
Mais les jeudis de Proust sont déjà programmés ainsi que quelques billets.
Je vous enverrai des cartes postales sur Facebook>.
carnets de voyage et notes de lectures de miriam
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Mais les jeudis de Proust sont déjà programmés ainsi que quelques billets.
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MARYSE CONDE

1863 – Ségou est islamisée mais les intrigues et rivalités s’y trament encore
tous les pays musulmans voisins, des médiateurs s’étaient proposés pour mettre fin à la querelle entre
Toucouleurs et Peuls. En vain. Et Ségou était l’un des enjeux de ce conflit.
les rois Bambaras sont défaits et contraints de quitter la ville .
Le bon peuple de Ségou s’assembla devant le palais d’Ali Diarra pour voir brûler les fétiches. Comme c’était la deuxième ou troisième fois qu’une opération de ce genre se produisait, il n’était guère ému, sachant que les fétiches se rient du feu, même de celui d’Allah.
Les Traoré, musulmans ou fétichistes, ont perdu la proximité avec le pouvoir politique des Diarra mais la concession reste prospère avec ses champs cultivés par des esclaves. Elle reste l’aimant qui va attirer les descendants dispersés des fils de Dousika à travers l’Afrique de l’Ouest : Omar, le fils de Mohamed, à la recherche de son père et Dieudonné, le fils d‘Olubunmi, recueilli sur le fleuve par des français. Fils sans pères, déboussolés accueillis comme des fils prodigues dans la concession des Traoré. De sangs mélangés de Peul, Bozo ou même marocain, l’appartenance au clan Traoré les renvoie à l’identité bambara.
El-Hadj Omar resta seul. Pendant un moment, il lui sembla qu’il ne savait plus pourquoi il combattait. Les
premières années, tout était clair. Il fallait purifier et rénover l’islam, rendre la chaleur et la virulence à une foi qu’affaiblissaient les querelles de clans et les oppositions entre provinces. Il fallait convertir les païens, leur mettre sur les lèvres la phrase sublime : — Il n’y a de Dieu que Dieu ! Mais, à présent, que se passait-il ? Voilà qu’au nom des nationalismes, des résistances s’organisaient ! Les hommes défendaient leurs territoires, leurs dynasties, leurs parentés et n’acceptaient pas qu’à l’est du fleuve Sénégal s’étende un même empire dont le souverain serait Dieu. Beau rêve si difficile à réaliser ! Idéal que rendaient inaccessible la petitesse et la
mesquinerie des esprits ! Mohammed lui-même avait été dans l’incapacité de comprendre cela !
Dans ce livre les conflits nationaux divisent l’unité illusoire que la croyance commune en l’Islam aurait fédéré.
Sur la côte, à Saint Louis du Sénégal, la colonisation française s’organise
Alors que Saint-Louis, avec l’abolition de l’esclavage, périclitait, un gouverneur énergique débarquait, animé du grand dessein de doter la France d’un empire colonial en Afrique de l’Ouest, qui avait fait ses preuves en Algérie : Faidherbe.
Dieudonné, recueilli avec ses frères par des français va à l’école française. L’armée française recrute des africains dans ses rangs, certains attirés par l’aventure, d’autres par des honneurs illusoires, tous se laissent corrompre par l’alcool abondant dans les cantines militaires.
Si, les premiers temps, les Français étaient partout accueillis avec une curiosité tolérante, la révolte s’était vite déclenchée contre eux. C’est que, après des simulacres d’accord avec les anciens, ils s’appropriaient les terres, forçaient à cultiver des plantes dont on ne voyait pas l’utilité et à tracer des routes qui ne menaient nulle part.
Pour asseoir leur pouvoir, les Français utilisent les rivalités entre les ethnies, arment les uns contre les autres, vendent les fusils efficaces contres lances et arcs traditionnels. Dans leur rivalité contre le pouvoir musulman intégriste Toucouleur, les Bambaras rêvent d’acquérir des armes modernes.
Omar, musulman, rêve d’unité contre les incirconcis français. Il prend même la tête d’une armée qui le prend pour le madhi
Nous sommes un. Un. Qu’il n’y ait plus ni Peul, ni Toucouleur, ni Bambara, ni Sonraï, ni Bozo, ni Somono, ni Sarakolé, ni Malinké, ni Dogon, ni Arma, ni Touareg. Nous sommes un. Ces terres sont nôtres. Et le Blanc, ses
canons, ses canonnières et son cheval de fer est un intrus qui doit partir.
les canonnières auront raison des remparts de Ségou.
Loin de Ségou, les descendants des esclaves brésiliens revenus en Afrique, christianisés, à Lagos les descendants de Naba (le fils razzié lors d’une chasse au lion). Eucaristus, le pasteur, a épousée la descendante jamaïcaine des esclaves marrons et eut un fils Samuel. Samuel a rêvé de la révolte des marrons qui n’ont jamais accepté l’esclavage. Il parvient en Jamaïque. Désillusion!
Ma première lecture de Ségou, il y a une vingtaine d’année avait mis la lumière sur les coutumes africaines, les peuplements, le mode de vie. les guerres récentes au Mali qui s’étendent maintenant aux états voisins donnent un intérêt renouvelé à cette histoire.
Exposition temporaire jusqu’au 25 Aout 2024

1908-1980
1908 : arrivée de Gibran Khalil Gibran – 1980 reconnaissance de l’immigration arabe dans les musées parisiens. Huit décennies, une très longue période!
Présence arabe : du Maghreb à l’Irak, si on inclue aussi la Turquie, c’est un vaste domaine . Et si on inclue les artistes juifs mais de culture orientale, cela fait encore plus de monde! Si on ajoute les français militant pour l’indépendance de l’Algérie, cela en fait encore d’autres….

Donc, une exposition au long cours, dans le temps comme dans l’espace, beaucoup d’œuvres et en regard, des photos et des affiches rappelant le contexte, des publications de revues…Très riche, trop riche, je me suis un peu perdue.
Il sera question de décolonisation, loin de l’Orientalisme du XIX ème siècle. pas besoin de faire appel à Edward Saïd que j’attendais un peu pour sa critique de l’Orientalisme. Tout simplement parce que les plasticiens sont orientaux, tandis que les Orientalistes ont un regard occidental sur l’Orient idéalisé ou fantasmé.
1.l’Orientalisme arabe ou l’Orient rêvé par lui-même
En revanche je n’attendais pas Khalil Gibran peintre. Je connaissais l’écrivain. Il a suivi l’enseignement de l’Académie Julian.

Avec Nahda en Egypte on assiste à l’essor d’une pensée libérale. Le sculpteur égyptien Mahmoud Mokhtar conçoit le monument à la Nahda.

L’alexandrin Georges Sabbagh a étudié à l’académie Ranson en 1910. On voit donc la porosité entre les plasticiens orientaux et les nabis et peintres français.

De Tunisie, proviennent des images variées comme cette prière au soleil et la Synagogue de Tunis de Maurice Bismouth (1930)
Les années 30 sont celles des Expositions Coloniale (1931) et Internationale des Arts et techniques (1937). Un mur est dédié à l’exposition coloniale avec les affiches « Ne visitez pas l’Exposition Coloniale », protestation des communistes. On y voit les pavillon de l’Egypte et de la Tunisie
2. Adieu à l’Orientalisme : les avant-gardes attaquent

Les premières indépendances Liban (1943), Syrie (1946), Egypte (1953) et Irak (1958)
Le groupe surréaliste égyptien expose à Paris ainsi que l’algérienne Baya. Des artistes rejoignent les ateliers de Fernand Léger et de Lhote. je retrouve avec plaisir la Kahena peinte par Atlan figure de la reine rebelle témoignant de l’engagement anticolonial du peintre qui fut un résistant.

j’ai aussi retrouvé les dessins de Mireille Miailhe et de Senac. Tour un mur est couvert d’affiches sur la Guerre d’Algérie, le référendum de De Gaulle, une accusation de Massu et de la torture.

3. L’art en lutte : de la cause palestinienne à l’Apocalypse arabe

Un autre mur de photos et d’affiche montre Nasser et la nationalisation du Canal de Suez,et la construction du Barrage d’Assouan ; un autre est consacré à la Palestine. La guerre au Liban n’est pas oubliée avec l’illustration d’Etel Adnan, poétesse et plasticienne : des bandes en accordéon aquarellées sont accompagnées d’une bande-son.

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE, DOMINIQUE et d’autres…..

Voici le premier bilan du Challenge.
Certaines ont privilégié le texte : Du côté de chez Swann et Un amour de Swann .
D’autres blogueuses ont fait un pas de côté pour éclairer l’œuvre avec un regard décalé
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/03/challenge-marcel-proust-chez-miriam-et.html
Le jeudi avec Marcel Proust : billets sur Combray
Un amour de Swann avec Marcel Proust ICI
Du côté de chez Swann
Combray I
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann-des.html
Un amour de Swan II
Des noms propres, le nom III
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann.html
Evelyne Bloch Dano une jeunesse de Proust
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/04/evelyne-bloch-dano-une-jeunesse-de.html
Céleste Albaret : Monsieur Proust
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/celeste-albaret-monsieur-proust.html
Proust roman famillial
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/04/laure-murat-proust-roman-familial.html
Dominique
http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2013/08/11/proust-a-illiers-combray-christophe-pradeau-5138963.html/proust-a-illiers-combray-christophe-pradeau-
Laure Murat, roman familial
Fanja
Céleste : Bien sûr, monsieur Proust BD Chloé Cruchaudet
https://lecture-sans-frontieres.blogspot.com/2024/05/celeste-tomes-1-et-2.html
Keisha
Proust roman familial
https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2023/11/proust-roman-familial.html
Brassaï : Marcel Proust sous l’emprise de la photographie
https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-sous-lemprise-de-la.html
Luocine
Laure Murat, roman familialhttps://luocine.fr/?p=17511&unapproved=33017&moderation-hash=c50a108283312c959b831c3fec56a64f#comment-33017
Miriam
Présentation du challenge Marcel Proust
Un amour de Swannhttps://netsdevoyages.car.blog/2024/05/20/un-amour-de-swann-marcel-proust/
Du côté de chez Swann : l’amour de la lecture
https://netsdevoyages.car.blog/2024/05/17/du-cote-de-chez-swann-lamour-de-la-lecture-ecriture/
Du côté de chez Swann : Marcel Proust lecture gourmande
Sandrine
Du côté de chez Swann
https://tetedelecture.com/2024/05/15/du-cote-de-chez-swann-de-marcel-proust/
LECTURE COMMUNE A LA RECHERCHE… AVEC CLAUDIALUCIA

J’ai suivi allégrement Marcel Proust à Combray. Tout me plaisait : le regard curieux et tendre de l’enfant qui découvrait la campagne, les fleurs, le jardin, les décors de l’église. J’ai découvert avec lui la campagne, les clochers qui s’éloignaient, les épines blanches de Guermantes.
Je me suis attachée aux personnages, à ses parents, ses tantes, à la tante Léonie et à ses relations fantasques avec Françoise, servante et maîtresse des autres domestiques. J’ai goûté la cuisine de Françoise….
J’ai terminé Un amour de Swann depuis six semaines et je n’ai pas encore écrit mon compte-rendu, cela ne venait pas, il faut bien que je me force aujourd’hui.
Je suis entrée dans le salon de Mme Verdurin avec un certain agacement. Toutes ces conventions prétentieuses pour « ne pas ressembler aux ennuyeux » m’ont paru bien snobs et artificielles. Cette coterie de « fidèles » « d’habitués » m’a déplu.
J’avais été séduite par Swann à Combray . Son mystère, sa discrétion, son désir de ne pas gêner la famille de Marcel en cachant ses relations mondaines, tout cela témoignait d’une grande délicatesse.
L’esthète qui conseillait les lectures de l’enfant me faisait deviner un personnage intéressant. Swann ami d‘Odette de Crécy est décrit comme un Don Juan blasé
Mais Swann aimait tellement les femmes qu’à partir du jour où il avait connu à peu près toutes celles de l’aristocratie et où elles n’avaient plus rien à lui apprendre, il n’avait plus tenu à ces lettres de naturalisation, presque des titres de noblesse, que lui avait octroyées le faubourg Saint Germain, que comme sorte de valeur d’échange de lettre de crédit dénuée de prix en elle même, mais lui permettant de s’improviser une situation dans tel petit trou de province ou tel milieu obscur de Paris, où la fille de hobereau lui avait paru jolie. Car le désir ou l’amour lui rendait un sentiment de vanité sont il était maintenant exempt dans l’habitude de la vie
Par curiosité (?) Swann s’introduit dans le salon de Mme Verdurin, on ne sent pas vraiment d’amour pour Odette de Crécy, de la curiosité peut-être? Rien ne prouve un amour sincère. Ce Swann –ci me semble peu intéressant et peu sympathique. Il sonnerait presque faux. Les aventures piquantes dont il se vante sont franchement odieuses.
Odette de Crécy n’est même pas « son genre » de beauté. Cette femme du « demi-monde » se pique d’être intéressée par l’art tandis que Swann allègue des travaux sur Ver Meer de Delft .
La présence du peintre et du pianiste éveille un peu plus mon intérêt. j’ai bien aimé les pages sur la musique et la sonate de Vinteuil
« Même cet amour pour une phrase musicale sembla un instant amorcer chez Swann la possibilité d’une sorte de rajeunissement. »
Je préférais le Swann de Combray!
LECTURE COMMUNE

Quelle meilleur hommage à la grande écrivaine (Prix Nobel alternatif) que de lire et faire lire son œuvre, la découvrir ou la relire.
La date prévue pour la lecture commune est le 20 Mai .
Pour faire la récapitulation des liens avant notre départ en Corse les liens sont à déposer ici en commentaire.
j’ai déjà le retour de Nathalie :qui a lu Victoire
Pour ma part, Miriam : Le cœur à rire et à pleurer, La Belle Créole, Ségou pour la lecture commune 2024 et à l’occasion de notre voyage en Guadeloupe Traversée de la Mangrove, Moi, tituba, Sorcière …noire de Salem
Aifelle a lu Le coeur à rire et à pleurer
Claudialucia : Moi, Tituba Sorcière de Salem
J’espère que vous aurez autant de plaisir que moi à découvrir ses livres et j’attends ici vos retours
CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

« Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des
incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et
d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous … »
Le jeune narrateur se consacre avec passion à la lecture. Son ami Bloch lui recommande Bergotte et le détourne de Musset?
« persuadé que mes pensées eussent paru pure ineptie à cet esprit parfait, j’avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m’arriva d’en rencontrer, dans tels livres, une que j’avais déjà eu moi-même, mon cœur se gonflait comme si Dieu dans sa bonté me l’avait rendue, l’avait ,déclarée légitime et belle. Il arrivait qu’une page de lui disait les mêmes choses que j’écrivais souvent la nuit à ma grand’mère et à ma mère quand je ne pouvais dormir, si bien que cette page de Bergotte avait l’air d’u recueil d’épigraphes pour être placées en tête de mes lettres. Même plus tard quand je commençais de composer un livre, certaines phrases dont la qualité ne suffit pas pour décider à la continue, j’en retrouvais l’équivalent dans Bergotte… «
Le jeune narrateur se met déjà dans la situation de composer un livre, d’écrire.
Swann le conforte dans son admiration de Bergotte. mais qui est donc Bergotte. Quand le rencontrerons-nous? Un écrivain existant ou un idéal?
Lecture et écriture, le jeune est déjà écrivain quand il regarde la nature au cours de ses promenades
Alors, bien en dehors de toutes ces préoccupations littéraires et ne s’y rattachant en rien, tout d’un coup un toit, un reflet de soleil sur une pierre, l’odeur d’un chemin me faisaient arrêter par un plaisir particulier qu’ils me donnaient, et aussi parce qu’ils avaient l’air de cacher au delà de ce que je voyais, quelque chose qu’ils m’invitaient à venir prendre et que malgré mes efforts je n’arrivais pas à découvrir. Comme je sentais que cela se trouvait en eux, je restais là, immobile, à regarder, à respirer, à tâcher d’aller avec ma pensée au delà de l’image ou de l’odeur. Je m’attachais à me rappeler exactement la ligne du toit, la nuance de la pierre qui, sans que je pusse comprendre
pourquoi, m’avaient semblé pleines, prêtes à s’entr’ouvrir, à me livrer ce dont elles n’étaient qu’un couvercle. Certes ce n’était pas des impressions de ce genre qui pouvaient me rendre l’espérance que j’avais perdue de pouvoir être un jour écrivain et poète, car elles étaient toujours liées à un objet particulier dépourvu de valeur intellectuelle
La personnalité de l’écrivain s’ébauche dans ces lignes. Pour notre plus grand plaisir! Plaisir de sentir la lumière toucher la pierre… d’imaginer, de se laisser porter. Quand l’écrivain va-t-il s’affirmer? Comment? Suspens! Encore quelques centaines de pages…..
A suivre…
CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

« Tous ces souvenirs ajoutés les uns aux autres ne formaient plus qu’une masse, mais non sans qu’on ne pût distinguer entre eux – entre les plus anciens, et ceux plus récents, nés d’un parfum, puis ceux qui n’étaient que les souvenirs d’une autre personne de qui je les avais appris – sinon des fissures, des failles véritables, du moins ces veinures, ces bigarrures de coloration, qui, dans certaines roches, dans certains marbres, révèlent des différences d’origine, d’âge, de « formation ». »
Du côté de chez Swann est raconté par un narrateur-enfant d’un âge indéfini ou plutôt l’accumulation de souvenirs des beaux jours passés à Combray avec ses parents, grands-parents, des deux soeurs de la grand-mère dans une belle maison avec un jardin agréable propice à la rêverie et à la lecture.

Affection et tendresse indéfectible (ou presque) de la mère dont le baiser du soir, s’il est empêché par une visite, devient un manque insoutenable.
Vie bourgeoise qui n’est troublée que d’évènements minuscules,
« Le monde se bornait habituellement à M. Swann, qui, en dehors de quelques étrangers de passage, était à peu près la seule personne qui vînt chez nous à Combray, quelquefois pour dîner en voisin »
qui se présentait en toute simplicité et dont ils ne soupçonnait pas le rang social
un des membres les plus élégants du Jockey-Club, ami préféré du comte de Paris et du prince de Galles, un des
hommes les plus choyés de la haute société du faubourg Saint-Germain.L’ignorance où nous étions de cette brillante vie mondaine que menait Swann tenait évidemment en partie à la réserve et à la discrétion de son caractère, mais aussi à ce que les bourgeois se faisaient de la société une idée un peu hindoue et la considéraient comme composée de castes fermées où chacun, dès sa naissance se trouvait placé dans le rang qu’occupaient ses parents et d’où rien à moins d’un hasard d’une carrière ou d’un mariage inespéré, ne pouvait vous tirer pour vous faire pénétrer dans une caste supérieure »
Combray est un monde clos, immobile où tout le monde connaît tout le monde. Seul, un pêcheur inconnu restera pour l’enfant un mystère insoluble. Un monde étriqué où le moindre incident, le retard d’une paroissienne à la messe, pourra fournir un sujet de distraction pour la journée entière à la tante Léonie immobilisée dans sa chambre à l’étage. A la frange de cette société figée, conservatrice, l’aristocratie représentée par la Duchesse de Guermantes, fait rêver le narrateur. Les mauvaises fréquentations de la fille du professeur de piano Vintheuil sont sujet de ragots. Un autre défaut rédhibitoire, le snobisme fera exclure Legrandin
« trouvé en un instant lardé et alangui comme un Saint Sébastien du snobisme »
« Et certes cela ne veut pas dire que M. Legrandin ne fût pas sincère quand il tonnait contre les snobs. Il ne
pouvait pas savoir, au moins par lui-même, qu’il le fût, puisque nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n’est que d’eux que nous avons pu l’apprendre. »
Avec une précision d’horloger ou d’entomologiste, les rouages psychologiques sont analysés : les rapports complexes de maîtresse à domestique qui lient la Tante Léonie grabataire à Françoise, cuisinière, dame de compagnie, intendante qui, elle-même entretient des liens pervers avec la fille de cuisine.
Préjugé de cette fin du XIX, l’antisémitisme, pas virulent mais acide : le Grand-père détecte les Juifs dans les fréquentations du narrateur et fredonne des airs connus, allusifs. « Aucun sentiment malveillant » note l’enfant, voire..
Zola, dans mes lectures précédentes, avait brossé, tableau par tableau, une fresque du Second Empire, Proust dessine une esquisse impressionniste de cette bourgeoisie respectable, plutôt bienveillante mais d’une étroitesse d’esprit étouffante.
CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

J’avais 15 ou peut être 16 ans, j’avais lu Proust comme un défi, « cap de lire des livres difficiles pour adultes? « . Et voici un nouveau challenge, initié par Claudialucia. Faut-il être motivée par une lecture commune pour s’attaquer à un Everest de la littérature?
Le côté de Méséglise avec ses lilas, ses aubépines, ses bluets, ses coquelicots, ses pommiers, le côté de
Guermantes avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la
figure des pays où j’aimerais vivre, où j’exige avant tout qu’on puisse aller à la pêche, se promener en canot,
voir des ruines de fortifications gothiques et trouver au milieu des blés,
Première surprise, cette lecture m’a emportée dans des promenades délicieuses et fleuries du côté de Guermantes ou de Méséglise, lilas ou épines odorantes dans la campagne de Combray en limite du Perche et de la Beauce où les clochers des églises se voient de loin…et je n’ai rien trouvé de difficile à les suivre.
» mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outre-mer et de rose et dont l’épi, finement pignoché
de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied – encore souillé pourtant du sol de leur plant – par
des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses
créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair
comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus »
Lecture printanière et gourmande.

Justement la saison des asperges!
Proust m’apprend qu’on « plume » les asperges, j’ai plumé les premières hier matin en me délectant du texte que j’ai copié ci-dessus. J’ai aussi lu avec gourmandise les menus que Françoise confectionnait.
Et bien sûr, le goût de la madeleine trempée dans le tilleul, que chacun reconnaîtra et qui fera resurgir les souvenirs.
Dernière surprise : cette lecture de jeunesse n’était pas enfouie si loin, j’ai retrouvé les pages…inoubliables….
CÔTE D’AZUR

En février 2017, j’ai eu le plaisir de passer 3 jours à Menton chez des amis à l’occasion de la fête des Citrons. De ce court séjour, très dense, je n’avais pas fait de billet de blog. Notre visite récente à la Maison de Cocteau à Milly-la-Forêt m’a rappelé celle au Musée Cocteau de Menton. J’ai retrouvé les photos et en voici quelques unes !




Je viens de lire que ce musée de Menton était fermé depuis 2018 . J’ai donc eu de la chance de la visiter!