Sodome et Gomorrhe – Autour de Balbec, les noms des villages normands

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Le Narrateur est retourné à Balbec il est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurin qui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes. 

Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé
charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc.,
et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot
(et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord)
et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru
particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord
aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…

[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.  

Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania

« Homme  » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…

Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de  Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.

Les Secrets de la Princesse de Cadignan- Balzac

UNE NOUVELLE DE BALZAC SUR LE CONSEIL DE PROUST

 

« De quoi parliez-vous donc? dit Albertine étonnée du ton solennel de père de famille que venait d’usurper M. de Charlus.- De Balzac, se hâta de répondre le baron, et vous avez justement ce soir la toilette de la princesse de Cadignan, pas la première, celle du dîner, mais la seconde. […]C’est une nouvelle exquise, dit le baron d’un ton rêveur. je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promena avec M. d’Espart….. »

Sodome et Gomorrhe terminé, j’ai lu cette  nouvelle d’une centaine de pages suivant la recommandation de M. de Charlus. Après avoir ramé dans la Recherche, longueurs et répétitions, quel bonheur de retrouver Balzac rafraîchissant comme une boisson pétillante légèrement acidulée. 

La princesse de Cadignan, autrefois duchesse de Maufrigneuse, après les évènements de Juillet 1830, ruinée s’est rangée dans une profonde retraite et voulut faire oublier sa vie scandaleuse :

« Elle avait passé sa vie à s’amuser, elle était un vrai don Juan femelle, à cette différence près que ce n’est pas
à souper qu’elle eût invité la statue de pierre, et certes elle aurait eu raison de la statue. »

Trente six ans, encore belle, elle aspire à un nouvel amour. A sa seule confidente, Madame d’Espards, elle se livre

je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour,

Pourtant, un homme, en secret, l’a suivie au spectacle, dans la rue, sans jamais l’aborder, Michel Chrestien, mort tragiquement.  Son ami, l’écrivain Daniel d’Arthez connaissant Blondet et Rastignac, est invité à diner chez Madame d’Espards  qui provoque la rencontre avec  la princesse de Cadignan. Ils évoqueront le souvenir de Michel, mais pas seulement, d’Arthez n’est pas insensible au charme de la princesse

Après cette conversation, la princesse avait la profondeur d’un abîme, la grâce d’une reine, la corruption  des diplomates, le mystère d’une initiation, le danger d’une syrène.

La suite du roman met en scène la séduction toute en douceur, toute en finesse que met en œuvre la princesse pour conquérir d’Arthez. Balzac détaille tous les stratagèmes et la maîtrise de la conquête. La toilette grise,  qu’évoquait le Baron de Charlus.

« Elle offrit au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce
pleine d’abandon, le vêtement d’une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, « 

Après cette longue préparation, quand Arthez est bien accroché, elle va lui livrer ses secrets, qui ont donné le titre au livre.

Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre
deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames
noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine
scénique, et qui, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés par la
nécessité, un drame horrible qu’il faudrait nommer l’envers du vice

Il vous faudra lire le livre pour découvrir ces secrets!

Et la lecture en vaut la peine.

Sodome et Gomorrhe : Partie 2 – Ch.1: La soirée chez la Princesse et du Prince de Guermantes

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, 

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Et nous voici repartis pour une interminable soirée de près de 100 pages chez le prince de Guermantes!

Dans A l‘Ombre des jeunes filles en fleurs   et Le côté de Guermantes, nous avions assisté à un dîner chez Madame de Villeparisis, un autre chez la duchesse de Guermantes. Ces mondanités ont un fâcheux effet soporifique, ma liseuse me tombe des mains, ce qui est bien ennuyeux si je lis dans le métro. Des personnages très nobles, très titrés, se livrent à une comédie protocolaire où il convient d’être « présenté« , où on fait semblant de ne pas voir tel ou tel importun, où médisances et piques se distillent dans la plus grande des politesses (enfin pas toujours). La lectrice doit être très attentive aux liens de parenté, aux diminutifs et surnoms, se souvenir des liaisons secrètes (ou pas) où d’anciennes maîtresses ne doivent pas croiser leurs  rivales….Si encore ces personnages étaient sympathiques, mais ce n’est vraiment pas le cas.

Le narrateur n’est pas très sûr d’être invité à cette soirée, il ne fait pas vraiment partie de ce monde du Faubourg Saint Germain. Il n’a pas été « présenté » au maître de maison, le Prince de Guermantes. Il passe un bon moment à chercher qui voudra se charger de cette formalité. Certains propos sont savoureux, d’autres franchement ennuyeux.

« On entendait, dominant toutes les conversations, l’intarissable jacassement de M. de Charlus… »

qui est au centre de l’attention du narrateur. M. de Charlus est bien trop occupé pour le présenter, d’ailleurs un fâcheux,  médecin, détourne Marcel de l’attention du baron. Tout aussi importun, M. de Vaugoubert, un diplomate, ne sera pas plus utile.

M. de Charlus est attiré par les deux fils de Madame de Surgis, deux éphèbes d’une grande beauté affligés des prénoms ridicules d’Arnulphe et de Victurnien.

Provocateur, il s’amuse à bloquer Mme de Saint-Euverte, venue glaner des invités pour sa garden-party du lendemain, et lui inflige le couplet suivant :

La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup: «Oh! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances»,
c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous
comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable
tonneau de vidange[…]On me dit que l’infatigable marcheuse donne des «garden-parties», moi j’appellerais ça «des invites à se promener dans les égouts». Est-ce que vous allez vous crotter là?

Proust vulgaire? Le baron de Charlus, un Guermantes, est ici chez lui, il peut se permettre n’importe quoi, il imprime de son insolence, la morgue l’impunité que sa naissance lui confère.

Ce beau monde ne fait pas toujours dans la délicatesse et le bon goût. Madame d’Arpajon arrosée par un  jet d’eau, provoque l’hilarité du grand-duc Wladimir avec des « roulements militaires du rire » ponctué de « bravo la vieille! » encore plus désobligeant. Le grand monde ne fait pas montre de  la meilleure éducation!

Mon intérêt est piqué par la rencontre avec Swann qui a eu une entrevue étrange avec le Prince. A-t-il été éconduit? Swann malade, vieilli,

« Swann était arrivé à l’âge du prophète. Certes, avec sa figure d’où, sous l’action de la maladie des segments
entiers avaient disparu, comme dans un bloc de glace qui fond et dont des pans entiers sont tombés, il
avait bien changé. »

Son nez (nez juif?) est devenu monstrueux. Il fait pitié dans ce salon impitoyable et antisémite. Sa présence remet l’Affaire Dreyfus au centre de la conversation. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Le prince après avoir vanté les beautés de la France et

ce qu’elle a de plus splendide, son armée qu’il m’était trop cruel de lui faire part de mes soupçons qui n’atteignaient, il est vrai que quelques officiers. Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers puissent se tromper. J’en reparlai encore à Beauserfeuil, il m’avoua que des machinations coupables avaient été ourdies, que le
bordereau n’était peut-être pas de Dreyfus, mais que la preuve éclatante de sa culpabilité existait. C’était la
pièce Henry. Et quelques jours après, on apprenait que c’était un faux. Dès lors, en cachette de la Princesse,
je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore; bientôt je n’eus plus aucun doute, je ne pouvais plus
dormir. Je m’ouvris de mes souffrances morales à notre ami, l’abbé Poiré, chez qui je rencontrai avec
étonnement la même conviction, et je fis dire par lui des messes à l’intention de Dreyfus, de sa
malheureuse femme et de ses enfants. Sur ces entrefaites, un matin que j’allais chez la Princesse, je vis sa femme de chambre qui cachait quelque chose qu’elle avait dans la main. Je lui demandai en riant ce que
c’était, elle rougit et ne voulut pas me le dire. J’avais la plus grande confiance dans ma femme, […]ce que sa femme de chambre cachait en entrant dans sa chambre, ce qu’elle allait lui acheter tous les jours,
c’était l’Aurore.

Quelle surprise! Subir toutes ces mondanités sans se décourager est bien récompensé!

 

 

 

Sodome et Gomorrhe – (1ere partie) Le Baron de Charlus et Jupien

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Le jeune Marcel, caché pour guetter la pollinisation de l’orchidée de la Duchesse de Guermantes, est le témoin fortuit d’un échange entre Jupien et Le Baron de Charlus. Intrigué par cette rencontre, il espionne les deux hommes et surprend un rapport sexuel qu’il rapporte de manière très explicite.

Il est vrai que ces sons étaient si violents que, s’ils n’avaient pas été repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en égorgeait une autre à côté de moi et qu’ensuite le meurtrier et sa victime ressuscitée prenaient un bain pour effacer les trace du crime

Je suis surprise par la brutalité du récit. Précédemment Proust avait éludé l’attirance homosexuelle et l’attitude ambiguë de Charlus, nous avait baladé avec des jeunes filles en fleurs qu’il ne désirait pas vraiment et des manœuvres amoureuses pour se rapprocher d’ Odette Swann ou Oriane de Guermantes. Ici, il énonce les faits crus et précis.

La suite du texte est une analyse de la façon dont sont perçus les homosexuels.

Race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et le parjure, puisqu’elle sait tenu
pour punissable et honteux, pour inavouable, son désir, ce qui fait pour toute créature la plus grande
douceur de vivre

Une allusion à Oscar Wilde ? 

Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu’à la découverte du crime; sans situation
qu’instable, comme pour le poète la veille fêté dans tous les salons, applaudi dans tous les théâtres de
Londres, chassé le lendemain de tous les garnis sans pouvoir trouver un oreiller où reposer sa tête,
tournant la meule comme Samson …

Il fait un parallèle entre la situation des Juifs et la position des homosexuels dans la société :

rassemblés à leurs pareils par l’ostracisme qui les frappe, l’opprobre où ils sont tombés, ayant fini par
prendre, par une persécution semblable à celle d’Israël, les caractères physiques et moraux d’une race,

Il poursuit la comparaison jusqu’à imaginer l’équivalent du sionisme,

De même qu’on a encouragé un mouvement sioniste, à créer un mouvement sodomiste et à rebâtir Sodome.

Il ne faut pas oublier que le roman se déroule en pleine Affaire Dreyfus et que l’antisémitisme est virulent.

Laissons pour le moment de côté ceux qui, le caractère exceptionnel de leur penchant les faisant se croire
supérieurs à elles, méprisent les femmes, font de l’homosexualité le privilège des grands génies et des
époques glorieuses, et quand ils cherchent à faire partager leur goût, le font moins à ceux qui leur
semblent y être prédisposés, comme le morphinomane fait pour la morphine, qu’à ceux qui leur en
semblent dignes, par zèle d’apostolat, comme d’autres prêchent le sionisme, le refus du service militaire, le
saint-simonisme, le végétarisme et l’anarchie.

Un constat clair, presque militant? Politique en tout cas. Comme pour l’Affaire Dreyfus, Proust ne se perd pas en périphrase. A mon grand étonnement.

 

 

 

Cargo pour l’Enfer – Bernard Clavel

BOOKTRIP EN MER

Dana Schutz : Boat group

Merci à Ta d loi du ciné de m’avoir conseillé cette lecture à la suite des Marins perdus de JC Izzo. 

Le cargo, le Gabbiano, sous pavillon chypriote a un armateur italien, domicilié en Suisse, un capitaine français et un équipage cosmopolite, principalement des italiens, des grecs, des français….Sa cargaison : des fûts transportant des déchets. Certains fûts se sont détachés et endommagés, la cale empeste. Dans leur première escale, en mer Caraïbe, on leur refuse le déchargement à cause de l’odeur pestilentielle qu’il dégage.

Au début, les marins ne s’inquiètent pas, ils déchargeront ailleurs, au Nigéria, de l’autre côté de l’Atlantique, les bateaux-poubelles ne manquent pas.

La tragédie commence quand la petite chatte du mousse se brûle les pattes dans la cale, son maître aussi est blessé. La cargaison sent mauvais, mais elle brûle. D’autres marins tombent malade. Quand ils disent qu’il « transportent la peste » ils ne sont pas loin de la vérité.

Personne n’accepte le Gabbiano qui erre en Méditerranée, cherche asile en Italie, puis met cap sur l’Irlande, l’Île de Man…

C’est une histoire de marins, d’hommes rudes mais de solidarité dans un équipage solidaire. Un capitaine exemplaire. Des marins qui pleurent. Empathie des autres.

C’est aussi une histoire de pollution, de trafics d’armateurs véreux…Une histoire navrante de pavillons de complaisance…Une histoire navrante où l’on laisse crever des hommes en mer. Trafics d’armes, trafics de déchets, de carburants…

 

 

L’Evangile du Nouveau Monde – Maryse Condé

GUADELOUPE 

Incipit :

« Un dimanche de Pâques, un nouveau-né gisait sur la paille, entre les sabots de l’âne qui le réchauffait de son souffle. Madame Ballandra joignit les mains et murmura : « un miracle! voila un cadeau de Dieu que je n’attendais pas, je te nommerai Pascal. »

Cela vous rappelle-t-il quelque chose? Vous trouverez dans le récit de nombreuses allusions, Lazare lève-toi, multiplication des pains tressés....

Rassurez-vous! Ce n’est pas une paraphrase des textes sacrés. C’est un roman avec des personnages. De nombreuses aventures attendent Pascal sur une île antillaise qui ressemble à la Guadeloupe, au Brésil et même à New York. Décor tropical, flore exotique….

C’est un roman récent – publié en 2021 – qui s’inscrit dans la réalité actuelle. Pascal est investi d’une mission : rendre le monde meilleur.

Mais, s’écria Espíritu, on t’a dit que tu avais pour mission de changer le monde, de le rendre plus tolérant,
plus harmonieux.

Pascal se tourne vers l’action politique,

Il devint aussi pédant. Ses sujets de conversation favoris devinrent l’esclavage et les colonisations, la mise
sous tutelle et l’exclusion de sociétés tout entières et surtout la place et le rôle de Dieu dans le monde. Il
aimait plus que tout à parler des découvertes. Il fustigeait alors ce sale métèque de Christophe Colomb qui, après avoir effrayé les Amérindiens en brandissant des croix gigantesques sur leurs plages, les avait
exterminés du premier jusqu’au dernier.

Dans la grande usine, il tâte de l’action syndicale. Echec.

Puis Pascal entre dans une sorte de secte qui bannit tout ce qui corrompt  : l’argent, l’alcool. Il vit une sorte de vie idéale, jusqu’à ce qu’un drame lui révèle la nature autoritaire de cette utopie.

Comme je viens de lire La vie sans fards, j’imagine et le « socialisme africain » de Guinée de Sékou Touré et du Ghana de Kwame Nkrumah, ont peut être inspiré cette utopie. 

Un bonheur individuel, une histoire d’amour est peut être la solution? Quoique son amoureuse soit sceptique :

« Ainsi, dit-elle, tu es le fils de Dieu ? Cela ne m’étonne pas, tous les hommes racontent cela : ils sont des
dieux que, nous les femmes, nous devons servir. » 

J’étais curieuse de lire un roman récent (2021) de Maryse Condé. Son talent de conteuse m’a retenue quoique ce n’est pas une des livres que je préfère. 

Quand tu écouteras cette chanson – Lola Lafon

MA NUIT AU MUSEE

Un écrivain passe une nuit dans le musée de son choix et rédige un texte pour cette collection. J’ai découvert « ma nuit au musée » avec Leila Slimani et Le parfum des fleurs la nuit. 

Lola Lafon a choisi de passer une nuit à l’Annexe du Musée Anne Frank à Amsterdam, dans le grenier où sa famille était cachée pendant deux ans. Ce choix n’est pas fortuit.

« Lorsqu’il m’a été proposé de passer une nuit dans le musée de mon choix, à aucun moment je n’ai envisagé
de me rendre dans un musée d’art. Je les visite avec plaisir mais je ne me sens pas légitime à donner mon
avis sur ce qui y est exposé. »

Comme les collégiens ou lycéens, Lola Lafon, a lu Le Journal d’Anne Frank pendant son adolescence. Mais elle se sent personnellement concernée, comme enfant de survivants de la Shoah, elle se sent personnellement concernée. Sa grand-mère,

Ida Goldman m’a offert une médaille frappée du portrait d’Anne Frank.[…] Cette médaille m’expliqua ma grand-mère, il me faudrait toujours la conserver. N’oublie pas. 

Quand tu écouteras cette chanson nous parle d’Anne Frank, d’une petite jeune fille qui écrit son journal comme tant de filles, comme Lola Lafon, elle-même. Mais une universitaire qui l’a étudié nous apprend qu’Anne Frank avait prêté un soin particulier l’écriture, en tant que texte littéraire destiné à être lu (sinon publié). Miep Gies, une de ses bienfaitrices, connaissait son importance et a conservé avec soin le manuscrit.

Anne Frank entend, sur Radio Oranje, une annonce du ministre de l’Éducation des Pays-Bas en exil à
Londres. Il demande aux Hollandais de conserver leurs lettres, leurs journaux intimes : après guerre, ces
écrits seront autant de témoignages précieux. Cette déclaration la galvanise, elle s’enthousiasme, en parle
à son père : son journal pourrait être publié, un jour.

Lola Lafon nous parle aussi du Musée, des traces qui donnent à voir l’absence

Tout, ici, se veut plus vrai que vrai or tout est faux, sauf l’absence. Elle accable, c’est un bourdonnement
obsédant, strident.

Lola Lafon nous parle d’elle, de ses grands parents qui ont choisi la France  des Droits de l’Homme, de Jaurès, mais qui subirent l’occupation nazie. Elle raconte son enfance en Roumanie et son arrivée à Paris à 12 ans, puis ses débuts en écriture.

Sa confrontation avec l’Annexe où étaient cachés les Frank n’était pas facile. L’écrivaine a attendu le dernier moment pour pénétrer dans la chambre d’Anne Frank. Et pour la lectrice, une surprise que je vous laisse découvrir.

J’ai tant aimé ce livre qu’à peine refermé, j’ai téléchargé La petite communiste qui ne souriait jamais et j’ai cherché un podcast sur l’appli.  RadioFrance https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-atelier/le-grand-atelier-du-dimanche-19-mai-2024-5658895

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/lola-lafon-dresse-un-etat-de-nos-vies-8642028

 

Le Côté de Guermantes (2ème partie) L’Affaire Dreyfus dans le salon de Madame de Villeparisis

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Dans le salon de Madame Verdurin, aux dîners de Madame Swann, aux réceptions de Madame de Villeparisis, je m’ennuie. Les présentations sont interminables, les généalogies remontant aux Croisades ou à la noblesse d’Empire ne m’intéressent pas.  Je me perds dans  les relations familiales entre les différents membres de la famille de Guermantes trop de neveux, de cousins, je confonds Princes et Princesses, Duchesse. et barons…

La scène entre Bloch et Monsieur de Noirpois m’a frappée. Passons sur le fait que ces deux personnages sont antipathiques, Bloch est extrêmement mal élevé dans ces milieux très policés. Il tient à connaître de Norpois, diplomate, son opinion sur l’Affaire Dreyfus et le questionne directement. 

– Monsieur, dit Madame de Villeparisis, lui avez-vous parlé de l’affaire Dreyfus?

Monsieur de Norpois leva les yeux au ciel, mais en souriant comme pour attester l’énormité des caprices auxquels sa Dulcinée lui imposait le devoir d’obéir. néanmoins il parla à Bloch avec beaucoup d’affabilité, des années affreuses peut-être mortelles, que traversait al France. Comme cela signifiait probablement que M. de Norpois () qui Bloch cependant avait dit croire à l’innocence de Dreyfus) était ardemment anti-dreyfusard, l’amabilité de l’Ambassadeur, l’air qu’il avait de donner raison à son interlocuteur, de ne pas douter qu’ils fussent du même avis, de se liguer en complicité avec lui pour accabler le gouvernement, nattaient la vanité de Bloch et excitait sa curiosité[…]Bloch était fier de surnager seul dans le naufrage universel[…]Il en revint à l’affaire Dreyfus mais ne put arriver à démêler l’opinion de M. de Norpois. il tâcha de le faire parler des officiers dont le nom revenait dans les journaux…. »

En fin diplomate, et pour ne pas contrarier Madame de Villeparisis, M. de Norpois ne donnera aucune réponse à l’interrogatoire de Bloch

En revanche M. de Guermantes qui n’a aucune susceptibilité à ménager réagit vivement :

« Ah! diable! A propos saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ( Saint-Loup) ! Je vous dirai même qu’au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers, un véritable tollé. »

il insiste plus loin:

« Quand on s’appelle le marquis de Saint-Loup, on n’est pas dreyfusard, que voulez-vous que je vous dise! »

la conversation rapporte toutes sortes de ragots :

« Vous savez pourquoi on ne peut pas montrer les preuves de la trahison de Dreyfus. Il paraît que c’est parce qu’il est l’amant de la femme du ministre de la Guerre, cela se dit sous le manteau. — Ah! je croyais de la femme du président du Conseil, »

La Duchesse de Guermantes rajoute :

« Je vous trouve tous aussi assommants, les uns que les autres avec cette affaire, dit la duchesse de Guermantes qui, au point de vue mondain, tenait toujours à montrer qu’elle ne se laissait mener par personne. Elle ne peut pas avoir de conséquence pour moi au point de vue des Juifs pour la bonne raison que je n’en ai pas dans mes relations et je compte rester dans cette bienheureuse ignorance. Mais, d’autre part, je trouve insupportable que, sous prétexte qu’elles sont bien pensantes, qu’elles n’achètent rien aux marchands juifs ou qu’elles ont «Mort aux Juifs» écrit sur leur ombrelle, une quantité de dames Durand ou Dubois, que nous n’aurions jamais connues,

 

Le jeune Duc de Châtellerault pris à témoin par Bloch ne lui vient pas en aide :

« Du reste je sais qu’on peut causer avec vous, Saint-Loup me l’a dit.» Mais le jeune duc, qui sentait que tout le monde se mettait contre Bloch et qui était lâche comme on l’est souvent dans le monde, usant d’ailleurs d’un esprit précieux et mordant que, par atavisme, il semblait tenir de M. de Charlus: «Excusez-moi, Monsieur, de ne pas discuter de Dreyfus avec vous, mais c’est une affaire dont j’ai pour principe de ne parler qu’entre Japhétiques.» Tout le monde sourit, excepté Bloch, non qu’il n’eût l’habitude de prononcer des phrases ironiques sur ses origines juives, sur son côté qui tenait un peu au Sinaï. »

Le baron de Charlus pousse l’argumentation plus loin : pour lui, Bloch n’est même pas français. La trahison de Dreyfus n’en serait même pas une 

En tout cas le crime est inexistant, le compatriote de votre ami aurait commis un crime contre sa patrie s’il avait trahi la Judéen mais qu’est-ce qu’il a à voir avec la France?

L’arrivée de Madame Swann ne fait pas cesser les réflexions antisémites. 

« Mme Swann, qui parut assez gênée de me rencontrer. Elle se rappelait sans doute qu’avant personne elle m’avait dit être convaincue de l’innocence de Dreyfus. — Je ne veux pas que ma mère me présente à Mme Swann, me dit Saint-Loup. C’est une ancienne grue. Son mari est juif et elle nous le fait au nationalisme. »

« Mme Swann, voyant les proportions que prenait l’affaire Dreyfus et craignant que les origines de son mari ne se tournassent contre elle, l’avait supplié de ne plus jamais parler de l’innocence du condamné. »

Quand il n’était pas là, elle allait plus loin et faisait profession du nationalisme le plus ardent; elle ne faisait que suivre en cela d’ailleurs Mme Verdurin chez qui un antisémitisme bourgeois et latent s’était réveillé et avait atteint une véritable exaspération. »

J’ai choisi ces textes provenant du salon de Madame de Villeparisis mais j’aurais pu en copier d’autres. L’Affaire Dreyfus traverse en filigrane toute la Recherche. La société se polarise aussi bien dans les salons qu’à l’office où les domestiques se disputent également

c’était une dispute entre notre maître d’hôtel, qui était dreyfusard, et celui des Guermantes, qui était antidreyfusard. Les vérités et contrevérités qui s’opposaient en haut chez les intellectuels de la Ligue de la Patrie française et celle des Droits de l’homme se propageaient en effet jusque dans les profondeurs du peuple

Comme je m’étais donné le défi de lire Zola et tous les Rougon-Macquart je découvre des points de vue tout à fait opposés qu’il est intéressant de confronter. 

Musée Proust – la Maison de Tante Léonie à Illiers-Combray

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

 

L’église de Combray

Depuis des années je passe sur l’Autoroute A11 devant le panneau Illiers-Combray ; à l’occasion de la lecture commune de la Recherche du temps perdu, déjà 2112 pages au compteur de la liseuse, il fallait vraiment faire le détour! (Sortie 3.1). Et, comme au siècle de Proust, l’église apparait, vue de loin avec le bourg blotti sous son clocher. En 1971, le village d’Illiers a changé son nom en Illiers-Combray en hommage à Marcel Proust qui y passait ses vacances chez la Tante Léonie.

Le jardin de la Maison de Tante Léonie

Le Musée Marcel Proust est installé dans la Maison de Tante Léonie. Il a fait l’objet d’une restauration récente et a réouvert en mai 2024. En haute saison, il ouvre à partir de 11 h toute la semaine, en base et moyenne saison l’après midi seulement en semaine. 

la Vivonne et ses nénuphars –

Comme nous sommes arrivées trop tôt nous avons commencé par une promenade près de la rivière, appelée par l’auteur « La Vivonne« , en réalité le Loir. Les promenades à pied et à vélo sont très bien aménagées. La gare D’Illiers-Combray est le point de départ d’une vélorouteLe Loir à Vélo. Le GR 35 – Du Perche au Loir – y passe également. Des panneaux balisent les promenades sur le thème de Marcel Proust. On peut laisser la voiture sur un parking en face du « Parc Swann » ou en ville sur la grand place Maunoury non loin de l’église. 

pré Catelan, parc du château de Swann

J’ai découvert un beau lavoir couvert en bord du Loir puis le Parc du Pré-Catelan créé par un oncle de Marcel Proust inspiré par le Pré-Catelan du Bois de Boulogne  à Paris. Je me suis souvenue de l’allée d’aubépines, la saison est passée, point d’aubépines fin Aout! Surprise par la pente : Combray est à la limite de la plate Beauce et du Perche vallonné. 

Le petit bourg est tranquille, il y a quand même deux supérettes près de l’église, une boulangerie un peu plus loin, et une boucherie-charcuterie vendant des pâtés délectables (pâté en croute, volaille et graines de moutarde, pâté de lapin). Le pique-nique sera parfait en bord de rivière.

église saint jacques d’Illiers-Combray

11 heures ont sonné au clocher de l’église Saint Jacques. Joli porche gothique ouvragé. Je suis étonnée par les couleurs vives de la voûte peinte et par les vitraux. Je me souviens que le jeune Narrateur était ravi des lumières colorées qui nimbaient les statues. Les vitraux ont été réhabilités récemment par la Maison Lorin.

A 11 heures, je me présente donc au Musée Marcel Proust qui occupe la maison de Tante Léonie. Une grande salle avec une frise chronologique, des photos anciennes et beaucoup d’explications permettent de se resituer dans l’œuvre de Proust. De très belles photos, certaines de Nadar nous permettent de mieux connaître la famille de l’écrivain. Son père, Adrien, sa mère Jeanne

j’ai aimé la vraie « Françoise » 

Il est temps de visiter la maison! On entre dans un vestibule et un salon oriental illustrant les liens de la famille avec l’Algérie. Le Salon Adrien Proust meublé de velours rouge est beaucoup plus petit que je ne l’imaginais de même que la salle à manger

Salle à manger des Proust

La cuisine de Françoise est magnifique. Un plat à asperges rappelle sa persécution de la fille de cuisine allergique aux asperge qui devait les plumer

La cuisine de Françoise

A l’étage, je découvre les chambres, celle de Léonie avec sa bouteille de Vichy-Celestins, ses livres de messe, ses ordonnances de médicaments et une statue de la Vierge. On voit aussi la tisane et la fameuse madeleine.  Dans la chambre de Marcelje découvre la lanterne magique qui projette encore aujourd’hui l’histoire de Geneviève de Brabant. Son lit dans une alcôve était celui d’un enfant! 

Il faut avoir le texte encore bien présent à la mémoire pour profiter pleinement de cette visite émouvante.

Au deuxième étage on peut visionner des vidéogrammes autour de l’œuvre ou de la vie de Proust. mais j’ai préféré me consacrer plutôt au pèlerinage sentimental dans les objets d’époque. Et retourner au texte, je viens de finir Sodome et Gomorrhe.!

La vie sans fards – Maryse Condé

C’est la suite de Le Cœur à rire et à pleurer qui racontait l’enfance de Maryse Condé, son arrivée à Paris pour y faire de brillantes études, sa découverte d’Aimé Césaire et Frantz Fanon et son engagement politique. Elle délaisse ses études pour fréquenter les cercles antillais et africains. 

Le journaliste haïtien, Jean Dominique l’a abandonnée enceinte pour faire la Révolution à Haïti à la veille de l’élection de Duvalier. Maryse Boucolon, en 1956 accouche d’un petit garçon et part au sanatorium de Vence guérir un début de tuberculose.  après avoir mis le bébé en nourrice. 

Chargée de famille, elle doit subir l’opprobre réservée aux filles-mères

« Mieux vaut mal mariée que fille « 

Elle se trouve un mari africain, Condé, comédien guinéen qui l’épouse en 1958. Au bout de 3 mois, ils se séparent mais Maryse est à nouveau enceinte. 

« Ce mariage avait relevé ma honte »

En 1959 elle est affectée au collège de Bingerville en Côte d’Ivoire. Elle part seule avec son fils, et enceinte. Escale à Dakar, puis Abidjan. En fait de Négritude elle découvre que les Antillais sont mal vus par les Africains, ayant servi de fonctionnaires coloniaux

« ils nous traitent de valets tout juste bons à exécuter la sale besogne de leurs maîtres »

Maryse Condé, « sans fards » ne se donne pas le beau rôle. Elle n’éprouve aucune vocation à enseigner.  Elle ne cherche pas de prétexte politique à son expatriation. Malgré ses lectures enthousiastes de Senghor, elle ne tombe pas sous le charme de l’Afrique. Elle arrive pourtant dans un moment passionnant, juste avant les Indépendances, fréquente des meetings mais ne comprend pas la langue.

« En Côte d’Ivoire , j’éprouvais le sentiment qu’une nouvelle Afrique s’efforçait de naître. une Afrique qui ne se fierait qu’à ses seules forces. Qui se débarrasserait de l’arrogance ou du paternalisme des colonisateurs. J’éprouvais le douloureux sentiment d’être tenue à l’écart. « 

Même la fête de l’Indépendance le 7 Aout 1960, elle est exclue.

Elle rejoint Condé, son mari, à Conakry avec ses deux enfants

De toutes les villes où j’ai vécu, Conakry demeure la plus chère à mon cœur. J’y ai compris le sens du mot « sous-développement ». j’ai été témoin de l’arrogance des nantis et du dénuement des faibles »

Elle assiste au « socialisme africain » de Sékou Touré.

Guinée était le seul pays d’Afrique francophone à se vanter de sa révolution socialiste.

 Elle découvre aussi une société musulmane, séduite par l’appel du muezzin. Toujours mal acceptée par ses proches, elle  ne fait aucun effort pour « s’intégrer », ni à apprendre le Malenké, ni à porter des pagnes. D’ailleurs à quoi bon?

« Peu à peu, je comprenais qu’il ne suffisait pas d’apprendre à parler le malenké, mais qu’il fallait surtout apprendre à considérer le monde comme composé de deux hémisphères distincts, celui des hommes et celui des femmes. »

Pourtant, elle demande la nationalité guinéenne. Elle obtient un poste de professeur de Français dans un collège. Fréquente des intellectuels et des révolutionnaires, Hamilcar Cabral, le Cap-Verdien, Louis Gbehanzin, un prince béninois. Le socialisme de Sekou Touré s’avère bien inégalitaire

Chaque jour davantage, la société se divisait en deux groupes, séparés par une mer infranchissable de
préjugés. Alors que nous bringuebalions dans des autobus bondés et prêts à rendre l’âme, de rutilantes
Mercedes à fanions nous dépassaient transportant des femmes harnachées, couvertes de bijoux, des
hommes fumant avec ostentation des havanes bagués à leurs initiales.

Culte de la personnalité, pénuries, surtout répression politique sévère

« le « complot des enseignants ». Il est à déplorer qu’ils aient fait l’objet de très rares publications. Ils constituent le premier crime organisé sur une grande échelle par le régime de Sékou Touré. Ce fut une véritable purge qui tenta d’abord d’éliminer l’ennemi Peul, mais s’attaqua aussi à tous les patriotes. »

A Conakry, elle ne parvient plus à subvenir aux besoins de ses quatre enfants . Elle va partir, à Dakar puis au Ghana à Accra, plus prospère mais toujours socialiste accueillant divers militants étrangers Freedom fighters. Avec un « garant révolutionnaire », elle va obtenir un bon poste d’enseignante. Elle se heurte encore au machisme qui va jusqu’au viol. Culte de la personnalité 

« Cependant, l’élément le plus frappant de cet ensemble architectural était une gigantesque statue de
Kwame Nkrumah, un livre à la main. Elle était sise au mitan de la place du même nom, car Winneba était
le lieu d’un culte de la personnalité tel que je n’en avais jamais imaginé. »

Au centre  de Winneba, où elle enseigne, visite de Malcom X et de Che Guevara

« En effet, sitôt que j’eus mis le pied à Winneba, je compris que j’eus été parachutée dans une Afrique
entièrement différente de celle où j’avais vécu et où je n’avais pas ma place : celle des puissants et de ceux
qui aspiraient à le devenir. »

Un coup d’état va la chasser du Ghana, elle est emprisonnée comme espionne et expulsée.

Séparée de Condé, elle vit une histoire d’amour avec un avocat séduisant sans avertir son mari. « Sans fards »

« Épouse menteuse, épouse infidèle, épouse adultère, je ne lui rendais pas l’existence facile. Il était évident
que, moi aussi, je le détruisais. »

Les passions, les amours, les relations plus ou moins consenties ne font pas de l’héroïne un personnage très sympathique. j’ai parfois du mal à la suivre, surtout quand elle disperse ses enfants, les confie à des étrangers…

En revanche, le récit est passionnant si on s’intéresse à cette période des Indépendances Africaines. De Dakar à Conakry, Acra, Abomey et même Lagos, elle a parcouru l’Afrique et rencontré révolutionnaires, intellectuels, écrivains.

Un autre aspect est le livre d’apprentissage : comment la mère de famille devient une écrivaine?

C’est à Londres qu’elle atterrit, expulsée du Ghana qu’elle devient journaliste et se fait apprécier à la BBC. Elle retourne à l’Université étudier l’histoire du colonialisme et la sociologie du développement. 

« Un soir après le dîner, alors que les enfants étaient endormis, j’attirais à moi la machine Remington verte que j’ai gardée pendant des années, sur laquelle j’ai rédigé les deux volumes de Segou »

Ses allers-retours en Afrique ne sont toujours pas terminés. Maintenant j’ai compris pourquoi la Guadeloupéenne a écrit Segou et pourquoi l’Afrique est présente même dans les romans antillais. 

A lire et à relire, rien que pour toutes les références littéraires, une PAL entière de littérature africaine, de Sembene à Soyinka, Senghor, Fanon et tant d’autres. A relire aussi en même temps que ses romans inspirés de ses expériences….