j10 Tenerife/la Gomera

CANARIES 2005

los cristianos - Copie
Los Cristianos : le port d’où part le ferry de la Gomera

 

10.Los cristianos/la Gomera traversée en hydroglisseur

Menace de tempête

Nous venions tout juste de boucler les bagages que la tempête s’est levée brusquement sans que rien ne l’annonce. La pleine lune et le ciel étoilé avaient fait suite à cette très belle journée. Malgré les épais volets de bois nous entendons rugir le vent .Il ne reste plus qu’à espérer qu’il tombera aussi vite qu’il est venu. Je convoque mes souvenirs de traversées en bateau. Curieusement, chaque fois, la veille, nous avons eu du grand vent. Au pays de Galles avant de passer en Irlande, seul le plus gros ferry avait pris la mer très agitée. En Croatie, nous avions eu plus de chance : le pin, en face de notre balcon s’était balancé toute la nuit à s’en casser les branches. Le matin, la mer était d’huile. Pareil à Mindelo.

Trois heures du matin, plus de vent. Tomas nous a prêté son réveil . Nous partons vers six heures dans une nuit très douce. Je me réjouis de voir le jour se lever lorsque nous quittons Icod los Vinos. J’avais eu peur de rater le paysage à cause de la nuit. Nous avons choisi la petite route jaune qui traverse le massif du Teno en tortillant.

En montagne sous la pluie

A la sortie de Buenavista, la pluie s’invite. Rapidement, nous entrons dans le brouillard. La route est si étroite qu’on se croiserait à peine. Heureusement, ce dimanche matin, à 7h1/2, en Espagne, tout le monde dort. Quand la brume laisse entrevoir le paysage, des pics acérés, des ravins profonds surgissent pour disparaître. Les formes sont étranges, parfois des silhouettes de monstres, un profil couché avec trois verrues sur le nez, une mâchoire de requin avec des dents pointues recourbées…La montagne ruisselle de partout. De belles cascades, des petites rigoles. La route est recouverte de scories charriées par les ruisseaux qui inondent le goudron. Dominique doit éviter les très grosses pierres. Je me rappelle que la route du phare, juste en dessous, est coupée par temps d’intempéries, à cause des chutes de pierres. Dominique commence à s’inquiéter. Je n’ai jamais vu, même en montagne, autant de chutes de pierre. Cela roule autour de nous. Evidemment, le ruissellement explique l’érosion. Les tunnels de lave façonnent les véritables dentelles que j’avais admirées en descendant de Chinemada dans le massif de l’Anaga – pendant est du Massif de Teno- que nous traversons. Le brouillard s’épaissit. La pluie redouble. Le parapet peint de couleur claire permet de deviner les courbures des lacets .Je compte les kilomètres qui nous séparent de Santiago del Teide où nous retrouverons la route principale . Je regarde les bornes  puis le compteur de la voiture. Les  23 km entre Buenavista et Santiago del Teide paraissent interminables.

Quel dommage que nous n’ayons pas parcouru cette route par beau temps ! Le petit village de Masca s’étage sur différents éperons. Des terrasses vertes façonnent la montagne. Les maisons sont blanches avec des toits recourbés. Le barranco fameux s’ouvre sous mes yeux dans une trouée dans la brume. La route grimpe en lacets de plus en plus serrés. Dans une épingle à cheveux, la Clio cale. Dominique doit maintenant passer la première à chaque virage.

La côte sud

Los Gigantes sous le soleil, dans la brume c'est plus effrayant
Los Gigantes sous le soleil, dans la brume c’est plus effrayant

Nous attendions le soleil sur la côte sud. Le ciel est bien gris quand nous atteignons les fameuses stations balnéaires de la Playa las Americas et los Cristianos. Dans un paysage désertique les complexes touristiques s’adossent aux petits cônes volcaniques. Selon une architecture très répandue ici, d’énormes résidences adoptent la forme d’une demi pyramide. Chaque étage est construit en retrait du précédent en laissant une vaste terrasse à chaque niveau. Les couleurs différencient les résidences : ocre ou blanc dominant mais toutes les fantaisies sont permises : toits de tuiles vernissées bleues, loggias violettes, balcons turquoises … Tourelles et pignons témoignent autant de l’originalité que du mauvais goût des promoteurs.  Finalement, j’avais craint pire. Les stations sont ramassées sur elles mêmes et ne mordent pas sur les terres agricoles. Elles semblent construites ex nihilo. Finalement elles dégradent moins le paysage que les tours de Puerto de la Cruz.

Los Cristianos : immeubles et plage, tourisme de masse
Los Cristianos : immeubles et plage, tourisme de masse

Nous tournons longtemps avant de trouver le bureau d’AVIS. J’interroge les ambulanciers sur le parking des urgences d’une clinique. Négligemment ils me conseillent de me renseigner dans une cafétéria. Au bar, personne ne bouge. Les touristes ne sont pas d’une meilleure aide, ils sont pressés et ne savent rien. Au pays du tourisme la gentillesse n’a pas cours. Mépris de l’autochtone pour les foules moutonnières débraillées et stupides. Mépris du touriste qui est là pour passez du bon temps et non pas pour aider son prochain. . De toute façon, il n’est pas d’ici et ne parle pas la langue.

Nous n’en menons pas large devant le bureau d’AVIS. Comme c’est dimanche, il est fermé. C’est la réceptionniste de l’hôtel Oasis Mango qui prend la clé. Je lui annonce que les voleurs ont ouvert la voiture (en espagnol on dit que la voiture a été forcé forzado, cela ressemble au français.) elle fait une photocopie de la déposition et nous appelle un taxi pour nous conduire à la gare maritime.

Attente à la Gare Maritime

La Gare maritime est un très joli bâtiment construit comme un bateau sur un port animé où de jolies barques de pêche et quelques grands voiliers se balancent de façon inquiétante. La gare est vide, les comptoirs fermés. Les horaires ne sont pas affichés .Le bateau pour la Gomera est encore à quai quand nous arrivons. Nous aurions bien dû grimper dedans. Le suivant est à 15h30. Le bateau de midi a été supprimé pour cause de révision justement entre le 26 février et le 1er mars Les autres compagnies ont supprimé les passages à cause de la tempête : leurs embarcations sont trop petites pour sortir par gros temps.  Aucune information aucun accueil. Seule explication d’un employé « boat is broken ». Il faut attendre cinq heures dans la gare et surveiller nos bagages. On se relaie pour faire un tour dans les rues de Los Cristianos : foule dense magasins de toutes sortes journaux en toutes langues, bars allemands avec saucisses, pubs anglais … On achète des sandwichs chez Subway. On aurait pu choisir Kentucky Fried Chicken ou MacDo

Il y a une consigne pour les bagages : des petits trains de casiers en bois on met un Euro et on emporte sa clé. Cela nous permet de nous promener ensemble sur la digue sous le soleil qui est revenu.

Un anglais lit un livre savant la météo pour les navigateurs. Je l’interroge. Peut être a t il une explication pour ce gros temps. Oui, l’anticyclone des Açores est décalé. Au lieu que les alizés (tradewind) soufflent de nord-est apportant un peu d’humidité c’est le vent du Sud Ouest qui apporte la tempête.

le ferry

Ferry : catamaran à gueule de requin
Ferry : catamaran à gueule de requin

A 15h, grande agitation : notre ferry entre au port. Sa proue ressemble à la gueule d’un énorme requin. Il va tellement vite que nous ratons la photo de l’arrivée. Sur cet hydroglisseur géant il n’y a pas de pont. Seul endroit pour rester à l’extérieur une sorte de balcon à la poupe. Nous traversons des salons luxueux. On  dirait plutôt un avion qu’un bateau.

Le ferry quitte los Cristianos dans une traînée d’écume qui monte tellement haut qu’un petit arc en ciel se. Le bateau longe la côte très construite. Je révise mon opinion, plutôt indulgente, ce matin. Les constructions sont vraiment très étendues et très laides. Nous sommes parties par temps clair. Quelques minutes plus tard, la couverture nuageuse du Teide se dissipe. Je ne le quitte pas des yeux jusqu’à notre arrivée à San Sebastian. Nous ne découvrons La Gomera qu’au dernier moment, très verte très découpée.

Le gite de Hermigua : la carte a déteint dans l'album
Le gite de Hermigua : la carte a déteint dans l’album

Notre voiture sur le port

Sur le quai, pas de Fiat 600 rouge comme promis sur le mail. Après avoir cherché systématiquement je téléphone. En effet, ils ont changé de voiture. La dame nous cherche. Elle nous propose à la place une Seat Ibiza blanche. Dominique en pro fait le tour de la voiture. Elle est bignée de partout. Pas de feuille constatant les dégâts. Nous ne sommes pas chez un loueur international mais dans une petite entreprise familiale. On passera lundi payer au garage et faire les papiers .Comme nous ne connaissons pas la route ils nous proposent de suivre la Mercedès .Nous les suivons donc plus préoccupées à trouver les lanternes quand nous arrivons dans une série de tunnels et, ensuite, par le voyant d’essence qui s’allume, que d’admirer le paysage.
C ‘est aujourd’hui dimanche, nous ne trouverons du carburant que demain. Les boutiques sont également toutes fermées. J’achète de l’eau en bouteille dans un bar rudimentaire. Pour manger rien. Heureusement que nous avons une soupe en sachet  et deux œufs durs! Pour le jus d’oranges du petit déjeuner de demain, je cueille des oranges dans le jardin. Nous avons aussi ramassé à la Finca Saroga des avocats que le vent a fait tomber. Ce n’est pas une idée d’arriver un dimanche !

Notre belle maison

Des petits bancs permettent de jouir du paysage, on se croirait dans un château
Des petits bancs permettent de jouir du paysage, on se croirait dans un château

Notre gîte est somptueux et immense. Le salon est très vaste avec deux canapés jaunes deux rocking- chairs, un très vieux coffre en bois ciré et un beau buffet sur lequel on a disposé de très vieux livres de compte reliés. Ce qui me plait le plus, c’est le plafond de bois foncé. Les lambris sont fixés sur de fines poutres qui font un dessin de chevrons. Les poutres sont elles mêmes gravées de deux traits. Comme à la Finca Saroga,  la hauteur des pièces donne un volume surprenant. Portes et fenêtres, également en bois ciré sombre, se détachent sur les murs jaunes. Rideaux jaunes, jetés de canapé assortis, un tapis et des coussins vieux rose. Les éléments décoratifs sont de bon goût : composition de fausses fleurs très réussie dans un vase, deux sous- verres : une nature morte et une aquarelle du Teide.

merveilleux plafond de bois
merveilleux plafond de bois

Deux chambres à coucher sont équipées chacune de lits jumeaux. Dans celle qui a la même vue que le salon un grand secrétaire me tenterait. Nous choisissons la chambre d’angle plus proche de la salle de bains, celle que l’on nous destinait puisque les lits sont déjà faits. La cuisine est correcte, un four quatre plaques un grand frigo avec un petit congélateur. Une salle à manger jouxte la cuisine : grande table et quatre chaises en osier. Elle donne sur une petite courette cimentée blanche et doit être fraîche en été.
Nous avons une vue merveilleuse sur la vallée d’Hermigua : vallée encaissée, verdoyante aux maisons dispersées, toits rouges, terrasses cultivées, bananeraies dans le creux. Pour mieux profiter de la vue, comme autrefois dans les châteaux, deux sièges en bois cirés sont construits dans l’épaisseur du mur ;
En plus de la courette chaulée avec ses deux agaves, il y a un jardin avec des orangers et des néfliers et une terrasse pour étendre le linge.
Le seul défaut du gîte c’est qu’il est perché très haut au dessus de la route. Il faut monter des marches
Dominique prépare de jolies assiettes avec les œufs et les avocats et nous dînons devant la télévision : soirée de musique canarienne traditionnelle.

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

2 réflexions sur « j10 Tenerife/la Gomera »

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