BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES
Pèlerinage, 4km, de la place des Enchères à la Porte du Non retour.
Place des enchères
La Route des Esclaves commence place Chacha – surnom de Francisco de Souza, personnage très ambigu, marchand d’esclaves portugais qui aida à faire revenir du Brésil la mère du roi, dont Chatwin s’est inspiré dans Le Vice-roi de Ouidah. Cette place ornée maintenant d’un très bel arbre, était la Place de la Vente aux Enchères.
La route vers la mer, dernier parcours en Terre d’Afrique
Ici, commençait le calvaire de ces malheureux. Calvaire marqué par des statues, comme autant de stations d’un chemin de croix historique. Histoire tragique, qu’Anicet et Thierry nous content avec émotion. Les statues présentent pour la plupart les attributs des rois du Dahomey, le Martin Pêcheur, le Tamtam du roi détrôné, le Lion…
arbre de l'oubli
L’arbre de l’Oubli
Les esclaves faisaient 7 fois ou 9 fois le tour de l’Arbre de l’Oubli pour prendre congé de leurs souvenirs d’Afrique.
Zomaï
ouidah zomai
Case hermétiquement close où l’on enfermait les esclaves pour les préparer à la traversée dans la cale du bateau. On visite aussi L’Aire du Marquage et la Fosse commune où furent enterrés ceux qui mourraient avant le départ.
Arbre du Retour
Enfin, l’Arbre du Retour figure retour de leur âme immatérielle en Afrique tandis que leurs corps resteraient en Amérique. Porte du Non Retour
Nous sommes arrivés à la plage d’où s’embarquent les esclaves pour l’Amérique.
La Porte du Non-retour
De nombreuses statues jalonnent la route jusqu’à la Porte du Non Retour. J’accompagne Anicet jusqu’aux deux bornes qui figurent l’esprit des morts. An fin de parcours nous sommes tous remués par ces souvenirs tragiques.
J’offre à Thierry et à Anicet un Fanta orange. Il fait très chaud. Nous avons hâte de rentrer.
Après midi tranquille à Helvetia
Diane nous apporte au bungalow deux salades : niçoise et poulet. Nous nous reposons pendant les heures où la chaleur est la plus intense, avant de terminer l’après midi à la plage. Les vagues interdisent la baignade. Je me promène dans l’écume blanche en laissant mon esprit vagabonder à la lisière des vagues avec grand plaisir.
Au dîner : salade niçoise, côte de porc valaisanne accompagnée de courgettes et de plantains, pour finir, une glace moka maison. Moronikê nous livre ses secrets de cuisine. Ses épinards sont cuits à l’étouffée avec très peu d’eau (1dl) parfumée au bouillon de volaille et de l’oignon. Les courgettes sont blanchies 3 minutes avant d’êtres sautées avec du beurre et du persil.
Les moustiques font leur apparition. Je déserte la terrasse du bungalow pour écrire sous la grande paillote plus près de la mer et plus aérée, où il n’y en a pas.
BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES
sur les routes béninoises (photo Damien)
Négociations
Thierry se charge de négocier, à la station de taxi, un siège arrière dans un taxi collectif pour nous seules. Le tarif Cotonou-Abomey est de 1500 CFA mais 4 voyageurs doivent se tasser sur la banquette. Pour 6000CFA nous serons à l’aise.
Thierry est entouré par une demi douzaine de chauffeurs. L’un d’eux est d’accord. Nous chargeons les valises dans son coffre. Soudain, le ton monte. Thierry, la douceur même, crie plus fort qu’eux. Je saisis quelques mots en Français : « confiance », « hôtel ». Les valises retournent dans la malle arrière de la Toyota Corolla jaune et verte de Thierry qui nous fait signe de monter d’urgence.
En route pour l’autre gare routière, il nous explique que le véhicule était en mauvais état, la vitre arrière, brisée en éclats, nous aurait blessées.
Nouvelle négociation. Thierry me charge d’annoncer moi-même mon prix : 6000 CFA . 1500, c’est le tarif pour Bohicon. Pour 1800, le taxi nous conduira à la porte de l’ hôtel. Deux autres passagers occupent le siège avant : un vieux monsieur en boubou blanc et bonnet de ski à pompon de laine, un jeune qui tente de prendre ses aises en lançant se bras.
La campagne béninoise
Après Abomey-Calavi, nous découvrons la campagne béninoise. Plus de paillotes en palme tressée comme à la mer, les maisons sont en dur. Parfois, on voit un village ancien en terre rouge et chaume, le plus souvent : parpaing, ciment et tôle ondulée. Les stands des marchands d’essence de contrebande se font rares. La misère urbaine disparaît. Dans les campagnes sévit sans doute aussi la pauvreté, mais elle ne se voit pas autant.
J’ai beaucoup de mal à déchiffrer la paysage. Par moment je reconnais des petits champs de manioc ou de canne. Les orangers dans les vergers sont-ils cultivés dans des vergers ou retournent-ils à l’état sauvage ? Même question pour les manguiers. Je n’arrive pas à faire la différence entre friche, champ cultivé et même forêt. Ces rideaux d’arbres aux feuilles énormes, des tecks, ont-ils été plantés de la main de l’homme ? Pourquoi si serrés ? Ils ont du mal à se développer. Qu’en est-il des arbres immenses qui dominent de leur hauteur le paysage : des restes d’une forêt ancienne ou des individus poussant solitaires ?
Nous passons devant une usine d’huile de palme. Où sont les palmiers ? Forêts
Nous suivons la route sur la carte du Petit Futé, traversons une forêt. Les frondaisons sont plus élevées, les arbres plus imposants. Toute une exploitation forestière se développe le long de la route. Des sacs cylindriques en forme de phallus dressés sont remplis de charbon de bois. Des « piquets » soigneusement rangés, des tas cubiques (stères ?) de bois de chauffage. Une grande scierie moderne et son aire pour les camions. Plus insolite : les mortiers et les pilons sculptés offerts à la vente.
Bohicon
A Bohicon, la circulation s’intensifie. Le chauffeur confie le vieux monsieur et son ballot à un zemidjan. Le jeune descend plus loin. Notre taxi erre dans Abomey. Je suis de moins en moins sûre qu’il connaît la résidence Marie José. Attente devant une boutique de téléphone, puis vérification de la pression des pneus.
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Gari : farine de manioc
La résidence Marie José
Chez Marie José, deux employés Hawa et Honoré, nous font visiter les chambres. Le patron est en voyage et la patronne absente. La chambre climatisée possède un très vaste lit mais aucun dégagement sur l’extérieur.
-« Avez vous une chambre qui donne sur le jardin ? »
Nous choisissons une petite chambre ventilée, ouverte sur une jolie cour. Devant l’entrée, un bel avocatier aux feuilles arrondies. Des hibiscus forment de petites haies. En face un petit cycas, et des arbustes qui ressemblent à des lauriers roses derrière la piscine des enfants. Un grand manguier dépasse du mur.
Moustiques
Honoré prétend qu’il n’y a pas de moustiques. Il faut espérer que c’est exact : la moustiquaire de la porte est crevée (on pourra toujours fermer la porte en bois). Un appareil de climatisation hors d’usage est mal encastré dans le mur. Des insectes pourraient s’introduire par le trou. On colmate les brèches avec le papier toilette.
Ventilo
Un ventilo à longues pales est suspendu au plafond. Je rêve d’avoir le même à Créteil. La fraîcheur de l’air brassé est relative mais très agréable. Avec la climatisation la différence artificielle de température entre le dehors et le dedans est beaucoup trop forte. On est forcé de s’enfermer. En plus, c’est bruyant.
Promenade dans Abomey
La rue qui mène au marché est bordée d’ateliers de couturières. Leur table à découper et leur machine mécanique sont installées sur leur terrasse devant la maison. J’ai envie de les photographier assises dans leurs robes colorées et leur turban assorti en train de piquer des tissus multicolores. L’une d’elles est particulièrement belle. Je m’enquiers du prix d’une robe. Son mari intervient. Pour la photo, c’est raté !
marché d'Abomey
Nous avons de la chance : c’est jour de marché
Nous avons de la chance : c’est jour de marché. Nous nous proposons d’acheter des avocats, des fruits. Nous complèterions volontiers le repas avec une boîte de thon et des yaourts. Dans les épiceries, il y a des sardines mais les marchands ne savent même pas ce qu’est le thon. Les yaourts sont hors de prix 1000CFA l’un. On en achète deux, (l’un d’eux sera fermenté, immangeable). Pour les avocats, on a vu arriver les Yovos, 100 francs l’un, alors qu’à Cotonou, avec Thierry, j’en avais eu deux pour 75F.
photos
les étals piments et tomates
Le marché est très tranquille, très coloré, très pittoresque. Pour les photos, je fais mine de poser, D « me prend en photo ». Heiner nous l’ a suggéré. Pour lui, c’est facile ! Il installe ses enfants, tout le monde comprend qu’un père photographie ses enfants.
Sur les plateaux recouverts d’une toile blanche, la vendeuse a déposé des petits tas de piments rouges ou des tomates. Plateaux de poisson et de crevettes séchés. Même pour la marchandise, pas de photo. Dans des paniers, des cônes de haricots variés, du maïs entier ou concassé, bien plus clair que chez nous, de la semoule pour le couscous.
pagnes
Les vendeuses de tissu africain sont très aimables : 600F le mètre pour les tissus imprimés les moins chers, 1000f pour les plus beaux. Elle propose : 4 m pour un ensemble, ou 2m pour une jupe. J’achète après avoir beaucoup hésité devant la variété des couleurs .
Nous nous asseyons un instant. Le flacon de liquide désinfectant fuit. Nous en profitons pour nous « laver » les mains. Les vendeuses de la « pharmacie » en réclament croyant que c’est du parfum. J’en dépose une goutte sur les mains en expliquant que cela rafraîchit. La « pharmacie » est une catastrophe sanitaire, les boîtes éventrées sans date de péremption, cachets orphelins.
Nous sortons du marché après avoir vu l’étal des fétiches : grenouilles desséchées, pauvres buses emplumées, crânes de petits carnivores, phallus de bois…
Coca dans un petit maquis, bien frais mais on ne donne pas de paille. Je n’ose pas boire dans la timbale en fer blanc. Pour une somme modique on sert du poulet, du couscous et des pâtes.
cybercafé
Le cybercafé est fermé. Une banderole annonce qu’il ouvre de 12h à 24H. On nous dit de revenir après 19 h. La panne sera réparée. Il est 13h. Le soleil est au zénith. Après 150 m en plein soleil, nous nous abritons sous un bel arbre où des garagistes réparent des motos. On n’ira pas plus loin à pied. On arrête un zemidjan, discute le prix. Pour 100CFA nous rallions confortablement et à petite vitesse, le bout de la rue à un petit kilomètre.
après midi tranquille
Après midiD s’installe sur le lit sous le ventilo, et moi dans le jardin à écrire.
Nous n’avons pas l’énergie d’aller au Musée. Marie Josée est revenue. C’est une grande femme d’un âge indéterminée. Son pagne glisse sous ses chairs qui débordent de partout. Elle s’enquiert mollement de notre sort et du menu que nous avons choisi pour dîner : poulet et couscous. Elle nous dit qu’elle va téléphoner au directeur d’un Musée. Nous ne sommes pas plus avancées.
La Direction du Tourisme
Dans le Petit Futé il y a une info intéressante : la Direction du Tourisme organiserait des tours de la ville. Puisque nous avons un téléphone, j’appelle. Cinq minutes plus tard un fonctionnaire important habillé d’un costume de style chinois en toile légère entre gris et kaki qui le boudine fait apparition sur une moto.
Avant de faire des propositions concrètes, il pontifie en nous décrivant un « circuit de la résistance de Béhanzin » et nous promet de visiter des lieux historiques dans la brousse (Comment ? En moto ?). Mais ce circuit est beaucoup trop long. Il faudra se contenter du la Place et du Musée (on aurait trouvé cela toutes seules).
Ce soir ont lieu des cérémonies vaudoun. Il nous enverra un accompagnateur, ou peut être viendra-t- il en personne « pour notre sécurité » ?
A cet instant, Marie José arrive avec son téléphone : Otis, son mari, désire me parler. Il vient de prendre connaissance du mail que j’ai envoyé il y a une dizaine de jours. Je lui passe le « technicien » du tourisme.
Mon boubou raté !
La couturière à qui j’ai confié le coupon est la sœur de Marie José ; mon boubou est prêt et m’attend. Il est aussi large que haut. Pas besoin d’essayage. C’est unitaille et pas très seyant ! Une chemise de nuit mal taillée. Je le passe. Toute l’assistance s’exclame que j’ai fait un très bon choix pour le tissu. Surprise : je suis drôlement au frais là dedans. Sûrement pas élégante mais quel confort quand le vent s’engouffre partout !
BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES
statues du musée de Gabin
Il va venir… Il faut attendre…
Marie Josée est revenue, vêtue à l’Européenne en pantalon mode baggy, accompagnée par un homme « Gabin, comme Jean Gabin, l’acteur ! ». C’est le Directeur du musée privé dont elle m’a parlé en début d’après midi et c’est le guide officiel de l’hôtel. Nous voilà bien ennuyées. Nous avons maintenant deux guides !
Ce n’est pas la première fois que nous sommes dans cette situation gênante. Nous ne faisons pas suffisamment confiance aux Béninois qui, de leur côté sont plutôt lents à la détente. Comme nous ne voyons rien venir, nous nous agitons en tout sens et nous adressons à une autre personne. C’est une erreur. Il nous faut être plus patientes, apprendre à attendre.
-« Il va venir », « Il faut attendre », nous serine-t-on ici.
Il y a beaucoup de guides et peu de touristes.
Comme par magie, Otis, au téléphone, surgit au bon moment. Il a appelé l’office de Tourisme, tout est arrangé. Gabin nous accompagnera à la Cérémonie et nous fera visiter la ville demain.
en attendant Gabin
Dans le quartier tout proche, ce soir il y a aussi des Revenants. Ce sont des Masques. J’espère que Gabin nous montrera également les Revenants.
Ce matin, j’ai demandé à Hawa, la bonne, s’il risquait de pleuvoir.
– « Non ! parce qu’il y a des Revenants » affirme-t-elle.
Bizarre météo ! Ce soir, alors que nous attendons Gabin qui a disparu, elle nous confie :
– « Heureusement que vous serez avec Gabin qui est un grand initié. Quand les Blancs sont tout seuls les Revenants les poursuivent, et se moquent d’eux ».
Foot
Comme Gabin n’arrive toujours pas, nous sortons sur la place devant l’hôtel pour l’attendre et guetter les Masques. Des jeunes jouent au foot (la place est aménagée avec des cages) Le ballon arrive sur nous, D shoote. Les garçons la félicitent. Ils ont vite fait de nous encercler. Ils connaissent Zidane et Ronaldo et Ronaldinho (notre répertoire ne va pas plus loin). Au Bénin on suit sur FRI le Championnat Français, il y a même des paris.
Séance- photo. Pas de refus ! Au contraire, ils veulent tous être pris en portrait, seuls. J’explique :
-« L’appareil n’est pas numérique, il faut des rouleaux on n’en n’a pas beaucoup. »
Ils n’insistent pas. C’est vrai qu’avec un numérique on aurait pu leur montrer le résultat et éventuellement supprimer après !
statue du musée de Gabin
La Cérémonie
Gabin finit par arriver. C’est trop tard pour les Revenants. Il nous conduit à pied à la Cérémonie qui a lieu sur une place devant un petit temple peint en blanc tacheté de rouge décoré avec des personnages naïfs. Il s’agit d’honorer une divinité de l’eau et les esprits des enfants royaux mal formés. Dans la famille royale, on éliminait les enfants malformés mais ceux-ci devenaient alors des divinités. On est très choqué par cet eugénisme.
– « Il faut que les rois soient beaux et sans tache ».
D’un côté l’assistance est assise autour des musiciens, joueurs de tamtam. En face, les danseurs, les initiés et les possédés qui sortent d’un porche. Un rang d’hommes et un rang de femmes vêtus de tenues chamarrées multicolores avec des mètres de tissus précieux repliés. Un couvre-chef décoré. Des bracelets de métal aux chevilles et aux poignets. A la ceinture, un sabre dont la pointe du fourreau ressort sous les tissus bouffants. Le Maître de Cérémonie arrive sous un parasol brodé. Ses habits sont tout dorés ou argentés ; il luit sous les perles cousues, les tissus aux fils d’or et d’argent et porte un bonnet à oreilles orné de perles.
Nous sommes les seules blanches mais personne ne fait attention à nous, si ce n’est pour nous offrir une bonne place assise. Les danseurs font des pas lents, très compliqués. Même ceux qui sont âgés sont d’une souplesse surprenante, sautant sur un pied, se ramassant, se détendant. Gabin est très évasif. Sans doute, ne veut- il pas trahir des secrets. Après les hommes qui dansent seuls ou deux par deux, les femmes dansent en ligne à pas mesurés. Comme les hommes, elles portent des cannes, symbole de puissance. Plus la soirée avance, plus les chanteurs se déchaînent, suivis par l’assemblée. Gabin murmure. Une longue file d’initiés est placée devant nous distants d’à peine 1,50m. Je peux observer à loisir les bracelets de coquillages blancs et rouges haut encerclant leur bras près de l’épaule, presque à l’aisselle. Les nombreux colliers et pendeloques à leur cou. Les coiffures compliquées tressées avec des perles et des coquillages, chapeaux bizarres. Des spectateurs se précipitent, le front dans la poussière, baisent les pieds d’un danseur, puis se relèvent rapidement et reprennent les chants.
Au bout de trois quarts d’heure, D est rentrée seule. Je souhaite profiter plus longtemps de ce magnifique spectacle. Une bouteille placée devant les chanteurs « cela leur donne de l’énergie ». Peut être va-t-il se passer quelque chose. Au dessus de nous, le ciel est zébré d’éclairs qui renforcent l’atmosphère dramatique. Gabin remarque « on ne voit plus les étoiles, il va pleuvoir ». Nous rentrons sous de grosses gouttes qui ne mouillent pas. Au loin, le tonnerre. Chacun espère la pluie. Nous avons oublié de nous protéger des moustiques. Il n’y en a pas.
Le poulet-bicyclette est dur
On invite Gabin à dîner. Mauvais convive ! Il s’empare de la radio, écoute les nouvelles, les premières décisions du nouveau gouvernement, les commentaires sur la nouvelle politique cotonnière, les réactions des syndicats. Les Béninois sont vraiment passionnés de politique. Ils ont balayé Kérékou au nom du changement et continuent, même les élections terminées, à suivre avec ferveur l’actualité.
Le dîner tarde à arriver. Le troisième couvert a perturbé en cuisine. D,lasse d’attendre, s’est éclipsée. Elle n’est vraiment pas africaine ! Je suis un peu confuse de ce manque de politesse. A Rome fais comme les Romains ! A Cotonou, arme-toi de patience ! La perception du temps n’est pas la même que sous nos latitudes tempérées. Tout se fait plus lentement. Les nouvelles sont terminées, succède à la radio. une émission sur la constipation à la radio.
Enfin le poulet arrive. Est-ce le fameux « poulet-bicyclette » ? J’essaie de planter la fourchette dans la cuisse. C’est dur, impossible à couper. Gain mange avec entrain, utilisant ses doigts. Je détache l’aile et trouve le blanc, à peu près comestible. La graine du couscous est délicieuse.
La pluie a rafraîchi l’air. Il fait une température agréable. Nous retardons l’heure de nous enfermer. D me dit qu’elle s’est trompée et qu’elle a mis le bouton du chauffage . Sur un ventilateur ! la chaleur fait déraisonner !
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musée de Gabin
Réveil chez Marie Josée
Aux premiers pépiements des oiseaux dans l’avocatier, je sors.
On sert le poulet d’hier avec le couscous au petit déjeuner, du Nescafé en sachet avec du lait concentré, de la confiture et du pain frais. Les jus de fruits, les omelettes et les mangues d’Helvetia sont loin !
3 guides pour 2 touristes!
A 8h30, une moto arrive. Ce n’est pas Gabin mais le gros homme au costume étriqué. Gênée, je lui parle de Gabin.
– « Gabin et moi, c’est pareil ! »
D’ailleurs, le voilà qui arrive, lui aussi. Avec un jeune à moto, ils sont trois à nous attendre. Finalement, nous partons, D, en selle derrière Gabin, et moi, sur la moto du jeune assistant du bureaucrate.
La maison de Gabin se trouve à la lisière de la ville. Le fossé et le mur d’enceinte de la ville sont dans son jardin. Il essaie de préserver le fossé menacé par les constructions des voisins. Depuis 1978, il plante et entretient. Je calcule, Gabin doit avoir à peu près notre âge. Il paraït beaucoup moins avec son visage rond, son sourire juvénile et ses yeux un peu bridés. Les arbres aux larges feuilles sont des tecks. J’ignorais qu’ils poussaient en Afrique.
Gabin nous ouvre son musée privé. Par terre, dans un coin, tout le nécessaire pour le Fâ (la divination) : les diverses graines, boules, perles de terre cuite, cailloux, les petites tables sur lesquelles est écrasée la boule de kaolin, les chapelets à pièces plates que le devin lance. Tout le rituel reste mystérieux. Nous restons sur notre faim. Comme pour les danses. Gabin entrouvre une porte pour la refermer aussitôt. Il laisse imaginer l’existence de secrets sans les révéler. L’initiation n’est pas réservée aux Béninois. Il nous parle d’une journaliste néerlandaise initiée.
Le long d’un mur, des poteries symbolisent des divinités, mais nous ne savons pas lesquelles. Dans un coin, sont entassées pêle-mêle des statuettes. Pour une fois, je peux photographier sans réserve. Gabin nous montre une tunique de raphia violette du Legba (sorte de bouffon de cérémonie en même temps une divinité). Sur le tissage sont cousues de toutes petites calebasses et des coquillages.
Asen (autels) et Fâ (divination)
Dans des débarras en piteux état, il nous montre ses projets : une salle audiovisuelle, des entrepôts pour les fouilles archéologiques, costumes. Il nous raconte ses collaborations avec des Américains d’Atlanta et avec le Musée Dapper.
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palais et bas reliefs
Chez les rois d’Abomey
Hier, j’avais postulé à une audience chez le roi. Ce matin on m’a annoncé qu’il faut payer 50 000 francs( beaucoup trop cher pour nous !) Le fonctionnaire a rappelé chez Gabin, le prix de l’audience est descendu à 20 000francs. Je décline à nouveau cette proposition.
Au Palais, Gabin nous confie à un guide du Musée . Parcours accéléré, pas le temps de lire les pancartes ni de nous attarder devant les vitrines contenant de très beaux objets : les trônes des rois du Dahomey faisant face aux Asen (autels portatifs métalliques décorés avec les symboles des différents monarques. Ces autels étaient consacrés avec du sang.
Un trône reposant sur des crânes humains
Le trône du roi Ghizo repose sur 4 crânes humains. Les murs des petites cases de méditation sont pétris avec le sang des prisonniers sacrifiés et de la poudre d’or et d’autres trésors. Décidément ces rois étaient vraiment sanguinaires !
Les épouses
Nous traversons les différentes cours, celles des Reines, comme à Porto Novo. Un roi a eu jusqu’à 5000 épouses, dont un certain nombre se suicidèrent pour lui tenir compagnie dans l’au-delà.
Bas reliefs
Sur les murs, des bas-reliefs peints aux symboles des rois successifs. Chaque symbole est associé à un mot d’ordre, sorte de proverbe résumant le règne ou le caractère du roi.
A cette histoire dynastique, se surimposent l’histoire de l’esclavage et celle de la colonisation à travers la résistance de Béhanzin. Le musée est bien présenté, chaque bâtiment contient une exposition thématique : symboles du pouvoir royal, agriculture, armes avec les fameuses amazones au sein coupé.
Un couple de Béninois s’est joint à notre visite : lui, petit et timide, elle, grande très belle, avec une robe magnifique, des escarpins à bouts carrés, les ongles des pieds peints avec de petits motifs délicats et colorés, des spirales d’or à ses oreilles et son cou.
Nous visitons des endroits sacrés : la cour où se trouve la fosse commune des reines puis le tombeau d’un roi. Mais, « un roi ne meurt pas. Il est encore vivant. » C’est même l’endroit le plus vivant du Palais puisqu’on honore encore ses esprits par des sacrifices d’animaux. On offre au peuple les viandes des sacrifices.
« Même après avoir quitté son corps le roi nourrit encore son peuple » .
Les sacrifices humains pratiqués autrefois sont remplacés par des sacrifices d’animaux depuis plus d’un siècle (seulement !).
Pour fouler la cour et entrer dans la case du tombeau, il faut se déchausser, se courber sous la porte très basse, faire la révérence devant la couche, et laisser une offrande dans la calebasse.Je me prête de bonne grâce à l’hommage, désireuse de communier avec les dahoméens.
Nous retrouvons Gabin et son acolyte dans la vaste cour occupée par les artisans qui fabriquent sous nos yeux les souvenirs qu’ils vendent. Les tentures brodées nous plaisent. Pour une fois, les marchands ne sont pas trop insistants. Après nous être concertées et, avec l’aide de Gabin, nous achetons la belle tenture présentant les symboles des douze rois : patchwork marron et noir sur fond blanc pour le salon et un singe très coloré sur fond bleu.
Baobab
le baobab devant les palais "achète le caméléon"
Les photos sont interdites dans le Musée mais pas à ses abords. Je remarque sur un magnifique baobab. Depuis Cuba et le roman de Zoé Valdès, la Douleur du Dollar, où la ceiba jouait un rôle magique, je suis fascinée par les baobabs. En dessous de l’arbre, des enfants m’appellent :
-« Yovo, achète le caméléon ! ».
Il est ravissant, vert fluo, attaché à une ficelle. Maintenant que j’écris, je pense que j’aurais dû l’acheter pour le libérer des mains des enfants, comme on libérait les oiseaux dans les temples en Thaïlande.
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un arbre sacré et des offrandes
Gabin a une moto chinoise toute chromée et brillante. Je suis, sur la mobylette de l’assistant du fonctionnaire qui n’est pas un guide touristique. Tandis que Gabin commente les palais et les princesses, mon chauffeur parle du prix de l’essence et de la contrebande de l’essence en provenance du Nigeria alors que les pompes des stations service sont à sec. Selon lui, le gouvernement achète le carburant en France et en Italie. J’objecte que l’essence doit venir du Gabon où Total exploite des puits mais il n’est pas convaincu. Pour lui, l’essence, comme le lait ou la confiture, viennent d’Europe.
Au coin de la rue, un abri, une table et des bouteilles, l’enseigne : « Au volant pas d’alcool ! »,. Plus tard, à Tanguieta, on verra une autre enseigne : « vous ne viendrez pas chez nous par hasard « parodiant le slogan Total de France. L’humour des commerçants béninois est une attraction des plus réjouissantes du voyage. Une autre catégorie d’enseignes, celles qui sont bigotes ou bien pensantes « Dieu le fera ! » (le plein ?) Ou « Deo Gracias » (un bar).
Le tronc un bel arbre est recouvert d’un enchevêtrement de racines aériennes. En dessous, des vanneries. Des poussins passent. Photo parfaite. J’en prends une ou deux avant d’être arrêtée par un homme qui m’attrape le bras. Un très vieil homme dans un habit bariolé : l’arbre est sacré. Dans une petite calebasse à terre, des restes d’œufs et d’autres saletés sont la marque des sacrifices.
La balade à moto continue devant des bâtiments officiels : Préfecture, Mairie, prison datant de la colonisation. Le portable sonne. Mon chauffeur se baisse pour le prendre. On tombe dans un trou de la route.
– « Vous avez eu peur ? »
– « Non, je n’ai pas souvent peur ! »
On roule doucement, je ne pense pas qu’on se serait fait mal en tombant.
BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES
carte postale (nous n'avons pas osé faire des photos)
18h, Revenants. Nous suivons Gabin dans les rues poudreuses qui courent entre des murs. Il appelle ces ruelles des couloirs. Le public est déjà en place quand nous arrivons. Les jeunes, perchés sur une sorte de butte. Les musiciens et les dignitaires, alignés le long d’un mur. Gabin nous fait patienter dans une cour avant de nous présenter .
Costumes
Les Revenants sont masqués. Leurs costumes magnifiques sont rebrodés de paillettes multicolores figurant des emblèmes ou des inscriptions. Leur visage est occulté par une bande de coquillages large de 15cm long de 70 ou 80. Quand le personnage est assis, sa bande me fait penser à une trompe d’éléphants. Les épaisseurs de tissus se superposent sur une grande ampleur. Certains sont décorés par des rubans très larges cousus. D’autres ont revêtu un grand manteau brillant. Tous ne sont pas également éblouissants. Il y en a même un poussiéreux, à la place des coquillages, un grillage comme sur une burka afghane. Les mains ne sont pas visibles non plu. Les revenants brandissent divers objets à travers le tissu.
une place à la tribune officielle
Un Masque, armé d’un sabre de fantaisie et d’une queue de cheval, nous place sur des fauteuils à côté des musiciens, derrière les officiels. Gabin dépose ses sandales sous mon siège et disparaît. Deux vieux messieurs habillés de blanc s’installent. Ce sont les commanditaires de la cérémonie qui commémore le souvenir de leur père défunt. Les Masques leur parlent d’une voix contrefaite. On ne sait pas bien s’ ils sont des hommes ou des femmes, jeunes ou vieux. Plus tard, Gabin nous expliquera que le Revenant s’adresse au chef de famille au nom du défunt, mais aussi au nom de ses ancêtres, il lui parle du passé et de l’avenir.
LesMasques dansent, s’agitent, font des pitreries. Ils portent sur leur dos une sorte de plateau avec une tête en bois sculptée ou une figurine. Parfois les revenants se retournent redressant le masque sur le dos. Tantôt, les Masques se posent, assis. Ils sont très volumineux, plus larges que hauts, leur bande de coquillages leur donne un aspect pachydermique.
Une autre activité des masques se déroule sur la placette et dans la rue.
Poursuites
Les Revenants poursuivent les jeunes, en cavalcades, courses et poursuites autour d’un petit arbre abondamment secoué. Les jeunes rigolent. On ne sait pas où commence la crainte des Revenants et où finit le jeu. Gabin nous dira plus tard, qu’autrefois, le costume des Masques était empoisonné. Maintenant celui que le Masque attrape est seulement chicoté. J’ai déjà entendu ce mot dans la bouche de mes élèves. Certains jeunes sont armés d’une sorte de badine. La maintenant à l’horizontale, ils contiennent l’avancée des revenants.
Seules!
Gabin nous a laissées seules. On se demande s’il n’est pas, lui aussi, sous le costume d’un Masque.
En plus des Masques, il y a les musiciens, 3 tamtams frappés avec des baguettes recourbées et tout un chœur de vieilles femmes. Irruption soudaine d’un personnage nu, vêtu de raphia et d’herbe, au visage masqué très noir. Duels avec les jeunes armés de bâtons. Les cavalcades deviennent de plus en plus endiablées. Un Masque reçoit une gratification de la part des hommes en blanc et sollicite les Yovos. Nous sommes venues sans sac ni porte-monnaie. Ma robe africaine n’a même pas de poches. Le ton monte.On sent l’agressivité Heureusement, Gabin nous défend. Il promet que nous donnerons une contribution pour la cérémonie.
De retour à l’hôtel, il demande 7000 F que nous lui donnons bien volontiers. Nous sommes sous le coup de l’émotion, conscientes d’avoir vécu une expérience hors du commun.
Gabin retournera plus tard au couvent. En tant qu’initié, il participera à la partie nocturne de la fête. Il est très fier d’être un notable respecté de tous, fêté, invité…
BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES
crevaison!
Vous allez attendre !!!
Otis n’est pas rentré. C’est l’Arlésienne de ce voyage. J’aurais pourtant bien aimé connaître ce personnage qui a des sortes d’antennes pour intervenir par téléphone au bon moment quand nous avons un problème.
Marie-Josée ne s’appelle pas Marie-Josée mais Candide. Marie-Josée c’est le nom de la femme blanche du père de Candide qui a fondé l’hôtel. Candide a 28 frères et sœurs. Deux de ses petites sœurs habitent l’hôtel. Hier soir, elles apprenaient leurs leçons sous la paillote. La plus petite,de l’Anglais, la grande qui est en seconde, les sciences naturelles. Son cahier est perlé, son cours très complet. Elle veut être médecin. Je ne sais pas dans quelle section elle se trouve (elle fait 5h de biologie par semaine).
Justement, le téléphone sonne : Otis a demandé à un ami de venir nous prendre pour nous conduire à Bohicon. Marie-José-Candide n’a plus d’unités sur son portable. Elle n’utilise pas le fixe. De mon mobile, elle rappelle notre convoyeur.
Parmi un flot de paroles, j’entends : « huit heures- ZERO ». Le chauffeur arrive très rapidement. « Vous allez attendre » prévient Marie José. Nous n’imaginons pas à quel point ! Africalines n’existe plus, remplacé par Confort Line.
la Gare routière de Bohicon
La gare routière est située à un carrefour, à l’emplacement d’une station service. La fosse du mécanicien fait office de salle d’attente. Les bancs, le long du mur, sont déjà bien occupés. Au fond, plein de paniers et de bassines ainsi que des tabourets. J’abandonne les valises et le sac à dos et je vais aux renseignements.
– « Ils vont venir à neuf heures trente ! » martèle le gros homme de l’essence en chemise à carreaux rouge.
Tout le monde opine :
– « A neuf heures trente, ils vont venir, beaucoup de cars ».
Un homme propose son taxi pour 8000f. Le car est à 6500f ; c’est à peine plus cher. A ce prix, ce ne sera pas un taxi privé. Il nous montre son véhicule – pneus lisses- je n’ai pas confiance.
petit marché pour les voyageurs
Au fond de l’abri, des enfants viennent chercher des paniers et disposent avec le plus grand soin des mandarines ou des avocats, remplissent des sachets de haricots cuits.
Une petite fille gracile de 6 ou 7 ans nous prend à parti :
– « Yovo ! » dit-elle sévèrement en contemplant nos bagages.
Elle veut installer les tabourets de son commerce là où nos sacs encombrent. Elle porte, roulé sur sa tête, le petit foulard qui lui permet de porter les paniers de mandarines.
Vers 9 heures toutes les vendeuses sont prêtes avec les avocats, les oranges pelées mais aussi des boules enroulées dans des feuilles vertes et des boules d’une pâte très odorante contenant des graines. Une femme tient une cantine chaude avec du riz et de la sauce. Des colporteurs proposent du dentifrice, des cotons-tiges, des petites serviettes (bien utiles pour s’éponger), des bics fichés verticalement dans un carton, des ceintures, des calculatrices….
J’amorce une sortie. Le gros homme me dispute :
– « Je vous ai dit, à neuf heures trente, ils vont venir » répète-t-il en détachant les syllabes.
voilà les cars!
A l’heure dite, le premier car arrive. Cohue monumentale. Des gens descendent achètent de quoi se restaurer. Pas question d’approcher, l’autobus est complet. Un second suit, c’est celui de Parakou, un troisième pour Natitingou. Les chauffeurs en chemise bleue et le placeur avec un dossart blanc m’expliquent :
– « Des gens se sont trompés, ils ont pris le car de Natitingou alors qu’ils vont à Parakou, vous prendrez leur place. »
Le placeur appelle Damien, le chauffeur du car N°4 encore en route quelque part. Le chauffeur du car de Parakou nous lance, mauvais :
– « A cause de vous, nous attendons ! ».
Finalement Damien gare son car plus loin. Course, le monsieur de l’essence porte nos valises. Nous avons été devancées par une dame à la carrure imposante. Il ne reste plus qu’une seule place. – « Il en reste une autre dans le car suivant ».
On refuse de se séparer. Deux hommes empoignent nos valises. – « Je ne comprends pas pourquoi on vous balade comme cela ! »
Dans le Taxi-brousse Dieu est avec nous..
Il est dix heures passées, le calme est revenu dans la gare routière. Les cars sont passés. Nous sommes en rade. Il reste toujours le taxi. Je négocie la banquette arrière : 4 places au lieu de deux pour nous seules, il baisse son prix à 7000F (7000X4=28000F). Il « casse » son prix à 26000F. Chargement, attente d’autres clients. Trafic de bidons dans le coffre. Deux hommes montent sur le siège du passager. Ce sont les clients qui paient l’essence au revendeur.
Dassa, Savalou, Banté
Jusqu’à Dassa, nous traversons une verte campagne très boisée. Autour de Dassa, paysage très pittoresque : les 41 collines coiffées de chaos granitiques. Après Dassa, on prend à droite vers Savalou. Le paysage prend une allure désolée, beaucoup plus sec, des incendies ont grillé la maigre forêt.
Entre Savalou et Banté, la misère est désolante. Les villages rues en ciment croulant aux auvents de tôle rouillée sont tristes. Pas d’enseignes peintes colorées rigolotes les « Dieu le fera » et les « deo gracias » sont effacés. Seuls panneaux peints de neuf, les pancartes des ONG du monde entier soulageant ici, une école, là, un dispensaire. Des pancartes « Le SIDA est là, sois fidèle ! » paraît être une exhortation dérisoire dans un pays où la polygamie est ordinaire et où les préservatifs sont des articles de luxe.
Sur les petits étals des marchés, pas grand-chose. Avant Dassa, les cylindres blancs de « gari » (manioc) avaient attiré mon attention. Ici, même pas de mangues. A Bantéle vieux monsieur assis sur la banquette avant est remplacé par une dame très élégante.
arrêt déjeuner
Le chauffeur décide un arrêt déjeuner : on sert dans une assiette du riz avec de la sauce rouge. Sans la sauce, le riz doit être digestible par un estomac européen. Je n’ai pas confiance dans la propreté de la gamelle. J’espère des fruits frais. Je me promène sur les planches qui vont d’un étal à l’autre passant du cybercafé (eh oui !) aux articles de toilette : savon, manioc, haricots secs. Rien de frais même pas de petites mangues. Je me demande comment j’aurais pu manger des mangues dégoulinantes dans le taxi. On me promet :
– « A Pira, il y aura des bananes ! ».
La route longe la frontière togolaise, nous avons même cru que nous étions passées au Togo. Ce n’est pas la douane mais le péage de la route. La forêt verdoyante reprend le dessus. Le paysage devient plus riant.
Bassila
A Bassila, enfin, j’achète des bananes, un avocat et une mangue pour 600F. Je mange avec avidité les bananes. Le petit déjeuner d’Abomey est loin.
Crevaison !
Ce n’est pas étonnant. J’avais remarqué l’état des pneus. Le chauffeur a répondu :
– « Dieu est avec nous ! »
Effectivement Saint Michel Archange, sous forme d’autocollant est présent sur le tableau de bord. On a entendu la messe à deux reprises à la radio. Cette radio n’émet que des bondieuseries et pas RFI, comme dans la voiture de Thierry. D a blasphémé. Nous sommes punies.
Gare routière de Djougou
La réparation est rapide. A 17H nous sommes à Djougou. Le chauffeur nous confie à un autre taxi pour les 85 km restants. Il y a du réseau pour le téléphone portable : j’appelle Léon pour le prévenir de notre retard.Le chauffeur du taxi brousse nous débarque sans me rendre la monnaie et nous confie à un autre taxi.
Un placeur installe une famille avec au moins quatre enfants sur la troisième banquette du break Peugeot. Puis, D, qu’il appelle « Maman » devant. Sur la deuxième banquette, se tassent 4 personnes. Il ne me reste plus qu’à me coincer entre Dominique et le chauffeur. Dominique ne l’entend pas ainsi et pique une grosse colère. Nous avions fixé 26000 F pour 4 places. Il a rendu la monnaie sur 28 000 et nous voilà tassées ! C’était bien la peine de payer si cher ! Dominique se lève et part dans le marché. Je suis à bout de nerfs après 10 heures de route, 40° à l’ombre, en plein marché, seules blanches, c’est bien le moment de faire une colère!Je vais au coffre retirer nos bagages. Il y a une poule vivante dans une bassine au dessus de notre valise. Heureusement la grippe aviaire n’est pas encore arrivée au Bénin.
« Elle va revenir! »
Tout le monde proteste : le chauffeur était un malhonnête ; D a eu raison de se fâcher, « elle va revenir, il faut l’attendre ! ». Je retarde une douzaine de personnes en plein cagnard ! J’ai oublié que nous sommes en Afrique, pays où on attend facilement
D’ailleurs, Dominique est de retour. Le nouveau chauffeur est musulman : « Allahrécompense les gens patients » dit l’autocollant collé au tableau de bord. Le taxi se détourne de la route pour poursuivre le chauffeur indélicat jusqu’au garage où il fait réparer sa roue.
Le nouveau taxi avale les kilomètres. En une heure, nous voilà à Natitingou. Pour racheter l’honneur des chauffeurs béninois, nous sommes conduites à domicile à l’hôtel Tata Somba. Normalement les voyageurs sont déposés à la gare routière, puis pris en charge par les zemidjans.
BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES
piscine, clim, un vrai 3*!
Accueil chaleureux de Léon, le lion,qui nous attend en haut des marches et nous fait la bise.
L’Hôtel Tata Somba date des années 70. Il est construit autour d’une jolie piscine. Chaque chambre est ronde comme une case africaine, l’ensemble fait un cercle autour d’un jardin. Il est crépi de rose imitant la terre rouge. La chambre est climatisée mais aveugle. Pas d’ouverture, mais la Télévision. « Questions pour un Champion » quand on l’allume.
Léon nous offre un pot dans le jardin. Notre correspondance sur INTERNET nous vaut un traitement de faveur. Il se présente lui-même : » le Lion », il est très expansif.
Dîner aux chandelles dans le jardin : spaghetti bolognaise. La carte est chère. Les spaghettis sont très copieux. Je prends un dernier bain de nuit puis nous téléphonons en France : pendant trois jours nous serons dans la brousse, injoignables.