Ensemble séparés/ Tanglewood – Dermot Bolger

LIRE POUR L’IRLANDE

tangelwood

Oubliez le folklore, l’Irlande rurale avec ses vaches et ses moutons, ses pubs de campagne, les feu de tourbe….

Oubliez : « L’histoire de  ce pays se résumait aux anciennes querelles sporadiques que de vieux barbus ressassaient dans les pubs, escarmouches engagées dans des bureaux de poste et tirs visant lâchement les crânes des policiers ne se doutant de rien comme si ces minables assassinats avaient été des batailles devant l’intéresser. Les buveurs irlandais se délecter de révéler ces pépites de leur récit national, semblables aux petits enfants qui montrent les crottes dans leur pot de chambre »….

C’est un roman contemporain (il sort pour la rentrée littéraire 2016, l’action se déroule de 2007 à 2009). Roman urbain, ou plutôt de la banlieue chic de Dublin, là où le terrain vaut de l’or et où on se doit d’avoir sa maison. D’ailleurs, c’est le sujet du livre : la spéculation immobilière et la bulle immobilière pendant les années précédant l’explosion de cette bulle, en 2008 quand l’Irlande était le « tigre celtique » et que les Irlandais pensaient qu’il était facile de s’enrichir.

Il sera beaucoup question de maisons, de celles qu’on achète dans des ventes au enchères survoltées, véritables joutes où l’enjeu est plus une affirmation de virilité qu’un projet de logement. Maisons que l’on construit, au mépris des règlements de l’inspection du travail. Demeures anciennes que l’on brûle, faute de pouvoir les démolir pour construire des immeubles moderne. Crédits, dettes, emprunts qui gonflent la fameuse bulle spéculative. Vertiges, la chute en sera plus dure.

Roman choral, construction habile, récit de Ronan, Chris, deux amis d’école, Alice, la femme de Chris et Sophie leur fille. Histoire de quinquagénaires, à l’approche de la ménopause pour Alice, et de la difficulté de bander pour Ronan et Chris. Histoire de couples qui s’enlisent, de virilité mal placée :

« Combien de secrets fallait-il détenir pour devenir un vrai mec. quels autres tests de virilité fallait-il passer? Savoir contourner les règles, tricher sur ses impôts, ruser avec les représentants de la loi, gérer des affaires et – le plus important – atteindre un niveau d’amnésie où vous vous absolviez de tous vos péchés antérieurs?

Cet aspect du roman  m’a un peu agacée, dans leur banlieue chic, les personnages font un peu « série télévisée ». Comment le gentil Chris pourra prouver à Alice qu’il a des couilles, tandis que Ronan, le voisin, l’a séduite et abandonnée à 17 ans….Alice qui aime son mari mais ferme à clé la chambre conjugale…

Le personnage d’Alice, complexe, m’a plus intéressée, Alice qui a rêvé du Canada, Alice la fille terne, la bonne fille, la frustrée aussi, mais qui décide de vivre….

Alice introduit le thème de l’émigration. Emigration des Irlandais en Amérique, un classique, mais aussi immigration moderne des travailleurs du bâtiments qui construisent la maison qui doit leur apporter la fortune . En dehors de Jiri, le contremaître, si fiable, si ingénieux, si peu exigeant…Chris et Ronan n’ont guère de relations avec les ouvriers qui viennent chaque jour au fond du jardin. Seule Alice, de sa fenêtre voit en eux des êtres humains. Seule Alice? Non, il y a aussi Kim, la Philippine, la femme de Ronan,  émigrée mais belle, si belle, dont on découvre la personnalité. On retrouve « le plâtrier » mort, au pied de l’échafaudage défectueux. Le « plâtrier » a-t-il un nom? Clandestin, il sera facile de le faire disparaître….mais je ne vais pas vous raconter tout le roman.

C’est l’empathie avec ces travailleurs étrangers qui m’a rendu ce livre sympathique après mon agacement précédent.

Autre qualité qui m’a séduite : l’ironie et l’humour de l’auteur. Humour à la limite du blasphème qui m’a bien amusée :

« Dans l’anonymat du cyberspace, le monde entier se transformait en voisin indiscret; A la place des photos encadrées de pèlerinage diocésain à Lourdes, des orgasmes surjoués… »  quel raccourci! entre les vidéos pornos  que Ronan visionne sur sn ordinateur et les pèlerinages. Le texte est émaillé d’allusions à la culture catholique irlandaise comme cette comparaison hasardeuse entre le Christ et un joueur de rugby.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

4 réflexions sur « Ensemble séparés/ Tanglewood – Dermot Bolger »

  1. Lu aussi, comme tu le sais. J’ai adoré (mon 5e roman de Dermot Bolger qui arrive encore à m’étonner !).
    J’ai beaucoup aimé aussi son ironie, sur le couple cinquantenaire à la dérive (il n’y va pas de main morte, d’ailleurs !).

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