Parc de la Murgia Materana – églises rupestres et Montescaglioso

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASILICATE)

Murgia materana : SAn Falcione

Le parc de la Murgia materana contient des dizaines d’églises rupestres. C’est aussi un milieu naturel exceptionnel, classé en Réserve Naturelle intégrale.

Je trouve sur le Guide Vert l’adresse d’un Centre d’Interprétation à la Contrada Murgia Timone qui organise des visites guidées (9h30 – 18h30). Nous nous laissons guider par Googlemaps et mon téléphone jusqu’à Ginosa et nous retrouvons piégées dans le labyrinthe des rues étroites du centre-ville. Pour tout compliquer, le marché occupe les voies les plus praticables ; Nous voulions arriver à l’heure ; Arrivée prévue 9h20 ; Nous avons perdu 7 précieuses minutes à Ginosa.

Une petite route relie Ginosa à la Statale 7 (Via Appia), est bien tortueuse. Cela n’explique pas pourquoi le GPS annonce 30 minutes pour parcourir 14 km. Au bout de 6km, « tournez à droite » bizarre. Il n’y a pas de route, juste un chemin caillouteux au milieu des champs de blé ; on circule donc à très petite vitesse. Un peu plus loin on arrive à une belle masseria. « tournez à droite ! », « tournez à gauche ! », le chemin s’interrompt. Nous continuons la piste et arrivons dans la cour d’une ferme où trois chiens noirs, petits mais furieux, vont à notre rencontre. Leurs maîtres les suivent. Bien sûr ils connaissent le Parc et les églises rupestres. Mais impossible de conduire à travers champ. Il vaut mieux retourner sur l’asphalte, rejoindre la SS7 où nous trouverons des panneaux.

En retournant à la route nous remarquons, les paraboles, antennes, un petit dôme géodésique de la base e-Geos Maratea. e-Geos  participe au Programme Copernicus pour donner des images satellites en cas de séismes ou de désastres en tout genre (inondation, incendies …..).

Le plateau de Murgia est bien différent des paysages argileux que nous avons vus ces derniers jours. C’est un plateau calcaire légèrement ondulé couvert de champs de blé et de pâtures sèches. Un panneau du Parc caractérise cet écosystème : Pseudo-steppe méditerranéenne à la flore de Lino delle fate capillare (stipe chevelue), poéacée plumeuse et par Lino di Tommasini(lin à fleurs bleues), plantes de montagne calcaire. Le faucon Grillaio (faucon crécerellette) est l’emblème du Parc. C’est un faucon migrateur hivernant en Afrique subsaharienne dans les steppes. 5000 couples nichent dans la région Basilicate/Pouilles.

C’est étrange comme deux paysages si différents peuvent être si proches !

Nous arrivons à la masseria avec un bon quart d’heure de retard mais la promenade n’est pas partie.  Je peux me joindre à un petit groupe composé de deux couples italiens. Le guide a une belle chevelure ondulée très longue et un bermuda en treillis militaire avec une gourde fluo. Très décontracté.

San Falcione

La visite commence à l’église San Falcione. Falcione n’est pas un saint répertorié ; peut être est-ce la déformation de San Canone correspondant à une église italo-grecque. Il est très difficile de dater une église rupestre ; On peut imaginer que tout a été fait à la même époque. On peut imaginer des remaniements postérieurs ; On pourrait dater les fresques. Rien n’autorise à penser qu’elles sont contemporaines du creusement de la grotte. ON peut faire l’hypothèse que l’église creusée corresponde à un projet architectural avec un plan précis. L’église en creux correspondrait à une église bâtie en suivant le même plan. Le pilier central suggère une église grecque, le pilier jouant le rôle de l’iconostase séparant la partie sacrée où officie le pope de la partie publique. Ce serait donc une église byzantine. Deux fresques encore bien reconnaissables sont celles de Saint Nicolas, saint vénéré à Bari. Quand on se réfère à une église orthodoxe le saint aurait dû se trouver de l’autre côté de l’iconostase. D’autres fresques bien abimées, presque invisibles sont connues grâce à une description antérieure. Le guide montre des croix gravées sur les parois. Pour laisser une trace de leur passage certains pèlerins écrivaient sur le rebord d’une fresque ou emportaient une petite partie grattée.

Contiguë à cette église une grotte a ses murs noircis par la fumée, une cheminée existait pourtant. Cette pièce était une laiterie où l’on confectionnait le fromage. De l’autre côté on reconnaît une mangeoire, il s’agissait d’une étable ou d’une écurie. Dans un coin, une citerne : cercle parfait, enduit imperméabilisant rougeâtre, on voit la trace d’une canalisation externe collectant les eaux de pluie. Dans une niche, il y avait des ruches. Une exploitation agricole dont les murs extérieurs étaient construits avec des moellons soigneusement taillés.

Le guide nous montre comment étaient extraient les moellons, la grotte était aussi une carrière : il suffisait de pratiquer une entaille et d’introduire des coins de bois qui gonflent à l’eau ; Cette technique est couramment employée par les carriers. Il reste des poteaux de bois beaucoup moins antiques qui date du tournage de Ben Hur (2016).

En sortant de l’enclos notre guide referme soigneusement le cadenas. Les guides se considèrent les gardiens des églises. Les touristes qui viennent sans guide se heurtent à des grilles et doivent se contenter des explications sur les cartels à l’extérieur.

la gravine de Matera

La Gravine de Matera est un petit canyon, une incision dans le plateau qui peut atteindre 100 m. Si on met bout à bout les gravines latérales ont obtient 40 km pour la longueur totale du réseau. Cette entaille correspond à l’érosion du torrent mais pas seulement, l’encaissant remonte également dans cette région très sismique. Du thym fleurit sur le bord du sentier, les feuilles sont très épaisses et parfumées.

Nous découvrons enfin la ville de Matera de l’autre côté de la gravine. « Nous sommes sur le Golgotha » plaisante le guide. C’est ici que les cinéastes ont choisi pour filmer la crucifixion : Pasolini, Mel Gibson et bien d’autres. Cette arrivée sur Matera est extraordinaire. Je ne m’y attendais pas du tout. Toute la ville s’offre à nos yeux : les sassi, les églises, un château-fort avec des tours rondes, le campanile très haut . Sur le plateau, la ville moderne se fait discrète. Le guide commente :

« avant que l’Europe n’élise Matera Capitale de la culture 2019, on me considérait comme l’homme des cavernes, maintenant on me félicite d’avoir la chance d’y habiter »

les sassi de Matera vus du belvédère

Matera fut longtemps la plus pauvre des villes d’Italie et enclavée : le chemin de fer ne la dessert pas (malgré une gare ultra-moderne qu’on vient de construire. Selon lui, cette élection se fit sans la délégation italienne qui préférait Sienne ou Ravenne plus prestigieuses. Maratéa2019 a considérablement amplifié l’afflux touristique.

Eglise de la Madone aux trois portes

la madone aux 3 portes

Datée de la 2ème partie du 11ème siiècle, elle est décorée de belles fresques. Une Déisis : Saint Jean Baptiste est reconnaissable à ses jambes velues, le haut de son corps a disparu, la Vierge est très douce, très touchante.

Une madone à l’enfant (Glycophilosa) il faut deviner lez parties manquantes de la fresque en référence aux icones qu’on connaît. Elle porte une grenade qui est hautement symbolique , pour la femme c’est l’annonce de la fertilité, pour l’enfant la couleur rouge annonce le sang de la Passion.

Sur un mur face à la gravine, se trouve une autre fresque de la Vierge, bien abîmée. Elle contemple son reflet dans une église située exactement  en face où se trouve une autre fresque.1

« fin de la visite ! »

Je suis un peu frustrée, pour 25€, j’attendais un peu plus.  Sans le guide, je n’aurais jamais vu les fresques et surtout je n’aurais rien compris et la visite fut passionnante.

Montescaglioso

Montescaglioso Abbaye San Michel Archangelo

Cette petite ville est située à la limite du parc de la Murgia materana. Sur la route nous passons par des champs de blé. L’ombre est rare. La température a dépassé depuis longtemps 35°C et pourtant l’altitude dépasse 400 m. Il y a peu de circulation mais beaucoup de lacets. Nous traversons d’abord une grande place avec un obélisque et une église au clocher ajouré, pour trouver l’Abbaye  San Michel Archangelo. 12h40, on me ferme la porte au nez. Je proteste, elle devrait être ouverte jusqu’à 13h. « alors juste pour un coup d’œil ! ». Je fais un tour dans le cloître, très blanc, très classique avec des chapiteaux intéressants et des fresques représentant Saint Michel, un autre cloître lui succède, toujours aussi blanc et vide au milieu. Si nous étions arrivées un peu plus tôt j’aurais pu visiter la cellule des moines et l’église.

Montescaglioso rue blanche

La ville haute, bien tranquille, est très agréable. A côté du monastère, la grand piazza del Popolo est ornée d’un monument aux morts imposant très blanc, elle s’ouvre par une sorte de porte sur la campagne, petit arc encadrant le paysage du meilleur effet. Une rue étroite serpente entre des maisons blanches, certaines ont le même fronton arrondi et le toit de tuile voûté que j’avais remarqué à Bernalda et à Pisticci. Au sommet une terrasse avec des bancs permet d’admirer le panorama très étendu sur les vallées du Gradano et du Basento et sur le Lac de Giuliano avec la campagne irriguée toute verte contrastant avec l’or des chaumes du blé de la Murgia.

Sur la rue qui descend de l’abbaye il y a une petite terrasse ombragée avec 3 ou 4 tables. Pour déjeuner, des pizzas(qu’on appelle ici pinsa) quelques salades et la parmiggiana. Nous choisissons la parmiggiana bien garnie avec courgettes et aubergines ; comme il fait très chaud je me laisse tenter par un café glacé. C’est un vrai café avec de la glace pilée servi dans su verre à cocktail. C’est l’Italie, le café est fort, bon, mais petit.

Nous essayons la plage de Castellaneta Marina on arrive par une belle pinède mais le front de mer est bien construit avec des résidences de luxe, de belles villas, bitumé avec de larges parkings. Nous allons sur la plage publique où le sable est bien dégagé. Comme partout sur la côte ionienne, il faut marcher loin pour trouver assez de profondeur pour nager.

 

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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