Le Cercle d’Or : Thingvellir

CARNET ISLANDAIS

couleurs islandaises

Lever très tôt pour arriver au Parc National Thingvellir à la visite guidée de 10h.

Grande cohue au petit déjeuner-buffet à 7h pile. Hareng gras et gaufre (en pensant au gaufrier de Karitas). Ciel bas, sol mouillé mais pas de pluie quand nous roulons sur la route N°1 jusqu’à Mossfellbaer . On entre dans une vallée tranquille où paissent des chevaux. Je suis surprise par la présence des arbres : bouleaux, épicéas (ou sapins), pins. La silhouette tabulaire de l’Esja borne l’horizon vers le nord tandis qu’en face d’autres crêtes plus découpées se détachent. L es arbres font place à une prairie où volètent les plumettes des linaigrettes. Quelques moutons à la laine épaisse et très propre se promènent tranquillement ; on ne voit pas de troupeau gardé, des moutons isolés ou par tout petits groupes de deux, trois, quatre au maximum.

Nous sortons de la route pour faire des photos chaque fois que c’est possible surtout quand le miroir de petits lacs éclaire le paysage reflétant une lumière parcimonieuse qui filtre quand les nuages se déchirent. Contraste avec la lumière crue du temps ensoleillé des jours précédents avec des verts criards ; des bleus profonds et des maisons colorées. Aujourd’hui, les sommets mauves se détachent à peine sur le ciel embrumé, les végétaux se mêlent dans un camaïeu beige, orangé, rose bruyère, mousses et lichens gris formant une sorte de tweed aux couleurs douces un peu automnales.

Thingvellir : la faille Almannaja

A mesure des arrêts, les autres touristes nous ont rejoint, la circulation se densifie aux abords du Parc de Thingvellir.  Le parking du Centre d’Information se trouve après la flèche Almannagja qui est le nom de la faille : un fossé, presque un couloir matérialisant le Rift médio-océanique séparant les plaques tectoniques Nord-Américaines et Eurasiatique.

Le parking est payant, par Carte de Crédit ; pas moyen de payer cash, ce n’est pas prévu. Pour les handicapés, c’est gratuit, mais impossible de s’enregistrer. Pas un être humain à l’horizon. Une caméra électronique scanne les plaques des véhicules sortants. J’enrage ! le caissier du magasin de souvenirs (il reste quand mêmes quelques humains) me promet « d’introduire le numéro d’immatriculation dans le système ».

Thingvellir une eau transprente

Le rendez-vous de la promenade guidée est le parvis de la minuscule église de l’autre côté de la faille et de la rivière Öxara. Autour de l’église, deux cimetières, l’un pour les fermiers locaux, l’autre est offert aux « héros nationaux », seulement deux poètes y reposent, les autres héros préférant le caveau familial. La petite église est joliment décorée : un tableau sur bois représente la Cène, la chaire est peinte, les bancs en bois. Qui sont donc les paroissiens ?

Le guide Scott (écossais ?) est un puits de science.

« Qui a lu les sagas islandaises ? « Demande-t-il en introduction. Passées les premières pages ennuyeuses, ce sont des chefs d’œuvre de la littérature avec toutes les composantes d’un roman d’aventure et d’amour. Ces sagas racontent les premiers temps de la colonisation. Toutefois, une lecture critique s’impose ; elles ont été rédigées au 12èmesiècle, 3 siècles après les faits (comme l’Iliade longtemps après la chute de Troie). Les auteurs des sagas étaient chrétiens tandis que les héros adoraient Thor et Odin. Il ne faut pas les lire comme des témoignages véridiques puis 930, plutôt comme des œuvres littéraires. Cependant, les indépendantistes islandais s’appuyaient sur ces textes comme sur des vérités historiques. Tout ce qu’on sait sur l’Althing, le Parlement qui se réunissait depuis 930 pour légiférer était aussi un tribunal. La date est acquise avec certitude d’après les cendres volcanismes.

« Pourquoi les Vikings ont-ils colonisé l’Islande ? » demande le guide aux touristes qui soulèvent différentes hypothèses. Pour chercher des terres : la Norvège montagneuse est pauvre en terres cultivables et on voulait éviter de diviser les domaines ; les cadets s’embarquaient pour des raids ou pour des conquêtes ; ils ont ainsi fondé Dublin, se sont installés en Angleterre et en Normandie. D’autres possibilités sont évoquées : les drakkars avaient atteint un tel niveau qu’ils pouvaient envisager des navigations lointaines, ils sont arrivés au Groenland et en Amérique. Viennent d’autres raisons, certaines farfelues comme la poursuite des morses pour l’ivoire.

magie ou science : l’eau quuine gèle jamais

Un petit pont enjambe une crevasse remplie d’une eau couleur menthe glaciale « Que remarquez-vous ? » – la transparence et de nombreuses pièces de monnaie. Le premier à jeter une pièce fut le Roi du Danemark en 1907 ; à l’occasion, on construisit ce pont pour son automobile – la première en Islande. Cette eau a une propriété étonnante : elle ne gèle pas alors que la rivière et le lac gèlent en hiver. La transparence s’expliquerait par la percolation sur d maintenant la température constante à des kilomètres : l’eau du glacier serait filtrée en passant à travers des roches poreuses. La porosité retiendrait l’air, un bon isolant, maintenant la température constante à 3°C tout au long de l’année. Les Islandais, du temps des sagas avaient sûrement attribué ce phénomène à de la magie, aux esprits des lieux, dieux ou elfes.

C’est d’ailleurs à proximité, sur un triangle herbu que se prononçaient les jugements du tribunal.

« Et où est donc le Lögberg où se réunissaient les 48 chefs pour édicter les nouvelles lois ? »

Un drapeau islandais flotte sur une estrade, marquant l’emplacement officiel. Ici fut prononcée l’indépendance de l’Islande le 17 juin 1944.

L’Althing

Thingvellir: lieu de l’Althing; les touristes sont nombreux mais au temps de l’Althing la foule devait être encore plus dense

Selon, le guide, l’emplacement aurait été choisi en fonction des conditions climatiques, à l’abri les jours de grand vent. Il faut imaginer une foule, chaque chef de tribu venait accompagné de sa suite, épouse, enfants, esclaves. Cette foule campait pendant deux semaines autour du solstice d’été. On dressait des abris avec des murets de pierres recouverts de tissus ; Au début ce parlement fonctionnait comme une république ; on élisait un secrétaire pour la durée de la session ; il devait mémoriser les textes de loi en les chantant mais cette fonction ne lui donnait aucun pouvoir le reste de l’année. Le guide nous fait revivre l’esprit de ces réunions ; il cite les noms de nombreux chefs que je suis bien incapable de transcrire ici. Les noms Islandais sont vraiment impossibles, il existe mêle deux lettres mystérieuses que je ne sais pas vocaliser avec exactitude. Tout cela me donne une furieuse envie de lire les sagas.

Thingvellir : côté lac

Vers midi, le temps se gâte, une pluie fine commence à tomber qui ne m’empêche pas à redescendre dans la faille par un accès moins fréquenté et chercher Oxarafoss, la cascade. C’est à la deuxième tentative à partir d’un autre parking que je la trouve ; la machine du parcmètre est détraquée, il faut voir le désarroi des touristes ! pour la cascade : suivre un chemin de planches glissantes sous la pluie. C’est une belle cascade, notre première, nous allons en voir d’autres !

oxarafoss

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « Le Cercle d’Or : Thingvellir »

  1. C’est quand même très agaçant cette disparition des humains dans des endroits où ils seraient pourtant indispensables ! Je dois faire un effort à chaque fois pour me mettre dans la tête que l’Islande n’est complètement indépendante que depuis 1944.

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    1. L’Islande pays moderne et connecté remplace par des écrans les personnes, résultat, les touristes sont entre eux livrés à eux mêmes j’ai rencontré beaucoup plus de Japonais que d’Islandais; c’est frustrant!

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  2. Karitas, tu en parles beaucoup. Le nom me disait quelque chose et puis je me suis souvenue du roman que j’ai lu il y a quelques années; très intéressant d’ailleurs avec des personnages hors du commun et une foule de détails sur la vie des gens humbles à cette époque. Il faudra que je le relise si je vais en Islande. Alors quand te mets-tu à la lecture des sagas médiévales ?

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