BALADE EN ÎLE-DE-FRANCE

Départ du Voyage à la Gare de Moulin-Galant (RER D en direction de Malsherbes, attention changement à Juvisy , très peu de trains ce week-end). Après avoir traversé le village très tranquille, nous rejoignons le joli clocher de Villabé

Sur la place une belle fontaine de pierre décorée d’une grappe de raisin rappelle le passé viticole du village qui produisait un vin rouge de qualité apprécié dans la région. L’arrivée des chemins de fer et la concurrence des vins produits plus loin a mis fin à cette activité viticole. Il faut imaginer que le coteau était planté de vigne.

Notre balade est commentée par une des bénévoles de l’Association Le Cirque de l’Essonne à Coeur qui tente de préserver cet espace naturel de 132 ha de l’urbanisation. La rivière Essonne a creusé dans le plateau du Hurepoix une boucle. Le Cirque de l’Essonne est donc formé d’un coteau arrondi recouvert actuellement de bois et de taillis, autrefois poussait la vigne et les prairies calcaires étaient plus développées. Dans la plaine en creux : des champs de blé, et un peu plus bas une zone humide abritant des espèces protégées. Cet espace a été classé en 2017 Espace naturel sensible et ZNIEFF ce qui ne garantie pas la pérennité de cet espace vert très convoité et l’Association doit être vigilante.

Des chemins sont aménagés avec des belvédères, des bancs et tables de pique-nique. La zone du marais a été nettoyée. Elle avait été squattée par des jardins familiaux, certains de bonne taille avec même des serres, une guinguette et autres activités illicites. Ce nettoyage a permis de restaurer le caractère naturel et d’éliminer des déchets. Cependant, de gros moyens mécaniques ont été mis en oeuvre, pelleteuses, chenilles… et le résultat est assez désolant. Supprimer des jardins au nom de la préservation de la nature me choque un peu. J’ai un faible pour les jardins, les jardiniers, et la vie sociale qui va avec.
On arrive sur un grand complexe sportif (terrains en gazon artificiel) du Stade Robinson et longons la rivière au Parc Robinson. L’Essonne se jette dans la Seine à Corbeil, mais avant ce divise en bras comme un petit delta, par ailleurs une autre rivière La Juine conflue dans l’Essonne, et on a imaginé creuser un canal : la Canal de Chateaubourg sous Louis XIV. Par cette chaude journée c’est un plaisir de passer au bord de l’eau.
L’eau a joué un très grand rôle à Corbeil avec de nombreux moulins, moulins à farine, à huile, à foulon mais aussi industries papetières justement au Moulin de Robinson (disparu en 1980). La papeterie a été une grande activité de la ville avec la Papeterie Darblay commercialisant le Sopalin, l‘activité a cessé en 1986 et depuis l’immense usine a été détruite.
La Commanderie Saint Jean nous a ouvert ses portes pour le pique-nique dans son jardin ombragé . La Commanderie a été à la fin du XIIème siècle, Alix, la mère de Philippe Auguste, l’a dotée. Il reste du prieuré une très belle église dans un jardin, les Hospitaliers disposaient d’un grand bâtiment « le Palais » pour héberger les pélerins, soigner…. Tout a disparu à la Révolution, le prieuré fut annexé à la Poudrerie et les autres bâtiments furent détruits. Mais il y a de beaux restes dans l’église qui est devenu un centre d’art pour des expositions.

La conférencière nous a raconté de belles histoires : Ingeburge du Danemark est attachée à la Commanderie. Epouse de Philippe-Auguste, (1165-1223) elle fut répudiée le lendemain-même de son mariage 1191, sa dalle funéraire est exposée dans l’église.
C’est au prieuré de Saint Jean à Corbeil que deux traités furent conclus : traité de Corbeil de 1258 entre Louis IX et Jacques roi catalan d’Aragon qui mit fin aux prétentions françaises sur Barcelone et fit des échanges de territoires dans les Pyrénées. Le Traité de Corbeil de 1358 scelle l’Alliance entre l’Ecosse et la France.
Un dernier épisode : celui des expériences à la Poudrerie par Lavoisier et Berthollet qui furent accompagnées d’explosions meurtrières si bien qu’à la demande de la population excédée, elle fut fermée. Leur nom reste dans la toponymie des rues

Sur le cours de l‘Essonne des moulins exploitaient l’énergie hydroliques, certains avaient des dimensions impressionnantes.

Le quartier de Monconseil n’a pas franchement le cachet des bords de rivière, son centre commercial est déserté, les quelques boutiques n’ayant pas fermé le rideau de fer ont l’air bien défavorisées. Ce que nous sommes venus découvrir est une église très originale :l’église Notre Dame de la Paix : dessinée par Edouard Albert, l’architecte de Jussieu, utilisant les structures tubulaires. il a choisi comme élément de base le triangle formant pyramide, avec une ouverture à l’apex donnant un éclairage zénital. Pas de décor en pierre, ni de statue, des tôles, des tubes. Pourtant la communauté s’est approprié l’église en décors chaleureux. Le prêtre qui nous a accueilli nous a fait une présentation chaleureuse de cet édifice.
Promenade dans des rues dont les noms sont évocateurs : rue des Castors évoquant les quartiers castors, le mouvement Castor propose à des familles modestes d’accéder à la propriété grâce au principe de l’auto-construction coopérative (Wikipédia)
Et que raconte cette rue CGB ? Elle rappelle le passage d’un train de la Compagnie ferroviaire de Grande Banlieue dont les trains circulaient sur des rails à voie étroite dans l’ancienne Seine-et-Oise de 1911 à 1949.
Descendant le flanc de la côte, pour nous retrouver en bord de Seine et voir que Corbeil s’étend de part et d’autre du fleuve. D’ailleurs le Pont de Corbeil est le plus ancien pont en amont de Paris, reliant deux châteaux.
Après avoir parcouru la campagne, les petites rues pavillonnaires, les cités, il nous reste à visiter la Ville Médiévale avec ses petites rues pavées, ses remparts bâtie autour de sa cathédrale Saint Spire. A l’Hôtel de l’Arquebuse la devise de la ville « Cor bello paceque bellum » (Coeur fidèle dans la paix et la guerre).

Nous découvrons les remparts de la ville close. La Rue du Trou Patrix rappelle une légende de la ville. Patrix aurait été un monstre à deux têtes qui terrorisait les habitants – peut être une bande de brigands. Le Comte Haymon, un comte d’origine normande, qui aurait reçu le comté de Corbeil en 946 aurait délivré la ville de Patrix. En 950, il fit bâtir la collégiale Saint Spire.Cet édifice est très sobre de l’extérieur. Il meurt le 23 mai 957 (la randonnée a lieu de 23 mai 2026)!

Après avoir bien transpiré sous le soleil de la canicule, nous avons l’excellente surprise de retrouver le prêtre-archéologue qui nous ouvre les portes de la cathédrale fermée. Sombre et fraîche, c’est un régal. Après les bombardements de la deuxième Guerre mondiale, les vitraux ont été remplacés par des vitraux modernes aux couleurs vives qui racontent comme une bande dessinée l’histoire de la ville. La collégiale appartenait à des chanoines dont les demeures formaient un cloître – cercle fermé autour de l’église qui s’ouvrait par une belle porte ornée de deux tourelles.

Comme cette ville est vraiment riche en Histoire et légendes, il faut évoquer Héloïse et Abélard, ce dernier, érudit, enseignait à Corbeil, alors que la Sorbonne n’existait pas encore.
Et ce n’est pas tout! j’aurais dû évoquer les Grands Moulins, la confiserie turque…le tunnel ferroviaire fermé…je n’ai pas épuisé le sujet!