exposition temporaire du 16 décembre au 11 janvier 2022
Anselm Kiefer
Monumental! Impressionnant! Colossal!
Dans l’espace vaste du Grand Palais éphémère : des tableaux de très grands formats, un avion, une installation Arsenal rangement, magasin d’accessoires(?) . Il fait très sombre sous la halle éclairée seulement par quelques spots, comme un ciel étoilé.
Le Grand Palais éphémère et les tableaux de Kiefer. les personnages donnent l’échelle
De très grands tableaux posés sur des roulettes, le plus souvent adossés deux à deux, semblent écraser le visiteur. Aucun parcours balisé. Il y a bien un plan, mais difficile à lire dans la pénombre. Pas de titre ni de cartel. Au spectateur de se débrouiller, de déambuler, de faire son idée.
Irrenäpfe – Gamelles de fous
Devant ces œuvres impressionnantes, nous peinons à trouver le mode d’emploi.
les pierres claires – j’ai photographié la photographe pour donner l’échelle.
Sur certains, Anselm Kiefer,a recopié à la craie un (des) poème de Celan, comme sur le tableau noir de l’école. Je cherche une traduction ; mon Allemand du lycée, bien rouillé, me permet de reconnaître des mots (pas tous) mais pas d’apprécier la poésie, le sens des paroles. Je ne suis pas seule dans l’embarras, d’autres visiteurs font la même démarche . Et miracle qui n’arrive jamais dans une exposition à Paris ! Nous nous consultons : » à quoi correspondrait ce mot? que comprenez- vous? « . Nous reconnaissons des expressions récurrentes : Cendres, pierres neige, poussière…. univers sombre et froid qui nous renvoie à des images de l’Holocauste.
Für Paul Celan Geheimnis der Farne – Le secret des Fougères
Les fougères suggèrent ces forêts allemandes, le plasticien les a incorporées au tableau, les a dorées. Neiges et fougères. Au bas d’un autre tableau, je découvre dans les fougères la tourelle d’un char
cachés dans les fougères : les canons
Une dame a vu ma photo, elle commente. Si écrasés par la monumentalité de l’œuvre, nous échangeons nos trouvailles, analysons ensemble les surfaces, les objets incorporés…nous déchiffrons à plusieurs ce qui nous semble être des symboles.
Denk dir – die Moorensoldaten – soldats ou fantômes? au centre de la spirale (galaxie) un caddie plein de pierres carbonisées – menace?
Dans ma déambulation, j’imagine un langage de symboles pour comprendre les tableaux (peut-être suis-je complètement égarés?)
madame de Staël : de l’Allemagne
Piqués dans un bunker : des pavots, je retrouve ailleurs ces pavots (Mohn) graine du sommeil, de l’oubli tandis que toute l’œuvre convoque la mémoire. Dans l‘Arsenal, il y en a des stocks, pour des œuvres ultérieures?
Arsenal
cet Arsenal n’est pas une réserve mais une installation à part entière avec ces robes pétrifiées symbolisant la Shekhina. Dans le podcast de Frace Culture, la Grande Table, le plasticien rappelle d’autres traditions juives, la kabbale, le Golem…
Etrange installation que cet avion recouvert de plomb. Oxymores que cet avion de plomb, et ces pavots de la mémoire.
Je suis attirée par des détails, j’ai envie d’entrer dans l’intimité des surfaces, et en même temps, je me sens oppressée par ces œuvres sombres présentées dans le noir. Une heure après être entrée je fuis à la sauvette, besoin de respirer à l’air libre!
Abdulrazak Gurnah est le lauréat du Prix Nobel de littérature 2021 . Parfait inconnu des lecteurs francophones puisque ses livres n’étaient pas disponibles en Français, épuisés. Depuis, ils ont été réédités en urgence. J’ai commandé Paradise sur ma liseuse Kindle. La lecture électronique est facilitée par les 5 dictionnaires intégrés gratuitement. Plaisir de la lecture en version originale. Le style de Abdelrazak Gurnahest fluide sans aucun piège spécial et la lecture aisée. De plus, les livres en anglais sont bien meilleurs marché.
Leyli-et-Majnun
Le Paradis pour Yusuf, enfant c’est un jardin enclos dans des murs à Dar es Salam où coulent des ruisseaux, où des arbres fruitiers donnent fleurs et fruits, grenades, oranges, amandes…., où des petits miroirs reflètent les fleurs, où s’élèvent les chants des oiseaux et celui d’une femme.
‘Isn’t it pleasant to think that Paradise will be like this?’ Hamid asked, speaking softly into the night air which was full of the sound of water. ‘Waterfalls that are more beautiful than anything we can imagine. Even more beautiful than this one, if you can imagine that, Yusuf. Did you know that is where all earthly waters have their source? The four rivers of Paradise. They run in different directions, north south east west, dividing God’s garden into quarters. And there is water everywhere. Under the pavilions, by the orchards, running down terraces, alongside the walks by the woods.' »
Le Paradis pour Yusuf adolescent, c’est une cascade dans la montagne dans une végétation luxuriante – Paradis où règne un colon européen qui chasse les intrus – Le Paradis, les jardins d’Hérat, dans le récit d’un voyageur…
Le Paradis, c’est l’Afrique de l’Est avant la colonisation britannique, mosaïque de cultures et de peuplement. Traversée de la Tanzaniepar la caravane des marchands arabes ou omanais, « sauvages » aux corps peints de rouge – probablement masaïs, commerçants indiens, pêcheurs des Grands Lacs, quelques aventuriers européens…La colonisation allemande se met en place, le commerce des caravanes commence à être entravé, et la mobilisation pour la Grande Guerre mettra fin à une époque.
Le Paradis , c’est un conte oriental. L’enfant Yusuf, illettré, est sensible aux récit des conteurs, il se souvient des contes de sa mère, il boit les paroles des anciens. Son monde et ses rêves sont peuplés de créatures étranges, d’hommes-loups, de djinns, d’afrits, de chiens menaçants. Ses rêves rappellent ceux de Joseph, son homonyme qui a sauvé l’Egypte de la famine. Conte d’une caravane avançant avec tambours et trompettes avec à sa tête l’altier Oncle Azziz et ses séides qui commandent aux porteurs. Il y a aussi une Maîtresse recluse, une fille de roi amoureuse, une orpheline à sauver….
Le Paradis, c’est un roman d’apprentissage : Yusuf est retiré à ses parents alors qu’il est encore enfant, enfant-otage des dettes de son père, enfant-esclave? On va croiser d’autres enfants de cette traite, d’un esclavage qui ne dit pas son nom. Yusuf en apprentissage du métier de commerçant, dans la boutique de son maître, puis dans un entrepôt, enfin en expédition quand il arrive vers l’âge adulte. Au cours de ses tribulations il va apprendre à lire le Coran (alors qu’il ne comprend pas l’arabe), des rudiments d’anglais avec un indien un peu mécanicien, un peu trafiquant…
Yusuf est un beau personnage qui traverse un monde souvent cruel. A côté du paradis, il verra un peu de l’Enfer sur terre mais n’en concevra pas d’amertume. Et le lecteur le suivra émerveillé.
Chassez vos préjugés anti-chasse et venez visiter l’exposition Galleria d’Eva Jospin au Musée de la Chasse et de la Nature!
Eva Jospin : balcon 2015
Le Musée de la Chasse et de la Nature est logé Rue des Archives, Hôtel Guénégaud, occasion d’une balade dans le Marais. Il accueille de très belles expositions contemporaines comme celle de Sophie Calle (2018) et Garouste (2028). Il met à disposition de l’artiste et de ses invités les salles du rez-de-chaussée et des espaces au 2ème étage, mais surtout permet aux artistes d’installer des œuvres dans l’écrin des collections permanentes. Le jeu est de les découvrir au milieu des animaux empaillés (je n’aime pas trop), des armes (je déteste) ou des tableaux d’époque.
ici la contribution d’Eva Jospin est minuscule, de minces filets que le gardien nous montre . la colonne de bois de cerf est l’œuvre d’une autre plasticienne
Certaines installations sont très discrètes et il faut l’aide des gardiens très coopératifs pour les trouver.
Galleria 2021: plafond à caissons
Eva Jospin sculpte, coupe, colle, cisaille, travaille le carton ondulé. Elle joue avec cette matière, construit une galerie roccoco, baroque, sorte de cabinet de curiosité avec des niches
Galleria 2021 : niche
Colonnes ou broussaille? taillis ou masse rocheuse? comme dans Matera qui double un mur, roche ou liège?
Un de ses motifs de prédilection est la forêt, taillis, branchages : une œuvre – Forêt 2010-fut acquise autrefois par le musée et se trouve à l’étage supérieur en compagnie du tableau de Philippe Cognée, Paysage vu du train
Philippe cognée : Paysage vu du train
le Nymphée occupant toute une pièce (toujours accompagné d’un tableau de Cognée)
Nymphée
C’est une œuvre d’une topographie compliquée qui m’évoque la vue d’une cité antique avec colonnade, arène ou théâtre antique, escaliers monumentaux ne menant nulle part un peu à la manière de ceux de Escher. Cette structure complexe comporte une grande variété de détails, une passerelle, une tonnelle métalliques, des imitations de rochers, des arches…. on pourrait rester des heures à s’y promener virtuellement<;
Nymphée, escalier et tonnelle
Ces constructions de carton d’une finesse et d’une richesse d’imagination m’émerveillent, comme cette technique sophistiquée à partir d’un matériau si commun, si simple métamorphosée par la technicité de la plasticienne; à suivre. D’ailleurs, j’ai bien envie d’aller la suivre à Giverny où elle expose aussi!
Ce week-end, je me suis offert un voyage à La Havane, et en Floride, Barcelone, Madrid, et même Tacoma…700 pages, un roman-fleuve de 710 pages qui m’a emportée. Addictif! Oubliés, le cinéma, la télévision, le Monde ou Facebook.
26 ans séparent les premiers épisodes de l’histoire : la fête d’anniversaire de Clara en 1990 où sont réunis les amis formant le Clanimmortalisé par la photo de groupe dans le jardin de la maison de Fontanar, et le dénouement en Floride. C’est avant tout le roman de l’amitié, la fraternité, de la solidarité qui a uni les membres de ce Clan pendant toutes ces années même à travers sa dispersion et l’exil.
« Pourquoi tous ces gens qui avaient vécu de façon naturelle dans une proximité affective, attachés à leur monde et à ce qui leur appartenait, s’efforçant durant des années d’améliorer la vie personnelle et professionnelle à laquelle ils avaient eu accès dans leur pays, décidaient ensuite de poursuivre leur vie en exil, un exil dans lequel, supposait-elle, et c’était ainsi que Fabio l’avait ressenti, ils ne retrouveraient jamais ce qu’ils avaient été et n’arriveraient jamais à être autre chose que des transplantés … »
Roman de Cuba, de sa culture, sa cuisine, sa chaleur, mais aussi la débrouillardise dans les privations, les combines et les compromissions, la peur aussi et la défiance. Dans l’exil, ces cubains ressentent et font revivre cet attachement.
Vedado
Romans des trahisons multiples, infidélité conjugales, non-dits de ceux qui savent qu’ils vont quitter l’île. Plus grave : un mouchard s’est infiltré dans le groupe. Des évènements dramatiques vont peser des décennies sans faire éclater les solidarités.
En dix chapitres centrés chacun autour d’un protagoniste, l’histoire sera contée, et l’énigme va se découvrir par bribes. La lectrice devine l’intrigue, mais les indices parfois se contredisent.
« Une complicité avec suffisamment de force pour vaincre l’apocalypse divine et l’entropie de la matière. Selon
Horacio : la dynamique de la cohésion l’emportant sur la dissociation. Les fragments d’un aimant que leur
propre nature ingouvernable rassemble toujours. »
Padura met en scène la vie quotidienne de ses personnages sans aucun manichéisme. Tous sont attachants avec leurs différences. S’il y a parmi eux un traître, un ange déchu, un alcoolo, un arriviste…il y a aussi le pardon qu’ils sollicitent et obtiennent.
Récemment, j’ai lu La mort du Khazar Rouge de Shlomo Sands un polar où il est question de l’identité juive et des Khazars, j’ai voulu en savoir plus sur les Khazars. Emmanuel Ruben, Sur la route du Danube raconte qu’il a visité un cimetière khazar à Celarovo (Serbie), il cite Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic. J’ai téléchargé la Treizième Tribu de Koestler en anglais et j’ai beaucoup appris sur les Khazars.
La Treizième tribu, l’Empire Khazar et son Héritage est un livre de 181 pages, annexes comprises. Sa première publication date de 1976. Il est composé de deux parties : L’essor et la chute des Khazars et l’Héritage.
Khazarie et voisins trouvé sur wikipedia
Qui étaient les Khazars? C’est un peuple d’origine turque, semi-nomade, venant de l’est, comme avant eux les Huns, Bulgares? Hongrois ou Pechnègues. Leur domaine s’est étendu entre la Mer Noire et la Caspienne, du Caucase à la Volga. Ils sont venus avec leurs yourtes, puis ont construit des palais. Leur capitale Itil se situait dans le delta de la Volga; pour contrer les incursions des Vikings (Rus) ils édifièrent la forteresse de Sarkel près de Tsimliansk (Rostov-sur-le-Don). Après avoir combattu les Arabes au 7ème siècle, le Royaume Khazar servait à l’équilibre géopolitique entre l’empire Byzantin chrétien et les califes musulmans. Situé au carrefour des routes commerciales (Est-Ouest sur la Route de la Soie) et nord Sud, par la Volga et le Don entre la Baltique et Constantinople, le royaume Khazar vivait du commerce en prélevant des taxes de passage sur les marchandises qui circulaient.
la conversion
Selon la légende, en 740, le Kagan Bulan, aurait vu un ange dans son sommeil lui enjoignant de se convertir ….mais quelle religion choisir? Il fait venir des représentants des trois grandes religions monothéistes pour une grande controverse. Le choix est peut être plus politique que philosophique, garantissant l’indépendance du royaume entre l’Islam et le christianisme byzantin. Le judaïsme était bien connu des Khazars : des Juifs de Bagdad fuyant des persécutions auraient rejoint la Khazarie.
Koestler se réfère aux textes connus, relation d’Ibn Fadlan, mais aussi correspondance entre un Juif de Cordoue, textes byzantins. C’est vraiment un essai historique loin du roman historique. un important corpus de notes et références dans les annexes montre le sérieux de cette étude. .
L’empire Khazar atteindra son apogée à la fin du VIIIème siècle, vers le milieu du IXème siècle le Kagan demanda l’aide des byzantin pour construire la forteresse de Sarkel destinée à contenir les incursions des Vikings ou Rus. Constantinople se servait du royaume Khazar comme bouclier protecteur contre les navires Vikings comme aux siècles précédents contre la bannière verte du Prophète. Une alliance entre les Khazar et les Magyars confortait la position du Kagan.
Toutefois, au tournant du millénaire , l’annexion en 862 de Kiev par les Rus, les guerres et les alliances entre Constantinople et les Vikings/Rus puis le baptême de la Princesse Olga de Kiev en 957 annoncent le rapprochement entre les deux puissances au détriment des Khazars. Vladimir occupa Cherson en 987 sans même une protestation byzantine. La destruction de Sarkel en 985 marqua la fin de la puissance Khazar. Les hordes mongoles de Gengis Khan au début du XIIIème siècle puis la peste Noire 1347-8 signent la chute de l’empire Khazar.
L’héritage
Avec la destruction de leur état, plusieurs tribus Khazar se joignirent aux magyiars en Hongrie, certains ont combattu en Dalmatie en 1154 dans l’armée hongroise. La diaspora khazar suivit la migration vers l’Ouest des Magyars, Bulgares de la Volga, Kumans, etc…La formation du Royaume de Pologne se fit au moment du déclin de l’empire Khazar 965. les immigrants khazar furent les bienvenus en Pologne et en Lituanie, de même que les Allemands qui apportèrent leur savoir-faire. parmi ces population s’installèrent aussi les Karaïtes, une secte juive fondamentaliste emmenés comme prisonniers de guerre en 1388. Koestler montre l’apport démographique considérable formant d’après lui le noyau de la communauté juive eshkenaze. Tandis que le féodalisme polonais a graduellement transformé les paysans polonais en serfs la communauté khazare surtout urbaine a formé un réseau d’artisans, marchands de bestiaux, cochers, tailleurs, bouchers… caractéristiques du Shtetl. Selon Koestler, la construction de charrettes, la profession de cocher spécifique des communautés juives aurait une origine khazar rappelant les peuplades semi-nomades qui utilisaient des chariots tiré par des bœufs ou des chevaux.
L’usage du yiddisch proche de l’Allemand conduit à penser que les juifs polonais ou russes seraient venus de Rhénanie et d’Allemagne. Après une grande digression sur l’historique des communautés juives d’Europe de l’Ouest Koestler soutient que ces migrations à la suite des persécutions pendant les Croisades et après la Grande Peste ne marquent pas de déplacement en masse et que l’usage du yiddisch pourrait avoir une autre origine, linga franca dans tout ce domaine parce que les Allemands formaient une population éduquée qui influençait les juifs du shtetl.
S’en suit ensuite une longue étude pour prouver qu’il n’existe pas de fondement scientifique à l’existence d’une race juive. Etude fastidieuse des caractères comme la forme du nez, la taille, ou les groupes sanguins. Comme, depuis longtemps, le concept de race n’est plus scientifiquement fondé, je ne m’attarde pas sur cette partie du livre.
Cette idée que les Juifs Ashkénaze auraient des origines turques et asiatiques complètement distinctes des origines de la Diaspora venant de Palestine après la Destruction du Temple perturbe certaines traditions et certaines notions comme celle de « Peuple élu » et se trouve à la base du roman de SandLa mort du Khazar Rouge.
Je serais curieuse de lire ce queMarek Halter a écrit
Dans mes recherches sur Internet j’ai eu la très désagréable surprise de trouver que les Khazars avaient inspiré antisémites et conspirationnistes qui ont imaginé des conspirations khazares impliquant Rothschild ou même Soros. Evidemment j’ai prudemment refusé d’aller plus loin et de cliquer sur les vidéos ou les liens de peur d’importer de très nauséabonds cookies.
L‘IMA poursuit avec Les Juifs d’Orient la série : Hajj pèlerinage à la Mecqueet Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire avec la même ambition et la même approche chronologique dans un Orient qui s’étend de l’Atlantique à la Perse et à l’Arabie. Coexistence millénaire des Juifs et des Musulmans .
brique funéraire – Espagne IV -VI ème siècle
La chronologie remonte à la destruction du premier temple (586 av JC) et l’exil à Babylone, puis à la destruction du second temple (70)et l’interdiction aux Juifs de vivre à Jérusalem qui devient Aelia Capitolina (130)
Des papyrus trouvés dans l’Île Eléphantine sont datés 449 – 427 – 402 av JC
Des objets illustrent l’époque romaine : lampes portant la ménorah en décor,(Egypte, Tunisie, Maroc) des ossuaires de marbre, mosaïques de la synagogue de Hammam Lif (Tunisie) avec des inscriptions en latin. magnifique vase de Cana en albâtre.
Doura Europos traversée de la Mer rouge
La synagogue de Doura Europos (Syrie 244 -245) fut entièrement peinte à fresques sur des thèmes bibliques. On entre dans une petite salle où les photographies des fresques ont un aspect saisissant. On s’y croirait. C’est une surprise totale. Je n’imaginais pas de telles peintures figuratives.
Doura Europos scène du Livre d’Esther
Un dessin animé montre la rencontre du prophète Mohamet avec les tribus juives de Médine qui se soldera mal.
En parallèle une peinture de J Atlan rappelle la figure de la Kahena (reine berbère, peut être juive qui mourut en 703 dans les Aurès combattant les invasions arabes;
Dans une petite salle un documentaire nous montre la Gueniza du Caire et les autographes de Maïmonide. C’est très émouvant de voir ces documents : en plus des écrits religieux on découvre même la punition d’un écolier qui a fait des lignes, répétant 500 fois que « le silence est d’or » on imagine le garçonnet turbulent! Dans une vitrine sont exposés des manuscrits et même celui de la main de Maïmonide (la photo était floue à travers le verre) .
Une salle reproduit la synagogue de Tolède je remarque le sceau personnel de Todros Halevi fils de Don Samuel halevi Aboulafia de Tolède.
Souvenir de pèlerinage à Jérusalem (affiche)
Le Temps des Séfarades raconte la vie des Juifs à Istanbul avec des photos anciennes et d’amusants souvenirs de pèlerinages à Jérusalem
Istanbul, les trois religions
Le temps de l’Europe avec un grand tableau de Crémieux, des photos de classe de l’Alliance Israélite évoque l’Algérie et la colonisation française. En face des dessins et aquarelles de Delacroix, Chasseriau montre l’intérêt pour l’orientalisme.
tikim pour la Torah
La vie des communautés juives au tournant du XXème siècle
montre des objets venant du Maroc (vêtements, bijoux, objets)
bijouxMaroc
bijoux et photos du Yémen . Un film m’a étonnée : un pèlerinage à la Ghriba de Djerba, ces Juifs semblent sortis de la haute Antiquité alors qu’il a été filmé en 1952. La Ghriba était bien vide lors de nos passages il y a 3 ans.
Ctouba : contrat de mariage
Dans une salle, des photos de familles marocaines, algériennes et tunisiennes montrent l’exil vers la France ou le départ en Israël. Un monde disparu.
La fin de l’exposition montre la création de l’Etat hébreu et ses conséquences : départ des juifs marocains (Aliya spirituelle pour ces populations très religieuses, mais aussi émigration économique de villageois très pauvres), l’arrivée des Juifs Irakiens, accueillis au DDT alors qu’ils avaient revêtu leurs plus beaux habits. Déchirements de ces Irakiens établis depuis l’Exil à Babylone bien avant l’arrivée des Arabes.
Une vidéo très joyeuse de Yemennight 2020,Talia Collisjeunes yéménites rappeuses préparant la mariée avec le maquillage au henné, danses et musique aux paroles ironiques sur le pays où coule le miel, le lait, les dattes….j’aimerais retrouver sur Internet cette vidéo.
Cette exposition est très ambitieuse, peut être trop. Très riche en documents, peut être trop. Qui trop embrasse, mal étreint. Je me suis sentie un peu perdue dans tous ces témoignages très touchants mais pas toujours bien mis en évidence. Il y avait matière à plusieurs expositions.
L’an passé(2020) à la même époque, j’avais pris des billets pour le concert de Ballaké Sissoko. Confinement, annulation, session de rattrapage sur Internet à l’heure prévue. Lot de consolation, les concerts sur écran ne remplaceront jamais l’ambiance de la salle. J’ai donc repris mes tickets pour le concert du 03-12-2021 sans même regarder la programmation.
Ballaké Sissoko et sa Koraaurait suffi à me combler. La Kora est un instrument fascinant : harpe-luth à 21 cordes que le musicien joue face à l’instrument posé sur un support, face au public. Les trois premiers morceaux ont résonné dans une atmosphère de récital, la salle juste éclairée d’une quinzaine de spots jaunes, constellation d’étoiles.
Balafon (Wikipédia)
Un balafon attendait, joué par Lansiné Kouyaté qui nous enchante par sa virtuosité.
Le troisième invité est Badjé Tounkara qui a apporté une petite guitare au corps allongé et plein, le n’goni, un autre instrument traditionnel malien.
Ballaké Sissoko
Le concert s’anime avec le groupe. Le public en revanche reste très sage, trop sage, je compare avec le concert d’Angelique Kidjo à Bonneuil avec des familles africaine et des enfants excités. A la MAC beaucoup de têtes blanches, public parisien.
Ballaké Sissokonous présente « sa nièce » (nièce à la malienne) Hatoumata Sylla une très grande, très belle jeune chanteuse, habillée d’une somptueuse tenue rouge et or qui chante et danse. C’est elle qui parviendra à faire bouger les spectateurs qui timidement commenceront à taper des mains et à la fin se lèveront pour danser.
Oxmo Puccimo tient le rôle du moderne griot, rap ou plutôt slam, il slam en français une composition originale écrite pour sa collaboration avec Ballaké Sissoko : « Frotter les mains »que Ballaké Sissoko accompagne à la kora. Il invite le public à frotter les mains.
Pour le final, tous joueront et le public sera debout. Il est encore bien tôt. Ballaké Sissoko remarque qu’au Mali ils auraient joué toute la nuit jusqu’à l’aube….
Sève et pensée – pensieri e linfa – est une sculpture : un tissu de lin posé sur l’écorce d’un arbre frotté avec des feuilles de sureau.
« j’ai pensé que je pourrais associer à ce geste manuel celui de l’écriture. l’écriture est comme la sève qui irrigue la vie de l’arbre, elle porte un flux continu d’idée »
dit Penone, dans un entretien avec Jean-Christophe Bailly qui a traduit le texte qui accompagne le frottage.
Il sera beaucoup question d’empreinte, empreintes d’écorce, de feuilles, empreintes digitales.
pensieridi foglie
Avec ses empreintes digitales et de la couleur verte, il compose plusieurs tableaux
Leaves of grass
Leaves of grass fait référence à l’œuvre de Walt Whitman. En plus des traces de ses doigts il a planté au centre du tableau une sculpture d’argile que j’ai prise de loin pour un coquillage et qui n’est que l’empreinte de son poing serrant la terre.
Plus sophistiqué le petit bois
Verde del bosco (le spectateur donne l’échelle)
Si les empreintes d’écorce, de peau, de feuilles… restituent la surface des choses, le plasticien fait aussi surgir les structures internes de l’arbre. Il cherche à redonner vie à ces poutres de charpente qu’il dessine avec précision pour retrouver l’arbre à l’intérieur du bois
gli alberi dei travi
il pousse le travail plus loin en décapant autour des noeuds du bois
alberi libro
Penone sait aussi dessiner et graver très finement
151 nomi di alberi
parfois, avec beaucoup d’humour, on trouve l’arbre dans la gorge du personnage
paesaggio
Une œuvre spectaculaire illustre le thème du regard. Je n’ai pas beaucoup aimé l’expérience du regard inversé où de minuscules lentilles-miroirs obturant la pupilles reflètent la rue que devrait capter l’œil sur une série de photos. En revanche j’ai beaucoup aimé ces yeux fermés composés d’épines d’acacias et de marbre évidé à la même manière que l’arbre ci-dessus pour mettre en évidence les veines.
Occhi chiusi
Une vidéo montre Penone au travail. il commente d’autres réalisations .J’ai beaucoup aimé le jardin construit sur le plan d’une branche qui se ramifie en rameaux, les sentiers figurant la même structure et le promeneur par son mouvement personnifiant la sève circulant dans l’arbre.
Penone aboli la séparation entre végétal et homme, dans le sens des flux de la pensée humaine….
Pour terminer la série « Les Feuilles Allemandes » comme je l’avais commencé : un thriller deMechtild Borrmann très réussi.
Comme l’histoire vous réservera du suspens, pas question de spoiler et de raconter l’intrigue. Sachez seulement que le Violoniste était Russe, qu’il possédait un superbe stradivarius et qu’il a été interpellé à la sortie d’un concert, mené à la Loubianka.
Comme Sous les décombresde la même auteure, trois histoires s’entrecroisent, à 3 époques différentes, en trois lieux distincts, en 1948 à Moscou, puis en déportation, en Sibérie et au Kazakhstan, enfin en Allemagne en 2008. Trois générations.
Des horreurs du goulag à la toute puissance de la mafia russe.
Une intrigue bien ficelée qui vous tiendra en haleine.
Le Musée Jacquemart André est un écrin parfait pour l’exposition Botticelli qui voisine avec la collection permanente de peinture italienne de la Renaissance.
Vierge à l’Enfant
Cette exposition va rendre compte de l’œuvre du peintre, de son apprentissage dans l’atelier de Lippi jusqu’à sa peinture tardive quand Savonarole a donné une ambiance tragique à Florence. Elle montre la proximité de la peinture de Botticelli avec celle de son maître Lippi que le jeune Sandro copie .
Vierge à l’enfant s’appuyant sur un ange sous une guirlande
La production de Botticelli est variée, c’est ce qui justifie le sous-titre de designer, il a peint de magnifiques cassoni
la bataille de Pydna
Il a aussi dessiné des cartons pour des broderies somptueuses ou des marqueteries ou des tapisseries.
marqueterie
La Naissance de Vénus n’a pas fait le voyage mais a inspiré ces Vénus plus ou moins pudiques dont Botticelli a peint plusieurs exemplaires, celle de Turin est même habillée mais d’un voile si transparent qu’il souligne plus qu’il ne cache ses appâts.
Venus pudique
Un format qu’affection le maestro est le Tondo dont les constructions savantes sont particulièrement séduisantes. Celui nommé le maitre du gothique montre la construction de Venise en arrière-plan
Tondo : le maître du gothique
Deux petites compositions m’ont bien amusée
Les Vandales dévorés par les oursSaint Juste expulsant les démons de la région de Volterra
Comme d’habitude, le Musée Jacquemart André a réalisé des vidéos très intéressantes.