LA ROUTE DE LA SOIE

» Les religions se dissipent comme la brume du matin. les empires se démantèlent comme la dune sous le vent. mais les travaux des savants demeurent pour l’éternité »
Ulugh Beg (1394-1449)
« la recherche de la Science est le devoir de tout Musulman, homme et femme. »
inscription sur le portail de la madrasa Ulugh Beg à Boukhara
Ainsi commence le roman historique retraçant la vie d’Ulugh Beg – Prince Astronome – petit fils de Tamerlan. Généralement je préfère l’Histoire des historiens aux romans historiques. Dans le cas de Tamerlan, j’avais peiné en lisant l’excellente biographie de Lucien Kehren, égarée dans trop de lieux inconnus, trop de dynasties mongoles, de Moutons noirs, Moutons blancs et de Hordes de toutes les couleurs….Un roman historique est donc le bienvenu pour intégrer en douceur la géographie et l’histoire de l’Asie Centrale au temps des Timourides.

C’est aussi – et surtout – un roman s’inscrivant dans l’histoire des sciences. L’auteur, Luminet est astrophysicien ; il a écrit toute une série d’ouvrages racontant la vie de Copernic, Kepler, Galilée….Il replace les travaux d’Oulough Begh dans le contexte : d‘Al Khwarizmi « fondateur des mathématiques et de l’astronomie arabes » à Oulough Beg et à Al-Kashi, c’est toute la science de Bagdad à Khiva puis à Samarcande qu’il évoque, faisant même le détour par les Baléares et les fameux portulans du cartographe Abraham Cresque. Je croise ces grands savants avec grand plaisir, certains ne me sont pas tout à fait in connus comme Al-Biruni cité à Khiva qui osa l’hypothèse héliocentrique dès l’an mille. Qadi – Zadeh , le professeur d’Oulough Beg . Un mystérieux Bâton d’Euclide est transmis – c’est aussi le titre d’un ouvrage de Luminet que j’ai téléchargé et que je me fais un plaisir de lire bientôt.

Astronomie, astrologie, interprétation des zodiaques, Islam et même zoroastrisme. Ce livre est d’une grande richesse, d’une grande modernité aussi quand il oppose les courants soufis aux intégristes, citant les Quatrains d’Omar Khayyiam fort à propos.
Cette célèbre Roue à nos yeux suspendue
Et lanterne magique étonnant notre vue
Du milieu, le soleil éclaire la lanterne,
Et nous tournons autour, images éperdues
Ce roman – pourtant très savant – est d’une lecture facile, très vivante . Il raconte Tamerlan, le conquérant, mais aussi le politique qui sut utiliser le prétexte de la naissance de son petit fils (Oulough Beg) pour abandonner le siège d’une place forte sans avoir l’air de céder, qui sut modifier sa date de naissance pour obtenir un horoscope favorable…Il raconte aussi son successeur Chah Rukh, quatrième fils de Tamerlan, diplomate établi à Herat, tandis que les autres timourides se déchiraient.

Il raconte aussi l’urbanisme de Samarcande, avec un plan imaginé par l’astronome comme un reflet des astres, la construction de Gour Emir le mausolée de Tamerlan et l’immense esplanade du Reghistan avec un architecte de Delhi.
« Ce n’était pas une coïncidence si le mausolée de Tamerlan était à la place de Saturne, la mosquée de Bibi-Khanoum à celle de Jupiter, bains publics, hammam et hospice à celle de Venus, la caserne principale à celle de Mars, le grand Bazar à celle de Mercure. L’ensemble du Reghistan au centre de la ville, ne sauarait être autre que la Terre et la Lune. «
Le chantier de l’observatoire et de l’immense sextant (que nous avons vu récemment) est un grand moment de lecture et de science aussi!
Et pour le plaisir encore un quatrain :
« Hier est passé, n’y pensons plus
Demain n’est pas là, n’y pensons plus
Pensons aux doux moments de la vie
Ce qui n’est plus, n’y pensons plus »
Omar Khayyiam
Un livre qui doit être passionnant et encore plus du fait que tu sois allée sur place! Moi, j’aime les romans historiques, le plaisir est double , celui de l’Histoire quand elle est bien traitée et de la littérature.
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