Hyères-les-Palmiers – Bormes-les-Mimosas

CÔTE D’AZUR

Vieux Salins Hyères les palmiers

promenade des Vieux Salins à Hyères 

Une journée splendide s’annonce. Allons à la mer !

Randonnée Visorando : de Vieux salins à Hyères à La Londe-les-Maures (10.5 km – 3 h)

Le sentier longe les vieux salins : eau lisse, bleue entourée de salicornes roses presque rouge. Les salicornes deviennent rouges quand elles se gorgent de sel mais alors elles ne sont plus comestibles. Des flamants roses arpentent le bassin, ils marchent très lentement déroulant leurs longues pattes roses avec précaution. Une aigrette blanche est très active. Dans les buissons des passereaux volètent. C’est un beau parcours mais un peu trop fréquenté.

A Miramar, le petit port de La Londe-les-Maures je marche le long de l’eau sur le sable mouillé. Un tour sur le port à reluquer les menus des restaurants et brasseries. Un pont enjambe le fleuve Maravenne, je continue sur la plage de l’Argentière jusqu’au parking. H15, 8000 pas. Il est midi, les promeneurs déjeunent et j’ai la voie libre pour un retour très agréable.

Bormes-les-Mimosas

le village de Bormes les mimosas

Bormes-les-Mimosas est un village perché à flanc de colline. On monte au village sur une pente très escarpée par des virages très serrés. Arrivée au vieux village, le plus raisonnable serait de laisser la voiture au parking Saint François (payant). Dominique a préféré se garer à l’écart sur la route. A l’intérieur du village, la circulation est réservée aux riverains.

Je découvre d’abord la Chapelle Saint François-de-Paule, moine calabrais qui aurait délivré le village de la Peste en 1481. La chapelle fut édifiée en 1560. Elle est accompagnée d’un grand cyprès.

En face, l’esplanade des boulistes occupe une terrasse d’où l’on jouit d’un beau panorama sur la mer et le village ancien. Les maisons colorées s’étagent comme dans un amphithéâtre. Au fond de l’esplanade, une vieille tour ronde est l’ancien moulin à farine. Dans un coin, la Mairie, et juste derrière le Parc Gonzalez.

parc Gonzalez – flore australienne clochettes blanches

Le Parc Gonzalez est consacré à la flore australienne. Jardin imaginé par Gilles Augias.  Il fut aménagé en 2003, 1000m3 de terre végétale fut amenée puis on construisit des terrasses. La situation du parc étant brûlante, un paillage d’écorces de chêne-liège broyées recouvre toute la surface pour limiter l’évaporation et la croissance des adventices. Le sous-sol constitué de Gneiss de Bormes, de Schistes et micaschistes, sol acide et schisteux, où poussent arbousiers, bruyère arborescente et chêne-liège, bien drainant convient parfaitement au mimosa.

parc Gonzalez fleur australienne étrange

C’est un dépaysement total dans ces fleurs inconnues aux noms exotiques Gravillea, Banksia, Melaleuca, fleurs aux structures étranges, petits tubes enroulés, poilues. Pétales ou étamines, pistil ? les bourdons s’y reconnaissent et butinent sans relâche.

Bormes les Mimosas parc Cigalou terrasse

Le Parc du Cigalou es sous le parc Gonzalez il a une très belle terrasse bordée de balustres de pierre sous de grands palmiers avec une belle vue sur toute la baie.

Eu creux du vieux village, la place du marché avec ses platanes bien élagués, les façades roses orangées des boutiques, Maison de la Presse, Office de Tourisme d’un côté et en face, un hôtel avec sa rangée de cinq hauts palmiers. Invisibles d’abord les ruelles de l’anciens village descendent sous l’Eglise Saint Trophyme. La rue principale réunit des boutiques pour touristes, savonnerie, lavande, souvenirs (haut de gamme). Perpendiculairement, des ruelles en pente. L’une d’elle a un nom amusant « rompi-coui ». Un peu plus haut, la « draille des bredouilles » se cache à l’extérieur des murs et permettaient aux chasseurs à la gibecière vide de ne pas essuyer les moqueries des villageois. Encore plus haut, le château est perché sur la colline.

 

Le jardin du Rayol – plage de Cavalaire

CÔTE D’AZUR

Col de Canadel

De notre gîte à La Môle au Rayol il y a une douzaine de km par le Col de Canadel et une bonne trentaine si on fait le tour par la grande route par Cogolin et la Croix-Valmer. La route de Canadel est coupée par des travaux d’Enedis. Nous voyons des cyclistes qui descendent du col.

« Peut-on passer quand même ? » je demande. D’après eux la tranchée a été rebouchée, il y aurait une petite marche mais tout à fait négligeable.

On passe. Tôt le matin, il n’y a personne. La montagne est toute fleurie de mimosas surtout du côté de la mer. C’est une merveille. Je descends à pied faire des photos et surtout profiter du parfum des mimosas. Un homme et une femme ramassent des graines de genièvre.

Jardin du Rayol flore de l’Australie : mimosas

Nous arrivons à l’ouverture du Domaine de Rayol que j’avais visité à la mi-mars, après la floraison des mimosas. Ce jardin des Méditerranées conçu par Gilles Clément est promesse d’un voyage.

En février le jardin est jaune, de mimosa et des fleurs d’oxalis pointant de coussins verts qui ressemblent à des trèfles.

Canariesavec  aeoniums et dragonnier, et Californie. Je suis éblouie par les mimosas Australiens de toutes tailles, de différentes espèces, épanouis en grappe, en touffes, en inflorescences vaporeuses ou en pompons alignés, en épis fournis, en boules serrées. Tout est jaune autour de moi. Fragrances délicieuses.

Rayol : flore Amérique centrale aride

Les acanthes aux grandes feuilles découpées vernies remplacent les oxalis, puis le sol est couvert de rampante bleutée. Des eucalyptus géants terminent la perspective de marches de briques bordée de cyprès. Une colonnade délimite un palier avec une pergola et je quitte Australie et Eucalyptus pour arriver en Amérique subtropicale aux plantes très graphiques.

Chênes-liège, arbutus, petit-houx, lentisques me voici revenue en pays de connaissance en Provence. Des palmier- doums et les floraisons des oxalis tranchent avec ces plantes de maquis. Dans l’ombre profonde s’épanouissent des pervenches d’un bleu très pâle. Espace sauvage. Je suis seule avec les oiseaux.

Fraîcheur d’un vallon, deux petits ponts aux garde-corps en ferronnerie et une haie de bambous…

La rumeur des vagues m’a avertie que j’approche de la mer.

Rayol Nouvelle Zélande

Palmiers et fougères arborescentes au creux du vallon où coule un petit ruisseau ? J’arrive en Nouvelle Zélande.

Nous avons retrouvé la Plage de Cavalaire qui s’étend jusqu’à la Croix Valmer et la Plage du Débarquement. C’est une belle promenade sur la digue, chaussée à l’aller, pieds nus dans l’eau presque tiède au retour.

Le Soleil des mourants – jean-claude Izzo

MARSEILLE

« Condamné, c’était peut-être ça la seule réponse. La réponse à tout. Ne plus vouloir revenir dans cette société, ce n’était pas de l’impuissance. Seulement une grande fatigue à vivre après tant d’heures et d’heures de misère. La mort de Titi. Les colères de Dédé. Les silences de Félix. Pourquoi tenter de remonter à la surface des choses ? »

Le Soleil des mourants paru en 1999 est le dernier livre de J.C. Izzo décédé en 2000. Ce n’est pas un roman policier comme la Trilogie de Fabio Montale. 

Ce roman s’attache à des hommes et ces femmes SDF : Titi, trouvé mort de froid dans le métro parisien, Rico, son copain, veut fuir le froid et retrouver le soleil et ses souvenirs heureux à Marseille, Marjana, la bosniaque  a vu sa famille massacrée par un ami de la famille et  vit sous la menace de son passeur/mac et, enfin, Abdou, jeune mineur algérien orphelin des violences du FIS, déjà toxico. 

Roman empathique. On suit les galères de Rico qui veut rejoindre Marseille et le soleil. Rico a été un cadre commercial à Rennes, il a vécu une existence bourgeoise, est père de famille et tout s’est écroulé à son divorce. A Avignon, il partage quelques temps un abri avec Marjana, la bosniaque, survivante d’un massacre, déjà fantôme….

Je te l’ai expliqué, Rico, je suis comme si j’étais morte. Toi, je ne sais pas où tu es mort. Ni quand. Mais tu es
comme moi, ça, je le sais. On se trimballe avec nos vieilles peaux. Nous ne sommes plus que des emballages
vides.

A l’arrivée à Marseille, Izzo promène son héros dans le décor familier du port, du Vieux Port et du Panier.

Place des Moulins, dans le Panier – le vieux quartier, proche du port –, Rico découvrit que Marseille était une ville de collines. Léa lui avait fait grimper les marches de la montée des Accoules. – C’est seulement en marchant, en flânant, que l’on peut prendre conscience qu’ici on n’arrête pas de monter, de descendre, de remonter.

Ces ruelles aux noms chantants, et qui l’émerveillaient : rue du Refuge, rue de Lorette, rue des Pistoles, rue du
Petit-Puits… Place de Lenche, un orage violent les surprit, et ils se replièrent chez Léa.

Est-ce que la misère serait moins dure au soleil?

De Marseille à La Môle par le chemin des Crêtes et Carqueiranne

CARNET PROVENCAL/CÔTE D’AZUR

parc des Calanques – route des crêtes

routes des Crêtes de Cassis à la Ciotat – déjeuner à Carqueiranne – Bormes les Mimosas

Nous quittons vers 9h Marseille d’Est en Ouest par un long tunnel payant qui débouche dans le IX ème arrondissement vers Mazargues, Cabot, Le Redon. Nous passons sous l’énorme barre blanche de la copropriété La Rouvière à la Panouse que j’avais repérée du bateau du Château d’If. Le grand rectangle blanc tranchait sur le paysage et m’avait paru monstrueux. Elle a été érigée au début des années 60 pour héberger les rapatriés d’Algérie. Un peu plus loin, sur la route de Cassis je découvre Luminy et son campus. Nous entrons dans le Parc National des Calanques aux montagnes blanches arides. Les Calanques sont inaccessibles en voiture.

Cap Canaille et Cassis

Après Cassis, le Cap Canaille avec sa haute falaise se détache. On parvient très vite au sommet de la plus haute falaise de France (394 m) par des lacets serrés. De belvédères partent des sentiers dans la garrigue pour atteindre le rebord de la falaise. Vertigineux ! le romarin en fleur, les bruyères se détachent sur le bleu intense de la mer. Nous sommes passées, il y a une dizaine d’années par grand vent et Dominique avait été prise de vertige. Soit la route a été élargie, soit le temps magnifique a contribué à nous sécuriser. Après plusieurs arrêts nous avons trouvé le parcours trop rapide. Les grands pins pignons nous ont étonnées. Ils ont été plantés après un incendie en 1982. Spectaculaires aussi ces rochers, grottes, arches du côté-terre.

Nous voulions éviter l’autoroute et rester en bord de mer. Rapidement nous en avons assez de rouler dans les stations balnéaires entre feux rouge, ralentisseurs et passages-piétons nous rejoignons l’autoroute avant Bandol. Traversée en souterrain de Toulon.

Carqueiranne

Déjeuner sur le bord du port de Carqueiranne qui semble être un haut lieu de la pétanque. Côté port deux rectangles sablés entourés de planches formant des bancs. Deux hommes avec de la ficelle s’affairent à tracer les terrains, survient un troisième avec un cerceau. Au-dessus des rochers, un parc arboré est aussi dédié à la pétanque : « la Boule des pins penchés », au sol les rectangles sont très étroits et très longs délimités par des lignes blanches permanentes.

Bormes les Mimosas

Je n’ai pas emporté de documentation touristique pour le Var comptant sur celle des Offices de Tourisme. L’OT de Bormes-les-Mimosas est ouvert le samedi après-midi. Ce n’était pas vraiment une bonne idée. Ce week-end à Bormes-les-Mimosas, se déroule le Corso, la fête du Mimosa en pleine floraison. Le parking est très difficile.  Le village est occupé par diverses anima tions. Trois comédiens-danseurs costumés en jaune se trémoussent. Des ateliers sous des barnums occupent la place : peinture de bouquets de mimosa pour els enfants, pompons jaunes et divers travaux manuels avec de la laine jaune (enfants + dames âgées) . Un petit marché touristique propose des spécialités locales et du mimosa. A l’Office de Tourisme les hôtesses sont débordées. Je n’en tirerai rien de bien intéressant.

Courses au Leclerc de Cogolin, immense.

notre cabanon dans les vignes

Nous retrouvons avec grand plaisir notre « cabanon dans les vignes »Je ne me souvenais pas que la chambre était si jolie avec le linge en dentelle et les rideaux à volants brodés, couette assortie, la commode ancienne et les grandes photos de cerisiers blancs en fleur.

Dimanche nous retournons à La Londe-les-Maures sur le sentier côtier de l’Argentière à Cabasson (en face de Brégançon). Sentier spectaculaire, magnifique, mais un peu trop fréquenté le dimanche matin. On y reviendra en semaine !

Marseille : Le Château d’If

CARNET PROVENCAL 

le château d’If

11h45 sur le  Vieux Port . L’Ombrière ne me séduit pas , Peut-être l’été par temps chaud ?

Coup de chance : le bateau pour le Château d’If part dans 5 minutes, j’ai juste le temps d’acheter le ticket (11€), un homme d’équipage m’assure qu’il ne partira pas sans moi.

Voir le fort Saint Jean et le Mucem du bateau est un régal. L’architecture gagne en cohérence.

A peine dix minutes de traversée. Le bateau s’approche du quai, pas de grosses cordes ni de chaînes. Pas de passerelle non plus ; il faut sauter sur le quai. Un marin attrape le coude des moins rassurés. Une feuille de papier sur un petit panneau indique les prochains passages. Le prochain 12h55, après 14h15.

le Fort Saint Jean vu du Bateau

Une visite guidée vient de commencer dans la cour du château. François 1er décida de sa construction en 1529 pour surveiller le Port de Marseille et les galères royales. En 1591, la ville de Marseille refusa de reconnaître l’autorité d’Henri IV parce qu’il avait été protestant. Le gouverneur du château d’If, fidèle au roi fit bâtir des fortifications qui seront surélevées en 1604 puis en 1701 par Vauban.

graffiti prisonnier 1848

Plus qu’une place forte, If fut une prison d’Etat où furent incarcérés des prisonniers politiques comme le chevalier d’Anselme 1580 accusé de complot. Le Masque de fer y aurait séjourné. Avec la Révocation de l’Edit de Nantes des protestants y auraient été entassés avant d’être enchaînés aux galères. Mirabeau, sur lettre de cachet, à la demande de son père y rédigea l’Essai sur le Despotisme. JB Chataud, commandant du Saint-Antoine qui aurait amené la peste à Marseille en 1720.

Le corps de Kléber, assassiné en Egypte, embaumé dans son cercueil aurait été « oublié » pendant 17 ans de 1801 à 1818.

En 1848, les ouvriers, tailleurs de pierre de Marseille, contraints de travailler une heure supplémentaire non payée se révoltèrent. Incarcérés, ils laissèrent des « graffiti », souvenir de leur emprisonnement. Gravure de belle facture très émouvantes. Graffitis aussi des Communards de 1971 en attente de déportation. Combien y moururent ? Selon le guide, les conditions étaient si dures que l’espérance de vie était de huit mois. Certains prisonniers « à la pistole », comme Mirabeau, qui payaient une pistole par jours étaient mieux traités et avaient même une cheminée.

La légende du Château d’If, c’est bien sûr le Comte de Monte-Christo sur lequel s’étend le guide qui montre la cellule-présumée de l’Abbé Farias, celle d’Edmond Dantès….mais je suis plus touchée par les traces des véritables prisonniers.

J’aurais pu passer plus longtemps dans le château lire tous les panneaux, regarder les reproductions mais je voudrais prendre le bateau de 12h55 pour être de retour pour déjeuner.

Et voici à 14h45 que je vois un bac s’éloigner. On me rassure, celui de 12h55 sera au rendez-vous, en revanche il ne rentre pas directement au Vieux Port. Il fait d’abord escale dans les îles du Frioul et ce sera beaucoup plus long, près de 40 minutes ! Manque de chance, il se met à pleuvoir et la « croisière » enfermée est moins agréable. Je remarque un bloc d’immeuble, rectangle blanc qui barre le paysage vers l’est.

Nous retournons déjeuner face à la mer sous le soleil revenu.

Marseille – La Vieille Charité et le quartier du Panier

CARNET PROVENCAL

le panier

Itinéraire p. 34 à p. 50 du petit guide Hachette Marseille et ses Calanques. (Quartier 2)

Ce petit guide est tout à fait pratique avec ses petites cartes à l’échelle du quartier, très petit 10.5×15.5 cm vraiment un format de poche avec des explications claires.

J’ai très présentes à l’esprit les lignes le Prologue  Rue des Pistoles vingt ans après de Total Khéops d’Izzo et je vais mettre mes pas dans ceux de Fabio Montale  qui gravit les marches de la Montée des Accoules puis la Rue du Panier,

Dominique a retrouvé une place de parking (payant) rue Saint Jean et je monte dans la colline, par des rues en pente et des escaliers. Je débouche sur la Place du Lenche qui est aussi en pente. C’était l’emplacement de l’ancienne agora grecque. Une plaque commémorative rappelle que l’ancien quartier Saint Jean, la « Petite Naples » fut détruite par les Allemands en février 1943, 1500 immeubles rasés, les Juifs déportés. Les murs des petites rues sont bien décorées en Street Art. J’ai bien aimé la fresque peinte sur un coin ; sur un mur on reconnait les quartiers de Marseille et ses monuments emblématique, sur l’autre mur la fameuse partie de cartes de Pagnol.

La partie de Cartes

Du Street-Art, il y en a partout, rue du Refuge, Rue des Repenties qui rappellent un couvent qui « soignait les brebis galeuses » prostituées ou femmes adultères. J’arrive enfin rue des Pistoles, chez Lole…

La Vieille Charité

Tout près, la Vieille Charité  et retrouve Izzo :

« Je passai devant la Vieille-Charité, le chef-d’œuvre – inachevé – de Pierre Puget. Le vieil hospice avait hébergé les pestiférés du siècle dernier, les indigents du début du siècle, puis tous ceux que les Allemands avaient chassés de chez eux après l’ordre de destruction du quartier. Il en avait vu de la misère. Il était maintenant flambant neuf Sublime dans ses lignes, que la pierre rose mettait en valeur. Les bâtiments accueillaient plusieurs musées, et la grande chapelle était devenue un lieu d’exposition. Il y avait une librairie, et même un salon de thé-restaurant. Tout ce que Marseille comptait d’intellectuels et d’artistes venait s’y montrer, presque aussi régulièrement que moi j’allais à la pêche. Il y avait une exposition César, ce génie marseillais qui a fait fortune en faisant des compressions de tout »

Œuvre de l’architecte marseillais Puget (1620-1694) que je connaissais plus comme sculpteur. La Vieille Charité correspond à un projet hospitalier et carcéral . En 1640 le Conseil de Ville décide, selon la politique royale de « grand renfermement des pauvres » de rassembler dans un lieu propre les pauvres natifs de Marseille. La chapelle d’inspiration romaine (Puget voyagea en Italie) a été remaniée au deuxième Empire. Le Corbusier la fit classer aux Monuments historique et s’en inspira pour sa Cité Radieuse. Calme d’un cloître bordé de trois étages d’arcades, de moins en moins hautes vers les étages supérieurs.

Un centre de poésie avec une bibliothèque est installé au rez-de-chaussée tandis qu’au premier se trouve le Musée des Antiquités méditerranéennes. Antiquité égyptiennes et grecques. Tentant.

Je ne fais qu’une rapide incursion dans la section égyptienne où se trouve la Collection Clot Bey – Antoine Barthélémy Clot, médecin à l’Hôtel-Dieu de Marseille démissionna de dépit de ne pas avoir obtenu la promotion qu’il pensait mériter, partit en 1825 en Egypte où il resta jusqu’en 1849. Il y soigna Mehmet Ali, créa un Conseil de santé et une Ecole de médecine, introduisit la vaccination et lutta contre une épidémie de peste. Pendant son séjour en Egypte il réunit une belle collection qu’il fit don à la Ville de Marseille. Les antiquités sont très bien présentées, on se croirait à l’intérieur d’un mastaba. Je suis la seule visiteuse et la dame me fait les honneurs des vitrines.

Malheureusement il me faut négliger les antiquités grecques ou du Proche-Orient. Je veux garder du temps pour flâner dans le quartier du Panier.

Rue du Petit-Puits, de nombreuses boutiques de savons, santons des galeries chics. Place de Lorette un mur est tout écrit.

Street Art au Panier

Je cherche l’Hôtel-Dieu et tournicote dans les rues, un vrai labyrinthe malgré le plan du Guide Hachette. Le clocher des Accoules me sert de repère, je trouve enfin la Montée-des Accoules  et le Préau des Accoules : dans le collège des Jésuites (1702) on installa en 1863 le Musée des enfants où se déroulent en ce moment des animations, il y a également une exposition qui leur est destinée : « Elles ! les femmes artistes » mais les visites libres sont après 16 h.

Hôtel dieu

Au pied de la Montée des Accoules, que je redescends je trouve enfin l’Hôtel-Dieu monumental transformé en Palace Continental. Près de la grille je remarque le buste de de Honoré Daumier (né à Marseille en 1808). Il domine la grande place Villeneuve Bargemon qui descend par paliers successifs jusqu’au Vieux Port. Je trouve la Maison Diamantée avec son bossage à pointe et l’Hôtel de Ville Louis XIV

L’Hôtel de Ville

Le Musée des Docks Romains est fermé.

Jean Hélion – La prose du monde au MAM de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 18 août 

Attention! grande rétrospective, prévoir un bon moment et ne pas trop traîner dans les premières salles!

Cette exposition présente un artiste, Jean Hélion (1904-1987) et présente  diverses tendances ayant guidé la peinture au cours du XXème siècle. 

1929-1939 : De la forme à la figure, art Abstrait

Composition orthogonale

Hélion rencontre Théo van Doesburg fondateur de De Stijl et Mondrian il fait partie du groupe Art Concret selon lequel « rien n’est plus concret qu’une ligne, une couleur, une surface » utilisant les couleurs primaires et les les lignes verticales et horizontales

Tension rouge

1932 -33 , il devient proche de Calder et de Arp. Cette proximité est sensible dans le tableau Equilibre avec le balancement en écho aux mobiles de Calder. On constate un infléchissement des lignes qui deviennent courbes les volumes suggérés dans les Compositions qui se complexifient et les teintes qui se diversifient. 

Composition

Progressivement on perçoit dans les Figures un retour du figuratif. 

Figure tombée 1939

La Figure tombée est la dernière œuvre abstraite d’Hélion correspondant, selon le cartel, aux désillusions de l’artiste : la Chute de l’Abstraction

1939 -1951 ; Entre réel et imaginaire. 

Cycliste

Hélion imagine une série de personnages souvent portant chapeau et parapluie qui semblent sortis d’une bande dessinée.

Homme au parapluie femme à la fenêtre

les couleurs vives font leur retour, surtout les rouges. Articles obsessionnels de l’artiste, les chapeaux, parapluies, mannequins pour des personnages encore très cubistes et rigides.

Les Salueurs 1945

Avec les Salueurs le mouvement devient plus fluide. En 1946 les roses et les bleus font irruption avec de nouveaux thèmes : des nus féminins avec des ombres et des reflets sur les chairs suggérant les volumes

A rebours

1950-1967 Le parti-pris des choses

la voiture de fleurs et le boucher

les sujets et les styles se diversifient faisant prendre une tournure radicale . Natures mortes, citrouilles, chrysanthèmes, anémones, choux sont de nouveaux thèmes avec des vanités, des paysages. J’ai du mal à reconnaître la parenté avec les peintures antérieures dans son souci du détail, du réalisme dans les couleurs.

le Studio : atelier du peintre

L’immense Triptyque du Dragon résume l’ensemble de son œuvre : au centre dans l’atelier du peintre, se trouve en bonne place L’équilibre (1933), un homme au chapeau à la joue rouge (1943) , dans la vitrine, un mannequin masculin rappelle toute les mannequinades récurrentes dans l’après-guerre, on reconnait aussi son cycliste. A gauche, c’est une scène de café. 

Triptyque du dragon

1968 – 1980  – Quartier libre

mai 68 marque un nouveau tournant dans la peinture d’Hélion qui apprécie le tohu-bohu euphorique, ravive ses convictions politiques et apporte couleur et fantaisie à sa peinture

Choses vues en mai

De nouvelles teintes font irruption, des scènes pleines d’humour se déclinent en couleurs vives. Des chevalets sont déménagés à dos de personnages dansants….

Au beau milieu de l’exposition, un espace de projection permet de visionner des séquences où le peintre s’exprime, parfois seul parfois en compagnie d’autres artistes. Prévoyez du temps pour l’écouter!

 

Marseille : Musée Regards de Provence – Exposition Poésie et Lumière JP Blanche

PRINTEMPS DES ARTISTES

CARNET PROVENCAL

Exposition JP Blanche

Musée Regards de Provence

En face de l’Esplanade du J4, un bâtiment d’angle, discret en pierre de taille, ancienne station sanitaire maritime construite par Fernand Pouillon en 1948, c’est le Musée Regards de Provence où deux expositions s’affichent : Poésie et Lumière de Jean-Pierre Blanche avec une affiche qui me plait beaucoup et 25 ans de Collections.

Jean-Pierre Blanche (1927-2022) est un peintre de la Méditerranée, passé en 1940 à Montpellier, il a passé deux années en Algérie, quelques temps au Liban et s’est installé dans les environs d’Aix-en-Provence en 1965.

On entre dans la première salle où est accrochée une série de pastels très lumineux : bleus et blancs avec parfois du jaune. Corniche de Marseille ou bords de mer d’ailleurs, géométriques, très construits. Malheureusement ils sont protégés par une vitre ; les reflets rendent les photos impossibles.  Dommage parce que je les ai beaucoup aimés.

JP Blanche Le sous bois rouge

J’aime aussi ses études d’écorces d’arbres, de troncs des cèdres, roseaux, oliviers, fusain et encre. J’ai pensé à Szafran. Une autre série est consacrée au plateau de Cengle. Blanche a peint Vauvenargues autour de sa maison. Il ne peint pas sur le motif ; en atelier il reconstruit. Ces tableaux de nuit évoquent un peu Hopper. Ils sont très beaux.

JP Blanche Tableau de nuit

J’aime beaucoup ces découvertes inattendues !

Pour pique-niquer nous retournons aux Goudes et à Callelongue. Moins de soleil que la dernière fois, mer bleue et crêtes blanches. Je suis retournée sur le sentier côtier pour faire la promenade jusqu’à la Calanque de Marseilleveyre bien décidée d’aller au bout. Un peu plus d’une heure et je n’ai pas regretté d’avoir persévéré : la fin est beaucoup plus facile que le début et j’ai le plaisir de découvrir une petite crique avec un bar, qui m’a fait penser aux restaurants de Grèce.

 

Robert Ryman – Le Regard en acte /Les Arts à Paris coll. Paul Guillaume – Orangerie

PRINTEMPS DES ARTISTES

Exposition temporaire jusqu’au 1er juillet 2024

Carré blanc

Avec ma Carte Blanche – coupe-file à Orsay et à l’Orangerie, je m’apprêtait avec optimisme à découvrir la rétrospective Robert Ryman. Depuis quelques temps je découvre les monochromes avec plaisir. A Rodez, le musée Soulages a été une véritable révélation et j’ai aussi vibré devant les tableaux de Rothko. Mes a-priori étaient donc tout à fait positifs. Dommage, je me suis ennuyée. Malgré l’accompagnement écrit  fourni. Le minimalisme a des limites  : se fixer sur une forme unique : le carré, renoncer au cadre, puis même au cadre, fixer avec des attaches, des rubans de masquage un tableau blanc sur un mur blanc lasse rapidement la spectatrice. J’ai essayé d’employer les méthodes d’observation expérimentées à Rodez : changer de position essayer de capter la lumière, les reflets. Rien! je m’ennuie. 

André Derain : Madame Paul Guillaume au grand chapeau

Heureusement, l’Orangerie est riche en belle peinture! J’ai flâné dans la collection Paul Guillaume  présentée dans l’Exposition Les Arts à Paris la première salle en sortant de Ryman est consacrée au Douanier Rousseau, la suivante à Utrillo 

Utrillo : la Maison Bernot

De très nombreux Derain ,  des nus, des portraits, Guillaume a beaucoup collectionné Derain et cet accrochage témoigne de la variété de sa production. Je connaissais surtout les paysages fauvistes et méditerranéens. 

Marie Laurencin : Les Biches

Une salle entière est consacrée à Marie Laurencin j’ai bien aimé son portrait de Mademoiselle Chanel. 

Deux salles pour Soutine et bien sûr, des Matisse, Picasso, Modigliani. De la belle peinture pour ne pas avoir fait deux heures de métro pour les carrés blancs de Ryman! 

Marseille – Grotte Cosquer

CARNET PROVENCAL

Le petit cheval de la Grotte Cosquer

Visite réservée par Internet à Cosquer/Méditerranée pour 9h50.

Nous nous sommes levées très tôt pour être à l’heure. Dominique a retrouvé sa place de parking Rue Saint Jean. Je vais faire un tour autour de la Major, fermée également jusqu’à 10 h. Cette Cathédrale XIX -ème de style romano-byzantin, construite à partir de 1852 ne me passionne pas . La vieille Majo du XIIème siècle m’intéresserait plus mais elle est enfermée derrière des planches avec la nouvelle. le vieux baptistère du Vème siècle n’est pas visible.

9h30, le Centre Méditerranée ouvre ses portes. On me laisse entrer en avance, m’équipe d’un audioguide et d’un casque. Descente en ascenseur qui simule la descente de 37 m dans la véritable grotte Cosquer. A la sortie de l’ascenseur, par groupe de 6 on monte dans des « capsules » qui ressemblent à des voitures d’auto tamponneuses. Il est demandé aux visiteurs de faire silence. Nous sommes plongés dans l’obscurité pour se mettre dans l’ambiance des galeries que les plongeurs ont parcourues avant de découvrir la grande salle. Stalagmites, stalactites, parfois soudés pour obtenir des colonnes quelquefois cannelées comme les colonnes des temples antiques, draperies élégantes et surtout plusieurs rangées de « lustres » ressemblant à des assiettes empilées. Certaines concrétions très fines poussent aussi dans tous les sens.

On remarque d’abord les traces de doigts parallèles dans le plafond de la grotte. J’avais cru à un décor mais l’audio-guide propose une autre hypothèse : cette boue très fine, très tendre, aurait pu être prélevée pour d’autres usages, protéger la peau, se maquiller, ou pour des utilisations médicinales. Les traces d’un feu sont encore visibles. Ses flammes ont éclairé la grotte, les charbons ont servi à dessiner. Justement nous découvrons les premiers chevaux parfaitement dessinés au charbon. D’autres animaux sont stylisés : bouquetins ou cerfs. D’autres, gravés. Dans les gravures on reconnait une vulve. En plus des animaux de nombreuses mains ont été dessinées en une sorte de pochoir en soufflant des pigments rouges, noirs. Ce sont elles que Cosquer a vues avec sa lampe de plongée en premier avant de découvrir les animaux.

La grotte a été occupée à diverses époques : Gravettien (34.000 – 22.000 ans) Epigravettien (22.000 – 10.000). ¨Plusieurs artistes, plusieurs techniques. J’ai été bluffée par le bouquetin (peut être chamois) dessiné en deux traits, le premier une partie de la tête, l’autre jusqu’au dos – maîtrise extraordinaire du tracé. Les artistes ont tiré profit des volumes de la paroi, certains animaux semblent en sortir.

Le bestiaire de la Grotte Cosquer : 50% chevaux petits avec la crinière en brosse, 35% bouquetins, 20% aurochs ou bisons, phoques, pingouins, mégacéros (élan irlandais), saïgas(antilopes à gros nez) félin.

Il faut imaginer que cette grotte actuellement immergée était à l’air libre. Le niveau de la mer était 120 m plus bas qu’actuellement. Au maximum de la dernière glaciation une plaine était découverte là où se trouve la mer et les calanques. Les hommes gagnaient la grotte à pied sec. Ils n’y vivaient pas, on n’a pas trouvé de relief de repas ou de cuisine. Cette grotte serait plutôt une sorte de chapelle.

Le fac-simile est tout à fait convaincant. On peut aussi lui donner un statut de conservation de l’état au temps de la découverte. Avec la montée des eaux déjà constatée entre 2010 et 2020 les images se détériorent. Un petit cheval intact en 2010 porte des signe d’altération au niveau du museau.

35 minutes passent vite à essayer de déchiffrer les dessins, l’audioguide et les spots lumineux aident bien.

Après cette « promenade en capsule » des flèches nous conduisent dans un auditorium pour visionner un film d’une dizaine de minutes racontant la découverte de la grotte près de la Calanque Morgiou en 1985, déclarée en 1991. En cherchant sur Internet, j’ai trouvé des critiques de ce film hagiographique centré sur la personnalité de Cosquer alors que tout un groupe était autour de cette découverte et que le film passe sous silence.

Au premier étage des reconstitutions attendent le visiteur : animaux naturalisés comme l’énorme auroch ou la Saïga qui existe encore en Asie Centrale. On a aussi recréé la grotte de l’Ours à Sormiou où des animaux (hologrammes) évoluent. Deux grands pingouins mâles se battent tandis que la femelle plus petite attend de côté ce qui a été dessiné dans la grotte. Des cerfs passent, la saïga, au loin des phoques et une cavalcade de chevaux .

parure de tête de la Dame de Cavillon coquillages et dents

Une exposition a pour thème : les hommes et la mer montre les parures de la Dame de Cavillon (24.000 ans) découverte près de Menton en 1872. Parure de tête en coquillages retenus par un tissage en fibres d’orties. Un canot expérimental a été reconstruit avec quatre peaux de bison.

Des instruments de musique : Conque (18.000 ans)

Des dents de cachalots sculptées ou gravées présentent des scènes avec des animaux marins>.

Un dernier thème est traité : l’Histoire du Niveau de la Mer

Un diaporama montre la rade de Marseille au cours des temps préhistoriques et actuels.

Un montage est une alerte sur la montée des eaux en Camargue et dans le Delta du Rhône.