Mukawir : Machéronte le Palais d’Hérode

CARNET DE JORDANIE

la Mer Morte le matin

Le muezzin m’a réveillée, la mosquée est toute proche.

Petit déjeuner local : sur une grande assiette carrée, des tomates en quartier, des concombres en rondelle, olives noires, humus, la confiture est présentée dans une tranche de poivron vert, pain arabe et café turc excellent.

Omar qui  sert ce matin, est professeur d’anglais et d’espagnol. Nous bavardons en attendant que son compère aille chercher une carte de crédit téléphonique. Même local, le téléphone est une ruine.

Le vent a chassé les nuages et le ciel est limpide.

La forteresse d’Hérode

Le détour par MachéronteMukawir en arabe – n’était pas à notre programme. Nous nous laissons tenter par le détour (une quarantaine de km en plus). C’est la forteresse f’Hérode bâtie par Alexandre Janneus au 1er siècle avant JC où se déroula l’histoire de Saint Jean Baptiste et de Salomé. J’ai eu l’occasion de lire récemment la pièce d’Oscar Wilde et de relire Hérodias de Flaubert. La forteresse fut détruite par Gebrinius sur l’ordre de Titus en 70 après JC.

Il faut quitter la Route du Roi à Libb vers l’ouest la route serpente au sommet de collines plantées d’oliviers, de blé bien vert égayé par les fleurs jaunes de la moutarde sauvage. Au détour de la route, la surprise : la Mer Morte et la Plaine du Jourdain, beaucoup plus nets et colorés qu’hier avec la brume. La vue est tellement belle que je prends mon temps pour marcher à pied. Je crois deviner les maisons coiffant une colline et pense que cela ne peut être que Jérusalem, Jericho plus proche est dans un creux.

Genet blanc

Au village de Mukawir, un grillage enclos deux églises byzantine contenant des mosaïques. Le bédouin, gallabieh brune, caffieh rouge à damier, canne et fine moustache blanche, devant sa tente ne m’ouvre pas le site mais me fait retourner pour pointer une colline pointue: « le château est là-bas !». Des mimosas en fleurs, un genêt blanc égaie la colline pelée. Sur l’acropole, deux colonnes : je devine les mus du palais. La pente est bien raide, notre route bien longue. Je renonce à gravir le chemin – à regret. Décidément, ce circuit en deux semaines est une série de renoncements, nous aurions dû prévoir trois semaines. Le paysage de désert est splendide, les bancs calcaires sont parsemés de brins verts qui sécheront sans doute bientôt, je distingue des grottes, certaines obturées par des murets : abris pour les hommes ou les troupeaux ? La rive occidentale de la Mer Morte est très nette. Bouffée de nostalgie !

 

HERODIAS :

La citadelle de Machaerous se dressait à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône. Quatre vallées profondes l’entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d’un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierres, suspendue au-dessus de l’abîme.

Il y avait dans l’intérieur un palais orné de portiques, et couvert d’une terrasse que fermait une balustrade en bois de sycomore, où des mâts étaient disposés pour tendre un vélarium.

Un matin, avant le jour, le Tétrarque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda.

Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu’au fond des abîmes, était encore dans l’ombre. Un brouillard flottait, il se déchira, et les contours de la mer Morte apparurent. L’aube, qui se levait derrière Machaerous, épandait une rougeur. Elle illumina bientôt les sables de la grève, les collines, le désert, et, plus loin, tous les monts de la Judée, inclinant leurs surfaces raboteuses et grises. Engaddi, au milieu, traçait une barre noire ; Hébron, dans l’enfoncement, s’arrondissait en dôme ; Esquol avait des grenadiers, Sorek des vignes, Karmel des champs de sésame ; et la tour Antonia, de son cube monstrueux, dominait Jérusalem

FLAUBERT

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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