Mara la courtisane et autres nouvelles – IVO ANDRIC

LIRE POUR LES BALKANS

Ivo Andric (1892-1975) est né à Travnik, en Bosnie dans une famille croate mais il s’est défini comme serbe et comme yougoslave. Prix Nobel 1961. Merci à l’ami FaceBook, qui m’a recommandé cet auteur!

Mara la Courtisane est un recueil de 10 nouvelles, de longueur variable. La nouvelle qui a donné le titre au livre est la plus longue. Si elles se déroulent toutes sur les mêmes lieux, aux environs de Sarajevo, elles se succèdent dans le temps, du 18 ème siècle au début du 20 ème siècle . L’Histoire s’égrène,  de l’empire ottoman qui se délite, à l’entrée de l’Autriche en Bosnie, l’arrivée de la modernité, le chemin de fer, la Première Guerre mondiale….

C’est une galerie de portraits , chaque nouvelle présente un personnage singulier, Bonneval Pacha, l’aventurier  français, qui a servi le roi de France avant de se rallier à son ennemi à Vienne et finalement se convertir à l’Islam pour profiter de la protection de Constantinople….agité et violent, désinvolte.

L’esclave, razziée en Herzegovine dans un village détruit, est farouche. Je ne suis pas arrivée à préciser la date de l’exaction. Jusqu’à quelle époque cette pratique abominable a-t-elle été pratiquée dans les Balkans? Dans l’empire ottoman, c’est seulement en 1871 que l’esclavagiste  tomba sous le coup d’un emprisonnement (un an seulement)Wikipedia. lire aussi ICI

Au temps du cantonnement présente une série de dignitaires et militaires ottomans, cadi, mullahs, pachas et imams dans toute leur diversité. Au sein des armées turques les origines étaient diverses, les cantonnements éloignés aussi bien en Arménie, en Anatolie, à Brousse ou Constantinople…Sarajevo ou pire Travnik n’étaient pas des postes très prisés. Le Mullah Jusuf  qui accompagne le pacha est un triste personnage, poète, muezzin, mais aussi violeur.

Après la lecture de ces deux nouvelles où le sort des femmes est particulièrement cruel, je comprends mieux Lalé la Blanche – recueil de nouvelles – d’Ömer Seyfettin, auteur turc du début du 20ème siècle. J’avais trouvé ces nouvelles d’une cruauté presque insupportables détaillant un viol et d’autres abus.

A l’auberge du monastère : le personnage principal est un moine, Marko, plutôt simplet, dont la foi s’exprimait le mieux quand il jardinait :

« allez pousse! avec l’aide du ciel » exhortait-il le plan de betterave dont il arrachait les feuilles.

On retrouve Marko dans une autre nouvelle : autour de l’alambic. Même si la Bosnie est sous la loi ottomane, la rakia y joue un rôle principal. Turcs comme chrétiens en font une consommation déraisonnable et nombreuses violences et crimes lui sont imputables.

Plusieurs nouvelles se déroulent pendant l’année troublée 1878 pendant l’insurrection des Serbes de Bosnie Herzegovine  Très ignorante de l’histoire de cette région, j’ai été un peu perdue entre les protagonistes : Le Lieutenant Murat, lieutenant de l’armée turque se trouve entraîné dans des événements qui le dépassent..

A ces courtes nouvelles succède Mara la courtisane , environ 50 pages d’une histoire tragique. Courtisane? l’adolescente, fille du boulanger enlevée par un noble turc qui quittera le pays à la faveur des troubles. Recueillie dans une famille de notables chrétiens, elle partage la vie des femmes qui est bien difficile.

L’histoire du kmet Siman est celle du métayer qui se rebelle contre l’aga propriétaire de la ferme. A la suite de l’annexion par l’Autriche de la Bosnie, il croit pouvoir ^detre le maître de son sort, et le seul bénéficiaire des récoltes. Mais ‘Autriche n’a pas aboli la propriété ni les lois turques régissant le métayage…Siman sombre dans l’alcoolisme après avoir perdu ses procès, mais toujours persuadé de son bon droit

« il y a une justice, crois-moi, Salih bey ! Je veux bien être un imbecile, un bon à rien. Je veux bien! mais il en viendra un , un meilleur que moi, qui règlera plus intelligemment les comptes, d’une façon qui ne plaira ni aux agas, ni aux autorités du cadastre…[…] les gens se riront des agas comme ils se aujourd’hui de moi. Seulement ce sera un rire un peu plus grand et plus fort: toute la Bosnie en tremblera. Il ne restera de moi qu’une poignée d’os sous la terre mais je n’ai pas besoin de meilleur requiem »

Les personnages de la dernière nouvelle sont les Montagnes de Rzav. Les montagnes sauvages voient arriver les Autrichiens, les scieries, les Italiens qui construisent la voie ferrée. On fore des tunnels puis c’est la guerre et l’affrontement entre Serbes et autrichiens….

Moi qui n’aime pas spécialement les nouvelles, j’ai lu ce livre comme le roman de la Bosnie. Et je vais continuer sur ma lancée. j’ai encore deux livres du même auteurs dans ma PAL tout en haut de la pile!

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

2 réflexions sur « Mara la courtisane et autres nouvelles – IVO ANDRIC »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s