« Je lisais un livre où un vieil homme s’invente un fils. C’est un menuisier et il le fait en bois. Il aimait l’idée qu’on l’appellerait papa. »
Evidemment, on pense à Pinocchio… Dans la maison qu’il a construit de ses mains, le narrateur, Erri de Luca, allume un bon feu de bois et va passer la soirée en compagnie de ce fils inventé. Il va lui raconter sa vie, ses parents, ses expériences de militant, d’écrivain. Confidences intimes, transmission de ce qu’un père aimerait passer à son fils, à la génération suivante…
« Être avec toi, fils, me retire du passé. Tu me fais déboucher dans le présent d’un soir réchauffé par le bois de mimosa, qui pousse tout seul dans le champ. »
Et la lectrice est ravie d’être dans la confidence, de découvrir les secrets d’un de ses auteurs favoris, qui monologue, puis dialogue puisque ce fils inventé lui répond :
» Tu te résumes ainsi : révolutionnaire, ouvrier, émigré, dans le sillage des dernières guerres sur le sol d’Europe. Tu as voulu avancer de cinquante ans ton acte de naissance. Je préfère les histoires de tes parents, elles sont sans intention, aucun signe à discerner, agrandir, souligner. Bref, leurs histoires »
Imaginer ce qu’on a l’habitude de nommer les « années de plomb » qu’Erri de Luca nomme par son nom Lotta Continua, années de militance, établissement en usine, clandestinité et prison pour certains, parenthèse qui n’est toujours pas refermée pour d’autres (Battisti).
Et bien sûr, imaginer le travail d’écriture de l’écrivain et toutes ses lectures…
« Je pratique des abstinences littéraires de grandes signatures du XXe siècle. J’ai abandonné Joyce, Beckett, Musil, Brecht, Sartre dès les premières pages.
Je crois que seul Borges est obligatoire »
L’imaginer à Sarajevo, à Belgrade :
« Cette nuit est irréparable : tu citais Ossip Mandelstam dans la chambre de l’hôtel Moskva à Belgrade. »
Retrouver ses ouvrages comme Montedidio…retrouver Naples, le meilleur d’Erri de Luca, selon moi, est à Naples. Naples qui’l connaît, ou l’éruption du Vésuve que lui a raconté sa mère…
« Mon fils, il s’agit purement et simplement de mots, mis à la file comme les fourmis. Leur tanière est le vocabulaire. Ils peuvent transporter une charge supérieure à leur poids. Tel est le prodige qui touche ceux qui lisent les livres des littératures. Ils voient que les mots peuvent tout décrire. »
J’ai envie de tout surligner, de recopier toutes les citations que j’ai choisies.
Et puis, toujours ce jeu que je pratique à chaque lecture : chercher l’énigme qui se cache sous le titre. Et je l’ai trouvée! p. 120 :
« J’ai un corps et j’ai joué au jeu de vivre dedans. Quel jeu ? Le jeu de l’oie. On lance un dé et on se déplace dans un circuit en spirale »
Le jeu de vivre. Qui lance le dé?
A vous de le lire, de le découvrir, tant de belles surprises et tant de poésie
Le volcan Arenal photographie prise lors de la promenade sur la coulée de 1968
7h , nous sommes sur pieds pour téléphoner à Toyota pour savoir où est la voiture de remplacement qui vient d’Alajuela. Le chauffeur pense arriver à 8h30, inutile de décommander Mistico (la société des « hanging bridges« ).
Petit déjeuner très réussi, assiette de fruits tropicaux, riz et haricots bien parfumé, omelette, bananes cuite, une petite crêpe.
Petit dejeuner typico
8h45, Toyota est coincé dans un embouteillage, le réceptionniste appelle Mistico pour remettre l’excursion à demain. Heureusement le ciel est dégagé, le volcan magnifique.
10h, Toyota arrive avec la nouvelle voiture.
Parc Arenal (15$) .
volcan Arenal et coulée
Promenade de 2h jusqu’à la coulée de 1968. Le volcan Arenal resté endormi 2000 ans, s’est réveillé en 1968 : 2 émissions pyroclastiques ont enseveli plusieurs villages . Depuis, plusieurs épisodes éruptifs ont eu lieu, le dernier en 2010. La coulée de 1968 commence à disparaître sous la végétation tropicale.
Le sentier sablonneux a été soigneusement ratissé, pas une feuille morte, pas un caillou. On se croirait dans le parc d’un château. Il traverse d’abord des cultures traditionnelles, bananes, canne à sucre arbres fruitiers, plantés pour l’édification des touristes pressés. J’ entre ensuite dans la forêt, bien dense et sombre où la température est agréable, mais peu mystérieuse. Pas d’animaux en dehors de deux oiseaux bleus au plumage métallique et de nombreux lézards ressemblant à nos lézards européens. Alonzo repérait les animaux à l’ouïe. Je n’ai pas l’oreille « musicale » , je ne reconnais rien. De temps en temps, je m’arrête et scrute le mouvement des branches. Rien ! Le sentier contourne un étang, le barrage fut formé par la coulée.
orchidée sauvage sur le flanc du volcan
Je monte à flanc de montagne, randonnée facile avec des marches dans les roches. Au Cap Vert ou aux Canaries, les coulées récentes ressemblaient à des surfaces labourées par des charrues monstrueuse. Sous le climat tropical humide la végétation a tôt fait de les masquer. Les arbres sont encore de taille moyenne, pas de géants comme dans la forêt pluviale. En l’absence d’un guide, je n’identifie pas les essences. Je m’arrête pour photographier des orchidées blanches. Plus je m’élève, plus les rochers sont visibles, andésite grise dans la pouzzolane rouge.Le couvert végétal s’éclaircit, le sommet surgit, les coulées récentes sont bien visibles. Belle promenade peu aventureuse.
Dominique a exploré en voiture les environs de l’hôtel qui n’est pas isolé comme on pourrait le croire mais entouré d’autre établissements cachés dans la verdure. Deux kilomètres plus loin, il y a un village : El Castillo avec des supermarchés, des cafés, des hôtels plus modestes et des restaurants.
Casado del Tico
Le Chilat Restaurant : est tout simple. 4 tables en terrasse, des plantes grasses dans des pots.Une famille nombreuse costaricienne sont venus déjeuner et un couple de touristes. la serveuse est charmante- service en Espagnol, prix en colones. Le menu est varié : restauration rapide avec des tacos ou du poulet frit, ou cuisine traditionnelle. Dominique choisit du riz au crevettes délicieux et moi le Casado del Tico : un filet de tilapia frit, un petit dôme de riz blanc, des haricots rouges, des bananes mures caramélisées et de la salade verte avec des cœurs de palmier et de la salade verte. Avec le vin 16.000colones (26$).
Serre des Papillons
Morpho
Pour 15$, on pourrait passer un bon moment à voir les collections d’insectes dans des boites, à suivre le sentier dans la forêt pluviale ou à noter les indications botaniques très détaillées. Comme je ne dispose que de peu de temps avant la fermeture (16h) je me contente des « serres » des papillons. Certaines chenilles sont élevées à l’extérieur dans des gros manchons de gaze directement sur les plantes. Elles sont vraiment grandes et voraces.
On entre dans les serres par un sas de tissus. Dans le premier enclos une dame anglophone guide les visiteurs en montrant les plus beaux spécimens, les feuilles sur lesquelles les papillons ont pondu. La vie d’un papillon adulte a une durée variable, quelques semaines pour certains, quelques mois pour d’autres.Dans ce milieu de vie idéal (température, hygrométrie, lumière et nourriture) ils vivent longtemps et se reproduisent. Un biologiste vient de San Jose pour déterminer le nombre de papillons à libérer dans la nature, les échanges possibles avec d’autres fermes de papillons. Trois « écosystèmes ont été recréés : le premier ensoleillé avec beaucoup de fleurs pour des papillons jaunes, tigrés et l’énorme papillon aux ailes ocellées qui imitent une tête de serpent. La serre suivante, plus ombragée est celle des Morphos, aux ailes bleues qui se regroupent sur des coupelles où il y a des fruits (bananes, pastèques) dont ils butinent le jus sucré. Les Morphos sont fascinants. La couleur des Morphos ne correspond pas à un pigment mais à un phénomène optique (je me souviens avoir eu à la fac au cours de Monsieur Françon un problème de calcul de la longueur d’onde avec des interférences lumineuses). Certains se posent sur moi.
Papillon aux ailes transparentes
Dans la troisième serre volent de curieux papillons aux ailes transparentes soulignées par une sorte de cadre fin, noir comme un fil de fer qui borde des ailes si fines qu’on voit la feuille ou la fleur au travers.
Au lieu d’écouter sagement les explications de la dame je me mets en tête de faire des photos avec le Lumix de Dominique. Photographier un papillon est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. A peine ai-je réussi la mise au point, que le papillon s’envole, ou bat des ailes au mauvais moment. Le résultat est flou. Le Lumix se bloque inexplicablement. Sur l’écran de contrôle, le papillon est net, par miracle il est tranquille, mais le déclencheur refuse de fonctionner. Les gestes sont très différentes avec le compact et le reflex. Il faut jouer avec la bague. Ce nouvel appareil est très sensible : l’écran est tactile et il y a toutes sortes de boutons mystérieux dont j’ignore l’usage. J’ai dû effleurer une de ces touches inconnues ou une zone de l’écran sensible. En tout cas, tout est bloqué. Je reprends le Coolpix qui prend des photos de qualité moindre mais qui m’obéit. On arrive quand même à la voir mais pas à faire de photo
La grenouille aux yeux rouges
. La plus venimeuse Dendrobates auratus verte et noire un peu zébrée, est aussi dans l’ombre.
La visite dans les serres a duré plus de temps que prévu. Je rentre directement à la voiture. En chemin, j’essaie de visionner les photos prises avec le Lumix : Rien ! mais plus rien du tout ! Toutes les photos de voyages apparaissent sur l’écran de contrôle avec une vignette bleue et un point d’exclamation. Illisibles. Elles sont pourtant présentes puisque le numéro de la photo suivante est 88. Aurais-je effacé par mégarde 87 photos dont le film avec l’iguane de Dominique, tous les oiseaux de Pedacito de Cielo.J’en pleurerais, d’autant plus que ce ne sont pas mes photos mais celles dont Dominique est si fière. Je passe le reste de la soirée à regarder les forums sur Internet pour savoir si on peut les récupérer. Il y a tant de photographes au Costa Rica que j’espère avoir des conseils. Je monte à la réception. Il semble que la situation ne soit pas désespérée. On me conseille d’aller voir le photographe de La Fortuna lundi.
Exposition temporaire du 20 mars au 1er juillet 2019
ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS
Plus qu’une exposition d’Arts Plastiques, c’est un parcours historique en deux volets : L’ART DANS LA VIE (1917 -1929) qui montre comment les artistes se sont portés volontaires au service de la Révolution pour mobiliser les masses. Délaissant l’art formel et figuratif, ils décorent le train de l’Agitprop, inventent de nouveaux motifs qui’ls répandent dans les rues par des pochoirs ou des affiches
pochoir-fenêtre RostaPour que le prolétaire distingue ses ennemis de ses amis
Tous les arts se conjuguent pour l’éducation du peuple : le théâtre et la danse.
Sont exposés des décors, costumes, ainsi que des vidéos et des films : la Biomécanique est une sorte de danse ou de gymnastique qui « transforme le corps en outil de travail puissant ».
Plusieurs pièces sont ainsi présentées comme Le cocu magnifique(1922), La Punaise (1928) de Maiakovski, satire de l’esprit petit-bourgeois, Je veux un enfant (1926) de Tretiakov fait frémir : il transpose les principe de la sélection des agronomes dans la reproduction humaine, eugénisme ayant pour slogan « un enfant sain est un futur bâtisseur du socialisme ».
Un troisième axe est : Réinventer les objets du quotidien
pour jouer aux échecs
les motifs de tissus ou de papier peint intègrent les nouvelles idées comme cet imprimé avec des locomotives ou le bleu avec des bateaux
De nouvelles techniques apparaissent comme les photomontages
photomontage
La peinture traditionnelle n’est pas oubliée mais d’autres sujets sont traités :
Le bolchevik
Des peintres de toute l’Europe et du monde entier, sont invités et illustrent des sujets révolutionnaires
Eric Johnsson (Suède) En bas on a faim, en haut on s’empiffreMalevitch
On est loin de l’école de Vitebsk (exposition Centre Pompidou l’an dernier). Malevitchen 1930 est arrêté.
Une série de films d’une très grande beauté plastique célèbrent les récoltes, ou la construction de 40 centrales électriques, ou les machines à écrire. Il faut prendre le temps de s’asseoir et de les regarder. Ces films montrent mieux que les œuvres picturales la vie en Union soviétique.
A l’étage, la seconde partie de l’exposition : VERS LE RÉALISME SOCIALISTE (1929 – 1940)
Malevitch
Staline en 1929 a concentré les pouvoirs, les groupes artistiques sont dissous en 1932. En 1934 Jdanov théorise le Réalisme soviétique qui doit dépeindre un idéal futur « travail de remodelage idéologique du travailleur » . On assiste à un retour du réalisme.
Au cinéma : retour des films avec une intrigue. Certains montrent les procès staliniens : Le Tribunal du Peuple, glorification du Canal de la mer blanche creusé par les prisonniers du goulag en rééducation.
livre caviardé
Dans la peinture on exalte la vigueur physique : expression du volontarisme sans limite du Stalinisme.
Le bain des Marins de la Flotte Rouge
Komsomol militarisé
On rêve la ville stalinienne avec gratte-ciel, et métro monumental. L’exposition présente les plans de construction de la station Arbat. Les Constructrices du métro sont à l’honneur
Constructrice du métro avec une perceuse
On peint un avenir radieux
Lénine conduit des enfants
la dernière salle est décorée par des peintures historiques complètement kitsch représentant le cercueil de Lenine, Staline….et des films sont projetés à la gloire de Staline.
Nous sommes restées plus de deux heures tant il y a de documents à voir et de films à regarder. J’en garde une impression mitigée d’un monde disparu, presque aussi loin que celui de Toutankhamon, histoire révolue? Pourtant il n’y a pas si longtemps il ‘était riche de symboles et de références que nous connaissions bien et que nous utilisions.
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Nous connaissons la piste jusqu’à Pital où nous trouvons la Route 4 qui est une voie rapide et que nous quitterons au pied du volcan à La Fortuna.
Monoculture des ananas autour de Pital et deux usines agroalimentaires.
Champs d’ananas près de PItal
Conserves ou jus ??
Nous remarquons les interdictions d’entrer, aux piétons, femmes enceintes et les grands panneaux destinés à avertir les populations des dates et heures de début et fin d’épandages ou de pulvérisations
Deux modèles coexistent au Costa Rica : l’agriculture industrielle avec tous les phytosanitaires (le Costa Rica champion du monde des phytosanitaires avec 51kg/ha en 2012- 4.4kg en France) une production record de 70kg/ha pour la variété Sweet de Del Monte contre 35kg en moyenne en Afrique. Les données qui circulent sur Internet vous dégoûteraient des ananas. Les articles les plus alarmants datent de 2012, optimiste, je cherche des données plus récentes, peut être corrige-t-on la tendance ? Rien ne vient me conforter, encore moins le documentaire de la 5 qui est de l’an dernier. Pollution des eaux, ruissellement, contaminations de l’air respiré, l’ananas est vraiment une catastrophe. Stérilisation des sols et déforestation. L’image « verte » du Costa Rica en prend un sérieux coup.
L’autre modèle promu par le secteur de l’Eco-tourisme vante le Costa Rica comme un exemple avec ses parcs nationaux ou ses réserves privées qui couvrent plus d’un quart de la surface, la biodiversité extraordinaire qu’on s’attache à préserver. Les efforts pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles font du Costa Rica un pionnier. Cette image écolo a été la motivation première de notre voyage. Voyage onéreux, mais un écotourisme de qualité cela se paie !
Les deux revers de la médaille peuvent-ils s’équilibrer ? Le côté vertueux l’emportera-t-il sur le côté toxique ?
Volcan Arenal
Plus loin, les ananas disparaissent. Manioc, vergers de papayes élevage bovin alternent. A l’approche du volcan Arenal, c’est une autre floraison le long de la route : celle des panneaux publicitaires géants des Zip-lines (tyroliennes), ponts suspendus, bains thermaux, et autres attractions touristiques. Autant le tourisme que nous avons rencontré précédemment était discret, diffus, respectueux du paysage, autant le volcan draine une clientèle de « tourisme d’aventure » commercial et d’échelle industrielle, et agressif. Les énormes panneaux de taille américaine rédigés en anglais vantent un « skydream » où une jeune blondinette casquée fonce sur nous, un téléphérique promet des sensations extraordinaires….Il faut réserver « online », les prix en $ s’envolent comme les machines volantes. Ici, le touriste va se faire plumer ! Rien qui me rappelle la gentillesse de Marcos et de Hugo. Ici, tout est payant et cher ; Les entreprises rivalisent d’imagination pour un « chocolate-tour », ou une « coffee-experience » à réserver en ligne et payer d’avance avec la carte de crédit. L’entrée des bains thermaux est celle d’un restaurant XXL . A La Fortuna, restaurants italiens, Pizza-minute, McDo ou KFC se font remarquer par des enseignes géantes. Ce tourisme ne me convient pas. Le moral est en berne. Au moins, le respect de l’environnement commanderait de réduire la taille des panneaux qui éclipsent la silhouette du volcan.
L’Hôtel Linda Vista mérite son nom ! Il est situé sur une colline dans la campagne à une vingtaine de km de la Fortuna, près du village d’El Castillo et lion de toute cette agitation mercantile. Face au volcan, proche du Lac Arenal l’hôtel est composé de plusieurs bâtiments d’un étage, dispersés sur une pente très raide plantée de fleurs merveilleuses. Les allées sont cimentées si bien que la voiture arrive à proximité de la chambre et que le parking est proche. Le check in est à 14h, comme nous sommes arrivées à midi, je patiente dans la plus jolie piscine bleue qui soit, avec vue sur le volcan. En forme de haricot, mosaïque bleu profond, des animaux de pierre crachent de vins jets d’eau. Un jacuzzi rond est accolé au bassin. Comme la piscine est un peu petite pour faire des longueurs, je nage autour, oubliant dans l’eau fraîche mon poignet endolori qui semble se libérer. Tellement oublié que je trébuche en marchant sur mon paréo et que je me rattrape avec ma main droite. Rappel douloureux ! Le jacuzzi est chaud ! Le volcan l’a chauffé. Peut être les bulles sont-elles naturelles ? Nouveau plongeon dans l’eau fraîche.
Linda Vista : piscine vue de la salle du restaurantLinda Vista piscine vue de la salle du restaurant
Le restaurant est au-dessus de la piscine. Ce n’est pas le point fort de Linda Vista ; Décor cantine, une carte limitée et très chère mais la salle à manger a une vue exceptionnelle sur le volcan et le lac. Le soleil égaie le paysage mais un nuage est accroché au sommet. Déjeuner léger, il est 14 heures et on n’a pas très faim je commande un ceviche : poisson cuit dans le jus de citron vert, délicieux avec de la coriandre servi avec des galettes de plantain sèches.
Nous sommes logées dans une « Mastersuite » immense avec deux lits kingsize, deux bureaux curieusement adossés à l’arrière du bois de lit, un frigo (chic, on va boire frais !) amis surtout une immense baie vitrée qui s’ouvre sur une terrasse, fleurs rouges au premier plan et le volcan Arenal en face !
mastersuite!
L’après midi passe vite entre installation et réservation de l’excursion de demain. Au bout du terrain de l’hôtel, un sentier descend par un escalier dans la forêt. Après une dizaine de mètres, me voilà perdue dans la jungle avec tous les bruits mystérieux, les lianes et les ruisselets qui dégoulines des pentes ; Une boule de fourrure rousse déboule presque sous mes pieds et grimpe sur un tronc, puis d’autres. Ils sont tous à me regarder avec leurs yeux ronds bleus, bien en face. Leur museau pointu est bordé de blanc. Je n’en mène pas large. Qui sont ces mammifères inconnus ? Sont-ils méchants ? Je n’ose pas avouer que j’en ai peur ; vont-ils me sauter dessus ? Au retour, je demande le nom de ces animaux : coatis, pizote , en Espagnol. On m’assure qu’ils sont plutôt familiers et qu’ils recherchent la nourriture que certains touristes leur donnent ; Je regrette d’être partie sans appareil poto.
Pour dîner, Dominique essaie de démarrer la voiture. Impossible. Deux hommes portant une matraque et une lampe torche de la taille d’un bazooka (sans doute les gardiens de l’hôtel) ne savent pas plus que nous la remettre en marche. « si elle n’était pas automatique ! » soupirent-ils. Combien de fois ai-je démarré ma 2CV dans une pente, et de la pente ce n’est pas ce qui manque !
Seul recours : Toyota. Le réceptionniste très aimable téléphone. L’agent Toyota m’assure qu’ils viendront demain changer la voiture. Arriveront-ils à temps pour que nous puissions partir pour l’excursion aux Ponts suspenduspour laquelle nous avons payé 71$ par Carte Bleue ?
C’est toujours avec plaisir que je me promène dans Athènes,à pied, virtuellement ou en lisant. Les romans policiers sont souvent le meilleur moyen de pénétrer dans des lieux où la touriste (même curieuse) n’oserait jamais entrer. J’ai donc coché avec conviction la case de la liste de la Masse Critique de Babélio et me suis réjouie de recevoir ce cadeau de la Maison d’Edition Monemvassiadont je suis très curieuse de connaître les ouvrages.
L’éditeur note dans le sous-titre :
MAIN BASSE SUR ATHÈNES Un thriller politico-social dans l’Athènes de la crise
Dans le 4ème de couverture, je trouve la définition de la Gentrification :
« opération immobilière consistant à chasser les pauvres des centres-villes par des procédés plus ou moins licites, puis à rénover leurs logements avec l’aide de l’Etat, pour les revendre beaucoup plus cher »
J’aime Athènes, le sujet m’intéresse, voilà qui devrait me plaire! Un bémol cependant : je n’aime pas les voitures, ni celles de collection, ni celles qui sont puissantes, ou chères….je préfère de loin marcher où prendre les transports en commun. Toute la partie mécanique, voiture de prestige ou courses de moto, m’ennuie prodigieusement.
En revanche, toutes les manœuvres pour capter les investisseurs étrangers, fussent-ils mafieux laissent au romancier place à toutes sortes de manipulations, coups tordus et rebondissements qui sont les ressorts d’un bon thriller. La dénonciation du racisme, des sentiments anti-migrants est toujours saine.
Une lecture distrayante, même si je ne ferai pas d’infidélités au Commissaire Charitos de Petros Markaris qui a nettement plus d’envergure.
Réveil à 5h. Dès que le jour se lève je retourne observer les oiseaux sur le perchoir avec le nouvel appareil photo Lumix. Déception, pas de bananes, pas d’oiseaux ! Hugo passe je lui réclame les bananes. Les oiseaux se précipitent dès qu’il les a fixées au support. Minuscule oiseau bleu métallique coiffé d’un « chapeau blanc, ailes noires barrées de blanc. Je m’entraine à les décrire pour les retrouver plus tard ; nous aurions dû acheter le guide des Oiseaux du Costa Rica que tout le monde emporte ici. Puis un oiseau turquoise à tête noire, vert, gris bleu plus clair… Les petits oiseaux se dépêchent de picorer avant que la troupe des plus gros n’arrive ; Un groupe de 4 ou 5 perroquets chasse les petits. En les suivant des yeux, le les découvre à proximité, surveillant le départ es concurrents. Dans la catégorie « moyen » je reconnais le pic épeiche à tête couronnée de rouge,
L’écureuil sur l’arbre à soie
Tout en déjeunant, nous surveillons les écureuils sur l’albizia rose, sautant de branches en branches et disputant les bananes aux perroquets, hier. Ce matin, point de bananes, point de perroquet. L’écureuil snobe le régime qui reste d’hier et préfère s’intéresser aux fleurs de l’albizia formées de soies roses et blanches entourant les nectaires. Hier un colibri les avait butinées. L’écureuil arrache une fleur avec ses dents, la prend dans ses petites mains, la suce goulument et rejette étamines et pétales
Un peu plus loin, dans un grand arbre au-dessus du fleuve, une troupe de singes-hurleurs. Par hasard, je jette un coup d’œil au perchoir devant la porte. Un toucan s’est posé et se régale. Quelle merveille !
la lagunela lagune
Nous retournons à la lagune. Un sentier permet de faire le tour de l’étang, promenade facile. Nous nous installons sous l’auvent, ravies du calme et de la beauté de l’endroit pour écrire. Nous suivons les ébats des jarandas, si petits mais si bruyants qui nous offrent le spectacle de leur danses ailes jaunes déployées.
l’iguane
A midi, au restaurant de l’hôtel, on a le choix entre sandwich et hamburger. Ce dernier est parfait, il ne manque ni la salade, ni la rondelle de tomate, ni la rondelle de cornichon américain. Un iguane magnifique s’installe sur une branche. J’ai juste le temps de courir à la chambre chercher le Lumix qu’il est maintenant sur l’Albizia près du régime des bananes, fascinant !
Alonzo de service à table, propose une balade en canot sur le San Carlos. Deux couples se sont inscrits, Hugo est le guide. Nous le connaissons déjà : c’est lui qui distribue les bananes aux oiseaux le matin, qui soigne le jardin. Plus tard, il nous racontera qu’il travail à Pedacito de Cielo depuis 16 ans. Au début, pour la construction des bungalows, puis à la réalisation du jardin. Il accompagne les touristes dans la forêt pluviale et c’est le capitaine du bateau à moteur. A Pedacito de Cielo, le personnel est polyvalent, Alonzo guide dans la forêt et sert à table ; Marcos, le patron fait les comptes, l’accueil, mais ne dédaigne pas d’apporter à manger. Quant aux femmes, elles sont reléguées à la cuisine et au ménage. Ecolo, mais pas féministe.
Héron bleu sur la berge du san Corlos
Hugo répartit les passagers pour équilibrer le bateau. Il va faire des zig-zags à gauche et à droite pour nous faire rencontrer les animaux. Il parle un curieux mélange d’espagnol et d’allemand. Rechts et Links remplacent bâbord et tribord. Il emploie une curieuse locution « imbassa » jusqu’à ce que je comprenne « Im Wasser ». Le Spanglish de Marvin était familier, le Spandeutsch l’est moins. Il semble que les Allemands soient nombreux dans la clientèle de Pedacito. C’est quand même l’Espagnol correct d’Alonzo que j’ai préféré !
Rencontre avec des Martins Pêcheurs, le grand plein de couleurs avec son aigrette hérissée, et un autre plus petit plus terne dans les tons gris, les deux ont un bec pointu et une silhouette bien reconnaissable.
Héron-tigre
Hérons : plusieurs espèces, le petit héron bleu, le grand héron bleu, les aigrettes blanches qui accompagnent le bétail. La vedette est le Héron-tigre (déjà observé à Tortuguero). Ce dernier fait un véritable défilé, une démonstration en étirant haut son cou pour exhiber ses rayures verticales qui lui ont valu son nom. Il existe aussi un petit héron nocturne, impossible à deviner dans les arbres où il dort, sauf avec l’expérience et l’acuité d’Hugo qui arrête son bateau jusqu’à ce que tous l’aient bien vu et que les photographes aient réussi leur photo.
La photo est pour moi, source de frustration. Les autres possèdent de beaux reflex avec des zooms très puissants. Avec le Coolpix compact, je n’arrive à rien, d’ailleurs je n’essaie même plus. Quand l’oiseau est dans les branches la mise au point automatique se fait sur les feuilles nettes avec l’animal flou. J’aurais pu emporter le Lumix neuf, mais je ne l’ai pas en main.
Vers 17h au retour, les hérons diurnes s’installent dans les dortoirs tandis que le héron nocturne se réveille.
Crocodiles
crocodile
Les autres stars de la croisière sont les crocodiles qu’Hugo nomme cocodrilo (c’est le nom espagnol). Ils se prélassent sur les bancs de sable. Au début j’ai eu du mal à les repérer, je croyais voir des rochers. Je suis surprise de leur promptitude à décamper. Je n’aurais jamais imaginé qu’un animal aussi immobile soit capable de rapidité. Pour les photographier il faut réagir très vite, ils rejoignent très vite l’eau où seuls, yeux et narines sont à l’air libre. Au début je compte les crocodiles, 6, 8 puis je perds le fil du décompte.
Hugo débusque un Basilisc (Basiliscus basiliscus) de belle taille, appelé ici Lézard Jésus Christ.
Basilisc vert : lézard Jésus christ
Une troupe desinges-hurleurs nous offre un divertissement de choix.
Il ne faut pas oublier les arbres magnifiques, une ceiba (fromager) tout à fait monumental à côté d’une petite scierie, un autre portant une belle ramure qui domine le San Carlos.
Ceiba – kapokier
Du bateau, on voit surtout de l’élevage : vaches accompagnées des aigrettes, un taureau noir énorme, des buffles. Hugo nous montre les embarcadères pour le bétail qui passe d’une rive à l’autre sur des bacs. Les barrières métalliques forment un couloir pour les vaches. Tout en guettant hérons et crocodiles, nous arrivons au confluent du San Carlos sur lequel nous naviguons et du fleuve San Juan qui forme la frontière du Nicaragua. Hugo nous a demandé d’écrire nos numéros de passeports, noms et adresses pour le poste frontière. Le passeport est inutile puisque nous n’aborderons pas au Nicaragua. Le dernier village costaricien a des maisons de bois, le poste frontière est une baraque avec un drapeau. Nous accostons sur un ponton de bois avec quelques marches branlantes Nous sommes accueillies par un petit homme très jovial dont la longue chevelure est retenue en un chignon sur la nuque, son T-shirt est décoré au motif de feuilles de cannabis sur un pantalon baggy. A chacun, il serre la main (ouille ouille ouille, mon poignet !) IL se présente « Ruben ! ». Il nous fait visiter son royaume : bar et hôtel. Sur les murs, chacun a inscrit à la craie son nom et son pays d’origine, tagué un peu n’importe quoi. Ambiance très cool, souvenir hippie. On nous invite à essayer les hamacs. Sur une étagère, parmi les livres que les voyageurs ont abandonnés, je trouve une traduction espagnole de Pierre Bourdieu. Les voyageurs sont ils des intellos ou des ethnologues ? Nous commandons tous la spécialité de la maison : un jus ananas-fruit de la passion, les filles un verre d’eau et les hommes des cafés passés à la chaussette. Le jus est servi dans une grande coupe, la paille est une tige creuse de papayer. Nous sommes en terre écolo !
Bananiers sur les bords du San Carlos
Selon Hugo, le San Carlos, prenant sa source près d’Arenal (142 km dont 60 navigables) était autrefois la seule voie de transport. On pouvait utiliser le San Juan jusqu’à Tortuguero. Depuis quelques années, le Nicaragua a décidé d’annexer le fleuve à son seul bénéfice, les Costaricains ne l’utilisent plus. Les relations sont mauvaises entre les deux états voisins. Hugo affirme que Daniel Ortega est « un président problématique comme Maduro » . La navigation sur le San Carlos s’est arrêté il y a une quarantaine d’années avec la construction de la piste qui permet de rejoindreBoca San Carlos en voiture et la création du Lac Arenal qui a fait baisser les niveau de l’eau d’au moins 2 m. La rivière est maintenant vraiment peu profonde.
Cormoran ici ils sont bleus avec des rayures!Cormoran ici ils osnt bleus avec des rayures!
Nous serions bien restés au bar de Ruben à bavarder mais le soir tombe et il faut songer à rentre. Le retour s’effectue plus directement que l’aller dans la belle lumière du soir ; Les hérons rejoignent les dortoirs, les crocodiles animent encore le voyage. Vers 17h, nous rentrons à Pedacito. J’ai juste le temps de me doucher et me changer avant le diner. Soupe Beefsteack délicieux.
Une invitation au voyage un peu ancienne (1969). J’aime bien les voyageurs anglais surtout quand le voyage a une touche d’espionnage qui le pimente. Surtout quand humour et ironie me font sourire et parfois rire aux éclats!
Un banquier retraité, le plus conformiste qui soit, vieux garçon qui soigne ses dahlias, a ses habitudes au pub, et garde des relations éloignées avec ses anciens clients de la banque….Au décès de sa mère, Henry fait connaissance avec sa tante Augusta, une originale, que dire, une excentrique,3 comme peuvent l’être certaines vieilles anglaises.
Et Henry va l’accompagner en voyage!
Le premier le conduira à Brighton, et c’est toute une aventure !
Mais ce n’est qu’un début, le second le mènera jusqu’à Istanbul, via Paris. La tante Augusta est-elle une contrebandière? Elle connaît toutes les techniques pour passer des valises mystérieuses…fréquente des Turcs louches. Nous faisons un voyage dans l »Orient Express qui a perdu tout son lustre mais pas tout son mystère.
Pèlerinage à Boulogne.
Et pour couronner le tout, sa tante disparaît, et cette disparition intéresse toutes les polices et même la CIA pour aboutir en Uruguay!
Humour, extravagances, invraisemblances, exotisme : tout pour me plaire, avec un goût un peu désuet du temps où l’on traversait l’Europe en train et l’Atlantique en bateau.
Les oiseaux m’on réveillée à 5h. Dès qu’ils commencent leurs chants j’ai une envie irrésistible de sortir les observer. Les Allemands se sont donnés rendez-vous à 6h . A 5h45, photographes et ornithologistes sont déjà prêts. Un employé de l’hôtel découpe des petites bananes, les accroche à un perchoir sur un arbre mort. Les oiseaux affluent attirés par les appâts. Les photographes arment leurs téléobjectifs gros comme des bazookas. J’ai trouvé une place avec une rambarde pour poser le Coolpix afin de ne pas trembler. Fascination des couleurs vives, bleu métallique, vert perroquet, tête rouge du pic (gris pas vert). Quand les perroquets arrivent les petits oiseaux s’envolent. Festival de couleurs. Tous attendent le toucan. Daignera-t-il se poser ?
Les photographes sont individualistes, c’est le moins qu’on puisse dire. « Seuls au monde » leur conviendrait mieux. Peu importe qu’un collègue affine sa mise au point, en guise d’oiseau il aura la chemise du collègue en gros plan. Peu importe que le Coolpix soit calé sur la rambarde, ils s’appuient lourdement et font bouger mon petit appareil. Ils s’interpellent en Allemand. Le guide nomme les oiseaux en Allemand, me voici bien avancée ! En latin ce serait tellement mieux, la langue scientifique est faite pour que tout le monde comprenne.
L’arbre à soie
Petit déjeuner à 7h. Nous avons choisi une table près du bord au-dessus d’un arbre à soie (Albizia julibrissin) où on a mis un régime de bananes. Nous profitons du spectacle amusant : un écureuil paraît, corps très roux et queue très fournie grise et noire aux poils longs et bouffants. Puis un autre, puis trois qui sautent de rameau en rameau ; Ils mangent les bananes jusqu’à ce qu’un vol de petits perroquets verts se pose. Les perroquets disputent les bananes à l’écureuil qui leur donne des coups de pattes pour les éloigner.
8h : balade dans la forêt pluviale de la Réserve.
liane : échelle de singes
Je ne savais pas qu’on se rend à la Réserve en voiture (2km de bonne piste). L’entrée de la Réserve est aménagée comme un jardin avec de grands crotons jaune et verts et ces plantes à plumet de feuilles rouges. Alonzo, mon jeune guide, me montre les arbres fruitiers : les goyaves que je connais, la vanille et un bizarre dont le fruit est hérissé de piques rouges comme un ramboutan mais qui est creux : au centre je découvre de petites graines rouges et rondes qui servent en cuisine à colorer et parfumer les viandes (le poulet d’hier soir). Quand on les pince entre le pouce et l’index il sort une teinture rouge. Alonzo froisse une feuille de citronnelle, herbe dure et fine, comme celle des graminées ; Le parfum ne se dégage que plus tard. Répulsif naturel pour les moustiques mais aussi condiment pour la cuisine et pour faire des infusions.
Arbre inflammable
Nous suivons un chemin bien tracé qui s’enfonce dans la forêt pluviale. Des tranches de troncs d’arbres ont été rainurés pour une bonne adhérence. Alonzo m’a proposé un bâton que j’aurais bien dû accepter ! Entre appareil photo, jumelle lunette et carnet, je n’ai pas envie de m’encombrer. Après la pluie le sol est glissant.
Leçon de fourmis
Une file de fourmis coupeuses de feuilles rapportent les fragments au nid pour faire du compost. Agriculture biologique ! Comment récoltent-elles les champignons qu’elles font pousser ? Qu’en font-elles ?
Une autre espèce de fourmis étaient utilisées comme agrafes naturelles. On laisse la fourmi accrocher ses mandibules puis on sépare le corps de la tête. Les mandibules restent plantées.
Certaines espèces font des nids gigantesques qui s’étendent sous terre à des profondeurs de plus de 3 mètres. On peut par mégarde enfoncer le bâton dans la terre meuble.
Des panneaux préviennent de la présence de bullet-ants, insectes de grande taille(1.5cm) noirs, à l’abdomen renflé qui projettent un venin puissant.
Plus loin, les termites avec leurs galeries couvertes en sciure. Ils sont indétectables, très discrets jusqu’à ce que le meuble ou la maison de bois ne s’effondre, réduite en poussière. Ici, ils ne construisent pas de « cathédrales » comme en Afrique.
Evidemment, si je m’étais promenée seule, je n’aurais rien vu de tout cela.
Grenouille blue jeans
J’aurais peut-être trouvé la grenouille rouge venimeuse toute rouge ou « blue-jeans » aux pattes bleues, tellement petites qu’il faut déployer le zoom tant qu’il ne faut surtout pas bouger alors qu’elles sautent et se cachent sous les feuilles. Le plus gênant C’est l’absence d lumière, dans la forêt pluviale règne la pénombre.
anolis
Découverte de la journée : l’anolis (petit iguanidé selon Wikipédia) qui possède une sorte de gorge extérieure comme une crête mais sous la gorge. Ils ne sont pas farouches. Alonzo les capture facilement me montre cet appendice. J’ai peur qu’il ne fasse du mal à ce petit animal délicat.
Certains arbres ont le tronc couvert d’une poudre blanche inflammable ; Alonzo a apporté des allumettes pour me montrer comment faire une torche éclairante avec une brindille trempée dans la sève. En séchant la sève devient blanche. On peut badigeonner la peau de ce blanc qui a des propriétés médicinales.
Alerté par le bruit, Alonzo découvre au-dessus de nos têtes une troupe de singes-araignées très affairés qui grimpent, descendent, sautent d’une branche à l’autre. Ils nous ont sûrement repérés. Attention, ils pourraient jeter sur nous des branches et des graines. Une branche sèche atterrit à nos pieds. Nous déguerpissons.
le pont vivant
Le sentier franchit un arroyo sur un pont vivant : un ouragan a abattu un grand arbre qui est couché à l’horizontale. De grosses branches verticales sont sorties. Il a donné neuf arbres-fils.
Alonzo entend un oiseau : le trogon c’est un très bel oiseau. « Allons chercher le trogon ! » propose-t-il. Nous nous guidons au son puis renonçons ; Introuvable !
La promenade continue dans un terrain très accidenté et glissant. Une seconde d’inattention, je me retrouve par terre en bas d’un talus boueux. Pour amortir ma chute j’ai posé ma main droite. J’aurai un bleu à la fesse, quelle importance : mais je me suis peut-être cassé le poignet bien douloureux. Je reste un moment, sonnée, je récupère mon souffle. J’aurais dû prendre le bâton qu’Alonzo m’avait proposé !
Rivière San Carlos
La promenade s’’achève dans le jardin. Comme il reste du temps, Alonzo m’emmène à la lagune de l’autre côté de la route : un petit étang est aménagé à la promenade ; on peut s’asseoir sur des bancs sous une petite construction de bois ; On admire les nénuphars en fleur et on observe les canards américains et de minuscules poules d’eau les Jarandas , corps brun bec jaune et dessous des ailes jaune. Alonzo continue la promenade par la piste carrossable : aux cris il repère un grand ara vert. Comme il est vert, i se confond avec le feuillage mais j’admire son envergure quand il s’envole. Quand nous arrivons en vue de l’hôtel, je dois retourner chercher Dominique qui cuit dans la voiture garée au soleil. Alonzo pensait qu’elle ne serait pas restée.
L’après midi nous retournons à Pital. Mon poignet me fait souffrir.4 Je pensais le montrer au pharmacien pour qu’il me vende une attelle. Je ressors avec une sorte de manchon élastique avec un trou pour le pouce censé soutenir mon poignet. Avec la chaleur il est difficilement supportable.
Nous allons au grand supermarché pour acheter des provisions pour un pique-nique. Déception ! en dehors des chips de toute forme, de tout parfum, toute farine ; rien ! Il faut se contenter de yaourts et de bananes à acheter le jour-même.
Le groupe allemand est parti. La salle à manger est calme. Soupe de courge, un filet de poisson délicieux accompagné de légume et même un dessert : sorte de compote d’ananas et de papaye.
Lorsque Babélio a proposé une rencontre avec Francesca Melandri, je me suis précipitée. J’ai découvert cette auteure avec Plus haut que la mer qui évoque les années de Plomb et se déroule en partie en Sardaigne, que j’ai beaucoup aimé. Eva Dort raconte un autre épisode de l’histoire de l’Italie : celle des villages germanophones du Haut Adige italianisés au cours de la période fasciste et après la Seconde Guerre mondiale. Francesca Melandri m’a fait découvrir une Italie que je ne soupçonnais pas dans des romans denses et puissants. Gallimard m’a fait parvenir un exemplaire de Tous sauf moi et l’invitation à rencontrer l’écrivaine.
Le seul défaut de Tous sauf moi est son poids : 568 pages d’un grand format, un pavé pour la lectrice qui a le poignet cassé! Au dessus de 400 pages, je préfère le numérique. C’est un détail . Il ne faut surtout pas s’effrayer de ce pavé parce qu’une fois qu’on est entré dans l’histoire on se laisse entraîner dans une histoire passionnante.
Tous sauf moi est le dernier opus de la trilogie historique. Il retrace l’histoire du fascisme et particulièrement celle de l’aventure coloniale mussolinienne en Ethiopie. Comme dans ses précédents romans, le présent et le passé se télescopent et la saga familiale ne sera pas racontée de façon linéaire. C’est d’ailleurs le présent qui déclenche l’enquête qu’Ilaria mène pour découvrir l’histoire de son père. Un migrant africain débarque sur son palier, à Rome avec une carte d’identité qui prouve qu’il est son neveu : il porte le même nom que son père Attilio Profeti. Ce dernier, à 95 ans, n’a plus toute sa tête ; sa seule préoccupation « gagner le concours » consiste à survivre plus vieux que tous.
Tous sauf moi est la devise, le refrain, répété comme un mantra depuis son enfance, tous mourront « sauf moi« . En effet, la chance est du côté d’Attilio Profetti : il va survivre à une guerre meurtrière. Il réussira, sans même le chercher, à être planqué. Il va s’enrichir et s’élever dans l’échelle sociale par des relations louches. Il va aussi passer à travers les enquêtes des juges dans l’opération mains propres, compromis mais pas assez important pour être condamné. Dans sa vie familiale, il a aussi une chance folle…mais ne spoilons pas le récit.
C’est en fouillant dans la vie de son père qu’Ilaria va découvrir presque un siècle d’histoire. Attilio, chemise noire, est envoyé en Ethiopie, se compromet aussi dans les théories raciales les plus abjectes, est témoin des massacres. Plus tard, on découvre corruption et affaires de Berlusconi. Et finalement, les camps de rétention des migrants. Une histoire peu reluisante !
La romancière a construit un puzzle riche et foisonnant. Les personnalités sont complexes. Rien n’est simple. Au détour d’un chapitre, Francesca Melandri évoque deux personnages historiques qui n’ont rien à voir avec les héros inventés pour le roman : Badoglio et Graziani, figures importantes de l’histoire la plus trouble de l’Italie. Au cours de la rencontre, elle a évoqué le monument à Graziani qui a fait polémique : on célèbre encore les héros du fascisme, même si on sait qu’ils sont responsable de massacres.
Tous sauf moi peut être lu comme un roman historique. Il peut aussi être envisagé sous le prisme des relations familiales. On croit connaître ses parents, son mari. Qu’en sait-on vraiment?
C’est en tout cas un très beau roman!
Francesca Melandri – la photo est floue mais je la garde parce que c’est un bon souvenir.Francesca Melandri
La rencontre avec Francesca Melandri a aussi été passionnante. Dans cette heure de questions-réponse, nous avons appris comment ce livre s’est construit avec dix ans de recherches, de rencontres, en Italie et en Ethiopie. Le choix du titre aussi différent en français du titre italien…