Tous sauf moi – Francesca MELANDRI

LIRE POUR L’ITALIE

Lorsque Babélio a proposé une rencontre avec Francesca Melandri, je me suis précipitée. J’ai découvert cette auteure avec Plus haut que la mer qui évoque les années de Plomb et se déroule en partie en Sardaigne, que j’ai beaucoup aimé. Eva Dort raconte un autre épisode de l’histoire de l’Italie : celle des villages germanophones du Haut Adige italianisés au cours de la période fasciste et après la Seconde Guerre mondiale. Francesca Melandri m’a fait découvrir une Italie que je ne soupçonnais pas dans des romans denses et puissants. Gallimard m’a fait parvenir un exemplaire de Tous sauf moi et l’invitation à rencontrer l’écrivaine. 

Le seul défaut de Tous sauf moi est son poids : 568 pages d’un grand format, un pavé pour la lectrice qui a le poignet cassé! Au dessus de 400 pages, je préfère le numérique. C’est un détail . Il ne faut surtout pas s’effrayer de ce pavé parce qu’une fois qu’on est entré dans l’histoire on se laisse entraîner dans une histoire passionnante.

Tous sauf moi est le dernier opus de la trilogie historique. Il retrace l’histoire du fascisme et particulièrement celle de l’aventure coloniale mussolinienne en Ethiopie. Comme dans ses précédents romans, le présent et le passé se télescopent et la saga familiale ne sera pas racontée de façon linéaire. C’est d’ailleurs le présent qui déclenche l’enquête qu’Ilaria mène pour découvrir l’histoire de son père. Un migrant africain débarque sur son palier, à Rome avec une carte d’identité qui prouve qu’il est son neveu : il porte le même nom que son père Attilio Profeti.  Ce dernier, à 95 ans, n’a plus toute sa tête ; sa seule préoccupation « gagner le concours » consiste à survivre plus vieux que tous.

Tous sauf moi est la devise, le refrain, répété comme un mantra depuis son enfance, tous mourront « sauf moi« . En effet, la chance est du côté d’Attilio Profetti : il va survivre à une guerre meurtrière. Il réussira, sans même le chercher, à être planqué. Il va s’enrichir et s’élever dans l’échelle sociale par des relations louches. Il va aussi passer à travers les enquêtes des juges dans l’opération mains propres, compromis mais pas assez important pour être condamné. Dans sa vie familiale, il a aussi une chance folle…mais ne spoilons pas le récit.

C’est en fouillant dans la vie de son père qu’Ilaria va découvrir presque un siècle d’histoire. Attilio, chemise noire, est envoyé en Ethiopie, se compromet aussi dans les théories raciales les plus abjectes,  est témoin des massacres.  Plus tard, on découvre  corruption et affaires de Berlusconi. Et finalement, les camps de rétention des migrants. Une histoire peu reluisante !

La romancière a construit un puzzle riche et foisonnant. Les personnalités sont complexes. Rien n’est simple. Au détour d’un chapitre, Francesca Melandri évoque deux personnages historiques qui n’ont rien à voir avec les héros inventés pour le roman : Badoglio et Graziani, figures importantes de l’histoire la plus trouble de l’Italie. Au cours de la rencontre, elle a évoqué le monument à Graziani qui a fait polémique : on célèbre encore les héros du fascisme, même si on sait qu’ils sont responsable de massacres.

Tous sauf moi peut être lu comme un roman historique. Il peut aussi être envisagé sous le prisme des relations familiales. On croit connaître ses parents, son mari. Qu’en sait-on vraiment?

C’est en tout cas un très beau roman!

Francesca Melandri – la photo est floue mais je la garde parce que c’est un bon souvenir.
Francesca Melandri

La rencontre avec Francesca Melandri a aussi été passionnante. Dans cette heure de questions-réponse, nous avons appris comment ce livre s’est construit avec dix ans de recherches, de rencontres, en Italie et en Ethiopie. Le choix du titre aussi différent en français du titre italien…

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « Tous sauf moi – Francesca MELANDRI »

  1. J’ai beaucoup aimé « Plus haut que la mer ». Je lirai celui-ci, mais plutôt en poche, il sera moins lourd 😉 (tu as le poignet cassé ou c’est juste une image ?)

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    1. @Aifelle ; il va te falloir attendre un moment, il vient juste de sortir! mon poignet est vraiment cassé, j’espère qu’il est maintenant en voie de consolidation, cela fait près de 6 semaines!

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  2. je fais paraitre mon billet dans quelques jours
    j’ai comme toi bien aimé ce roman, je l’ai trouvé d’un ton très juste, certes les relations familiales sont évoquées mais je crois que l’empreinte coloniale est vraiment le fond du sujet avec bien entendu la crise des migrants aujourd’hui

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    1. @Dominique : j’attends avec impatience ton billet. Si j’ai évoqué les relations familiales c’est qui’l me semblait important qu’on ressente ce livre comme un gros roman avec des personnages et pas seulement une reconstitution historique

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