Le Musée Nikos Kazantzakis à Myrtia

CARNET CRÉTOIS

le Musée Kazantzakis

Le Musée de Nikos Kazantzakide Myrtia est bien fléché. Il est installé dans la maison familiale de son grand père.

Myrtia, autrefois, s’appelait Barbari.Dans la Lettre au Gréco p.22 :

« La famille de mon père descend d’un village à deux heures de Megalo Kastro (Héraklion) qui s’appelle Les Barbares. Quand l’empereur de Byzance Nicéphore Phocas eut repris  au Xème siècle, la Crète aux Arabes, il parqua dans quelques villages tous les Arabes qui avaient échappé au massacre, et ces villages furent appelés les Barbares. C’est dans un de ces village qu’ont pris racine mes ancêtres paternels, et ils ont tous les traits de caractères arabes : fiers, têtus, parlant peu, écrivant peu, tout d’une pièce[….] le bien suprême n’est pas pour eu la vie, mais la passion »

Le village est  très tranquille mais encombré de voitures en stationnement. En faisant  le tour,  nous découvrons une petite place avec un puits, deux églises. Sur la place Principale est installé Le Musée de la Littérature Crétoise. La maison est rénovée, un parement de bois très contemporain masque la façade grise. Les vitrines poussiéreuses ont été remplacées par des installations modernes sérigraphiées avec des écrans tactiles. Un film en français raconte la vie de l’écrivain. On voit son père, le Kapetan Michelis(titre grec du livre La Liberté ou la Mort), le vrai Zorba ( 1867 -1942) ressemble étonnamment à Anthony Quinn dans le film, et les portraits de Kazantzakis au cours de sa vie. Malheureusement la diction pompeuse gâche un peu le plaisir. Au mur sont affichés des lettres, des cartes postales, de sa main. L’une d’elle souhaite justement Joyeuses Pâques à un ami Français – coïncidence du calendrier –  je la recopie toute émue, comme si elle m’était aussi destinée.

XPICTOC ANECTHI !

Cher M. et ami !

Bonnes Pâques !

Que la pauvre Grèce aussi, héroïque et martyre, que toute l’humanité  crucifiée se ressuscitent !

Que le symbole du phénix devienne enfin réalité !

J’attends toujours très bonnes nouvelles.

Soyez heureux.

Dans une autre salle, les voyages de Kazantzakis sont figurés par 3 valises contenant ses passeports et documents officiels, des certificats de vaccination…et encore des photos.

Les maquettes des décors,  les costumes, les aquarelles  des pièces de théâtre occupent une pièce. Une salle au rez de chaussée est consacrée à l’Odyssée .

Kazantzaki est Crétois mais aussi un esprit universel. Pas un grand personnage qui n’ait retenu son attention : Bouddha, Christophe Colomb, Dante, Lénine,  Nietzsche, Saint François d’Assise, Nicéphore Phokas….

Je suis un peu déçue de cette modernisation. J’avais découvert le personnage dans ce Musée autrefois et le côté désuet de l’installation me plaisait bien.

Retour à Cnossos et Dans le Palais de Minos

CARNET CRETOIS

le megaron du roi et la frise des griffons

–          « tu n’as pas renoncé à ton Cnossos ? »

(nous avons visité le site autrefois)

Non ! Je tiens ferme à Cnossos, à ses mythes, au labyrinthe et à Evans !

 

Aujourd’hui, Cnossos est gratuit. Pourquoi ? On l’ignore. Le patron du bar du site ironise :

–           « Nous autres, Grecs, sommes trop riches et n’avons pas besoin de votre argent ! »

Des guides hèlent les visiteurs qui ont fait l’économie du ticket d’entrée (6€). Ils  proposent une visite guidée à 5€.

Les averses intermittentes interdisent une visite systématique avec nos livres que je n’ose pas exposer aux gouttes.

Je préfère lire les nouveaux panneaux qui détaillent les restaurations récentes.  Les archéologues ne peuvent pas protéger le site comme si Evans ne l’avait pas cimenté et bétonné. Les constructions d’Evans font donc partie de Cnossos même si des découvertes postérieures pourraient infirmer les affirmations de l’Anglais.

singe bleu dans les jardins de Cnossos

Nous avions vu les fresques originales au Musée Archéologique d’Héraklion et je n’avais que peu de souvenir des copies ornant le palais. Cette année, le Musée d’Héraklion est fermé. Je redécouvre avec beaucoup de plaisir les tableaux floraux avec les singes bleus, les lys, les griffons …. Deux petites fresques m’ont étonnée : l’une d’elle montre le Palais avec ses couleurs, l’autre trois arbres bleus qui se détachent sur un fond blanc peuplé de toute une foule tandis qu’une grande tache rouge fait une sorte de vague. De dessous de gracieuses danseuses aux toilettes élégantes avec des jupes à volants sont sur un fond bleu. Elles ressemblent à la déesse aux serpents du musée d’Héraklion don je garde un souvenir très vif.

trois arbres bleus Cnossos

Le taureau, Minotaure (?), est très présent.

Dans le Palais de Minos de Nikos Kazantzaki inclus dans le recueil de l’énorme Omnibus (1150p) » La Crète – Les romans du Labyrinthe » qui pèse lourd dans la valise, je lis la description du Mégaron du roi . Kazantzakis a visité le Cnossos d’Evans!

« Le vieux roi était assis sur son trône. C’était un siège en albâtre ciselé avec art, juste fait pour le corps d’un seul homme. De chaque coté se déployaient d’immenses fresques :  au milieu des lys une étrange bête était allongée, une sorte de grand lion dont la crinière était faite e plumes de paon. Il dressait sa queue roulée en volute et tendait vers le trône du roi sa tête pointue. Trois piliers trapus fait en bois de cyprès soutenaient le plafond, rouges avec des chapiteaux noirs »

Dans ce roman je rencontre aussi Thésée et Ariane . Voici la danse d’Ariane peut être inspirée par la petite fresque ci-dessus :

« La danse de l’Homme et du Taureau

Ariane tendit son pied sur les grandes dalles de la cour comme si elle cherchait sur le sol où le poser, comme si, elle tâtait la terre avec précaution pour ne pas tomber. Elle baissait la tette comme le taureau prêt à donner de la corne et par une brusque secousse du corps, elle se mit à danser »

Bien sûr, Icare et Dédale, préparent les ailes qui leur permettront de s’enfuir….

Le rouge et le noir me semblaient les couleurs de Cnossos le bleu éclatant m’étonne.

Mégaron du Roi, Mégaron de la Reine. Je retrouve avec plaisir les Griffons du roi et son trône. Où sont passés les dauphins de la Reine ? Le palais est moins accessible qu’autrefois. Des plaques en plexiglas protègent les murs des intempéries. Je dois me hausser sur la pointe des pieds pour trouver les oursins empilés.

les dauphins du mégaron de la reine

Je déambule dans le Palais, imaginant le labyrinthe, et découvre les magasins et les énormes pithoïs, le théâtre avec ses  gradins à angle droit.  Il est stupéfiant que le gypse, roche soluble, ait traversé plus de trois millénaires. J’observe les figures de dissolution et recristallisation. Les fouilles récentes sont maintenant protégées par des toitures et la pierre est nue, sans ciment.

sur le culte du taureau d’excellents billets de Claudialucia ICI

 

Les pins embaument dans l’air vif.

Pour piqueniquer nous trouverons un magnifique pont près d’Agia Irini enjambe un ruisseau : 5 arches de toutes tailles, deux grandes en ogive superposées (aqueduc) trois petites sur le côté. Un chemin passe sous l’une de ces arche dans la verdure ; nous pique-niquons au bord de l’eau sous un platane dont les feuilles sont nouvellement écloses : feuilletés, yaourt grec et miel ; un menu grec !

 

 

A l’hôtel, je relis Cnossos,  L’Archéologie d’un Rêve d’Alexandre Farnoux dans l’excellente collection DÉCOUVERTES GALLIMARD Le rapprochement entre les figurations des végétaux minoens et ceux de l’Art Nouveau  est très intéressant.  Évidence d’une coïncidence des goûts.

 

 

 

 

premier matin à Arolithos

 

Au réveil, la tempête souffle. Les caroubiers, les oliviers secouent leur ramure. Le petit citronnier aurait perdu ses citrons s’il n’était pas protégé par l’olivier. Un arbuste décoratif que je n’identifie pas a même été étêté. Les pots de géraniums ont roulé sur la place. Le ciel est bien gris. Une pluie drue accompagne la bourrasque.

Au jour, nous découvrons le paysage montagneux. Le village d’Arolithos a été transformé en hôtel. Les plaques des rues sont pentes de couleurs vives.

Dans la salle à manger (environ 150 couverts) une fresque naïve se déploie au dessus de l’estrade des musiciens : au centre un  village est dessiné, maisons blanches toits rouges, un couple arrive à cheval précédé des musiciens et du pope sur une mule noire. Un drapeau Crétois ( ?) croix blanche sur fond bleu,  c’est une noce que le village en liesse accueille. Des hommes tirent en l’air au pistolet. Des femmes en noir cuisinent dans d’énormes chaudrons. A gauche, un homme tire,  son cheval se cabre.

 

Relire Kazantzakis : Lettre au Gréco et Alexis Zorba

LIRE POUR LA GRECE

plage de Stavros - Crète

Il m’a plu que le ferry qui m’a transporté autrefois en Crète soit nommé Kazantzakis et que l’aéroport où j’ai débarqué soit aussi au nom de l’écrivain.

J’aime prendre un écrivain pour guide en voyage, lui laissant le soin  de me décrire avec des mots choisis les paysages et les villes que je visite , remplir de personnages les rues ou les campagnes alors que je n’oserais pas aborder les inconnus.

La Lettre au Gréco est une autobiographie qui s’attache plutôt au parcours intellectuel et spirituel de l’auteur qu’à des anecdotes précises. l’ayant découverte récemment – il y a plus d’une dizaine d’années quand même – mon opinion n’a pas varié – j’ai retrouvé avec plaisir les paysages de son enfance et de sa jeunesse. Certains épisodes que j’avais lus distraitement m’ont plus intéressés : sa rencontre avec Panaït Istrati et leur voyage en Russie : j’ai trouvé récemment sur la Toile un travail universitaire de l’Université de Salonique racontant leurs rapports . J’avais oublié sa visite au Monastère Sainte Catherine du Sinaï – coïncidence : au Musée Historique d’Héraklion se trouve le petit tableau du Gréco représentant ce monastère et j’ai eu le plaisir de voir le tableau alors que le matin même je lisais le texte.

Si je m’étais attachée alors,   à Kazantzakis, grand voyageur, à ses rencontres, à son parcours spirituel, je n’avais pas souvenir des passages où il aborde la création littéraire, l’écriture d’Alexis Zorba, dans le chapitre intitulé:

LA SEMENCE GERME EN MOI

« Le mythe de Zorba a commencé de cristalliser en moi. Au début c’est un bouleversement musical, comme si mon sang s’était mis à battre plus vite dans mes artères. je sentais en moi une fièvre et un étourdissement, un mélange indéfinissable de plaisir et de dégoût, comme si un corps étranger, indésirable était entré dans mon corps….. »

Cette rédaction fut un processus long, difficile. Plus loin il écrit:

« je m’efforçais en vain de trouver le langage simple sans ornements,  chatoyants qui ne surchargerait pas de trop de richesses et qui ne défigurerait pas mon émotion. »

[….] je me suis interrompu: j’ai compris que le moment n’était pas encore venu. La métamorphose secrète de la semence n’était pas encore achevée…. »

Son ami disparu lui a inspiré des lignes qui ont dû lui paraître essentielles puisque je les ai retrouvées presque mot à mot dans le second ouvrage:

« Je me suis rappelé que j’avais un jour arraché du tronc d’un olivier, une chrysalide et que je l’avais posée dans le creux de ma main. Sous sa peau diaphane j’avais senti une chose vivante qui remuait ; le travail secret devait toucher à sa fin et le future papillon encore prisonnier  attendait en tremblant doucement que vienne l’heure sainte d’apparaître au soleil. Il ne se pressait pas, il avait confiance dans la lumière, dans l’air tiède, dans la loi éternelle de Dieu, il attendait;

Mais moi n’étais pressé. je voulais  voir éclore un peu plus tôt le miracle : la chair surgir de son tombeau et de son linceul et devenir âme, papillon. je m’étais mis )à souffler sur elle mon haleine chaude. Et voilà que bientôt une déchirure s’était faite sur le dos de la chrysalide, que peu à peu le linceul s’était fendu jusqu’en bas et que j’ai vu apparaître étroitement ligoté, les ailes repliées, les pattes collées au ventre, encore imparfait, un papillon tout vert. Il frémissait légèrement et prenait vie sous mon haleine. une aile s’était détachée du corps […] Et moi avec l’impudence de l’homme, penché sur elles, je soufflais mon haleine chaude, mais les ailes avortées s’étaient immobilisées, et étaient retombées flétries.

L’angoisse m’avait saisi : dans ma hâte, en osant violer une loi éternelle, j’avais tué le papillon; ce que je tenais dans ma main n’était plus qu’un cadavre. Des années et des années ont passé, mais depuis le petit cadavre pèse sur ma conscience. »

Il m’a semblé urgent de relire Alexis Zorba!

J’ai ouvert avec appréhension Zorba dont j’avais un souvenir ébloui. La magie allait-elle opérer à nouveau?
J’ai douté, Ce vieux lubrique, Cette vie patriarcale où les femmes sont oubliées au mieux,si ce n’est pas méprisées, ou pire, comme la belle veuve, est-ce que je vais laisser passer cela?
C’est un hymne à l’amitié, à la Crète, à la Grèce et à la vie toute entière. L’humanité de Zorba est tellement magnifique et généreuse, qu’il est impossible de mégoter. Jamais de mesquinerie. La faiblesse humaine,de ce ver, de cette limace, il la reconnait, il en rit, il l’efface avec le vin, la danse et la musique.
La beauté de la mer, du printemps, du parfum de la fleur d’oranger, il l’exalte, ouvre ses yeux comme s’il la découvrait chaque jour.

 

 

 

 

Voyage et arrivée à Arolithos

CARNET CRÉTOIS

 

Arolithos, village crétois transformé en hôtel


Vol Transavia 14h45/19h10 Orly/Héraklion

Non-voyage : les nuages ont masqué les Alpes, Venise, la côte Croate et ses îles. J’attendais Santorin . Rien. A l’approche de la Crète, l’avion a plongé dans le brouillard. Au dernier moment, la côte crétoise s’est dévoilée,  les montagnes encore enneigées. Survol des vergers, orangeraies, cultures sous plastique, gros complexes hôteliers aussi.

Il me plait que l’aéroport s’appelle Nikos Kazantzakis. La Lettre au Gréco, son autobiographie, est dans la valise.

Notre hôtel Arolithos, est à côté de  Tylissos.

New Road, direction Rethymnon. Sortir à Gazi et prendre à gauche vers l’intérieur.

Nous loupons la sortie annoncée quelques mètres avant seulement. On prend la suivante et on grimpe au juger. Je branche le GPS : il ignore la Grèce. Nous l’aurons emporté pour rien !

La route serpente dans la montagne  entaillée de carrières.  Une arche éclairée au néon bleu souligne l’entrée de l’Hôtel. Des petites maisons de pierres aux arches arrondies, des marches soulignées de chaux  blanche, des grenadiers et surtout  des orangers en fleurs qui embaument.

Le  réceptionniste écoute les liturgies du Vendredi saint à la télévision, la bougie qui brûle devant le poste, son visage encadré par une fine barbe et des cheveux longs,  lui donnent un air ecclésiastique. Accueil en Grec, c’est sympa cela change du globish international.

Il y a un perroquet comme dans l’auberge d’Hortense dans Zorba le Grec !

19 marches raides mènent au  balcon. Notre chambre est au bout. Une vieille clé ouvre la porte de bois. La pièce est très grande, les murs roses, les meubles paysans simple de bois foncé, paysans. La  belle cheminée d’angle  arrondie, à l’âtre surélevé, paraît être fonctionnelle. Petite télé sur le frigo blanc sans façon. Pour décoration,  des broderies, au dessus de la cheminée et une nappe sous verre. Le sol est dallé de belle pierres grises, luisantes, aux formes irrégulières.

notre chambre N°1

Le restaurant est une grande salle prévue pour les groupes ou les cérémonies familiales. Une estrade accueille des musiciens et des danseurs. Les longues tables sont disposées comme pour un banquet. Un menu spécial est prévu pour Vendredi Saint : haricots noirs ou lentilles, escargots, pieuvre grillée, crevettes et pour dessert, des fruits frais (20€).  A cette heure tardive nous n’avons pas envie d’un repas complet. Je discute avec le patron : une salade grecque et de la pieuvre suffiraient. Pour 20€   avons aussi une carafe de vin blanc, un assortiment de pains,  biscottes, croutons au  sésame et au pavot, une pomme et une orange.

Elytis : Petite mer verte

HERAKLION/BUCAREST/PARIS

Petite mer verte
Joli brin de mer si verte à treize ans
Je voudrais de toi faire mon enfant
T’envoyer à l’école en Ionie
Approfondir absinthe et mandarine
Joli brin de mer si verte à treize ans
À la tourelle du phare à midi tapant
Tu ferais tourner le soleil en sorte d’entendre
Comment le destin s’agence et comment
Savent encor l’art d’entre eux se comprendre
De crête en crête nos lointains parents
Qui telles des statues résistent au vent
Joli brin de mer si verte à treize ans
Avec ton col blanc et tes longs rubans
Tu rentrerais par la fenêtre à Smyrne
Me calquer au plafond ce qui l’enlumine
Reflets de Glorias Kyrie Matines
Puis un peu la Bise un peu le Levant
Vague à vague retournant au loin
Joli brin de mer si verte à treize ans
Nous irions dormir hors la loi tous deux
Pour que je découvre au fond de ton sein
Éclats de granite les propos des Dieux
Éclats de granit les fragments d’Héraclite

Odysseus Elytis
L’arbre lucide et la quatorzième beauté
traduction Xavier Bordes et Robert Longueville, Poésie-Gallimard
La traduction en Roumain envoyée par George
Mică mare verde

Mică mare verde de treisprezece ani
De mult aş fi vrut să te înfiez
Să te trimit la şcoală în Ionia
Să-nveţi mandarina şi absintul
Mică mare verde de treisprezece ani
În turnuleţul farului de la amiază
Să-nconjuri soarele şi să auzi
Cun soarta se dezleagă şi cum
Din deal în deal se înţeleg
Rudele noastre îndepărtate
Care opresc vântul precum statuile
Mică mare verde de treisprezece ani
Cu guler alb şi cu panglică
Să intri pe fereastră la Smirna
Să-mi copiezi reflexele bolţii
De Kyrielesion şi Slavă Ţie
Cu puţin Boreas şi cu Levantul
Val cu val să te-ntorci iarăşi
Mică mare verde de treisprezece ani
Ca nelegiuit să te culc
Să aflu adânc în braţele tale
Bucăţi de piatră cuvintele Zeilor
Bucăţi de piatră fragmentele lui Heraclit.

Incendies de Wajdi Mouawad – Stanislas Nordey à Ivry – Antoine Vitez

j’avais été frappée, émue, par le beau film de Villeneuve sorti il y a un peu plus d’un an. j’en avais gardé un vif souvenir. C’est avec beaucoup d’impatience et de curiosité que j’ai abordé cette soirée théâtrale.

Comment l’incendie, clé de la tragédie, pourra-t-il être représenté au théâtre? Comment cette guerre civile libanaise sera-t-elle montrée?

Finalement, rien ne sera montré. La mise en scène est d’une sobriété exemplaire. Un décor blanc cassé, nu. Seulement des bidons, des objets métalliques, rappelleront un univers guerrier ou carcéral. Costumes en noir et blanc. Noirs, les fantômes. Blancs, les vivants. Seules couleurs: la veste bleue que Nawal lègue à sa fille et qui est plutôt un indice qu’un vêtement, rouge le cahier que Simon, le jumeau n’acceptera qu’à la fin.

Tragédie antique, sans les dieux, cependant. Eschyle, Sophocle. Si les dieux sont absents Chamseddine ou le guide Fahim, joués par le même acteur Frédéric Leidgens, m’évoquent Tiresias. Je pense à Antigone aussi. Incendies n’est plus la pièce d’une guerre civile, c’est une tragédie classique.

Fin  dramatique et combien émouvante, bravo à Véronique Nordey, qui joue Nawal 60 ans et qui nous a émus aux larmes.

Partie à Héraklion à la recherche d’un écrivain Kazantzakis, j’y trouve un poète : Elytis

J’étais partie à Heraklion avec la Lettre au Gréco de Kazantzaki décidée à le pour guide.

Le matin du retour, je lui devais encore une visite au Musée Historique qui a reconstitué son bureau et sa bibliothèque.

Et voilà qu’il y avait une exposition pour le centenaire d’Elytis ( 2011, natif d’Heraklion). A la poursuite d’un écrivain, je découvre un poète (prix Nobel 1979, quand même!).

Elytis ne m’était pas tout à fait inconnu. Merci à Amartia qui m’avait fait connaître ce poème quelques jours avant notre départ. J’avais écouté en boucle Delaras pour être un peu en Grèce.

 

« Omorphi ke paraxeni patrida ». 1971
Belle mais étrange patrie
 Que celle qui m’a été donnée
Elle jette les filets pour prendre des poissons
 Et c’est des oiseaux qu’elle attrape
 Elle construit des bateaux sur terre
 Et des jardins sur l’eau
Belle mais étrange patrie
 Que celle qui m’a été donnée
Elle baise le sol en pleurant
 et puis elle s’exile
 aux cinq chemins elle s’épuise
 puis toute sa vigueur reprend
Elle menace de prendre une pierre
 Elle renonce aussitôt
 Elle fait mine de la tailler
 Et des miracles naissent
Belle mais étrange patrie
 Que celle qui m’a été donnée
Avec une petite barque
 Elle atteint des océans
 Elle cherche la révolte
 Et s’offre des tyrans
Elle enfante cinq grands hommes
 et puis elle leur brise l’échine
 quand ils ne sont plus
 elle chante leurs louanges
Belle mais étrange patrie… Traduction : Angelica Ionatos

A la poursuite d’Elytis, j’ai navigué sur Internet et j’ai trouvé un article passionnant sur l’exposition d’Heraklion.

Et cet autre blog très complet sur la poésie grecque : Elytis mais aussi Cavafy, Seferis...et sur d’autres aspects de la culture et de la vie en Grèce

Et avec la permission de l’auteur, un emprunt sur ce blog

Le jardin était dans la merLe jardin était dans la mer
Œillets d’écume cap profond
Ta main s’en allait avec l’eau
Comme une traîne nuptiale
Ta main libérait tout le ciel

Des anges à onze épées
Flottaient à côté de ton nom
Coupeurs de vagues à leurs crêtes
Et les voiles blanches penchaient
Aux courtes rafales du vent

Avec des épines de roses
Tu cousais les rubans de l’attente
Aux cheveux des collines de ton amour
Et disais ; celle qui peigne la lumière
Est une cascade ici qui s’amuse

Flèche voleuse scandale du rire
O petite enfant du jour qui n’en finit pas
Dans les arbres rayonnants tu jouais avec les racines
Tu ouvrais les cornets de l’eau
Gaulant les jujubes de l’oubli

Et quand venait la nuit aux prodigues violons
Dans les moulins à demi-détruits tu parlais
Tout bas avec une magicienne
Dans tes seins tu cachais un cadeau
Qui était la lune elle-même

Lune de-ci lune de-là
Énigme que lisait la mer
Sans aucun mal et pour ton seul plaisir
Œillets d’écume cap profond
Le jardin était dans la mer.

 

(Soleil Premier)

Ο κήπος έμπαινε στη θάλασσαΟ κήπος έμπαινε στη θάλασσα
Βαθύ γαρίφαλο ακρωτήρι
Το χέρι σου έφευγε με το νερό
Να στρώσει νυφικό το πέλαγος
Το χέρι σου άνοιγε τον ουρανό.Άγγελοι μ’ έντεκα σπαθιά
Πλέανε πλάι στ’ όνομά σου
Σκίζοντας τ’ ανθισμένα κύματα
Κάτω μπατέρναν τα λευκά πανιά
Σ’ απανωτές σπιλιάδες γραίγου.Μ’ άσπρα τριανταφυλλαγκάθια
Έραβες φιόγκους προσμονής
Για τα μαλλιά των λόφων της αγάπης σου
Έλεγες: Η χτενίστρα του φωτός
Είναι πηγή στη γη που διασκεδάζει.

Κλέφτρα σαΐτα σκάνταλο του γέλιου
Ώ εγγονούλα της γρια-λιακάδας
Μέσ’ απ’ τα δέντρα πείραζες τις ρίζες
Άνοιγες τα χωνάκια του νερού
Ραβδίζοντας της λησμονιάς τα τζίτζιφα.

Ή πάλι νύχτα μ’ άσωτα βιολιά
Μέσα στους μισοχαλασμένους μύλους
Κρυφομιλούσες με μια μάγισσα
Στους κόρφους σου έκρυβες μια χάρη
Που ήταν το ίδιο το φεγγάρι.

Φεγγάρι εδώ φεγγάρι εκεί
Αίνιγμα διαβασμένο από τη θάλασσα
Για το δικό σου το χατήρι
Ο κήπος έμπαινε στη θάλασσα
Βαθύ γαρίφαλο ακρωτήρι.

(Ο Ήλιος ο Πρώτος)

Traduction de Dominique Grandmont
in 37 poètes grecs de l’Indépendance à nos jours,
Oswald éditeurs, 1972.

 

Je reviendrai à Elytis, mais savourons d’abord ces deux poèmes.

Et merci aux blogueurs!

 

Pourquoi les livres de Nikos Kazantzaki en français sont-ils épuisés, indisponibles?

GROSSE COLÈRE!

image venant du blog de claudialucia

A la préparation de notre dernier voyage en Crète, je vais confiante à la Bibliothèque  et cherche sur les rayons à la lettre K, pas de Kazantzaki! « Il est sans doute dans les réserves. » me dit-on. Le fond est informatisé : après recherche je finis par dénicher Zorba qui n’est pas celui que je cherche puisque je l’ai quelque part à la campagne. Zorba (DVD) lui est sorti!

En librairie, Zorba est en rayon mais rien d’autre, épuisés me dit-on.

Pourquoi ne pas le télécharger? Je n’ai pas trouvé!

Je cherche la Liberté ou la Mort puisque je me prépare à visite le Monastère d’Arkadi où s’est déroulé le massacre de 1866 dont il est question dans le livre.

A Mirtia – musée Nikos Kazantzaki (Crète) et au Musée Historique d’Héraklion où j’espérais acheter ces livres, des traductions allemandes, anglaises en français : Zorba, c’est tout!

Au retour,  Amazon il m’a fallu plusieurs navigations pour trouver La Liberté ou la Mort état « bon, acceptable » un exemplaire d’occasion livrable sous 3 semaines…Même recherche pour les Frères ennemis, même délai.

Il me semblait que Kazantzaki était un des plus grands auteurs de la Grèce moderne, un classique. Pourquoi ne le réédite-t-on pas? Je sais qu’on va m’objecter la demande, le stock, l’impossibilité de conserver des livres invendus, la place….que sais-je? mais comment le lecteur peut-il demander au libraire un livre qui n’existe pas?

 

 

Veulette et le sentier des douaniers

BALADE NORMANDE

la plage de Veulette

Veulette notre « port d’attache »

 

l’Hôtel « Les Frégates »

L’hôtel « Les Frégates » fait face à la mer. Sur la digue, de belles tables en bois clair permettent de manger près de l’eau. Le bâtiment blanc a été bâti à l’origine de style normand avec un haut pignon pointu. Une aile a été ajoutée.

Notre chambre est parfaite : une grande baie vitrée occupe toute la façade, la vue est merveilleuse, grand bureau sous la fenêtre,  lit et  tables de chevets  modernes, fonctionnels. Sur la tapisserie  beige, des affiches: Sorrente en camaïeu de bleu, sur la seconde, des personnages sous la pluie sous parapluie, sobre de bon goût.

l’hôtel : les Frégates

59€ est le prix affiché auquel il faudra ajouter les petits déjeuners.

Veulette

Veulette est une petite station balnéaire à droite de la vallée de la Durdent– dans  un creux de la falaise de craie face à une belle plage de galets. La route arrive à droit sur la digue qui borde la belle plage de galets. Deux séries de cabanons de bois aux toits de tôle ondulée ou de fibrociment  sont alignés. Tous laqués de blanc, seule tache colorée: un  triangle laqué en couleur qui porte le nom du cabanon. Version désuète, miniature et charmante des bungalows. Autant un alignement de mobil homes ou de caravane aurait défiguré  les abords de la plage, autant ces cabanons adossés les uns aux autres, presque identiques mais tous différents, ressemblent à des cabines de plage et se fondent dans le décor.

Pas un immeuble moderne. Toutes les maisons de brique ou de silex semblent avoir été construites à la Belle Époque. Rien ne dépare cet ensemble. Seule la corniche est contemporaine mêlant bois et ciment, très sobre et légère.

Sentier des douaniers

le GR s’éloigne de la falaise et serpente dans la campagne. Sur le plateau surmontant la craie, de grosses fermes cultivent du blé. De la route, on ne voit pas la mer. Le premier chemin de traverse mène à un dépotoir, ensilage. Laissant la voiture, nous marchons le long des barbelés de clôture d’un  pré. De temps en temps on devine la mer. Un trou d’eau où nagent des canards de bois, sorte de bunker, des cages. Pas de randonneurs mais des chasseurs en bord de falaise !

 

 

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le Port : une échelle vers la mer

L'échelle à la mer

 

Nouvel essai un peu plus loin. Une route goudronnée fléchée « Le Port » mène à un  terre-plein. Le sentier  s’enfonce dans une échancrure de la falaise et  aboutit à une échelle métallique. Vertige ? Je commence la descente rassurée par les rampes. A mi-hauteur, plus de rampe. Il est plus sécurisant de descendre face aux barreaux plutôt que de regarder le vide. Pas très motivée, je ne me retourne pas et remonte.  A quoi bon descendre sur la plage puisque je ne vais pas me baigner ?
Un  éleveur donne à boire à ses chevaux. Il déverse des bidons dans un gros abreuvoir rond. Selon lui, le sentier côtier est trop dangereux. Il empêche les chevaux d’y monter. Il nous recommande d’aller aux « Petites Dalles »