Une journée à Natitingou, musée, affiches

BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

riz et haricots au marché de Nati

Une journée de courses

Une journée pour les courses, la banque, le farniente avant le long voyage en car jeudi. Nous traversons les jardins puis les ruelles poudreuses de notre quartier pour rallier la gare routière. Les bureaux de Confort Lines sont à l’autre bout de la ville. Nous marchons le long de la rue principale bordée de flamboyants très animée avec les zemidjans bruyants, les taxis bondés, les écoliers en route pour l’école, les vendeuses de mangues, les colporteurs de tongs…Les boutiques qui bordent l’avenue sont presque aux standards européens. Le reste est tout rouillé, brinquebalant.

Enseignes
Les enseignes m’enchantent:
–      « Le Crayon de Dieu n’a pas de Gomme », c’est la coiffeuse,

–      les cafétariats ont invariablement un t au bout,
–      « Défense d’urinée sous peine d’amande »…
Tout cela est gai, charmant et sans prétention.

Le bureau de Confort Lines est fermé. Il n’ouvrira qu’à 15H30 . Le réceptionniste de l’hôtel voisin propose de nous inscrire si nous lui laissons nos noms et 1000F. il peut aussi bien empocher l’argent et ne rien faire !

Nous aimerions faire entrer dans le cadre d’une photo, le collège vieillot peint en rose « Ecole de Filles » « Ecole de Garçons », datant de l’époque coloniale avec la mosquée blanche et verte et ses quatre minarets verts. Une branche de flamboyant au premier plan. Evidemment, cela ne colle pas !

marchandes de mangues

   Petit marché : mangues par terre en tas, tomates et piments artistiquement déposés, riz, haricots en cône dans des paniers. J’achète tout ce qui me fait plaisir : deux mangues, deux avocats, un petit ananas à la chair blanche et aux écailles vertes. A la Poste, pas de monnaie – comme d’habitude- la postière rigole « L’important c’est d’avoir l’argent » en détachant bien les syllabes comme les Africains.

A la banque on photocopie les billets de 50€!

La façade de la banque est en marbre, l’intérieur est moins pimpant : un comptoir vieillot flanqué de caisses vitrées, des bancs de bois pour patienter. Seule la moitié des ventilos à grandes pales tourne. Le banquier fait l’important. Il ne changera les Travellers qu’avec le papier de la banque où sont inscrits les numéros, papier que je sépare volontairement des chèques à cause des voleurs. Rien à faire ! Je sors les cinq billets de 100€ et mon passeport qu’il photocopie, je dois même signer la photocopie des billets. On m’appelle pour comparer mon visage à la photo du passeport « Vous avez vieilli !» La caissière compte et recompte les billets. Elle fait des petits paquets de 9 billets qu’elle enveloppe dans le 10ème qu’elle plie.

Musée ethnographique de Natitingou

bas-relief : funérailles

Le musée ethnographique est logé dans une belle maison coloniale, le Cercle des Officiers Français : terrasse avec balustres encadrée par deux escaliers extérieurs, briques à clair voie. Un guide très agréable nous accompagne.

Les instruments de musiques sont présentés dans des vitrines : castagnettes métalliques (crotales), grelots de cheville en feuilles pliées contenant des graines, flûtes comme celles que nous entendons à l’occasion des cérémonies de circoncision que notre guide appelle des cérémonies de passage d’âge. Justement, un de ces orchestres se fait entendre dans la rue. Nouvelles précisions : ce sont les amis et la famille qui accompagnent     le jeune homme qui revêtira un  étui pénien et une serviette pendant plusieurs jours.

Parure et nudité

Des photographies anciennes datent du début de la colonisation française (1917 seulement à Natitingou). Elles montrent la vie avant les vêtements « civilisés », quand les gens allaient nus revêtus de leurs parures de raphia, de perles, de colliers de vertèbres de serpent, de jupettes de raphia, de grelots aux chevilles, de bracelets d’herbes tressées, d’étui pénien, de chapeau à corne…toutes sortes de parures sophistiquées.

Une salle est consacrée aux Tatas Somba. Des petites maquettes donnent une vue d’ensemble. Nous faisons des « révisions ». Nouvelle anecdote : les cornes au dessus de la porte qu’on supprime quand le maître de maison décède.

Exposition sur l’esclavage (venant de Genève), un texte intéressant de Calvin.

Nous mangeons dans la chambre un repas très frais : yaourt avocat, une mangue. Je me suis bien habituée à la chaleur (38°C). Nous passons l’après midi bien tranquille à la piscine.

Les affiches

Je vais faire mes réservations d’une course en zemidjan. Cela m‘amuse de prendre la moto. J’ai écrit tout plein de choses sur les circoncisions, ne pas oublier les femmes et ne pas passer sous silence les grandes affiches à propos « Les fistules gynécologiques ne sont ni des envoûtements, ni des malédictions, mais des maladies qu’on peut guérir ». Cette affection est particulièrement choquante et indigne du 20ème siècle.

D’autres affiches concernent les vaccinations infantiles.

A Bohicon, Cotonou, Porto-Novo :

UNE VRAIE FEMME SAIT ATTENDRE : elle ne vend pas son  amour propre pour des cadeaux et de l’argent 

UNE VRAIE FEMME SAIT ATTENDRE : elle consacre son temps à ses études et pense à son avenir.

UN VRAI HOMME SAIT ATTENDRE il n’écoute pas ses amis pour faire l’amour !

UN VRAI HOMME SAIT ATTENDRE / IL NE FORCE PAS LES JEUNES FILLES.
Lu également dans la rue toutes les panneaux «  publicitaires »  pour les différents cultes. Mosquée face à église. En plus un nombre incroyable d’églises évangélistes « gospel church », « église de la Profondeur Divine »…

J

Retour en car Natitingou/ Cotonou, Confortline

Cela ne vous rappelle rien?

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Vu des fenêtres de l’autocar
Assises aux meilleures places, juste derrière le chauffeur. La porte-avant est ouverte et remplace la climatisation. A 7heures, un pâle soleil sable perce les nuages au dessus de l’Atakora. Le Bénin marche sur le bord de la route : surtout des écoliers, certains portent des balais de chaume. Plus tard, dans la cour d’une école de campagne, les enfants, en ligne, balaient la cour. Derniers tatas sur la route de Djougou. Champs d’ignames, sur les petits monticules coniques on a disposé une branche sèche. Traversant un  village, je remarque les pancartes colorées : sur fond blanc

« c’est vrai le SIDA existe, protégeons nous ! »,

« Moi, je dis non au SIDA ! ».


Une banderole annonce Djougou:

« La  commune la plus écolo-environnementale ! »

« Jumelée avec Evreux ».

Arrêt. Des vendeuses proposent des galettes et toute sortes de nourriture. Elles doivent être musulmanes, elles sont voilées. Elles portent de grandes scarifications comme si elles avaient été griffées. Des bébés sur le dos, on ne voit que les petits pieds nus.

 

le marché de Tanguiéta

Les enseignes de Djougou
Je note les enseignes des boutiques:

sur un café « La Joie du Magnificat »,

pour une cabine en tôle : « Au Palais des communications »

et une autre : « Rosaire Mystica » plus énigmatique.

A la station-service : « Bougie à éteindre » ou encore « Délices du carrefour »,

chez la couturière :« Eh vas y voir ! ».
Je note toutes les petites scènes pittoresques observées à la fenêtre du car .
Dans une école le cours de Gymnastique se déroule en rang trois par trois.
Arrêt dans la campagne : une petite fille regarde la car, elle porte de la braise sur un  couvercle métallique formant un petit plateau. Comme c’est chaud, elle le pose par terre.
A Savalou, retour du réseau du téléphone portable. J’envoie un SMS à l’hôtel Helvetia. Sur le bord de la route, des cafétérias « luxueuses » presque comme en Europe. Nous traversons ensuite des collines verdoyantes, des forêts de tecks, arbres petits plantés serrés, au sol de l’herbe verte. La végétation est maintenant complètement différente de celle du nord du pays.
Arrêt déjeuner à Dassa  dans une sorte de gargote, je mange des bananes. Que faire des épluchures ? Une femme propose de m’en débarrasser, elle les jette de côté. A la sortie de Dassa, sur de hauts comptoirs, des cylindres de gari ressemblent à de gros cierges très blancs, au sol, des sacs de charbon. Chaque étal porte un écriteau au nom du producteur.

Arrivée à 15 heures, à Cotonou, place de l’Etoile Rouge, le bus a une heure d’avance. Nous attendons Thierry. Les zemidjans insistent lourdement à nous prendre en charge malgré  nos bagages. Ils ne nous croient pas quand nous disons que notre taxi va venir. 16H, Thierry arrive à pied, son taxi est garé de l’autre côté de la place.

Cotonou – L’école Jacquot

313 élèves - 6 classes

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Thierry a contacté la directrice de l’école de ses enfants et nous y conduit directement. Les maîtres sont assis autour d’une table sous une galerie. Ils ont décidé que la somme que nous avons apportée sera utilisée en priorité pour refaire le toit qui fuit. En saison pluvieuse, il pleut dans les classes. Cet investissement me plait : c’est du concret, du solide, cela marquera plus que du petit matériel éparpillé. D n’est pas de cet avis – et c’est elle qui est concernée ! – elle préfèrerait des fournitures scolaires.

le salut

le salut : A 'école Jacquot, travail, discipline, succès! bonjour Madame!

A notre entrée dans chaque classe, un enfant donne le signal et tous en chœur crient :

« A l’école Jacquot : Travail ! Discipline ! Succès ! Bonjour Madame ! »

Il faut plusieurs reprises pour que je comprenne ce qu’ils hurlent.

Dans une classe on fait entrer 50à 70 élèves. Comme dans le taxi, ils sont serrés, 3 sur des bancs de deux, les mêmes bancs que chez nous il y a plus de cinquante ans. Les tables ne sont pas rangées face au tableau, elles sont regroupées par paquets. Peu de matériel, une ardoise chez les petits un cahier couvert d’un protège-cahier en plastique, un stylo à bille. Rien d’autre.

Le tableau noir

Un grand tableau noir est peint sur chacune des cloisons de la classe, partagé par des frises peintes verticalement. Toutes les leçons du jour y sont calligraphiées avec des craies de couleur.  Chez les petits, on apprend les couleurs du drapeau du Bénin. Chez les grands, les planches de l’appareil digestif (CM1) ou de la circulation du sang dans le cœur (CM2) sont soigneusement dessinées par le maître. Thème de rédaction au CM2 : les Droits de l’Homme, et aujourd’hui, plus précisément ceux de la Femme. Une rédaction d’une écriture enfantine sert de base à la réflexion : Papa a donné de l’argent à maman pour qu’elle achète à manger. Elle utilise l’argent à autre chose. Papa la bat correctement…Je m’interroge sur le « correctement ».

Ballons cristoliens

D raconte aux CM2 la fête de l’anniversaire des trente ans de son collège. En l’honneur, on lâchera 600 ballons portant des cartons expliquant l’évènement. 300 cartons ont déjà été achetés par les enfants français au profit des enfants béninois. Le public est nombreux, pour mieux entendre, ils se rapprochent, se déplaçant silencieusement, font un cercle. Elle parle aussi de l’échange de correspondance. Ses élèves sont en 5ème et ont 12 ans. Cela ne pose pas vraiment de problème. Certains élèves de CM2 sont beaucoup plus âgés, ayant même 16 ans.

Nous concluons cette visite par une séance photo dans la cour. Les maîtres alignent tous les enfants le long du vieux bâtiment au toit tout rouillé : 313 pour 6 classes. J’ai bien du mal à faire entrer tout le monde dans le champ de la photo.

 

Cotonou – Les courses pour l’Ecole Jacquot,

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Saison pluvieuse

l'école Jacquot

Pendant la nuit : plusieurs orages et de la pluie.
Le matin,  promenade sous un ciel plombé, les pieds dans l’écume mousseuse. Le petit déjeuner, avec le grand verre de jus de fruit frais et l’omelette aux fines herbes, nous paraît encore meilleur qu’avant notre départ vers le nord.

Les courses

Les courses s’avèrent bien  différentes de ce que j’imaginais. Hier,tous disaient  que nous trouverions les tôles et les fournitures scolaires dans le quartier de l’école. Le taxi emprunte les rues enfumées des pots d’échappement des innombrables motos et camions. Je pensais que la pluie aurait lavé la pollution, il n’en est rien. Elle a un peu rafraîchi l’air mais  a apporté tout un lot de désagréments : boue, et même chaussées inondées. Devant nous, une moto noyée jusqu’à l’essieu doit débarquer son passager au milieu d’une profonde flaque occupant toute la rue.

l'équipe enseignante

Les tôles se trouvent dans des dépôts de matériaux de construction étalés sur le trottoir dans un désordre indescriptible. Premier arrêt : les tôles sont de mauvaise qualité au prix de la bonne. On traverse Cotonou, je reconnais la grande Mosquée carrelée de bleu, l’église rouge et blanche. Finalement on achète dans un troisième endroits deux lots de 20 plaques, pas assez pour tout couvrir mais suffisantes pour une bonne réfection.

Fournitures scolaires

A la Libraire Notre Dame, je laisse les autres chercher le matériel et je m’intéresse à la littérature africaine. On ne trouve ni ardoises ni cahier. Les ardoises sont les nos articles préférés  Une ardoise, c’est fait pour durer ! Mais il faut y renoncer, beaucoup trop cher (1950CFA, la belle ardoise au cadre de bois comme j’avais, petite fille, presque autant celle qui a un bord en plastique fluo). Nous aurions pu nous contenter de toutes simples en plastique rugueux. Le  stock est sous clé. La patronne qui peut le sortir de la réserve ne viendra que tantôt.

La liste de la Directrice comprend des gommes, des crayons de couleur, des cahiers, des règles et des stylos à bille. Chaque article,est compté au moins trois fois. Je compte les boîtes de crayons de couleur par cinq, mais les autres comptent crayons et gommes uns à uns. Le maître vérifie, la vendeuse recompte.

On commence à bouillir d’impatience quand le vendeur manipule un par un les 133 bics cristal. Il est onze heures il faut arriver à l’école avant le départ des enfants! Je prends le relais. La facture  terminée, je passe à la caisse…La caissière vide le carton où tout était rangé et recompte.
les ballons de  la coupe du monde

Il faudrait rapporter des factures!  Ici, c’est dans la rue que se font nombre d’achats.
Thierry négocie.  Le marchandage est un spectacle réjouissant. Au milieu de la chaussée en pleine ville, au feu rouge, on vous propose des objets variés tels qu’un assortiment de couteaux, un chauffe-biberons, un lecteur de DVD un pèse personnes. Pour appâter le client, le vendeur introduit la marchandise par les vitres ouvertes des voitures. Quelque fois, il s’agit de coton-tige ou de mouchoirs en papier.

Plusieurs jeunes se promènent au beau milieu de la circulation avec une grappe de ballons dans un sac. Thierry  propose d’acheter ici les six ballons. D maugrée parce qu’elle n’aura pas de facture.
La négociation s’engage « Six thousand last price ! » Je devine que le vendeur anglophone est nigérian. Toute cette marchandise vendue sur le trottoir vient du Nigeria. Comme le jeune ne veut pas « casser son prix », Thierry avance brusquement la voiture, fait le tour du pâté de maison et continue le marchandage avec un autre nigérian. Le premier rapplique – six ballons d’un seul coup – cela ne doit pas se vendre tous les jours. Thierry le rudoie « j’ai fini avec toi, je discute avec l’autre ». Il avance le taxi. Combien de tours de carrefour ? La vente aura duré une bonne demi heure et les six ballons ont coûté 20 500CFA.

Dominique se prend pour Bernadette Chirac

11h50 ! Les enfants sont encore en classe.

On peut disposer les cadeaux sur une table en bois. Pile de cahiers, tas de crayons, stylos… Cela fait si peu ! Les ballons ont un franc succès.

Sur le perron, elle donne des ordres – Bernadette Chirac ! Les enfants sont ravis surtout quand on collecte les enveloppes pour les correspondants et qu’on les photographie en gros plan. Apothéose lorsqu’elle lance les ballons. Les ballons ont un franc succès

Au mois de mai, nous avons pu envoyer le produit de la vente des programmes de la Fête du collège. C’est Moronikê qui a servi d’intermédiaire. Elle a complété la somme et nous a envoyé la photo de la réception des 12 dictionnaires (initialement prévus) et celle du toit brillant que les parents d’élèves ont monté sur les classes.

Ne voulant pas nous arrêter en si bon chemin, j’ai imaginé un Jumelage entre mon collège et un collège bénéinois, mais c’est une autre histoire….

Sur la lagune

palétuviers

 BENIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

Derrière le Jardin Helvetia, il suffit de traverser la cocoteraie pour parvenir à la lagune.

Le piroguier s’engage dans la mangrove inaccessible.  Tous les arcs des racines aériennes des palétuviers s’emmêlent – souvenirs de Cuba –. La lagune est enserrée dans un écran vert vernissé. Au dessus, se balance la frange légère des cimes des cocotiers bordant le chemin des Pêches.

De l’autre côté de la lagune, la  campagne est plus peuplée et plus cultivée. Magnifique maison d’un Yovo (un Belge) avec parabole géante, digue privée et cheval. Petit port avec des pirogues sous un bouquet de cocotiers. Des piquets alignés ont été plantés par les pêcheurs, un cormoran s’est posé.
Des silhouettes, à contre jour, avancent dans le soir qui tombe. Des femmes traversent la lagune, habillées, dans l’eau qui leur arrive au-dessus de la taille. Elles portent sur la tête une bassine ou du bois. L’une d’elle nous fait un signe de la main. Son pagne est trempé,  ses seins sont dénudés.

 

reflets

Une pirogue remplie de bois de chauffage est actionnée par une femme arquée sur sa longue perche. Des écoliers, dans une longue barque, rentrent.
Quand le soleil descend sur l’horizon et entre dans les nuages, la surface de l’eau devient métallique. Le calme règne sur cette étendue d’eau entre Cotonou et Ouidah.

C’est notre dernière soirée béninoise. Nous reviendrons. D’ailleurs, nous n’avons pas fini; Il faudra envoyer l’argent gagné à la fête pour les dictionnaires.

 

 

Emaux et Camées – Nostalgies d’obelisque

CHALLENGE ROMANTISME

Thèbes

L’obélisque de Paris

Sur cette place je m’ennuie,
Obélisque dépareillé ;
Neige, givre, bruine et pluie
Glacent mon flanc déjà rouillé ;

Et ma vieille aiguille, rougie
Aux fournaises d’un ciel de feu,
Prend des pâleurs de nostalgie
Dans cet air qui n’est jamais bleu.

Devant les colosses moroses
Et les pylônes de Luxor,
Près de mon frère aux teintes roses,
Que ne suis-je debout encor,

Plongeant dans l’azur immuable,
Mon pyramidion vermeil
Et de mon ombre, sur le sable,
Écrivant les pas du soleil !

Rhamsès, un jour mon bloc superbe,
Où l’éternité s’ébréchait,
Roula fauché comme un brin d’herbe,
Et Paris s’en fit un hochet.

La sentinelle granitique,
Gardienne des énormités,
Se dresse entre un faux temple antique
Et la chambre des députés.

Sur l’échafaud de Louis seize,
Monolithe au sens aboli,
On a mis mon secret, qui pèse
Le poids de cinq mille ans d’oubli.

Les moineaux francs souillent ma tête,
Où s’abattaient dans leur essor
L’ibis rose et le gypaète
Au blanc plumage, aux serres d’or.

La Seine, noir égout des rues,
Fleuve immonde fait de ruisseaux,
Salit mon pied, que dans ses crues
Baisait le Nil, père des eaux,

Le Nil, géant à barbe blanche
Coiffé de lotus et de joncs,
Versant de son urne qui penche
Des crocodiles pour goujons !

Les chars d’or étoiles de nacre
Des grands pharaons d’autrefois
Rasaient mon bloc heurté du fiacre
Emportant le dernier des rois.

Jadis, devant ma pierre antique,
Le pschent au front, les prêtres saints
Promenaient la bari mystique
Aux emblèmes dorés et peints ;

Mais aujourd’hui, pilier profane
Entre deux fontaines campé,
Je vois passer la courtisane
Se renversant dans son coupé.

Je vois, de janvier à décembre,
La procession des bourgeois,
Les Solons qui vont à la chambre,
Et les Arthurs qui vont au bois.

Oh ! dans cent ans quels laids squelettes
Fera ce peuple impie et fou,
Qui se couche sans bandelettes
Dans des cercueils que ferme un clou,

Et n’a pas même d’hypogées
A l’abri des corruptions,
Dortoirs où, par siècles rangées,
Plongent les générations !

Sol sacré des hiéroglyphes
Et des secrets sacerdotaux,
Où les sphinx s’aiguisent les griffes
Sur les angles des piédestaux ;

Où sous le pied sonne la crypte,
Où l’épervier couve son nid,
Je te pleure, ô ma vieille Egypte,
Avec des larmes de granit !

Théophile Gautier

Quand l’automne grisaille, il me vient des envies d’Égypte, de déserts, et comme l’obélisque de la Concorde je me languis des aiguilles de Karnak des allées de sphinx ou de béliers…

Les élections qui se déroulent  nous permettrons peut être de retourner les voir….

Théophile Gautier dans son cadre à Sceaux

CHALLENGE ROMANTISME

Affiche de l'exposition

1811-1872, bicentenaire oblige, le Conseil Général des Hauts de Seine lui consacre une exposition presque « chez lui »( il résidait à Neuilly/Seine).

Sa famille, ses intimes

Occasion d’entrer dans son univers familial, de voir les photos de famille. Certaines Delacroix qui lui a peint une aquarelle singulière, Ingres: Les Tragiques Grecs, Hugo et la bataille d’Hernani, merveilleuse affiche où le portrait de Gautier est entouré de caricatures relatant les épisodes du Romantisme. Une tapisserie (reproduction) montre Théophile Gautier entouré de Dumas, Lamennais, George Sand, Hugo…

Théophile Gautier s’est essayé au dessin, on peut feuilleter (virtuellement) ses croquis. Journaliste, il était critique d’art ; les peintres, en toute amitié, (ou en remerciement) lui ont offert des œuvres de premier plan.

Une belle collection d’autographes, les poèmes Emaux et Camées écrits de sa main, des éditions anciennes complètent la bibliothèque…

affiche du film

A l’étage deux Le Roman de La Momie et le Capitaine Fracasse font l’objet d’une présentation illustrée.

 

 

 

 

 

 

Affiche des films tirés du Capitaine Fracasse.

Le Roman de la Momie a été illustré à nombreuses reprises, j’ai beaucoup aimé l’édition Art Déco  de Barbier (1929), les gravures du voyage en Égypte à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez, effectué bien après la parution du livre et finalement un film muet de Capellani (1911), étonnant, colorisé au pastel (d’époque?).

 

 

C’est donc une exposition sympathique dans un cadre très agréable : sous le beau soleil d’hiver les jets d’eau du Parc de Sceaux se déployaient.

(jusqu’au 9 janvier 2012)

Il était une fois en Anatolie

TOILES NOMADES

 

Un convoi s’immobilise dans la nuit. Les phares éclairent une fontaine. Des policiers, le procureur, un médecin, leurs chauffeurs et deux suspects cherchent un cadavre. Ce n’est pas là. Il y avait un arbre en boule, un champ labouré, seules indications que livre le meurtrier mutique et menotté.

Le convoi repart dans la nuit sur une route sinueuse. Deuxième fontaine, où est l’arbre en boule?  Le suspect ne sait plus: « j’avais bu »…

Le cinéaste prend son temps pour filmer la nuit. Images fantastiques. Une pomme dégringolée du pommier  roule se laisse porter au fil d’un ruisseau, interminablement. Belle image de la reinette  rouge dans le fond noir et or.

Fatigue, promiscuité dans les voitures. L’enquête n’avance pas mais les hommes se rapprochent. Aux paroles anodines, ragots, yaourts..succèdent les confidences.  Le policier qui a un enfant malade, sollicite une ordonnance au médecin. Le procureur raconte l’anecdote étrange de la femme qui avait prévu sa mort cinq mois à l’avance…

Fatigue, énervement du policier impuissant qui,  à bout, frappe le témoin. Le procureur décide une pause chez le maire du village le plus proche. Occasion de visiter un village perdu, de connaitre l’hospitalité traditionnelle.

Panne d’électricité : un mirage? La jeune fille du maire apporte une lampe et le thé. Cette vision est presque miraculeuse. Le meurtrier fond en larme, il croit voir vivant la victime. Il sort de son  mutisme. Procureur et médecin reviennent sur la mort étrange de la femme sublime.

Quand le jour se lève le mystère sera levé. Le film prendra un tour diurne et citadin. On découvrira une Turquie moderne avec ordinateur portable, mais hôpital démuni.

Est-ce ainsi que les hommes vivent?

Chacun recèle une part de mystère, le cinéaste se garde de juger. L’humour désarme les scènes trop crues.

Créteil/ Belz

Vendredi 22 Octobre 2010 : Voyage Créteil/Belz

Ria d'Etel : Pont Lorois

Les grévistes de la raffinerie de Grandpuits ont été réquisitionnés. Les images de l’affrontement des forces de l’ordre et des syndicalistes dans la nuit, ont une dimension théâtrale. L’un d’eux provoque les policiers

–           «vous êtes des hommes, vous faites votre travail, mais au moins  baissez les yeux ! »

C’est impressionnant.

Nous voulons partir en Bretagne, j’ai fait le plein dimanche et depuis nous n’avons pas pris la voiture. Nous avons fait le pari que nous trouverions du carburant sur la route. Un peu d’inquiétude et un zest de mauvaise conscience.  Au Mans, on complète le réservoir, 1€45/L cher ! Mais nous arriverons !

Sous un soleil voilé, nous contournons Vannes et Auray sur des rocades et ne quittons les routes à quatre voies qu’à Belz, notre village. Aux abords du Pont Lorois qui franchit la ria d’Etel, nous trouvons la route de Larmor, notre hameau de Kericune.

Notre gîte de Kericune - Belz

Quelle bonne surprise ! Le gite est ravissant ! Une petite maison de granite aux portes et fenêtre bleues, aux rideaux de dentelle  blanche aux pointes  qui habillent les ouvertures plutôt qu’elles ne cachent l’intérieur.  Dans la grande salle, une longue table avec des bancs, fait face à la grande cheminée de granite, installée en hauteur sur une marche en avancée, de beaux chenets, à la hotte de belles dalles de granite, elle a beaucoup d’allure. Un canapé rouge aux épais coussins et un fauteuil assorti. Des poutres apparentes, notre gite a du cachet !

La cuisine est vaste et fonctionnelle. Les chambres, modernes, pratiques sans chichis.

Ria d'Etel - prunelles

A peine installées, nous partons découvrir les environs. Au bout de notre route de Larmor, la ria ! Un vendeur de coquillages vend des huitres, des moules, des tourteaux. Nous achetons des moules tout juste sorties de l’eau.

Le sentier côtier longe la ria se faufile entre des buissons bien taillés, des maisons  au bord de l’eau. Des barques se balancent, une bizarre barge plate blanche  au nom de Michigan. Sur la rive d’en face les maisons bretonnes au toit d’ardoise, crépies de blanc ou aux façades de granite sont tapies dans une anse. Les rives sont échancrées, simple creux ou ruisseau qui se jette dans la ria ? Les bruyères roses sont encore fraîches. Les prunelles bleues sont grosses comme des prunes. Les épines,  couvertes de petites baies rouges.

Ria d’Etel : Saint Cado


Quelle belle journée pour longer les bords de la ria !

Le  circuit  en bord de la ria va vers  le Pont Lorois. La marée est basse, nombreux oiseaux arpentent la vase : des goélands, bien sûr, des aigrettes mais voici les ibis, au bec courbé et à la tête noire mais au corps blanc. Je n’ai jamais vu d’ibis en France, des blancs en Égypte, des noirs au Maroc mais ceux là sont  étranges. Mes amies bretonnes m’en avaient parlé, selon elles, les ibis proviennent d’un zoo et s’attaquent aux nids des sternes.

Le sentier court ici aussi entre des haies qui embaument d’éléanus, de buis ou de tamaris. Les éléanus  en fleur  sentent très fort.

Après le pont, le sentier se perd dans le village et les marques sont peintes sur les poteaux dans des rues des maisons. Celui qui cherche les rivages sauvages doit passer son chemin et choisir un autre tronçon du GR34. Je marche donc entre les jardins et les maisons blanches coiffées d’ardoises crépies de blancs. Cette rive de la ria est vraiment très construite. Au détour de la route, je retrouve le miroir de l’eau et se mirant dedans une maison carrée rose perchée sur un îlot rocheux.

Fontaine à Saint Cado

Un peu plus loin l’îlot Saint Cado relié à la côte par une digue. De belles maisons se reflètent, des barques colorées, et la petite flèche de la chapelle perchée dans la végétation. La lumière est parfaite, pas un nuage, l’eau lisse opaline…Promenade dans l’île tranquille, on découvre le calvaire perché sur un escalier devant une rangée de maisons blanches aux volets bleus. En face la chapelle toute simple de saint Cado. A l’intérieur le plafond de bois est peint en bleu tandis que les murs chaulés citent les paroles du saint. Des vitraux colorés modernes simples,  quelques statues de bois peint… Derrière l’église on découvre une fontaine curieusement abritée par un petit pignon ondulant coiffé d’une croix celtique.

Pique-nique de luxe : des langoustines achetées vivantes hier à Quiberon. J’ai bien réussi la cuisson en suivant les recommandations du poissonnier : jeter les crustacés dans l’eau bouillante et éteindre dès que l’ébullition a repris. Elles sont parfaites ! Pour dessert un palmier au framboises au beurre, bien croustillant, délicieux.

Saint Cado

Le sentier part de Saint Cado sur une sorte de digue, bien entretenu puis continue à nouveau dans les maisons : je découvre un dolmen, petite allée couverte. Le sentier s’engage enfin  sous de beaux chênes près de l’eau de la pointe du Perche jusqu’à Kercadoret. Le GR retourne vers la campagne et les petites pointes sont très construites.

Nous terminons la journée dans le petit hameau de Kernour qui a une fontaine curieuse ressemblant à un puits, la margelle abritée sous une barre de granite portant de curieuses sculptures comme cloutées.