J’ai découvert Abdoulaye Sadji en lisant Maïmouna et j’avais surtout aimé le portrait de cette petite campagnarde de la région de Louga, jouant avec sa poupée, découvrant l’adolescence. La deuxième partie, se déroulant à Dakar, de la jeune fille admirée, séduite et abandonnée m’avait moins plu.
Le portrait de Nini la mulâtresse de Saint Louis est très différent. L’auteur raconte l’histoire de cette jeune dactylo, dans l’administration coloniale qui a pour principal atout – croit-elle – sa peau claire et ses yeux bleus qui la feraient passer pour une blanche. Son unique souci : séduire un Français de France et s’en faire épouser. Il semble que l’auteur n’ait aucune sympathie pour son personnage, aucune tendresse. Il pousse jusqu’à la caricature le portrait de cette écervelée, séductrice, superficielle.
Dès l’introduction, l’auteur annonce :
« Nini n’est pas, comme d’aucun le pensent, un acte d’accusation qu’expliquerait une déception amoureuse de l’auteur.
Nini est l’éternel portrait moral de la mulâtresse, qu’elle soit du Sénégal, des Antilles ou des deux Amériques. C’est le portrait de l’être physiquement et moralement hybride qui, dans l’inconscience de ses réactions les plus spontanées, cherche toujours à s’élever au dessus de la condition qui lui est faite, c’est à dire au-dessus d’une humanité qu’il considère comme inférieure mais à laquelle un destin le lie inexorablement. »
Ce parti pris critique ne rend pas l’héroïne sympathique. Il s’inscrit dans l’ordre raciste qui régnait alors au temps de la colonisation. Nini est encore plus raciste que les colons, elle renchérit toujours sur les critiques des Africains, qu’ils pourraient porter (et qu’ils ne portent pas, d’ailleurs, le plus souvent). Elle feint d’ignorer le wolof et les traditions africaines et étale une culture française qu’elle n’a que très superficiellement acquise. L’auteur détaille la société de Saint Louis en catégories hiérarchisées d’après la couleur de la peau, Français de France, mulâtres de 1ère, 2ème, 3ème catégorie, Noirs.
J’ai eu du mal à identifier l’époque où se déroulait le roman. La grand mère, la Signare, la présence d’esclaves – enfants – dans la maison me laissait supposer un passé lointain. Un détail dans une conversation m’a détrompée : il est question de la guerre de Corée. l’histoire se déroule donc dans les années 1950.
Dans la deuxième partie du roman, les puissances tutélaires africaines font leur apparition. La grand mère et la tantes, signares bigotes qui vont à la messe chaque jour, pour attacher Nini à son amant français ont recours à un marabout. Marabout,djinnes et Ravannes (esprits) font leur apparition ainsi que les grigris.
« mais grandes sont les difficultés que rencontreront les « Ravannes » pour envoûter Martineau. Car les Blancs résistent fort bien à l’action des forces occultes des Gé ies tutélaires de l’Afrique…. »
Quand la grand mère tombe malade on fait revenir le marabout:
« on ne peut rien affirmer après une prière, serait-elle la plus fervente. D’autre part la rancune des esprits de votre famille noire remonte à bien trop loin pour qu’une clémence qui leur serait demandée fût obtenue immédiatement. »
signares de Gorée
Dans leur vieillesse les Signares se souviennent de leurs origines. Mais Nini va les renier.
Sortir de la la Grande Nuitou Essai sur l’Afrique décolonisée (2010)
Cinquante ans après les Indépendances. J’étais curieuse de lire cet essai pour remettre les pendules à l’heure de la théorie post-colonialeet de la globalisation.
Le livre commence par un chapitre autobiographique Trajectoires d’une vie, ancrant l’auteur dans l’histoire du Cameroun, son pays d’origine, dans les luttes de décolonisation, et les non-dits des combattants éliminés « terroristes ». Éloignement de l’intellectuel vers Paris, comme il se doit pour un francophone, puis New York et Johannesburg.
Le 2ème chapitre Déclosion du monde et montée en humanité est tout à fait différent : texte philosophique s’appuyant sur le concept fanonienne de déclosion du monde. Si le concept lui-même me paraît un peu fumeux (je ne suis pas philosophe, encore moins spécialiste de l’Afrique), Fanon m’a éveillée autrefois aux luttes anti-coloniales.
p. 69 : « Dans la pensée de la décolonisation l’humanité n’existe pas a priori. Elle est à faire surgir à travers le processus par lequel le colonisé s’éveille à la conscience de lui-même, s’approprie subjectivement son moi, démonte les enclos, s’autorise à parler à la première personne ».
Il cite ensuite Senghor (p70): « chez qui la décolonisation implique l’existence d’un sujet qui cultive le souci de ce qui lui appartient en propre… »
puis Glissant pour qui » la déclosion consiste à aller à la rencontre du monde »
Ces prédécesseurs étant analysés il étend l’analyse à Husserl, Valery et à la théorie du loup.
Je décroche un peu, trop philosophe pour moi! les développements trop savants sont fumeux. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » disait autrefois Boileau.
Lorsque Mbembe aborde la globalisation et la théorie post-coloniale il s’éloigne de la philosophie pour une analyse politique assez confuse.
La troisième partie Société Française : proximité sans réciprocité sort du champ philosophique et entre dans celui du ressentiment. Certes, la France a perdu de sa puissance et de son aura en perdant son empire colonial. Certes, l’Europe n’est plus le centre du monde. Certes, les Etats Unis exercent une attraction sur les africains francophone. Tout cela est connu, évident, et la dissertation pompeuse m’a lassée. Les spécialistes apprécieront. Je retourne à la fiction, à la littérature, vaincue, n’ayant lu qu’en diagonale Le long hiver impérial français!
Seydou Badian est un écrivain Malien. Sous l’Orage, son premier roman, 1954, est écrit avant les Indépendances. Dans ces temps troublés, s’affrontent les Anciens, détenteurs de la tradition rurale, attachés à un passé de chasseurs aux pratiques animistes, et les Jeunes qui ont étudié à l’école des Blancs et qui rejettent superstitions et anciennes coutumes rétrogrades.
Le roman s’avance à pas comptés. Il s’ouvre un matin, sur le projet de mariage arrangé par le Père Benfa, de Kany avec Famagan, le marchand. Décor agreste, :
« le soleil se montrait peu à peu, mordait davantage sur l’horizon; il paraissait si timide qu’il cherchait à s’abriter derrière les kaïlcédrats géants de l’horizon. Une lueur indécise gagnait la cour. les premiers oiseaux faisaient leur apparition ; la vie s’installait progressivement autour du solitaire. »
Rien ne laisse deviner les bouleversements à venir.
« Kany rêvait d’amour et d’avenir. Elle voyait un merveilleux avenir embelli par la présence permanente de Samou »
Mariage d’amour contre mariage arrangé? Famagan, le commerçant, est plus âgé qu’elle, surtout, il a deux épouses. Protestation contre la polygamie? Le roman avance d’abord dans le registre d’un amour contrarié., celui deSamou, élève de l’école des blancs, et de Kany, qui rêvent avec leurs camarades de classe, de modernité, d’hygiène, de vaccination.
« La famille de Benfa était donc divisée à propos de cette affaire: Birama, Nianson, Karamoko étaient du côté de Samou, tandis que le père Benfa et Sibiri, l’aîné, ne pensaient qu’à Famagan »
Pour mettre fin aux amours de Kany et de Samou, le père Benfa envoie sa fille et Birama, son jeune fils, chez son frère Djigui, au village. Changement de décor, Kany et Samou, les élèves citadins, découvrent une autre vie, plus traditionnelle où les fétiches sont encore révérés, où le pouvoir des blancs sur les paysans est arbitraire et pesant. A Roméo et Juliette succède un roman beaucoup plus politique. »
« – dites au Blanc que vous avez assez appris, qu’il vous laisse à présent, vous êtes en âge de fonder un foyer… »
Les amours de Kany semblent mal parties. Pourtant, c’est au village, auprès de Tièman-le-Soigneur qu’elle trouvera son meilleur appui
« Tiéman est instruit, il a été soldat, à deux pas d’obtenir son diplôme d’instituteur, a-t-il préféré rester infirmier au village »
Tiéman a trouvé les mots pour convaincre . Le père Djigui, l’ainé a écrit à Benfa de laisser Kany étudier. Triomphe de l’amour? Presque, en ville des changements s’annoncent, les jeunes réclament l’égalité des droits, des représentants élus. On sent se préciser les mutations. Le mariage de Kany et de Samou devient un symbole pour les jeunes.
Benfa, Famagan et les Anciens n’ont pas désarmé. Le conflit de générations est ouvert….cependant, les idées modernes des jeunes ne sont-elles pas une copie de celles des Blancs? Comment les Anciens peuvent-ils abandonner coutumes et autorité?
-« je sais le sentiment qui vous anime en ce moment c’est de l’orgueil. Il n’a pas sa place ici.Encore une fois, les vieux ne sont pas vos rivaux mais vos aînés, vos pères[…]les vieux sont plutôt malheureux. Imaginez un homme qui, encore très riche se trouve aujourd’hui sans rien. on lui annonce que ses richesses n’ont plus de valeur[…]et cela sans préparation aucune, avec la brutalité d’une pluie d’été »
Ce livre qui s’ouvrait comme une romance contrariée a pris une dimension politique. Le problème est autrement plus complexe.
L’histoire: librement inspirée du Journal du Chevalier de Boufflers (rencontre à Gorée)
L’époque : 1786 – 1793
les acteurs : Bernard Giraudeau, Richard Bohringer, Roland Blanche, et tant d’autres excellents…
C’est donc un film français qui s’invite dans « mon festival sénégalais« , parce qu’il est tourné au Sénégal, et parce qu’il traite de sujets sénégalais : la traite négrière, les Signares, plus généralement l’esclavage. Sujet plus universel : l’éloge des différences, du métissage. Film historique : en costume, les personnages discutent des Philosophes des Lumières, citent Diderot, expédient dans les airs une montgolfière, s’informent des progrès de la Révolution Française, à Paris, bien sûr, mais aussi aux Antilles. Film de cap et d’épée, magnifiques chevauchées et combats aux allures de fantasia dans le désert Mauritanien.
Film sénégalais? l’intervention de Moussa Touré – réalisateur de la Pirogue (2012) donne une garantie d’authenticité.
Caprices du fleuves ou caprices de l’amour? Jean François de la Plaine laisse à Paris une belle dame blanche dont il est profondément épris, mais la Signare, veuve libre de moeurs et si belle l’entraîne, dans des ébats amoureux, mais c’est cela sans doute le caprice : c’est Amélie petite esclave à qui il a appris à écrire et chanter qui deviendra sa compagne….
En tout cas, un spectacle magnifique dans les décors naturels du Fleuve Sénégal, dans le désert, sur la plage de la Langue de Barbarie, à Saint Louis….
« A travers ce roman de politique-fiction, Boubacar Boris Diop fait un bilan des années Senghor : celles de deux décennies de fausse indépendance du Sénégal.
la multiplicité des temps et des points de vue narratifs nous offre une vision à facette d’une société en décomposition.
une critique habile d’une pernicieuse domination culturelle et linguistique, à la façon des romanciers sud-américains… »
La période m’intéresse. Maïmounade A Sadji, avant l’oragede S Badian lus récemment, se déroulaient avant les Indépendances. Les livres de Abasse NDionesont plus récents mais je n’ai rien lu des premières années des Indépendances.
Cependant la multiplicité des points de vue et surtout le parti pris de politique-fiction complique la compréhension de la lectrice lointaine qui n’a pas connaissance des faits réels. Roman à clés peut être? Clés que je ne possède pas! Les premiers chapitres m’ont d’abord déconcertée. Grotesque du Conseiller François Navarro, caricature de ministres-courtisans, d’un président solennel mais dépassé, je suivais à peu près…mais les documents d’époque (la narration se déroule en 2063) sont bien obscurs, une certaine lassitude de n’y rien comprendre m’a gagnée.
J’aurais eu tort d’abandonner. C’est bien après le milieu du livre que les personnages s’individualisent, qu’on s’attache au héros principal N’Dongo, révolutionnaire, gauchiste, romancier raté, et à ses camarades. C’est à la fin que le titre de Temps de Tamango s’explique. Tamangoest le héros d’une nouvelle de Prosper Mérimée que je me suis empressée de télécharger.
Prosper Mérimée a créé des personnages mythiques archétypes comme Carmen. Moins connu, Tamango, a pourtant marqué les imaginations africaines. Nouvelle très dense, réquisitoire contre la traite négrière, décrivant les odieuses conditions de traversée atlantique dans les détails les plus monstrueux, la marche des prisonniers soutenant le prisonnier suivant, les menottes inrouillables, l’invention originale de Ledoux , les économies d’espace pour faire rentrer le plus d’hommes dans la cale….Certes, Tamango n’est pas une victime innocente : c’est lui qui a vendu les esclaves et même sa femme Ayché alors qu’il était ivre. Menant la mutinerie à bord du bateau, massacrant les marins, Tamango se montre un chef de guerre redoutable et un bon stratège. Malheureusement, un mauvais marin. La révolte victorieuse ne permettra pas aux esclaves de revoir les côtes de l’Afrique.
Si la nouvelle de Mérimée est marquante dans le contexte historique, j’avoue que j’ai plus goûté l’histoire de Tamango racontée par l’écrivain Sénégalais, il donne des détails encore plus frappants, surtout dans la vie de Tamango à Joal. Le personnage de Tamango a-t-il échappé à son créateur? Ou Tamango a-t-il vraiment existé? C’est un peu le destin de Carmen dont on connaît plus l’opéra que la nouvelle.
une blogueuse s’est attachée au rôle d’Ayché la femme de Tamango: ICI
Dès les premiers chapitres, j’ai pensé au film de Moussa Touré récemment sorti sur nos écrans : La Piroguequi a été primé au Festival de Ouagadougou en mars 2013 (je l’ai appris sur la plage de M’Bour). Ceci n’est pas l’effet du hasard:Abasse NDione est à l’origine du scénario.
A l’assaut des vagues de l’Atlantique (2006) est le roman des boat people, de ceux qui tentent leur chance à bord des pirogues et abordent l’Union Européenne sur les côtes des Canaries.
Douze chapitres courts, sobres, des personnages bien campés, humains, vrais. Une histoire bien racontée. Est-ce un documentaire? Est-ce un roman? On apprendra le prix de la traversée, les précautions des marins-pêcheurs, experts en navigation, la vie à bord, les espoirs, le drame, la solidarité, aussi.
Un film politique: ainsi commence le livre:
« Cette année-là, il y avait eu un bon hivernage. les pluies avaient été très abondantes. malheureusement, les récoltes avaient été mauvaises. par manque de bonnes semences; l’état avait décidé de tuer tout bonnement la culture de l’arachide. la société nationale des graines avait été dissoute et le stock des semences sélectionnées supprimées…. »
La pénurie de poisson, la diminution des prises est aussi la cause de l’exode:
« – je savais que tu finirais par admettre l’évidence! les ressources de la mer sont en train de disparaître peu à peu. bientôt il n’y aura plus de poisson… »
Le manque de travail et d’espoir pour les jeunes :
Comment vont les affaires? demande le pêcheur à Lansana :
– » Rien de neuf! tout est monotone, on continue à compter les poteaux… »
Les risques énormes qu’ont pris les cultivateurs – qui n’avaient jamais vu la mer – ont été calculés, assumés par toute la collectivité villageoise qui s’est cotisée. Les 40 jeunes qui partent portent l’espoir de 4 villages. On comprend que l’émigration n’est pas le mirage de la société de consommation mais répond à l’urgence.
Dans la première partie, Abdoulaye Sadji raconte l’histoire de Maïmouna, petite fille de Louga, fille d’une marchande de légumes au marché. Petite fille simple, sa vie se déroule avec sa poupée, dans la cour avec la volaille, au robinet où elle remplit sa bassine avec les petites filles de son âge qu’y si rassemblent « comme des hirondelles« . On voit Maïmouna se prépare pour une fête, fixer le hénné à ses talons, se faire coiffer par Lalla, danser…. Charmante évocation de l’éveil de la puberté, de la découverte de son corps.
L’adolescente rêve de Dakar où sa soeur richement marié tente de l’attirer. Sa maman Yaye Daro ne voudrait pas se séparer de sa petite fille. Devant son insistance, Daro cède. Maïmouna dans la splendeur de ses seize ans, prend le train pour la ville.
La seconde partie est la découverte par la jeune fille de la vie citadine. Sa sœur Rihanna la pare, lui ouvre ses salons, et se réjouit des succès de jeune beauté qu’on élit même Étoile de Dakar. Elle fréquente les riches parvenus de Dakar, bourgeoisie noire qui entretient dans la cour de la villa tout un cortège de flatteurs, de vrais ou faux dévots, mendiants et pique-assiettes, prétendants à un riche mariage. Rihanna et son mari Bounana, ont trouvé un mari convenable Galaye, riche, prévenant, amoureux.
Maïmouna n’aime pas Galaye, elle a consenti au mariage mais se laisse séduire par Doudou Diouf, le fin, jeune homme occidentalisé, croisé au cinéma, puis dans la rue sur sa bicyclette. Séduite…enceinte…abandonnée.
J’ai moins aimé cette deuxième partie, plus conventionnelle et plus attendue. Danger de la ville pour une innocente jeune fille, refrain connu!
Pendant que nous suivions un circuit de rêve. Pendant que Bouba enchantait notre séjour de campements de brousse, qu’il nous livrait les sésames dans les langues Peules, Sérères, Maures, pour des rencontres fabuleuses….Et, que, les touristes béates, s’ enthousiasmaient devant la gentillesse, l’hospitalité, la cuisine…. la blogueuse cherchait à sortir du monde enchanté du tourisme et à tendre l’oreille à la radio. Malheureusement, les informations étaient le plus souvent en wolof! Sur la route de la Réserve du Djoudj, Bouba a bien voulu mettre RFI.
RFI livrait ses informations sur la guerre au Mali, et aussi sur l’incendie à Dakar qui a fait des victimes chez les petits talibés? J’ai prêté une oreille attentive aux mesures que les officiels dakarois proposaient: interdire la mendicité des enfants-talibés . Je ne voulais pas ignorer cette réalité-là, comme nous étions passées, au Bénin, devant des enfants au travail sans voir le triste sort des enfants-esclaves Vidomégons. Autrefois, un prêtre italien nous avait mises en garde mais nous ne l’avions pas écouté, toutes enthousiastes à nos découvertes. Ce n’est que deux années plus tard que nous avions remarqué ces petites vendeuses qui auraient dû être à l’école. Pour les talibés, quand une dame française, dans le 4×4 qui nous ramenait de Lampoul, m’avait raconté sa mission humanitaire auprès de ces enfants, Bouba n’avait pas apprécié la teneur de notre conversation. Ces petits mendiants, peut être les avons nous croisés sans les voir?
De Dakar vers la Somone sur la RN1 dans la chaleur, sans évènement marquant. Un peu ensuquées, nous découvrons notre dernière étape, notre dernier hôtel : La Lagune .
Notre case ronde, couleur terre, recouverte de chaume, au milieu d’un jardin fleuri, est partagée en deux chambres. Un très grand lit occupe toute la chambre mais il y a une penderie dans le couloir de la salle d’eau. Nous réglons la climatisation sur 25° et négligeons la grande moustiquaire. Mal nous en a pris ! A minuit, un bourdonnement désagréable nous a éveillées. Catastrophe ! 15 jours, au bord de l’eau, en brousse, nous n’avons pas été piquées et ce serait sur la Petite Côte, bien touristique que nous craindrions le palu ! Nous, qui avions décidé d’arrêter la doxycycline au retour puisque nous n’avions pas été piquées !
La salle à manger se trouve dans une grande paillote ronde. Au centre : le bar avec d’énormes fauteuils de rotin, on dîne sur une dizaine de tables disposées à l’extérieur en couronne, sous des lustres métalliques évidés comme des citrouilles ou des masques allongés cachant des tubes de néon. Après une vingtaine de bassins dans la piscine, une belle promenade le long de l’eau, nous dînons de calamars et d’un filet de poisson avec des crêpes.
Samedi 16 mars : La Lagune
Une journée de farniente sous les cocotiers: faire le tri dans les photos, mettre à jour mon carnet de bord, profiter de la jolie piscine et de la plage. Quand la mer est haute, les vagues se brisent sur une barrières rocheuse avec une belle écume mais il n’y a presque plus de plage. L’érosion gagne même les murs des hôtels et des villas dont certains escalier s’effondrent. Pour protéger la plage, on a disposé de gros blocs de roche volcanique brun-rouge en brise-lames. Quelques rochers affleurent, insuffisants pour retenir le sable.
Comme souvent au Sénégal, la plage n’est pas lieu de baignade, ni de bronzette mais plutôt le domaine des sportifs qui développent une musculature sculpturale. Tous les exercices sont bons pour ces athlètes : course, avec ou sans chaussures, pompes, mouvement de gymnastique, de préférence accomplis collectivement. Certains jouent au foot (deux paires de chaussures suffisent pour matérialiser les buts). Des lutteurs combattent deux à deux. Le sport national est la Lutte sénégalaise. Une trentaine d’enfants s’exercent aux combats. Il y a même du foot féminin(en maillot et short réglementaire). Malheureusement l’une des joueuses est handicapée par sa petite sœur-bébé dans les bras.
J’aime marcher dans la frange d’écume. Mais je suis souvent importunée ; Chaque fois la même technique d’approche :
– « Ca va ? – Ca va ! – comment t’appelles-tu ? »
après cela varie :
– « j’ai des belles oursins »
-»viens voir ma galerie ! »…
Je me débarrasse des vendeurs : en robe de plage sans poches, je n’ai pas d’argent. Plus difficile d’éconduire ceux qui offrent des coquillages ou leur amitié, qui prétendent qu’ils veulent seulement bavarder avec les touristes. L’un d’eux raconte que la police espagnole aux Canaries l’a recueilli et renvoyé à Dakar ; C’est l’histoire du film « La Pirogue ». Peut -être, est–ce la sienne ? Je lui dit qu’il y a plus de 3 millions de chômeurs en France en ce moment et que l’hiver a été très long. Il insiste :
– « Voulez vous aller au marché de M’bour, j’ai un copain qui a une voiture ? », « voulez vous faire de la pirogue ? J’ai un copain qui vous fera un bon prix. » »il n’y a pas de travail pour nous. Nous n’avons que vous, les touristes… »
J’ai honte d’être désagréable. Est-ce qu’ils importunent les hommes qui se promènent sur la plage ?
La cuisine de La Lagune, la gentillesse de Ibou et des serveuses nous ont conquises. Tout le monde se met en 4 pour nous faire plaisir. Au déjeuner : salade d’espadon, poivrons et rondelles d’oignon, une truite de mer meunière, et une assiette de fruits découpés, ananas frais, melon quart d’orange et pomme ; Au dîner calamar à la sicilienne avec de la crème aigre-douce, deux soles meunières et encore une assiette de fruits.
Dimanche 17 mars : lagune de la Somone, retour en avion.
La Somoneest aussi une rivière dont l’estuaire se termine par une jolie lagune de 8km ? Nous avons réservé une promenade en barque à 10h30 (marée haute. Les barques partent de l’hôtel Baobab Lookea qui est une structure monstrueuse occupant au moins 500m en bord de plage. les bungalow sont jolis, fleuris. Le restaurant est immense. il y a une très grande piscine, des magasins…Les lits tous identiques et parallèles sous un parasol de chaume inamovible ne sont pas choquants. Ce qui l’est, ce sont les vigiles chaussés de rangers, en uniforme paramilitaires, installés tous les 150m. Que font-ils sur la plage ?En tout cas pas maîtres-nageurs avec leurs grosses chaussures. Cela agace Ibou, de La Lagune, qui dit que cette bunkérisation introduit un sentiment d’insécurité qui n’a pas lieu d’être. Sont-ils là pour décourager les marchands ambulants ou les sportifs sénégalais?
La promenade en pirogue est plaisante, nous avons toujours plaisir à observer les oiseaux. Le piroguier nous montre les belles villas des gens riches et des Français. Nous sommes loin des réserves! Il y a même des parcs à huitres pour les restaurants.
Il reste quelques heures pour profiter de la plage, des cocotiers. Les pêcheurs ont hissé les pirogues sur le sable, peu de temps plus tard, une très jeune fille arrive avec une bassine métallique pleine de poissons encore vivants sur la tête. Nous les mangerons à midi. Pour cette raison, le chef est incapable d’écrire le menu du jour avant la pêche : des soles excellentes.
A l’enregistrement, on nous prévient:
– « votre avion aura du retard. Si vous habitez Dakar, rentrez chez vous! »
En lot de consolation, un bon pour une boisson (une canette de coca) et un sandwich (petit). Nous nous traînons sans trouver où nous asseoir. C’est pareil dans tous les aéroports, avant de passer les sécurités et la police, il n’y a de salut que dans les restaurants, et encore! Dans les salons d’embarquement trois avions partent en même temps, celui d’Istanbul, de Casablanca et le vol Corsair. Les sièges ne sont pas suffisants. Comme nous sommes arrivées très en avance je m’allonge sur deux sièges, munie de mon matériel – masques et bouchons d’oreilles – Quelques temps après, une jeune femme me réveille, je plaide que demain je dois être fraîche, devant mes élèves.
Elle est charmante, aucune raison pour ne pas lui permettre de s’asseoir avec nous. D a mal à la tête, elle a de l’aspirine mais pas d’eau puisqu’on doit jeter les bouteilles à la sécurité. Une jeune femme nous a entendu. Elle tend un fond de bouteille :
– « c’est ce qu’il reste du biberon du bébé, je n’en ai plus l’usage »
tout le monde attend de longues heures, personne ne proteste, on fait connaissance, on s’entraide. Une jeune femme en vêtements très amples veut faire lever une de nous trois.
– « j’ai très mal dans le dos! »
–« mais tu es enceinte! comme j’aimerais l’être aussi, viens! » dit la jeune prof d’histoire.
On se tasse maintenant à 4 sur la banquette qui ne comporte que trois places. Les deux jeunes femmes bavardent maintenant en wolof. De temps en temps elles repassent au français pour que l’on puisse participer à la conversation et nous ennuyer un peu moins. Une dernière manifestation de la gentillesse et de la solidarité sénégalaise.
Le port de Gorée est minuscule, la chaloupe accoste à un ponton de ciment tandis que deux petits bateaux se balancent et que les pirogues ressemblent à celles des pêcheurs en miniature et dans moteur. Des bâtiments jaunes aux volets de bois vert alternent avec des maisons roses ou rouge foncé, balcons de bois des maisons coloniales ressemblant aux sobredos capverdiens. Quelques unes sont en ruine, façades écaillées, toits crevés. Les restaurations sont sous le contrôle de l’UNESCO il faut respecter les couleurs d’origine et cela décourage les bonnes volontés. A l’extrémité se trouve une batterie militaire – fort d’Estrée, arrondi portant encore des canons.
l’Hostellerie du Chevalier de Boufflers
L’Hostellerie du Chevallier de Boufflers occupe un angle, le restaurant est très bien situé, la vue st merveilleuse de la terrasse. Ce n’est pas vraiment un hôtel, plutôt des chambres d’hôtes dans des maisons rénovées (mais pas trop) peintes en rouge sang dans des rues étroites bordées de plantes vertes : caoutchoucs, sansevierias et hibiscus. , Rue de la Pointe et rue de Hesse. Gorée est soignée, ls rues possèdent toutes des plaques. On pousse un portail de fer forgé, entre dans un noir couloir , gravit un étroit escalier aux hautes marches malaisées et parvient sur une terrasse de bois meublée de deux fauteuils de cuir, deux tabourets et une table basse. Une haute porte protégée de persiennes bleu-vert s’ouvre sur une pièce très vaste, très haute de plafond, au parquet laqué de blanc cassé au plafond de bois reposant sur des poutres apparentes. Deux grands lits recouverts de batik bleu, un canapé, une décoration murale du même batik. La taille des pièces, la hauteur de plafond me font penser à Cuba.
place du gouvernement
Sans tarder nous visitons les environs. On fait le tour du bastion circulaire, découvrant de minuscules plages où on loue parasols et nattes. Les petites rues agrémentées de verdure sont très calmes dans le soir. Des vendeuses nous proposent d’aller voir leur petit marché, sans insistance, Gorée ne manque pas de touristes. La rampe qui monte au Castel est un peu la Butte Montmartre locale : des tableaux sont suspendus des deux côtés ou étalés sur le sol. La plupart sont stéréotypés, faits en série, certains sont intéressants : collages de tissus africains repeint ensuite à l’acrylique à motifs de baobab ou villageois. D’autres intègrent toutes sortes d’objets, téléphones ou cuillers. J’aurais bien aimé en photographier mais c’est impensable. Les artistes sont très vigilants. La seule solution est de filmer à la sauvette.
Pour notre dernier repas ensemble, Bouba a revêtu sa plus belle tenue africaine. J’ai oublié dans la valise qui est restée à Dakar le haut de ma tenue béninoise, je n’ai qu’un chèche marocain bleu à revêtir en drapé pour faire un semblant d’élégance. Les crevettes à l’ail sont délicieuses ainsi que les brochettes de lotte et les crêpes. Bouba a commandé pour nous nos plats favoris.
Vendredi 15 mars : Gorée
Dans la salle à manger de l’Hostellerie du Chevalier de Boufflers je trouve le portrait du Chevalier : Stanislas-Jean, Chevalier de Boufflers (Lunéville, 1738 – Paris, 1815), gouverneur de Saint Louis, poète qui s’installa à Gorée avec sa concubine signare (à propos vois le film Caprice d’un Fleuve de Bernard Girodeau) .De très mignons tableaux naïfs « sous-verres » encadrés artistiquement dans du bois brut, cloué de travers, me plaisent bien. Ils sont à vendre (pas de photo) 15.000CFA le plus petit, 40.000CFA le plus grand. Pour la plupart ce sont des scènes de rue de Gorée.
9h, Baye, notre guide pour Gorée paraît. Il a grande allure avec son boubou sans manche, sa chemise blanche impeccable au col mao, sa cafiyiah et son grand chapelet. Fière allure, mais mal embouché. Dans une première altercation avec le garçon, au milieu du wolof j’entends « enculé ». Baye nous conduit d’abord sur la place du gouvernement de Gorée. Il présente l’île : 900m dce long, 300m de large, 1800 habitants, 2/3 musulmans, 1 /3 catholiques. Avant l’arrivée des Portugais l’île était habitée par des pêcheurs. Les Portugais la nommèrent Las Palmas, les Hollandais Goede Reede(bon port) dont la déformation donna Gorée. L’histoire de Gorée fut complexe. Le congrès de Vienne 1815 l’attribua à la France , attribution confirmée lors du partage de l’Afrique en 1885.
Une plaque est dédiée à Blaise Diagne, le 1er député du Sénégal à l’Assemblée Nationale (1914-1935). Natif de Gorée il bénéficiait de la nationalité française (comme ceux de Saint Louis, Rufisque et Dakar). C’est sur son intervention que les tirailleurs sénégalais participèrent aux combats de la Première Guerre mondiale. Sur cette Place du gouvernement un autre monument rappelle le souvenir des médecins et pharmaciens qui donnèrent leur vie en combattant l’épidémie de fièvre jaune en 1878. Un côté de la Glace du gouvernement est occupé par le Palais du Gouverneur Roume en piteux état qui fut transformé dans les années 50 en hôtel ; Il est question qu’on le restaure pour lui redonner cette fonction.
Les premières constructions de l’île furent donc portugaises puis hollandaises, les françaises ne datent que de 1857. Au centre de la place se trouve un vieux kiosque à musique. L’école Normale d’Instituteurs et un petit commissariat de police ferment le quadrilatère. Ce dernier occupe une ancienne chapelle portugaise.
église Charles de Borromée
En chemin vers le Castel on passe devant l’Eglise Saint Charles de Borromée, bâtie sous Charles X, très simple bâtiment jaune. Dans une maison jaune se trouvait une école de médecine africaine où étudia Houphouët Boigny . Le chemin du charroi qui monte à la colline fut équipé d’un rail pour hisser les lourdes pièces d’artillerie installées au sommet de l’île.(36m d’altitude – coulée volcanique dont les prismes de basalte se voient de la mer). Les galeristes installent leurs tableaux. L’un d’eux rince au jet les acryliques. Des milans planent au dessus de nous. Au tournant de la route, Baye nous montre les toits de Gorée. On surplombe l’école des filles Mariama Bâ (100% de réussite au bac, le seul internat féminin du pays). Nous trouverons dans la chaloupe du retour ces jeunes filles en uniforme soigné.
au sommet du Castel, monument coque de navires esclavagistes et carapace de tortue
Au tournant suivant du charroi, le sémaphore. Le castel, sommet de la colline est coiffé d’une sculpture moderne de ciment peint en blanc avec des alvéoles creusée : deux parties : une demi-pirogue pointue, coqué rappelant les bateaux négriers transportant les esclaves, à l’arrière la carapace d’une tortue symbolisant la patience.
En plus du gros canon, trois télémètres destinés à en régler le tir. Le canon fut installé en 1907 par la Marine française (240mm – 14km de portée). Il n’a servi qu’une fois, servi par les pétainiste qui coulèrent un navire gaulliste de ravitaillement. L’épave repose toujours dans le port de Dakar et les navires marchants doivent le contourner. « Vue panoramique » de Dakar(on découvre de loin les Mamelles et la très grande statue. Baye nous montre la petite mosquée sana minaret 1892, le Palais du Chevalier de Boufflers qui accueillit le Premier Festival d’Art Nègre. Dans le patio d’origine on a installé des gradins de bois pour les spectacles. Dans un jardin entre la Maison des Esclaves et une autre esclaverie, actuellement le presbytère, se trouve la statue symbolisant la Libération des esclaves réalisé par Jean et Christian Morsa, guadeloupéens : un homme brandit ses chaines et serre dans ses bras une femme en pagne- une africaine ? tous deux sont debouts sur un djembé.Le djembé avait son importance dans les plantations. Les tambours permettaient aux esclaves de communiquer sans être compris du Maître.
l’esc lave brandit ses chaînes
Près de la statue, sur une plaque le poème d’un écrivain canadien
Celui qui a dit « Gorée est une île »
Celui-là a menti
Cette île n’est pas une île
Elle est continent de l’esprit
La Maison des Esclaves de Goréeest mondialement connue. De la Porte du Voyage sans Retour, le pape Jean PaulII a imploré le pardon pour l’Eglise. C’est sur l’image de cette porte que s’ouvre le film Little Senegal. Cette maison est classée au Patrimoine mondial de l’Humanité
« Le Peuple sénégalais a su garder
L’actuelle maison des esclaves
Afin de rappeler à tout africain
Qu’une partie de lui-même a transité par ce sanctuaire. »
Jo N’Diaye (conservateur de la Maison des Esclaves)
La maison des esclaves n’est pas la seule esclaverie sur l’île. Il y en eut sur Gorée jusqu’à 28. Gorée ne fut pas le port esclavagiste le plus important à cause du manque d’eau douce. Au Bénin Ouidah et Alladah, au Ghana Elmira, Fort James en Gambie.
la maison des esclaves
150 à 200 esclaves étaient prisonniers au rez de chaussée de la Maison des Esclaves. Les familles étaient dispersées ; femmes et enfants vendus séparément et parfois pour des destinations très éloignées comme le Brésil ou les Antilles. Ils prennent ensuite le nom de l’acquéreur. Dans la chambre des hommes 15 à 20 hommes étaient enchaînés nus, assis. On ne les laissait sortir sur la plage qu’une fois pour se soulager. Dans ces conditions la mortalité était élevée. En 1779, la peste décima les esclaves. L’ethnie la plus chère était les Yorubas qui apportèrent au Brésil et aux Antilles le vaudou. Les propriétaires usaient du droit de cuissage. Si une jeune fille était enceinte d’un exploitant elle était libérée. Ces métissent libres devenaient les Signares. Un poids minimum de 60kg pour un homme était exigé. Ceux qui n’atteignaient pas ce poids étaient engraissés avec des haricots africains farineux dans la cellule des Inaptes temporaires. Sous les escaliers dans de petits réduits sans fenêtre était le cachot des récalcitrants : le conservateur raconte que Nelson Mandela s’y glissa, y resta quelques temps et ressortit les larmes aux yeux, se remémorant peut être son séjour carcéral.
Le conservateur essaie d’expliquer la responsabilité des Africains dans la traite. Sans la nier il la relativise. D’une part, l’esclavage a toujours existé en Afrique ; cet esclavage africain a toujours existé mais il était moins violent et moins systématique. L’autre argument est que les souverains africains ont collaboré par la contrainte : les Européens divisaient pour régner exacerbant les guerres tribales et dispersant les armes à feu qui n’existaient pas avant leur arrivée.
Les esclaves sortaient par la Porte du Voyage Sans Retour sur un ponton sur pilotis car les navires ne pouvaient pas approcher du rivage rocheux. Ceux qui tentaient de fuir étaient dévorés par les requins attirés par les cadavres de ceux qui étaient morts dans les cachots.
A l’étage, vivaient les exploitants de l’esclaverie. Comment vivre quand des hommes étaient détenus en dessous, est un mystère. Ces vastes pièces sont maintenant des salles d’exposition avec des tableaux explicatifs illustrés par des gravures d’époque (provenant souvent du Musée de Nantes).
Baye nous conduit ensuite au Jardin Botanique. Michel Adanson (1727-1808), élève de Jussieu, employé de la Compagnie des Indes, a aménagé ici un jardin botanique en 1750. Il publia en 1763 un tome sur la flore et en 1777 dans l’Histoire Naturelle du Sénégal un tome sur les coquillages.
Gorée vue du bateau du retour
La promenade avec Baye s’arrête là. Je complète la visite de Gorée au Fort d’Estrée (fort rond à l’extrémité de l’île) transformé en Musée Historique.
J’ai regretté d’avoir peu de temps pour tout lire. Deux salles sont consacrées à la Préhistoire : outils de pierre taillée qui se ressemblent tous et partout et qu’i n’intéressent que les spécialistes. Beaucoup plus originales, les salles racontant l’histoire des différents royaumes africains. Des listes des rois ont été établies depuis le 13ème siècle. Pour punition au calamiteux discours de Dakar on devrait y enfermer Sarkozy et lui faire recopier et apprendre ces listes ! Il est tout à afit étonnant que les noms et les dates précises aient traversé les siècles en l’absence d’archives écrites ; Ceux qui étaient musulmans savaient écrire, mais les animistes ? Est-ce l’œuvre des griots que d’avoir maintenu ces généalogies ?
Une salle est consacrée à la christianisation (statue de bois de Saint Charles de Borromée). Uen autre à l’Islam avec des explications détaillées sur les confréries et Touba.
Les portraits des différents hommes politiques et des acteurs de la décolonisation sont aussi présentés . Je découvre un autre Senghor (Lamine) qui fut communiste.
Malheureusement, j’ai bâclé la visite. Après avoir soigneusement noté tous les détails plus tôt, je n’ai ni le temps ni la patience de continuer à recopier les explications. J’aurais du faire cette visite hier à notre arrivée.
Autre visite hors programme : sur une terrasse dominant la Place du Gouvernement et surplombant le port, sou l’égide du Musée Dapper, des photographies et des sculptures.
Déjeuner dans une petite cantine : salade de tomates, poulet grillé au barbecue et une banane.
La chaloupe quitte Gorée à 14h. Les élèves de l’école Mariam Bâ sont toutes endimanchées
la maison des Esclaves vue de la mer et la Porte du voyage sans retour