Je ne résiste jamais à un récit, un conte, une lecture qui a Ulyssepour héros. Et je n’ai pas été déçue, je remercie Babélio et l’éditeur pour ce cadeau.
Joli petit livre (12 cmx 16.5 cm), 91 pages, illustré en Noir et Blanc, relevé d’un trait d’orange discret.
A glisser dans la valise, ou le sac de plage, légère lecture, facile. A lire ou à faire lire. L’Odysséecomme un conte qui commence avec le cheval de Troie continue avec Circée la Magicienne, l’outre d’Eole, la grotte de Polyphème. Un avant-goût d’Homère?
Et si vous voulez en savoir plus, il restera tant à découvrir dans l’Odyssée d’Homère.
Il me reste à l’offrir à un enfant de 9 ou 10 ans!
Nous sommes si bien sur notre terrasse de Corbara que nous y retournons déjeuner.
L’après-midi sera consacrée à l’exploration du village et de ses sentiers.
La Boucle de Carbunghja (3.5km, 1h30, 170 m de dénivelée) propose de découvrir le patrimoine de Corbara. Le départ du sentier se trouve à quelques dizaines de mètres du gîte, bien signalé par un poteau portant une flèche jaune. Le chemin empierré et fleuri de chardons mauves descend sous les ombrages de petits chênes verts et conduit à une fontaine qui coule en permanence. Le bassin de pierre est empli d’une eau verte.
A Nunziata
Après la fontaine la pente est moins rude. Je suis le balisage jaune et bleu et arrive presque au niveau de la mer dans un lotissement de maisons neuves avec piscines : Carbunghja, pas palpitant ! Il faut alors remonter tout ce que j’ai descendu, au début sur le goudron, c’est rude. Etrangement, quand la route devient piste puis sentier, même avec une pente plus raide, c’est plus facile. Je gagne la petite chapelle blanche cubique Pierre et Paul dans un virage à l’entrée de Corbara. Le sentier s’élève droit vers le sommet du village, passe devant la grande maison blanche avec son pigeonnier, un palazzo, un sentier plat me conduit ensuite dans des ruelles entre les maisons accrochées à la pente. Enfin un escalier va à la Chapelle des Sept douleurs qui se dresse à contre-jour presque noire sur un ciel pommelé. Fermée. Le sentier de crête va aux ruines du Château Guido. Je croyais que l’imposante construction face à notre gîte que je dessine chaque matin, où Paoli, furieux de n’avoir pas pu prendre Algajola, avait décidé la fondation de l’Île Rousse était le Château Guido. Pads du tout. Les ruines sont au sommet d’une autre colline, au-dessus de l’impressionnante A Nunziata qui s’impose dans le paysage.
la Chapelle des Sept douleurs
L’ »épicerie-dépôt de pain » est sur le versant opposé, assez haut ; sur une ardoise sur le bord de la route on peut lire la liste des plats cuisinés aujourd’hui avec un numéro de téléphone. J’appelle : « Reste-t-il du pain ? -Oui, de la baguette, mais je n’ouvre qu’à 17 heures » Il est 16h40, je renonce à la baguette.
Excellente surprise : notre hôtesse nous offre le chargement de la FIAT. Elle nous a prises en pitié, coincées sur la terrasse. Ce n’est pas une punition, mais quand même. J’appréhendais la manœuvre, simplissime encore. La fiche correspond à n’importe quelle prise de la maison. Mais la durée de charge est impressionnante : 8h11 alors que le compteur affiche déjà 65 %. Charger la nuit nous convient très bien. Il faut une prise accessible dans le garage et un propriétaire consentant. Oserons-nous nous rebrancher une autre fois ?
Ce soir la visibilité est très bonne. On distingue les côtes niçoises à l’horizon.
Soleil et vent. La mer est agitée, les petites crêtes blanches soulignent le bleu outremer. Sur la route qui descend à l’Île Rousse, un panneau indicateur « Algajola » nous interpelle. Nous rejoignons la T30 en direction de Calvi. Nous dépassons une petite zone commerciale (comment peut on construire une horreur pareille en pleine campagne ?), on oblique vers la mer, passe la voie ferrée. Justement le petit train est en gare, tout neuf, tout pimpant.
Le village ancien se blottit autour de l’église et de la citadelle. Les hôtels s’alignent le long du rivage, un 3* ; le reste des 2*. La citadelle et les environs sont des meublés touristiques. Bars et restaurants occupent des placettes ombragées, sympathiques pas du tout tape-à-l’œil. Leds prix les mêmes que partout.
Dominique gare la voiture à la plage, derrière des tamaris. Je longe la côte, passe sous des arcades, parviens à une promenade qui arrive au bastion de pierre.
Un peu d’histoire :
D’après le Guide Vert, la fondation de la ville est phocéenne, d’après un site corse, phénicienne.
Au XVIème siècle, Algajola fur la capitale administrative de la Balagne. Le château-forteresse fut érigé en 1531. Site de la guerre contre les Français (Henri II) . En 1559, reprise par les Génois. Résidence du gouverneur de Balagne
En 1620 le port était le second de l’île en importance.
En 1643, Algajola fut saccagée par les Ottomans.
1764, la citadelle devint française
1767, passe aux mains des Corses.
Paoli fonda l’Île-Rousse, furieux de ne pas avoir pu entrer dans Algajola.
Nous n’avons pas vu le monolithe, colonne de porphyre qui devait servir de support à la statue de Napoléon.
Après la promenade dans cette petite ville, j’arpente la belle plage de sable coupée par un enrochement de granite qu’il est formellement interdit de grimper dessus. Il faut faire le tour d’une résidence hôtelière très bas de gamme (les chambres sont installées dans des sortes de baraquements). La belle plage de 1.5 km de long est déserte. Sable blanc assez grossier. Un restaurant de plage a installé ses tables sur le sable. Au bout de la plage, un très gros rocher de granite évoque la carapace d’une tortue.
Il ne sera pas dit que, malgré le vent frais je ne me serai pas baignée. Après avoir joué avec les vagues je me lance à nager et me retrouve, sans m’en rendre compte déportée près des blocs au bout de la petite plage.
Vous serez transportés bien loin du quotidien, dans des paysages sauvages, des traditions médiévales, ou dans un passé pas si lointain, où l’Albanie avait des points communs avec la Corée du Nord actuelle. Sujets originaux mais surtout un grand écrivain.
Le parc de Saleccia ouvre à 9h30, il est très fréquenté? même hors saison. Pour me promener au calme, je ne suis pas l’itinéraire proposé et déambule au hasard.
Promenade instructive : les végétaux sont étiquetés avec de nombreux panneaux explicatifs. Je révise les fleurs jaunes du littoral au feuillage argenté : Cinéraires maritimes, Hélichryses d’Italie (Immortelles de Corse), Armoise annuelle (Artemisia). Les immortelles sont encore en bouton tandis que les Cinéraires nous réjouissent de leur jaune éclatant.
A retenir également : le nom des buissons : les Filaires en grosse boules, le l’Alaterne (Rhamnus).
Je recopie les panneaux présentant les arbres méditerranéens : oliviers et oléastres, amandiers, mûriers blancss, Lentisques, Laurier roses…je l’avais déjà fait à notre précédente visite en 2018 mais copier retient mieux mon attention. Ce jardin me fait penser à celui du Rayol de Gilles Clément en moins exotique. Le Parc de Saleccia est le résultat de 38 années de travail . l’incendie de 1974 a détruit 17 communes et réduit en cendres le domaine. Depuis lors huit incendies se sont déclarés en 30 ans. Le thème « après le feu » est présenté. Les plantes pionnières sont d’abord les Asphodèles – pyrophytes favorisées par le feu. Ensuite viennent els Cistes dont les graines résistantes à la chaleur germent après l’incendie. Le maquis Lentisques, Myrtes, Arbousiers., s’installera après. C’est la nature du sol qui distingue le maquis de la garrigue, maquis sur un sol siliceux, garrigue sur un sol calcaire.
La lutte contre l’incendie est une lutte sans fin. Une association « Sauvez Saleccia » surveille le démaquisage qui est la condition nécessaire pour que le feu ne se propage pas au sol. Noté au passage, la résistance au feu des mûriers blancs et le rôle incendiaire des hélichryses dont l’essence très volatile attise les brasiers.
Armoises
Je parviens à une rotonde charmante : comme les rayons d’une roue, partent des petits jardins de part et d’autre d’une allée de galets, séparant chaque jardin, une petite fontaine. L’eau ne s’écoule goutte à goutte d’un petit canal terminé par une tuile ronde. De ce rond-point part une allée de lauriers roses. Une allée des quatre fleurs réunit Euphorbes roses, helichryses, agapanthes (pas encore en fleurs) .
du jardin cultivé, je passe à un bois de chênes verts puis à une oliveraie. Noté aussi que les oliviers ne sont pas plantés mais greffés sur des oléastres.
hélichryses
Je découvre enfin une très grande pelouse verte figurant la Mer Méditerranée et sur ses bords les différentes flores. Une rive figure aussi la Californie(climat méditerranéen, les Canaries. Bien sûr une « île » représente la Corse.
Cette promenade enchantée a duré deux heures. J’aurais pu rester encore plus mais j’ai le projet de rentrer à l’Île Rousse par le sentier littoral qui relie en une heure de marche le Parc Saleccia à la Plage de l’Île Rousse. Pour le trouver il suffit de traverser la route T30. Le sentier est fléché en face du parking. Ce joli sentier côtier traverse malheureusement une zone urbanisée en fin de parcours.
Pique-nique sur le parking de l’Île Pietra.
Pendant que Dominique charge la FIAT500e à l’hôtel Escale-Port je vais me baigner jusqu’à un rocher qui ressemble à un aileron de requin. La charge ne dépasse pas 73% à mon retour. Décourageant!
T30 (route de Bastia) jusqu’à Lozari pour monter à Belgodère (310 m), village perché sur une arête. Vraiment pas au point ! L’église Saint Thomas est ouverte. Je l’avais visitée autrefois et découvert une Vierge des 7 douleurs à la poitrine transpercée d’épées, un bras de bois dépassant de la chaire. Cette fois-ci je n’ai rien remarqué d’extraordinaire.
Un café -restaurant sur la palce de Belgodère
La place du village est occupée par deux terrasse de cafés-restaurants très décorées et occupés par des bandes de motards bien bruyants qui s’y retrouvent. Une ruelle entre deux maisons conduit au fort construit sur un rocher. C’est une belle montée par ruelles, escaliers, marches, couloirs qui semblent conduire à une maison particulière mais qui la contournent par des passages dérobés. Les maisons sont fleuries. Du fort, il ne reste qu’un mur. Le panorama sur la montagne et les villages environnants est intéressant.
le rocher a&u sommet du village
Le circuit est annoncé dans le Guide Vert 70 km, il ne nous reste que 130 km d’autonomie sur la FIAT500e. Est-ce fiable ? Je me suis félicitée de la facilité du branchement mais la capacité baisse. A l’entrée du village, près de la Poste, il y a bien une borne mais ce n’est pas le réseau e-Motum, il faut scanner un QR-code, ouvrir un compte dans une autre société. D’ailleurs on ne sait pas où se trouvent les bornes de la concurrence et surtout je n’ai aucune idée de combien on va payer… et surtout, pas d’Internet dans le village !
Occhiatana
Un joli petit village (245 ha) perché. Pendant ma promenade dans les ruelles étroites et désertes je ne rencontre que des chats. L’église est fermée. Pendant l’été seulement trois messes y seront célébrées (sauf circonstances exceptionnelles), la dernière le Août !
Ville-di-Paraso
Ville-di-Parso église Saint Simone
Après un petit pont, un panneau signale un moulin. Je descends de voiture. Le moulin est occupé par des chambres d’hôtes. Tout est bouclé avec un cadenas. Je devine un jardin soigné derrière les grilles mais ni moulin, ni ruisseau. Un sentier pédestre et cycliste passe juste le long du grillage. Je m’y engage pour voir d’en haut et arrive à une sorte d’édifice hydraulique qui enjambe le ruisseau ? Sur ‘l’autre rive, un mausolée coiffé d’une coupole est poétiquement fleuri de hauts lys blancs. Le sentier mène alors à une énorme église blanche à la façade baroque posée sur un imposant perron à gradins. C’est l’église paroissiale Saint-Simone (XVIIIème s.). Elle est dotée d’un clocher à quatre étages portant une horloge. A côté se trouve le petit bâtiment tout simple des confréries. Située sur son promontoire de l’autre côté du ruisseau Regino, elle semble bien éloignée du village et bien grande aussi ! Un grand mur enclos une propriété énigmatique. Je suis ravie de cette découverte non signalée par le Guide Vert. Au retour par le petit sentier je dois laisser passer un groupe de cyclotouristes (des retraités pour la plupart). Je pensais que seuls des gamins casse-cou emprunteraient un parcours si étroit et si pierreux et accidenté !
Ville di Paraso – palazzo dans les pins
Au village, une borne e-Motum est installée dans le vaste parking moderne sous le village. Dominique y reste pendant que j’explore le village et que je vais au ravitaillement. Sous des cannisses, la terrasse de la pizzeria est très animée. Ce sont sans doute des voisins qui se réunissent parce qu’on n’y sert rien à midi. Un peu plus loin se trouve l’école, la Mairie, un bureau de Poste et l’»épicerie communale » où je trouve des biscottes (pour le pain, il aurait fallu commander la veille). On y vend de tout même des pêches et des abricots appétissants mais durs.
Fontaine cachée
Tout est tranquille, seuls les chats sont dehors. Pour meubler le temps de la recharge électrique je monte des escaliers, en descends d’autres ; découvre des passages, des arches, une jolie et très fraîche fontaine. Les ruelles sont pavées. Des roses épanouies débordent des murs. Les premières figues toutes molles(immangeables) tombent au sol. Je trouve le ruisseau qui fait de petites cascades. Avec toute l’eau qui ruisselle, les fleurs en abondance ce serait le paradis comme le suggère le nom !
Il fait très chaud au parking sans ombre. En une heure, la recharge est à peine de 10 %. Il va falloir songer à raccourcir le circuit.
Speloncato
Spelooncato : les nuages s’accrochent
Speloncato est beaucoup plus animée que sa voisine. La place de la Libération avec ses deux bars, est peuplée de motocyclistes (encore !). Je cherche la fontaine derrière les engins et les voitures. L’église Saint Michel est ouverte. Elle est peinte à fresques. L’orgue Saladinide 1821 attire mon attention. Il est orné de peintures délicates où alternent instruments de musique et scènes avec des personnages ; je reconnais Saint Michel à qui est dédiée l’église. Dans la circulation cycliste, j’ai raté la Pietra Tafonata – rocher percé qui produit une éclipse deux fois l’an.
l’orgue Saladini
Encore une promenade pour gagner le sommet du village par des marches, des passages couverts, ruelles et couloirs (j’ai l’impression que je me répète). Le passage est assuré par une rampe de fer qiu doit être indispensable les jours de pluie quand les pierres sont glissantes. J’arrive à un énorme rocher autour duquel fleurissent des aloès jaunes du meilleur effet. La table d’orientation indique les principaux sommets au dessus de 1000 mètres jusqu’à 1300m. Dans le creux, le barrage de Codole sur le fleuve Regino fait un petit lac. Forêts de chênes et oliveraies tapissent les creux.
Après le pique-nique, la D63 traverse Feliceto où nous trouvons la D13qui nous ramène à Corbara. Le circuit prévu par le Guide Vert était plus long mais nous avons les yeux rivés sur le pourcentage de charge électrique restante et l’autonomie de la voiture. Au lieu de visiter Sant’ Antonino nous retournons directement à la borne de l’hôtel Escale-Port ? préférer la recharge à la visite d’un des « plus beaux villages de France », quelle misère ! Pendant que Dominique patiente à la recharge j’en profite pour me baigner sur la belle plage de l’Île Rousse que je longe à la nage aller-retour. L’eau est presque tiède (19-20 degrés), le ciel, voilé.
Nous achetons des farcis au « marché corse » au bord de la route, fraises et clémentines
Le soleil se lève au-dessus des crètes des Agriates à 5h50. Belle lumière mais il fait très frais. Je retourne au lit terminer Banco Atlantico de Jérôme Ferrari. Toujours un bar, dans un village de montagne, des Indépendantistes, jeunes hommes cherchant leur virilité par les armes. Violent, noir, déprimant. Le style de Ferrari fait passer l’ambiance mortifère. L’action se situe dans la décennie 1990-2000. Je me prends à espérer que toutes ces tueries ont cessé à présent.
Le « château » couronnant la colline en face de la terrasse est très bien éclairé. Je sors dessiner.
Le ruisseau Ostriconi étale ses méandres
8h30, nous descendons par Monticello, puis la T30 (route de Bastia) vers la plage de l’Ostriconi à la limite du Désert des Agriates. L’Ostriconi est un ruisseau qui décrit des méandres dans une petite plaine humide entre roseaux, marais et prairies. Il a charrié du sable très blanc. La plage est sauvage. Seule installation : la plateforme du maître-nageur qui surveillera, en saison, la baignade. Le parking est installé environ 1 km à l’écart de la plage qu’il faut rejoindre à pieds. J’emprunte l’ancienne route en corniche bordée de lentisques et d’arbousiers. Des chèvrefeuilles fleurissent au milieu du feuillage des lentisques. Des chardons mauves (Chardons laiteux) se mêlent à d’autres chardons pas encore fleuris. Le panorama est très étendu de l’Île Rousse et son île de la Pietra jusqu’aux crètes des Agriates. C’est une très jolie promenade en balcon mais comment descendre sur la plage ? En revenant sur mes pas je croise deux familles allemandes avec de très jeunes enfants qui s’apprêtent à descendre le versant très raide. Le premier sentier est hasardeux. Le suivant, plus large semble plus facile. Les enfants en sabots en plastique avancent sans crainte. Vers la fin c’est plutôt de l’escalade. Les enfants ont découvert une échelle bien rouillée et bien branlante que j’emprunte après hésitations, espérant que je trouverai un meilleur itinéraire pour le retour.
Dernier obstacle : l’Ostriconi qu’il faut passer à gué.
La plage sauvage de l’Ostriconi
Enfin, je foule la belle plage sauvage de sable blanc et eau turquoise. Je marche les pieds dans l’eau et me trempe jusqu’à la taille sans me lancer parce qu’il n’y a personne dans l’eau. J’ai trouvé le chemin du retour à plat dans le marais entre des roseaux très hauts sur lesquels s’enroulent des liserons aux fleurs blanches. Un petit pont de bois enjambe le ruisseau. Je croise de nombreux touristes, le parcours est facile. J’aurais pu rester beaucoup plus longtemps pour me baigner.
Courses un peu laborieuses au Magasin U qui n’offre que des produits emballés sous plastique. Nous retournons au rayon traiteur du Leclerc et au petit « marché corse » au coin de la route qui propose des fruits et légumes locaux ainsi que des plats cuisinés.
Il fait si bon sur la terrasse du gîte que ce serait bête de ne pas en profiter. Nous déjeunons donc à la maison.
Le sentier de Corbara à Occiglioni
D’innombrables visites, sentiers, balades sont possibles à partir de Corbara. nos hôtes nous ont fourni la documentation des randonnées. Sur le conseil de notre hôtesse, je descends quelques marches cachées dans les hautes herbes du fond du jardin. En face de l’autre côté de la route, un sentier court, sous couvert de beaux chênes et d’oliviers qui l’ombragent. Des murettes basses l’encadrent. La promenade commence par une belle descente puis le sentier se rétrécit devient plus plat, herbu en balcon et toujours la vue sur l’Île Rousse et la mer. Il et bien balisé. Sur une flèche, la destination de Occiglioni, Palmentu, Santa Reparata.
Occiglioni : fontaine et lavoir
Occiglioni est annoncé par son cimetière aux imposants mausolées blancs. Le sentier devient rue pavée encadrée entre des murs. Je passe devant la fontaine et le lavoir avant d’arriver à l’église (fermée) et à la place de l’Orme. Orme touffu entouré par le terrain de pétanque soigné et ratissé avec un café sympathique mais vide. Je passe sous des arches imposantes. Le village paraît vide. La maroquinière sort de son atelier portant un beau cuir jaune. Je fais demi-tour avant d’arriver à Palmentu. Courte mais très jolie promenade
L’île Rousse la tour génoise sur l’île de la Pietra
Par un clair matin, nous descendons directement au Port. A mi-chemin de la digue qui relie l’île à la ville, entre la gare ferroviaire et le port, je réserve une table en terrasse pour midi, au restaurant Via Mare. Dominique entre temps a trouvé le parking idéal sous le phare. Vue panoramique, petit vent frais.
Le phare sur l’île de la Pietra
Une promenade est aménagée : un cheminement agréable en enrobé clair entre les rochers de granite rose. Les fleurs égaient les rochers nus : coquelicots, grosses touffes jaunes des Cinéraires maritimes aux épaisses feuilles découpées argentées qui semble de velours, à ne pas confondre avec les Immortelles de Corse encore en boutons au feuillage plus léger, petites vipérines bleu violacé intense.
Les promeneurs sont nombreux : des femmes en groupe en tenue de randonnée échangent des recettes de cuisines, des joggers pour la course du dimanche matin, touristes de toutes provenance. Le phare est petit tout blanc coiffé de vert. Au retour, je remarque la tour génoise ronde.
A la gare, la foule attend le train des plages qui longe le rivage et va jusqu’à Calvi. Nous l’avions pris autrefois. Il est très pratique et évite les problèmes d’accès et de parking. Le long de la muraille paoline, la promenade est fleurie et ornée de statues. Le long de la mer, elle continue. La Petite Sirène verte sur son rocher semble éplorée avec sa chevelure trempée qui cache son visage.
La petite sirène de l’île Rousse
les rail du train courent le long de la promenade isolant les terrasses des bars et des restaurants.
La grande place Paoli est bien calme. Le marché est cantonné à la halle couverte : charcuterie Corse, fromages fermiers, fruits et légumes, miel et vin. Il y a 6 ans un marché de vêtements était installé sur la place j’avais acheté un maillot de bain, je me réjouissais d’y faire des emplettes. Cette fois-ci, pas de vêtements. Je vais faire un tour dans les deux rues commerçantes pour trouver un T-Shirt.
Ce dimanche matin, la plage est bien animée. Le sable est blanc avec un liseré rose là où la vague vient mourir – corail ou sable rose ? Il fait un peu frais pour nager. Des femmes en tenue de bain font du longe-côte amical plus bavard que sportif.
Nous fêtons mon anniversaire au restaurant Via Mare : mojito, poke bowl au thon cru, avocat, mangue, betterave rouge et riz. Dominique a commandé de très beaux filets de Saint Pierre sur un socle rond d’écrasé de pomme de terre et un lit d’épinards. Pour finir une glace délicieuse.
Il faut charger la voiture électrique. Deux bornes e-Motum se trouvent à l’Hôtel Escale-Port dans la rue en face du restaurant. Je redoute ce moment. A la réception de l’hôtel aucune aide à espérer, la dame ne s’en occupe pas. La manœuvre est simplissime : il suffit de passer la carte e-Motum devant le lecteur le la charge démarre. En revanche, l’hôtesse de Hertz a menti 20 minutes auraient suffi selon-elle. Au bout d’une heure la charge est montée de 70% à 80% et nous allons en perdre en revenant au gîte. Pendant que Dominique reste à la borne, je retourne à la plage et regrette bien de ne pas avoir de maillot. La température a monté et maintenant on se baigne.
la petite chapelle à l’entrée de Corbara
Nous passons le reste de l’après-midi sur notre belle terrasse à préparer les excursions de la semaine. A 20h50 ; le coucher de soleil se prépare. Le ciel est rose, orange. Les nuages empêchent de voir la chute finale mais ils sont très jolis.
« Seul, je restai simplement devant le Grand-Hôtel à attendre le moment d’aller retrouver ma grand’mère, quand, presque à l’extrémité de la digue où elle faisaient mouvoir une tache singulière, je vis s’avancer cinq ou six fillettes, aussi différentes, par l’aspect et par les façons, de toutes les personnes auxquelles on était accoutumé à Balbec, qu’aurait pu l’être, débarquée on ne sait d’où, une bande de mouettes qui exécute à pas comptés sur la plage — les retardataires rattrapant les autres en voletant — une promenade dont le but semble aussi obscur aux baigneurs qu’elles ne paraissent pas voir, que clairement déterminé pour leur esprit d’oiseaux
Une bande de mouette, des esprits d’oiseaux, ce ne sont ni des caractères d’ordre intellectuel ou moral qui les distinguent.
« Et n’étaient-ce pas de nobles et calmes modèles de beauté humaine que je voyais là, devant la mer, comme des statues exposées au soleil sur un rivage de la Grèce? »
Nobles et calmes?
Voire. Elles exécutant un saut effronté au dessus d’un pauvre vieillard épouvanté, effleurant même sa casquette.
» C’pauvre vieux, y m’fait d’la peine, il a l’air à moitié crevé »,dit l’une de ces filles d’une voix rogommeuse et avec un accent à demi-ironique. «
Le narrateur, garçon bien élevé, respectueux des personnes âgées, des relations de sa grand’mère, n’est pas choqué par cette démonstration. Au contraire, il est séduit. Echafaudant toutes sortes de théories, il les imagine fréquentant des coureurs cyclistes, les hippodromes….
Toutes ses pensées, ses promenades, son emploi du temps seront dirigées vers un seul but : faire leur connaissance.
Le bonheur de connaître ces jeunes filles était-il donc irréalisable?
La rencontre avec Elstir, le peintre va permettre de faire leur connaissance. L’esprit tout occupé de ces jeunes filles en fleur, notre héros repousse la visite au peintre, n’osant pas s’éloigner de la digue où elles pourraient passer. Occasion pour Proust de belles digressions sur la peinture…
« Et avec le regard dédaigneux, ennuyé et frivole d’un amateur ou d’une femme parcourant, entre deux visites mondaines, une galerie, je me disais : « c’est curieux ce coucher de soleil, c’est différent, mais j’en ai déjà vu d’aussi délicats, d’aussi étonnants que celui-ci ». j’avais plus de plaisir les soirs où un navire absorbé, fluidifié par l’horizon apparaissait tellement de la même couleur que lui, ainsi que dans une toile impressionniste, qu’il semblait aussi de la même matière, comme si on n’eût fait que découper son avant, et les cordages en lesquels elle s’était amincie et filigranée dans le bleu vaporeux du ciel. Parfois l’océan emplissait presque toute ma fenêtre, surélevée qu’elle était par une bande de ciel bordée en haut seulement d’une ligne qui était du même bleu que celui de la mer, mais qu’à cause de cela je croyais être la mer encore et ne devant sa couleur différente qu’à un effet d’éclairage. »
Etudes de nuages, harmonies de gris et rose dans le goût de Whistler…
Tout absorbé à conquérir les jeunes filles, le narrateur en vient à négliger Saint-Loup. Comme auparavant ses « amours » avec Gilberte, la cour qu’il fait à ces jeunes filles me paraît convenue, peu sincère, je ne sais pourquoi. Son amitié avec Saint-Loup ses fréquentations de Charlus me semblaient avoir plus de consistance.
Grève des contrôleurs aériens annoncée hier, vendredi, vers 14 heures. Les valises prêtes, je viens d’imprimer cartes d’embarquement et étiquettes des bagages. Partirons-nous ? Air France ou plutôt une IA m’informe que le vol est prévu mais qu’une annulation de dernière minute est toujours possible.
Le vol AF 7592 décolle à 7 heures, pour prendre de la marge nous avons commandé le taxi à 4h15 et réglé le réveil sur 3h35. Evidemment, impossible de dormir, je me réveille toutes les demi-heures et tripote mon téléphone pour m’assurer qu’un SMS fatal n’est pas arrivé.
Air France n’a rien annulé. Ce n’est pas le cas de Transavia qui n’a pas prévenu les voyageurs désorientés. Pour nous, tout se passe comme s’il n’y avait pas de grève. Départ ponctuel. Durée du vol 1h20 par beau temps. Dominique avait payé un supplément pour avoir un siège au premier rang pour étendre ses jambes. Elle obtient 8C, une place tout à fait ordinaire sans supplément mais on nous propose les 1D 1E 1F libres. Voyage parfait !
Hertz canalise la queue entre des rubans élastiques. Nous avons le voucher, mais il faudra attendre près d’une heure pour avoir la clé d’une FIAT 500 électrique noire. Il va falloir s’adapter. En attendant comment la démarrer ? Nous faisons appel aux passants, sans succès. Un mécanicien de Hertz ne réussit pas plus, il change la pile de la clé et décide de nous donner une autre FIAT 500 verte qui elle démarre. Nous quittons le parking à 11h30, trois heures après l’atterrissage.
De Bastia-Poretta la grande route d’Ajaccio T20 suit le cours d’un petit fleuve, le Golo. Itinéraire touristique, mais nous avons la tête ailleurs : il faut apprivoiser la voiture électrique, automatique de surcroit, et surveiller les limites de vitesse dans les villages.
A Ponte-Leccia, la T20 continue vers Corte et Ajaccio tandis que nous poursuivons vers le nord sur la T30 vers l’Ile Rousse et Calvi en suivant le ruisseau Ostriconi.
Lama – arche
Village médiéval de Lama – quittant la grande route, nous nous aventurons dans la colline et découvrons Lama accroché à la pente. Il faut laisser la voiture au parking, gravir un escalier qui arrive au centre du village à des ruelles pavées surmontées d’arches. De gros palais italianisants surprennent dans cet environnement rural. En cette saison roses trémières et bougainvillier fleurissent avec des végétaux plus exotiques. Un groupe de maison abrite des chambres d’hôtes, le tourisme de randonnée a revivifié le village déserté par l’exode rural.
La côte et la mer en face des Agriates
Arrivée à l’Ile- Rousse : l’énorme hypermarché Leclerc nous offre toutes les courses de base pour la semaine. Au menu du pique-nique sur le parking, face à la mer : pâté de sanglier et pain frais.
Corbara est juste au-dessus de l’Île Rousse. Le village s’étale de 170 à 220m à flanc de montagne dominé par un château s’appuyant sur le socle rocheux. Le Castel de Corbara de Guido de Sabellis (IXème s).
la terrasse du gîte l’Alfinu
Notre gîte est situé en haut du village dans le hameau de Pietralta juste en face d’un piton rocheux coiffé par un édifice qui ressemble à un château et que nous prenons pour le château de Guido. La vue de la terrasse est tout à fait extraordinaire : la mer semble toute proche. L’île Rousse et son phare, le port avec le ferry rouge de la Corsica sont à nos pieds, non loin une belle plage de sable. Les lauriers roses ont été taillés pour ne pas éclipser la mer. Les rosiers sont fleuris ainsi que la Lantana orange et un éclatant buisson de géranium rouge. La table rectangulaire à l’ombre du balcon de l’appartement des propriétaires nous permettra de déjeuner et dîner dehors. Sur un plancher de bois deux chaises longues en tek complètent le décor.
L’appartement est très bien équipé. Décor contemporain murs blancs, meubles laqués gris taupe, canapé blanc, table grise. Sets de table, grille-pain et bouilloire rouges .Vaste chambre avec une grande armoire, penderie et nombreux cintres. La tête de lit en bois a un mécanisme astucieux avec des tables de nuits qui s’encastrent dans le coffre, toujours harmonie taupe et blanc.
Tout est parfait.
Corbara A Nunziata
A la découverte du village de Corbara : la grande église A Nunziata (1685) est baroque. Son fronton avec ses volutes est presque espagnol, son haut campanile est décalé. Si l’extérieur est sobre, quand j’entre je suis surprise par la magnificence de l’autel en marbre blanc souligné par des bordures crémeuses qui semblent dégouliner sur la pierre colorée. Nuage de marbre de Carrare, angelots en prière, en adoration ou musiciens. La blustrade de marbre blanc porte elle aussi des putti potelés. Le plafond du chœur est bleu et doré, trompe-l’œil d’un ciel nuageux où trône Dieu entouré d’angelots voletant. Luxe baroque dans un si petit village.
Choeur baroque!
Le Musée du Trésor est fermé. Mais le village en est très fier : de grandes photos « 20 ans du Musée » sont placardées sur le mur qui longe la route. Ornements liturgiques, aubes chasubles…