Togo : route inter-états d’Aneho à Kpessi

 

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

la mer à Aneho



La route inter-états, très fréquentée, est bordée de terres cultivées et prospères. Cette richesse apparente au Togo s’arrêtera-t-elle dès que nous quitterons le grand axe de circulation ?
Un pont  traverse la lagune : le train du phosphate exploité non loin de là.
Comme au Bénin, les routes bien entretenues, sont barrées de péage. Des jeunes filles y proposent des alocos que j’achète avec joie. Le petit sachet plastique bien fermé en contenant 6 vaut 125F ?
Plus loin, un épervier emporte un rongeur dans ses serres. Avait –il été percuté par une voiture ?

Porto Séguro : Maison des esclaves

la maison des esclaves, l'entrée dees maîtres et le soupirail des esclaves

 

La Maison des Esclaves de Porto Seguro
Dans des ruelles blanches de sable, la maison Woods est bien cachée derrière une porte en fer. C’est une maison coloniale de style Afro-Brésilien avec un perron haut de quelques marches agrémenté de plantes vertes. Un beau manguier orne la cour. Seuls les soupiraux trahissent l’horrible fonction de cette demeure. C’est là qu’était le lieu de stockage des esclaves attendant le passage vers le Nouveau Monde. Les entrées des soupiraux étaient si basse qu’il fallait ramper. Dans le salon des négriers,rien ne laissait soupçonner la présence des esclaves. Le guide ouvre une trappe qui ressemble à celle d’un bateau et nous propose de descendre. J’hésite un peu : il n’y a pas d’échelle. Il faut se laisser couler en se retenant à la force des bras. Une fois en bas, impossible de se relever : on doit marcher à 4 pattes. La cave ressemble à la cale d’un navire, ainsi les hommes devaient s’habituer à l’exigüité et à l’enfermement.

 

Il faut imaginer  cette maison clandestine cachée dans une épaisse forêt. Après le traité de Lagos ces maisons furent détruites mais celle-ci était bien cachée et discrète.

A Porto Seguro nous faisons quelques achats : des bouteilles d’eau Voltic (imitation de Volvic ?), des bananes, des oranges que nous mangerons à Kpessi dès que nous serons installées.

Togo : Aného- Musée Ethnographique de la Région Maritime

3ème CARNET BÉNINOISE ET TOGOLAIS


 

Musée ethnographique d'Aneho

Juste après la frontière, une allée ombragée conduit à des bâtiments coloniaux bien usés par le temps et patinés à la terre rouge. C’est Aného (prononcer le H comme le CH dur allemand). Le Musée Ethnographique de la Région Maritime fait revivre les souvenirs de la colonisation allemande 1884-1914 installé justement dans un bâtiment de cette époque.

Le 5 juin 1884, le Protectorat allemand a été signé par le commandant Nachtigal et le roi de Togoville. Trois gouverneurs allemands se sont succédés .

Le Togo allemand était beaucoup plus vaste que le Togo actuel, partagé entre le Protectorat français et le protectorat britannique en Gold Coast (Ghana actuel) en 1914 et non pas à l’issue de la Première Guerre Mondiale comme je l’imaginais.

Autre surprise : l’attachement des togolais à la colonisation allemande. Certes, c’est une originalité par rapport aux voisins béninois ou ivoiriens que d’avoir d’abord été sous Protectorat allemand. On montre une curieuse photo de classe où les enfants africains sont affublés d’une belle casquette recouverte de velours rouge. Ce couvre-chef fut utilisé comme argument dans la scolarisation des garçons qui rentraient chez eux très fiers de la porter.

Les Allemands ont construit trois lignes de chemin de fer : la ligne du coprah à Aného, la voie du coton à Lomé et celle du cacao-café à Kpalimé.
En plus des fac-similés des traités, on montre des photos anciennes et dans les vitrines des instruments de musique : hochets, gongs pour annoncer des messages, tamtam parlant. Dans une autre vitrine on voit les attributs royaux : la sandale portant le crabe-symbole d’un souverain. Les sceptres servaient de convocation : le porteur du sceptre avait droit à tous les égards qu’on réserve au souverain ainsi que l’obéissance.

 

Passage au Togo/campagne Prévention VIH

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Frontière côté béninois


La route inter-états est bien  entretenue. Même  signalisation routière qu’en France, 50 en agglomération . Les  jardins de maraîchers bordant la route, sont très soignés. Comme à Cotonou, on arrose avec la double pomme d’arrosoir fixée sur des tuyaux jaunes. L’arrosage est l’essentiel du travail.

Plus loin, on cultive le manioc. Sur le bord de la voie, on vend de grands cylindres de gari et de tapioca. Kamal insiste : le tapioca est très nourrissant et plein de vitamines. Cet amidon de maïs ne me plaisait pas du tout quand j’étais petite. Cela ressemblait à des œufs de grenouille dans le bouillon.

A l’approche de la frontière, les camions en stationnement sont de plus en plus nombreux. Certains viennent de très loin. Ils sont chargés de tuyaux, de grosses bobines de fil de fer et de chargements très hauts cachés par des bâches  Certains sont décorés. Je lis « Heaven helps » sur l’un « Body Body » sur le suivant. Kamal nous montre ceux qui sont nigérians, ceux qui vont jusqu’au Niger ou au Burkina  Faso. Ils sont pris leur chargement à Lomé, peut être au Ghana. Jamais de tels monstres ne circuleraient en Europe. Sur la route de Pobè nous en avons vu un qui avait perdu l’équilibre et basculé dans le fossé en cherchant à éviter un autre en panne qui encombrait la voie. Les sacs de charbon étaient déversés sur le talus.

 

Passage de la frontière du Bénin/Togo

 

On passe la douane à pied. Il faut d’abord se rendre au poste de contrôle béninois. Le fonctionnaire, en uniforme bleu, bien en chair, le crâne rasé avec des épaulettes fait consciencieusement et lentement  son travail.

–    « l’adresse du passeport est elle encore valide ? »
    « Quel est votre hôtel à Cotonou ? »
–    « Votre profession ? », « encore en exercice ? » s’étonne-t-il ? Au Bénin, la retraite des fonctionnaires est à 55 ans.
–    – « il faut maintenant plus de 40 ans de service » , je réponds, un peu vexée.
Ce n’est pas la première fois au Bénin qu’on me traite en vieille dame. Il recopie puis revient à la question de la retraite qui semble l’intéresser :
–    « pourquoi la France a-t-elle reculé l’âge ?  »
–    « pas assez d’enfants ! », je réponds.
Cette idée lui plait. Sans doute les africains remplaçant les enfants manquants, seront-ils mieux accueillis ?
Premier tampon.

–    « numéro du véhicule ?  » Juste derrière moi, Kamal a surgi comme par enchantement.

On remonte en voiture. La frontière se passe à pied par une porte étroite qui donne dans un couloir noir. Le policier Togolais cherche le visa et appose un autre tampon. Ce n’est pas le dernier. Il faut aller à l’Emigration où deux fonctionnaires officient à un comptoir. Même questionnaire que chez les Béninois.

–    « numéro du véhicule ? encore une fois Kamal est arrivé sans qu’on s’en rende compte.

Un jeune passe dans tous les bureaux béninois et togolais ; il distribue des boîtes à gâteaux. Les premiers l’avaient reçue d’un  air distrait. J’avais cru qu’on lui livrait son déjeuner. Son collègue l’avait ouverte. Elle était pleine de sachets argentés. Quelle utilité ?

Du côté Togolais, on n’est pas prude. On distribue les préservatifs à tous les passants (pas à nous, à cause de notre peau blanche ou de nos cheveux idem ?). Une femme se rebiffe:
–    « mon mari ne met pas ça ! »
Le policier est rigolard :
–    « il n’est pas forcé ! »
Le nombre des camions explique peut-être cette initiative. Il est connu que l’épidémie se propage, entre autres, par les voies de communications, les routiers loin de leur domicile, fréquentant des prostituées. Et puis, ce passage obligé devant les autorités est un excellent prétexte.

 

|

Campagne de Prévention VIH au Togo

 

Affiches
Au Togo,  la campagne d’information par affiches est très active. Un panneau publicitaire sur deux est consacré à la prévention contre le VIH, en français mais aussi en anglais.

Bilingue :    Le Sida ne connait pas les frontières.
Protège-toi !

Illustrée par une carte des pays traversés par la route inter-états :
« Pour un corridor sans Sida »

Sympa
: deux collégiens souriants, décor de rubans rouge, Ils ont écrit au feutre sur la paume de leur main : « C’est ma vie », une petite main jaune genre « touche pas à mon pote.
Nous sommes trop jeunes pour le sexe.
L’abstinence c’est mon choix


Une publicité pour les condoms
:
Un ami dans la cité

Ciblé adultes : 3 couples d’origines sociales différentes, de l’homme d’affaire à l’ouvrier :
Nous avons fait le test
Nous sommes sereins

Plus surprenant et martial : 6 militaires brandissent une pochette :

Les forces Armées s’engagent pour le combat du Millénaire
Contre le VIH

 

La chute rend sympathique le ton provocant et militariste du début.

Les autres affiches se répondent :
Deux basketteurs, un ballon, un panier
On n’attrape pas le Sida en jouant ensemble

Deux femmes goûtant la cuisine dans un fait tout
On n’attrape pas le Sida en mangeant avec une personne séropositive

Plus sobre :
Les personnes séropositives sont aussi utiles à la société

Je ne sais pas qui a réalisé cette campagne tonitruante mais plus personne au Togo ne peut ignorer la maladie ni les moyens de se protéger

 

Etape à Grand-Popo

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

Après le pont sur le fleuve Mono, nous arrivons à Grand Popo .

L’auberge de Grand Popo est très chic avec ses bâtiments à étage de style colonial. Sébastien a réservé pour nous à l’annexe, pudiquement appelé « chambres sur Jardin ». L’endroit est charmant : un carré d’herbe verte de très beaux tamaris des bignonias jaunes en fleur. La chambre est ventilée : les grandes pales tournent au dessus de la moustiquaire blanche installée de façon originale. Au lieu des quatre piquets disgracieux à chaque coin du lit on a construit un cadre renforcé de deux traverses soutenu par un piquet central. La mousseline est très fine presque invisible mais apporte une impression de sécurité absolue. Le mobilier est de bon goût : un plateau de rotin sert de store masquent l’ouverture en demi lune au dessus de la porte. La lampe de chevet en toile écrue est jolie, malheureusement il n’y a pas d’ampoule.

les pêcheurs de Grand Popo

Nous partons  la découverte du village de pêcheurs bien différent des  chaumières de Hiyo ou de Togbin sur la Route des Pêches. C’est un vrai village avec des maisons en dur, parfois écroulées, une belle maison coloniale jaune (habitée par des yovos), des boutiques…Sur la plages, des jeunes s’affairent à réparer des filets. Ils me proposent une promenade en pirogue sur le fleuve Mono.

Je termine la journée à la plage : baignade avec de l’eau jusqu’aux chevilles, puis à la piscine à peine plus profonde et beaucoup trop chaude pour rafraîchir.

Dîner au restaurant sur le bord de la plage. Le vent souffle très fort, la température est agréable. Il y a peut être 10°C d’écart avec notre jardin ? Musique cubaine de  tout à fait de saison. Je commande un bar grillé (3800F) très petit et très sec avec un petit bol de riz renversé. Après dîner, je reste à écrire au frais jusqu’à ce que le sommeil me gagne.

 

Grand Popo et départ pour le Togo

 

 

6h50, comme chaque matin,  ma promenade sur la plage.

Sur la voie, les enfants en uniforme, un cahier à la main, ou une ardoise pour les plus jeunes, vont à l’école. Je les suis jusqu’à un très grand groupe scolaire peint autrefois en rose, encore soigné. L’église qui m’a réveillée à six heures avec ses cloches, a un vieux clocher jaune ébréché. Elle est fermée.Il y a de belles maisons, l’une d’elle est au nom de Ma Ramotswe  . Un terrain de jeu a été offert par des Finnois (Lappset).

Je rentre par la plage marchant dans l’écume mousseuse.

Le petit déjeuner – contrairement au dîner, cher et mesquin – est à la hauteur de l’établissement, la confiture de coco est fameuse.

Kamal a fixé le départ à 10heures ce qui nous profitons de de la plage.La baignade est très agréable : les rouleaux sont moins puissants et se brisent sans violence. C’est la première fois que l’eau au- dessus de la taille.

Un homme nous attire avec un curieux manège : il balance un curieux ustensile ressemblant à un minuscule panier à salade conique ou à un encensoir.  Que fait –il ? – du thé à la menthe. C’est ainsi qu’il attise le charbon de bois dans le vent. Quand il y aura suffisamment de braises, il le rechargera petit à petit.

Sur la route Inter-Etats: Ouidah, le Lac Ahémé

 

Le caïlcedrat sculpté de Ouidah

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Ouidah : caïlcédrat sculpté

 

 

Ouidah midi, comme nous y sommes venues plusieurs fois? Sébastien ne fait pas de visite commentée. Il m’offre une noix de coco à côté de la Porte du Non Retour et nous montre la place de l’Eglise où se trouve aussi le Temple des Pythons, symbole, selon lui, du syncrétisme. Près du marché, sur une place, un artiste a sculpté le tronc d’un caïlcédrat : une énorme racine a été transformée en visage d’un vieil homme dont la mémoire a enregistré l’histoire du pays : la Marche des esclaves, la Jarre percée,  les Jumeaux…tant de symboles ! Mais aussi des animaux : le lion, un serpent une pintade. Pour finir, il a gravé son numéro de GSM en vue de commandes éventuelles.

 

Buvette sur la route Cotonou Lomé

 

Buvette sur la route inter-états

Le petit car a rejoint la route Inter-états qui va à Lomé et ensuite à Abidjan. Les buvettes sont nombreuses. Nous nous arrêtons devant la plus belle : damier rouge et blanc (couleurs coca-cola selon Sébastien) on refuse de nous servir. Nous boirons un coca (lui) et moi un Fanta dans une autre buvette non loin de Grand Popo.

 

Arrêt au Lac Ahémé

les enfants sur le lac Ahémé

 

Auparavant nous faisons un arrêt au lac Ahémé. Des enfants se baignent.ils dansent pendant que je prends la photo. Nous profitons du passage au marché de Comé pour photographier des enseignes de coiffeur et de couturière

Pour sauvegarder la qualité de l'eau du lac!

 

Vrai/Faux départ vers le Togo

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

la Route des Pêches devant le Jardin Helvetia

9h : nos deux valises et le sac à dos sont le long de la voie ;
9h30 : toujours personne ! les Béninois ne sont guère ponctuels, mais quand même !
9h45 : Sébastien proteste: le voyage est prévu demain

J’insiste. La communication est coupée. Le réseau est vraiment exécrable. Je rappelle du fixe. Sébastien est formel et me demande de vérifier le programme. En Effet? c’est imprimé bien gros. Mercredi : repos à Helvetia, jeudi :voyage au Togo. J’essaie de rattraper mon erreur. Trop tard : « je suis sur la voie » annonce Sébastien de son portable.
Une heure plus tard, le petit car blanc que nous connaissons bien arrive. Départ pour Grand Popo où nous  passerons la nuit.

les petits poissons argentés sur la voie

Sur la piste vers Ouidah, Sébastien nous montre des détails qui nous avaient échappés. Les piquets qui soutiennent les nattes de palmes tissées ont  pris racine et donnent des feuillages. Je croyais que les pêcheurs entretenaient des jardins : non, ce sont simplement des piquets !
Deuxième erreur de ma part : dans le village où j’avais précédemment vu des tas d’huitres, j’avais remarqué des taches nacrées sur la piste et j’avais dit à Thierry :
–    « tiens, ici c’est bien. Ils on rebouché les nids de poule avec les coquilles ! »
Et bien, non ! Ce ne sont pas des coquilles mais des poissons minuscules, peut être de deux centimètres de long, peut être trois, qu’on a mis à sécher  sur la route. Ils seront réduits en poudre pour donner du goût (et des protéines) à la sauce ! (si les voitures ne les dispersent pas)

Farniente au Jardin Helvetia, plage.

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS



Belle après midi de farniente à la plage. Je n’ose pas affronter de près les vagues qui arrivent  par trois rouleaux. Le premier vient se briser à la hauteur de mes cuisses. Quand l’eau se retire, je me sens aspirée et mes chevilles sont plantée profondément dans le sable. La seconde vague n’est pas très impressionnante. Quand Stéphanie et Laure se baignaient avec moi j’y plongeais la tête – très fière de mes exploits – ce n’est pas tant la force de la vague qui éclate que le reflux qu’il faut redouter. La troisième, vers le large, est magnifique. On la voit s’étirer, s’arrondir, verte et lisse, puis déferler. Une vraie vague de surfeurs !

Sur la plage, il n’y a pas de réseau pour téléphoner. Mais les textos passent. Marcelle m’en envoie toute une série, qui me font très plaisir.

En revanche je dois retourner dans les environs de la paillote pour organiser notre équipée à Ouidah. Willy ne comprend pas pourquoi nous avons besoin d’un chauffeur. Des taxis collectifs relient Cotonou à Ouidah pour 700F, il suffirait de prendre un zem pour Cotonou. Moronikê propose un meilleur plan ; Willy m’emmènera pour 2000F à moto. Finalement après de nombreux appels manqués, coupés, et textos, on décide d’y aller avec Thierry pour la matinée.

Pour dîner, les brochettes de bar sont excellentes.

A Ouidah : c’est cinéma!

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Allumez les étoiles: une école de cinéma à Ouidah!

Joris à la caméra

 


L’école du quartier Brésilien où enseigne Willy est  à l’entrée de la ville. C’est un groupe scolaire de six classes (mais 12 enseignants) réparties autour d’une vaste cour. L’ensemble est pimpant, fraîchement repeint, bien entretenu avec de la verdure. Willy nous accueille très gentiment et nous conduit dans la Salle des Maîtres où nous nous entretenons avec le Directeur. Au Bénin, les civilités sont indispensables. On n’entre pas directement en action sans avoir salué, le directeur, le chef du Village où même le Roi. Il serait considéré comme impoli de ne pas consacrer un  minimum de temps aux autorités. Nous nous prêtons bien volontiers à ces rencontres de politesses. Les salutations africaines nous étonnent toujours. Nous venons du pays des gens froids, pressés et peu aimables.

Willy est un peu embarrassé pour commencer le tournage du scénario que je lui ai apporté. Aujourd’hui, les inspecteurs sont attendus. De plus, les vacances sont à la fin de la semaine. Il préfère prendre son temps et travailler à son rythme avec ses élèves. Pour nous faire plaisir, il soustrait quatre élèves de CE1, embarque un trépied et une caméra. Nous irons filmer les pirogues et les pêcheurs. Avant d’enlever les quatre petits, le Directeur nous fait toutes sortes de recommandations de prudence. Elles seront bien inutiles : Joris (7ans), Eliette (8ans) Sonia (10ans) et Yannick sont sages  comme des images. La petite Joris a une coiffure rigolote avec des rajouts qui ressemblent à des ressorts. Elle est tellement timide qu’elle est muette.

les petits acteurs....

 

les enfants et les pêcheurs sur la plage de Ouidah

 

Les pêcheurs sont sur la plage située après la Porte du Retour. Ils tirent le long et lourd filet en s’accompagnant de musique. La corde est attachée à un cocotier. Pas question de filmer tout de suite. Willy et Thierry disent qu’il faut négocier, autrement ils peuvent être violents. Ils veulent de l’argent. Thierry sort 1000F cela ne suffit pas. Nous allons tenter notre chance avec le groupe suivant et un billet de 2000F qui semble convainquant. A peine avons-nous payé et installé la caméra sur le pied, qu’un homme âgé surgit, casquette et sourcils gris en bataille, mal rasé, un air de pirate. Il parle anglais avec Thierry. Ce sont des Ghanéens.

les pêcheurs ghanéens

J’interviens. Nous sommes tous des professeurs. Les enfants sont à l’école (ils en portent l’uniforme). Ce sont des enfants béninois. C’est leur film.  Nous avons payé et ne sommes pas assez riches pour payer plus, ni l’instituteur béninois, ni nous. Le vieux parle de 50 000F et surtout de leur boulot dur, de « leur vie de merde ». 2000F ce ne sera plus rien quand ils auront partagé. Là, il a raison, (autant filmer gratuitement !)

Entre-temps, pendant les palabres, nous avons pris les photos qui  nous convenaient. Willy déplace la caméra vers une pirogue abandonnée sur le sable et recouverte de feuilles de palmes. Il installe les petits au bout de la pirogue. Joris et Yannick sont très sages et restent immobiles. Les deux autres s’assoient à l’arrière. C’est un régal de les photographier. Ils sont si mignons quand Yannick passe son bras derrière le cou de Joris.

Eliette et Sonia s’assoient sur le sable sec. Elles jouent avec le sable doré qui file entre les doigts minces. Le contraste entre la peau chocolat et l’or du sable me plait. Je fais un mini film avec l’Olympus.

Mini-scénario pour petite cinéaste: Histoire de tongs

 

la leçon de cinéma de Willy

Il me vient une idée de mini-scénario à réaliser tout de suite. C’est une histoire vraie : l’histoire de mes tongs gris sur la plage d’Helvetia.

L’acteur est Yannick, le seul assez lourd pour laisser des empreintes sur le sable mouillé.

Yannick, sur la plage, ôte ses tongs et va se promener.
Gros plan sur les tongs.
L’enfant s’éloigne
Gros plan sur les pieds, puis sur ses empreintes.
On voit la piste des pieds qui s’éloignent.
Une vague arrive. L’enfant reprend la piste que ses pieds ont tracée et qui doit le conduire aux tongs.
Les tongs ont disparu, à la place on voit les empreintes de tongs qui partent dans une autre  direction.
Une vague plus forte que les  autres lave les empreintes. La vague se retire : fin de l’histoire.

Les pêcheurs sur la plage

 

barques sur le sable

Pendant qu’on filmait, je n’ai rien perdu du travail des Ghanéens. Ils ont enroulé une corde au tronc d’un cocotier. Une vingtaine de personnes, des jeunes hommes pour la plupart, mais aussi trois enfants, une femme, tirent en cadence. Un homme en T-shirt bleu chante. Il a une serviette sur l’épaule et donne un coup à l’un des enfants. Corrige-t-il son manque d’enthousiasme? Willy  affirme que cela doit être une plaisanterie. Tous sont tendus sur la corde penchés vers l’arrière.
Pendant le retour, du taxi,  nous en verrons d’autres. Certains s’accompagnent d’instruments de musique pour rythmer les efforts. Ensuite le filet est étendu sur la plage et roulé. Porter le filet est aussi un travail d’équipe. Le travail est il si dur que les Béninois le laisse aux Ghanéens ? Ce n’est pas si simple. Le patron est effectivement un Béninois, propriétaire du filet. Mais ce sont les Ghanéens qui ont mis au point cette technique et qui tirent les filets du Ghana au Nigeria en passant par le Bénin et le Togo.

 

La route des Pêches vers Ouidah

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

palmes tressées

La route des Pêches est une piste sablonneuse sous les cocotiers. C’est un enchantement. Les laideurs de la modernité n’ont pas encore abîmé les villages des pêcheurs aux paillotes traditionnelles rectangulaires aux toits à double pans parfois renforcé de filets. Autour des habitations, les courettes sont entourées de palissades de feuilles de palmes tressées. Leur tissage me fascine, leurs couleurs aussi : vertes, fraichement confectionnées, brunes puis gris argent, celles qui sont patinées.

Les pirogues reposent sur le sable. La plupart grises en bois brut. Parfois décorées peintes de couleurs vives qui s’écaillent, des frises gravées. Certaines ont un  drapeau.

Sous des abris –  4 piquets, un toit de chaume –  se déroule une vie variée. Des femmes sont allongées avec leurs bébés. D’autres assises attendent avec leurs bassines le passage d’un zem ou d’un taxi. Ailleurs un babyfoot et des enfants. Des animaux traversent la voie, volaille, chevreaux.
Après à peine une demi-heure, nous arrivons à la Porte du Non-Retour. La Route de l’Esclave, avec ses statues comme un chemin de croix, disparaît sous des tas de gravier. Le chantier est difficilement praticable. Nous ne songeons plus du tout aux monuments.

Jumelage Créteil/Cotonou : maraîchers

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

maraîchers


 

Dernière étape : les maraichers de Cadjehoun (prononcer Cadion).
Les jardins se trouvent non loin de l’Etoile Rouge un peu à l’écart de la grande route.

latrines

Encore une fois, le premier objet de notre visite se trouve être des latrines décorées au nom de la ville de Cotonou 2002 et de la Ville de Créteil. Les peintres ont fait une erreur sur le prénom de Laurent Cathala, notre Maire, qu’ils ont baptisé Denis. Ces latrines sont indispensables  pour l’état sanitaire des légumes.

–    « autrefois les gens dispersaient partout des sachets »
–    « des sachets ??? »

Je ne comprends pas tout de suite qu’ils y faisaient leurs besoins.
Ici aussi le prix des WC est de 25F.
parcelles très soignées

Les jardins sont entourés de murs délimitant un vaste espace vert avec des bosquets d’arbres des petites mares avec des bananiers. Les parcelles sont cultivées avec un soin méticuleux. Les longs rectangles sont limités par de toutes petites allées en creux, très propres elles aussi. Tout est cultivé à la main « avec la roue ». Je prends cette « roue » pour une charrue.
–    « qui tire la roue ? »
L’incompréhension me met sur la piste de la houe ou de la bêche.

légumes

Les salades sont magnifiques. Ici, on les appelle « les feuilles », ce sont des batavias comme celles de chez nous. Les carottes viennent de lever. Les aubergines donnent de petits fruits blancs. On cultive plusieurs sortes de poivrons tuteurés, attachés, taillés. Certains légumes nous sont inconnus : solanum ou véronia.

Arrosage

Le sol est très léger et très sableux. Il est amendé avec des fientes de volaille mais aussi avec des engrais chimiques. L’arrosage doit être permanent. Quand nous arrivons, vers midi, des hommes se promènent avec deux arrosoirs, un dans chaque main, qu’ils remplissent dans un trou d’eau , humidifiant salades et carottes.
L’arrosage mécanique n’a lieu qu’une fois par jour à 13heures. Cet horaire m’étonne. Chez nous, ce serait une hérésie d’arroser quand l’évaporation est maximale. Mais ici, on n’économise ni l’au (gratuite venant d’un forage) ni le travail humain. Ce qu’on veut épargner, c’est le carburant des motopompes. On ne peut les mettre en marche qu’une fois par jour.

rencontre avec les maraîchers

JP Agohoubo nous conduit sur la terrasse d’un bâtiment comprenant le bureau et le magasin. Plusieurs hommes  y font la sieste. Nous préférons emporter les sièges sur la terrasse que de nous enfermer dans le bureau.

Ici, encore, même cérémonial. D’abord, nous nous présentons. Puis je pose des questions. Enfin, ils disent ce qu’ils souhaitent que nous rapportions en plus haute instance.

Les maraîchers se sont associés en coopérative pour former la COMAC (Coopérative des maraîchers de Cadjehoun). La coopérative élit un Bureau et se réunit une fois par an en Assemblée Ordinaire. Chacun est arrivé avec sa parcelle individuelle, la coopérative ne s’est formée qu’après. S’ils mettent le matériel d’irrigation et les outils en commun, la culture est individuelle ; Il existe même la possibilité d’embaucher des manœuvres à la tâche (environ 1000F par jour). Créteil a financé les deux motopompes qui exploitent l’eau de la nappe située seulement à 4m en profondeur.

Après ma séance de questions, les maraîchers énumèrent leurs attentes :
Ils attendent des « raccords ». Je ne comprends pas tout de suite qu’il s’agit de tuyaux de plastique jaune. Le moteur de la pompe doit être remplacé. Il faudrait aussi pouvoir financer la maintenance des équipements. Un mécanicien (plombier ?) devrait être affecté à l’entretien. D’autres revendications surprennent : ils souhaiteraient des voyages d’échanges et l’intervention d’un spécialiste. Je les interroge au sujet de Songhaï à Porto Novo, l’institut ne les impressionne pas,  ils en savent autant qu’eux !

mise en  action de la pompe

Il n’est pas encore 13h, pour écourter notre attente on avance un peu la mise en action du moteur. Nous verrons donc les doubles pommes d’arrosages montées sur les tuyaux jaunes. Il n’y a pas d’aspersion mécanique  ce sont les maraîchers qui se promènent avec leur tuyaux.