Baignade à Petite Anse – Habitation Vanibel : café, bananes, vanille.

GUADELOUPE

le soir tombe sur la marina de Baille-Argent

Pour visiter la plantation de café Vanibel, la réservation est obligatoire par téléphone. La matinée est dédiée à la baignade. Courses en traversant Pointe Noire où je photographie les vieilles maisons de bois colorées avec les balcons.

maison de bois de pointe Noire

Nous sommes revenues à Petite Anse (entre Bouillante et Vieux-Habitants). Nous garons la KIA sous les raisiniers bord de mer (Coccoloba uvifera) qui procurent une ombre agréable. Ils sont assez solides pour qu’on y suspende des hamacs. Les sargasses sont de retour elles ne me font plus peur. J’ai nagé une bonne heure en évitant les gros paquets pour ne pas en être enguirlandée. J’aime bien retourner plusieurs fois sur la même plage, j’y prends mes marques et me sens en sécurité pour nager plus loin.

Plage de Petite Anse

Dominique que je croyais bien installée sous les raisiniers a du subir les ébats d’un jeune couple dans leur hamac suspendu juste en face du capot de la voiture sans aucune discrétion. Au bout de la plage, il y a un restaurant sur le sable : carte alléchante de poissons, dorades, poissons-lions.. Je commande des ouassous à la sauce coco accompagnés d’un gratin de patate douce, plat très réputé de la cuisine guadeloupéenne. L’attente est interminable. Nous nous sommes installées à 12h15, toujours pas servies à 13 h alors que la visite à Vanibel est réservée pour 14h30. Enfin la serveuse apporte les ouassous (écrevisses Macrobranchium caranus) roses sans sauce. Où est passée la sauce-coco ? le gratin de patates est servi dans une barquette en aluminium dans le style cantine plutôt que restaurant les brochettes de poulet de Dominique sont insipides et mal cuites. Expérience gastronomique très médiocre pour un prix-restaurant

Comme nous sommes pressées nous nous en remettons au guidage par GPS par de petites routes bien pentues au flanc de la montagne jusqu’à l’Habitation Vanibel.

le moulin de Vanibel

Nous sommes une vingtaine de touristes guidés par Joel qui présente l’exploitation familiale achetée en 1974. 28 ha dont 15 ha de café, diversifiée avec de la vanille des bananes et du cacao.

Le café pousse sous couvert végétal associé à du Pois-doux (Inga laurina de la famille des mimosacées, fabacées)Le Pois doux apporte un ombrage au caféier qui craint le soleil, il apporte un paillage au sol et comme légumineuse, de l’azote comme engrais. L’Habitation Vanibel se trouve à 400 m d’altitude et nécessite ce couvert tandis que plus haut au Brésil à 1300 m il n’en a pas besoin. Les caféiers qui sont autour de nous sont âgés de 27 ans. Ils peuvent vivre jusqu’à 70-80 ans mais seront moins productifs. Il faut attendre 5 ans pour que avoir des cerises. A Vanibel, 800g/pied. Le café de Vanibel et étêté ce qui le pousse à se ramifier et surtout facilite la récolte faite à la main. Les cueilleurs ne prennent que les fruits murs et repassent 4 à 5 fois pour une qualité optimale. Sur ce sol volcanique le pH est 4.5. L’acidité confère une meilleure qualité.

En Guadeloupe, les caféiers ont été remplacés par des bananiers, de culture plus facile et plus rentable. Autrefois le café de Guadeloupe était exporté, maintenant il ne suffit pas à la consommation intérieure (300t consommées, 15 à 20 produites) . Cette production « confidentielle » doit viser la qualité supérieure pour être rentable. On n’utilise aucun traitement chimique pour lutter contre les deux maladies du café : la rouille et les cochenilles. La fertilisation du sol vient du guano. Toutefois la production n’est pas certifiée bio à cause des herbicides.

José nous entraine un peu plus haut, au moulin, pour nous expliquer les étapes de la bonification du café.

Les cerises rouges sont « décerisées » : on enlève la pulpe.

Les graines vont fermenter pendant 24/48 h .

Il faudra alors les laver et les faire sécher sur de longs plateaux qui glissent sur des rails. Pour éviter les moisissures, on doit remuer doucement les graines et les mettre à couvert quand il pleut.

Pour enlever l’enveloppe : la parche, le moulin actionne des pilons qui pileront alternativement. Les engrenages bien visibles sont très beaux.

Le vannage ou séparation de la parche et des grains est effectuée dans une grosse machine Tarrare (elle est fabriquée à Tarrare près de Lyon).

Il reste une dernière transformation : la torréfaction qui s’effectue près du lieu de consommation. Le café est expédié vert. Curieusement, il gonfle lorsqu’il est chauffé (réaction de Maillard). Il est donc plus avantageux de le transporter vert avec un faible volume. Surtout, l’arôme du café grillé se conserve beaucoup moins que le café vert.

Les grandes compagnies (l’Or, Grand-mère, Nescafé…) procèdent à des assemblages de cafés de différentes provenances pour garantir au consommateur un goût homogène.

« Quel est le meilleur café ? « demande Joël. Réponse d’une fayote « le vôtre » ; selon notre guide, les goûts varient selon les régions/ les mélanges ne seront aps les mêmes pour les Américains qui le boivent allongé ou les Italiens, serré, ou les gens du Nord qui ajoutent de la chicorée.

Suivent, des explications économiques sur le prix du café coté en Bourse. Le café de Guadeloupe ne pèse rien à côté des productions brésiliennes ou d’Amérique Centrale. La cueillette à la main représente l’essentiel des coûts. Avec le salaire d’un cueilleur Guadeloupéen on pourrait rémunérer 25 Guatémaltèques.  Au Brésil la cueillette est mécanique. Vanibel doit viser la qualité pour bénéficier d’un « effet de niche ». Ils commercialisent deux sachets : l’un en toile de jute qui ne contient que leur café, l’autre en emballage habituel destiné aux cafés et aux supermarchés ne contient que 20% de café de Guadeloupe. Au supermarché le « fait en Guadeloupe » signifie parfois « torréfié » en Guadeloupe. Ceci explique pourquoi le café est invisible dans le paysage. L’exploitation touristique, elle, est bien visible.

La banane a chassé les plantations de café. Le groupe s’immobilise devant des bananiers. La  banane pousse et se récolte toute l’année. Elle est productive au bout de 4 mois, le café 5 ans. Les cyclones Irma et Maria en 2017 ont détruit 100% des bananeraies et pourtant l’année suivante la récolte était normale. Notre guide nous montre la grosse cloche violette qui contient les fleurs : certaines sont femelles ; d’autres hermaphrodites, d’autres mâles. Les première en haut de l’inflorescence ne seront pas pollinisées et avorteront. Les dernières (en bas) sont supprimées une fois le régime de fruits formé pour que les autres grossissent. Joël détache une fleur en forme de mini-banane (ovaire allongé), stigmate formant une étoile, étamines en périphérie. Quand le régime grossit on coupe la « fleur » qui reste et on emballe le tout dans un sac de plastique bleu qui le protège de la rouille, des taches et des chocs pendant le transport. La couleur bleue filtre les UV ;

Il existe de nombreuses variétés de bananes : plantain qu’on cuit, les petites, les meilleures ne supportent pas le transport par bateau, le transport par avion les rendraient inabordables. On exporte la variété Cavendish. Le prix des bananes antillaises n’est pas compétitif. Les subventions permettent aux agriculteurs de survivre : le kg se vend 10 centimes + 45 centimes de subventions. Mais le transport par containers est presque « gratuit » : la Guadeloupe importe presque tout de Métropole, sans les bananes, le retour se ferait à vide. On les remplit donc de bananes.

La vanille :

Fleur de vanille

La vanille est une orchidée, liane qui s’enroule autour d’un arbre. La vanille est pollinisée à la main. Le seul pollinisateur est l’abeille Mélipone est mexicaine et son acclimatation a échoué en dehors du Mexique. La pollinisation manuelle est très exigeante : la fleur s’épanouit à 3 heures du matin, à 10 heures, elle est déjà fanée. Il faut se lever tôt et agir vite, choisir els fleur à privilégier. L’inflorescence en contient parfois une vingtaine. Si on pollinisait tout, les gousses seraient trop petites. La gousse sera aussi délicate à cueillir et plus tard à conserver ; ce qui explique son prix. La vraie vanille est un luxe. L’industrie alimentaire utilise exclusivement des arômes chimiques. Si certaines glaces ont de petits points noir, ce ne sont pas les graines(poudre fine parfumée) mais souvent la gousse qui a été « recyclée » grattée une fois que la poudre des graines a été récoltée. Joël nous conseille de conserver les gousses au congélateur. Si la gousse est conservée à température ambiante, des cristaux blancs peuvent se développer. Ce n’est pas de la moisissure, au contraire c’est de la « vanille givrée » le « top » de la vanille, la plus parfumée. Comme le café, la vanille requiert de la patience. Elle ne donne qu’au boit de 4 ans, il faut lui fournir 50% de soleil, et 50% d’ombre. Comme engrais on épand le compost de la parche de café.

Dernier arrêt devant le cacaoyer : les belles cabosses rouges sont facilement observables. Le cacao serait une culture d’avenir. La demande s’est envolée depuis que la Chine s’est mise à en consommer. Elle exerce une grosse pression sur les producteurs africains.

La visite se termine par une dégustation de café : léger et parfumé qu’il est inutile (à mon goût) de sucrer ?

Les roches gravées de Plessis

Ce sont des pétroglyphes amérindiens dans la rivière Plessis. Malheureusement, la descente est longue (le chemin est bon avec des marches) Il faut compter 20 minutes pour descendre, 20 minutes pour les trouver  et au moins autant pour remonter. J’abandonne à mi-chemin.

 

Manet/Degas à Orsay

 

LE PRINTEMPS DES ARTISTES

Exposition temporaire jusqu’au 23 juillet 2023

Degas
Manet

 

 

 

 

 

 

 

les exposer ensemble est presque une évidence: Manet (né en 1832) et Degas (1834) proviennent de familles de connaisseurs des arts. La légende raconte qu’ils se seraient rencontrés au Louvre  devant l‘Infante Marguerite de Velazquez dont ils ont réalisé une eau-forte . les deux gravures sont présentées face à face. Tous les deux ont voyagé en Italie, se sont inspirés des grands maîtres qu’ils ont copiés dans leur formation : Lippi, Mantegna, Titien, Carrache et Rubens

Manet : copie de la Vierge au lapin

Admirateurs de la peinture espagnole Velázquez, Zurbaran et Goya

Ils exposent dans les Salons : Manet en 1861, Degas 1865. Olympia fait scandale: c’est une prostituée dont le corps fait scandale, amplifié par la présence d’un chat symbole de lubricité. Degas peint une scène de guerre au Moyen âge, Manet Un Christ aux anges largement inspiré des peintres espagnols.

Manet : portrait de M. et Mme Manet

les deux peintres réalisent des portraits prenant pour modèle souvent leur famille et les proches comme les soeurs Morisot

Degas : portrait de Mme Gobillard née Morisot

Seul bémol pour l’exposition : Manet et Degas sont chez eux à Orsay et les visiteurs parisiens connaissent de nombreux tableaux! les beaux portraits avec Berthe Morisot ou Olympia  ou Lola de Valence ne sont pas vraiment une surprise. En revanche je découvre un Zola dans l’atelier de Manet tandis que Tissot est peint par Degas dans un décor analogue. 

Manet : champ de course

Il est amusant de constater que les sujets traités sont analogues : le champ de course, la plage en Normandie. le visiteur va jouer au jeu des différences. les chevaux de Manet galopent tandis que Degas s’intéresse davantage aux spectateurs. Sur la plage, également Degas traite avec plus de soin les personnages du premier plan tandis que les couleurs se ressemblent ainsi que le traitement des bateaux au loin

Degas
manet

Tous deux peignent les Parisiennes, à la toilette au Tub, au café ou chez la modiste

A vous de deviner quel est l’auteur de chacun de ces tableaux.

Cependant, D’une guerre à l’autre les tableaux diffèrent. Si tous les deux ont été engagés dans la Garde Nationale pendant le siège de Paris par les Prussiens, Manet, républicain convaincu, prendra position en dessinant des barricades, ou la queue chez le boucher quand le peuple de Paris avait faim. Degas rendant visite à de la famille, découvre les plantations de coton et la société esclavagiste mais ne peint pas de noirs dans ses tableaux de la Nouvelle Orléans. 

Degas et Manet voient émerger le mouvement impressionniste et se tiennent un peu à la marge. Degas peut avoir la critique acerbe.

Amis, mais aussi rivaux : le tableau de la discorde est celui que Manet a découpé, jugeant que Degas avait enlaidi sa femme jouant au piano. Degas en a conçu de l’amertume.

la Soufrière, Matouba

GUADELOUPE

La Soufrière avant que le nuage ne la cache

Il a plu la nuit dernière, le bruit sur les tôles m’a réveillée. Pourtant ce matin le sol est à peine humide. Peut-être n’est-ce pas la météo idéale pour aller voir la Soufrière ?

Avec la carte Michelin j’avais repéré un itinéraire évitant les grandes routes, tout au moins une partie de la RN2 près de Basse-Terre et la RN3 vers Saint Claude. Une petite route D30, longeant l’aérodrome de Baillif , bordée du vert des itinéraires touristiques, conduit à Matouba, et de là à Saint Claude. Etrange, le GPS ne trouve pas la D30. Nous montons cette route Saint Louis tortillant dans les bananeraies. Sérénité et calme, nous sommes seules sur la route. Arrêt devant l’Habitation Bouvier – propriété privée et chien de garde- je devine des bâtiments agricoles, une étrange grande roue et une bizarre tour dépassant des toits. Le chien me dissuade d’approcher. Alors que je me congratule d’avoir choisi un circuit aussi agréable, un panneau nous apprend que la chaussée est submersible. Pas de problème, pensions nous, les trois gouttes tombées cette nuit n’ont pas fait déborder les rivières. Brusquement la route s’interrompt, trois gros rochers interdisent le passage. A Rivière Matouba a emporté toute la chaussée. Il ne reste plus qu’à faire demi-tour et emprunter els grandes routes. Nous prenons en autostop un homme qui marchait le long de la route. Il nous parle des dégâts du cyclone Fiona (septembre 2022) qui n’ont pas encore été tous réparés. Nous le questionnons au sujet de la culture des bananes.

la rivière Matouba a emporté la route

A l’église de Saint Claude c’est la Messe. L’église est ouverte, l’assistance chante. Je n’ose pas entrer.

A Matouba, nous trouvons facilement la stèle de Louis Delgrès : son buste et sa proclamation. Il n’y a rien de plus à voir. L’habitation où il s’était retranché avec ses partisans n’est pas visible. J’ai lu cet épisode de l’Histoire dans La Mulâtresse Solitude de Schwartz-Bart. De là la promenade Le Saut d’Eauqiu de Matouba est fléchée, recommandée dans nos guides, notée facile, aller/retour en moins d’une heure. Le panneau du Parc indique 45 minutes. La Mairie de Saint Claude a posé un grand panneau « Promenade Interdite » Je m’engage quand même, le sentier est bien tracé dans les bananiers puis arrive en corniche au-dessus de la rivière. Le chemin est fort glissant, par endroit boueux. S’il est interdit, il doit bien y avoir une raison ? Je regrette amèrement mon bâton de marche qui me permettrait de m’assurer. Je me raccroche aux branches mais me salis de boue. Si près du but, je renonce. Au retour, je croise 4 promeneurs. Un Guadeloupéen s’esclaffe « cela fait 5 ans que c’est interdit ! ». Je regrette de ne pas avoir vu la cascade et surtout de ne pas avoir mis le bâton télescopique dans la valise. Ma confiance dans les recommandations de promenade du guide Vert et d’Evasion est sérieusement entamée.

 

Nous avons confondu les « Bains chauds » de Matouba et les « Bains jaunes » de Saint Claude . Nous arrivons à Papaye au Point de Vue. Superbe. Le propriétaire du gîte « Les Pimentiers de Papaye » situé là nous commente le panorama à 360°. Derrière nous, la Soufrière, vers le sud entre deux sommets Les Saintes, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Du côté de Basse-Terre, les champs de canne de la distillerie Bologne.

La route qui monte à la Soufrière traverse une forêt touffue avec les troncs des grands arbres formant de hautes colonnes autour desquelles s’enroulent les lianes tandis que des fougères arborescentes tentent de s’élever pour capter un peu de lumière ; Sol volcanique, humidité presque permanente, conditions idéales pour les végétaux. Lees voitures sont garées des centaines de mètres le long de la route en bas du parking près des Bains Jaunes où nous avons la chance de trouver une place. Marie-Jo, la propriétaire m’a affolée en parlant d’une randonné de 6 heures à faire obligatoirement avec un guide. J’ai renoncé à faire l’ascension. Sur place, on dit que c’est plutôt 1h30 (x2 pour l’aller/retour). Evidemment je regrette.

Le pas du roi

Je me contente du chemin facile pavé le Pas du Roi jusqu’à La Savane aux Mulets (ancien parking situé à 1142 m)  construit par l’armée coloniale e, 1887, très facile à suivre avec des marches taillées dans la roche assez hautes avec mes petites jambes pour me faire encore regretter mon bâton. Il y a beaucoup de monde. Encore une fois, j’admire les fougères géantes. Les mousses sont abondantes ainsi que les petits lycopodes qui furent au Carbonifère des arbres de 30 mètres de hauteur.

la Soufrière

A la sortie de la forêt on se trouve à la base du dôme dans une végétation arbustive de buissons d’espèces inconnues de moi. Malgré la couverture nuageuse j’ai l’impression d’arriver dans la lumière. La couleur jaune domine après le vert foncé. Quand j’arrive au sentier qui monte il est déjà 14h et les randonneurs redescendent ; je ne résiste pas à la tentation de grimper encore un peu. Plus de marche, un sentier rocailleux et abrupt. Le bâton de marche est vraiment indispensable ! je croise avec envie ceux qui s’aident de deux bâtons. On perçoit même loin du sommet l’odeur sulfureuse des fumerolles, discrète mais bien présente. Les flancs irréguliers du volcan présentent des fissures verticales. Ces grandes plaques jaunes sont-elles du soufre ? pas du tout ce sont des mousses très épaisses jaunes. Pas de coulées. Il faudrait monter encore beaucoup plus pour se trouver dans un univers minéral.

Le nuage descend rapidement, pour ne pas être prise par le brouillard il faut rentrer rapidement. Je suis toute transpirante quand je reviens à la voiture. Les bains jaunes sont pris d’assaut par les randonneurs qui s’y délassent. Certains font la planche, d’autres laissent pendre leurs pieds dans l’eau, assis sur le rebord de pierre. Je suis un peu déçue de voir que l’eau n’est pas jaune du tout. La pierre est noirâtre, l’eau transparente.

J’ai hâte de me baigner dans la mer. Nous retournons à la Petite Anse près de Marigot. Aujourd’hui dimanche, le parking à l’ombre est bondé. Dominique doit choisir entre ombre sans la vue ou vue sur mer au soleil. Pas une vague, l’eau est limpide. Je nage tranquillement d’un bout à l’autre de la baie.

Nous voulons voir les Bains Chauds Thomas à l’entrée de Bouillante. Le petit bassin en bord du rivage alimenté par une source chaude est construit en roches volcanique de la taille d’un gros jacuzzi. Il est occupé par une dizaine de personnes tandis qu’une bonne douzaine attend son tour patiemment. Je n’ai pas trop envie de poireauter encore moins de subir les bavardages et les plaisanterie des baigneurs inconnus qui mijotent dans l’eau chaude. J’avais pourtant bien aimé l’expérience au Costa Rica.

De retour à Créteil j’ai écouté avec beaucoup d’intérêt le podcast des Nuits de France Culture Polémique autour du volcan de la Soufrière à la Guadeloupe en 1976 CLIC 

20 jours en Aout 1976 racontés par les témoins, journalistes, Préfet, Maires ou simples habitants. Plaisir de réécouter la voix inimitable d’Haroun Tazieff et ses explications très claires.

Basse-Terre, déjeuner à Rocroy – Habitation Côte-sous-le-vent

GUADELOUPE

Basse -Terre Hôtel de Ville

7h30, sur la RN2 vers le sud en passant par Pointe Noire, Malendure, Bouillante, Vieux-Habitants sous la lumière du matin  avec moins de circulation que d’habitude. Une heure plus tard nous arrivons à Basse-Terre. L’entrée de la ville est affreuse avec ses panneaux publicitaires, ses zones commerciales et artisanales. La route longe le port. Très rapidement nous sommes au marché. Suivant les conseils et les plans de nos guides Dominique gare la voiture rue Baudot à quelques pas de la Maison du Patrimoine( fermée aujourd’hui samedi) installée dans une belle demeure coloniale avec des balcons de ferronnerie.

Un passage étroit mais éclairé de beaux lampadaires me conduit à l’Hôtel de Ville tout blanc, je suis le cours Nolivos, très commerçant puis la Rue de la République très animée. De la musique sort des boutiques, les gens s’interpellent. Dans la rue , les commerces de textiles sont tenus par des Libanais, j’entends parler arabe. Cette ambiance tropicale et bruyante me rappelle San José au Costa Rica. Un pont enjambe la Rivière aux Herbes et j’arrive au marché très animé le samedi. Trois SDF sont allongés sur le trottoir, une marchande qui comptait y installer son étal les houspille en Créole ; comme les cris n’ont pas l’effet escompté, elle revient avec une bouteille d’eau et les asperge violemment pour les faire déguerpir.

marché de Basse-Terre

Sous la halle du marché de nombreux commerces sont destinés aux touristes : robes, nappes, sacs de toutes sortes en madras, chapeau de paille, bouteilles de rhum ou de punch, épices diverses. Je me laisserais facilement tenter par une robe en madras orange, jaune et blanche. De retour à Créteil, elle risque de dormir dans l’armoire en compagnie des tenues africaines ou des djelabas. Une marchande m’interpelle en me proposant des gousses de vanille. Cette tentation est de l’ordre du raisonnable comme les bâtons de chocolat ou la cannelle. Stoïquement je résiste et me contente de photographier les fruits et légumes. Les poissons se vendent de l’autre côté de la route bien passante.

Passage des marches

En sortant du marché je remarque le Passage des marches décoré par un mosaïste. Basse Terre est peinte de nombreuses fresques Street Art : certaines vantent le magasin sur lesquelles elles sont peintes, de nombreuse ont pour thème l’esclavage, même le mur de la prison est tagué !

J’arrive rapidement aux bâtiments officiels, Palais de Justice, Conseil départemental, bâtiments administratifs imposants. Imposante aussi la Cathédrale en lave avec sa façade classique. A l’intéreiur, atmosphère de recueillement. Comme les bénitiers sont à sec depuis le Covid les gens se signent ostensiblement. La mécréante que je suis entre discrètement pour observer l’autel de pierre claire et la coûte de bois.

Pour arriver au Fort Delgrès il aurait suffi de longer la mer en retournant au marché mais le GPS a préféré nous faire un tour des quartiers hauts par le chemin de Circonvallation et le Jardin botanique pour redescendre tout droit. Au fort, une heureuse surprise attend : une déambulation artistique autour de sculptures d’Hervé Guibert « en Rezistans ». Inspiré par les évènements de mai 1802, le plasticien a façonné de curieux animaux de ferraille et de pierre, une libellule, un papillon-en ondulant. une grande araignée de ferraille est destinée à trôner sur un rond-point, elle a été réalisée avec les enfants d’une école qui ont décoré des noix de coco, les oeufs de l’araignée.

Basse-Terre fort Delgrès

Cette animation est joyeuse. Une clarinette participe à la déambulation. Les participants sont munis de parapluies pour se protéger du soleil. Moi pas, je rejoins l’ombre des grands murs du fort. Bastions, canons et architecture défensive n’ont jamais été mes sujets de prédilection, mais l’herbe est bien verte pas tondue, elle oscille gracieusement au vent.

monument à Delgrès Roger Arekian

La Poudrière a été conçue très solidement pour résister aux incendies. Elle a servi e 1976 lors de l’éruption de la Soufrière : les géophysiciens y ont installé leurs instruments de mesure pensant qu’ils y seraient à l’abri. Sur le Bastion du Galion, le plus haut, une table d’orientation permet d’identifier les principaux sommets, mornes et pics. La Soufrière malheureusement est cachée dans le nuage. La visite s’achève dans le labyrinthe d’énormes pierres disposées en spirale autour de la tête de Louis Delgrès œuvre de Roger Arekian.

Restaurant La Baie à Rocroy

Nous sommes arrivées vers 11h30 à la Plage de Rocroy. J’ai le temps de me baigner avant le déjeuner. Installées à la même table nous commandons les mêmes plats que jeudi. J’aime bien « prendre mes marques ». Quand nous évoquerons les vacances en Guadeloupe ce sera « notre » restaurant. La baignade qui suivra sera encore plus délicieuse. Boustrophédon, cette expression me revient quand je sillonne la baie en faisant des allers et retours .

L’Habitation Côte-sous-le-vent

A un kilomètre au sud de Pointe noire, L’Habitation-Côte-sous-le-Vent est à l’ombre de très grands arbres.

Plusieurs axes de visite : un musée du bois, un arboretum et un musée-pirate.

Musée du bois :  l’atelier de l’ébéniste avec ses outils rangés , les  productions :  objets de bois, jouets toupies, patinettes, camions de bois, des instruments de musique : Gwoka (tambour traditionnel guadeloupéen). Des échantillons de bois et leur usage en menuiserie  Amandier (Terminalia cattappa), Mahoganny, Courbaril, Bois-rouge carapate (Amanoa caribaea). Le thème du bois m’intéresse beaucoup :

 

Enfin je vois les arbres de mes lectures, en échantillon et dans l’arboretum. J’aimerais voir le Courbaril et l’Akomat. L’Akomat est le fromager ou le kapokier avec ses énormes racines Il accueille le visiteur de l’arboretum avec les légendes qui lui sont attachées : soukougnans, volants et autres esprits mauvais qui changent de forme sur ses branches basses. Découvert à Cuba après une lecture de Zoé Valdès qui l’appelait la Ceiba, arbre magique.  D’autres arbres aux noms familiers renvoient à des espèces très exotiques : Raisiniers bord de mer( Coccoloba uvifera), Poirier-pays (Tabebuia) aux fleurs à corolles roses, Châtaigniers qui sont les arbres à pain

Thème inattendu : la flibuste avec les pirates noirs :25 à 30% des flibustiers étaient noirs et aucune distinction raciale n’existait là. Il semblerait que le pont des navires pirates était le premier lieu de pouvoir des noirs au sein du monde blanc du XVIIIème siècle. Des femmes se sont aussi distinguées : Anne Bonny et Mary Read, encore Zoé Valdès Louves de Mer a raconté leurs exploits.

Une maison créole est soigneusement meublée. Est-elle authentique ? J’en doute un peu. J’ai préféré les modestes reconstitutions de L’Ecomusée Créolart à Sainte Rose.

 

 

Autour de Sainte Rose : bains de Sofaia, Ecomusée, le petit port dans la mangrove, plage des Amandiers

GUADELOUPE

Ecomusée Créolart Sainte Rose : Alpinias rouges et roses

Le matin sur la terrasse

Chaque matin, les poules nous réveillent bien avant le lever du jour (6h15). Je profite de la délicieuse fraîcheur du matin sur la terrasse pour observer le colibri qui va de fleur en fleur, si rapide, sur la verveine blanche. Jai parois la visite d’un petit oiseau noir à gorge rouge, il me semble le sporophile curio , rouge-gorge ; il n’est vraiment pas craintif ; très curieux il s’approche de moi. Un autre oiseau jaune et gris va de branche en branche, probablement un sucrier à ventre jaune. J’ai vraiment plaisir à rédiger mes carnets.

6h45, Dominique me rejoint avec les oranges du petit déjeuner. Petites, vertes, dures, elles ne valent rien. Elles proviennent d’Amérique latine.

Bains de Sofaia

« Bains Sofaia « douche sulfureuse

8heures, nous faisons route vers Sainte Rose. La route des Bains de Sofaia (D19) grimpe sec vers la montagne. . En 6 km, près de 300m de dénivelée.   Je suis surprise par les nombreuses maisons dans leurs beaux jardins s’étageant sur la colline. A la fin de la route un vaste parking autour d’une pelouse. An bas les « bains de Sofaias » plutôt la douche d’eau thermale : l’eau sulfureuse goutte de nombreux trous d’une double rampe dans un espace creux, carré, carrelé.

Départ des randonnées : Le saut des trois Cornes est noté facile, 3.2 km, 1h20. Aller ou aller /retour ? J’essaie de me connecter sur Visorando sans succès. Trois femmes de mon âge me découragent, selon elles, la cascade serait à 1h30 et autant pour revenir. Je m’engage sur la trace de Baille-Argent, large piste et décide de marcher 30 minutes et de revenir par le même chemin. Au bout de 20 minutes je retrouve le sentier des 3 cornes et regrette bien de ne pas l’avoir fait.

Ecomusée Créolart

La descente de la D19 est beaucoup plus spectaculaire que la montée avec une vue fantastique sur la mer et sur la mangrove. Une fois encore se confirme l’idée qu’un merveilleux paysage entrevu de voiture peut donner des photos médiocres. Il suffit de descendre du véhicule pour ne plus rien retrouver de l’émerveillement ; de remarquer l’alignement des poteaux téléphoniques et toutes sortes de murs et clôtures disgracieux. Notre cerveau les élimine tandis que l’appareil photo enregistre tout.

l’Ecomusée

Ecomusée : case créole

Caché derrière un grand mur, l’Ecomusée ne paie pas de mine, il n’a même pas de parking. .Il faut sonner à la porte et attendre qu’une dame vienne ouvrir. Entrée 10€. La dame offre un délicieux cacao sucré mais sans lait.

La visite est libre à travers le jardin de plantes médicinales, de nombreux panneaux guident le visiteur.

Je découvre que les bégonias blancs peuvent être consommés en salade, avec modération cependant, ils sont riches en acide oxalique. La jolie fleur jaune d’Estragon du Mexique (Tagetes lucida) de la famille des œillets d’Inde peuvent servir de condiment dans les papillotes des dorades ou pour parfumer la marinade.

Plantes-condiments et surtout plantes-médicaments : nommés Efferalgan et Doliprane  (Plectranthus grandis et Plectranthus neochibus)

Poivre noir, Calbassier pour les calebasses, Aristoloche pour chasser les mauvais esprits….

Il y aurait beaucoup à apprendre en ce qui concerne la médecine traditionnelle.

Le long d’un mur perpendiculaire on a installé de mignonne vitrines représentant les communes de Guadeloupe. Chaque vitrine est une petite installation évoquant le bourg. Pour Vieux-Habitants, des photos de l’église la plus ancienne de l’Île, avec des petits sacs de café, Pointe Noire est représenté en tableau de sable, Deshaies raconte la tragédie du crash du Boeing 707 en 1962, Sainte Rose une charrette …C’est joli, touchant. J’apprendds l’histoire de chacune de ces communes.

 

La suite est historique : découverte de l’Amérique par Christophe Colomb et en face des documents d’époque accusateurs comme ces étranges Conseils d’un colon à es successeurs, signé Yvon Bourges 1958

Après l’Histoire, la vie quotidienne : fabrication du bâton-cacao, de kassav , de bâton de cannelle, selon les procédés traditionnels. Une case créole est meublée, une autre raconte les Zindiens (1852-1885) et l’arrivée des Syro-Libanais dès 1870 illustrée par une boutique de tissus.

Une visite ne suffirait pas pour épuiser les richesses de ce petit musée qui contraste avec le Jardin Botanique de Deshaie touristique plein de QR-codes branchés. Petit musée plutôt désuet mais riche en documents, siège d’animations pédagogiques. Le restaurant tout simple me rappelle certains restaurants du Togo ou du Bénin avec leurs lourds meubles de bois sans aucun décor futile. Le côté vieillot est sympathique. Il fait plutôt appel à la curiosité et à la réflexion qu’à l’esbrouffe.

en bordure de la mangrove

En bordure de la mangrove

Nous allons à la limite de la mangrove à la Pointe Granger au bout d’une route qui aboutit à un petit port. Quand nous arrivons, l’endroit est désert. Arriveront plus tard des pêcheurs et un véliplanchiste. Quelques bâtiments sont en piteux état. Des bateaux à moteur au port, un ponton de bois. Des îlots verts barrent l’horizon. La mer est lisse comme un lac. L’eau transparente. Je me renseigne auprès du véliplanchiste : peut-on se baigner ? Il semble que oui et que l’eau est propre. Baignade idéale, je fais des traversées comme à la piscine.

Pendant notre pique-nique des voitures sont arrivées, des gens du coin se rafraîchissent dans l’eau, bavardent assis, flottant avec une frite en mousse sous les aisselles. Un homme gonfle une voile de Kite. Il nage poussant son équipement jusqu’à la risée pour aller chercher le vent. Je vais explorer la mangrove protection du littoral mais hostile à la présence humaine, infranchissable.

Plage des Amandiers

La plage des Amandiers

Sur le chemin du retour nous nous arrêtons à la Plage des Amandiers à 4 km à l’ouest de Sainte Rose. Parking ombragé surplombant une magnifique plage de sable battue par l’océan. A l’extrémité une pointe porte une croix blanche ; je retrouve le sentier du littoral bien balisé et le parcours vers Sainte Rose. Je découvre un polissoir préhistorique amérindien. Les amandiers (Terminalia Catappa) n’ont rien à voir avec les amandiers méditerranéens. Ce sont de grands arbres avec de grandes feuilles coriaces qui ont des fruits en forme d’amandes mais très grosses. Belle promenade sous les amandiers et retour pieds nus dans l’eau mais la vague est puissante.

Nous rentrons tôt pour profite du beau jardin et nous endormons tôt après cette journée bien remplie pour être réveillées à 23h30 par la musique, les tambours des voisins. C’est vendredi soir, ils se réunissent jusqu’à tard dans la nuit.

 

 

Ti-Jean l’Horizon – Simone Schwartz-Bart

GUADELOUPE

Simone Schwartz-Bart m’a enchantée avec Pluie et vent sur Télumée Miracle, je lui ai fait confiance pour m’accompagner en voyage à la Guadeloupe avec Ti-Jean l’Horizon qui a été mon livre de chevet pendant les 3 semaines des vacances. Très occupée par les visites, je lis peu en voyage et j’ai été heureuse de le retrouver et de suivre cette histoire un peu compliquée qui commence sur Basse Terre dans un village perdu Fond-Zombi à la limite de la forêt avec ses cascades, ses bassins d’eau claire, ses précipices

« Le village proprement dit n’était qu’une simple enfilade de cahutes, le long d’une route poudreuse qui finissait là, au pied des solitudes du volcan. Ainsi rangées à la queue leu leu, elles faisaient penser aux wagons d’un petit train qui s’élancerait dans la montagne. Mais ce train-là n’allait nulle part, il s’était arrêté depuis toujours, à moitié enfoui sous la verdure : n’était jamais parti. »

Pendant mes randonnées j’ai pu imaginer mettre mes pas dans ceux du héros

« Le sentier se perdit subitement dans une haie touffue qui s’élevait à trois mètres du sol, aloès, cadasses et autres plantes épineuses, ainsi que des lianes rampantes qui envoyaient des rejets, des bouquets d’orchidées, roses, mauves ou tachetées de sang. C’était au pied d’une rampe étroite bordée de précipices, tout en haut de laquelle se dressait la masse imposante du plateau. On aurait dit un donjon, une citadelle entourée de vide, qui donnait l’impression de monter une garde sévère sur la vallée. Et Ti Jean eut beau sonder la haie, nulle part il ne vit la moindre ouverture ou trace de passage de l’homme : si l’endroit était encore habité, estima-t-il, ce ne pouvait être que par des fantômes en apparition… »

j’ai pu imaginer ce plateau où se sont réfugiés, il y a bien longtemps les esclaves marrons, et ceux qui avaient gardé en souvenir ou par magie le contact avec leurs ancêtres africains.

Célébration de la nature, de l’eau qui cascade, du volcan. Ce récit a éveillé mon imagination, réalité ou magie, j’ai presque accepté l’idée de la transformation en corbeau et les pratiques de sorcellerie.

L’idée de la vache monstrueuse qui avale le soleil et répand les ténèbres sur la Guadeloupe, du temps qui s’inverse quand

« la lune était désormais l’astre du jour »

avec toutes les conséquences sociales, distributions de nourriture, changement des prêches du curé, mais aussi mainmise des propriétaires blancs sur les cases des pauvres gens de Fond-Zombi qu’on enferme derrière des clôtures de l’Habitation .

« l’abomination était en train de renaître, ils en reniflaient la vilaine odeur dans l’air […]quelle abomination? ah, l’esclavage… »

Dystopie.

Mais le retour de Ti Jean « au pays de ses ancêtres par le gouffre ouvert dans les entrailles de la bête » change la donne. Il a quitté la Guadeloupe pour faire surface en Afrique, au Niger, peut-être. Ce voyage souterrain sous l’Atlantique est suggéré dans d’autres légendes : après leur mort les esclaves rejoindraient leur pays… Délocalisation dans l’espace mais aussi dans le temps. Si certains artefacts comme les camions suggéraient que Ti Jean, en Guadeloupe vivait au XXème siècle, il surgit dans une Afrique primitive, d’avant la colonisation, dans les guerres tribales. 

Les livres suivants se déroulent au Royaume des Morts , Ti Jean est un étrange fantôme, errant dans l’éternité. Le temps est alors bizarrement aboli. Son errance est une Odyssée, il cherche à faire le chemin inverse : retrouver la Guadeloupe qui est son Ithaque. 

Plus aucun réalisme.

Je me pose toutes sortes de questions : retrouvera-t-il Egée, son amour de jeunesse? Le soleil sera-t-il revenu pendant son absence sur Fond-Zombi? Malgré le manque total de cohérence je poursuis ma lecture dans le mythe avec intérêt et plaisir.

bien, reprit Ananzé avec une pointe de raillerie… c’est quand j’ai commencé à mourir et à renaître, et mourir
encore et renaître. La première fois, c’était à l’habitation Bellefeuille où ils m’avaient pendu haut et court, tel un congre salé. Ils m’ont laissé trois jours sur la corde et je ne bougeais pas. Je savais bien que j’étais mort et pourtant, j’entendais leurs paroles, je sentais la brise sur mon corps. Quand ils m’ont jeté dans le trou, j’ai creusé la terre au-dessus de moi et je suis sorti, j’ai été vers une autre plantation. Je ne croyais pas à ce qui m’était arrivé, c’était pour moi comme dans un rêve. Et même après la deuxième, la troisième fois, je n’y croyais pas tout à fait et il me semblait que j’avais perdu la tête. Mais un jour, je présente mon corps à l’habitation Sans-fâché et les gens de se sauver à ma vue, criant qu’ils m’avaient déjà pendu, oui, haut et court, pas plus tard que l’année précédente : alors j’ai compris que je n’avais pas perdu la tête, mais étais victime d’un enchantement… qui dure encore, en ce moment où je vous parle, acheva-t-il en un sourire ambigu, incertain.

 

 

 

Matisse- Cahiers d’art – Le tournant des années 30 à l’Orangerie

PRINTEMPS DES ARTISTES

Pour commencer ce mois d’Avril du printemps des Artistes :

Exposition temporaire jusqu’au 29 mai 2023

matisse : Odalisque au coffret rouge 1927

L’Orangerie présente les œuvres de Matisse « au tournant des années 30 »  avec pour fil conducteur la revue LES CAHIERS DE L’ART fondée en 1926 à laquelle Matisse et Picasso vont contribuer. C’est une période de doute pour Matisse qui va se consacrer au dessin, à la grande peinture décorative et va explorer de nouvelles techniques comme les papiers découpés de ses grandes compostions de La Danse. 

Femme à la voilette (1926-1927)

C’est aussi en 1927 que les Cahiers d’Art publient L’Art Nègre avec la collection de Paul Guillaume coïncidence, je viens de terminer l’étude de Diagne sur Senghor : l’Art Africain comme philosophie qui fait longuement référence aux écrits de Paul Guillaume – 

Fenêtre à Tahiti – c’est un carton de tapisserie

Autour de 1930, Matisse fait un tour du monde, en Océanie sur les pas de Gauguin puis aux Etats Unis, Martinique et Guadeloupe. Sur un mur, présentation d’un film muet Tabou réalisé par Murnau et Flaherty – splendides images de cocotiers et de jeunes gens couronnés de tiaré. 

la salle suivante est consacrée à la DANSE un film montre Matisse ajustant les papiers découpés avec une longue baguette et un escalier roulant. 

Dans une grande salle grise les dessins de Matisse et ceux de Picasso sont encore présentés. une certains analogie dans l’inspiration : Picasso illustre les Métamorphoses d’Ovide, Matisse, l‘Ulysse de James Joyce. Les deux dessinent des nymphes et des satyres. Matisse illustre aussi les Poésies de Mallarmé. 

Eole

Les sculptures des deux artistes se répondent : baigneuse de Picasso et deux Vénus à la Coquille de Matisse.

le Chant

Retour à Nice pour Matisse. La période de doute en peinture cède la place à une explosion de couleur dans Les Jardins d’hiver

odalisque à la robe persane jaune anémone

Après toutes ces études, la dernière salle est un feu d’artifice de couleurs vives, de motifs fleuris, fleurs, fruits, oranges citrons, anémones. Matisse peint son modèle au milieu de l’atelier et joue avec les motifs de sa robe rayée ou de la blouse roumaine.

la blouse roumaine

le Musée du café de Vieux-Habitants, soirée aux Manguiers

GUADELOUPE

machine pour décortiquer

J’avais imaginé que nous visiterions le Domaine de Vanibel (café, vanille cacao). La visite est guidée et il faut s’inscrire par téléphone à l’avance.  Trop tard ! c’est complet.

A l’entrée de Vieux-Habitants, le Musée du Café  est installé dans l’usine de bonification du café Chaulet (depuis 1860). De premier abord, c’est tout neuf, il manque un peu le charme de la patine. Beaucoup plus tard j’apprendrai que le cyclone Fiona a fait de gros dégâts et qu’on a û reconstruire. Ce n’est pas vraiment un musée mais une entreprise où l’on peut sentir la torréfaction et entendre les grains aspirés dans des tuyaux. On ne voit pas grand-chose à part des sacs de jute dans l’entrepôt contigu. La visite commence avec la dégustation d’un délicieux café puis on visite seul en lisant des panneaux très détaillés.

Les opérations de bonification du café (Chaulet  est bonifieur)et les machines sont présentées, maintenant toutes sont électriques mais au début un moulin avec une roue à aube actionnait les anciennes machines.

Le café est cueilli de septembre à décembre  sous forme de cerises (drupes rouges) la première opération sera donc le décerisage pour débarrasser de la pulpe qui fermente rapidement, puis décorticage, lavage et séchage des graines, en fin  la torréfaction.

 

Un panneau raconte l’histoire de l’arrivée du café aux Antilles : Gabriel Mathieu de Clieu apporta les  deux premiers pieds d’Arabica provenant de Versailles dans une serre portable à bord du Dromadaire. Le bateau encalminé doit se débarrasser de ses réserves d’eau. Il faut partager l’eau restante entre les hommes et les caféiers. Lorsque les alizés reviennent un seul plant a survécu. La plan miraculé est replanté dans le domaine du Chevalier de Clieu. Il obtient une récolte miraculeuse au bout de 18 mois qu’il partage avec les maisons religieuses et certains habitants de la région. L’apogée de la fièvre caféière en 1777.

La plantation de café a subi les aléas des tempêtes : en 1928 un cyclone ravage la Côte-sous-le-vent et la culture bananière remplace celle du café. En 1992 l’exportation du  café de Guadeloupe est quasi-nulle mais Chaulet tient à maintenir la qualité.

Après les achats de fruits exotiques à Malendure , nous rentrons vers 17h heureuses de profiter d’une bonne heure de soleil dans notre beau jardin.

Aux Manguiers Otantik : de notre terrasse le Bakoua

Après dîner, Marie-Jo nous raconte l’histoire des Manguiers Otantik, propriété familiale octroyée à l’arrière-grand-père, ancien combattant de la Grande Guerre. Peu à peu la famille a défriché, embelli, construit les cases pour les visiteurs, familles et amis. Nous ne sommes pas dans un « village de vacances » de promoteur et notre hôtesse tient à maintenir une ambiance familiale. Elle nous parle des poules « sauvages » qu’il ne faut pas nourrir et qui assurent la propreté du terrain picorant les insectes et myriapodes désagréables comme les ravets (cafards), scolopendres et scorpions. Elle conte aussi l’adoption de ses chats, le premier, mal sevré, trop petit a été élevé par un autre chaton à peine plus âgé. Les deux complices sont joueurs et affectueux, ils s’amusent à effrayer les poules. La chienne Zelda est tranquille mais elle a un regard suppliant quand nous mangeons. Je la questionne au sujet de l’arbre fascinant avec sa « chevelure » bicolore ses nombreuses branches et ses racines aériennes comme celles des palétuviers qu’on compare parfois à des échasses. C’est un Bakoua, Pandanus sanderi. Ses racines souterraines s’étendraient très loin et maintiendrait le sol en cas de cyclone et de catastrophe. En Martinique, on confectionne avec ses fibres le chapeau traditionnel qui s’appelle aussi bakoua. Notre hôtesse nous montre aussi les crotons qui bordent les allées et la verveine blanche appréciée des colibris, les héliconias en buisson. Cette conversation en fin de soirée est très précieuse. Les échanges avec les habitants locaux sont essentiels au voyage.

 

 

 

Vers le Sud : Côte sous le vent de Pointe Noire à Vieux-Habitants, déjeuner à Rocroy

GUADELOUPE

l’habitation de  Grivalière

Le raccourci pour Pointe Noire par Beaugendre et Morphy (D22) est proche de la côte. Mais il monte et descend entre maisons et jardins. Pour la passagère, il est plus agréable à parcourir mais pas pour la conductrice stressée par le manque de visibilité et l’étroitesse de la route. Il rejoint la RN 2 à l’entrée de Pointe Noire nous passons entre les vieilles maisons de bois certaines ont un étage et un balcon rouillé qui semble branlant.

Malendure

La route suit de très près la côte entre Mahaut et Bouillante. Nous passons la très chic et très touristique station de Malendure, belle plage de sable. Des voiliers croisent au large. On pourrait faire un tour en mer dans la Réserve Cousteau ou observer des tortues. Les parkings sont pleins, la foule des touristes nous rebute. Sur la corniche des étals de fruits exotiques sont très appétissants, très bien présentés. Comme je rêve de papayes, de caramboles et d’ananas je suis comblée. Mais tant d’abondance est suspecte. Tant de jolis restaurants sont bien touristiques. Le soir, Marie-Jo notre hôtesse,  confirmera mes soupçons : pour elle Malendure « ce n’est plus la Guadeloupe mais la côte d’Azur », un repaire à touristes, trop riche, trop clinquant, les guadeloupéens ne s’y retrouvent plus.

Nous avions prévu initialement d’aller aux sources chaudes de Bouillante et au restaurant. Nous dépassons les Bains Thomas sans les voir.

Rocroy

la plage de Rocroy

Rocroy est une petite plage sauvage bordée de roches volcaniques. Un seul restaurant sur le sable : La Baie de Rocroy qui possède une belle terrasse couverte quelques tables sur le sable et des chaises longues. La plage est déserte – à l’exception de deux iguanes sur les rochers. Voici que Dominique me téléphone, la sonnerie fait fuir l’un d’eux, l’autre, monte dans les herbes sèches. Comme je ne réponds pas, elle rappelle et la deuxième sonnerie le fait disparaître. Je réserve au restaurant pour midi.

iguane

L’Habitation  Grivelière

L’Habitation Grivelière est une plantation de café dont la visite est très recommandée par nos guides. Après recherche sur Internet, j’         apprends qu’elle est fermée pour rénovation mais leur site propose aux visiteurs de monter pour se promener dans les alentours.

La petite route au-dessus de la Grande Rivière de Vieux-Habitants, tortille entre les maisons, prend de la hauteur jusqu’à un hameau très pittoresque aux curieuses maisons encastrées dans la pente. Un atelier d’artiste promet des bijoux de graines et autres réalisations naturelles. A la sortie du village, la route se rétrécit encore.

Un panneau original fait son apparition : « klaxon obligatoire ». Nous comprenons pourquoi : impossible de se croiser, tournants brusques, descentes effrayantes suivies de remontées raides (en première). La voiture grimpe péniblement. La nature est exubérante. On se croit en pleine jungle. Les troncs des grands arbres sont recouverts de lianes. Les grandes feuilles découpées des philodendrons se déploient à plusieurs mètres au-dessus de nous. Encore plus haut, les branches sont colonisées par les épiphytes : touffes de Bromélias qui ressemblent à des nids, Tillandsias (mousses espagnoles) qui dégoulinent. Pour laisser passer une voiture, nous nous garons : la paroi rocheuse est recouverte de Tradescantia (misère) qui rampe partout. Les Oreilles d’éléphant Alocasia macrorhizos . Je suis encore plus enchantée qu’au jardin  botanique. Six kilomètres de cette route sauvage nous conduisent au portail fermé (depuis 2011, bravo les guides !).On devine les toits de tôle de l’Habitation Grivelière parmi la végétation. Impossible d’imaginer la plantation et l’usine. A la suite de la route, une piste cimentée tout à fait carrossable pour les véhicules hauts monte encore plus loin. Ici on appelle « Traces » les pistes et les sentiers. Cette trace conduit à la Cascade Paradis. Dix heures, trop tard pour entreprendre une randonnée. Une femme très enceinte me le déconseille, il faut franchir à gué la rivière et c’est loin. Je me fixe 20 minutes, traverse sans difficulté le cours d’eau et grimpe une belle montée. Jusqu’à la rivière, je distingue des clôtures et bien cachées, des maisons. Les haies et les clôtures sont recouvertes de lianes fleuries : la Suzanne aux yeux noirs (Thunbergia alata), je la croyais africaine comment est-elle parvenue ici ? Il y a aussi de belles corolles violette des ipomées. Sur le chemin, des bouses de vaches.

La descente redoutée est impressionnante.

Vieux-Habitants

Le nom de la bourgade nous inspirait. Le pittoresque n’est pas au rendez-vous comme à Pointe Noire. L’agglomération de 7000 âmes fondée en 1636 est la plus ancienne paroisse de l’île avec sa grande église en basalte assez massive et peu ornée sauf le porche. Elle domine un vaste cimetière où les tombes sont souvent de véritables chapelles familiales souvent carrelées. Ici, la mort est minérale, le végétal n’a pas sa place. La Mairie est un bâtiment moderne. Un peu plus loin se trouve le grand stade avec des tribunes. Teddy Riner est statufié sur le socle une plaque célèbre ses victoires sportives. Il fait le pendant avec le monument aux morts avec sa liste des morts pour la France. Au milieu des constructions modernes il reste quelques cases de bois, l’antenne parabolique témoigne que celle-ci est encore habitée à côté d’autres vides,  presque ruinées.

Plage de Rocroy

J’hésite à me baigner : l’eau est agitée, un peu verdâtre et il y a des sargasses que le serveur dit urticantes(selon Internet il n’en est rien). On nous a installé une petite table sur la plage, à l’ombre. Dominique a commandé des moules thaï et moi, un tartare de saumon accompagné de riz et de salade et de fins copeaux de gingembre avec du wakame. Excellent et très fin. Les moules sont très pimentées, il y a surtout une herbe verte aux feuilles arrondies qui pique plus que le piment ; le serveur est étonné. Les Antillais mangent plus pimenté que nous.

Nous sommes conquises et reviendrons samedi, nous réservons.

En cherchant le sentier côtier entre Sainte Rose et la plage de Cluny

GUADELOUPE

Au programme de l’après-midi : le sentier côtier entre la Pointe Allègre et la Plage de Cluny, promenade recommandée sur nos guides.

Difficile de trouver l’accès à la Pointe Allègre, nous le dépassons et faisons demi-tour devant Leclerc de Sainte Rose et prenons le premier accès à la plage qui nous a mené à Vinty, nids de poules énormes, parking à moitié inondé. La mer est bien agitée, personne ne se baigne. Sous les arbres des couples d’âges divers ont installé pliants et chaises longues décidés à profiter du calme et de l’isolement du rivage. Un jeune sportif en tenue de footballer, arborant une grande croix argentée fait des allers-retours à grande foulée sur le sable à la limite de l’écume. Sur les troncs d’arbre je vois les marques jaunes du sentier du littoral. Je les suit jusqu’à ce qu’une grande mare me barre le chemin. Impossible de passer. Peut être à marée basse en suivant la plage ? Une vague plus puissante que les autres me dépasse et me trempe mon pantalon jusqu’aux cuisses. pas grave, il fait chaud.

La route suivante passe entre des maisons et devient rapidement une mauvaise piste. Nous interrogeons les habitants si c’est le chemin de la Pointe Allègre ? personne n’en sait rien.

Un peu plus loin, une vague piste traverse une prairie avec des vaches. Pas carrossable pour une voiture basse.

Nathalie, la vendeuse de sorbets-coco

Au coin du chemin suivant, une glacière-vendeuse de sorbets tourne énergiquement le manche de sa sorbetière : un mécanisme métallique avec des ailette fouette le sorbet au coco. Le tout est installé dans un tonnelet en bois qui fait penser à une baratte. Curieuse, j’achète un sorbet, le gobelet le plus petit  3 €. Cette crème glacée fond rapidement à 28°C. la vendeuse est aimable et de très bonne humeur. Je demande la permission de la photographier, elle me répond : « Oui bien sûr, je suis une belle négresse ! » . Nous lui demandons le chemin de la Pointe Allègre. Elle connaît, c’est au bout de la savane des bœufs mais il faut une grosse voiture, nous ne passerons pas avec la Kia Picanto.

Cap Allègre, c’est raté ! pour le sentier côtier, j’ai des doutes. Est-ce déjà l’érosion due à la montée des eaux qui l’a fait disparaître ou le mauvais entretien ? En tout cas je ne me lancerai pas dans la promenade même avec la recommandation des deux guides Evasion et Vert !

 

A défaut de randonnée, nous cherchons la Plage de l’Anse des Iles qui ressemble à Vinty. Une bande de sable très étroite bordée d’arbres. Le sentier côtier est balisé mais impraticable après quelques centaines de mètres. Des travaux de réhabilitation et de protection ont été effectués. On a replanté des arbres entourés d’un grillage, délimité avec des piquets et des fils de fer un cheminement pour éviter que le piétinement ne dégrade le rivage. Des élèves d’un lycée voisin ont réalisé un panneau signalant qu’on se trouve sur un lieu de ponte des tortues-luths ; ils invite à respecter la tranquillité des tortues. Sympathique initiative.

La plage de Cluny est très fréquentée. Le parking est bondé. Des roulottes vendant des jus de fruit, des boutiques de vêtement et articles de plage sont installés à l’arrière. Sur la longue plage les baigneurs sont nombreux sur le sable, beaucoup plus rares dans l’eau. Un impressionnant rouleau vient se briser près du bord. Seuls des hommes jeunes osent le défier et plonger dedans avant qu’il ne se brise. Je parcours la plage. Vers le sud, la barre s’amortit et des familles se baignent avec les enfants.

Coucher de soleil à Baille-Argent

Nous rentrons vers 17 heures à Baille-Argent, faisons halte à la marina, petite avec des bateaux de pêche et quelques bateaux de plaisance mais pas de yachts prétentieux. Un peu en retrait, le fond de cale, sous un remblai couvert de végétation basse trois palmiers se détachent. Nous attendons le coucher du soleil à 18h15. Une conclusion splendide à cette première journée de vacances.