Le Cercle d’Or : Thingvellir

CARNET ISLANDAIS

couleurs islandaises

Lever très tôt pour arriver au Parc National Thingvellir à la visite guidée de 10h.

Grande cohue au petit déjeuner-buffet à 7h pile. Hareng gras et gaufre (en pensant au gaufrier de Karitas). Ciel bas, sol mouillé mais pas de pluie quand nous roulons sur la route N°1 jusqu’à Mossfellbaer . On entre dans une vallée tranquille où paissent des chevaux. Je suis surprise par la présence des arbres : bouleaux, épicéas (ou sapins), pins. La silhouette tabulaire de l’Esja borne l’horizon vers le nord tandis qu’en face d’autres crêtes plus découpées se détachent. L es arbres font place à une prairie où volètent les plumettes des linaigrettes. Quelques moutons à la laine épaisse et très propre se promènent tranquillement ; on ne voit pas de troupeau gardé, des moutons isolés ou par tout petits groupes de deux, trois, quatre au maximum.

Nous sortons de la route pour faire des photos chaque fois que c’est possible surtout quand le miroir de petits lacs éclaire le paysage reflétant une lumière parcimonieuse qui filtre quand les nuages se déchirent. Contraste avec la lumière crue du temps ensoleillé des jours précédents avec des verts criards ; des bleus profonds et des maisons colorées. Aujourd’hui, les sommets mauves se détachent à peine sur le ciel embrumé, les végétaux se mêlent dans un camaïeu beige, orangé, rose bruyère, mousses et lichens gris formant une sorte de tweed aux couleurs douces un peu automnales.

Thingvellir : la faille Almannaja

A mesure des arrêts, les autres touristes nous ont rejoint, la circulation se densifie aux abords du Parc de Thingvellir.  Le parking du Centre d’Information se trouve après la flèche Almannagja qui est le nom de la faille : un fossé, presque un couloir matérialisant le Rift médio-océanique séparant les plaques tectoniques Nord-Américaines et Eurasiatique.

Le parking est payant, par Carte de Crédit ; pas moyen de payer cash, ce n’est pas prévu. Pour les handicapés, c’est gratuit, mais impossible de s’enregistrer. Pas un être humain à l’horizon. Une caméra électronique scanne les plaques des véhicules sortants. J’enrage ! le caissier du magasin de souvenirs (il reste quand mêmes quelques humains) me promet « d’introduire le numéro d’immatriculation dans le système ».

Thingvellir une eau transprente

Le rendez-vous de la promenade guidée est le parvis de la minuscule église de l’autre côté de la faille et de la rivière Öxara. Autour de l’église, deux cimetières, l’un pour les fermiers locaux, l’autre est offert aux « héros nationaux », seulement deux poètes y reposent, les autres héros préférant le caveau familial. La petite église est joliment décorée : un tableau sur bois représente la Cène, la chaire est peinte, les bancs en bois. Qui sont donc les paroissiens ?

Le guide Scott (écossais ?) est un puits de science.

« Qui a lu les sagas islandaises ? « Demande-t-il en introduction. Passées les premières pages ennuyeuses, ce sont des chefs d’œuvre de la littérature avec toutes les composantes d’un roman d’aventure et d’amour. Ces sagas racontent les premiers temps de la colonisation. Toutefois, une lecture critique s’impose ; elles ont été rédigées au 12èmesiècle, 3 siècles après les faits (comme l’Iliade longtemps après la chute de Troie). Les auteurs des sagas étaient chrétiens tandis que les héros adoraient Thor et Odin. Il ne faut pas les lire comme des témoignages véridiques puis 930, plutôt comme des œuvres littéraires. Cependant, les indépendantistes islandais s’appuyaient sur ces textes comme sur des vérités historiques. Tout ce qu’on sait sur l’Althing, le Parlement qui se réunissait depuis 930 pour légiférer était aussi un tribunal. La date est acquise avec certitude d’après les cendres volcanismes.

« Pourquoi les Vikings ont-ils colonisé l’Islande ? » demande le guide aux touristes qui soulèvent différentes hypothèses. Pour chercher des terres : la Norvège montagneuse est pauvre en terres cultivables et on voulait éviter de diviser les domaines ; les cadets s’embarquaient pour des raids ou pour des conquêtes ; ils ont ainsi fondé Dublin, se sont installés en Angleterre et en Normandie. D’autres possibilités sont évoquées : les drakkars avaient atteint un tel niveau qu’ils pouvaient envisager des navigations lointaines, ils sont arrivés au Groenland et en Amérique. Viennent d’autres raisons, certaines farfelues comme la poursuite des morses pour l’ivoire.

magie ou science : l’eau quuine gèle jamais

Un petit pont enjambe une crevasse remplie d’une eau couleur menthe glaciale « Que remarquez-vous ? » – la transparence et de nombreuses pièces de monnaie. Le premier à jeter une pièce fut le Roi du Danemark en 1907 ; à l’occasion, on construisit ce pont pour son automobile – la première en Islande. Cette eau a une propriété étonnante : elle ne gèle pas alors que la rivière et le lac gèlent en hiver. La transparence s’expliquerait par la percolation sur d maintenant la température constante à des kilomètres : l’eau du glacier serait filtrée en passant à travers des roches poreuses. La porosité retiendrait l’air, un bon isolant, maintenant la température constante à 3°C tout au long de l’année. Les Islandais, du temps des sagas avaient sûrement attribué ce phénomène à de la magie, aux esprits des lieux, dieux ou elfes.

C’est d’ailleurs à proximité, sur un triangle herbu que se prononçaient les jugements du tribunal.

« Et où est donc le Lögberg où se réunissaient les 48 chefs pour édicter les nouvelles lois ? »

Un drapeau islandais flotte sur une estrade, marquant l’emplacement officiel. Ici fut prononcée l’indépendance de l’Islande le 17 juin 1944.

L’Althing

Thingvellir: lieu de l’Althing; les touristes sont nombreux mais au temps de l’Althing la foule devait être encore plus dense

Selon, le guide, l’emplacement aurait été choisi en fonction des conditions climatiques, à l’abri les jours de grand vent. Il faut imaginer une foule, chaque chef de tribu venait accompagné de sa suite, épouse, enfants, esclaves. Cette foule campait pendant deux semaines autour du solstice d’été. On dressait des abris avec des murets de pierres recouverts de tissus ; Au début ce parlement fonctionnait comme une république ; on élisait un secrétaire pour la durée de la session ; il devait mémoriser les textes de loi en les chantant mais cette fonction ne lui donnait aucun pouvoir le reste de l’année. Le guide nous fait revivre l’esprit de ces réunions ; il cite les noms de nombreux chefs que je suis bien incapable de transcrire ici. Les noms Islandais sont vraiment impossibles, il existe mêle deux lettres mystérieuses que je ne sais pas vocaliser avec exactitude. Tout cela me donne une furieuse envie de lire les sagas.

Thingvellir : côté lac

Vers midi, le temps se gâte, une pluie fine commence à tomber qui ne m’empêche pas à redescendre dans la faille par un accès moins fréquenté et chercher Oxarafoss, la cascade. C’est à la deuxième tentative à partir d’un autre parking que je la trouve ; la machine du parcmètre est détraquée, il faut voir le désarroi des touristes ! pour la cascade : suivre un chemin de planches glissantes sous la pluie. C’est une belle cascade, notre première, nous allons en voir d’autres !

oxarafoss

REYKJAVIK : Musée National islandais – promenades en bord de mer

CARNET ISLANDAIS

cabochons vikings ciselés

Déjeuner sur le parking d’un drive-in, entre l’hôtel et la mer : des hamburgers tout à fait comestibles mais pas très typiques.

Un tour au port en voiture tourne court, on arrive dans des rues bordées de hangars et entrepôts certains convertis en bars et restaurants branchés. Je grimpe sur un curieux mamelon herbu qui porte une cabane pour sécher des poissons à son sommet, installation contemporaine ?

Musée National Islandais

Situé à deux pas de la Maison Nordique, c’est aussi un bâtiment tout neuf qui raconte l’Histoire de l’Islande depuis la Colonisation (800 -1000) jusqu’à nos jours. L’audio-guide doit être téléchargé sur notre propre smartphone (j’ai horreur de cela, mon téléphone, saturé de photos et de musique n’a jamais la mémoire suffisante pour ce genre d’application) de plus, je l’utilise comme appareil photo et pour passer d’une fonction à l’autre je perds un temps fou. Autre aspect de l’Islande, pays connecté, exige smartphones et cartes de crédit !

Les premières périodes de l’histoire de la colonisation (870 -1000) , la christianisation (1000 – 1200), sous le règne norvégien (1200 – 1400) et les interactions avec l’Europe jusqu’en 1600 sont exposées au premier étage tandis que l’histoire moderne qui commence avec la Réforme (1550) se trouve au second ?

La colonisation est très bien documentée du point de vue archéologique sans faire appel aux sources littéraires que sont les sagas. Avant 870, on n’a rien retrouvé. Il faut imaginer que l’Islande n’était pas peuplées d’humains et que la plupart des animaux et plantes n’existaient pas non plus ; le sel mammifère terrestre était le renard. Les colons ont donc tout apporté. Etaient-ils tous Vikings norvégiens ? on évoque aussi les moines irlandais ;  dès 840 les Vikings avaient fondé Dublin. Il faut imaginer un monde viking s’étendant de la Scandinavie à Mer Noire. Monde dont je ne connais pas grand-chose. Parmi les objets présentés il y a des pièces romaines, une cloche anglaise, des bijoux et armes vikings. Les vitrines évoquent le « Premier Hiver ».

christianisation : bois ciselé

La section de la christianisation évoque la construction des églises et le développement d’un art ecclésiastique avec de beaux panneaux de bois gravé ou ciselés avec des motifs nordiques mais aussi byzantins. La vie quotidienne et économique est aussi décrite : les Islandais cultivaient peu de grain, ils pêchaient et élevaient les moutons ; les seules exportations étaient la laine travaillée par les femmes qui tissaient par bandes de 50 cm de large. Une vache, par exemple valait 45 m de laine.

1104 : l’éruption du volcan Hekla déposa des ponces 20 km autour du volcan préservant une vingtaine de fermes en l’état – sites historiques précieux pour les archéologues.

Sous le règne norvégien, les nobles et riches aimaient les objets de luxe ; Les cornes à boires sont les objets les plus spectaculaires. Au 14ème siècle, on note une augmentation des exportations de poisson séché (morue) et d’huile de foie de morue. Le commerce transitait par Bergen mais atteignait Londres, Marseille et les ports hanséatiques ;

cornes à boire

De 1400 à 1600, sous la loi danoise, le roi danois régnait aussi sur la Norvège.

Avec la Réforme, l’Islande passa au luthéranisme ; de beaux objets sculptés, des chaires à prêcher, des tableaux sont exposé au second étage. L’histoire est moins bien présentée ou peut-être ai-je simplement décroché.

après la Réforme

Après cette visite studieuse, il est temps de s’aérer. Nous filons sur la petite presqu’île de Seltjarnanes construite d’agréables résidences – duplex clairs face à la mer, aux façades épurées contemporaines mais identiques à des dizaines d’exemplaires. Le bord de mer est aménagé pour la promenade des piétons et des cyclistes. A la pointe, une plage en face de l’îlot de Grotta qui porte un phare, est occupée les kite-surfers sous la « jolie brise » (dixit la météo). Leur équipement ressemble plutôt à celui des skieurs qu’à celui de baigneurs estivaux.

Je n’ai même pas l’idée de me déchausser pour marcher sur le sable de la plage.  A marée basse, on peut atteindre l’îlot à pied sec, pour la paix des oiseaux qui y nidifient, c’est interdit.

phare de l’îlot de Grotta et kite-surf

La route passe le long d’un parc aquatique ( baigneurs en maillot mais bien rouges), nous arrivons à un  petit étang avec des cygnes, des oies et des canards variés. La pointe est occupée par un golfe.

Reykjavik est bien sportive !

 

 

 

ARBAER musée paysan

CARNET ISLANDAIS

la ferme Aebaer

Musée de plein  air Arbaer – musée paysan

Il est situé à 4 km hors de la ville et rassemble des maisons anciennes démontées et remontées, meublées. Nous avons toujours apprécié ces musées vus au Canada, en Hongrie, à Riga, Bucarest….

Arbaer fut une exploitation agricole établie de longue date : une première référence historique de 1464 établit qu’elle dépendait au 13ème siècle au monastère de Videy Island. Après la Réforme en 1550 et la dissolution des monastères la propriété passa au Roi du Danemark ; un registre des propriétés signale qu’elle était louée à 2 fermiers ; la même année l’un d’eux fut assassiné par l’autre avec la complicité de sa femme. En 1948, la ferme fut abandonnée et le musée créé en 1957.

cuisine

Chaque maison, meublée raconte une histoire. La première est celle de LIKN Nursing Society fondée en 1915 pour apporter l’aide médicale aux pauvres qui ne pouvaient payer une hospitalisation ; au début du 19ème siècle, apparurent des changements sociaux avec la formation d’une société urbaine. Un garage 1918 est reconstitué avec voitures d’époque. On peut visiter toutes les pièces d’un atelier du livre (typo et reliure), le logement est sous les combles, il y a une belle salle à manger et une minuscule cuisine. Qui devinerait tant de pièces dans une si petite maison ?

Dans une grange Heima est une belle exposition-photos racontant l’arrivée d’Allemands après les destructions des villes par les bombardements ; 300 sont venues s’installer en Islande ; je suis surprise par l’importance accordée à cet évènement pour seulement quelques centaines de personnes, migration infime !

bergerie à moitié enterrée

La cabine des boy-scouts, une maison de pêcheurs, moitié pierre, moitié bois, une maison de commerçants aisés….on pénètre dans l’intimité des familles entre 1880 et 1950. L’une d’elle, pavoisé de drapeaux danois raconte la visite du roi Fréderick VIII du Danemark en 1907 qui donna deux pièces de monnaie. J’entendrai encore parler de cette visite et de ses pièces plus tard dans le voyage !

Pensant à KARITAS de Kristin Marja BALDUSDOTTIR que j’ai commencé avant de partir, je collectionne les photos de machine à coudre si importante ! Cette visite illustre le roman.

morue séchée et filet

Les maisonnettes, bergeries, forge… à moitié enfouies sous l’herbe qui pousse sur le toit me paraissent très exotiques. La grande ferme Arbaer est composées de plusieurs maisons mitoyennes aux pignons triangulaires, on passe par des étables, laiteries, fromageries, remises puis par de belles salles communes tandis que les chambres à coucher sont à l’étage ; c’est un véritable dédale malgré la façade réduite.

la petite église de bois

Près de la ferme, l’église, dans son enclos possède de remarquables boiseries de bois blond avec des motifs en volutes et spirales.

Reykjavik, promenade matinale au centre: l’église, les maisons

CARNET ISLANDAIS

Lever du soleil à Reykjavik

Le petit déjeuner est très copieux, on peut se composer un muesli avec toutes les graines imaginables, piocher dans les viennoiseries, choisir une omelette, se faire cuire une gaufre. Pour moi, ce sera hareng gras!

les maisons colorées du centre de Reykjavik

Sous un frais (6°C) mais brillant soleil, nous faisons des collections de maisons de tôle ou de bois peintes. Certaines sont mises au goût du jour avec fresques et graphs. Je suis étonnée de la fraîcheur des couleurs et de la fantaisie des décors.

l’église Hallgrimskirkja

La grande église Hallgrimskirkja domine toute la ville. Elle se voit de partout. De son clocher on découvre Reykjavik et ses environs. Son aspect extérieur est intéressant. Les cannelures dans le béton rappelleraient les cascades islandaises ou les glaces pétrifiées par le gel ou enfin les orgues basaltiques d’une monstrueuse coulée. Elle semble envelopper par des ailes le haut clocher conique.

1000 ISK (8 € ) pour l’ascenseur qui arrive au niveau des quatre cadrans évidés pour voir le panorama. Les plus courageux montent l’escalier jusqu’au sommet fermé. De petits blocs permettent d’atteindre les ouvertures grillagées pour filmer la ville et les montagnes environnantes.

Reykjavik moderne vue du clocher

C’est une église très récente : la construction fut commencée en 1945 et elle fut consacrée en 1986 ; l’orgue date de 1982.

Son nom : Hallgrimskirkja honore le poète Hallgrimur Petursson (1614 – 1674) qui vivait à Copenhague où il rencontra sa femme Gudridur Somonarsdottir qui fut capturée par les pirates algériens et rachetée par le Roi du Danemark. Hallgrimur fut appointé pour rafraîchir sa foi chrétienne après son long séjour en terres d’Islam (j’adore les histoires de pirates) . Hallgrimur abandonna ses études et retourna en Islande avec sa femme. Il écrivit ses hymnes à la Passion, 50 hymnes qui sont une méditation, lus à haute voix dans les maisons islandaises et récités comme prières.

L’intérieur de l’église est très sobre. Les hautes ogives de la nef lui confèrent un volume et une clarté étonnants ; avec son grand orgue, c’est bien un lieu de culte mais on y donne aussi des concerts.

les maisons colorées de Reykjavik

Par cette belle journée ensoleillée, nous délaissons les musées. Le petit Lac Tjörmin, au centre-ville est bordé de belles maisons et réunit des monuments remarquables. Comme il semblait tout proche, je néglige de régler le GPS. Erreur ! Un chantier sur Hringbraut(sorte de périphérique) nous désoriente. Et nous voici quittant la ville ! Nous demandons au GPS de nous conduire à la Maison Nordique, un peu à l’écart, proche de l’Université. C’est une construction élégante, allongée, légèrement incurvée proche d’un étang. Dessinée en 1968 par un architecte finnois. Ici les préoccupations environnementales s’affichent : 7 poubelles différentes pour le tri, et une tentative de préserver la nature sauvage au milieu de la ville. Dans une petite serre et dans des bacs de bois on cultive des herbes sauvages.

l’Hôtel de Ville les pieds dans le lac

Autour du petit lac Tjörmin un sentier de promenade est aménagé. Le Théâtre Ino(1891) est un joli bâtiment jaune avec un clocheton. Plus loin, les pieds dans l’eau : l’Hôtel de ville se trouve sur le parcours les portes s’ouvrent toutes seules devant le visiteur, attention sympathique !

ARRIVEE A REYKJAVIK

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Premières vues islandaises

Avion presque vide, vol tranquille. Je reconnais la vallée de la Somme, la Baie de Somme puis Berck et Merlimont, sans m’en apercevoir nous survolons l’Angleterre et son paysage de bocage. Les nuages nous cachent la suite tandis que l’avion va plein nord au-dessus de l’Ecosse. L’Atlantique Nord est très agité aux abords de l’Islande. Quand il descend sur Keflavik, le sol paraît lunaire, je découvre des panaches de vapeur et très clairement le Lagon Bleu.

15H30 , il fait un temps magnifique, 12°C, une lumière éblouissante ;

J’enrage en attendant la voiture. L’employé d’Avis-Budget est d’une lenteur désespérante. Si le temps se gâte, nous aurons gâché le beau temps dans l’aéroport. 17h30, nous prenons la route à bord d’une VW Polo 90 000km au compteur. Les téléphones feront office de navigatore.

premiers volcans

50 km de Keflavik à Reykjavik sur la route 41, 2×2 voies. Interdit de s’arrêter pour les photos d’un paysage spectaculaire : champs de lave recouverts de mousses et de lichens. Une cassure révèle des prismes de lave. Heureusement, on a aménagé des aires avec tables de pique-nique ; A la descente de voiture, je découvre une végétation rase mais bien présente : des petits bouleaux rabougris, petits bonsaïs, des graminées un géranium aux feuilles rousses. Un cône pointu ressemble à un dessin enfantin, pic isolé. Non loin, la mer. Une petite route, plutôt une piste, conduit à des habitations de tôle ou bois colorées. Quand le soleil est de face on distingue mal les gravillons noirs de la lave et nous ne prenons pas garde aux nids de poule. Un conducteur d’engin nous prévient : cette route est fermée ! Trajet hasardeux, mais nous sommes ravies d’approcher la mer aux crêtes blanche qui vient battre les rochers noirs ou se calmer dans des échancrures. Des lichens épais encroûtent la roche, des herbes très vertes s’agitent au vent. J’ai absolument envie de photographier une maison grise aux portes, fenêtres et balcons orné de découpes de bois laqué de blanc.

coulées et végétation

Les abords de Reykjavik ressemblent aux faubourgs de toutes les villes contemporaines avec entrepôts, barres d’immeubles sans grâce, restauration rapide aux enseignes mondialisées, chantiers routiers. La distance pour arriver au centre est minime. Le téléphone nous conduit sur Baronstigur où se trouve notre hôtel FossHotel Baron.

Cet hôtel appartient à la chaîne Foss ; malgré ses 4* il n’a rien d’un palace : c’est un bâtiment gris foncé au hall riquiqui. Pas de tracasseries à l’accueil, pas de chichis, personne ne se précipite pour les valises. On les monte seul par l’ascenseur. Personne pour ouvrir la chambre ; pas à se poser le problème des pourboires !

La chambre est vaste, très propre, très sobre : murs blanc cassé, un grand lit double, un bureau avec un écran plat. L’éclairage est parfait. Plateau-bouilloire avec des gobelets en carton, thés variés dosettes de café. Salle de bain fonctionnelle, pas d’échantillons-cadeaux, des distributeurs de savon et de shampoings. Sous le bureau, 3 poubelles. On ne gaspille pas, on trie ! Simplicité, écologie.

les maisons colorées de Reykjavik

Foss Hotel Baron est très bien situé à deux blocs de la touristique rue Laugavegur où se trouvent de nombreux guichets automatiques (commission exorbitante). La rue est bordée de jolies maisons colorées, de restaurants et boutiques pour touristes. Spécialités islandaises : plaids et couvertures, pull mousseux aux dessins géométriques, gants, bonnets, écharpes douces. Tout cela est tentant et hors de prix. Rue pittoresque, peut être un peu trop touristique. Bankerstraet qui lui fait suite se termine sur des bâtiments officiels qui m’étonnent par la modestie des proportions.

Harpa, l’opéra de Reykjavik

La grande masse sombre de l’Opéra Harpa masque la mer. A première vue, peu séduisant, polyèdre indéfinissable tout noir. Plus près je découvre les alvéoles comme celles d’un rayon de miel dont on aurait étiré la cire. Les vitres prennent une teinte différente selon l’incidence de la lumière, bleue à verte, parfois brune ou violette. A l’intérieur, je suis fascinée par les jeux d’ombre de lumière, les transparences, les rythmes de cette géométrie compliquée.

Retour à l’hôtel le long du rivage sur une piste piétonne bordée d’herbe et doublée d’une piste cyclable. La statue Sun Voyager qui brille au soleil couchant, évoque le squelette d’un drakkar ou un insecte métallique. Les nuages envahissent le ciel, la montagne Esja se laisse engloutir dans la brume. La pluie fine ne décourage nullement les promeneurs.

Sun voyager

Sur le conseil du réceptionniste de l’hôtel, je trouve le dîner au supermarché (24h/7j) dans la rue voisine : salade de pommes de terre et poisson fumé, skyr (fromage blanc). Inutile de rentrer en rasant les murs. Cela se fait ici, simplicité islandaise encore

La femme en vert – Arnaldur Indridason

LIRE POUR L’ISLANDE

 

 

Les blogueuses me l’avaient chaudement recommandé! Enfin, je vais faire la connaissance du commissaire Erlendur.

 

 

 

 

 

 

 

Rien de mieux qu’un bon polar pour entre par la petite porte, non touristique, dans l’intimité des habitants d’un pays que je m’apprête à visiter. Pas de geyser ni d’aurores boréales, mais un squelette retrouvé dans un lotissement en construction, en bordure de Reykjavik qui s’étend comme toutes les métropoles…

Pour exhumer les ossements, une équipe d’archéologues fera l’affaire afin de ne pas bouleverser la « scène de crime ». Un crime? peut-être?  Encore faudrait-il d’abord identifier la victime. 

Une rangée de groseilliers fournira le premier indice. Je prends conscience alors de la valeur des arbustes sous un climat si rude. Il y avit donc une maison, peut être plus…Erlendur remonte à la période maintenant lointaine de la Seconde Guerre mondiale, quand les armées britanniques puis américaines avaient des bases en Islande (je l’ignorais) .

Une histoire de violences conjugales fait irruption à plusieurs reprises dans le récit. Violences insoutenables. Récits difficiles à lire.

Ce n’est pas toujours une lecture plaisante, mais je suis accrochée et ne laisserai le livre (et ma chaise longue) qu’une fois l’énigme résolue. Fausses pistes, retournements de situations imprévus, des surprises.

346 pages lues presque d’un trait.

Le dernier gardien d’Ellis Island – Gaëlle Josse

J’ai du mal à chroniquer ce livre qui m’a bien plu, lecture fluide, rapide. Livre sensible; sujet qui m’intéresse beaucoup.

Cet ouvrage a pour handicap d’être venu immédiatement après Ellis Island de Pérec et Bober qui m’avait émue. Comme souvent, le roman ne tient pas la comparaison avec le témoignage, avec l’histoire et la réalité. Pérec et Bober visitent Ellis Island, traduisent le choc des souvenirs qui hantent les lieux et leur histoire personnelle.

Gaëlle Josse raconte l’histoire du dernier gardien qui  va prendre sa retraite alors que le centre d’Ellis Island va fermer. Il a vécu toute sa vie dans l’île.  Il a consacré toute sa vie à l’accueil et au tri des immigrants qui abordaient avec tous leurs espoirs le Nouveau Monde. Certains étaient retenus, d’autres refoulés. Certains étaient retenus longtemps si leur identité n’était pas clairement établie comme cet ouvrier italien qui s’est avéré être un activiste recherché, mais que le gardien a préféré libérer en feignant d’ignorer sa situation. Certains étaient renvoyés comme ce frère, un peu demeuré, qu’on a séparé de sa sœur, ou comme ceux dont la tuberculose ou tout autre invalidité interdisait l’entrée sur le sol étasunien.

Fonctionnaire consciencieux mais homme sensible aussi.

J’aurais mieux fait de commencer par le roman

la maison de Chateaubriand à la Vallée aux loups

TOURISTE EN ÎLE DE FRANCE 

maison de Chateaubriand

Comment n’ai-je jamais visité la Maison de Chateaubriand  alors que j’ai adoré son Itinéraire de Paris à Jérusalem ? et surtout si proche de Créteil!

Itinéraire de Créteil à Châtenay

A peine 20 minutes pour rejoindre la Vallée aux loups par :l’A 86, sortie 28, Verrière-le-Buisson, Chatenay-Malabry. 3 parkings : un tout petit à l’entrée de la Maison de Chateaubriand, Rue de Chateaubriand, un grand parking 161 places, Rue Jean Jaurès en haut du Parc Boisé, et un troisième près de l’Arboretum. La Vallée aux loups est un ensemble composé du Parc Boisé très vallonné plutôt sauvage mais entouré d’un grillage  de la Maison de Chateaubriand entourée elle aussi d’un parc, d’un Arboretum. Il convient donc de vérifier les horaires de chacun des accès.

Nous avons garé la voiture au parking Jean Jaurès qui correspond à l’entrée haute du parc boisé et il faut 30 minutes à pied pour rejoindre la Maison de Chateaubriand à travers le Parc Boisé (très bon fléchage vers la Maison, en revanche rien pour le retour au parking, prendre ses repères ou imiter le Petit Poucet). C’est une promenade très agréable avec quelques dénivelés.

Maison de Chateaubriand : salon de musique

La Maison de Chateaubriand est entièrement meublée. Le salon de Musique rappelle les goûts musicaux de l’auteur, le salon tendu de bleu à rayures verticales fait honneur à Madame Récamier (copie du tableau de David du Louvre ) . Si le tableau est une copie, la méridienne sur laquelle Madame Récamier est allongée est juste sous le tableau. Madame Récamier a habité la Vallée aux Loups, sa chambre à l’étage a été meublée à son goût (il s’agit d’une restauration) et il y a un joli buste en marbre.

madame de Récamier

Chateaubriand, ruiné a été forcé de vendre sa bibliothèque et sa maison en 1816.  Il ne l’a occupée que de 1807 à 1817 mais c’est lui qui a fait planter les arbres du parc. On ne trouve donc pas les pièces dans l’état où l’écrivain les a laissées…mais les souvenirs sont très parlants : copie du portrait par Girodet, exemplaire d’époque de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem, papier peint panoramique racontant ce voyage, avec les ruines grecques et des chameaux.

Chateaubriand (Girodet)

C’est une visite très agréable qu’il faut compléter par un tour dans le parc jusqu’à la Tour Velleda en prenant son temps pour admirer les arbres centenaire. Un très joli salon de thé donne sur le parc.

maison de chateaubriand (2)

De nombreuses expositions, conférences et animations sont organisées dans la Maison de Chateaubriand ou aux alentours. J’ai eu le plaisir de découvrir les paysages d’un artiste contemporain Boubounelle. Une invitation à la lecture , un brin de lecture est installée avec la plus belle boîte à livre qu’on puisse imaginer : le tronc d’un grand chêne a été creusé de niches contenant des livres à emporter ou échanger.

Boubounelle maison

L’Arboretum m’a enchantée avec ses collections de convolvulacées (plantes de la famille des liserons, ipomées et arbrisseaux que je ne connaissais pas )

convolvulacée

J’ai été surprise d’entrer dans un verger avec des meules de foin à l’ancienne. A l’origine l’arboretum était la pépinière Croux

exploitation horticole, à l’époque où l’arboriculture s’étendait au sud de Paris de Vitry à la vallée de Chevreuse(souvenir d’un voyage métropolitain dans la vallée de la Bièvre). Il réunit des  arbres tout à fait remarquables et extraordinaires comme le chêne à feuille de myrsine ou un hêtre pleureur, un charme pyramidal…Des constructions pittoresques comme une cabane, une grande glacière, un pavillon mauresque, agrémentent la promenade.

arboretum de la vallée aux loups : cabane

Il aurait fallu rester toute la journée pour profiter plus de toutes ces merveilles et  visiter la collection de bonsaïs. On reviendra!

Rosa candida – Audur Ava Olafsdottir

LIRE POUR L’ISLANDE

Ce ne sont pas des Rosa candida mais elles me plaisent!

A deux semaines du départ pour Reykjavik, je déniche dans la bibliothèque familiale Rosa candida, écrit par une écrivaine islandaise. mais chez nous personne ne l’a lu. A moi de le découvrir! Le titre me dit quelque chose, c’était un bestseller, à sa sortie(3950 lecteurs chez Babélio).

Un joli livre, une belle couverture colorée, beau papier, Zulma fait de beaux objets.

rosa candida

Lecture facile,  fluide, très fluide, je fonce sans m’en apercevoir dans le texte où il ne se passe pas grand chose, deux après midi, et c’est vite fini.

Politiquement très correct! Pas macho pour un sou, le héros!

Jardinier rêveur qui emporte avec lui des boutures de Rosa candida, une rose sans épines dans un jardin de légende merveilleux, mais abandonné, auquel il veut restaurer sa splendeur. Gentil, avec son frère autiste, lui-même très gentil, avec son père, gentil. On nage en pleine gentillesse. La maman, décédée dans un accident, était aussi une merveille, une jardinière hors pair, une bonne cuisinière.

Gentilles, les infirmières. Un modèle de tolérance, le moine. Des voisins serviables, un boucher qui donne des recettes de cuisine.

Notre jardinier se retrouve père, par inadvertance, d’une merveilleuse petite fille qui ressemble au petit Jésus des tableaux de la Renaissance… qui parle et marche à dix mois.

Un monde enchanté, mais mièvre, fade.

Pour l’Islande, encore une fois, c’est raté. Notre candide est en partance pour une contrée lointaine, non identifiée. Il traverse en Opel citron des pays flous, dans d’épaisses forêts, de pins? de chênes? de bouleaux? Le botaniste ne précise même pas!

Découverte de la paternité, de l’amour peut-être? Un amour bien tiède. Quand la mère de sa fille décide de s’en aller, il ne lui fait aucun reproche, aucune colère, il laisse faire. C’est sûr, elle lui reviendra. Dans la vraie vie cela ne se passe pas comme cela!

 

 

Les passagers du Roissy Express – François Maspéro

VOYAGE MÉTROPOLITAIN

Voyage métropolitain, parce que c’est au cours des promenades organisées par le Voyage Métropolitain que mon attention a été attirée par cet ouvrage.

Voyage métropolitain parce que François Maspéro et la photographe Anaïk Frantz ont eu l’idée de suivre le trajet du RER B (donc le Métropolitain) à raison d’une station par jour de Roissy – le terminus nord – jusqu’à Saint Rémy, en vallée de Chevreuse. Ils ont décidé de faire un véritable voyage avec bagages et visites, comme s’ils parcouraient une contrée lointaine. De la Plaine de France en Hurepoix , du 16 mai 1989 au 11 juin. Presque un mois d’errance, de notes, de rencontres, de photos racontées dans 330 pages illustrées.

J’ai lu et relu Balkans-Transit avec encore plus de plaisir à la relecture. J’ai aussi relu le Figuier ; Maspéro dont je connaissais plus le rôle d’éditeur au cours de ma jeunesse, est un écrivain que j’aime beaucoup.

Dans ce récit de voyage il raconte  leurs tribulations pour trouver un hôtel pour la nuit. Il  décrit les cités qu’ils traversent, barres et tours ou quartiers pavillonnaires avec humour et bienveillance. Ampoules aux pieds ou digestions difficiles, grèves du RER B, ou mauvaises interprétations du réseau des autobus de banlieue,  sont les pires avanies du voyages. Grande bienveillance dans la plupart des rencontres, sauf les aboiements des chiens (mais ce ne tire pas à conséquence).

Comme les touristes, ils visitent les curiosités, Anaïk prend des photos. Leur voyage suscite parfois de la méfiance « vous êtes journalistes? » « vous venez de la part de la mairie? » s’inquiètent ceux qui soupçonnent une expropriation, ou simplement gardent leur quant-à soi. Le plus souvent les rencontres sont chaleureuses. Ils sont invités à un couscous de fête, à un « banquet républicain ». Parfois, dans les bars, les propos de comptoirs dérapent en termes franchement racistes « vous voyez ce que veux dire« . C’est aussi cela la réalité de quartiers qui votent déjà Le Pen à 24% en 1989….François et Anaïk ont choisi la bienveillance et obtiennent bien des confidences.

Sociologie des quartiers :  un facteur (géographe élève de Lacoste) les pilotera grâce à sa science des boîtes aux lettres dans Sevran et la Courneuve. A Arcueil, Gérard leur racontera tout sur sa ville  : d’Erik Satie au chef gaulois Camulogène, en passant par Raspail, Ronsard et le Marquis de Sade. La maître  Yves Lacoste leur fera les honneurs de sa maison à Bourg la Reine.

Histoire aussi,  à Aubervilliers, histoire des forts et des fortifs, des ceintures militaires,  souvenirs des Prussiens et de la Commune, Laval qui fut maire, et Charles Tillon.  Drancy et la Cité de la Muette. On ne visitera pas la Basilique De Saint Denis….

Urbanisme, Delouvrier a mis de l’ordre dans les banlieues avec sont fameux plans, Roland Castro a essayer de réparer les erreurs de ses prédécesseurs et de contrer le zonage . « Haro sur le Corbu! » Me voici revenu aux préoccupations de mes Voyages Métropolitains et aux explications de Jens!

Le Voyage des Passagers du Roissy Express  a trente ans, il correspond à la célébration du bicentenaire de la Révolution qui transparaît sur de nombreuses pages : oh cette décoration du viaduc d’Arcueil que nos voyageurs ont pavoisé (un morceau d’anthologie avec le récit du banquet révolutionnaire). Tien an Men en écho des manifestations actuelles de Hongkong! L’A86 ne ceinture pas encore la petite couronne, le TGV Atlantique est encore au stade des essais. Eurodisneyland n’a pas encore triomphé. Et pourtant ce livre est d’une criante actualité. J’ai revécu notre visite à Sevran-Beaudotte, notre interlocuteur était Faouzi, pas tellement différent des animateurs et théâtreux que Maspéro a rencontré. Le discours n’a pas tellement évolué…J’aimerais reprendre notre promenade de Sevran avec le livre en main. La Courneuve et les 4000 m’ont fait penser à notre balade à Sarcelles. Le Parc du Sausset, en projet est maintenant réalisé.

Au cours de ma lecture, je remplis des pages et des pages de notes. Je recopierais tout si je m’écoutais. Surtout les passages qui m’ont fait sourire ou franchement rire. Passionnant et drôle.