Tassés à 5 dans le taxi de Thierry sur la route de Porto Novo que nous connaissons bien. Songhaï
Mes trois jeunes collègues ont profité du passage à l’Institut Songhaï pour relever leurs mails. En plus de l’agronomie, Songhaï est également un centre de formation à l‘Informatique. On peut s’y procurer du matériel d’occasion à peu de frais : un ordinateur à 40 000 CFA en achetant séparément les composants. La visite de Songhaï m’a toujours intéressée bien que nos compagnons aient été beaucoup moins pittoresques que la classe d’écoliers de Sakété de l’année dernière. Une blanche emballe des savons ! Je lui demande ce qu’elle fait là. C’est une française, étudiante en « Humanitaire » qui fait un stage. En effet ! Nous avons tout à apprendre dans ce centre et pas seulement en ce qui concerne l’humanitaire.
Biogaz
Musée ethnographique de Porto Novo
maison brésilienne à Porto Novo
Les collections du Musée Ethnographique de Porto Novo sont présentées de manière attractive autour des étapes de la Vie. La première salle présente les rituels de protection avant même la naissance puis, les différentes étapes de la vie d’un enfant… la dernière, les rituels mortuaires. Le guide raconte très bien, expliquant ce est inaccessible des croyances animistes.
Au sous sol: très belle exposition de masques. Décidément les masques me plaisent de plus en plus.
Puis notre accompagnateur nous plante devant un tisserand qui a installé son métier dans la cour du Musée. Nous n’avons pas envie d’acheter ni set de table ni nappe. Nous trouvons le procédé très désagréable et nous retournons au taxi. C’est un malentendu ! Le guide avait prononcé une phrase que nous n’avions pas comprise : « Je vais chercher le reliquat ! » Il s’agissait de notre monnaie que j’avais oubliée. Il se précipite pour nous la rendre alors que Thierry était en train de démarrer. Nous ne lui avons pas laissé de pourboire et nous sommes sauvés comme des voleurs ! Il faudra se souvenir de cette expression « le reliquat » peu courante chez nous.
Marché et maisons brésiliennes
lampes artisanales
Les jeunes ont une véritable passion pour les marchés et les pagnes de wax.Pour ma part, j’espère y trouver des bananes, l’heure du déjeuner est passée depuis un moment. Le marché se trouve dans un vieux quartier où l’on découvre derrière les étals et les allées couvertes de tôle de vieux bâtiment ruinés des « maisons brésiliennes » maisons coloniales à étage que nous avions cherchées l’an dernier sans les trouver. Elles ont beaucoup de charme. Curieuse, cette mosquée qui ressemble à une cathédrale baroque du Nouveau Monde ! Je peux faire quelques photos sans être dérangée : les lampions qui éclairent sont faites dans des boîtes de lait condensé ou de concentré de tomate sur lesquelles on a soudé un cylindre contenant la mèche, des canaris et poteries amassées au coin d’une rue, des bassines plastiques contenant des pyramides de gari blanc ou de sel…
au marché de Porto Novo : gari
En repassant par Cotonou
En repassant par Cotonou, nous avons encore des courses à faire : banque climatisée (quel plaisir !), supermarché où je gagne un T-shirt POSSOTOME près avoir acheté un pack et tiré un papier d’une loterie.
Pharmacie pour les moustiquaires. Une moustiquaire pour deux coûte moins de 4000CFA dix fois moins cher que si nous l’avions achetée en France !
Nous rentrons tard à Helvetia juste le temps d’aller à la plage.
Le CDI ressemble plutôt à une réserve . D’antiques séries de manuels scolaires s’empilent. Pour un tiers, des manuels africains. Les autres sont des collections que nous reconnaissons tous. J’ai utilisé en 1985 le Bordas avec la Chauve souris et le Hatier avec la Coccinelle en 5ème était déjà en usage en 1984 (un manuel excellent avec des documents de haut niveau). Laure reconnaît le livre d’Espagnol qu’elle a utilisé étant élève. Elle saisit la couverture qui lui reste dans les mains.
Les 70 manuels de SVT qui sont à l’origine de mon projet de Jumelage vont-ils encombrer ces rayonnages ? Mon collègue au costume bleu m’assure qu’ils seront utiles.
Autour de 4 tables basses, à peine une douzaine de places assises.
Pas de prêt : les ouvrages sont à consulter sur place.
Je reconnais la bibliothèque citée dans les lettres des correspondants. L’idée du Directeur est d’ouvrir le CDI sur la salle de classe mitoyenne, d’y installer des sièges des tables et des rayonnages. Cette bibliothèque pourrait être ouverte le samedi et le mercredi après midi en dehors des cours.
Je saisis la balle au bond. L’agrandissement du CDI est exactement le projet que nous souhaitons financer !A Simone de Beauvoir, le CDI est exemplaire. Il est très fréquenté par les 4èmeD qui font partie du Club Pobé. Dans leurs textes racontant le lâcher de ballons ils ont souvent écrit que la recette permettra d’améliorer la bibliothèque. Cet investissement bénéficiera directement aux enfants. Il peut s’inscrire dans le long terme. Nous pourrons continuer à envoyer des livres et des fonds. Je rayonne ! je tiens mon idée ! Le menuisier pourra faire exécuter les étagères par les élèves. Nous pourrons fiancer les planches, le « portillon », le contreplaqué du plafond et peut être la peinture. Mon enthousiasme semble communicatif. Thimoléon est ravi, le Directeur aussi. Je n’aurai pas à plaider contre la photocopieuse.
Déjeuner en salle des profs
salle à manger
Marcelle a apporté le déjeuner en Salle des Professeur. Aidée de la correspondante de Maéva, elle nous sert des salades variées, spaghettis, tomates, concombres, pois, et gésiers de volaille. Je ne savais pas que le poulet qui avait fourni son gésier allait apparaître en plat de résistance avec des pommes de terre et des légumes. Les légumes sont délicieux !choux carottes et gingembre que je n’avais pas identifié.
La couturière
marcelle
Nous parlons à Marcelle des pagnes que nous avons achetés au marché. La femme de Romain est couturière. C’est une dame très menue et très chic qui prend nos mesures qu’elle inscrit dans un cahier d’écolier. Nous voulons les robes que porte Marcelle : celle de l’aéroport avec les « nervures » et celle d’aujourd’hui avec un volant. Marcelle porte un pagne, elle nous recommande la jupe. Nous ne saurons jamais nouer le pagne comme il faut ! Laure a envie d’essayer. Je crains le ridicule s’il se défait ! Nos tenues seront prêtes à notre prochain passage jeudi 19 ;
Le Lâcher de ballons du 8 mars
lâcher de ballon à Créteil le 8 mars 2007
Je sors du sac le porte-document contenant les compte rendus des réunions du club Pobé, les « articles » des 4ème D relatant le lâcher de ballons et la Fête du 8 mars, les cartons des ballons revenus de toute la France, les lettres des correspondants ainsi que le CD contenant les photos qu’on regardera sur l’ordinateur de Thimoléon, j’ai aussi, un petit album photos. Malheureusement c’est le moment que mon collègue de SVT choisit pour me montrer le laboratoire. Je n’aurai pas le plaisir de voir les réactions des béninois au diaporama !
Nous convoquons les 4ème M1 pour distribuer les lettres et les cadeaux des correspondants. Tous ont une lettre et quelque chose. Les lots ne sont pas égaux. Florentin, le correspondant de Corentin sera servi le premier avec son magnifique maillot de foot floqué à son nom avec le numéro 10 (celui de Zidane) Onésime partagera ses 4 maillots du marathon de Paris avec ceux qui n’auront rien, de même Kathib à qui Alexis a acheté 3 mangas. J’ai emballé dans du papier cadeau tout ce qui me semblait convenable : stylos plume, CD même une montre. La distribution se passe dans la bonne humeur.
En regardant le match, les filles se font des tresses
Au programme match de foot professeurs/ élèves. Les joueurs n’ont pas de chaussures mais ils portent des maillots et des shorts. Nous ne sommes pas des spectatrices assidues. Laure et Stéphanie se font tresser les cheveux. Autour d’elle toute une cour de filles qui s’amusent à tresser les cheveux européens lisses et fins. L’une d’elle soupire :
– « J’aurais tant aimé avoir des cheveux raides ! Mais Dieu ne me les a pas donnés ! »
Nous leur posons des questions sur leur quotidien, Floride, la danseuse doit faire 5 km à pied pour venir au collège.
Assis à l’ombre sur un banc je suis entourée de quatre petits très doux. Je ne les aurais jamais imaginés si petits avec leurs uniformes sur la photo de classe. Ce sont Onésime, Khatib deux filles et un grand de seconde Je leur montre les photos du lâcher de ballons. Onésime, à mes genoux me demande :
-» raconte nous l’histoire de Créteil ! »
Je lui parle du village ancien, de la très vieille église qui a vu le Roi Dagobert (il ne connaît pas la chanson) puis des sablières, du lac qui s’est rempli tout seule avec l’eau de la Seine et de la Marne, des quartiers modernes, des tours, des rues dont le nom commence par la même lettre. Ils écoutent religieusement. -« Est-ce que les professeurs sont durs ? » demande une fille
– « Non mais les élèves sont bavards ! »
– « Bavards ! » les enfants sont rêveurs. A Pobé, on ne bavarde pas en cours. Cela ne leur viendrait même pas à l’idée. Il faudra vérifier cela auprès des collègues. Jamais les problèmes de discipline ne sont évoqués même avec des effectifs très lourds. Ici, les problèmes sont matériels.
Le match de foot a repris. Damien voulait jouer pieds nus comme les enfants. Un collègue lui a prêté des vraies chaussures de foot mais il doit quitter le terrain avec de grosses ampoules.
Les mangues : les fruits de l’Amitié
Avant de partir on nous sert pour goûter des ignames frits avec du beurre. C’est très farineux. Derniers discours, sur la table un carton contenant les fruits de leur arbre de la cor : les mangues, fruits de l’amitié. Il faudra surveiller leur maturation et les manger au fur et à mesure. Dans une enveloppe nous trouvons les T-Shirts oranges du Collège : l’Aigle Bleu de Pobè qui tient dans son bec un livre. Nous les revêtons pour la photo. Dernier cadeau : un livre écrit par un écrivain de Pobè dédicacé.
Lundi de Pâques, tout Cotonou est à la plage
Nous quittons Pobé à 18 heures. Nous roulons de nuit. Il y a beaucoup de circulation ce lundi de Pâques. A l’approche de Cotonou c’est l’embouteillage. Thierry a téléphoné : la route des Pêches est bloquée par tous ceux qui ont passé la journée de vacances à la plage. Ceux qui n’ont pas trouvé de zemidjan rentrent à pied, glacière à la main. Une foule compacte avance vers nous. Thierry essaie des itinéraires dans les rues poudreuses. Rien à faire, on retombe toujours sur des routes bloquées. Il fait nuit noire quand nous roulons sur la piste de l’aéroport. Les petits lampions faits avec des boites de lait allumés comme le soir de notre découverte de Cotonou.
Bonne arrivée, les moustiques !
Nous rentrons à 9heures à Helvetia. Moronikê est déjà partie coucher ses enfants. En cuisine, il ne reste plus que Parfaite qui nous réchauffe des spaghettis bolognaises.
Toute exaltée par la journée, submergée par l’émotion j’oublie les règles élémentaires de prudence. J’omets de m’enduire de crème anti-moustique et de revêtir des pantalons imprégnés d’insecticide. Je vais me repentir de mon imprudence pendant au moins trois jours. Mes jambes sont boursouflées d’horribles piqûres violacées qui grattent terriblement. J’en retire une conclusion optimiste : c’est la vérification expérimentale de l’efficacité d’Insect- Ecran. Pour une fois je l’oublie et je suis bien punie !
La visite du Collège commence dans le bureau du Directeur – bien exigu pour un tel personnage ! Je n’aimerais pas être l’élève convoqué pour des réprimandes dans cette pièce. Au mur : les plannings, les effectifs des classes, mais aussi des maximes photocopiées en grosses lettres noires :
« ACCEPTER L’IDEE DE LA DÉFAITE, C’EST DÉJÀ ÊTRE VAINCU »
(Maréchal Foch)
ou
Méditation de la semaine
« VOS PROFESSEURS SONT DURS AVEC VOUS PARCE QU’ILS DOIVENT L’ETRE. PARCE QUE C’EST LA SEULE MANIÈRE D’ENSEIGNER DONT DISPOSE UN BON PROFESSEUR » .
Nous retrouverons ces maximes décorant la salle des professeurs et dans les classes. On y a ajouté d’autres affiches /
« MOI TRICHER ! JAMAIS »
Ou
« LE BAC EST PRIVE ET PERSONNEL A DIT UN CONTEMPORAIN ».
Voltaire est également cité :
« LE SUCCES DÉPEND DE LA CHANCE, DU TALENT ET DU TRAVAIL.
HORS, LA CHANCE EST ALÉATOIRE
LE TALENT EST HÉRÉDITAIRE
LA SEULE CHOSE DONT ON PEUT ÊTRE SUR EST LE TRAVAIL »
Partout la morale est placardée noir sur blanc sur les murs rougis par la poussière. Seule diversion : un concours pour la Prévention du Sida qui a pour récompense des clés USB, et qui donne une illustration modeste du XXIème siècle. Sinon, aucune décoration, aucun panneau. La Photocopieuse
Entre la Salle des professeurs et le bureau directorial, dans un réduit deux ordinateurs antiques et une photocopieuse fatiguée.
A la vue de cette machine, l’inquiétude me saisit. Les 540 € récoltés grâce au lâcher de ballons risquent d’être attribués à l’achat d’une photocopieuse. C’est le désir du proviseur. Je le comprends fort bien. Mais je ne suis pas prête à lâcher les bénéfices gagnés par les enfants pour un tel achat et ceci pour multiples raisons. D’abord, je ne me vois pas l’annoncer à mes élèves. Ensuite je ne donne pas une espérance de vie bien longue à une telle machine avec les coupures d’électricité que subit actuellement le Bénin, les sautes de tension… Heiner m’avait recommandé d’argumenter à l‘Africaine :
« poussière, humidité, chaleur, pluie… »
Sébastien m’a dit qu’on ferait payer les élèves 15 CFA la photocopie pour le papier, l’entretien…Cela achève de me détourner de cet investissement.
Mes coéquipiers m’ont abandonné la partie :
-« pour la photocopieuse, tu gères ! » avait laissé tomber Damien.
Je ne me sens pas du tout de taille à négocier avec le Directeur, au propre comme au figuré. Malgré sa bienveillance, c’est la seule personne qu’on n’appelle pas par son prénom comme Thimoléon ou Romain. Il me tutoie mais je n’ose pas lui rendre la pareille.
salle de classe
Entourés par de nombreux professeurs nous visitons les locaux. A l’extrémité une sorte de hangar aux structures tordues rappelle les effets d’une violente tornade qui a emporté les « tuiles »(il s’agit de plaques de fibrociment) et aspiré les plafonds de contreplaqué. On a recouvert de tôle en urgence. Sans plafond ces salles doivent être des fournaises. Le mobilier est uniforme : pupitres et bancs de bois sombre comme ceux de nos écoles de la 3ème République quand Instituteurs et Professeurs portaient chez nous la blouse et étaient encore des notables.. Temps bien révolus chez nous qui semblent perdurer ici. Ne pas s’y fier !Le collège est postérieur à la décolonisation, il date de la fin des années soixante.
Sur le tableau, des différentielles et des intégrales, un circuit électrique et des solénoïdes. C’est le Programme de physique des Terminales Scientifiques. Dans un coin du tableau, encadré par un cartouche soigné terminé en volute comme un parchemin, l’inscription :
tolérance à la béninoise!
BAC J-62 / ALLAH/JC.
Le CEG1 est laïque. Au Bénin multiconfessionnel, on ne réprime aucune expression religieuse « pourvu qu’elle ne soit pas ostentatoire » complète mon collègue de SVT, un homme âgé grisonnant vêtu d’un costume bleu sévère datant peut être d’une période où le Bénin était socialiste. L’Afrique a un autre sens de l’ostentation religieuse que l’Europe quand un débit de boisson s’appelle « Magnificat » ou « Dieu le fit » ! Pour supporter le soleil j’ai fait un turban de mon voile turc – tout à fait islamique – puisque acheté sur les marches de la mosquée de Beysehir.
– « En France, je ne pourrais pas me coiffer ainsi » je rétorque à mon collègue.
– « Au Bénin, les Musulmanes ne peuvent pas non plus venir voilées à l’école ! On leur fait ôter le foulard ».
il n’empêche que sur toutes les photos que nous rapporterons je serai enturbannée !
Dans la salle de mathématiques, le tableau est couvert d’équations calligraphiées d’une main experte. Cours d’un autre âge ! Les élèves de Terminales sont venus malgré les vacances suivre un cours de rattrapage sur Bachelard. Au tableau plusieurs paragraphes écrits de mains différentes sont discutés par le reste de la classe (une vingtaine d’élèves).
– « Le professeur est il bénévole ? » – « Non, payé ! »
Les salles de classe de SVT et Physique et Chimie sont meublées de belles paillasses carrelées avec un évier, l’eau et des prises électrique. Plus belles que les miennes ! Quelles sortes de TP font ils ?
Nous traversons les installations de sport sans les voir. Si Laure ne s’y était pas intéressée nous n’aurions jamais remarqué le terrain de basket sans panier ni celui de volet où deux arbres morts permettent de figurer le filet. Une chèvre très enceinte broute l’herbe qui pousse sur le terrain de foot.
Les Béninois savent recevoir! Un accueil extraordinaire
Les festivités en notre honneur
Le CEG1 se trouve à l’entrée de Pobé que nous ne visiterons donc pas.
Nous avons 30 minutes de retard sur le programme des festivités. Nous passons entre deux rangées de scouts qui font le salut à 3 doigts. Cela me renvoie 40 ans en arrière ! La haie d’honneur est complétée par les correspondants en tenue du dimanche aux vives couleurs, tirés à 4 épingles. D’un côté, les 4ème M1, de l’autre les 4ème M2. Nous avons l’impression de passer en revue les élèves de manière quasi militaire. Mes trois jeunes collègues n’apprécient pas trop. Au niveau des correspondants, notre groupe se scinde. Je fais le portrait de chaque enfant pendant que Damien note les noms. En face, Stéphanie et Laure font de même. Mon cœur se serre. Les 4èmeM2 n’auront ni lettres ni cadeaux. J’ai essayé de réparer en urgence cet oubli. Seules Hana et Maéva ont écrit et je n’ai rien à offrir. Comment faire la distribution aux uns sans blesser les autres ?
A la table d'honneur
Une table d’honneur est dressée couverte d’une nappe blanche fleurie de bouquets en tissu. Le programme de la journée est très complet. Derrière nous, à l’ombre d’un beau manguier, une véritable salle de classe est installée. D’un côté, les professeurs, de l’autre les élèves. Les classes sont logées dans des bâtiments en longueur construits sur des blocs de ciment qui font une estrade parfaite pour le spectacle qu’on a préparé en notre honneur.
Chants et danses de bienvenue :
les filles ont peint des taches blanches sur le décolleté et sur les bras. Elles portent leurs plus beaux bijoux et leurs plus beaux atours. La vedette est Floride en robe verte et magnifique pectoral en or, ses cheveux cachés par un turban vert assorti. Elle chante avec assurance et danse très bien. Le Directeur nous explique que c’est l’hymne national.
La pièce de théâtre, écrite en notre honneur, raconte l’histoire d’un père qui impose à sa femme les quatre enfants de son frère décédé. La femme soumise apporte de l’eau de bienvenue à son mari, lui enlève sa veste. Elle oppose un refus catégorique : « Non ! Ces enfants ne resteront pas chez moi ! » . Face à son mari, elle boude. Dès qu’il s’absente, elle devient une marâtre tyrannique. Les enfants se sauvent et sont recueillis par un homme de la FEFA (formation et Education pour la Femme et l’Adolescent) , l’ONG qui est intervenue dans notre projet de Jumelage et dont Thimoléon est le Président.
J’ai le souffle coupé. Jamais je n’aurais pu imaginer une telle organisation : ces chorégraphies, cette pièce de théâtre. Jamais nos élèves cristoliens n’auraient pu soutenir un tel travail avec une telle application et une telle discipline.
L’organisation, la discipline, sont la mission des scouts qui déménagent les éléments du décor et les costumes.
L’actrice principale lit un très long discours résumant le Projet du Jumelage entre les deux collèges. Je suis à la place d’honneur en tant qu’instigatrice du projet avec Thimoléon. Je suis très émue. Rouge de confusion (aussi à cause de la chaleur). Dans ma tête trotte l’idée insidieuse : comment répondre à un tel discours ? Prendre la parole devant mes collègues ne m’intimide pas, en principe. Aujourd’hui je m’en sens incapable. Heureusement, on ne me le demande pas.
Le Directeur est un colosse habillé d’un magnifique boubou blanc damassé. Il est très impressionnant. De sa haute stature, il délivre un discours majestueux et africain. Je ne sais plus si c’est Thimoléon ou Romain qui a commencé par ces jolies paroles :
« En Afrique, la pluie est un heureux présage. Il a plu le jour de votre arrivée. Puis le soleil est revenu avec la chaleur de l’Afrique. Notre Projet est donc réalisé sous les meilleurs auspices. »
J’attends cette journée depuis plus de six mois, depuis que le projet de Jumelage de nos collèges a été mis en route. La rencontre avec l’équipe de Pobé à l’aéroport me laisse deviner que nous sommes attendus.
Le petit déjeuner à 7h est un peu bousculé. Nous ne partons qu’avec 10 minutes de retard. Mais il y a un problème : la vitre arrière droite du taxi est coincée. Thierry a convoqué un garagiste de ses amis au bout de la piste à l’entrée de Cotonou pour redresser la tôle. La cabine téléphonique vient d’ouvrir (il est déjà 8H). Le commerçant recharge mon mobile par SMS. Miracle, aujourd’hui cela marche !
pendant qu'on répare le taxi je vais à la cabine
Un match de foot tout à fait officiel avec maillots, chaussures et arbitre se déroule sur la chaussée bloquée par des parpaings. Le taxi force la voie au mécontentement des sportifs. Nous arrivons à 8h30 à l’Etoile Rouge et trouvons Thimoléon à la station service Sonacop. Il est accompagné de Clotaire,Responsable de la Com, dont j’ai vu le nom sur les courriels. Invitation informelle, il m’appellera sur mon portable puisque maintenant il fonctionne.
Lundi de Pâques, le matin, Cotonou se traverse rapidement. La pollution, absente samedi sous la pluie, est étouffante ce matin malgré une circulation modérée. Les mobylettes disparaissent derrière un nuage bleu. J’interroge Thimoléon :
– « La lutte contre la pollution n’est-elle pas un des chantiers du Président ? »
Yayi Boni a bien essayé d’empêcher le trafic de l’essence frelatée.On incite les zemidjans à abandonner les mobylettes 2T pour des motos à 4T moins polluantes.L’huile, en excès dans le mélange, fume. Il y a tellement de zemidjans ! Impossible d’appliquer la mesure par la contrainte. Des contrôles « anti-fumée » ont pourtant été mis en place par la gendarmerie.
Je relance Thimoléon :
– « le Président a été élu avec le slogan « tout va changer ». Où en est le changement ? «
Ce dernier prend à témoin Thierry. On ne voit guère de changement.
J’insiste : Yayi Boni est un banquier, c’était le Président de la Banque de l’Afrique de l’Ouest. Il a peut être les moyens d’un changement. Je pense à l’Etau, livre d’Aminata Traoré. Les tenants du Néolibéralisme appliquent des recettes anticorruption et d’économie du train de vie de l’Etat pour faire plaisir au FMI et à la Banque Mondiale. Mais les gouvernements sont impuissants. Le Président est il un adepte du néolibéralisme?Je tente d’orienter la conversation sur le thème de l’économie, Thimoléon est un homme instruit. Mais l’économie n’est peut être pas son centre d’intérêt préféré.
Sur le pont, qui partage le grand marché Datokpa, la route est bouchée par un attroupement : un zemidjan a eu un accident. Le spectacle doit être horrible. Il se reflète sur la physionomie des badauds. Thierry déclare :
– « il y a des morts ! »
Le taxi roule maintenant sur la voie payante de Porto Novo. Tandis que je bombarde Thimoléon de questions, nous avançons vite. Sur la lagune de Porto Novo, les pirogues des pêcheurs se dessinent, noires et fines sur l’eau opaline. Les barrages de l’akadja piègent le poisson comme à Ganvié. L’entrée de Porto Novo est encombrée d’un marché. Je reconnais l’institut Songhaï au passage.
Une forêt négligée
Je suis agréablement surprise : la route de Porto Novo à Pobé est goudronnée impeccablement. Nous traversons des forêts. Peu de grands arbres, beaucoup de taillis, de fouillis et lianes. – « c’est une forêt négligée » remarque Thimoléon.
Je lui demande pourquoi il n’y a pas de grands et beaux arbres. – « Ils sont dans le nord, ils correspondent au climat du nord » – Peut être la forêt a fait l’objet de surexploitation ? – Oui, mais le gouvernement essaie de protéger les forêts subsistantes.
J’ai même trouvé sur INTERNET des éco-stagesdans la forêt de Bohicon qui ont tentépour la naturaliste que je suis. On a replanté des tecks, reconnaissables à leurs grosses feuilles. Ils sont plantés très serrés. Va t on les dépresser ?
Je suis toujours étonnée par l’enchevêtrement des parcelles cultivées et la jungle qui semble les envahir. La culture dominante est le manioc. Thimoléon est très étonné que nous ne le connaissions pas.
-« Si, chez nous on vend du tapioca ! »
Thimoléon est plus intéressé par la cuisine que par l’économie. Je confonds tapioca et maïzena et lui donne par erreur une recette de sauce blanche au tapioca. Stéphanie corrige ma bourde. On met du tapioca dans la soupe. Quand j’étais petite j’avais horreur de cela. Cela me faisait penser à des pontes de grenouille.
La station service :
Thierry gare la voiture à la « station service » : deux dames Jeanne et quelques bouteilles posées sur une planche soutenue par des tréteaux. Nous en profitons pour nous dégourdir les jambes. Thimoléon occupe le siège du passager à l’avant. Stéphanie et Laures sont emboîtées l’une sur les genoux de l’autre, moi au milieu. Damien allume une cigarette. Bizarrement, rien ne se passe.
– « Pourquoi ne nous sert on pas ? » demande Stéphanie. – « Trop cher ! Ils vous ont vus. On en achètera plus loin. »
La Toyota Corolla donne des inquiétudes. La troisième ne passe plus de tout. Thierry soulève le capot. Une petite angoisse me pince au niveau de l’estomac.
Nous croisons des motos cachées sous de nombreux bidons cubiques. – « Ils portent leur mort ! » remarque Thimoléon.
Les contrebandiers de l’essence viennent du Nigeria tout proche.
Nous passons Sakété sans traverser la ville. Des processions viennent à notre rencontre, tous habillés de blanc avec tamtam et trompettes. Ce sont les Célestes, des Évangélistes ou des Pentecôtistes, je ne sais pas bien. Un service d’ordre avec pancarte et bâton de circulation est organisé. Le Lundi, de Pâques est le jour de fête des Célestes.
Thimoléon a téléphoné alors que je marchais le long de la frange d’écume à la plage. Laure enveloppée dans une caffiyah égyptienne blanche vient à ma rencontre brandissant le téléphone de Moronikê. Le véhicule prévu pour nous emmener à Pobè n’est pas disponible. Il nous donne rendez vous à l’Etoile Rouge à 8H00, « heure française ». Il ajoute :
– « Je n’utilise pas l’heure béninoise ».
Mentalement, je traduis le message : il sera ponctuel. Il faudra que nous le soyons aussi.
– « votre véhicule est exigu, il faudra prévoir un taxi. » – « A combien cela reviendra-t-il ? – « 4000 chacun » Je calcule, à cinq ce sera aussi cher que le taxi de Thierry.
– « On se serrera à la béninoise » (2 devant en plus du chauffeur 4 à l’arrière, c’est ainsi qu’on remplit un taxi-brousse).
Sébastien de Sandotours est arrivé avec le contrat du circuit dans le nord du pays. Diane est venue nous chercher. Il peut nous organiser un grand taxi pour Pobè. Je ne veux pas vexer Thierry. Moronikê se charge d’appeler ce dernier. Au milieu de la conversation en fon, je saisis :
J’avais imaginé marcher sur la Route de l’Esclavage comme un pèlerinage à pied. 4 km ne me font pas peur et nous aurions pu nous arrêter à chaque statue, chaque stèle.
Il est 13 heures passées quand nous arrivons sur la Place du marché aux Esclaves ou place ChaCha du surnom que les Béninois ont donné à Francisco De Souza – le Vice Roi de Ouidah – le marchand d’esclaves brésilien ami du roi d’Abomey. – sujet du roman de Bruce Chatwin que j’ai beaucoup aimé. Ce personnage et le rapport que les habitants d’Ouidah entretiennent avec son souvenir est très ambigu. Vue de France, l’histoire semble tranchée : De Souza est un marchand d’esclaves donc un « mauvais ». A Ouidah, il n’est pas rejeté et serait même admiré.
Ouidah, place Cha-cha très animée
Il y a grande animation sur la place. Un groupe de scouts venus de Lokossa nous invite très gentiment à figurer sur la photo-souvenir. Plus loin une équipe de vidéastes et un groupe de jeunes musiciens tourne un clip. Eux aussi nous appellent nous font danser et chanter. Tout au moins Stéphanie et Laure « mes filles ». Comme ils sont polis ils entraînent « Maman » dans la danse. Stéphanie et Laure ont vite appris le refrain « Misé, misé, Célestine… » C’est un slogan électoral, nous l’apprendrons plus tard Célestine s’est présentée aux Législatives et nous avons vu son portrait sur les affiches qui n’ont pas encore été enlevées. Euphorie de ces premiers contacts amicaux avec la population locale. Nous avons oublié notre triste pèlerinage.
La route de l’Esclavage
14heures, la chaleur est à son apogée, je commence à fatiguer. Les filles renoncent au projet de randonnée sous le soleil. Damien qui a envie d’aventure tient à faire la promenade à pied. Il est tenté par le retour en zemidjan. Thierry le prévient:
– « Ils vont te taxer ! ».
L'arbre du Non-Retour
L’Arbre du Non Retour n’existe plus. Il a été remplacé par une curieuse statue qui ressemble à une sirène. Les esclaves tournaient autour de l’arbre pour abandonner leur identité africaine, 9 fois les hommes, 7 fois les femmes.
Zomai : les esclaves
Le Zomaï était la case noire où les esclaves étaient parqués dans l’obscurité pour se préparer à la traversée dans la cale du navire. Statue figurant le marquage au fer rouge, les esclaves des différents propriétaires seront ainsi identifiés comme on le fait aux moutons qui partent en transhumance.
esclave dans les fers
Un jeune du village nous mène à la fosse commune où furent inhumés ceux qui étaient trop « fatigués » pour entreprendre la traversée. Un mosaïque surmonte la dalle de ciment nue : blanc, rouge, brun, noir… couleurs de la terre africaine rouge, du sang peut être, noir de la peau, du deuil. Une sculpture métallique symbolise les peuples asservis, les Yorubas, les plus « dodus » avec leurs scarifications, les Peuls fins et minces avec leurs anneaux et d’autres dont je n’ai pas saisi le nom de l’ethnie..
Le parcours poignant continue jusqu’à un arbre portant encore fleurs et fruits : l’arbre duRetour, retour de l’âme et non du corps mort aux Amériques.
Le terme du pèlerinage est la Porte du Non Retour sur la plage. J’ai le cœur serré comme la première fois.
Tandis que le vendeur nous prépare nos noix de coco, nous apercevons Damien au petit bar en face. Il rentrera avec nous sans avoir recours au zemidjan.
Le départ s’éternise. les autres n’en finissent pas de se préparer. Je n’ai pas l’habitude de voyager en groupe et s’attendre les uns les autres m’agace. J’en perdrais mon flegme. Patience, nous sommes en Afrique !
Route des Pêches
Le soleil fait une brûlante sortie juste après Hio, le premier village de pêcheurs. Je me tartine de crème solaire dans la voiture. La route des Pêches est inondée. Thierry contourne les grosses flaques. Les roues du taxi s’enfoncent dans le sable sec sans patiner. Notre chauffeur connaît bien sa piste. Deux grands pirogues sont pavoisées au couleur du Bénin et aussi avec un drapeau rouge blanc et noir. Quel état représente ce dernier drapeau ? Ce sont les couleurs du fétiche du village. Nous allons beaucoup entendre parler de fétiches à Ouidah. Les villages de pêcheurs sont très calmes : les gens sont à la messe de Pâques. Des animaux divaguent. Sur les plages on se prépare à faire fête. La piscine des jardins brésiliens à l’entrée de Ouidah est déjà pleine de monde.
Fort Portugais
Ouidah : fort portugais
Mêmes visites que l’an passé . Je suis plus réceptive à l’histoire. Les agrandissements des gravures représentant la vie à la cour des Rois d’Abomey me parlent plus. La première fois, tout était exotique, étranger. Trop de nouveautés à assimiler. Je regarde le cérémonial avec un autre regard. Je me souviens des vastes cours des Palais d’Abomey. Le groupe des épouses me rappelle la visite au Palais Honmé de Porto Novo…Je regrette encore ici de ne pas emporter d’images pour faire le diaporama sur l’Esclavage avec les élèves.
Forêt sacrée
La Forêt sacrée est ouverte aux touristes depuis Ouidah 1992. Même guide, même visite que, l’an passé. Les statues des divinités ne me plaisent pas plus que l’an dernier, sauf celles qui sont faites avec des robinets, chaînes de vélos et autres ferrailles récupérées que j’aime beaucoup. Temple des Pythons
Ouidah syncrétisme : temple des pythons et cathédrale catholique
Je frime un peu avec mon serpent autour du cou rapidement imitée par mes collègues (ce n’est plus franchement un exploit !). Petite découverte : les innombrables chauves- souris suspendues au dessus du temple.
Béhanzin
béhanzin
L’exposition du quai Branly sur le Roi Béhanzin qui a eu un grand succès à Cotonou, est installée en plein air en face du Centre Culturel de Ouidah. Sur des parallélépipèdes sont exposées des photos d’époques des gravures, des lettres et des textes explicatifs. Des écoliers, en sortie scolaire, recopient sagement les textes sous la surveillance de leurs instituteurs. C’est très émouvant de les voir très intéressés par ce dernier roi du Dahomey.
Béhanzin a lutté contre la colonisation française et qui a été déporté successivement en Martinique puis en Algérie où il est mort à Blida. Un audiovisuel présentant ses lettres lues à haute voix est accessible dans le bâtiment le plus proche. Je suis attentive au style ancien de ces lettres puis j’apprends que le roi était illettré et que c’est donc un interprète qui les a écrites.
Damien et Stéphanie ont préféré flâner au marché et faire la découverte de la Béninoise.
Sur ces entrefaites, mon téléphone sonne. C’est la première communication avec la puce béninoise. Donc mon téléphone marche. Si je ne peux pas le créditer c’est Areeba le responsable et surtout l’affluence du week end pascal.
Sébastien de Sandotour a cru qu’on était arrivés cette nuit. C’est la raison de son silence d’hier. Il tient parole et nous propose d’assister aux fêtes pascales dans un village un peu plus loin. Cette proposition est très alléchante. que je dois décliner je ne peux pas consulter les autres qui se promènent au marché.
Pendant que nous étions à Cotonou, D.Moronikê et les filles ont dû faire face à des pluies diluviennes qui ont noyé les bungalows et trempé les matelas ainsi que les cadeaux dans le sac laissé par terre. Le soleil est revenu mais les toits de chaume devront être refaits ou protégés par des bâches en plastique.
téléphone mobile
à la plage
Je n’arrive pas à créditer ma carte téléphonique. En ce week-end pascal, l’opérateur est saturé. Je renouvelle l’opération dans chaque coin du Jardin. Soit je n’ai pas de réseau, soit mes chiffres refusent d’entrer. Si le téléphone mobile est très répandu au Bénin, les opérateurs ont du mal à répondre à la demande. Ne pas oublier que nous sommes en Afrique !
Dantokpa est le plus grand marché de l’Afrique de l’Ouest. Les Béninois en sont très fiers. Selon eux, on viendrait s’approvisionner ici depuis le Togo, le Burkina Faso, le Niger et même du Ghana ou de Côte d’Ivoire. En contrebas, près de la lagune, il devient rapidement un bourbier en saison pluvieuse. Mes jeunes collègues insistent auprès de Thierry pour qu’on le visite malgré la pluie abondante qui vient de tomber.
Wax
la marchande de pagnes
Des allées couvertes de tôle abritent les marchands de tissu, de sacs et de chaussures. Deux malabars nous emboîtent le pas. D’expérience, je sais ces « guides » tenaces et je présume qu’on aura le plus grand mal à leur fausser compagnie. Ils nous conduisent dans une boutique de leur connaissance. On nous déplie tous les tissus « wax » les plus colorés. Pour une jupe, il faut 2 mètres, pour une robe entière 4 mètres. Les Africains achètent des coupons pour toute la famille. On a déjà rencontré des dizaines de personnes vêtues du même imprimé. Le costume a été choisi pour une fête familiale, funérailles ou mariage. Comme nous sommes 3, nous cherchons à négocier un bon prix. Stéphanie voudrait du fuchsia, il n’y en a pas dans la boutique. Ce n’est pas un problème, on nous laisse seules et la marchande revient avec des nouveaux pagnes venant de chez la voisine. Les pratiques commerciales sont différentes de chez nous. On n’hésite pas à s’entraider entre voisins sans faire jouer la concurrence comme en Occident. Nos « accompagnateurs » interviennent, ils veulent nous conduire chez le tailleur ou la couturière qui transformera illico le tissu en costumes. L’altercation avec Thierry est immédiate et violente. Thierry est très doux, il parle à voix basse en riant tout le temps. Mais quand quelque chose ne lui plaît pas il s’emporte très rapidement et crie. Nous n’avons pas le temps de comprendre ce qui s’est passé. Les deux importuns sont congédiés et n’insistent pas. Thierry nous explique que ce sont des bandits.
Alimentation
Dans une partie découverte du marché, se vendent des produits craignant moins les intempéries. Les marchandes portent des charlottes en plastique sur la tête. les mêmes qu’on trouve dans les hôtels pour la douche. Stéphanie cache son appareil photo dans son K-way et filme en caméra cachée. Instruite par l’expérience de l’année dernière, je ne cherche même pas à sortir le mien. La vue d’un appareil photo déclenche l’hostilité. Je suis plus occupée à chercher où poser les pieds sans patauger dans une boue noire et grasse et sans bousculer un étalage.
Dès que nous passons devant un tas de tongs, Laure en achète une paire en remplacement de ses sandales en cuir. J’aurais dû en faire de même. Elles ne coûtent que 300 CFA . Des bouchers découpent la viande en musique, plateaux les vendeuses présentent des tomates, des piments, des carottes en petites pyramides. Même souci du décor avec les poissons qui sont parfois encore congelés, raides de glace. D’autres poissons sont fumés enroulés sur eux même. Parfois les tous petits poissons luisent dans un plateau. On vend même des miettes de poisson fumé. Sans doute pour parfumer la sauce. Ici, rien ne se perd. Damien remarque vite qu’il est le seul homme des environs. Marchandes et clientes, les hommes ne s’aventurent pas dans le commerce alimentaire sauf en boucherie. On les retrouvera dans les ruelles où se négocient les produits électriques ou les pièces détachées des voitures.
sur la passerelle qui domine le marché
Encore, nous essayons de contourner les flaques. Thierry propose de monter sur la passerelle qui enjambe la route principale pour avoir une vue d’ensemble du marché s’étendant loin. On gagne un « marché aux puces » qui ne propose pas grand-chose après la pluie. Il est déjà largement passé l’heure du repas. Nous achetons des bananes. Rien de mieux que les bananes pour manger dans la rue !