autour de Sainte Rose : Randonnée Saut des Trois Cornes, Plage des Amandiers, baignade près de la mangrove

GUADELOUPE

Cascade saut des trois cornes

Mireille nous a formellement interdit de faire la randonnée du Saut de la Lézarde, difficile, dangereuse et fermée. En remplacement je ferai celle du Saut des Trois Cornes à laquelle j’avais renoncé la semaine dernière. Munie du bâton de Mireille je suis bien décidée de la faire intégralement. Le sentier part des Bains de Sofaia. Il est à couvert dans une forêt tropicale très dense. Très bien tracé avec de nombreuses marches (toujours trop hautes pour moi). Il faut marcher sur les racines et être très attentive. Dès le début cela descend très raide. Il n’a pas plu depuis une semaine, le sol est sec et ne glisse pas. Je suis ma progression sur Visorando, cela me rassure toujours. Je n’aime pas commencer un parcours par une grande descente il faudra remonter en fin de circuit. En revanche, marcher toujours à l’ombre est un véritable plaisir.

Après 50 minutes, j’arrive à la Rivière Moustique qu’il faut passer. Je ne suis pas à ‘aise sur les gros rochers ronds, comme à la rivière de la Coulisse, j’ai encore le bâton dans une main et le téléphone dans l’autre et le même pantalon tout mou. J’essaie de coincer le téléphone dans le soutien-gorge. Je glisse et trempe le pied droit. Pourquoi avoir seulement le droit mouillé et pas le gauche. Je passe les pieds au fond et c’est bien plus facile. La cascade est merveilleuse. On peut même se baigner dans une vasque cachée. Malheureusement je ne suis pas seule ! un homme se tient en plein milieu de la photo pas du tout décidé à laisser le champ libre.

Trois possibilités pour le retour : le sentier sylvicole, le sentier de l’aller, ou la boucle complète par al trace de Baille-Argent (50 minutes). J’opte pour la dernière, plus longue mais beaucoup plus tranquille avec moins de marches. Je marche seule sans être dérangée.

Visorando avait estimé le circuit à 1h20 pour la boucle. J’en aurai mis 2h.

La suite de la journée ressemble à jeudi de la semaine dernière.

Plage des Amandiers

Apéro devant la Pointe Madame à Sainte Rose. Belle vue mais une alerte : les sargasses sont arrivées. Nous poursuivons vers la Plage des Amandiers. Dans le creux, avant un pont, on a installé une tente, une table et des bancs pour une « réunion culinaire » : deux barbecue, taille moitié de bidon, des marmites sur la table. La liste des prix est affichée (autour de 10€)  morue, cabri, fricassée de coq, ailes de poulet…On prend un ticket dans un carnet à souches et on vous donne le plat dans une barquette à emporter. On peu aussi manger sur place, il y a des assiettes. Notre pique-nique est prêt. Dommage !

La Plage des Amandiers est bordée d’une belle forêt de hauts arbres . le amandiers guadeloupéens sont de grands arbres (Terminalia catappa – Badamier)accompagnés de hauts palmiers et de raisiniers-bord-de-mer près de l’eau. Ici aussi, des sargasses sur le bord de la plage. Ce ne sont pas elles qui empêchent de se baigner mais plutôt les vagues puissantes qui déferlent sur le sable mouillé très en pente. Personne ne se baigne.

Pour aller nager, nous retournons à la Pointe Granger à la limite de la mangrove. L’eau est si lisse que je peux nager comme à la piscine de longues traversées. J’ai gardé mes chaussons parce que l’eau est peu profonde et que les fonds sont rocheux. Des hommes ont mis à l’eau des jetskis. Je les surveille. Ils pourraient me couper la tête. En rpéparant leur matériel ils ont sonorisé la plage. En Guadeloupe, le fort volume est inévitable. Reggae ou musique créole, du rock un peu de rap. Au moment où je sors les 3 jetskis s’élancent. S’en est fini de la « piscine » tranquille. Nous rentrons.

 

 

Des Lendemains qui chantent – Alexia Stresi

PRINTEMPS DES ARTISTES

D’Alexia Stresi, j‘avais bien aimé Looping, l’histoire  extraordinaire, presque un conte, de la petite paysanne qui devient grande dame. Surtout la visite dans les arcanes de la politique italienne du fascisme à la Démocratie chrétienne.  Récemment, j’ai entendu Alexia Stresi   sur un podcast de Musique émoi qui m’a donné envie de lire son roman . Le challenge Le Printemps des Artistes m’a fait sortir les Lendemains qui chantent de ma PAL. 

Lecture agréable : la vie d’un ténor Elio Leone, enfant abandonné, doué d’une voix extraordinaire qui a eu la chance de trouver les bonnes personnes, le directeur d’un orphelinat, un curé mélomane, et une professeur de rôles éminente qui a accompagné ses débuts à l’Opéra. Débuts fulgurants, Elio Leone est le ténor du siècle! Entre Caruso et Pavarotti. mais survient la guerre, Leone est prisonnier en Allemagne, à la Libération les soviétiques envoient les Italiens en Sibérie. A son retour à Paris, Elio a tout perdu, sa femme, son enfant, la professeur de rôle a été fusillée et le ténor se tait….il aura de nombreuses aventures mais il vous faudra lire le livre pour les découvrir.

Quand j’ai relu ce que j’avais écrit pour Looping : « une histoire extraordinaire, presque un conte.... » j’ai été surprise, je pourrais reprendre en copié/collé la critique pour Des Lendemains qui chantent. Je n’ai pas été convaincue, trop d’invraisemblances dans cette histoire romanesque, pas assez d’épaisseur dans le personnage principal. En revanche, je me suis intéressée au professeur de rôle j’ignorais cette profession. 

J’ai   aimé toutes les allusions à l’œuvre de Verdi – bande sonore de cette lecture qui s’ouvre avec Rigoletto, fait chanter les pêcheurs d’une île napolitaine avec le chœur de Nabucco… 

 

visite de Pointe-à-Pitre en touktouk

GUADELOUPE

Tout près du musée, quelques blocs tout propres sont décorés en Street Art. La vieille ville de Pointe-à-Pitre, aux maisons coloniales de bois à balcons, est plutôt en ruines. Les graffeurs Street Art se sont emparés de ces murs en deshérence pour donne « de la couleur à la ville ». Je me suis promenée dans le périmètre compris entre le brillant, éblouissant MACTe, la bruyante gare routière (cars orange) et une colline et la rue Raspail enjambée par un pont ancien la Voûte.

Centre-ville de POInte à Pitre

J’ai découvert martin Luther King et Malcom X , figures obligées mais aussi des anonymes. La façade d’un ancien garage est peinte de violet, bleu avec une jeune fille qui se retourne.

I had a dream

 

Le quartier est délabré mais au rez de chaussée, il y a plein de boutiques et de petits restaurants et snacks « à emporter ». J’achète une brochette de poisson servie avec du riz et des crudités dans une barquette .

Où se poser pour déjeuner ? Derrière le musée, il y a une jolie vue sur la marina ;  mais les parkings sont en plein soleil. La pluie annoncée n’est pas venue. Nous suivons le rivage et aboutissons sur le campus de l’Université. Nous déjeunons à côté de la Bibliothèque Universitaire avec un panorama fantastique. Les étudiants ont bien de la chance d’étudier dans un campus si bien situé !

marché aux épices

A 14 h nous avons rendez-vous avec Baptiste Enoch pour un tour de la ville en touktouk. Merveille de la technologie : un coup de fil de réservation, un message Whatsapp avec le lien vers Googlemaps qui nous guide directement vers le rendez-vous. Les bureaux de Pousse-Pousse sont situés près du port à moins de 100 m du débarcadère des croisières. Justement un navire Costa est à quai et des touktouks attendent les croisiéristes.

Comme nous sommes en avances je vais faire un tour au Marché des Epices : vanille, cannelle, épices, rhum, punch madras, fruits exotiques. Un très joli marché touristique. Plus touristique que celui de Basse-Terre qui avait aussi des étals de fruits, légumes et d’articles de la vie quotidienne.

« qu’est-ce que tu veux doudou ? » demande la marchande toute habillée de madras. Je lui montre mes poches vides. « Tu as laissé ton portemonnaie mais tu n’as pas oublié l’appareil -photo ! » pas question de photographier, elle n’est pas commode.

Baptiste est habillé comme un steward de croisière, casquette et chemise blanche, souriant, aimable, très pro. Il m’entraine dans les bureaux pour régler la course (39€/pax) . Ils sont installés dans un hangar de stockage assez vaste pour y garer les touktouks mais pas seulement ! Pendant le confinement il a construit une sculpture GUADELOUPE en carton ondulé. Cela rappelle la technique d’Eva Jospin en moins sophistiqué ? Sur le thème du recyclage, il y a aussi un portrait de femme en capsules de bière. Le thème de la visite de Baptiste est le Street Art qui « donne des couleurs à la ville ». Le centre de Point à Pitre est en déshérence. Les belles maisons coloniales à balcons, les cahutes de bois tombent en ruine. Il suffit parfois de peu de travaux pour leur rendre leur lustre. Souvent en indivision, elles n’ont pas été entretenues et sont abandonnées. L’une d’elles près du port a été réinvestie en Auberge de Jeunesse aux couleurs de l’Arc en ciel, trois points levés en planches sont brandis sur la façade. Le Street-art est gai, convivial et aussi politique. Le recyclage est largement utilisé : pour les sculptures en utilisant les pièces métalliques des moteurs de bateaux.

Nous passons par les rues que j’avais découvertes à pied mais Baptiste nous fait remarquer des détails que je n’avais pas vus. Le Street Art habille des maisons ruinées et décore des blocs neufs. Il égaie les blocs HLM qui seraient bien triste autrement. Sur ces derniers immeubles les graffs occupent souvent plusieurs étages. Tout en nous montrant les peintures, Baptiste insiste sur l’architecture de maisons qui ne paient pas de mine. Certains sont très petites en façade mais elles sont très profondes. Parois on découvre un jardin à l‘arrière. Quand la maison s’est écroulée, les artistes ont utilisé les vides pour y installer des recoins conviviaux comme cette petite cour bleue où des panneaux de circulations mis à l’horizontale font des tables où s’accouder pour poser sa bière ou son verre de Ti-punch. Une impasse entière est dédiée aux femmes belles et jeunes mais aussi vieilles et malicieuses.

J’ai retenu plusieurs signatures : Al Pacman, Skem, B.Bird (Ronald Cyrille) malheureusement j’en ai oubliés.

A côté du très moderniste, très brillant, exemplaire Mémorial ACTe, construit à grands frais, on a laissé se dégrader l’énorme Centre des Arts construit par la Mairie en 1978, fermé depuis 2008 pour travaux puis abandonné après que l’entreprise chargée des travaux ait fait faillite. Le 21 juillet 2021, un collectif « Artistes en résistance » investit les lieux pour réclamer la reprise des travaux.

Après avoir salué le portrait de Maryse Condé qui domine l’entrée, je visite à la suite de Baptiste les salles décorées de graffs, de photos et d’installations. Il y a également une (petite) bibliothèque. La très grande salle de spectacle n’est plus que ruine. Quel gâchis ! Avec des gaines de mousses isolante un oiseau a été construit : colibri, ironie !

A côté du Steet Art, Baptiste nous montre la ville historique : l’énorme Place de la Victoire, fondée par les Anglais qui ont occupé plusieurs fois la Guadeloupe et développé Pointe à Pitre en rivalité avec Basse Terre, la capitale, alors française avec son grand fort. Arrêt devant une fresque, ou plutôt un bas-relief représentant des manifestants mis en joue par des CRS. Le 25-26 mai 1967, des ouvriers du bâtiments, en grève qui réclamaient 205% d’augmentation, furent réprimés de manière sanglante, à balles réelles, faisant au moins 8 morts (récit de l’Humanité)

La place ronde est suivie d’une vaste esplanade plantée de manguiers séculaires datant de la Révolution, un kiosque à musique y est installé ; sur son pourtour des bâtiments anciens . Nous nous arrêtons devant la cathédrale, puis devant le cimetière impressionnant par la taille des monuments funéraires, véritables chapelles. A côté de la ville, un véritable village de bois et de tôles _ favela – l’appelle Baptiste qui nous montre aussi les aspects misérables de Pointe-à-Pitre.

La ville est étonnamment peu peuplée (16.000 ha) et pourtant pôle d’attraction économique. On y travaille mais tous ceux qui peuvent se le permettre n’y habitent pas préférant vivre dans la nature ou en bord de mer. Ce qui explique les embouteillages à l’heure de pointe.

Après le tour en touktouk, je retourne au Marché aux épice acheter mes cadeaux-souvenir : gousse de vanille, cannelle, cartes postales passant devant le restaurant libanais Fayrouz, je remarque que de nombreux commerces sont aussi libanais.

 

Philippe Cognée à l’Orangerie et au Musée Bourdelle

PRINTEMPS DES ARTISTES

Philippe cognée à L’Orangerie

 

J’ai découvert la peinture de Philippe Cognée au Château de Chaumont ICI

Ses paysages floutés par la technique de la peinture à l’encaustique me semblaient vus d’un train roulant à pleine vitesse. J’ai retrouvé avec grand plaisir ses œuvres qui supportent hardiment le voisinage avec les prestigieux nymphéas et les Matisse.

ph Cognée à l’Orangerie

L’exposition au Musée Bourdelle apporte des aspects très différents

Triptyque supermarché (2003-2004)

Ce Supermarché est une introduction du trivial , mais aussi de la saturation marchande ou de la prolifération thèmes que nous allons retrouver parmi la série de photographies d’objets usuels : congélateurs, sièges en plastique blanc… recouvertes de peinture à l’huile et exposés en nombre sans autre explication; « degré zéro de la peinture » peut-on lire sur le livret du Musée. 

Catalogue de Bâle : détail

Cette technique a été utilisée dans le Catalogue de Bâle œuvre comprenant un millier de « repeintures » alignées comme sur les linéaires d’un supermarché. Cognée a arraché les reproductions du Catalogue de l’Exposition Art Basel les a collées sur un support repeint en blanc et a repeint grossièrement les photographies , œuvres de Picasso, Giacometti, Baselitz, pour les plus connus. Ces tableautins couvrent les murs de plusieurs pièces dans lesquels le visiteur se promène un peu éberlué. Les connaisseurs reconnaissent peut-être les originaux : Koons et Giacometti, facilement mais les autres? Ce genre d’installation me met en colère. Est-ce qu’on se moque du spectateur lambda, de bonne volonté transformé en gogo prêt à gober n’importe quoi? J’aurai des éléments de réponse dans la vidéo fort intéressante où Cognée commente et explique son travail. Il voit dans l’Exposition de Bâle un énorme supermarché de l’art moderne, où l’art est exposé mais aussi vendu. Présenté de cette manière le projet démesuré fait sens. 

Saint Barthélémy d’après Rubens

Heureusement en bonus de ce Catalogue, j’ai trouvé mon bonheur avec de la « belle » peinture. Cognée revient aux maîtres : Rubens et Ingres à qui il inflige sa technique de cire et de fer à repasser avec beaucoup de bonheur.

Madame Marcotte d’après Ingres

L’émerveillement est le dialogue entre le masque de Beethoven de Bourdelle et une série de grands tableaux de fleurs fanées Pivoines et Amaryllis. Contraste entre la finesse de la chair fragile des pétales et la puissance du  bronze ! La surprise est que cela fonctionne parfaitement. 

Possible dialogue entre Beethoven et les amaryllis

Ronald Cyrille B. Bird

GUADELOUPE 

J’ai préféré passer plus de temps à regarder l’exposition de Ronald Cyrille AkaB ;Bird artiste invité 2022 -2023 au MACTe. B.Bird est le pseudonyme de l’artiste né en 1984 à Saint Domingue, il est arrivé en Guadeloupe . Il a étudié et il vit en Martinique.

J’ai beaucoup aimé les collages roue/blanc/noir évoquant l’esclavage : hommes découpés, corps étirés, torturés. D’autres œuvres sont très différentes touffues, très colorées rappelant la nature exotique, les couleurs caribéennes avec des jaunes acides bleus turquoise. Images violentes, homme-coq, hommes-chiens avec des dents très visibles. Images violentes.

 

 

 

souleymane Bachir Diagne : Léopold Sedar Senghor -L’Art Africain comme Philosophie

Souleymane Bachir Diagne est né à Saint Louis du Sénégal en 1955 , ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, philosophe et mathématicien, professeur à Columbia. A l’occasion de la Masse Critique de Babelio j’avais lu Le Fagot de ma Mémoire essai autobiographique que j’avais apprécié. CLIC

A la suite de l’Exposition Senghor au Quai Branly CLIC

Et de ma visite au Mémorial Acte de Pointe-à-Pitre j’ai eu envie de revenir à Senghor et à Césaire avec le concept de négritude par ailleurs décrié. il n’est pas indifférent que la citation de Wolé Soyinka figure en première place dans les deux expositions et dans le livre de Diagne:

Ainsi lorsque l’écrivain nigérian Wole Soyinka s’est gaussé de l’affirmation de soi qu’est la négritude en
déclarant que le tigre ne se pavanait pas en proclamant sa tigritude mais manifestait celle-ci en sautant sur sa
proie, il a eu, bien évidemment, les rieurs de son côté. Le bon sens philosophique, quant à lui, était dans la
réponse que lui fit Senghor : le tigre est une bête.

Cette lecture L’Art Africain comme philosophie de Diagne m’est devenue évidente. Problème : Diagne est philosophe et quand il écrit de la philosophie il est extrêmement pointu, et la philo pour moi se résume à mon année de Terminale (1967-68), souvenir extrêmement lointain. J’ai donc fait une lecture superficielle de cet essai en sautant délibérément les notes de fin de chapitre, incapable de saisir les finesses concernant Bergson, Lévy-Bruhl, Teilhard de Chardin ou les différences entre les idées de  jeunesse et de maturité de  Marx

« Cette intuition première que l’art africain est une philosophie et une philosophie humaniste, Senghor n’a jamais cessé de l’exprimer toute sa vie dans ses textes théoriques. »

L’Art Africain comme philosophie, l’Art comme instrument politique de gouvernement .

« Pour Senghor, certainement, la preuve de la négritude c’est l’art nègre. »

 

Chronologiquement il faudrait commencer par la visite au musée du Trocadéro en 1907 de Picasso, celle d’Apollinaire et les écrits de Paul-Guilllaume et de Malraux. Sortir les masques africain des collections d’ethnologie, leur accorder une place dans les grands musées comme le Louvre.

Cherif Thiam – Baobab

Sartre a aussi joué un rôle important (quoique ambivalent) avec son Orphée noir, préface au Manifeste poético-politique de la Négritude. Dans la perspective de l’Existentialisme, en miroir avec ses écrits sur la condition juive. La stature de Sartre peut aussi faire de l’ombre aux causes qu’il soutient. 

Nombreuses critiques viennent des communistes. Dès 1949, d’Arboussier dénonce la négritude comme « une dangereuse mystification« , 

« En réalité l’attaque vise l’existentialisme lui-même en ce qu’il semble engagé, avec Orphée noir et la négritude
comme son avatar poétique, dans l’entreprise d’introduire le leurre et la confusion de la race dans l’arène de la lutte contre la domination capitaliste et impérialiste. »

Césaire, également fondateur du concept de Négritude : 

Lettre à Maurice Thorez où, en 1956, Aimé Césaire fit de sa démission du Parti communiste français, outre une
protestation contre l’alignement du pcf sur l’Union soviétique, le geste d’affirmer la réalité d’un particulier dont le destin n’est pas de se fondre dans l’universel

Il est dans ce livre beaucoup question de masques africains avec le questionnement de leur statut comme œuvre d’art à part entière. Il est aussi question de poésie. Senghor est avant tout un poète!

Masques et poésie sont porteurs de Rythmes. Rythme est le titre de tout un chapitre.  Diagne s’attarde sur cette notion très originale de Rythme. 

« Seul le rythme provoque le court-circuit poétique et transforme le cuivre en or, la parole en verbe ». Senghor

 

« Le rythme, c’est le choc vibratoire, la force qui, à travers les sens, nous saisit à la racine de l’être. Il s’exprime par les moyens les plus matériels, les plus sensuels : lignes, surfaces, couleurs, volumes en architecture, sculpture et peinture ; accents en poésie et musique ; mouvements dans la danse. Mais, ce faisant, il ordonne tout ce concret vers la lumière de l’Esprit.

 

En nos temps actuels de Cancel culture, de racialisation et autres recherches de particularismes, il est essentiel de noter que la Négritude  comme la pensait Senghor est indissociable de Métissage et de Créolité, les différences ayant pour finalité l’humanisation

Faire « une terre totale » : cette magnifique expression pourrait servir de cri de ralliement à ceux qui œuvrent à
une autre mondialisation et elle donne contenu à ce qui a été appelé plus haut « mondialité Unesco ». Ces lignes
de Pierre Teilhard de Chardin, Léopold Sédar Senghor les a citées avec ferveur comme annonçant « la ‘véritable union’ qui ne confond pas, mais différencie en enrichissant mutuellement »

Cette « terre totale » s’opposant à la mondialisation comme circulation des biens et des marchandises. la « Mondialité UNESCO » opposée à OMC

Pour cette mondialisation-là, qui s’identifie au projet de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) de faire marchandise de tout, il y a le produit culturel d’un côté, ses consommateurs potentiels de l’autre. Et il s’agit que la liberté, entendue comme le libre accès du produit au consommateur, ne soit empêchée par rien. Que sur ce marché ne se retrouvent guère les œuvres culturelles qui ne sont pas portées pas de solides puissances d’argent, cela est dans l’ordre naturel – autrement dit darwinien – des choses.

[…]
Pour faire pièce au rouleau compresseur, il y a ce que l’on pourrait appeler, par contraste, la mondialité Unesco3.

 

Récemment j’ai écouté la voix de Souleymane Bachir Diagne sur le podcast de France Culture A Voix nue ICI

Pointe à Pitre : Memorial ACTe

GUADELOUPE

Le Mémorial ACTe peut se visiter comme un musée retraçant l’Histoire de l’esclavage, l’Histoire de la Guadeloupe en particulier, de Sumer à l’Abolition. Il peut aussi se visiter comme un pèlerinage. Ou même comme un Musée d’Art Moderne.

Habillé d’une résille métallique, admirablement situé sur le bord de l’eau, un peu à l’écart de la ville sur le site de l’ancienne Usine Darboussier, la plus grande sucrerie de l’île.

Il faut abandonner les sacs dans les casiers, appareils photos, caméras et smartphone interdits. L’hôtesse équipe le visiteur d’un casque-audioguide compris dans le prix d’entrée (7€/solo – 10€ pour deux)

LA CONQUÊTE

On découvre la petite Vierge noire de Guadalupe qui a donné son nom à l’Île à la suite d’un vœux de Christophe Colomb.

Quatre personnages – quatre destins – accueillent le visiteur Juan Garrido, le conquistador noir, Francis le Wolof, esclave allié aux Amérindiens pour lutter contre les Espagnols, Louis le Marron qui a vécu avec les Amérindiens Caraïbes, Jean Le Portugais. Ces personnages surgissent d’écrans, ils interpellent le visiteur en racontant leur histoire.

La salle suivante montre la diversité des populations précolombiennes, l’occupation progressive des Antilles. D’abord, la conquête espagnole qui commence à Hispaniola (Haïti), Porto Rico et Cuba. Anglais et Français arrivèrent plus tard et conclurent d’abord des alliances avec les Indiens Caraïbes. Le Traité de Basse Terre (1660) concède la Dominique et Saint Vincent à ces derniers ?

Dans les vitrines sont exposées armures et arbalètes.

Une autre vitrine « Taïno et Kalinago » présente les trésors des Amérindiens, pectoral en or, objets usuels et objet des chamans.

Au mur, des œuvres contemporaines posent la question : « Le noir est-il une couleur ? » . L’œuvre La voleuse d’enfant de Thierry Alet est une sorte de mosaïque avec un code couleur sur fond noir. Les œuvres contemporaines dispersées à travers les collections historiques m’intéressent quoique cette installation ne m’a pas parlé.

Pirates et Forbans raconte une autre histoire avec une projection d’une bataille navale sur un mur. La tradition de la piraterie aux Antilles s’est poursuivie jusqu’au XIXème siècle.

VERS L’ESCLAVAGE

Je reconnais le téléfilm La Controverse de Valladolid de JC Carrière, dont je garde un souvenir très vif 30 ans après l’avoir vu. Une spirale des temps de l’esclavage commence dès le IV ème millénaire à Sumer, en passant par les Hittites, Egyptiens, la Grèce, Rome jusqu’aux temps modernes de la Traite Atlantique où 12 à 13 millions de Noir ont été victimes de la traite en trois siècles. Cette énumération est ponctuée de quelques trêves abolitionnistes comme en 539 av JC la proclamation de Cyrus ou l’affranchissement par Louis le Hutin.

l’arbre de l’oubli – Pascale marthine Tayou

L’arbre de l’Oubli : installation de Pascale Marthine Tayou , me ramène à Ouidah (Bénin) . Malgré l’interdiction de prendre de photos je sors mon téléphone de sa cachette et découvre que je ne suis pas seule à le photographier.

PASSAGE DU MILIEU

Un couloir noir, éclairé de rouge va faire imaginer au visiteur l’horreur de laTraversée.

En sortant du Sas, on arrive dans une salle dédiée au CODE NOIR dont une page est projetée au mur. L’œuvre de Pélagie Gbaguidi montre le Code Noir comme une blessure physique. Tandis que la tapisserie d’Abdoulaye Konaté : l’Homme biométrique montre des hommes couchés de toutes couleurs. Les œuvres contemporaines sont plus présentes et apportent une charge émotionnelle croissante : ces entraves aux pieds, ces anneaux sont-ils réels ou figurés ? Insensiblement je zappe les informations chiffrées, les cartes pour être emportées par ces créations contemporaines qui font partie intégrante du parcours dans le musée.

kara Walker : the Palmetto Libretto

LA SOCIETE D’HABITATION montre les conditions de vie des esclaves et celles des maîtres ? Après un tableau d’époque montrant la baignade des belles dames, on voit la case des esclaves en branchages. Le polyptique de Kara Walker : The Palmetto Libretto est d’une grande violence. Une projection raconte la Journée d’un esclave.

DE LA CONTESTATION A LA REVOLTE

Est illustrée par Two feathers de Frohawks

L’histoire des idées n’est pas oubliée Au XVIIIème siècle, Les idées des Lumières mais aussi l’apogée de la déportation des Africains et le maximum de l’esclavagisme la contestation de l’esclavagisme se fait parmi les Encyclopédistes comme dans la Franc Maçonnerie, Une salle est dédiée à la Franc Maçonnerie qui a joué un rôle important malgré la division au sein des loges entre conservateurs esclavagistes et abolitionnistes. De même l’acceptation des gens de couleur au sein des loges ne s’est faite que progressivement et tardivement.

En face, Santeria du cubain Santiago Rodriguez OlaZabal ainsi que la présentation des tambours voisines rappelle les origines africaines et le vaudou et nous mène logiquement au Carnaval avec ses costumes colorés variés parfois effrayants.

carnaval

En face, la salle consacrée à l’Eglise et l’Esclavage est plus ambiguë surtout dans l’intention de « l’évangélisation des sauvages » prétexte à la Colonisation. La profonde religiosité des descendants des esclaves ne m’a pas paru suffisamment expliquée.

LE TEMPS DE L’ABOLITION

J’aurais dû passer moins de temps dans les premières salles pour avoir encore la disponibilité de prendre des notes. Cette période est très riche et passionnante. Je n’ai noté que le nom des œuvres contemporaines.

Le parcours chronologique reprend avec la célébration de Toussaint Louverture :

Toussaint Louverture de Mario Benjamin (Haïti) est violent, impressionnant comme la composition de Shuck One qui rappelle la Bataille de Guadeloupe en mai 1802 lors du rétablissement de l’esclavage.

La fin du parcours célèbre Thomas Clarkson et Victor Schoelcher

On passe à l’histoire post-esclavagiste avec une représentation de l’Usine Darboussier, la plus grande sucrerie de l’île, puis distillerie où on a installé le Mémorial, l’arrivée d’une main d’œuvre importée….

Puis l’évolution de l’image des noirs de l’abolition à nos jours

J’aurais pu, si j’en avais eu encore l’énergie et la concentration, entendre les voix et lire Aimé Césaire, Senghor, ou Miriam Makéba. La citation de Wolé Soyinka sur la Tigritude répond au concept de négritude développé par Césaire et Senghor.

Une visite n’est pas suffisante pour épuiser les richesses du MACTe/Il faudrait revenir.

J’ai préféré passer plus de temps à regarder l’exposition de Ronald Cyrille AkaB ;Bird artiste invité 2022 -2023 au MACTe. B.Bird est le pseudonyme de l’artiste né en 1984 à Saint Domingue, il est arrivé en Guadeloupe . Il a étudié et il vit en Martinique. J’ai beaucoup aimé les collages roue/blanc/noir évoquant l’esclavage : hommes découpés, corps étirés, torturés. D’autres œuvres sont très différentes touffues, très colorées rappelant la nature exotique, les couleurs caribéennes avec des jaunes acides bleus turquoise. Images violentes, homme-coq, hommes-chiens avec des dents très visibles. Images violentes.

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les Chutes de Carbet et retour le long de la Côte Est de Basse Terre

GUADELOUPE

Première et deuxième chutes de Carbet

Prenant sa source à la Soufrière, la rivière du Grand Carbet (13 km) fait trois impressionnantes chutes : occasion de trois belles randonnées en forêt. La première chute (115 m) est une randonnée difficile de 4 heures ; elle fermée en ce moment. La 2ème chute a son parcours aménagé avec des dalles et des marches, nous demandons au GPS de nous conduire à son départ.

Allée Dumanoir

Route par  N1, bien passante, sans intérêt puisqu’elle évite les villages. Après avoir contourné Capesterre-Belle Eau,  Madame GPS nous oriente sur une route fléchée 3ème chute de Carbet. Nous désobéissons, tournons autour du rondpoint et nous trouvons l’Allée Dumanoir plantée de 400 Palmiers Royaux au XIXème siècle par Pinel Dumanoir. Certains arbres abattus par des cyclones ont été remplacés. Ils forment donc une allée imposante parallèle à la route. Le GPS s’entête à nous diriger sur la D3 qui file droit vers la Soufrière  à travers une campagne de bananeraies. Le temps est si clair aujourd’hui qu’on voit le sommet et les fumerolles blanches qui s’échappent en panache. Nous traversons des villages aux noms amusants de Cacoville, Cacador et Marquisat et arrivons à un parking.

3ème chute de Carbet

La Soufrière fume, avec le beau temps on voit les fumerolles blanches

De là, part un bon chemin empierré de pierres irrégulières sur lequel on se tord les pieds. On entre dans une belle forêt  plantée d’arbres d’une hauteur impressionnante dont les futs sont entourés de Siguines (Philodendron giganteum) ou d’Oreilles d’éléphants (Alocasia macrorhizos). Le sentier (ici on l’appelle trace) monte régulièrement. Bien aménagé, avec des marches et des planches recouvertes de grillage antidérapant. Le ravinement a parfois tellement creusé le chemin que des tronçons du chemin de planches forment de véritables tables perchées en hauteur. Les racines retiennent l’argile. Il est souvent plus facile de marcher sur les racines que sur le tracé prévu. Je marche seule, heureuse de m’appuyer sur le bâton de marche que Mireille m’a prêté. En montée, le bâton est d’une aide considérable pour me hisser sur ces marches hautes. Joyeuse, je grimpe vite et sans efforts. En descente, je retrouve le sentiment de confiance et de sécurité. Malheureusement la balade se termine en queue de poisson : une petite passerelle domine la rivière mais les arbres cachent la cascade de la 3ème chute. Une jeune femme a escaladé la barrière interdisant de continuer. Il faut descendre 5 ou 6 mètres à la verticale sans le filin ou la corde promis par Visorando. Et remonter !

la cascade est cachée par les lianes

Au retour, les randonneurs sont nettement plus nombreux, tous très cordiaux. Je suis ravie d’avoir retrouvé la joie de randonnée avec le bâton de Mireille et décide de continuer la promenade par celle des 2èmes chutes de Carbet.

Pour trouver le départ, il faut dépasser Capesterre-Belle Eau vers le sud et prendre la Route de l’Habituée en face de Saint Sauveur. Nombreux restaurants confirment la destination touristique de cette petite route étroite qui grimpe en montagnes russes à l’assaut de la Soufrière. La conduite est une aventure haletante pour la conductrice qui n’a aucune visibilité sur ce qui va se passer en haut de la bosse : un véhicule en fac ? un tournant ? une descente raide ? des trous ? Lianes et fougères arborescentes géantes, oreilles d’éléphant composent un paysage tropical luxuriant. J’ai adoré ce trajet. Dominique, au volant, moins.

A l’arrivée, péage : 5€. « pour le parking, les toilettes » justifient les deux rangers un peu embarrassées devant des touristes qui ne sont pas habitués à payer pour randonner dans le Parc National.

Une belle allée dallée (accessible PMR) permet de découvrir le panorama et les deux chutes : la 1ère haute de 115 m la seconde 110 m. Ces deux chutes sont visibles de la mer et ce sont elles qui ont incité Christophe Colom à accoster en Guadeloupe en 1493 pour faire des réserves d’eau douce.

2ème chute : la vasque est inaccessible. Dommage

La promenade sur un cheminement en dur- marches de pierre et planches – est donc très facile. Comme à la 3ème cascade, un ponton surplombe la rivière dont l’accès est interdit. Pas de douche ou de baignade rafraîchissante pour cause de cyclone Maria. On se bouscule pour les selfies. Pendant que je marchais Dominique a eu la visite de deux oiseaux qui se sont perchés sur le rétroviseur : un oiseau noir à gorge rouge et un gros bec, et un gris de la taille d’un merle avec un long bec.

J’ai acheté le pique-nique à emporter dans un petit restaurant pittoresque, peint en jaune, deux tables installées dur la galerie, musique tropicale à fond,. Derrière l’hygiaphone la cuisinière prend ma commande. « wings avec des bananes pesées », les bananes pesées sont la spécialité de la maison, et wings avec du riz pour Dominique. Je suis curieuse de ces bananes pesées, je m’en repentirai, elles sont desséchées, dures,  farineuses et insipides. En revanche, le riz est excellent, parfumé ; il contient des haricots au goût de noix de cajou et des oignons et des poivrons piquants. Je croyais arriver dans un fast-food, pas du tout fast, la cuisinière prend son temps. Les gens du village passent et achètent des cigarettes à l’unité. Etrangement dans cette gargote sur la liste des prix il y a du champagne à 50€ la bouteille.

la vue sur les îles des Saintes

Il faut maintenant trouver un endroit pour pique-niquer. Nous nous serions bien arrêtés sur le petit port de Bananier mais impossible de couper la file sur la N 1 avant Trois-Rivières . Nous déjeunons sur le parking Duquerry près du Parc archéologique des Roches Gravées. Après notre festin j’emprunte le sentier qui mène aux roches Gravées. Le sentier est bien pentu et rocailleux. Je passe au-dessus d’une jolie petite plage et arrive à la Rivière de la Coulisse qu’il faut passer à gué en sautant de rocher en rocher ronds et lisses. De peur de tomber à l’eau (ou pire le smartphone) je renonce. « Il fallait mettre le téléphone dans le sac et ne pas avoir peur d’entrer dans l’eau » a commenté Mireille. C’est vrai, il fait si bon qu’une baignade n’aurait rien de terrible. C’est d’autant plus dommage que les pétroglyphes étaient juste après le passage de la Coulisse. Je n’aurai donc pas vu ni le cacique ni la femme. Je remonte un peu dépitée.

La rivière de la coulisse que je n’ai pas osé traverser

Etape suivante : le temple hindou de Changy est du mauvais côté de la route. Peint en blanc et jaune et orné des divinités polychromes de Maliemin, de Sarasvati et Kanadevi. L’enclos est fermé, inutile de traverser la route, il se voit mieux de loin. Ce temple me rappelle les « Zindiens » de mes lectures de Schwartz Bart et de Maryse Condé. Un peu plus loin un « Zindien » tient un étal de fruits et légumes. Dans un panier, je place une mangue, des citrons verts, un avocat et des bananes-dessert (à ne pas confondre avec les bananes-légumes à cuire. Le pendeur pèse les citrons « pour le Ti-punch ! »

Temple hindou de Changy

Nous cherchons à nous rapprocher du rivage par les chemins et les petites routes qui passent entre les habitations colorées mais parfois misérables.

La Plage du Roseau est bien aménagée : parking, pelouses, douches) les sargasses ont été débarrassées. On peut nager dans des sortes de bassins rectangulaires délimités par une jetée et du côté de la mer par des rochers (barrière de corail ?) où se brisent les vagues. Sur un arbre mort sont posés des pélicans. Les gens du coin viennent se rafraîchir. Ils bavardent dans l’eau, un chapeau de paille sur la tête ou se reposant sur une frite. Deux dames ont leur masque bleu qui trempe dans l’eau. Quel usage un masque dans l’eau ? Un grigri anti covid ? Je ne peux pas vraiment nager, l’eau n’est pas assez profonde et le sol rocailleux. Quel bonheur de se tremper pour se rafraîchir !

Christophe Colomb aborda en novembre 1493 lors de son second voyage pour se ravitailler en eau. Son buste surmonte une haute colonne. Nous ne nous sommes pas attardées parce qu’il y avait une intervention policière (drogue ? querelle après boire ?).

Au lieu-dit Christophe, la petite route qui va à Goyave en suivant la côte nous mène à Sainte Claire, jolie plage ombragée qui aurait été merveilleuse sans la puanteur des sargasses pourrissantes.

 

 

 

A la plage! Gosier et Petit Havre

GUADELOUPE

la plage et l’Îlet Gosier

« Pour se baigner, il faut aller à Gosier » a déclaré Richard, notre hôte et cuisinier.

22 km entre le Gite Bellevue, Petit Bourg et la plage Datcha à Gosier. Un peu plus d’une demi-heure en contournant Pointe-à-Pitre par les N 1 et N 4 , voie rapides à voies. Embouteillages permanents vers Jarry et les zones portuaires. Embouteillages du matin de ceux qui vont travailler. De Pointe à Pitre, nous ne voyons que les faubourgs, centres commerciaux, immeubles peu avenants, entrepôts, laideur habituelle des périphéries de toutes les métropoles, uniformisations Foir’fouilles ou Darty, tous ces showrooms sont-ils indispensables ?

Devant la plage, un petit parking . Les places à l’ombres sont convoitées. On finit par discuter et trouver.

Les sargasses sont arrivées ici ; ce matin, elles ne sont pas gênantes. Fraîches, elles forment une bordure entre le sable blanc et l’eau turquoise, liseré orange d’une laisse de mer bien naturelle. J’évite les gros paquets en nageant. Une dame debout au milieu d’une accumulation, discute avec une copine. Elle les manipule, ne les ramasse pas, joue avec une poignée qu’elle jette de côté.

Le sable est très blanc, l’eau, limpide, d’un turquoise opalin. Plus loin, plus profonde elle est bleu marine. Des voiliers se balancent, au mouillage. L’un d’eux fera voile pendant la matinée. Le plus proche a une belle coque jaune. Je nage parallèlement au rivage sur toute la longueur de la plage de la digue où attendent les passagers pour l’îlet Gosier, jusqu’à une petite pointe rocheuse où la côte devient plus escarpée.

En nageant, je vois l’Îlet Gosier : ses palmiers et son petit  phare blanc et rouge, sa belle plage de sable . Un goût d’île déserte à quelques brasses de la côte. Peu de nageurs. Certains baigneurs ont apporté des frites en mousse pour flotter. Un groupe de femmes plutôt âgées, dynamiques font du longe-côte en avançant énergiquement. Je les retrouve à ma traversée suivante : disposées en cercle pour de l’aquagym. L’animatrice, cheveux gris et accent créole dirige son groupe avec autorité : « on se tourne vers Basse Terre, on se tourne vers l’îlet ». Au bout d’une heure, je vais voir Dominique qui a trouvé une nouvelle place à l’ombre. Et je retourne à l’eau qui est un peu plus agitée. De nouvelles sargasses sont arrivées mais la baignade reste toujours très plaisante.

Autour du parking, plusieurs possibilités de restauration. La plus simple est une crêperie aux sièges et tables multicolores, un bar propose des sandwiches et des salades, il y a aussi une pizzeria. Nous choisissons le Restaurant Panoramique qui a une belle terrasse au-dessus de la plage. Formule à 22€ (entrée + plat ou plat+dessert). En entrées, accras et crudités, chou, chou-rouge et carottes râpées. Les brochettes de crevettes sont présentées suspendues à une potence métallique. Dans l’assiette du riz jaune (curcuma ?) et des petits tas de légumes délicieux et parfumés.

La route de Gosier à Sainte Anne est encore bien congestionnée. Nous nous arrêtons avant Sainte Anne au Petit Havre qui est la plus jolie plage qu’on puisse imaginer. La route qui y conduit serpente entre les jardins des résidences cossues et les villas. Le parking est à l’écart, il est très petit, un jeune homme très aimable trouve une place pour Dominique quand il voit le macaron « handicapé ».

La plage se trouve derrière des arbres variés qui forment un petit bois. La plage est parfaite : du sable fin, un bassin turquoise où se concentrent les baigneurs. Autour, un vert émeraude signale les posidonies et les algues sur des rochers qui affleurent. Plus loin la frange blanche d’écume des vagues qui se brisent sur la barrière de corail. Vu de la mer, l’anse est encadrée par les raisiniers-bord-de-mer et quelques cocotiers. Aucun édifice disgracieux, aucun parasol de couleur criarde. Un rêve de plage !

 

 

la route de la Traversée – notre gite à Petit Bourg

GUADELOUPE 

Dans la forêt tropicale

Le parc zoologique des Mamelles est à l’ouest de la Route de la Traversée du massif de Basse Terre occupé par le Parc National de Guadeloupe. Visiter un zoo alors que tant de randonnées sont balisées parait un peu aberrant mais les guides (Vert et Evasion) le recommande chaudement. 16.90€, durée de la visite 1h30. On remet avec le ticket un plan inutile puisque la visite est fléchée et qu’il est impossible de prendre le circuit à l’envers. Des panneaux commentent les espèces végétales et animales. Le parc zoologique est installé dans une forêt de très grands arbres souvent colonisés par des lianes, bromélias et orchidées. La strate la plus basse est fleurie d’Alpinias rouges et roses, héliconias et autres fleurs tropicales. La promenade se déroule dans un parc fleuri magnifique.

Racoon

Les animaux sont enfermés dans de vastes enclos où ils peuvent se cacher. C’est amusant de les chercher. Les racoons (ratons laveurs) sont très actifs, certains sont au bord de l’eau et semblent laver quelque chose. La mangouste est beaucoup plus discrète, elle se cache dans les buissons. Il me faut un certain temps pour repérer l’iguane sur sa branche et les tortues se fondent dans le paysage.

Dans l’insectarium on voit de phasmes et des blattes. Dans le vivarium, deux boas, un python ry d’autres iguanes et un gentil anoli. Tout est très bien expliqué.

Le zoo se veut un conservatoire de la biodiversité. Une vidéo explique qu’il contribue à la reproduction d’espèces menacées qu’on relâche dans la nature dès que c’est possible  – histoire de persuader les visiteurs que leur visite participe de la préservation de la biodiversité.

On pénètre dans le domaine des lémuriens par un sas (entrer à la lumière verte, bien refermer la porte, rideau de chaînes métalliques, nouvelle porte) Il convient de faire bien attention à ses affaires et d’éviter d’exciter les animaux qui peuvent mordre. Certains visiteurs, même adultes n’en mènent pas large.

passerelles dans la canopée

Un parcours aérien dans la canopée sur des passerelles de bois et de ferraille suspendues très longue. Interdit de courir. Seulement deux personnes en même temps. Après avoir parcouru 14 passerelles j’ai hâte de me retrouver sur la terre ferme.
La fin de la visite est celle d’un zoo classique : ocelots, jaguar, les félins ont un magnifique pelage mais c’est triste de les voir enfermés. De même pour les aras que nous avons vus en liberté au Costa Rica.

Au Col des Mamelles des sentiers montent à la Mamelle Pigeon et à la Mamelle du Bourg (2h AR chacun).

Akomat

La Maison de la Forêt est fermée. Plusieurs promenades sont balisées des plus faciles (20 minutes) pour les familles aux plus difficiles. Je choisis celle du Bras de David (50 minutes) et passe une belle heure dans une jungle impressionnante. Même noté facile, la trace monte entre racines et boue glissante. Cette fois-ci encore je regrette mon bâton surtout quand je rejoins quatre sympathiques retraités deux bâtons chacun. Sur le sentier d’Interprétation, les arbres sont identifiés. Enfin un Akomat qui est bien un fromager et un arbre Bois-côtelette ((Citharexylum spinosum) .

Déjeuner sur le bord d’une route adjacente qui mène au Parking Corossol (tables de pique-nique sous des carbets)

cascade de l’écrevisse

Il y a beaucoup de monde à la Cascade de l’Ecrevisse qui se trouve à deux pas de la route (allée dallée accessible PMR). De l’autre côté de la route, une belle aire de pique-nique bondée. Avec la grève (réforme des retraites) beaucoup d’écoles sont fermées et on et venu en famille comme un dimanche supplémentaire. On peut aussi nager dans la Rivière Corossol derrière un barrage qui fait un petit bassin.

Encore une quinzaine de kilomètres jusqu’à Petit Bourg. Sortant de la luxuriante forêt, nous trouvons la Canne dans la plaine. Petit Bourg s’annonce avec de grandes routes, un lycée énorme et coloré, des constructions anarchiques. Ce n’est pas la campagne comme à Pointe Noire. La pression de la ville proche se fait sentir. Il est encore trop tôt pour s’installer au gîte. Nous allons à la plage la plus proche à Viard. Elle est envahie par les sargasses. Une odeur déplaisante se dégage. Personne sous les cocotiers. Dans les rares voiture il semble que se déroulent des activités louches. Les abords sont souillés, cela ressemble à une décharge sauvage. J’appelle les propriétaires du gîte pour avancer le check-in.

Notre bungalow est le premier à côté du portail. Comme promis au téléphone, il n’y a pas une seule marche et à peine deux mètres sur une allée cimentée. Dominique n’aura aucun problème d’accès. Mais nous ne jouissons d’aucune vue qui est masquée par les autres bungalows. Une grande pièce avec un coin salon et un grand lit. Une décoration très jolie bleu-marron avec quelques touches de jaune. Un ventilo à grandes pales au plafond (j’adore). La terrasse est fermée par des stores en cannisse, il y a une grande table et un coin cuisine. Comme je regrette le Bakoua et les colibris de Baille-Argent !

De retour du SuperU (cher et décevant) Mireille, notre hôtesse me montre la terrasse commune et le jacuzzi (en panne). Elle a organisé un joli espace fleuri avec une vue dégagée sur la mer et sur la Soufrière avec des chaises longues, un canapé destiné à tous les locataires. Une agréable brise souffle et je me promets d’y revenir souvent.

le soir tombe sur la Soufrière vue de Petit Bourg

Un apéro (punch, planteur et jus exotiques) réunit la famille de nos hôtes, un couple canadien et leurs trois enfants qui reviennent de la Soufrière, un couple français. C’est une belle initiative pour faire connaissance.

Richard cuisine des spécialités locales : nous commandons des ouassous cuisinés dans une sauce délicieuse accompagnés de petites boules de pâte de manioc.