La Côte des Basques

CARNET BASQUE 2021

Beau temps, malgré des prévisions météo détestables.

Allons à la mer !

Délaissons le GPS pour la carte! Dominique découvre la Côte des Basques, une route en corniche de Ciboure à Hendaye, et une petite route d’Ascain à Ciboure. Une petite route va d’Ustaritz à Saint Pée-sur-Nivelle en traversant la très belle forêt d’Ustaritz plantée d’ arbres magnifiques : hêtres géants, chênes séculaires sur une colline d’où les vues sont très étendues.

Forêt d’Ustaritz

Mauvaise surprise : la route Ascain-Ciboure est barrée. Il faut faire un crochet plus au sud par Olhette.

La route en corniche de Socoa à Hendaye est proche de la côte. Il n’y a ni parkings ni miradors, on passe sans s’arrêter et les échappées sont brèves. Nous retrouvons avec grand plaisir Hendaye et sa plage immense. La marée est basse, la plage très dégagée. Il y a beaucoup moins de monde que samedi dernier. Je me déchausse et marche pieds nus dans la frange d’écume. 14° dans l’air, ciel sans nuage, l’eau n’est pas froide. J’atteins la falaise vers le nord, et la digue qui sépare la plage de la marina. 4 km de long, 7 km de marche !

Le pique-nique est luxueux, caviar de truite acheté hier à la pisciculture de Banka. Vrai caviar, gros grains oranges, fondants, délicieux sur de la baguette fraîche et croustade feuilletés aux pommes.

Retour à Socoa par le sentier littoral sur la corniche (8.5 km). Malheureusement le sentier a presque disparu pour cause de risque d’éboulement de la falaise. Une déviation est organisée sur le bord de la chaussée, une barrière de bois sécurise le cheminement piéton et cycliste. Sécurisé, mais avec la circulation intense et le bruit, la promenade n’est pas franchement agréable. De petits tronçons subsistent encore derrière une haie d’épineux. J’emprunte aussi un petit parcours interdit par une barrière qui me rapproche pendant quelques centaines de mètres du bord de l’eau.

Retour par le même chemin, à la limite du couvre-feu. Nous au gîte à 17h55.

L’Anomalie – Hervé Le Tellier – Gallimard

GONCOURT

Miro. Pourquoi Miro? Parce que!

 

…. « Autrement dit, le « Je pense donc je suis » du Discours de la Méthode de Descartes est obsolète. C’est plutôt : « Je pense donc je suis presque sûrement un programme. » Descartes 2.0 pour reprendre une formule d’une topologiste du groupe. Vous me suivez, Président? »…p.167

Que peut-on ajouter aux critiques suite au Prix Goncourt, au 688 avis sur Babélio? 

Forcément tout a été écrit. Je ne l’aurais peut-être pas acheté ni emprunté à la médiathèque, on me l’a prêté. Je l’ai laissé traîner un bon mois et, quand je suis entrée dedans, je ne l’ai pas lâché. Parfois agacée, parfois hilare, curieuse de savoir comment l’auteur allait s’en sortir de ce scénario improbable.

La citation ci-dessus, Descartes2.0, est pour moi, le paroxysme de l’humour. Il faut dire que le mathématicien s’adresse au Président Trump. J’en pisse de rire!

La première moitié du roman est une galerie de personnages dont le seul point commun est d’être les passagers du Vol Air France pris dans des turbulences extraordinaires. Personnages ordinaires, encore que… Un tueur à gages sous le couvert d’un tranquille père de famille, un architecte vieillissant qui part en week-end d’amoureux avec une jeune femme qui le quittera, une avocate américaine survoltée, une famille d’Américains s’offrant un petit voyage en Europe, un musicien nigérian, un écrivain raté qui est peut-être l’auteur (puisqu’il écrit un roman au titre de L’Anomalie)… J’ai bien aimé ces courts chapitres, presque des nouvelles qui racontent des vies disparates. Le Tellier écrit bien, il sait soulever l’incongru dans le quotidien et faire sourire le lecteur.

L’incident, l’orage, les turbulences semblent tous vraisemblables. On craint de vivre une pareille expérience. Et on n’a encore rien vu.

Quatre mois plus tard,  un avion en tout point identique, contenant les mêmes passagers, demande en urgence l’atterrissage à New York. Urgence puisqu’un orage l’a endommagé. Escorté par des chasseurs de l’Us Air Force, il est conduit sur une base militaire et ses passagers y seront retenus. Là, on bascule dans « l’Anomalie » dans l’invraisemblable, la dystopie si on veut, la plaisanterie oulipienne.

Si on cherche la vraisemblance, la logique, le pourquoi du comment, on est perdu dans un salmigondis mathématique et philosophique qui risque de lasser le lecteur rationnel.

Une autre lecture est possible, ligne par ligne, on peut débusquer l’ironie, la caricature, la référence philosophique pertinente ou incongrue. Tel lecteur calé en mathématique relèvera (ou pas) telle théorie, tel lecteur cultivé en philosophie reconnaîtra tel mythe, le béotien se régalera de la satire de Trump, des piques à Macron ou aux dirigeants chinois.

Troisième partie : farce du dédoublement! Les mêmes personnages ont vécu pendant l’intervalle de temps séparant les deux atterrissage. Il y en a un qui est mort, un autre à l’agonie. Comment se regarde-t-on dans le miroir quand on est confronté à son double? On peut prendre cela au sérieux. J’ai choisi le parti d’ne rire. Tour n’est pas aussi drôle, parfois je me suis même un peu ennuyée. Mais j’ai continué par curiosité. Et je n’ai pas été déçue.

Le chef d’œuvre de l’année?

Probablement pas.

Un bon moment de lecture en attendant la réouverture des musées, théâtres et cinémas.

 

 

Biarritz

CARNET BASQUE 2021

Biarritz sous la tempête

Prévisions météo : pluie toute la journée. La pluie est moins gênante au bord de mer.

Biarritz est une station mondaine depuis le XIXème siècle, promue par l’Impératrice Eugénie  fréquentée par les têtes couronnées, Victoria et Sissi…avec des établissements dessinés par des architectes de renom et des villas grosses comme des manoirs.

les belles villas avenue de l’impératrice

Nous commençons la visite par l’Avenue de l’Impératrice qui débute par l’Hôtel du Palais, palace énorme. L’ église russe  grise et terne est fermée pour cause de Covid, sur la porte un papier est placardé indiquant que seulement 29 fidèles peuvent assister aux liturgie, masquées et qu’ils ne doivent pas embrasser les icones ni les mains du pope. Elle fut construite en 1892 pour répondre à la demande des russes venant en villégiature. La villa de la Roche Ronde (1884) est spectaculaire avec sa tourelle, le profil aigu vers la mer.

En haut de l’avenue, le Phare est posé à 73 m sur la falaise. Construit en 1834, 44 m de haut, posé sur une pelouse verte dans un jardin planté de tamaris très vieux aux troncs noueux. Halte spectaculaire l’Atlantique déchaîné est blanc d’écume. Les vagues se fracassent sur les rochers. Posé sur une très haute falaise grise. Je suis surprise, je ne m’attendais pas à une telle vue. En tournant autour du jardin, je découvre la grande plage qui s’étend d’Anglet à Bayonne, battue par les déferlantes.

La circulation automobile est compliquée par de nombreux sens uniques et des travaux. Nous faisons confiance au GPS  pour arriver aux Halles, métal et briques, classiques. La Halle à  poissons est fermée, la plus grande est bien achalandée de produits de luxe : fromages et charcuterie, bien entendu !

Biarritz : Rocher de la Vierge

Non loin, la plage du Port-Vieux est nichée entre le Rocher de la Vierge et une pointe d’où se détache la Villa Belza. Dans le creux un établissement de bain bien caché héberge un club nautique. Des arcades de ciment peint en beige permettent aux baigneurs de s’abriter et de pique-niquer au sec ; trois fresques donnent un peu de couleur. Il pleut, la température de l’air est de 12° mais des dames en maillot et bonnet de bain nagent tranquillement et discutent comme en plein été. Art Déco

Une promenade bordée de rambardes de ciment, végétalisée, équipée de bancs, de petits recoins suit la ligne de rivage, conduit au rocher de la Vierge, rocher creux relié à la côte par une estacade. Malheureusement on y conduit des travaux de consolidation et la passerelle est actuellement fermée. Le sentier côtier arrive devant l’Aquarium dans un beau bâtiment Art déco.

Aquarium Art Déco

Malheureusement fermé. J’arrive sur une petite plateforme : Le Plateau de l’Ataya et découvre le Port vieux, port miniature avec des maisons minuscules blanches aux toits de tuile, aux murs décorés d’azulejos. Deux restaurants ont installé leurs terrasses au bord de l’eau (fermés). Nous y pique-niquons (hamburger et salade César). Des passerelles et des digues forment un labyrinthe dans l’eau cassant la vague et procurant un abri aux bateaux.

z : Port Vieux

Je longe sur la digue la Plage des Basques où seuls les surfeurs s’aventurent. Après les Thermes marins, sous des barnums sont installées les écoles de surf. La promenade s’interrompt par un chantier pharaonique. Une grue, des pelleteuses travaillent à conforter la falaise attaquée par l’érosion. Pour prolonger le parcours je grimpe sur la Perspective et l’avenue Bellevue par des marches et des plans inclinés.

Le soleil est sorti, nous terminons la journée sur la Grande Plage d’Anglet.

Hendaye

CARNET BASQUE 2021

L’immense plage de Hendaye et les jumeaux

Nous aurions pu prendre l’autoroute à Bayonne et filer directement à Hendaye, nous avons préféré passer par les villages d’Espelette, Saint Pée-sur-Nivelle, Ascain, Urrugne et arriver par la montagne. Sous un soleil radieux, les prés sont vert vif, les moutons font des taches blanches. Le printemps explose un peu avant l’heure : épines en fleur, pêchers et ce matin, les poiriers commencent leur floraison. Juste avant de descendre sur Hendaye, je remarque les asphodèles. Les glycines explosent sur les façades de certaines maisons. Nous traversons les villages sans nous arrêter sur la D. 918 qui nous avait conduites à Saint-Jean-Pied-de-Port. Puis on passe vers Urrugne sur la Nationale 10 – amusant de penser qu’avant les autoroutes la RN10 était l’un des routes les plus importantes et que maintenant c’est une route secondaire comme les autres, bordée de beaux platanes quand même !

L’arrivée sur Hendaye selon les conseils de notre GPS est étrange, nous descendons par une toute petite rue à travers des HLM ; le GPS annonce « vous êtes arrivés ! » au milieu de nulle part, dans des rues en pente. Sens interdits, on arrive à la Gare (importante) mais dans un chantier. Non loin, l’Espagne, nous avons un peu peur de nous y retrouver, la frontière n’existe pas trop sur les routes secondaires et en ce moment de Covid, nous n’avons pas de test PCR. Sur la RN10,  les gendarmes veillent.

Enfin, nous trouvons le port de pêche et une poissonnerie ! C’est une merveille cette poissonnerie : GO EL MAREE 4 rue des orangers. Le banc de poisson est impressionnant surtout les grondins dont les nageoires étalées en éventail sont de taille, on aurait dit des ailes. Les plats cuisinés sont très appétissants : calmars apprêtés de façons variées, en anneaux frits, à la basquaise rouge, dans l’encre noirs, farcis, les poissons aussi présentés de façon originale. On aurait envie de tout acheter. Je me laisse tenter par la paella au poisson (on est à deux pas de l’Espagne) et pour le pique-nique je me tourne vers la table des tapas : croquettes, brochette de crevettes dans une sauce au safran et au piment d’Espelette, minuscule poivron rouge farci au thon, et crevettes roses.

L’Espagne vue de Hendaye

Le port de pêche se trouve sur l’estuaire de la Bidassoa, en face l’église très espagnole de Fuenterrabia et une forteresse médiévale sont inaccessibles. Sur le plan d’eau, la baie de Chingoudy des rameurs et des rameuses font la course dans d’étroites embarcations avec une quinzaine de personnes, le barreur ou la barreuse crient pour marquer le rythme, en quelle langue ? Ce sont plutôt des onomatopées que je ne distingue pas. Une promenade conduit à une vaste esplanade ou des jeunes font du skate ou de la trottinette, certains parlent Espagnol – les frontaliers sont autorisés à passer. Un peu plus loin, le port de plaisance et le yacht-club.

Aviron sur le port de Hendaye

Nous trouvons la plage après avoir traversé des quartiers de très belles maisons de style basque, presque toutes fermées, ce sont sans doute des maisons de vacances. La plage est immense, large et longue de plusieurs kilomètres. Ce matin samedi il y a un peu de monde, surtout des surfeurs qui traversent la plage, la planche sous le bras. Il y a aussi des familles. On parle Espagnol. Chance, la marée est basse, mais la mer remonte. J’ai le temps d’aller jusqu’aux rochers du côté de Saint Jean-de-Luz sur le sable mouillé. Je passe devant les villas puis le grand hôtel de style basque transformé en appartements. Protégé par un enrochement important, l’ancien casino de style mauresque, lui aussi transformé en appartements. Plus loin, quelques immeubles modernes et des villas plus traditionnelles.

Les falaises et les deux rochers, les deux Jumeaux, sont impressionnants, ils sont colorés, feuilletés. Les petits bancs de roche rose ou orange. Au niveau de la falaise d’autres couleurs : bleu, mauve et même blanc ou jaune. Au-dessus l’herbe est bien verte et on voit le château d’Abbadia. La pointe appartient maintenant au Conservatoire du Littoral, c’est une réserve pour la flore et la faune mais pour trouver le sentier il faut monter au-dessus du camping des deux Jumeaux et de l’Hôpital de Hendaye et aller un peu plus loin (c’est fléché).

La mer monte et bientôt on ne peut plus passer à pied sec surtout au niveau du Casino.

Le casino mauresque de Hendaye

Dernière avanie du Covid : les toilettes publiques sont fermées ! La plage est pourtant bien équipée. Je parcours toute la corniche sans en trouver d’ouverte, une seule, dégoûtante ! Il ne me reste plus qu’à me cacher dans un buisson.

Sans cet inconvénient (mineur mais bien désagréable) la promenade est vraiment très agréable. Des massifs fleuris ornent toute la digue. Des vipérines bleues hautes d’un bon mètre cinquante me rappellent Madère ou les Canaries, déjà en fleurs aussi quelques agapanthe. Le climat est vraiment doux à Hendaye.

Après déjeuner, quelques nuages sont apparus et surtout le vent s’est levé projetant le sable dans les yeux. Nous prenons la route du retour par le chemin des écoliers, nous arrêtant à chaque village.

Urrugne, un peu à l’écart de la RN 10, tranquille, blanche avec les colombages bruns rouge mais sans les afféteries pour touristes, pas de cordes de piments  ni de grosses potiches, un village tout simple. L’église est un peu différente de celles de la région, le clocher-porche n’est pas pointu mais tronqué, c’est une église de la Renaissance. Son plafond est vert parsemé de fleurette alors que les autres ont un ciel étoilé. Le plafond du chœur a des poutres formant des ogives gothiques. Bien sûr il y a un retable baroque monumental quelque peu dédoré. Le 21ème siècle a posé sa marque avec un orgue tout neuf.

Le centre d’Ascain est également décalé de la circulation. Petite place charmante. Quatre pelotaris jouent. Des randonneurs qui passaient par là apprécient la justesse des coups. J’entre dans  l’église (en temps de Covid ce sont les seuls sites visitables) rien d’original si ce n’est la présence de commères qui parlent à haute voix et médisent sur les absentes.

Arrêt à Saint Pée-sur-Nivelle, visite rapide de l’église. A l’arrière le parc des berges contient des statues modernes massives. Il est très animé cette après-midi. Les vieux jouent aux boules, des familles ont organisé des goûters sur les tables de bois et les adolescents se promènent en groupe. Il y a un moulin sur la Nivelle. C’est une maison qui n’a rien d’extraordinaire si ce n’est une arche où coule l’eau qui actionne les meules invisibles aujourd’hui.

Les bords de Seine à Choisy-le-Roi

TOURISTE DANS LA LIMITE DES 10 KM

la Seine à Choisy-le-roi

En 1739 Louis XV acheta le château de Choisy qui prit le nom de Choisy-le-Roi! Il l’offrit à sa favorite : Madame de Pompadour.

Cette anecdote explique donc la toponymie : la route qui va de Créteil à Choisy (RN186) passe donc au Carrefour Pompadour. Sous cet aimable patronage on pourrait imaginer un endroit charmant. C’est tout le contraire : trois niveaux de circulation intense : la RN 6 passe dans un tunnel (mais pas les camions hors-gabarit), les autobus 393 et TVM montent sur l’autopont qui leur est dédié et qui enjambe le giratoire où aboutissent différentes passerelles de voies rapides et de l’autoroute A86 proche. Seul giratoire protégeant les cyclistes par des éléments de plastique rouge et blanc, la circulation des automobiles, camions et camionnettes est ralentie dans un étroit passage. Pour enjoliver le tout des magasins qui ressemblent plus à des hangars bordent le carrefour, Decathlon, Saint Maclou, et autres magasins de meubles, Fly….Une horreur!

Impossible d’éviter cet enfer si je veux rejoindre en voiture Le Parc Interdépartemental des Sports où démarre la promenade. On peut aussi venir en RER C à la Gare Créteil-Pompadour, ou prendre le 393 Métro ligne 8 Pointe du Lac, ou Le TVM de Saint Maur Créteil RER A. Autour d’un bassin en forme de canal évasé à ses extrémités avec des petits lacs annexes, un vaste espace vert comporte des terrains de sport (23 terrains de foot, une piste d’athlétisme, 20 courts de tennis, une base nautique, rugby, et même accrobranche). Des buttes isolent le parc des voies de chemin de fer et donnent du relief. De nombreux arbres variés agrémentent les promenades. Le tour du lac fait environ 4.5 km , fréquenté par les promeneurs, joggers et cyclistes qui se partagent la piste goudronnée tandis que des pêcheurs s’installent sur le bord de l’eau. On pratique l’aviron, le kayak et la voile, il y a même un curieux bateau-dragon certains samedis matin. Du temps où nous jouions au tennis, nous venions régulièrement nous entraîner. Maintenant je fais le tour plusieurs fois par semaine. 

La règle des 10 km m’incite à varier les promenades, sous la contrainte, l’imagination est stimulée et j’ai décidé d’expérimenter de nouveaux itinéraires.

A l’extrémité du canal, avant de passer le petit pont, une discrète allée bordée de cerisiers roses en fleur,  conduit au Centre d’animation écologique pour les enfants (fermé pour cause de covid) et longe le grillage dominant un bassin qui a l’air sauvage. Sortant du parc par une petite porte (attention aux horaires de fermeture) un souterrain passe sous la route et on arrive en bord de Seine. Si au contraire on tourne  à droite et si on monte un sentier en zigzag bordé de massifs fleuris on parvient par une rue très tranquille au Parc des Gondoles (jeux pour les enfants et animaux) et on rejoint le tour du parc interdépartemental en suivant le balisage jaune qui passe par une rue dans les pavillons.

Sur les Bords de Seine,  je commence mon exploration en me dirigeant vers l’aval et le Pont de Choisy . La promenade est balisée en rouge et blanc (GR). Elle est très bienn aménagée : chemin de planches près de l’eau et quai cimenté. A la fin des planches on remonte sur le quai, plus loin de l’eau mais très agréable parce que les maisons sont jolie, fleuries et que la circulation des voitures se fait à l’arrière des pavillons. Après le pont j’ai fait demi-tour et suis revenue sur mes pas. Le podomètre avait mesuré 13000 pas et environ 8 km, 2 heures d’une balade très agréable. 

les crues

Le lendemain j’ai décidé de remonter vers l’amont en direction de Villeneuve-Saint-Georges, sur la promenade agrémentée de bancs, de grands portiques en ciment – sites parfaits pour une halte ou un pique-nique au bord de l’eau. Un quartier tout neuf a été construit de petits immeubles de briques rose. Comme toutes les constructions actuelles, il est « sécurisé » par des grillages et digicodes qui rassurent peut-être les résidents mais que je trouve détestables. Si on reste au bord de l’eau on peut négliger ce détail. De grandes plaques de tôles perforées, évoquant des toises, rouillées montrent les niveaux de la crue centenale de 1910 et de celle de 1955 (crue cinquantennale. En face sur la rive opposée je découvre des usines modernes. Le retour par le parc départemental est possible en prenant la Rue Danville qui longe le parking d’un grand Liddl et arrive presque en face du petit portail du Parc.

le passeur de rives

Le chemin devient assez rapidement un sentier de terre sous d’agréables frondaisons déjà vertes, la pente est douce vers l’eau, il y a des sortes de petites plages. Un portique attire mon attention : c’est un bac Le Passeur de Rives qui fait traverser gratuitement les piétons les mercredi samedi et dimanche de mai à septembre . A essayer quand les restrictions covid seront terminées

la guinguette auvergnate

Sous le pont de chemin de fer on a installé tout un coin piquenique (privé, genre Sdf mais rangé). le sentier arrive dans un quartier de pavillons de Villeneuve-triage qui fait penser à un village avec son école de ciment, son terrain de sport, un peu plus loin l’église. Petits immeubles de meulière. Glycines. Un quai avec une petite marina, genre modeste, les yachts ne sont pas immatriculés

Jersey ni dans aucun paradis fiscal. Au bout, une école de surf Barefoot Style . Le chemin du contre-halage s’arrête là, il me faut marcher sur le trottoir de la Rue de Choisy qui longe la voie ferrée. Je passe devant la très belle Guinguette Auvergnate – une idée originale que de déguster un aligot devant la rivière à la place de la petite friture. De temps en temps des escaliers de ciment raides permettent de rejoindre un ruban de ciment le long de l’eau mais il faut remonter quelques centaines de mètres plus loin. Pour rentrer on peut prendre le train à la gare de Villeneuve-triage (RER D)

Une promenade que je me promets de refaire et de pousser jusqu’à la Gare de Villeneuve-Saint-Georges traverser la Seine et revenir par Villeneuve-le-Roi. A expérimenter! 

 

Bayonne et la plage à Anglet

CARNET BASQUE 2021

Bayonne : quais de la Nive

Les prévisions météo sont détestables, nous allons en ville.

Visiter Bayonne avec le Covid est frustrant : deux beaux musées sont fermés, pas de visites guidées, impossible d’aller au restaurant alors que le temps n’invite pas au pique-nique. Ce serait le jour pour un restaurant !

Bayonne : Château Vieux

Le Château-Vieux a de belles tours rondes. Terrain militaire, il ne se visite pas. Une plaque nous informe que Le Prince Noir, du Guesclin, Pedro le Cruel roi de Castille, Louis XI, François 1e, Louis XIV furent les hôtes de ce château

Cathédrale de Bayonne

Il ne reste que la Cathédrale Notre Dame à visiter sous la pluie ! Grande Cathédrale gothique édifiée au 13ème siècle sur les ruines de la cathédrale romane ravagée par un incendie en 1258. Très haute nef achevée en 1404. Très haute, avec deux flèches élancées et un porche très orné. Ces tours élégantes sont dues à une restauration néo-gothique du 19ème siècle par un disciple de Viollet-le-Duc, Boeswillwald. Les chapelles du déambulatoire s’ornent de peintures du Steinheil (1814_1885) dans le style du 14ème, elles ont été restaurées et les couleurs sont magnifiques. D’ordinaire je n’aime pas trop les décors 19ème mais celles-là sont très belles.

Autres œuvres colorées : les vitraux. Le plus fameux est le vitrail de la guérison de la Cananéenne Renaissance, les vitraux du chœur sont très colorés, il y a également des vitraux 19ème avec de grands personnages sur le thème du rosaire.

Peintures de Steinheil dans le déambulatoire

La cathédrale possède aussi de nombreux tableaux mais ils ne sont pas toujours bien éclairés.

Le cloitre gothique est très grand, complet mais il est fermé (Covid)

Il ne reste plus qu’à me promener dans les petites rues, regarder les façades des étroits immeubles tous de même hauteur. Certains sont de style basque à pans de bois peints en rouge mais pas toujours, vert et bleu. D’autres sont en pierre de taille claire, de style classique avec moulures et balcons en ferronnerie. Les noms des rues rappellent les corporations : Rue des Faures (forgerons). La rue de la Boucherie arrive à la Tour-vieille-Boucherie dans le système défensif romain, le mur est constitué de petits moellons cubiques utilisés par les Romains. Nombreuses boutiques sont attrayantes, surtout de très belles librairies (mais avec le Covid on n’ose pas manipuler les livres pour le plaisir).

Porte de la boucherie remparts romains

Je retrouve facilement la voiture garée au parking Charles de Gaulle tout près du Théâtre au bord de l’Adour.

Dernière promenade : les berges de l’Adour et de la Nive, le confluent est tout proche, je choisis de longer la Nive bordée d’immeubles tous de même taille alignés se reflétant dans la Nive. J’arrive aux halles quand une belle ondée me repousse sous les arcades pour m’abriter où je marche pour rentrer au parking.

Tempête sur la Barre

Où pique-niquer puisque les restaurants sont fermés et qu’il pleut ? Nous suivons l’Adour jusqu’au port, la rive droite est vraiment peu accueillante, sur la rive gauche nous passons devant les poissonniers qui ont des étals le long de la rivière. Puis devant le port de plaisance avant de suivre une route entre des pavillons et des hauts pins. On arrive à la mer à Anglet. Enorme parking devant une patinoire.

Plage d’Anglet et retour du soleil30

La mer est déchaînée, de grosses vagues se brisent avec des gerbes d’écume sur les digues et les brise-lames. Le long de la grande plage une promenade piétonne et cycliste est aménagée sur 4.5 km. Les vagues sont tellement puissantes que je n’ose pas descendre sur le sable. La promenade est très agréable : d’un côté les vagues déferlent blanches d’écume, de l’autre un beau golf très calme. Contraste ! Je fais demi-tour après 3 km sur la Plage des Corsaires. La grande plage me tente, je descends pour rentrer par le sable. Marcher sur le sable sec en chaussures s’avère pénible, je remonte sur la promenade cimentée pour rentrer.

Berges de la Seine de Vitry-sur-Seine au Confluent avec la Marne

TOURISTE DANS LA LIMITE PERMISE DES 10 KM DE CRETEIL

Moins chics et moins fréquentées que les promenades en Bord de Marne, les quais de Seine sont aménagés à Vitry-sur-Seine pour les piétons et les cyclistes. Une bande de ciment, quelques bancs, des tags colorés – moins élaborés qu’en centre-ville. La Seine, majestueuse, donne une grande respiration à la balade sous un soleil vif mais un vent frais. 

Port à l’Anglais

Je passe sous la Centrale Thermique et l’usine de l »Air Liquide une guinguette (le Gossip) est fermée (covid) dommage! avant d’arriver au Port-à-l’Anglais, une sorte de plage est aménagée avec des bancs, des tables et des chaises-longues de bois, aménagement artisanal sympathique avec des pancartes de bois peint multicolores. Le pont du Port-à-l’Anglais me fait penser au Pont des Chaînes de Budapest. Un peu plus loin, il y a une écluse. Entre le pont et l’écluse des panneaux décrivent la faune et la flore ainsi que la navigation fluviale. 

Une plaque commémorative rappelle que des Algériens ont trouvé la mort, noyés après une manifestation pacifique dans la Seine le 17 octobre 1961.

usine élévatoire des eaux d’Ivry

Je remonte sur le quai Jules Guesde le tissu du bâti industriel est lâche, terrains vagues, constructions derrière des palissades, immeubles modernes (siège social Casino/Franprix), d’un hangar taggué s’échappe très fort de la musique de rap. J’avise le sentier plus bas au bord de l’eau où courent les joggers. La Seine est plus sauvage, il y a des véritables plages. Le sentier s’interrompt au niveau des usines en brique de l’Usine élévatoire d’Ivry – Service des Eaux. Je marche sur le quai (trottoir à partager avec les cyclistes) jusqu’au pont d’Ivry sur lequel passe la N19 et qui relie Ivry à Alfortville sur la pointe, au Confluent de la Seine et de la Marne s’élève Chinagora un ensemble de style chinois composé d’un hôtel et d’un restaurant. La galerie commerciale a fermé il y a quelques années. 

Sous le pont d’Ivry : le confluent et Chinagora

Je rentre par le même chemin. Le podomètre marque 13000pas et 8km (A/R)

C’est une balade que je referai volontiers.

 

 

De chair et d’os – Dolores Redondo

POLAR BASQUE

J’avais envie de rester dans les montagnes basques, rien de mieux qu’un polar bien épais (608 p.) pour me scotcher et m’emmener dans la vallée du Baztàn, à Elizondo (tout près d’Aldudes où nous avons piqueniqué) et me raconter  les secrets cachés dans ces Pyrénées navarraises.

la vallée de Baztán on a envoyé au bûcher des douzaines de femmes accusées de sorcellerie, dénoncées bien souvent par leurs propres voisins, et elles étaient de la vallée depuis toujours. Tout comportement un peu « anormal » était soupçonné d’avoir quelque chose à voir avec le diable,

Ces  villages enclavés recèlent des traditions de sorcellerie, de monstres des forêts  en plus des ours et des secrets familiaux que tout le monde connaît.

Le Tarttalo, connu également comme le Tártaro et comme le Torto, est une figure de la mythologie basco-navarraise, un cyclope de taille gigantesque, extraordinairement fort et agressif, qui se nourrit de brebis, de jeunes filles et de bergers.

Histoires aussi des cagots, qui remontent aux temps médiévaux ayant souffert de discrimination pendant des générations qui ne sont pas oubliés.

Vous êtes de la vallée, vous avez forcément entendu parler des cagots. — Les cagots ? Tu veux dire ceux qui vivaient à Bozate ?

Les historiens ne sont pas d’accord sur l’origine des cagots. Ils estiment qu’ils sont arrivés en Navarre par les Pyrénées, fuyant les guerres, la faim, la peste et les persécutions religieuses au cours du Moyen Âge. La théorie la plus répandue c’est que c’étaient des cathares, membres d’un groupe religieux persécuté par le Saint-Office ; d’autres pensent que c’étaient des soldats goths déserteurs, réfugiés dans des léproseries du sud de la France, où ils ont contracté la lèpre, une des raisons pour lesquelles on avait peur d’eux ; selon une autre hypothèse, ce serait un mélange de proscrits et de parias amenés ici pour servir le seigneur féodal de la région, qui était alors
Pedro de Ursúa, dont il reste un palais fortifié à Arizkun.

Attends, si je comprends bien ce que tu me dis, la ségrégation envers un groupe racial au Moyen Âge est la
raison historique à laquelle faisait référence le père Sarasola pour expliquer les dernières profanations dans
l’église d’Arizkun

Influence de l’Eglise et surtout de l’Opus Dei, puissance occulte. Un étrange prêtre en Armani.  Dépaysement garanti!

L’inspectrice de police est une jeune femme, nouvellement mère, native de la vallée. Policière brillante, très bien notée :  on fait appel à ses services dans les affaires délicates comme la profanation de l’église d’Arizkun. Elle est aussi très impliquée dans des cas de féminicides et de violences conjugales (malheureusement bien fréquents dans ces régions qu’on imaginerait tranquilles).

Un gros pavé, thriller plein de rebondissements et de pistes, de personnages bien campés et pittoresques dans un décor magique, entre pluies, brumes, routes givrées, torrents et barrages. Belles maisons basques anciennes qui sentent bon la cire d’encaustique.

Un bon moment de lecture malgré de petits bémols : l’allaitement et les biberons du nouveau-né occupent une place non négligeable dans le roman.  Certes, la maternité et les bébés font partie de l’intrigue policière mais les nuances de piaillement des bébés ne me passionnent pas. La question de l’instinct maternel est intéressante.

Je ne suis pas une bonne cliente pour le surnaturel et le paranormal. Que l’on fasse appel aux traditions locales anciennes de sorcellerie m’intéresse. En revanche les phénomènes de transmission de pensée (avec l’agent du FBI américain) parasitent le récit le rendant peu crédible. Les références au « diable » ou au « mal » me sont complètement étrangères.

Du sang, c’est le genre qui veut cela dans un polar, mais point trop n’en faut…c’est un peu Grand Guignol.

Malgré ces réserves (qui me sont personnelles) je reviendrai lire les deux autres opus de la trilogie quand j’aurai envie de retourner dans les Pyrénées. A mettre dans la valise pour les journées pluvieuses!

Le Pas de Roland et le mont Artzamendi

CARNET BASQUE 2021

Le Pas de Roland

Le pas de Roland

Nous quittons la D.918 qui longe la Nive à Itxassou pour une petite route qui   s’engage (comme le train) dans une gorge . Goudronnée la semaine dernière, la route est en excellent état mais elle est très étroite. Un panneau nous enjoint d’utiliser les passages aménagés pour se croiser. Impossible de faire des arrêts-photos, il vaut mieux marcher le long du parapet pour voir l’eau bouillonner. Dans le rocher, une petite arche naturelle : Roland qui aurait fendu la roche avec son épée Durandal dans la retraite de l’armée de Charlemagne. Nous aurions aimé prendre la Chanson de Roland pour guide et visiter Roncevaux. Mais Roncevaux est en Espagne. Avecle Covid la frontière nous est fermée (sauf test PCR de moins de 72h). Nous n’allons pas nous faire tester pour aller voir un col de montagne probablement désert et un monastère . L’opérateur téléphonique nous a repéré en haut du Mont Artzamendi et souhaité bonne arrivée en Espagne.

A 100 m du Pas de Roland,l’auberge est fermée pour cause de Covid. La route tourne dans le village de Laxia et grimpe vers le Mont Artzamendi.

Je marche, téléphone à la main.  Il sert de GPS et d’appareil photo. Dominique, dans la voiture, continue tout droit sur le petit pont sur le ruisseau Laxia juste avant le confluent sur la Nive. Le GPS en main m’ordonne de tourner, je grimpe d’abord dans le village et arrive dans une très belle forêt. Au bout de quelques temps, ne voyant pas la 108, j’essaie de téléphoner mais il n’y a pas de réseau. Je marche 25 minutes d’un bon pas en montée, espérant que Dominique trouvera la bonne route. Juste avant la sortie de la forêt elle me dépasse. Nous n’avions pas imaginé que la route serait compliquée. Je suis admirative de la technique du GPS, il n’y a pas de réseau téléphonique, pas de 4G non plus et pourtant le smartphone continue à nous guider : il y a beaucoup plus de chemins et de maisons qu’on ne l’imaginait. La route est toujours aussi étroite et elle est tellement raide qu’au sommet d’une côte on ne sait pas bien vers où se dirige la route. Il reste encore 6 km jusqu’au sommet et le chemin parait interminable. Plusieurs fois il enjambe le ruisseau, quitte la forêt pour la prairie rase. Le paysage  est celui de moyenne montagne alors que l’altitude est moins de 700 m . Un parking est installé à un col. La 108 n’ira pas plus loin sur la pente raide !

Col de Méhatché (719 m)

Potok

L’arrêt était obligatoire pour laisser refroidir la voiture.  La vue est très étendue jusqu’à la mer. Le sommet de la Rhune est reconnaissable et les crêtes bleues se succèdent à 360°. Je suis fascinée par les Pottoks, poneys basques, chevaux sauvages qui ne sont pas farouches et qui paissent au col et plus haut. Certains sont équipés de cloches comme les vaches. Ils ont une épaisse toison, une crinière longue, des poils jusque sur les sabots. Un panneau signale les Betizu – des vaches sauvages qui ne vivent que dans deux massifs des Pyrénées dont le Massif de Mondarrain . Ces vaches vivent en pleine liberté. Il est conseillé de ne pas chercher à les approcher même pour les photographier. Les vaches qui protègent les veaux peuvent être agressives. Mais elles ne se trouvent pas au col et je n’aurai pas le plaisir de les voir de loin.

Site archéologique : cromlech reconstitué

Ce col est un aussi un site archéologique : la Nécropole de Meatse d’Itxassou Cromlechs et DolmenTerre de Bergers – lieu sacré de mémoire de plus de 5000 ans. Le site fut découvert par J M de Barandiaran et compte 19 monuments, sépultures majoritairement du rite de crémation. Tous les monuments laissés à l’air libre ont subi des dégradations du fait de l’érosion. Avec l’accord de la DRAC d’Aquitaine il a été décidé de les recouvrir pour les protéger.

Sont visibles deux cromlechs tangents mais d’âges différents (1041-605 av JC) et (1313-1004 av JC). On voit aussi les restes d’un coffre dolménique (3000-2000 av JC) mis au jour lors de la construction de la route comprenant deux dalles verticales et la Chambre orientée à l’Est.

Un cromlech a été reproduit pour l’observation : un cercle de pierres couchées et des dalles verticales forment le péristalithe ; au centre se trouve le « ciste » coffre de pierre. Parfois les dalles sont disposées en « pelure d’oignon ».

Je continue à pied sur la route vers le sommet où est installée une station de télécommunication : des antennes et un petit dôme à côté d’un affreux bâtiment. Il reste une belle grimpette. J’ai toujours la compagnie des pottoks. Un grand vautour plane au-dessus de moi. Impossible de le photographier, il disparaît dès que je règle le zoom. J’arrive sous les barres rocheuses du sommet mais la route fait encore un coude et continue sous la ligne de crête. Je me lasse un peu inquiète de voir le ciel se voiler. Il faut redescendre et dans le brouillard ce serait un cauchemar.

En descendant, je croise des cyclistes, un groupe, probablement un club et seul, un monsieur plus très jeune, qui transporte sa tente et son matériel pour camper sur un lourd VTT. Respect ! Monter de telles charges !

Au col la brume monte.  Une drôle d’odeur arrive à nous. Ce n’est pas de la brume mais de la fumée. Un peu plus bas une affiche jaune plastifiée se balance : FEUX PASTORAUX EN COURS. Il y a quelques semaines un feu d’écobuage a entraîné un incendie étendu et des randonneurs ont été surpris par le feu.

Pour descendre nous nous séparons à nouveau et je descends à pied avec grand plaisir : sur les bords de la route je regarde les fleurs : une très bizarre cloche jaune qu’il faudra identifier, des tapis de violettes en sous-bois, des pâquerettes dans les prés, des fleurs blanches un peu mauves genre de moutarde sauvage, et des nappes de primevères jaunes.

Nous pique-niquons à un tournant où l’on peut se garer au soleil.

Très belle journée un peu aventureuse !

Monné, Outrages et Défis – Ahmadou Kourouma – Seuil

LIRE POUR L’AFRIQUE

J’ai retrouvé avec grand plaisir Ahmadou Kourouma – écrivain ivoirien 1927-2003 – dont j’avais lu Les soleils des Indépendances et En Attendant le vote des bêtes sauvages que j’avais apprécié. 

Monné, Outrages et défis raconte le règne du roi Djigui Keita, roi de Soba 

Djigui n’était pas seulement façonné avec de la bonne argile, il était aussi franc, charitable et matineux. Des
qualités qui ne trahissent jamais ! Les matineux voient tôt et loin ; Djigui avait aperçu ce qui se passait sur les
marches du royaume. Les francs entendent juste et clair ; Djigui avait perçu, par-dessus les dithyrambes des
griots, les râles lointains de certains peuples imprudents. Les charitables pressentent vite et fort ; Djigui avait présumé que sa vie serait une destinée de monnè. Il décida de s’y préparer. Par la prière, les sacrifices et la miséricorde, par le courage et l’inhumanité à l’endroit des méchants.

Djigui, chanté par son griot, a régné des décennies , de l’arrivée des Français quand au début de son règne il a accueilli un messager qui lui annonçait

Pendant huit soleils et soirs j’ai voyagé pour vous annoncer que les Toubabs de Fadarba descendent vers le sud

Faidherbe (Fadarba) gouverna le Sénégal de 1845 à 1865

Djigui vit donc son royaume colonisé, puis   ses sujets enrôlés dans la première guerre mondiale, la seconde, et les « saisons d’amertume » de l’Afrique de l’Ouest pétainiste. Il dut se soumettre à l’autorité du gouverneur français mais sut maintenir son rang avec les « visites du Vendredi« en grande pompe, à cheval, accompagné du griot et de ses courtisans. Séduit par l’idée de l’arrivée à Soba

le gouverneur a ajouté à cet honneur celui, incommensurable de tirer le rail jusqu’à Soba pour vous offrir la plus gigantesque des choses qui se déplacent sur terre : un train, un train à vous et à votre peuple.

Retranché dans son palais, sa mosquée, entouré de sa cour et de ses nombreuses épouses il assiste à la « civilisation » de son pays de Soba.

L’interprète rassura tout le monde en expliquant que civiliser ne signifie pas christianiser. La civilisation, c’est gagner de l’argent des Blancs. Le grand dessein de la colonisation est de faire gagner de l’argent à tous les
indigènes.  L’ère qui commence sera celle de l’argent.

[…]

Les bienheureux seront les indigènes qui après le paiement de l’impôt de capitation auront de l’argent de reste pour se procurer du confort ! Ils pourront se civiliser en achetant au comptoir : des miroirs, parapluies, aiguilles, mouchoirs de tête, plats émaillés et des chéchias rouges avec des pompons, plus belles que celles des tirailleurs.

[…]
Les travaux forcés étaient la deuxième besogne qui permettait aux Noirs d’entrer dans la civilisation.

Des années d’outrages, d’humiliations qui se disent monné en malinké, de travaux forcés de pillages . Djigui vit aussi arriver les islamistes aux « chapelets à 11 grains »

Après les années d’amertume pétainistes, vient De Gaulle, et les communistes. Soba voit arriver un commandant progressiste. les travaux forcés sont abolis:

Pour ne rien céder et s’accorder le temps de reconstituer ses forces et les moyens de tout refuser, le général de
Gaulle biaisait, promettait et trompait tout le monde, ses alliés et ses indigènes. Il proclamait que vous, Nègres, Arabes et Annamites, étiez des Français à part entière comme les Toubabs, que vos pays étaient le sol français ; prétendait et expliquait que si des conquêtes se partagent ou s’abandonnent aux séditieux, jamais ne se cèdent les terres des aïeux.

[…]

Aucune des libérations n’égalera plus dans notre histoire celle de la suppression des travaux forcés. C’est une libération que nous avons tout de suite vue et vécue  et qui fut bien plus authentique que les nombreux coups d’État des partis uniques et les pronunciamientos qui viendraient plus tard et que nous serions obligés de danser et de chanter pour les faire exister.

Arrive la fin du règne de Djigui, maintenant centenaire, mais à l’écart de la vie politique. Ses deux fils se mettent au service de deux partis différents : l’un réclamant l’indépendance, l’autre s’appuyant sur les colons. La route est encore longue jusqu’à l’indépendance et encore plus vers la démocratie : la critique contre les « partis uniques » est récurrente.

Une belle et longue épopée, mention spéciale à la figure de Moussokoro, figure féminine marquante.