elle a perdu le témoin de leur enfance en Grèce, de leurs parents décédés. Elle a le pouvoir d’entendre les fantômes de ses parents et entretient un dialogue permanent avec Miltiadis après sa mort. Classant des papiers et retrouveson journal racontant de pittoresques évènements survenus pendant ses vacances dans les îles…

Daniel DELAS : Léopold Sédar Senghor – Le maître de langue – éditions aden 300p

Lire pour l’Afrique

Dans ma liste « Lire pour l’Afrique » j’ai omis un des plus grands: Senghor. Probablement parce que je lis plus volontiers des romans que de la poésie. Homme de lettres ou politicien, Senghor est incontournable. Je répare donc cet oubli avec cette biographie très détaillée.

Léopold, chrétien, Sédar Sérère, Senghor nom dérivant du Senhor ? Ces deux prénoms et ce nom sont déjà tout un programme. Elève des Missions et du séminaire, sa scolarité ne vient pas en contradiction avec sa tradition comme pour Cheikh Hamidou Kane ou Hampâté Bâ. Au contraire, Senghor se destine à la prêtrise et acquiers une excellente connaissance du latin et du grec qui lui ouvrira de brillantes études universitaires.

Arrivé en 1928 de Dakar à Paris à 22 ans en hypokhâgne puis en khâgne à Louis-le-Grand où il fait connaissance avec Georges Pompidou qui sera son ami. Delas analyse en détail les courants de pensée de l’époque, Barrès et Gide, Emmanuel Mounier, Bergson et Teilhard de Chardin. En 1931, Senghor rencontre Aimé Césaire que « tout opposait…. » »l’Africain de bonne famille …paysanne, formé par les prêtres, le bûcheur » et « l’Antillais issu d’une petite bourgeoisie urbaine, qui voit dans la laïcité le moyen de s’élever, brillant mais peu travailleur, radical et exalté ». En compagnie de Césaire, Senghor fréquente des Antillais mais aussi des américains, » en quête du New Negro poet ».

De cette rencontre jaillit le concept de Négritude et cette phrase : « l’émotion est nègre comme la raison est héllène »(1937) qu’on lui a reprochée. Mélange qui pourrait définir l‘auteur, distingué humaniste, agrégé de lette classique.

C’est autour de la Seconde Guerre mondiale que son activité de poète s’affirme et que sont publiés ses premiers recueils. Professeur, il s’affranchit des professeurs qui le soutenaient. Il peut s’engager politiquement et syndicalement, adhérant à la SFIO et soutenant le Front Populaire.

Citoyen français, il est mobilisé et se retrouve prisonnier de guerre dans un régiment de tirailleurs sénégalais échappant de peu à la fusillade et subit la discrimination raciale.

De l’après guerre 1944-1960, « POLITIQUE AMOUR ET POESIE » l’accent est plutôt mis sur la poésie. Senghor retrouve l’intelligentsia parisienne, Sartre et Beauvoir, rédige une thèse de doctorat en linguistique. C’est une personnalité reconnue qui entre en politique  et se fait élire sous l’étiquette socialiste en 1945, candidat du bloc Africain. C’est aussi en 1945 que paraît le recueil Chants d’ombre. Mais les luttes de l’indépendance n’apparaissent pas aussi détaillées que les poèmes, je reste un peu sur ma faim.

Président de la République sénégalaise de 1960 à 1980, il accorde une importance primordiale à la Culture . l’auteur écrit : « la politique culturelle de Senghor a donné à partir du Sénégal une notoriété et une dynamique indéniables à la Négritude » cette politique n’est pas du goût des marxistes qui lui reprochèrent d’abandonner la lutte des classes  et d’enfermer l’Afrique dans l’irrationnel. Wole Soyinka :  « the tiger does not stalk about crying his tigritude ». Critiqué aussi par Sekou Touré ou Adotevi (béninois).

Une livre de chair – Shakespeare / En observant Venise M. MacCarthy

 SHAKESPEARE

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  Shylock, I, 3 138

This kindness will I show.

Go to my notary, seal me there

Your single bond, and, in a merry sport,

If you pay me not in such a day,

In such a place, such sum or sums as are

Expressed in the condition, let the forfeit

Be nominated for an equal pound

Of your fair flesh, to be cut and taken

In what part of your body plesseth me.

Shylock

Et que je veux montrer.

Venez chez le notaire avec moi, signez moi

Si vous ne me remboursez pas tel jour,

En tel endroit, là ou les sommes qui seront

Mentionnées au contrat que le dédit

Se fixe à une livre de votre belle chair à découper et prendre

En la partie de votre corps qu’il me plaira

MARY MC CARTHY / EN OBSERVANT VENISE

Ce sont  ces mots « une livre de chair » que Mary Mc Carthy  choisit pour raconter non seulement l’histoire du Ghetto de Venise mais aussi l’essor du Capitalisme à Venise et fait un parallèle étonnant entre l’antisémitisme qui assimile juif et usurier,personnifié par Shylock et la vague de répulsion culminant avec la Ligue de Cambrai au début du 16ème siècle unissant toute l’Europe contre Venise. Elle écrit : « on leur(les Vénitiens)attribuait une ambition sansa limite; ils étaient accusés de charcher à dominer le monde, ce qui semble avoir été bien loin de leurs intention….les termes du Pacte de Cambrai , signé par la plupart des puissances de la chrétienté…est un exemple d’hystérie collective , organisée par un politicien aventurier – l’empereur Maximilien en l’occurrence. » Une véritable guerre sainte fut livrée contre Venise. Le pape Jules II prononça l’interdit contre Venise.

« Les Vénitiens étaient haïs à peu près comme étaient haïs les Juifs… ils étaient haïs, jalouséset le savaient. C’étaient des gens à part… »

Il existait, selon elle, un lien subtil entre les Juifs et ls Vénitiens. Les Juifs avait le droit de constituer des banques de prêt. Les autorités interdisaient qu’ont persécutât les Juifs . Si la République tolérait les Juifs, elle ne le faisait pas gratuitement; Le Ghetto était une invention vénitienne, destiné à contrôler les Juifs et à profiter d’eux. La loi interdisant aux Juifs de posséder de la terre la République louait le Ghetto en augmentant régulièrement le loyer. Les immeubles grandisssaient en étages.

Lire Le Marchand de Venise, une pièce antisémite?

CHALLENGE SHAKESPEARE

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J’ai attendu très longtemps avant de lire Le Marchand de Venise; Lire une pièce antisémit e en cachette, passe encore. Mais l’analyser dans mon blog me pose des problèmes de conscience.

« La facture est « antisémite  ». Sauf à vouloir lire la pièce au troisième degré, Shakespeare, le grand Shakespeare, semble partager ici les pires préjugés de son siècle « 

affirme une critique de la mise en scène de Cécile Garcia Fogel fort bien documentée.

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Le génie ne donne aucune excuse. Il faut, certes, remettre la pièce dans son contexte historique où l’antisémitisme était banal dans toute l’Europe. On peut aussi penser qu’une pièce porteuse d’une idéologie délétère et dépassée trouve plutôt sa place aux oubliettes de l’histoire, queShakespeare a écrit assez de chefs-d’oeuvres pour remiser la plus sulfureuse et pourtant on monte encore et encore Le Marchand de Venise.

Le Marchand de Venise c’est Antonio et non pas Shylock comme certains le pensent. Shylock est pourtant le personnage le plus intéressant et le plus ambigü. Comique, c’est  l’usurier, le  vieillard avare et  méchant, renié, abandonné, volé par sa fille, qui pousse sa vengeance au delà de son intérêt et qui maintient son bon droit même quand on lui propose de tripler la somme due. Tragique, c’est l’homme humilié, moqué, insulté parce qu’il est juif, poussé à la vengeance,  dont la tirade est un très bel appel à la tolérance.

« Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes,
des dimensions, des sens, de l’affection, de la passion ; nourri avec
la même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposé
aux mêmes maladies, soigné de la même façon,
dans la chaleur et le froid du même hiver et du même été
que les Chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ?
Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez,
ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ? »

— William Shakespeare, Le Marchand de Venise, Acte III, scène 1[18Cette tirade est un des beaux moments  de To Be Or Not To Be dont j’ai visionné les deux versions ce week end. Lubitsch ou Mel Brook m’on réconciliée avec le Marchand de Venise  ou tout au moins, la vision de Shylock porte parole des juifs face aux nazis est la plus  belle résistance au cinéma.

Shakespeare : VO ou VF ? j’ai choisi l’édition Bilingue du Marchand de Venise

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LIRE LE MARCHAND DE VENISE OU THE MERCHANT OF VENICE ?

florie.1290921902.jpg         Après avoir lu l’excellent billet de Florie recensant les 25 000 vocables de le langue shakespearienne dans le blog de claudialucia,un doute m’ a prise. Comment serais-je capable de lire la pièce dans le texte?Pourtant je suis capable de traverser tout Paris pour voir un film en VO et je zappe systématiquement un film que j’adore, Valse avec Bachir,  par exemple, parce qu’Arte a le mauvais goût de le diffuser en VF.

Pour les anglicistes pressées ou fauchées, je signale également qu’il est très facile de télécharger les pièces de Shakespeare sur l’ordi. Mais là, mon plaisir a été gâché: lire sur écran me fatigue, je n’arrive pas à me concentrer, les lignes s’emmêlent, je n’y comprends rien….

Ma décision est prise : je commande l ‘édition Bilingue: GF-Flammarion (6€80)

Discipline de lecture : commencer par la  page de gauche (anglais) et n’aller voir à droite que si le texte est obscur.

ActeI, 1, 140

In my school-days, when I had lost one shaft

I shot his fellow of the self-same flight

The same way, with more advised watch,

To find the other forth, and by adventuring both,

I oft found both: I urge this chilhood proof,

Because what folllows is pure inocence….

I  owe you much, and like a wilful youth,

That which I owe is lost – but if you please

To shoot another arrow, that self way …

Que vient faire cette histoire de flèche dans le dialogue entre Antonio et Bassanio? Bassanio confie à son ami ses revers de fortune et son amour pour une dame.  Antonio est tout à ses affaires de bateaux et à ses marchandises. Sûrement, je n’ai rien compris!

Traduction  :

Quand, écolier je perdais une flèche,

Je lançais sa pareille à la même portée

En même direction, mais la regardant mieux

Pour trouver la première et, en risquant deux

Les retrouvais : je prend cet exemple enfantin

Car ce qui suit n’est que pure candeur

Je vous dois tant et j’ai, jeune fantasque,

Perdu ce que je vous dois; même s’il vous plait

Lancer une autre flèche en même direction

Que la première et je ne doute pas, 

Tant je suivrai son vol, ou de trouver les deux 

Ou de vous rapporter la dernière hasardée 

Et de vous devoir la première avec gratitude

La traduction m’a confortée,ce n’était pas l’anglais qui était compliqué mais la fantaisie de Shakespeare! Pour emprunter de l’argent à son ami, Bassano nous raconte des histoires de tir à l’arc! Cet exemple m’enchante! Dès la première scène , me voilà avertie, je vais me perdre avec délices dans des digressions inattendues. Ses personnages n’ont cure de la logique, ni l’auteur de celle des spectateurs. Il va falloir me laisser enchanter dans des lieux incongrus, accepter des changements de décor, sauter à la scène 2 la lagune pour me retrouver dans le chateau de Belmont. Les règles classiques d’unité de temps et de lieu n’ont pas cours dans le théâtre Elisabethain.

Bassanio et Antonio conversent en vers, mais ce sont des vers qui ne riment pas je compte les pieds, 10-9-10-12,…. on est loin des alexandrins classiques! La belle dame Portia et sa servante utilisent la prose. Plus déroutant encore Bassanio et shylock commencent leur dialogue en prose, surgit Antonio et Shylock se lance dans une tirade en vers. Il me semble par la suite que  les gentilhommes et des grandes dames utilisent les vers, les serviteurs la prose. Quoique Nérissa, à la fin promise à un brillant mariage, s’exprime alors en vers.

Aurais-je remarqué cela dans une traduction française?

Challenge Shakespeare : c’est parti!

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Depuis que Claudialucia  banniere-de-claudialucia1289767198.1290884789.png   m’a inscrite au Challenge Shakespeare, je vois Shakespeare partout! De Venise à Corfou en passant par Vérone…en passant par Varsovie!

dague.1290885183.jpgSans parler des dagues ensanglantées,crane.1290885222.jpg   des cranes, des forêts qui avancent;

Complot, jalousie, intrigues…il y a quelque chose de pourri….

Quel vaste sujet!

j’ai choisi de rester dans mon domaine de prédilection : Le Marchand de Venise et la Tempête pour ne pas m’égarer dans l’oeuvre immense du Grand Will!

Je fait appel à toutes les blogueuses du défi pour m’envoyer des conseils de lecture. je cherche le Juif de Malte de Marlowe qui aurait inspiré Shakespeare, entre autres….

maggie.1290884868.jpg maggie

et encore toutes et tous les autres

Philip ROTH : Exit le fantôme


Si je n’avais pas lu la Tache et j’ai épousé un  communiste je n’aurais sans doute pas ouvert ce livre.

 L’histoire de Zuckerman diminué par l’âge et la maladie (il est incontinent et perd la mémoire) reclus dans la campagne, ne m’aurait pas attirée. Mais voilà, Roth est un écrivain majeur et même sur ce thème plutôt rébarbatif,  il construit une intrigue attachante. Zuckerman, écrivain reconnu, tombe amoureux d’une jeune femme écrivain – une fan – En miroir, il raconte l’histoire de Lonof, un écrivain maintenant oublié, dont il rencontre la dernière compagne, une étudiante Amy Bellet, maintenant vieille femme atteinte d’un cancer….le dernier personnage du roman, et non le moindre est la ville de New York que Philip Roth évoque un peu à la manière de Woody Allen. La New York des intellectuels de gauche, juifs,  démocrates le lendemain de la réélection de Bush en 2004.

Philip ROTH – La tache

 

Après avoir lu Indignation, je suis allée voir mes notes de lectures concernant Philip Roth. La Tache est probablement l’ouvrage de Roth qui m’a le plus impressionnée

Quelle est-elle cette tache ?

Est ce le secret d’une vie ?

Le dérapage de ce professeur qui, d’une parole malencontreuse, se voit stigmatisé de l’infamante réputation de raciste ?

La couleur noire, cachée, qui risque de ressurgir à la naissance d’un enfant ?

Le déni de la mère qui a coupé toute une famille de ses origines ?

Au début du roman, en Nouvelle Angleterre, nous faisons la connaissance d’un professeur d’université juif qui, ayant traité des étudiants absentéistes de zombies, se trouve entraîné dans une spirale infamante le mènant à la démission, à la mort de son épouse.

Brusquement, le lecteur est propulsé dans l’adolescence d’un jeune Noir brillant étudiant, sportif complet qui porte le même nom que le professeur. J’ai eu un temps d’hésitation : Ai- je bien lu ? Ai-je compris ? Est-ce que quelque chose m’a échappé ?

Dans les années 40, la ségrégation était si imposée qu’une des solutions aux Noirs voulant échapper à leur sort, à condition que leur peau soit assez claire était de choisir de « changer de couleur ». C’est cette histoire que conte Roth, se faire passer pour Juif n’était pas impossible.

Les conséquences de ce « changement » sont à la base du roman.D’autres personnages hors normes apparaissent : le vétéran du Viet Nam, détruit par la guerre, porteur d’une violence inouïe.  La femme victime de toutes les violences, inceste, coups, qui se construit une position complètement marginale, allant jusqu’à feindre l’illétrisme pour conforter cette position (pourquoi ?) curieux personnage d’une intellectuelle française, normalienne, belle, brillante, mais complètement perverse qui se moule dans le « politically correct » pour s’imposer dans cette université américaine très provinciale.

Les personnages sont très marginaux et très originaux, Roth ne les coupe pas de leur contexte historique et sociologique. Il les inscrit dans l’Amérique de 1998 en pleine affaire Monica Lewinsky. il en profite pour dénoncer ce conformisme américain étroit, bien pensant du « politically correct » et la pruderie .Tout est plus compliqué que le manichéisme simplificateur qui semble animer la pensée politique américaine de notre époque .