Antibes – Musée Picasso

CÔTE D’AZUR

 

Musée Picasso

le Musée Picasso est installé dans le Château Grimaldi où Picasso avait un atelier en 1946.

hartung au Musée Picasso

Avant de découvrir les œuvres du Maître nous trouvons les tableaux de deux peintres établis à Antibes :Hartung et Ana Eva Bergman qui fut la femme de Hartung. Du premier, un grand tableau très sombre, noir, brun comme lacéré et un autre vertical presque figuratif.  d’autres sont plus colorés.

Anna-Eva Bergman : Le Grand Nunatak

De Ana-Eva Bergman, le Grand Nunatak (mot groenlandais signifiant pic rocheux isolé)qui me fait penser à un volcan doré, acrylique et métal, d’autres petits formats sont aussi des nunataks à l’envers.

Nicolas de Stael : Le concert

Nicolas de Staël a aussi vécu à Antibes, il s’y est installé en 1954 et y est mort en mars 1955. Une grand salle lui est dédiée. Le Concert est un tableau immense sur fond rouge qui occupe tout un mur. C’est l’ultime tableau du peintre (mars 1955) .

Nicolas de Stael : Nu couché bleu

Le Nu couché bleu : sur fond rouge uni le nu  marque par de grands coups de peinture le mouvement sur un « drap » blanc. Lui faisant face, trois grands fusains, études de nu . Face au concert des formats plus petits : Le Fort carré d’Antibes et une Nature morte sur fond bleu.

Nicolas de Stael Le fort carré d’Antibes

J’aime beaucoup Nicolas de Staël.

Une exposition CHEMINS DE TRAVERSE regroupe20 œuvres de plasticiens différents. Hommages ou clins d’œil à Picasso.

Louis Cane – Hommage à Picasso d’après  Manet

L’Hommage à Picasso   d’après Manet de Louis Cane, m’a amusée. on peut y déceler plusieurs influences Manet, bien sûr puisqu’il s’agit d’un déjeuner sur l’herbe, Picasso pour la femme nue mais aussi Cézanne avec le traitement des arbres.

Hervé di Rosa : grande fête mythologique

Soulages (impossible à photographier)

Antonio Saura : Dora Maar revisitée

Antonio Saura : Dora Maar revisitée

Il y a aussi des collections de peintres reconnus du XXème siècle :

Calder, Fernand Léger, Nikki de Saint Phalle, Arman, César, Edouard Pignon  Mathieu,  Dubuffet

j’ai aimé les papiers découpés de Prévert.

Prévert : Collage

 

On arrive enfin aux tableaux de Picasso  : la Joie de Vivre (1946)  et tous les personnages de la mythologie : centaure, faunes(mi-chèvre/mi homme) et nymphe qui succèdent au minotaure, Ulysse et les sirènes.

Picasso : La joie de vivre

Il y a aussi toute une série de natures mortes avec des oursins, des poissons, calmars, pastèques et en même temps des pêcheurs et des marins…

Picasso – Pêche nocturne à Antibes

collection de plats de Vallauris

Les portraits de Picasso qui pose avec ses œuvres ou ses pinceaux sont l’oeuvre de Michel Sima (Michaël Smajewski de retour d’Auschwitz)

Sur la terrasse , les statues de Germaine Richier.

 

 

 

Albert Edelfelt (1854-1905) Lumières de Finlande au Petit Palais

FINLANDE

Enfants au bord de l’eau

Exposition temporaire jusqu’au 10 juillet 2022

En route pour le baptème

Edelfelt est un peintre finlandais qui est venu à Paris comme son compatriote Akseli Gallen-Kallela dont on peut voir une belle rétrospective au Musée Jacquemart André à Paris en ce moment-ci. Deux Finlandais à Paris en ce moment (comme alors, dans les années 1880). Aucune redondance dans ces deux visites, Finlandais mais très différents!  

Portrait du grand-père de l’artiste

Edelfelt est venu à Paris avec une bourse pour étudier la peinture d’histoire sous la direction de Gérôme . Il a peint des tableaux historiques, et s’est même représenté en costume (16ème ou 17èm siècle). j’ai bien aimé un paysage de neige racontant la révolte des paysans en 1596 avec le Village incendié. Dans ce grand tableau on peut voir trois sujets différents, trois paysans avec skis et arbalètes au premier plan, avec une attention particulière au portrait, un paysage de neige et au fond, très petit, dans un style très différent les silhouettes des cavaliers et les maisons incendiées derrière eux. 

le village incendié (1596) détail.

Edelfelt excelle dans le portrait et son chef d’œuvre le plus connu en France est le portrait de Louis  Pasteur qui surpasse ceux des autres peintres de l’époque : François Lafon et Leon Bonnat. L’exposition permet de faire son avis personnel et de comparer les trois tableaux. Montrant Pasteur en action dans son laboratoire, il peint une « allégorie de la science en marche » des rapports étroits se tissent entre Edelfelt et Pasteur qui peint sa femme, son fils et toute la famille Pasteur-Vallery-Radot. 

Louis Pasteur 1886

A paris, Edelfelt peint de nombreux portraits de ses amis et de la vie parisienne. Il se plait à représenter les chatoiements des tissus

Virginie

Dans sa grand composition Au jardin du Luxembourg il côtoie les impressionnistes auprès desquels il est exposé et trouve que ce voisinage le dessert et que ses coloris sont pâles à côté des tableaux impressionnistes<;

Au jardin du Luxembourg

Mais quand il rentre en Finlande l’été où il a fait construire un atelier en 1883 il peint les Finlandais plus que les paysages. Il a une attention particulière pour les enfants et les vieux, les paysans et les marins.

Apprentis tailleurs
Devant l’église en Finlande

Tandis que Gallen-Kallela livre des paysages éblouissants, Edelfelt s’applique à nous faire aimer ses compatriotes.

Antibes – Juan-les-Pins par gros temps

CÔTE D’AZUR

Antibes, vue de loin

La route M18 qui descend de La Gaude à Cagnes-sur-Mer dans la pinède est charmante. Cagnes-sur-mer est une petite ville qu’on traverse à petite vitesse. Sur la colline le village ancien (Hauts-de-Cagnes) se blottit sur sa colline. Entre la route et la mer l’Hippodrome est un bel espace vert.

Villeneuve-Loubet : Marina Baie des Anges vue de Cagnes-sur-mer

Villeneuve-Loubet est assez repoussante, les panneaux publicitaires encombrent les bas-côtés, zones artisanales et commerciales n’arrangent rien. Une curiosité architecturale « Marina Baie des Anges » : un groupe d’immeubles qui s’enroulent eux-mêmes  avec de belles terrasses parfois arborées. Selon l’angle d’observation, on imagine des bateaux de croisière ou des pyramides, ou l' »écho des baous« (les sommets calcaires qui marquent le relief.

juan-les-pins par gros temps

Nous entrons dans « Antibes-la chic« , Antibes, l’urbaine, à l’urbanisme soigné qui ressemble plus à Neuilly-sur-Seine qu’à Nice (pourtant déjà chic). Circulation à petite vitesse. Le GPS nous conduit au départ de la randonnée du Tour de Juan-les-pins à la Plage de la Garoupe à travers des propriétés enfermées dans de grands murs.

Juan les pins : sentier côtier

la mer est agitée. Sur la corniche, de belles vagues se brisent. plus tard, nous découvrirons le panneau « Attention, coup de mer! ». par gros temps, le sentier côtier est fermé. Au début, je ne comprends pas pourquoi, il est dallé protégé par des garde- corps puis par des buissons. Je ne suis pas seule : des promeneurs munis de gros appareils-photos viennent immortaliser les vagues. Les pins tordus à contre-jour, les branches des buissons sont très pittoresques. je me serais volontiers arrêtée avec mon carnet-moleskine. La promenade tourne court : porte close cadenassée! Il faut faire demi-tour.

Juan les pins plage de la Garoupe

J’improvise une promenade de remplacement sur la route qui longe la mer jusqu’à Antibes sur le Boulevard de la Garoupe. Parfois les murs des propriétés cachent la mer, mais j’entends le fracas des vagues. Il y a peu de circulation. la silhouette de la vieille ville s’approche, le Château massif et la Tour Carrée.

la vieille ville dr’Antibes

Nous garons la voiture sur le très grand parking du vieux Port près de la Porte Marine. Il y a quelques bateaux de pêche, des filets mais ils sont éclipsés par des yachts énormes immatriculés à Malte, et même au Luxembourg!

Dans l’axe de la Porte Marine, dans la ville close, toute une série de restaurants précèdent le Marché Provençal très bien achalandé et coloré. je monte sur les remparts pour découvrir la petite Plage de la Gravette, bien abritée et fréquentée. A l’arrière des remparts, la vieille ville est pittoresque avec ses ruelles et ses maisons hautes. Je trouve la maison où a logé Nicolas de Staël mais je rate celle de Kazantzakis au Safranier et la plaque qui le rappelle. 

Un pan bagnat qui déborde de thon, œuf dur, tomate et roquette sur la plage de la Salis.

 

le CIAC à Carros présente des expositions : Puivif et Champollion, hommage à Mendonça

CÔTE D’AZUR

Carros le château et l’église

Le château de Carros est le siège d’un Centre International d’Art contemporain que j’ai visité avec grand intérêt. A côté de musées prestigieux d’artistes célébrissimes comme Picasso, Matisse, Chagall ou Fernand Léger, je suis ravie de découvrir des inconnus qui m’interpellent avec ces deux expositions. 

Autre temps, Autre lieu du 12/02/2022 au 29/05/2022  regroupe les œuvres de deux plasticiens Véronique Champollion et Francis Puivif. 

Puivif – Entre temps

Francis Puivif a d’abord réalisé des collages puis il   a collectionné différents objets pour en construire d’autres, une mappemonde agglomérant des boîtes, des morceaux métalliques. il a fabriqué des tableaux avec des cadrans d’horloges avec des tiges, des mécanismes et des clés formant des personnages « Entre temps »

Puivif – L’atelier de Zeus

D’autres compositions sont de plus grandes taille, agglomérant des couleurs, des crayons, des cartes colorées comme cet « Odyssée nocturne » dont la coque du bateau est en papier à musique ou « L’atelier de Zeus  » à la coque rouge. Il recycle toute sortes d’objets. Son installation recrée l’univers de l’atelier de l’artiste dévoilant son travail, son désordre et le hasard de la création artistique.

Véronique champollion

Véronique Champollion a investi le château en l’interprétant. Elle l’a habité de compositions fantaisistes en papier mâché, s’est inspirée des gypseries des plafonds, des fresques et d’éléments mythologiques.

Fresques du château de Carros

Elle utilise le papier mâché le papier plié coloré et vernis. parfois ses compositions sont de grande taille. Je n’ai pas trop aimé ses grandes femmes blafardes soulignées de noir. Elle réunit animaux et personnages : sa forêt en papier plié présente des dizaines d’oiseaux, papillons, personnages suspendus à des fils. Elle a inspiré les enfants des écoles qui ont réalisé leur forêt que j’avoue préférer à celle de l’artiste chevronnée, plus colorée.

Champollion : La fuite

Une pièce du château avec une magnifique cheminée et une frise sert de support à « la fuite« , course très réussie d’animaux, lapins, oiseaux qui s’élancent entres des jambes humaines sur le mur blanc .

V Champolion : saisons

Dans le même esprit, une salle a pour thème les Quatre saisons, celles de Vivaldi, de Hölderlin, tableaux colorés avec faunes satyres ou musiciens répondant à la frise végétale. j’ai peu apprécié les tableaux individuellement mais l’ensemble est convaincant.

Hommage à Bruno Mendonça

Mendonça : Morse

Le peintre décédé en 2011 avait en 2002 créé à Carros des Bibliothèques éphémères . Le CIAC lui consacre plusieurs salles dans le château de Carros. j’y découvre une œuvre très diverse avec de grands tableaux colorés sur papier (350cmx200cm) représentant des eskimos débitant un morse et des chameaux  et des compositions géométriques plus abstraites, « Triangulations » jeu de formes et volumes dans le projet de bibliothèque ainsi que des composition à base de codes-barres très réussies. 

Mendonça : triangullations

Au rez de chaussée, je fais connaissance avec  Octave Guillonet (1872-1967)

Guillonet : battre le blé

Le Circuit des crêtes : les villages perchés Saint Jeannet, Gattières, Carros, Le Broc, coursegoules

CÔTE D’AZUR

Saint Jeannet vu de loin sous les Baous

Circuit du Guide Vert p.306: Le circuit des Crêtes 59 km

SAINT JEANNET

Saint Jeannet domine le paysage sur son rocher en dessous des Baous, village d’où partent les amateurs d’escalade : j’en croise deux, équipés chacun d’une belle corde verte autour du torse. Ma promenade dans le village est beaucoup plus tranquille sous le soleil matinal dans le calme des rues et placettes. Des plaques en céramique racontent l’histoire du village.

La place de la Soucare ou place des Masques était celle où se réunissaient les sorcières.

Saint Jeannet Tour Sarrazine

Sur la place principale, un grand lavoir fait face à une tour ronde, la Tour Sarrazine qui donne son nom à la rue.

Saint Jeannet

La rue du Treillard rappelle que des vignes couraient le long des murs. Saint Jeannet est réputé pour son vin et possède un cépage original.  Un  belvédère domine la vallée. Sur cette terrasse : « maisonnette de Tzara » J’arrive à une porte : La Porte du Ferrage qui n’a rien à voir avec les fers des équidés mais avec le fourrage. le four à pain communal a été transformé en cinéma. Cette promenade est charmante et me rappelle celles que je faisais dans les villages grecs. 

Place de l’2glise à Saint Jeannet

GATTIERES  

Gattières est un autre village perché. Le panorama, sur les sommets des Alpes enneigés me fascine. En revanche, la vallée du Var occupée de barres d’immeubles et couverte de serres en plastique est beaucoup moins séduisante. Le Var coule au milieu de galets et de rochers gris (en hiver c’est l’étiage).

Gattières village perché

De la voiture, le village se détache sur les montagnes et ferait une belle photo. Dès qu’on a trouvé une place sur le bas-côté pour la voiture je ne retrouve  plus la photo idéale. Quatre poteaux en ciment encadrent le village, ou il se devine derrière la ramure d’un arbre défeuillé. je remonte pendant cinq bonnes minutes la route. Rien! A mon retour, furtivement je trouve le cadrage.

je monte au Château Grimaldi par la Montée du château, raidillon entre les « maisons-remparts ». Dans ce village piétonnier on a disposé des poteries avec des plantes grasses dans la rue. Au sommet de la Montée l’église est fermée, je ne verrai donc pas Saint Nicolas polychrome promis par le Guide Vert. Du château Grimaldi, il ne reste qu’un tour arrasée, sa base haute de quelques mètres.

CARROS

Le château de Carros

Pour arriver à Carros la route serpente à flanc de la montagne au dessus de la plaine du Var. on devine le village perché, puis on le perd, et le retrouve. De grands parkings ont été aménagés pour préserver le calme du village. L’office de tourisme se trouve dans une belle villa XIX ème  : la Villa Barbary. il est fermé. Nous garons la voiture dans le Parking du Moulin Briquet qui a aménagé un belvédère avec une table d’orientation à 360°. Je note l’altitude des sommets enneigés : la Cime de Malédie 3059 m et le Gelas 3145 m dans le Mercantour à la frontière italienne. 

Par les petites rues de Carros

le village entièrement piétonnier est très tranquille et ses rues sont joliment décorées. Mention spéciale à une minuscule placette sous la treille. je grimpe des marches (faciles) pour arriver au château médiéval XIIème s. occupé depuis 1998 par le CIAC (Centre International d’Art Contemporain) qui accueille deux expositions en plus des collections permanentes : Autre temps, Autre lieu du 12/02/2022 au 29/05/2022  regroupe les œuvres de deux plasticiens Véronique Champollion et Francis Puivif ainsi qu’un Hommage à Bruno Mendonça

Carros : Treille

Après Carros, Le Broc est notre étape suivante dans le circuit. la route est spectaculaire, dominant le Var et son affluent l’Esteron. Les montagnes des Alpes et le Mercantour semblent très proches.

LE BROC

La Danse à sur le mur de l’église

Le Broc est un bourg tranquille avec une placette entourée d’arcades avec un restaurant et une fontaine. le guide Vert signale que l’église a été décorée par Guillonet dont je viens de faire la connaissance au musée de Carros. Malheureusement, l’église est fermée. je n’aurai pas fait le détour pour rien : un joli ensemble en fer forgé figure une danse et une ronde sur le mur à l’arrière du monument. Je me promène dans les rues aux noms pittoresques. Cela m’amuse de constater que la Grande Rue est à peine assez large pour qu’une Twingo y passe, je dois m’effacer sous une porte pour la laisser passer. 

Notre route décrit une épingle à cheveux pour franchir le ruisseau et nous conduire à Bouyon.

BOUYON

Bouyon : Place de la Fontaine

Encore un village perché qui se distingue des précédent par ses façades colorées autour de placette : place de la Fontaine, Place du Four communal. je découvre une terrasse formant belvédère aménagée avec un petit amphithéâtre en creux (jeux de balle interdits, sans doute à cause du ravin).

COURSEGOULES

Dernier village avant le retour par le Col de Vence.

Un vaste parking bétonné accueille les voitures des randonneurs et des campeurs équipé d’un ascenseur et de toilettes. Mais quand je me promène dans le village j’ai l’impression d’un village-fantôme. 

Retour par Vence : j’en profite pour visiter la Chapelle du Rosaire décorée par Matisse. (interdit de photographier à l’intérieur de la chapelle, mais permis dans le petit musée en annexe)

Je remarque les vitraux somptueux, le grand Saint Dominique à côté de l’autel. le chemin de Croix est original, au fond de la chapelle dessiné sur le carrelage.

Donbass – Benoît Vitkine –

UKRAINE

Saturée d’images répétitives de guerre, de ruines, bombardements que la télévision montre en boucle, je suis curieuse de littérature qui nourrirait mon imaginaire. Avoir de l’empathie pour un personnage, suivre ses aventures, me sentir happée par un livre, il me semble que je comprendrais mieux les actualités.

J’ai donc lu Les Abeilles Grises de Kourkov et j’ai beaucoup aimé le personnage de l’apiculteur demeuré dans la zone grise, entre les deux fronts tenus par l’armée ukrainienne et les séparatistes du Donbass. Ce livre est sorti en français en février 2022, juste avant l’invasion de L’Ukraine par  l’armée Russe. Il se déroule donc pendant la guerre que les séparatistes du Donbass livrent à l’armée ukrainienne depuis 2014. 

Donbass de Benoît Vitkine se déroule dans la ville d’Avdiivka en 2018

Avdiïvka marquait une limite. Derrière, à l’ouest, commençait l’Ukraine des plaines et du blé, celle des terres noires. Un autre monde. À l’est, c’était le pays des houillères, des puits d’extraction, là où les séparatistes
s’étaient le mieux implantés. Les terrils étaient les gardiens de ce territoire secret, de ses richesses souterraines. Ceux du Donbass s’y accrochaient comme des montagnards à leurs sommets.
[…]
Dans ce monde-là, les villes s’appelaient Anthracite, Prolétaire, Bonheur… On y construisait des jardins
d’enfants, des hôpitaux, des tramways aux couleurs pastel et naïves comme des slogans révolutionnaires.

[….]
Ceux qui avaient gardé leur boulot avaient découvert leur nouveau statut de sous-prolétaires, de déchets de
l’histoire. On ne les comparait plus aux cosmonautes mais aux ouvriers bangladais. Les filles l’avaient compris,
elles aussi. Dans les bals, s’il y en avait encore, elles ne se disputaient plus les jeunes mineurs aux bras durs
comme la pierre.

 

.

L’auteur, Benoît Vitkine est journaliste, correspondant du journal Le Monde et a couvert l’actualité de la région pendant 6 ans . Il est le lauréat du Prix Albert Londres . Le livre est donc très bien documenté. L’interview de Mollat ci-dessous est passionnante mais il vaut mieux lire le livre avant parce que certains détails peuvent spoiler.

Polar ou Docu-fiction?

L’auteur revendique le terme de roman-policier puisqu’il correspond aux codes du genre : un policier doit élucider l’affaire à la suite d’un meurtre. Il utilisera les facilités d’enquête que la police lui confère. L’intrigue permet de pénétrer dans la grande usine de coke qui fait vivre la région (voir la carte ci-dessus), de rendre compte de cette guerre de positions qui fait rage depuis 2014. Il met en scène une galerie de personnages variés : les grands-mères qui jouent un rôle insoupçonnés et qui font vivre leur quartier apportant un peu de chaleur humaine, gardant les enfants

« Malgré leur enthousiasme un peu enfantin, malgré leur obstination à préserver dans la guerre l’illusion d’une vie normale. Elles étaient des survivantes. Le quartier était rempli de ces veuves impassibles. Le pays pouvait bien s’étriper, elles continueraient à fabriquer des confitures et à mariner des champignons. Leurs maris s’étaient agités toute leur vie, puis leurs cœurs avaient lâché, fatigués de tant donner à des corps trop massifs, à des vies trop brutales. Elles, elles restaient. Elles vivaient quinze ans, vingt ans de plus que leurs hommes. Pendant vingt ans, elles enfilaient chaque jour les mêmes chaussons, les mêmes robes de chambre. Elles accomplissaient consciencieusement la routine de leurs petites vies. »

Il rencontre  les soldats avec leur violence, l’alcoolisme, mais aussi les questions et les doutes. les hommes d’affaire et la corruption, les trafics. Le policier Henrik  est un vétéran de la guerre d’Afghanistan, il en conserve des séquelles, homme intègre il est tout à fait désabusé quant à l’honnêteté des hommes de pouvoirs, même des amis de longue date.

Il n’y avait pas d’anges gardiens dans le Donbass. Ou bien leurs ailes étaient chargées d’anthracite.

L’interview de Mollat ci-dessous est passionnante mais il vaut mieux lire le livre avant parce que certains détails peuvent spoiler.

 https://youtu.be/qfcnLBSVm54

Saint Jean Cap Ferrat et Villa Ephrussi

CÔTE D’AZUR

Vue du salon de la Villa Ephrussi-Rothschild

Par cette journée ensoleillée, nous partons à la mer!

Nous avons soigneusement planifié l’itinéraire, le GPS prévoyait 45 minutes pour le départ du tour du Cap Ferrat. C’était sans compter sur les bouchons,  les chantiers du Grand Arenas près de l’aéroport de Nice, du démontage du Carnaval et de nos erreurs dans les petites rues de Villefranche…paysages merveilleux de la Côte d’Azur que nous n’apprécions pas à leur juste valeur parce que tel virage en épingle à cheveux dabs Villefranche était impossible à prévoir et que déviations et sens interdits contrarient les directives de Madame GPS. Après deux heures de route nous nous promettons de ne plus mettre les pieds dans Nice (tant pis pour les beaux musées Chagall et Matisse que je me faisais une joie de visiter), tant pis pour les sentiers côtiers à l’Est de Nice! 

Cap Ferrat : les belles villas

Excellent accueil à l‘Office de Tourisme de Saint Jean Cap Ferrat. la dame me remet deux plans détaillés et nous donne de précieux conseils.

Tour du Cap Ferrat

Cap Ferrat : le sentier côtier

Le sentier qui fait le tour du cap commence dans le village : chemin de la Carrière : une entaille dans le rocher du Cap. A ses pieds : des oliviers. Le « sentier » est une route dallée et cimentée assez large pour que circule la voiture de la police municipale au-dessous, très au-dessous de villas, hôtels invisibles  très gros format. On sait qu’ils existent à cause des grillages et parfois des murs mais on ne voit rien. En face, de m’aitre côté du golfe on voit des villas somptueuses à flanc de colline. La bande de ciment bien lisse est  déposée sur des rochers très pointus et très ravinés jusqu’à ce que le phare se profile. Des marches y conduisent. un belvédère est aménagé avec des banquettes de ciment. La rive ouest du Cap Ferrat est plus verte, plus sauvage. Le sentier moins bien cimenté conduit en une petite heure jusqu’à la Plage des Passables – petite plage de graviers bien fréquentée pour la saison (lundi 28 février). Des intrépides nagent. Après le pique-nique cette eau transparente me tente pour un bain de pieds. Elle est glacée. 

Villa Ephrussi-Rothschild

Villa Ephrussi-Rothschild palais Renaissance vu des jardins

Non loin de la plage des Passables, à l’endroit le plus étroit du Cap Ferrat : la villa Ephrussi-Rothschild . Un grand parking est prévu à l’entrée  mais au portail, un hôte, très élégant, très gentil, scanne nos pass sanitaires, vérifie la Carte handicapé de Dominique et ouvre la barrière. Devant la Villa d’autres Messieurs très élégants, très gentils font garer la voiture et gardent les clés. Au bureau on nous prête des audioguides (indispensables il n’y a pas de cartels).

la Villa est un véritable palais Renaissance rose à l’Italienne, construit entre 1905 et 1912. Béatrice Ephrussi-Rothschild collectionnait les meubles, les tableaux, tapis, porcelaines avec une prédilection pour le XVIIIème siècle.

patio

La profusion des objets d’art est éblouissante comme leur provenance. Certains tapis portent les monogrammes royaux, tissés à la Savonnerie pour Louis XIV. Des tapisseries ont appartenu à Marie Antoinette? les boiseries du Salon proviennent de l’Hôtel de Crillon. le Grand Salon est impressionnant : colonnades et arcades mettent en scène le merveilleux panorama. On imagine les fêtes, les réceptions, le train de vie extravagant de la Baronne Béatrice qui possédait une véritable ménagerie avec des caniches, une mangouste, des singes, des gazelles…Dans le petit salon sont exposés les petits fauteuils du caniche et de la mangouste.

Porcelaine de Meissen

La villa est un véritable musée des arts décoratifs. Au XVIIIème siècle, les chinoiseries étaient à la mode avec les boiseries peintes de singes et le spectaculaire paravent de Coromandel.

A l’étage plusieurs salles contiennent une véritable collection de porcelaines : Sèvres et Vincennes(magnifiques verts), Meissen sophistiqués. Collection de soieries.

J’ai oublié de citer les tableaux de Boucher, Carpaccio, le plafond spectaculaire de Giovanni Pelegrini : Phaeton et le Char du Soleil, un autre de Tiepolo. J’aurais dû prendre mon temps et disposer de toute la journée mais il faut prévoir du temps pour les jardins.

Face à la Villa : un jardin à la française est organisé sur deux terrasses. des massifs de cyclamens forment des bordures roses ondulantes autour d’un bassin. Toutes les  minutes, les Grandes Eaux se déclenchent en musique.  Les jets d’eau tournoient, c’est très joli. les choix musicaux, en revanche sont un peu faciles( Nabucco, Peer Gynt, Le Bolero…). Dans l’axe du bassin, sur une petite éminence on a construit un petit temple de l’amour (tholos) sous de grands pins parasols accompagnés d’un cyprès. A l’arrière se trouvent le Jardin Provençal, un Jardin Japonais, des cactus et autres succulentes. Plus loin, la Roseraie n’est pas à son avantage au mois de Février : rosiers taillés court et mulch sur le sol. 

jardin à la Française

Le retour vers La Gaude est plus facile que le trajet-aller, par la Moyenne Corniche et la Promenade des Anglais que nous parcourons avec plaisir : mer bleue, palmiers et bâtiments spectaculaires. C’est bien beau! Nous évitons les travaux d’Arenas en longeant la mer jusqu’à Cagnes-sur-mer. La remontée sous les pins par une route boisée qui ne traverse aucune urbanisation est très agréable. Je croyais la Côte toute construite, il reste de la nature!

Musée Guimet : Le fil rouge de Chiharu Shiota

JAPON:ART CONTEMPORAIN

Chiharu Shiota détail

Chiharu Shiota est une plasticienne japonaise  née au Japon en 1972 mais travaillant depuis 1996 à Berlin. Artiste mondialement connue, elle a représenté le Japon à la Biennale de Venise. 

Guimet lui offre une « carte blanche », elle déploie son fil rouge dans la Rotonde puis on peut la suivre dans les étages.

 

chihuharu shiota

oeuvre réalisée pendant le confinement. Impression d’enfermement. Dérisoires objets minuscules prisonniers du fil rouge qui tisse un plafond comme la toile d’une araignée.

Tourrette-sur-Loup, Gorges du Loup, Gréolières, Coursegoules

CÔTE D’AZUR

Tourrette-sur-Loup accroché à la colline

Tourrette-sur-Loup est un charmant village perché sur un éperon rocheux. Cîté des Violettes. Le parking payant est installé en plein centre sur la Place de la Libération. Je suis un circuit par la Grande Rue qui fait le tour du château. Cette « Grande Rue » est plutôt une ruelle bordée de maisons médiévales en pierre ornées de potiches fleuries.

Tourrette-sur-Loup : ruelles

Hors saison (février) je ne croise que 6 personnes et la promenade est très agréable mais les Galeries d’art sont fermées. Il n’y a pratiquement pas de boutiques de souvenirs (sauf violettes) sculpture, peinture tout est de bon goût. 

Pont sur le Loup et les Gorges du Loup

Pour piqueniquer nous suivons la petite route dans les gorges très rocheuses et très profondes. Si le temps avait été ensoleillé nous aurions apprécié la fraîcheur des cascades. Mais il fait gris et froid<; On passe un tunnel puis la route s’élève vers Gréolières et la Montagne de Cheiron ourlée de neige.. La route qui nous ramène à Vence par le col de Vence traverse des forets de feuillus (sans feuilles)et passe près de Coursegoules. mes endroits sont sauvages. Arrivées au dessus de 1000 m, l’hiver se fait ressentir : l’herbe est grillée, les buissons n’ont pas de feuilles. De petits flocons, des paillettes de neige volètent.

Coursegoules

Le Col de Vence (963m) marque une limite climatique juste après avoir amorcé la descente, nous voyons le soleil briller sur la mer bleue et les arbres fleurir. 

L’arc et le sabre – L’ Imaginaire guerrier du Japon – Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 29 Aout 2022

Je rêve de visiter le Japon. Depuis la pandémie les voyages se compliquent. Je me contente donc du Japon à Paris, cinéma ou expositions et je suis rarement déçue. Le thème de L’imaginaire guerrier n’est peut être pas mon thème de prédilection mais j’ai été éblouie par la qualité des objets de cette visite, le raffinement des  matières et des techniques.

Haniwa (5ème siècle)

Le guerrier le plus ancien de la collection est ce Haniwa de terre cuite qui était planté autour d’une tombe. Ces guerriers étaient alignés parfois par centaines et sur plusieurs rangs.

Au 6ème siècle, avec l’arrivée du bouddhisme au Japon ces représentations ont disparu.

Archer photo ancienne

Cette exposition n’est pas chronologique, elle est plutôt thématique. Nous découvrons tout d’abord l’équipement du samouraï sur de très belles photos anciennes :

Samouraï casqué
Deux samouraïs

Diverses pièces sont exposées dans des vitrines comme une veste de pompier matelassée toute décorée, divers casques, des poignées de poignards , des gardes de sabre. Chaque objet est une véritable œuvre d’art : les casques portent des représentations d’animaux symboliques censées effrayer l’ennemi : la libellule, le serpent enroulé, aussi le lapin (un lapin effrayant? oui pour un ennemi japonais!) . Les gardes de sabre ou les étuits de poignards sont des merveilles d’orfèvrerie

Tsuba : garde de sabre

plus curieusement cette représentation de l’équipement du guerrier accompagnée d’un navet (pourquoi un navet?)

Equipement de samouraï et navet

Le théâtre a utilisé les représentations  des combats, les samouraïs, objet de théâtre ou de parodie : le nô né au XIVème siècle, le kabuki XVIIème (théâtre outrancier et burlesque.

Histoire des 47 Ronins

L’Histoire des 47 Ronins occupe toute une salle. Basée sur un fait historique 1703 avec le suicide par éventration (seppuku) d’un maître suivi de celui des 47 disciples.  La série d’estampes raconte cette histoire : « Le théâtre des vassaux fidèles » avec de nombreux épisodes et luxe de détails aussi bien dans la représentation de combats que dans la vie quotidienne. elles sont l’œuvre de Uttagawa Hiroshige (1797-1858)

Histoire des 47 Ronins
Historie des 47 ronins (détail)

je regarde ces estampes réalisées au XIX ème siècle comme de véritables bandes dessinées d’une qualité graphique exceptionnelle.

Pas étonnant que la suite de l’exposition logiquement débouche sur les Mangas . Le mot « manga« est apparu à la fin du XVIIIème siècle. Le manga d’Hokusai commencé en 1814 est une collection de carnets de dessins. 

Conclusion de l’exposition : XXI ème siècle

Objet dérivé : figurine plastique

Il faudrait aussi partir du côté du cinéma : on peut assister à la projection d’un film muet de 1910 : « Le châtiment du samouraï » (Pathé) .Une collection d’affiches montre les films japonais ou non-japonais inspirés par la figure  du samouraï  :  Les 7 Mercenaires, La Guerre des Etoiles, Kagemusha, ghost Dog (Jarmusch), Kill Bill (Tarantino). Nous sommes arrivées bien loin du guerrier d’argile du Vème siècle!