Premières promenades athéniennes

CARNET DES CYCLADES

La terrasse de l’Hôtel Economy donne sur l’Acropole

Forfait fixe pour les taxis(38€)  de l’aéroport à Athènes,  bien pratique, nous n’avons pas à nous soucier du parcours. Le taxi tourne dans les rues aux noms antiques Evripidou, Sofokleous, Socratous avant d’arriver à Clisthenous, où se trouve l’Hôtel Economy. Le réceptionniste est toujours le même, il avoue ne pas nous reconnaître.

La vue de notre balcon sur la place et le Lycabette

La chambre 604 a un petit balcon sur la grande Place où se trouve la Mairie, bâtiment néo-classique jaune pâle. Rectangle dallé qui se termine par un site archéologique : le Cimetière acharnien qu’on ne visite pas mais qui est visible de la dalle. En face de la Mairie, la Banque de Grèce est aussi une construction jaune à corniches néo-classiques.

manifestation devant la banque nationale

Des cris au mégaphone, des sifflets m’interpellent. Je traverse la place pour aller voir de près.  Les manifestantes ne sont pas bien nombreuses. Des femmes, 40 à 50 ans, bien coiffées, vêtues de noir se tiennent derrière une banderole brandissant des ballons de mousse noire au rythme des sifflets.  « Pas d’argent pour la banque Nationale ! » crient-elles. Les Grecs, inventeurs de la démocratie, et semblent adorer se rassembler dans la rue pour clamer à haute voix leurs doléances. Pas un voyage à Athènes ou à Thessalonique sans qu’on n’assiste à un défilé. Devant l’Université, des séides d’Aube Dorée ont apporté des drapeaux grecs et des pancartes dénonçant « l’islamisation ».

dans les rues autour de l’agora

Avant le déjeuner, je fais un tour au marché : l’Agora – tout un programme – Je me saoule de parfums méditerranéens   de l’huile d’olive, sur les étals, des olives sont de toute couleurs, calibres, et provenances des senteurs des aromates séchés sur les étals. Les effluves aigrelettes de la fêta et des fromages qui baignent dans le petit lait. Des fruits mûrs, parfois trop murs exhalent des odeurs sûres.

pour faire les dolmades

Les épiceries ont suspendu des saucissons, des guirlandes d’ail, de piments rouge et même d’aubergines séchées et coupées violettes, de courgettes en tronçons verts dont il ne reste que la peau. Des bouquets de camomille, de lavande et d’herbes de la montagne embaument. Dans des casiers on a déposé des tranches d’oranges  et de citrons séchés, des boutons de rose. Les brocanteurs ont accumulé des marchandises diverses : marmites, ustensiles pour le café, chaussures sous des instruments de musique suspendus, luths bouzoukis et guitares. Plus loin, ce sont éponges et loofahs qui garnissent les tours de portes (une recherche sur le net m’apprends que ces fibres qui servent de gant de crin sont les fruits d’une cucurbitacée comestible la Loofah d’Egypte. Verte elle ressemble à un concombre renflé.

brocante

Souvlakis et kebab au déjeuner (paketo que j’emporte pour la terrasse) avec des fraises et des cerises du marché.

Le mardi n’est pas très favorable pour les visites, de nombreux musées sont fermés. J’improvise  une  promenade par les petites rues derrière la Banque de Grèce jusqu’à Stadiou, Panepisthémiou juqu’à Syntagma dans l’Athènes Néo-classique du 19ème avec colonnes fresques et frontons sculptés de l’Université de de belles maisons. Entre Vassilis Amalias et Vassilis Sofias, le Jardin National offre une promenade ombragée. Je passe le long d’une rangée de palmiers à très hauts fûts. Les arbres remarquables sont étiquetés comme dans un arboretum ; ils ont été acclimatés des cinq continents. Une aimable compagnie se promène, jeunes ou vieux, touristes ou SDF. Une troupe théâtrale en habits 19ème déclame en marchant. J’imagine que faisaient ainsi les philosophes de l’antiquité. Je me gave de chaleur. Le bien être m’envahit.

Zappéion patio rond

A la sortie du jardin, je découvre le Zappéion que je ne connaissais pas : palais 19ème (1874-1888) rêve d’Evangelos Zappas, homme d’affaire grec vivant en Roumanie mais ayant combattu pour l’Indépendance grecque et désireux de faire revivre, avant de Coubertin, les jeux olympiques. Il a servi lors des jeux Olympiques d’Athènes en 1896 et plus tard.  Le Zappéion sert maintenant de Hall d’exposition, c’est là qu’a été signée l’adhésion de la Grèce à l’Union Européenne en mai 1979. Le fronton rectangulaire à colonnes plat ne laisse pas imaginer le patio à colonnes rond.

Non loin du Zappéion, se trouve un cinéma de plein air et un très beau restaurant (ou café). Le cinéma sous les étoiles est pour moi un souvenir très ancien, quand en 1968 j’avais été invitée à Glyfada par des collègues grecs de mes parents. Nous avions vu Romeo et Juliette de Zeffirelli. Je me souviens des écorces de pépites par terre (en Israël aussi) .

Non loin, j’aurais dû trouver le stade de Marbre, stade antique restauré pour les premiers Jeux Olympiques. Impossible de le trouver, je longe l’Ecole de Gastronomie, un très chic club de tennis, pas de marbre. Il est caché par les arbres mais je ne le savais pas.

Olympéion

En revanche j’arrive à l’Olympéion Temple de Zeus Olympien. Il est fini le temps où je présentais ma carte professionnelle et où avec deux ou trois mots de Grec, j’entrais gratuitement dans les sites ! Pour obtenir la réduction senior je dois sortir ma Carte d’Identité dument inspectée. La construction du temple fut initiée par Pisistrate, le petit fils du tyran en 515av JC sur le site d’une construction archaïque. Elle fut interrompue en 508 après la chute du tyran. C’était un monument gigantesque d’ordre dorique en calcaire sur le modèle des temples d’Asie Mineure. Construit en marbre au 4ème siècle il resta inachevé, puis il fut reconstruit par les Romains et complété par l’Arc de Triomphe d’Hadrien. 104 colonnes était encore debout en 1852. Sur une vaste esplanade un peu chauve, les colonnes restantes sont gigantesques ; j’ai déjà entendu ce refrain à Agrigente (encore un temple de Zeus avec ces géants les Télamones. Le gigantisme sied à Zeus ! L’Arc de Triomphe d’Hadrien est plutôt gracile pour un monument romain, original avec ses deux parties superposées très différentes.

Retour par Plaka avec ses restaurants, ses boutiques de pacotille ; cette année des bottes à lanières – sandales qui s’enroulent jusqu’au mollet, ses écharpes de mousselines, le linge de toilette et les ponces teintées de couleurs criardes à destination des touristes attablés aux « happy hours ».

Fin de la soirée en regardant le jour tomber et l’Acropole s’illuminer.

 

 

 

Retour à Selinunte et retour des panneaux

CARNET SICILIEN 2016

Temple E avec les chapiteau du temple G
Temple E avec les chapiteau du temple G

Arrivée tardive, 10h,  l’heure des cars de scolaires et de touristes, ciel voilé. Une visite de trop ?

J’étais revenue pour dessiner.

Surprise ! Sur les supports vides mardi, on a installé de magnifiques panneaux en couleur – avec QR-codes –  mais aussi des explications. Cela change tout !

Temple F

temple F
temple F

J’étais passée devant le Temple F sans le voir –  en l’absence de colonnade remontée. Il a suffi d’un panneau bien placé pour que je devine l’édifice, les gradins et la base des colonnes. Temple archaïque 6×14 colonnes. Etait-il consacré à Athéna, Hercule ou Dionysos ? On ne le sait pas ; Gravissant les marches, je reconnais encore Pronaos, Naos et Cella avec ici un élément original : un mur entre les colonnes sans doute pour préserver le secret du culte.

Temple G

Les grosses colonnes du Temple G
Les grosses colonnes du Temple G

La dimension du diamètre des colonnes est impressionnante. La gravure de JP Houel (1782) présente six colonnes encore debout. En cherchant bien dans le chaos des blocs je découvre d’autres colonnes à moitié effondrées mais bien en place sur le côté nord. Mon imagination stimulée, j’imagine le temple.

Acropole

Sur l'Acropole le temple D
Sur l’Acropole le temple C

Le miracle des panneaux est encore plus flagrant. Mardi, j’avais fait une promenade distraite ne prêtant attention qu’à la colonnade du temple C remontée en 1925. Je n’avais même pas soupçonné l’existence du Temple A – temple d’Apollon, milieu du 6ème siècle. De dimension modeste, il était, parait-il décoré de marbres précieux et recelait le premier escalier à spirale, raconte le panneau. Le temple B (300 av. JC) ne possédait que 4 colonnes sous le fronton, il était associé au culte de Déméter que vénéraient aussi bien les Grecs que les Carthaginois. Une autre hypothèse en ferait le heroon d’Empédocle. Je n’aurais pas vu le temple D dans lequel un petit figuier pousse, les figues sont déjà bien développées.

mes rues de la ville antique
mes rues de la ville antique

Dans le quadrillage de rues, de maisons de la cité antique située derrière les temples, l’isolaFII a été restaurée en 2014-2015 : une passerelle métallique offre une « vue-de-dessus »des pièces d’une maison où le sol est revêtu de mosaïques (très simples). Suivant la rue principale, j’arrive à la Porte Nord où l’on observe les fortifications de la ville. Selon les nouveaux panneaux quatre phases ont été distinguées dans la défense de Sélinunte  où les murs de 4.5m flanqués de tours sont encore bien visibles:

  • après 409 av JC support des terrasses
  • 4ème siècle : renforcement du mur nord
  • Fin 4ème: un nouveau système de défence est mis en place avec une grande galerie abritant des machines de guerre
  • 3ème siècle : époque punique

On voit bien la galerie ronde haute de plusieurs étages servant aussi de casernement pour des sorties en masse.

Je rentre en longeant le mur Ouest, entre mur et une haie de lentisques touffus. C’est une belle promenade.

Au restaurant, La Pineta, on nous reconnait « Ah oui, les sardines ! ». Les brochettes de sardines nous attendent ? Ce sera Risotto du pêcheur avec moules, vongole, crevettes petites et grosses pour Dominique et spaghetti ale sarde pour moi. Pour nous faire patienter on nous apporte une corbeille de pain, délicieux et je commets l’erreur d’en manger trois tranches. Quand les spaghetti arrivent je n’ai déjà plus faim. Dommage ! Ils sont vraiment extra : sardines fraîches, tomates-cerises cuites, pignons de pin, basilic, ail. Je suis incapable de terminer mon assiette.

la Pineta et la plage
la Pineta et la plage

Avant le café, je fais  une promenade digestive, que je continuerai après le café jusqu’au fleuve Belice (pas si petit que cela, nous l’avons vu sur la route de Corléone). A notre premier passage, une promenade naturaliste dans le marais et la dune, m’avait laissé un bon souvenir, je m’étais promise de la refaire. Hélas les barrières de bois sont en ruine et les chemins vers les plages privatisées par Look Voyage et Marmara, sont les seuls itinéraires possibles. Promenade décevante. Il fait beaucoup moins chaud que mardi, je tente une baignade plus courte aussi parce qu’il n’y a pas de vagues. Pour finir nous nous installons sur les lettini pour lire les guides : demain Palerme !

Selinunte – restauré?

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Sélinunte temple E derrière les anthémis
Sélinunte temple E derrière les anthémis

J’avais gardé un excellent souvenir de Selinunte où nous avions passé une semaine, du site antique fleuri où nous étions revenues à plusieurs reprises. Nous avions flâné des heures sur l’Acropole à chercher les maisons puniques et nous avions rencontré un berger et son troupeau sur le site romantique de Malophoros.

Depuis 2015, le site a été rénové. On a construit une clinquante billetterie. On est invité à télécharger l’audio-guide sur le smartphone (mais on n’a pas installé de wifi). On a organisé des navettes électriques (genre voiturettes de golf) et pour cela, tracé de grandes allées blanches en place des chemins dallés. Pour faire propre, on a tondu les grandes pelouses qui entourent le Temple E qui est entouré de barrières plastiques orange. Le site de ruines romantiques a perdu ses fleurs et une partie de son charme. Je suis très déçue !

La plus grande déception est à venir : tous les panneaux explicatifs ont été retirés. Je dois retourner au guichet acheter un plan cher et mal fichu.

Temple E
Temple E

En l’absence de commentaire j’essaie de glaner quelques renseignements en écoutant les conférenciers des groupes. L’un d’eux explique que le Temple E a été remonté dans les années 50 à grand renfort de ciment et de ferraille ce qui ôte beaucoup de magie au grand temple dont la colonnade est à peu près complète. Les métopes se trouvent à Palerme au Musée Archéologique Salinas.

Le petit temple F est bien  écroulé « un séisme » explique un guide. J’arrive à peine à imaginer un temple.

Le Temple F : un chas
Le Temple F : un chas

Le géant, le temple G aux colonnes énormes a encore une colonne debout qui fait penser à une cheminée d’usine pour la taille. Une autre a ses tambours mis bout à bout donne une idée de l’échelle.

La dénomination des temples avec des lettres est plus rigoureuse scientifiquement mais elle est aride pour la touriste que je suis. Point de mythologie, de citation ou d’histoire. Difficile de faire « parler les pierres ». Les seuls panneaux  encore en place donnent des données chiffrées, tant de colonnes, telles dimensions…J’apprends donc que les temples archaïques étaient plus longs que les temples classiques et qu’il y a aussi des différences dans la cella.

Un peu plus loin le très beau bâtiment Baglio Floro doit abriter un antiquarium, pas encore terminé, semble-t-il.

L'Acropole et la colonnade
L’Acropole et la colonnade

Au lin, une belle colonnade se détache sur l’Acropole. La promenade pour la rejoindre est agréable en descendant dans une vallée occupée par un petit bois de mimosas et lentisques, franchissant un ruisseau sur un pont de bois branlant, remontant la route qui domine la plage de Marinella de Selinunte. Encore une fois, l’absence d’explication appauvrit la visite qui devient une promenade dans une ville où les rues sont encore visibles. Les Carthaginois s’y étaient installés ;je me souviens des maisons puniques. En l’absence de données archéologiques je regarde les fleurs : les acanthes sont merveilleuses, les arbres de Judée apportent leur note rose. Pas de parcours précis donc, j’enjambe des blocs au hasard dans les hautes herbes. Les anthémis sont grosses et d’un jaune éclatant.

l'éphèbe de Selinunte
l’éphèbe de Selinunte

 

 

L’éphèbe de Selinunte, la fierté du musée vieillot de Castelvetrano,  j’avais beaucoup aimé cette visite. Dans une cage de plexiglas, dans une pièce ouverte à tous les vents, il n’est pas à son avantage.  . Je ne me souvenais pas qu’il était si petit. Ce petit bronze délicat est saisissant. Que fait-il ? Ses mains le suggèrent en raison ou en discussion. Il est curieusement cambré un peu comme une fille. Sa coiffure aussi est étrange, peut être est-ce une couronne ?

 

 

Une grande allée blanche – trop large, trop neuve, trop lisse – va au Mélophoros. Je regrette la nature sauvage d’autrefois. Après avoir franchi un autre ruisseau, plus large que le précédent, je reconnais le site avec ses trois petits temples. Dans lequel se pratiquait-il le culte à Demeter Malophoros, la porteuse de grenade. Quelques coquelicots bien rouges donnent une touche de gaieté. Comme l’endroit est très en pente on n’a pas passé la tondeuse et le site est préservé. Au sol de petites véroniques bleues et un tapis de minuscules fleurettes orange. Des lézards détalent à mon approche. En haut, les grandes feuilles charnues et bleuissantes des agaves portent des hampes florales fanées.

Malophoros
Malophoros

Le Musée du Satyre dansant – Mazara del Vallo

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Le satyre dansant de Mazara del Vallo
Le satyre dansant de Mazara del Vallo

Installé dans l’Eglise S Egidio (15ème s) surmontée de coupoles rondes rouge foncé évoquant plus une mosquée qu’une église avec sa façade très sobre et ses murs nus. J’ai gardé un souvenir très vif de ma première rencontre avec la satyre de bronze, éphèbe de toute beauté, sorti de la mer on loin de là. Mazara del vallo lui a offert un écrin, un musée à lui-seul. Aujourd’hui, je n’aurais pas de rencontre intime. Les élèves du lycée de Mazara, en costume de cérémonie, jouent les guides touristiques. Je suis escortée de deux garçons et de deux filles qui prennent très au sérieux leur nouveau métier. Ils me racontent l’histoire de la ville qui fut successivement phénicienne, grecque, romaine, arabe, normande, espagnole (et j’en passe). Nomme d’après le nom du fleuve Mazaro qui offre dans son estuaire, un havre, aussi bien aux pêcheurs qu’aux commerçants et aux bateaux de guerre. Le satyre est donc accompagné d’amphores antiques recouvertes parfois de coquillages et d’huitres et d’objets plus récents comme cette gourde de pèlerin aplatie ou deux braseros de terre cuite. Un étrange cylindre est présenté comme une « patte d’éléphant » punique. Il y a aussi une inscription phénicienne.

Le satyre fut découvert en deux temps : en 1997, une jambe et en 1998 le reste du corps. Sa datation reste mystérieuse : peut être 4ème ou 3ème siècle av. JC. On ne sait pas s’il s’agit d’une statue grecque ou d’une copie romaine.

On l’a nommé le satyre à cause de son regard perdu, les yeux un peu révulsés et la bouche ouverte. On a aussi pensé au dieu Eole avec sa coiffure emportée par le vent.

Appartenait-il à un groupe de statues ou était-ce la figure de proue d’un navire ? On pensait qu’il tenait un bâton d’une main et de l’autre une coupe de vin.

Dans la salle attenante, un audiovisuel raconte la découverte et la restauration du satyre. L’archéologue fait remarquer que le corps lisse aux muscles peu marqué est plus féminin que masculin. Pline aurait décrit un groupe sculpté par Praxitèle, représentant l’ivresse – Periboetos – très répandu dans le monde grec à opposer à une autre représentation de satyre assis .  L’archéologue cite aussi Platon qui aurait décrit une sorte d’orgasme quand on a crié très fort ceci expliquerait le relâchement de la musculature, la bouche ouverte et le regard perdu.

Place du Plebiscite et église S Ignazio le musée du Satyre
Place du Plebiscite et église S Ignazio le musée du Satyre

Agrigente vallée des temples (2)

CARNET SICILIEN 2016

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Temple d’Hercule (fin VIème siècle)

Un peu plus loin – après la villa du Capitaine du capitaine Hardcastle – le temple d’Hercule dresse ses huit colonnes remontées à l’initiative du capitaine. A l’intérieur, le chaos est impressionnant de blocs taillés ;parfois un peu d’enduit blanc subsiste sur un tambour.

Tombe de Theron
Tombe de Theron

Une route coupe le site qu’une passerelle enjambe. On voit à l’extérieur le petit mausolée carré – la Tombe de Théron – peinte par Jean-Pierre Houel (Louvre). Une ambigüité plane sur l’identité de Théron : un romain ou le tyran d’Akragas au 5ème siècle ?

Déjeuner au Doric Café, d’une belle salade et d’arancini (15€ pour deux avec un verre de vin blanc). Du café, on jouit d’une très belle vue sur le Temple de Junon.

Temple de Zeus Olympicos

Télamones (8m)
Télamones (8m)

Du plus gros temple dorique d’occident il ne reste qu’un chaos de blocs impressionnants dont les chapiteaux donnent l’échelle. Des  télamones (atlantes)  de huit mètres soutenaient l’architrave, trois gisent par terre , reconstitués. Le temple fut construit après les victoires sur les Carthaginois du tyran Theron (488-472). Les télamones furent interprétés comme le symbole des barbares carthaginois vaincus. Les ruines servirent de carrière au 18ème siècle pour la construction du môle de Porto d’Empédocle.

Pour se faire une meilleure idée des dimensions, il faut pénétrer à l’intérieur. Diodore de Sicile écrivit qu’il ne fut jamais achevé et qu’il en manquait la toiture. Selon lui, il servit de forteresse aux Romains pendant la première guerre puniques. Que représentaient les arceaux gravés sur de nombreux blocs ?

Temple des divinités chtoniennes

 

De la période archaïque à l’époque impériale des fêtes s’y déroulèrent : les cérémonies à Coré – fille de Démeter enlevée par Hadès – étaient nocturnes comme le témoignent les lampes retrouvées sur les lieux. Elles commémoraient la régénération de la nature dans les cycles agricoles. Les thermophories se déroulaient sur trois jours. Le premier jour, les femmes faisaient une procession, le second était jjour de jeûne. Des porcelets femelles étaient sacrifiés et jetés dans des cavités des autels (on les récupérait ensuite pour fertiliser la terre). Le troisième jour, Kallighenia clôturait le jeûne par un banquet.

En 2005, des fouilles permirent de découvrir une galerie souterraine rejoignant la Kolymbethia (belle piscine) où maintenant un  jardin est installé, très odorant. Des panneaux préviennent les allergiques aux fèves de ne pas s’y aventurer. Ce n’est as l’allergie qui ma retenue (j’avais très envie d’y descendre) mais le manque de temps et la radinerie. Il faut acheter un billet supplémentaire et comme je ‘avais plus le temps j’ai préféré m’abstenir plutôt que de bâcler la visite.

 

Temple des Dioscures

temple des Dioscures
temple des Dioscures

De l’autre côté de la Plateia, grande place colonisée par les mauves rases en fleurs, les quatre colonnes de l’angle Nord-Ouest sont les seules restantes du Temple des Dioscures.

Nicolas de Stael : Agrigente
Nicolas de Stael : Agrigente

Lors du trajet du retour j’ai baissé les vitres pour me rassasier du parfum des orangers. A Sciacca, nous décidons d’adopter un autre supermarché : Conad. Suivant les panneaux publicitaires nous faisons le tour de la ville pour nous trouver au sommet de la colline sous la muraille. Plutôt que de se ravitailler en grande surface, mieux vaudrait essayer les petits commerçants. Dominique gare la voiture en deuxième file et reste dedans (il y en a d’autres). A Sisa, je ne trouve que les confitures et yaourts du petit déjeuner. La viande se trouve chez le boucher (préparations très alléchantes), les légumes au Fruta e verdura, les œufs chez le crémier. Chaque boutique spécialisée offre des produits de qualité incomparable pour des prix minimes. Vive le petit commerce encore bien vivace en Sicile ! Mais quel casse-tête de faire les courses en voiture !

Agrigente : la vallée des temples (1)

CARNET SICILIEN

Agrigente Vallée des Temples
Agrigente Vallée des Temples

73 km,  itinéraire  pour  Sciacca  par le Cap San Marco, les lidi de Sciacca, et le port. la route SS115 est  un  prodige de travaux publics –  galeries et ponts se succèdent dans un relief escarpé de défilés calcaires et de calanques. Les crêtes déchiquetées se superposent  à l’horizon tandis que les versants raides sont très verts. Dans les creux, à l’abri des paravents, les vergers d’agrumes alternent avec les oliveraies. Le parfum des fleurs d’orangers me transporte. Je ne l’ai pas identifié tout de suite. Cette odeur familière, entêtante, m’a assaillie, me rappelant des souvenirs anciens, profondément enfouis. Dès que j’ai fait la relation entre les vergers et ce parfum j’ai ouvert grand la fenêtre pour le laisser entrer et m’en enivrer. On vend des oranges sur le bord de la route.

Porto Empédocle  monte la garde avec ses cheminées d’usines à rayures rouge et blanches, ses hauts HLM en rangs serrés, sa cimenterie et son port, à l’entrée d’Agrigente. Quelle idée de donner le nom du philosophe à une telle excroissance du XXème siècle ! Nous passons devant la maison de Pirandello – il faudrait que je lise ses pièces.

La Cité des temples est un centre commercial en verre, autre verrue du XXIème siècle cette fois.

Plus loin, le marché propose les poissons de la pêche locale, artichauts et pommes de terre.

Temple de Junon
Temple de Junon

A l’entrée du Temple de Junon le parking est ombragé. Du temps d’Akragas, la ville grecque, l’avait sûrement nommé temple d’Héra en Sicile et en Italie les noms latins paraissent si naturels que je me plie à la coutume locale. Un conférencier d’un groupe d’allemands annonce que les dénominations des temples sont fantaisistes et qu’il eût été plus rigoureux de les nommer avec des lettres comme à Sélinonte. Construit en 450-440 av. JC, il fut incendié par les Carthaginois en 406. Des traces rouges de l’incendie subsistent sur les pierres brunes de la calcarénite locale. Une conférencière anglophone dont le groupe est assis sur l’autel d’Héra décrit les sacrifices. Selon elle, de nombreuses traditions et coutumes viennent de l’Antiquité grecque : la lune de miel serait un mois où on consommerait du miel, les anciens grecs ne lançaient pas du riz mais des céréales avec les grains rouges de grenade, symbole de fertilité,  pour célébrer les mariés…

la muraille d'Akragas et les acanthes
la muraille d’Akragas et les acanthes

Derrière le temple de Junon, un chemin longe la muraille défensive d’Akragas qui suit une crête rocheuse, défense naturelle de la cité longue de 12km, percée de 9 portes et passages secrets. Les amandiers sont déjà chargé de grosses amandes.

A l’époque romaine tardive, les murailles ne furent plus entretenues, des zones artisanales et des nécropoles s installèrent dans les cavités ( Arcosolia).

les togati
les togati

On a installé récemment deux statues de marbre trouvées  non loin de là : les Togati – personnages revêtus de toges,  de l’entourage de l’empereur.

En face du Temple de la Concorde, presque par hasard, en descendant une allée conduisant aux quartiers hellénistiques, je découvre le complexe paléochrétien de la nécropole Casa Pace, installée dans une ancienne carrière de pierre, Latomie Mirabile, les hypogées sont disposés autour d’une placette circulaire fleurie de bleu et de violet avec des acanthes sous les oliviers. Sous mes pas, craquent les coques d’amandes. Un gros caroubier se tient à l’entrée de la placette fermée par une rangée de figuiers de barbarie. Le parfum de la fleur d’oranger semble concentré dans ce cercle mystérieux. Personne ne viendra troubler cette visite romantique, comme une méditation. La Bibliothèque Paléochrétienne dans une belle maison ancienne à étage précédée d’une placette de galets, est fermée ; A l’arrière, les arbres de Judée commencent leur floraison. Dans un grand verger d’olivier, les allées du Cardo, de la Via dei Sepolari ainsi que les cardines sont figurées par des allées. Il faut imaginer à la place des arbres les maisons d’Akragas. Un peu plus loin se trouvent les quartiers hellénistiques.  Des rectangles creusés témoignent de fouilles archéologiques.  Après une longue montée sans avoir trouvé la villa des Mosaïques, je me lasse. Je ne croise qu’une Italienne hystérique qui répète « There is no exit ! » et un couple qui flâne en photographiant les fleurs. Le site est vaste. Dès qu’on s’éloigne des temples les plus fameux, on peut se promener comme en pleine campagne.

Temple de la cncorde
Temple de la cncorde

Le Temple de la Concorde tire son nom d’une inscription trouvée à proximité « Concordiae Argentorum sacrum » . Bâti de 440 à 430, il fut transformé en basilique chrétienne Pierre et Paul, ce qui lui a permis de rester état de conservation exceptionnel. Je pense au Parthénon avant Morosini qu’on tâche de remonter, chantier qui s’éternise. Cette Concorde en calcarénite jaune est difficilement imaginable en blanc comme la petite maquette de la cafétéria, blanche avec des décors bleus et rouges. Des filins métalliques interdisent l’accès au temple. Il y a partout des caméras de surveillance et les environs sont nettoyés, propres, balayés trop civilisés. Sur une  longue allée « via sacra » circulent des bus électriques, des trottinettes et des processions de touristes. Nous étions venues autrefois le matin et revenues au coucher du soleil. Ce n’est sûrement plus permis. Devant le Temple de la Concorde, une grande statue de bronze : Icare tombé (2011) d’Igor Mitoraj. Ses ailes me l’avait fait prendre pour un ange.

Icare tombé
Icare tombé

En face un panneau signale « il ritorno de la Capra Girgentana » chèvre aux cornes imposantes torsadées, verticales, chèvre Markhor falconari, dont on a importé un spécimen d’Afghanistan.

DSCN8495 - Copie
la chèvre d’Agrigente et ses cornes torsadéees

10ème jour : Epidaure

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRETE 1999

 

voie sacrée et Propylées

Baignade du matin

Nous n’avons pas pu renoncer à la baignade du matin. C’est vraiment un moment privilégié : il n’y a personne dans l’eau sauf les pêcheurs sur leurs embarcations à rames. L’eau est lisse complètement transparente. Avec le masque, nager prend un nouvel intérêt. Chaque jour, je découvre une nouvelle variété de poissons, de nouvelles couleurs, de nouvelles rayures. Ils sont paisibles, broutent le fond de l’eau. Dominique me montre comment observer en s’accrochant à un rocher. J’ai l’impression d’être tombée à l’intérieur de l’aquarium :  abondance de vie insoupçonnée. Le rocher est tapissé d’anémones de mer au contact bizarre quand je les frôle. Les poissons sont très nombreux.  L’un d’eux a des couleurs très vives : vert, orange, jaune. J’ai pris de l’assurance avec le masque. J’économise mes gestes. Je flotte entre deux eaux, quasiment immobile .C’est très reposant.

Théâtre d’Epidaure

 

Théâtre d’Epidaure

Pour arriver à Epidaure, le matin nous avons le soleil dans les yeux. La route était plus belle vendredi soir ; le parking est déjà occupé par de nombreux cars quand nous arrivons. Nous suivons donc un groupe francophone dans le théâtre. La guide dessine sur le sable des triangles isocèles pour expliquer les calculs d’acoustique des architectes. Il y a 12000 places ? Démonstration : le bruit d’un papier froissé, d’une pièce, s’entend du haut des gradins. Puis elle donne rendez-vous à ses ouailles 10 minutes plus tard dans le car. Nous sommes délivrées des groupes dès que nous dépassons le musée

Restauration de la Tholos

Le travail des archéologues ou des tailleurs de pierre : anastylose.

Le site d’Epidaure fait l’objet de restaurations importantes. Plusieurs équipes d’archéologues, des tailleurs de pierre, des maçons, des terrassiers travaillent à remonter la Tholos, rotonde très curieuse figurant au sol une sorte de labyrinthe avec plusieurs cercles de colonnes et de murs . Les colonnes ont disparu mais on remonte les murs avec les blocs pris sur le site. Comme il manque de nombreuses pièces, des artisans façonnent de nouveaux blocs dans lesquels s’imbriquent les vestiges retrouvés. On utilise les techniques en vigueur au IV° siècle, les burins, coins marteaux et les matériaux trouvés sur place : du calcaire rose très dur. Bien sûr il manque la patine, mais c’est un des principes de la restauration : on doit pouvoir faire la différence entre l’authentique vestige et ce qui a été rajouté, sans que l’oeil ne soit choqué, la restauration doit rester visible.

Le calme et la paix qui avaient tant impressionné Miller sont troublées par tous ces travaux, les bruits des pelles, des marteaux, des chaînes et des poulies. Mais c’est un joyeux bruit. C’est fascinant de voir les archéologues, plans et calques en main, retrouver l’emplacement précis d’un tout petit bloc tout cassé qu’on aura enserré dans un gros parallélépipède de calcaire frais dans lequel on a sculpté un vide. Et tout s’encastre. De grosses mâchoires en fer suspendues à des chaînes ne doivent pas différer beaucoup des engins de levage antiques. Seule concession au modernisme : un pont roulant permet d’aligner les gros blocs. Peut  être existait il aussi ?

Pèlerins d’Asclépios

Nous ne croiserons que trois personnes sur la grande place. Nous prenons notre temps pour lire que les serpents d’Asclépios étaient gardés dans la petite Tholos. Nous retrouvons les thermes grâce au système de canalisation des eaux et aux rigoles d’évacuation des eaux. Les abatons sont étonnants : ce sont  les dortoirs où étaient logés les pèlerins d’Asclépios. Après avoir été purifiés et avoir jeûné ils dormaient là et faisaient des rêves qu’ils faisaient interpréter par les prêtres d’Asclépios. Ici ce n’était pas Lourdes, mis plutôt Freud. . L’endroit paraît très indiqué pour envoyer une carte à Roberte.

Bois sacré

Nous trouvons la Voie Sacrée et les Propylées à l’entrée du sanctuaire. Le charme d’Epidaure, c’est son site boisé. Dès l’Antiquité, il y avait un Bois Sacré. Nous nous trouvons à l’ombre de très grands pins qui embaument. Dans les zones très visitées on a planté des rangées de lauriers roses, magnifiques très touffus, j’avais oublié leur parfum. Quand la chaleur est intense, les vapeurs exhalées par les pins, les cyprès, les lauriers roses épaississent l’air d’un parfum presque suffoquant. Je retrouve ici les odeurs d’Israël. Des images très nettes surgissent un court instant. Peut être est ce aussi une des magies d’Epidaure que de faire émerger des rêves ou des images de l’inconscient ? Pour moi, point de sommeil à l’abaton, il suffit les senteurs.

Pour le pique-nique, nous avions repéré à l’aller une petite chapelle blanche au dessus d’un village. Nous la retrouvons assez facilement. Une piste sablée très raide mais en bon état. Je suis un peu déçue parce que la « vieille chapelle » est toute neuve et que les tuiles rouges qui couvriront la coupole blanche ne sont pas encore posées mais sont empilées à proximité. Pour ce qui est de déjeuner, l’endroit est idéal, la vue est dégagée. Il y a longue table et des bancs, un robinet et de l’eau fraîche. De notre perchoir nous voyons encore des ruines d’une cité mycénienne, nous observons les cigales.

7ème jour – Tyrinthe – Argos -Nauplie

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 

Tyrinthe

 

D me rejoint pendant ma baignade matinale, la plus belle de la journée. L’eau est calme, transparente, je nage beaucoup plus facilement sur de longues distances. Avec le masque le spectacle s’anime, les poissons ne semblent pas dérangés par notre présence.

Tirynthe

Murs cyclopéens de Tyrinthe

Tirynthe n’est distante de Nauplie que de 5 km. A l’entrée de la ville nous nous égarons et visitons la campagne : rencontre inopinée de deux paysans juchés sur leurs  ânes qui rentrent des champs . Nous demandons notre chemin : on nous expédie à Néa Tirynthe petite bourgade tranquille dépourvue de toute antiquité. Il aurait fallu demander l’Acropole. En revanche nous découvrons une tombe mycénienne à tholos cachée dans une orangeraie. Cela fait penser à un Dolmen avec allée couverte de grosses dalles verticales, une coupole conique recouverte par un tumulus. Au centre une grosse table circulaire creusée (un autel ? un meuble ?).

tombe mycénienne à tholos

Acropole d’Argos

L’Acropole est visible de la route principale de Nauplie à Argos.
Notre carte de prof nous donne l’entrée gratuite . Nous montons une large rampe entre des murs cyclopéen. L’entrée est marquée par deux piliers, dans le mur d’enceinte une cavité triangulaire forme une sorte de guérite. Nous  trouvons les Propylées, le Mégaron du Palais Royal et les salles de bain revêtues de dalles très lisses et d’un système d’écoulement des eaux .Vue de la route, avec ses murailles de gros blocs et ses ouvertures triangulaires, la citadelle est spectaculaire.

Théâtre d’Argos

Argos est une ville assez importante, nous ne nous arrêtons qu’au site archéologique. Ici aussi, le professorat est reconnu et l’entrée est encore gratuite.


Du théâtre, très haut, il ne reste qu’une étroite partie de l’hémicycle, la forêt a colonisé les bords. Juste à côté un grand mur en brique appartient à des thermes romains  ainsi que de belles colonnes de marbre vert ou blanc gisant à terre ;, des chapiteaux corinthiens , le parement de marbre u sol et des mur témoignent du luxe de ces thermes.

C’est étrange de penser à l’énorme bond dans le temps que nous venons d’accomplir entre la période mycénienne (1600 ans av JC) et la période romaine tardive 2000 ans se sont écoulés. De plus les Byzantins ont rénové ces thermes après les grandes invasions. Et tout se mélange dans le concept fourre-tout de l’Antiquité !

Après midi à Tolo

Nous sommes de retour à Tolo vers midi pour une baignade rafraîchissante puis nous déjeunons sur la terrasse. J’ai repris de la salade grecque mais Dominique a remplacé le poisson par des calamars moins dispendieux. L’après midi s’écoule entre baignade et sieste.

Nauplie au coucher du soleil

Nous arrivons à la forteresse Palamède qui domine Nauplie sous le soleil déclinant à 18h45. L’horaire de fermeture a été avancé et nous devons renoncer à cette visite.
Nous nous promenons le long de la mer derrière la citadelle près d’une plage tranquille longeant les rochers sur une piste bordée de lauriers roses. L’eau est d’un bleu profond, malheureusement inaccessible.

Au coucher du soleil, nous observons le retour des bateaux puis retournons en ville, achetons un gyropita une omelette du tzatziki et une coûteuse salade verte coupée en fines lanières et assaisonnée d’aneth. C’est très frais,  la salade ici est un luxe exotique, on se contentera de concombres et de tomates !
Nous dînons sur le quai du port de commerce. La ville toute illuminée se reflète dans la mer. Le fort Palamède fait une couronne éclairée à Nauplie. Des pêcheurs partent en mer sur de petites embarcations, il fait bon.

3ème jour à Athènes – Kerameikos- Agora

Kerameikos

les quatre amis et la barque de Charon

 7h30 : la rue Tsaldari qui nous conduit au Céramique est encore vide – il fait déjà chaud.

Le Kéramikos est le cimetière antique aux portes de la ville antique.. Le site est entouré de murs, dans une cuvette, heureusement qu’il est tôt ! Nous sommes les seules visiteuses.

Un jeu de piste

L’exploration ressemble à un jeu : tout d’abord s’orienter! Retrouver l’entrée, le Dipylon – terme que je trouve bizarre, n’ayant pas l’idée de le rapprocher de celui de Propylées  – ensuite les artères principales : la Voie Sacrée et le Dromos. Aucune indication . Un petit ruisseau bordé de cannas oranges nous sert de repère.

Stèles

Enclos funéraire de Dionysos Kollytos, taureau et chienne molosse

Quatre copains débonnaires font la conversation. Barque funéraire au pied de Charon : la scène change de registre. Un bœuf grandeur nature, domine une autre stèle. A ses pieds, la chienne molosse le contemple, surprenant spectacle dans un cimetière !
Le Kéramikos est très fleuri : lauriers roses, fleurs bleues non  identifiées, cannas, des figuiers donnent une ombre fournie et rafraichissante.

 

Athènes : Agora

Héphaisteion

L’Agora est à quelques minutes de marche du Kerameikos. Nous arrivons derrière l’Hephaïstéion et pénétrons par une porte dérobée.

Héphaïstéion
Le temple d’Héphaïstos est situé sur une sorte d’estrade naturelle dans la verdure. Il est très bien conservé : les frises des combats des Centaures et les Travaux d’Hercule sont encore bien reconnaissables.

En contrebas, s’étendent les ruines de l’Agora, nous continuons donc notre jeu d’orientation bien pilotées par le Guide Gallimard qui offre une belle reconstitution en couleur et en relief, sur le Guide Bleu il y a un  plan, des descriptions des notices. Nous sommes très bien installées pour consulter nos documents sur des bancs à l’ombre.

Agora

Tholos, Bouleuthérion

Nous trouvons d’abord la Tholos, ronde, et le Bouleuthérion : il nous faut comprendre la fonction de chacun de ces édifices et découvrons les mécanismes de la Démocratie athénienne. Nous effectuons des navettes entre plans, ruines  et explications. Peu à peu tout s’anime  : nous imaginons Socrate discourant sous la Stoa. Nous découvrons ensuite le tribunal où il fut jugé.

la Stoa : le Musée

Dans le musée, je verrai des petites fioles de poisons contenant peut être la ciguë. Il faudrait sans doute imaginer les victuailles du marché, les cris … Le site est bien ombragé, il souffle une brise agréable, la visite est passionnante.

On a reconstruit une Stoa, long bâtiment en marbre blanc, précédé d’une double colonnade sur deux niveaux pour abriter le musée. Cette construction neuve choque à  première vue sous ses tuiles rouges. Mais elle nous aide à mieux imaginer l’aspect réel de l’Agora. Ce n’était pas un parc orné de ruines romantiques, mais un espace urbain construit d’immeubles, de boutiques, de galeries, les arbres étaient peut être absents, les rues ressemblaient peut être à celles de la ville moderne, les automobiles en moins mais avec de la foule, des passants Comme nous n’avons pas de ticket, on nous refoule au musée. D renonce à la visite,  j’y vais donc seule et je découvre les objets retrouvés sur l’Agora. Certains sont prévisibles : vaisselle, outils, mais d’autres sont plus étonnants : un biberon, un pot de chambre. La vie politique et judiciaire a laissé une machine à désigner les jurés avec ses boules, les tessons d’ostracisme, les fioles de poison. Tous ces objets donnent à l’histoire une densité palpable.

Toutefois il convient d’être prudent : tous ne sont pas contemporains. Entre l’Odéon d’Agrippa et Socrate se sont écoulés six siècles. Comme si la Renaissance, Louis XIV, Napoléon et De Gaulle s’étaient rencontrés sur la place de Paris !

2ème jour à Athènes – Acropole – Musée National

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 

Omonia est bruyante!       Les sirènes de la police tiennent lieu de réveil matin à 6h30.Nous avions prévu de nous rendre à l’Acropole en autobus, cafouillage, un jeune Athénien nous conseille plutôt le métro.

Plaka

Plaka est endormie.Au petit matin, il fait frais, la côte paraît moins raide. Nous avons le plaisir de découvrir les monuments pour nous seules et de prendre des photos dans la lumière du matin sans être dérangées.

Acropole
Je redécouvre l’Acropole comme si je n’étais jamais venue. Peut être à cause  de restaurations récentes ou tout simplement vingt ans ont estompé la mémoire des lieux tandis que des anecdotes précises concernant des personnes restent encore vives.
J’avais beaucoup aimé le petit temple d ‘Athéna Niké, nous passons sans le voir, il est masqué sous les échafaudages.

Erechtéion

 L’Erechtéion est une splendeur. Bien sûr, je me souvenais des caryatides.  J’avais oublié l’olivier d’Athéna – enfin – son remplaçant. Sur un banc, devant le portique Nord, nous lisons nos guides avec soin et méthode, révisons histoire et mythologie, cherchons les détails  et admirons la finesse des décorations et le plafond à caissons.

J’avais oublié la légende d’Egée, le père de Thésée qui s’élança et se fracassa sur les rochers en voyant les voiles noires du vaisseau de Thésée qui entrait de Crète au Pirée. Notre regard est attiré par la mer et ses bateaux.

Parthénon

Parthénon

Impossible de ne pas comparer le Parthénon aux temples d’Agrigente. Le Temple de la Concorde est beaucoup mieux conservé et mis en valeur par la végétation.

Aujourd’hui, le Parthénon est un vaste chantier avec une grue, des instruments de levage, des rails et des baraques de chantier pour les ouvriers. Le mur de la cella doit être reconstruit pour l’an 2000, il faut faire vite, il ne reste que six mois ! Marteaux et scie résonnent, une bruyante activité.

les conférenciers des groupes

Entre temps, les groupes de touristes sont arrivés et envahissent le site. Nous glanons quelques bribes des commentaires de leurs conférencières. L’une d’elle raconte les destructions finalement très récentes du Parthénon par Morosini, Doge de Venise qui l’a fait sauter en le bombardant en 1687 , les Turcs y ayant installé une poudrière. Les vols des archéologues britanniques du siècle dernier, et finalement les dégâts de la pollution atmosphérique. Étrange de penser qu’il avait tenu bon vingt siècles pour tomber en ruines en trois siècles seulement.

Nous attendons l’ouverture du Musée à l’ombre en compagnie d’une famille d’Atlanta Indo-Asiatique puis renonçons.

L’Agora

Un chemin parmi les arbres descend vers l’Agora.. Une rangée de grenadiers longe l’allée, je n’en avais pas vu depuis Israël. Comme de nombreux sites, l’Agora est fermée le lundi matin.

Anafiotika

Anafiotika est un quartier de maisons blanches en terrasses rappelant les villages des Cyclades d’où sont originaires les habitants. Dédale d’escaliers,  de courettes, de jardins fleuris avec de mignonnes églises blanches surmontées de coupoles.
Jasmin, bignonias, plumbagos bleus dépassent des murs. De grosses poteries contiennent des plantes vertes ou fleuries. Nous pique-niquons dans les stridulations des cigales

Plaka

Redescendant à travers Plaka, nous sommes hélées par les restaurateurs, les petites tables sont sorties dans la rue mais à 13 heures, elles sont encore vides. Plaka est colorée d’ocre, de jaune, volets verts chaises bleues.

Eolou

La rue Eolou nous ramène à notre hôtel. C’est une rue piétonnière spécialisée dans le commerce des vêtements.

Arrêt à une terrasse moderne dans un passage ombragé pour un café frappé mousseux qui me rappelle encore Israël.  Dominique prendra un Ouzo.Nous découvrons une petite église byzantine malheureusement fermée.
Agora moderne : les Halles

Au marché à la viande, il règne une forte odeur,des mouches et de la chaleur. Le marché au poisson est nettement plus appétissant. Il est éclairé de curieux lustres portant de petites ampoules. Le poisson posé sur de la glace paraît très frais:  sardines, rougets  daurades,calmars, poulpes, gambas…..Le marché aux légumes est à l’extérieur. Une boutique ne vend que des œufs. De malheureux animaux vivants sont exposés dans des cages en plein soleil.

Après la douche, sieste. Comme dans la méthode Assimil, je me « jette » sur mon lit. Mon imitation des mœurs grecques est de courte durée. Une heure plus tard je repars pour la visite du Musée national à dix minutes à pied d’Omonia.

 

Musée National

Premier émerveillement : le Trésor de Mycenes : les masques d’or sont plus petits que je l’imaginais,  plus variés, véritable débauche de plaques, de bijoux, de coupes d’or et des objets en ivoire d’une finesse inimaginable et des peintures colorées ressemblant aux fresques crétoises.


Éblouissement dans les salles d’art cycladique. J’ai le coup de foudre pour les formes, les matière.

Évolution de la statuaire monumentale, (par ordre chronologique) je retrouve les illustrations de mes livres d’histoire et de grec du lycée, figures connues que je salue avec plaisir.

Le plus amusant : les stèles funéraires. Elles montrent paradoxalement le mieux la vie quotidienne. Chaque stèle raconte une histoire individuelle, on connaît le nom du défunt, de ses proches et sont plus amusantes que les statues idéalisées des divinités.

Soirée tranquille sur notre balcon où il fait finalement moins chaud qu’à Créteil la semaine passée