Nana – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t.9

Nana est la fille de Gervaise et de Coupeau de l’Assommoir. Nous l’avons quittée en apprentissage de fleuriste sous la garde de sa tante, très dégourdie, elle a déjà un protecteur plus âgé. 

Nana,  au début du roman, a une vingtaine d’années,  est mère d’un petit garçon chez une nourrice. Actrice à succès au Théâtre des Variétés. 

« La Blonde Vénus sera l’événement de l’année. On en parle depuis six mois. Ah! mon cher, une musique! un
chien!… Bordenave, qui sait son affaire, a gardé ça pour l’Exposition.

Et Nana, l’étoile nouvelle, qui doit jouer Vénus, est-ce que tu la connais? Nana est une invention de Bordenave. Ça doit être du propre! »

 

Le roman s’ouvre au  Théâtre des Variétés.  Zola nous fait découvrir la scène, les loges, les répétitions, les acteurs, les coulisses, les éclairages. Les journalistes aussi, les auteurs, les jalousies et petits arrangements…Et parmi les spectateurs, les messieurs qui viennent dans les loges comme au bordel. D’ailleurs Bordenave, le directeur du théâtre nomme ainsi son théâtre.

« Paris était là, le Paris des lettres, de la finance et du plaisir, beaucoup de journalistes, quelques écrivains, des hommes de Bourse, plus de filles que de femmes honnêtes; monde singulièrement mêlé, fait de tous les génies, gâté par tous les vices, où la même fatigue et la même fièvre passaient sur les visages. »

Nana est une piètre actrice

« Jamais on n’avait entendu une voix aussi fausse,
menée avec moins de méthode. Son directeur la jugeait bien, elle chantait comme une seringue. »

Et pourtant elle a un succès fou :

« cette grosse fille qui se tapait sur les cuisses, qui gloussait comme une poule, dégageait autour d’elle une odeur de vie, une toute-puissance de femme, dont le public se grisait. »

Plus qu’une actrice, Nana est une courtisane qu’hommes d’affaires comme le banquier Steiner, aristocrates comme le Comte Muffat ou Le Comte de Vandeuvres, et bien d’autres, sont prêts à se ruiner pour elle. Sa fidèle bonne Zoé place tous les prétendants dans des pièces différentes pour qu’ils ne se croisent pas, c’en est cocasse. Il y a peu de sentiments, de l’intérêt. Et pourtant, même dans ses plus grands succès Nana est à cours d’argent pour payer les extravagantes dépenses. Elle est souvent à la recherche d’expédients

Elle tombe amoureuse  d’un comédien qui la traite très mal. Un jeune homme, presque un adolescent réussi à l’émouvoir ; il consentira à tout pour garder ses faveurs. Ses plus fidèles amitiés seront féminines, sa bonne Zoé prête à tous les artifices, Satin, une rouleuse du boulevard qu’elle a retrouvée dans la dèche lui sert de compagne.

Difficile d’avoir de l’empathie pour cette fille, souvent superficielle, capricieuse,  toujours intéressée, qui dévore des fortunes sans aucun scrupule et n’est même pas affectée par les tragédies dont elle est la cause.

Pourtant on sent surtout la rage de la petite fille de l’Assommoir qui n’oublie jamais d’où elle vient et  qui venge les humiliations, les privations qu’elle a connues. Elle prend sa revanche dans son hôtel rue de Villiers. Et pourquoi devrait-on la juger? Ce sont les hommes qui sont les cochons et qui se pressent auprès d’elle.

« Nom de Dieu! ce n’est pas juste! La société est mal faite. On tombe sur les femmes, quand ce sont les hommes qui exigent des choses… Tiens! je puis te dire ça, maintenant: lorsque j’allais avec eux, n’est-ce pas? eh bien! ça ne me faisait pas plaisir, mais pas plaisir du tout. Ça m’embêtait, parole d’honneur!… »

Dans le monde des Rougon-Macquart, cet épisode entraine le lecteur dans le demi-monde et le grand monde qui se mêlent. Nous découvrons donc le théâtre, les restaurants à la mode, les courses et les paris, les soirées brillantes…mais la rue n’est pas loin, ni les rafles de la police qui ramasse les prostituées, les encarte et les emprisonne. 

Sarah Bernhardt Clairin 1876

J’ai, présente à l’esprit, la merveilleuse Exposition Sarah Bernhardt au Petit Palais. Sarah Bernhard a vécu dans ce monde, encartée à la police, protégée du Duc de Morny. Mais, elle était bourrée de talents et a su rapidement s’élever au-dessus de sa condition. 

Plus que les intrigues embrouillées ou les histoires sentimentales, j’ai apprécié la description de la vie mondaine et les analyses sociétales de Zola.

Une Page d’Amour – Zola

LES ROUGON-MACQUART t.8

Munch près du lit de la morte

Une Page d’Amour se déroule à Passy entre la Rue Vineuse, la Rue de Passy, la Rue Raynouard et le Passage des eaux un quartier que je connais de mon enfance. Un quartier alors plein de jardins secrets qui s’est urbanisé au début du XXème siècle mais dont on peut encore deviner le charme en visitant la maison de Balzac. Des fenêtres de l’appartement d’Hélène et sa filles, la vue est magnifique sur la Seine, les toits et les monuments de Paris. Zola se fait un plaisir de la décrire à toutes les heures du jour. 

Le roman met en scène la bourgeoisie aisée de Passy : Hélène Granjean, veuve,  Henri Deberle, médecin réputé, sa femme Juliette, mondaine, superficielle et toute une société d’amies des Deberle. Un prêtre et son frère sont les convives des mardis d’Hélène. Rosalie est la bonne d’Hélène, son bon ami le soldat Zéphyrin. Chez les Deberle, on reçoit dans le jardin d’hiver ou dans sous les ormes du joli jardin clos, on organise des fêtes, un bal costumé d’enfants est particulièrement brillant. Juliette passe l’été à Deauville, à la mode!

« Madame Deberle était touchée. La religion lui plaisait comme une émotion de bon goût. Donner des fleurs aux
églises, avoir de petites affaires avec les prêtres, gens polis, discrets et sentant bon, venir en toilette à l’église, où elle affectait d’accorder une protection mondaine au Dieu des pauvres, lui procurait des joies particulières,
d’autant plus que son mari ne pratiquait pas et que ses dévotions prenaient le goût du fruit défendu. »

Nous sommes très loin de la critique sociale ou des spéculations financières dans ce milieu très à l’aise qui fait la charité à la mendiante Madame Fétu en glissant des pièces blanches. Seule évocation historique : la Question d’Orient qui anime les conversations à la mode.

Il faut tout le talent de Zola pour que je poursuive plus de 400 pages alors que les romans d’amour ne me passionne pas plus que cela. Quelle gourde cette Hélène! Elle perd son mari à leur arrivée à Paris et reste cloitrée dans son appartement douillet sans même chercher à visiter la ville. La vue de la colline de Chaillot lui suffit! Seule sortie : les bonnes œuvres du curé Jouve.

Mariée sans amour, Hélène  se consacre uniquement à Jeanne, 12 ans, sa fille de santé fragile qui ne va pas à l’école, ne fréquente pas d’enfants de son âge, sort très peu. Jeanne à la figure de petite chèvre n’est pas avantagée par Zola. A la suite d’une crise de convulsions particulièrement impressionnantes, Hélène va chercher le Docteur Deberle. Elle tombe amoureuse, croit vivre une passion platonique puisque le Docteur est marié et que sa femme lui témoigne confiance et amitié. Ces émois improbables et chastes me semblent passablement ennuyeux. Mais voici que par désœuvrement Juliette prend un amant. Hélène conçoit d’abord une machination machiavélique puis cède aux ardeurs charnelles dans les bras du Docteur.

Dire qu’elle s’était crue heureuse d’aller ainsi trente années devant elle, le coeur muet, n’ayant, pour combler le vide de son être, que son orgueil de femme honnête! Ah! quelle duperie, cette rigidité, ce scrupule du juste qui l’enfermaient dans les jouissances stériles des dévotes! Non, non, c’était assez, elle voulait vivre!

La tragédie de la jalousie viendra de Jeanne (et non de Juliette cocufiée). La fillette ne supporte pas d’être délaissée par sa mère et sa santé se dégradera. jusqu’à en succomber.  Remords de la mère qui renoncera à l’objet de sa passion et se mariera avec le très sage frère du curé.

Alors que j’ai senti la vie animer les femmes du peuple, les vendeuses des Halles, les blanchisseuses, ou les demi-mondaines, ces bourgeoises sont bien fades. En revanche Zola sait illustrer cette histoire mièvre de décors intéressants.

 

 

Zola – L’Assommoir

LES ROUGON-MACQUART tome 7

« J’ai voulu peindre la déchéance fatale d’une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l’ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l’oubli progressif des sentiments honnêtes, puis comme dénouement la honte et la mort. C’est la morale en action, simplement. »

Le titre est tout un programme. Dans la préface, ci-dessus,  Zola s’explique. Il n’y aura pas de surprise, le dénouement est contenu dans ce mot l’« Assommoir« . Le lecteur doit s’attendre à un Zola très noir : âmes sensibles s’abstenir, rien ne sera épargné dans la déchéance de Gervaise et de Coupeau

Contrairement aux opus précédents  datés très précisément et dont l’action se déroulait en une courte période, L’Assommoir s’étale sur une vingtaine d’années.

Au début,  Gervaise, 22 ans, est la fille d‘Antoine Macquart et, la sœur de Lisa, la belle charcutière du Ventre de Paris. Elle a quitté Plassans avec Lantier et leurs deux enfants. Le roman s’ouvre sur la désertion de Lantier et une terrible bataille au lavoir entre Gervaise et Virginie, la sœur de la nouvelle maîtresse de Lantier. Morceau d’anthologie entre ces deux lavandières qui se frappent avec le battoir. Gervaise est courageuse,  blanchisseuse, excellente ouvrière, jolie ; elle refait sa vie avec un ouvrier zingueur, Coupeau. Le ménage vit dans une relative opulence entouré de famille, d’amis et voisins très proches. L’un d’eux Gajet, un forgeron,  avance le financement de la boutique de Gervaise.

« Mais c’était toujours à la barrière Poissonnière qu’elle revenait, le cou tendu, s’étourdissant à voir couler, entre
les deux pavillons trapus de l’octroi, le flot ininterrompu d’hommes, de bêtes, de charrettes, qui descendait des
hauteurs de Montmartre et de la Chapelle. Il y avait là un piétinement de troupeau, une foule que de brusques
arrêts étalaient en mares sur la chaussée, un défilé sans fin d’ouvriers allant au travail, leurs outils sur le dos, leur pain sous le bras ; »

 

L’Assommoir se déroule  entre la Goutte d’Or et la Porte Saint Denis dans le milieu ouvrier. L’art de Zola est de faire vivre ces différents ouvriers en décrivant les ouvriers au travail : le lavoir et le repassage des blanchisseuses (tri du linge, repassage fin de chemises d’hommes, de bonnets…On voit Coupeau  à l’ouvrage de zingueur sur le toit, et l’accident qui va changer la fortune du ménage. Frappante description de la fabrique de boulons, duel des forgerons au marteau pour fabriquer une pièce à la main alors que les machines commencent à remplacer le travail artisanal, et la paie des boulonniers diminue.

« Un homme magnifique au travail, ce gaillard-là ! Il recevait en plein la grande flamme de la forge. Ses cheveux courts, frisant sur son front bas, sa belle barbe jaune, aux anneaux tombants s’allumaient, lui éclairaient toute la figure de leurs fils d’or, une vraie figure d’or, sans mentir. Avec ça, un cou pareil à une colonne, blanc comme un cou d’enfant ; une poitrine vaste, large à y coucher une femme en travers ; des épaules et des bras sculptés qui paraissaient copiés sur ceux d’un géant, dans un musée. Quand il prenait son élan, on voyait ses muscles se gonfler, des montagnes de chair roulant et durcissant sous la peau ; ses épaules, sa poitrine, son cou enflaient ; il faisait de la clarté autour de lui, il devenait beau, tout-puissant, comme un bon Dieu. »

 

Cependant, ce roman est loin d’être un catalogue des métiers : chaque personnage a une personnalité complexe qui évolue avec le temps. Gervaise, même abandonnée avec deux enfants par Lantier est une battante qui ne se laisse pas décourager, elle a de l’énergie et du charme, un bon métier et toutes les chances de réussir un nouveau départ avec Coupeau. Autour de Coupeau gravitent sa famille, sa mère, ses soeurs et cousins. Tout ce monde se fréquente, se jalouse, se retrouve pour des ripailles réjouissantes.

Avant de boire, on mange, et on mange la boutique!

« Lorsqu’on a un homme qui boit tout, n’est-ce pas ? c’est pain bénit de ne pas laisser la maison s’en aller en
liquides et, de se garnir d’abord l’estomac. Puisque l’argent filait quand même, autant valait-il faire gagner au boucher qu’au marchand de vin. »

Autant les beuveries dans les estaminets, à l’Assommoir sont déprimantes, autant les grandes tablées à l’occasion de la fête de Gervaise ou de la communion de Nana sont réjouissantes. Zola nous décrit les emplettes, les préparatifs, les plats qui se succèdent. Toute la famille est conviée, les ouvrières, les voisins, et à la fin tout le quartier profite des réjouissances. Une visite au Louvre des convives est tout à fait comique.

C’est aussi le roman des amitiés, fraternités d’atelier, de bistro, la familiarité de Copeau et de Lantier s’explique par cette convivialité. Entre femmes aussi, on s’entraide, on s’amuse. Evidemment, jalousie, ragots sont aussi de mise quand la bonne fortune de Gervaise a tourné et quand la misère s’installe.

Nana, adolescente, voit ses parents sombrer:

 

« C’est que, dans le ménage des Coupeau, le vitriol de l’Assommoir commençait à faire aussi son ravage

[…]
quand un père se soûle comme le sien se soûlait, ce n’est pas un père, c’est une sale bête dont on voudrait bien
être débarrassé.

[…]
des heures et sortant de là avec les yeux hors de la tête. Lorsque Nana, en passant devant l’Assommoir,
apercevait sa mère au fond, le nez dans la goutte, avachie au milieu des engueulades des hommes, elle était prise d’une colère bleue, parce que la jeunesse, qui a le bec tourné à une autre friandise, ne comprend pas la boisson. »

Viendra finalement la déchéance. Conséquences ultimes de l’alcoolisme, la folie et la clochardisation.

Je croyais lire un roman très sombre. La fin, certes, est noire, mais avant quelle vie!

 

Zola – Son Excellence Eugène Rougon

LES ROUGON-MACQUART tome  6

Eugène Rougon est un personnage-clé dans la série des Rougon-Macquart quoique qu’il n’apparaisse qu’en filigrane dans les précédents récits : fils de Pierre Rougon qui l’a envoyé faire son Droit à Paris, il est devenu un des artisans du coup d’Etat du 2 décembre et il a téléguidé la première conquête de Plassans par son père, en 1851 dans le premier tome : La Fortune des Rougon en lui donnant des conseils avisés par lettres. Il a aussi aiguillé son frère Aristide, dans La Curée, en le plaçant comme voyer sur la spéculation immobilière. Dans La Conquête de Plassans il a tiré les ficelles de la manipulation électorale avec une correspondance avec sa mère.

« Poizat parlait amèrement de tout ce que Rougon et lui avaient fait pour l’Empire, de 1848 à 1851, lorsqu’ils
crevaient la faim, chez madame Mélanie Correur. Il racontait des journées terribles, pendant la première année surtout, des journées passées à patauger dans la boue de Paris, pour racoler des partisans. Plus tard, ils avaient risqué leur peau vingt fois. N’était-ce pas Rougon qui, le matin du 2 décembre, s’était emparé du Palais-Bourbon, à la tête d’un régiment de ligne ? »

Il a fallu attendre le tome 6 pour faire plus ample connaissance avec ce personnage considérable, Ministre, Président du Conseil, bras droit de l’Empereur. Personnage plutôt antipathique, c’est un homme de pouvoir dont toute la personnalité est concentrée dans cet unique but, conserver la faveur de l’Empereur, les honneurs et intriguer pour placer comme des pions ses fidèles supporters. Homme politique comme un chef de bande!

« Un prétendant n’était qu’un nom. Il fallait une bande pour faire un gouvernement. Vingt gaillards qui ont de gros appétits sont plus forts qu’un principe ; et quand ils peuvent mettre avec eux le prétexte d’un principe, ils
deviennent invincibles. Lui, battait le pavé, allait dans les journaux, où il fumait des cigares, en minant
sourdement M. de Marsy… »

Parmi ses partisans, ses obligés, certains originaires de Plassans comme le couple de Charbonnel qui comptent sur Rougon pour gagner un procès qui leur rendra un héritage, d’autres cherchent à placer fils (non bachelier), jeune fille à marier sans dot à doter, d’aucun cherchent un ministère, ou un bureau de tabac….La politique décrite par Zola ressemble  à des intrigues sans fin pour placer ses pions dans l’administration. Le pouvoir se mesurant à l’aune des pistons.

Rougon, dans son salon, réunit ses courtisans plus ou moins dévoués. Une personnalité brille et se détache du lot : la belle Clorinde, aventurière ou comtesse italienne? brillante, originale, jouant de sa séduction pour régner. Elle défie Rougon qui la préfère associée, mariée à un de ses fidèles. A vrai dire, les manœuvres, les séductions, les chantages, les prébendes ont vite fait de m’ennuyer. Mesquineries, coups tordus donnent une idée médiocre de la politique. La « bande » pourra-t-elle ramener aux affaires Rougon qui a démissionné et semble s’en désintéresser? Ces manœuvres sont compliquées et me fatiguent.

En revanche, une autre lecture de la saga des Rougon-Macquart est autrement passionnante : c’est la lecture historique. Zola brosse des tableaux instructifs : une séance à la Chambre, les fêtes organisées en l’honneur du le baptême de l’héritier impérial (14 juin 1856), un week-end à Compiègne, dîner et chasse à courre, l’inauguration d’un tunnel ferroviaire Niort….L’attentat à l’Opéra Garnier (14 janvier 1858) est l’occasion d’un tournant dans la politique : Rougon revient aux affaires, ministre de l’Intérieur, il renforce la répression, exile d’ancien républicains au bagne, exerce son autorité avec une sévérité maximale.

« venait de l’armer de cette terrible loi de sûreté générale, qui autorisait l’internement en Algérie ou l’expulsion
hors de l’Empire de tout individu condamné pour un fait politique. Bien qu’aucune main française n’eût trempé dans le crime de la rue Le Peletier, les républicains allaient être traqués et déportés ; c’était le coup de balai des dix mille suspects, oubliés le 2 décembre. On parlait d’un mouvement préparé par le parti révolutionnaire »

Cependant, en 1860 avec le « grand acte du 24 novembre » des décrets assouplissent la politique répressive , introduisent une libéralisation de la Presse et Rougon justifie cette nouvelle politique en se contredisant sans vergogne : 

« Parcourez nos villes, parcourez nos campagnes, vous y verrez partout la paix et la prospérité ; interrogez les
hommes d’ordre, aucun ne sent peser sur ses épaules ces lois d’exception dont on nous fait un si grand crime. »

Malgré les longueurs dans l’action, ces tableaux pittoresques sont une illustration parfaite de l’Histoire du Second Empire et je suis ravie de m’instruire !

 

 

 

Zola – la Conquête de Plassans – la Faute de l’Abbé Mouret

Tome 4 des ROUGON-MACQUART

Cézanne : La Montagne Sainte Victoire

« Plassans est fort curieux, au point de vue politique. Le coup d’État a réussi ici, parce que la ville est
conservatrice. Mais, avant tout, elle est légitimiste et orléaniste, si bien que, dès le lendemain de l’Empire, elle a voulu dicter ses conditions. Comme on ne l’a pas écoutée, elle s’est fâchée, elle est passée à l’opposition. Oui, monsieur l’abbé, à l’opposition. »

Suite à La Fortune des Rougon, la Conquête de Plassans, met en scène les intrigues menées en vue des élections prochaines. Félicité Rougon, comme dans le premier volume, est à la manœuvre, guidée de Paris par son fils Eugène, le ministre. J’avais deviné, en lisant le titre,  que cette conquête serait politique mais je n’aurais jamais imaginé le déroulement de l’intrigue. 

Marthe et François Mouret mènent une vie tranquille de rentiers dans une agréable maison de  ville agrémentée d’un joli jardin. Marthe est la fille de Félicité Rougon tandis que Mouret est apparenté à Macquart. Ils ont deux fils et une fille Désirée, un peu simplette mais si gentille. Mouret s’amuse à surveiller les deux clans, celui de la Préfecture, donc bonapartiste et celui des Rastoil, légitimistes, opposants politiques, ils ne se fréquentent pas mais leurs jardins sont mitoyens au sien. 

Pour  être agréable à l’abbé Bourette, un brave homme, Mouret accepte de louer une chambre à un ecclésiastique arrivant en ville : l’abbé Faujas

« C’était un homme grand et fort, une face carrée, aux traits larges, au teint terreux[…]. La haute figure noire du prêtre faisait une tache de deuil sur la gaieté du mur blanchi à la chaux »

Ce rude personnage est mystérieux vient de Besançon. Par quel mystère est-il arrivé à Plassans? Avec sa soutane élimée, son allure suspecte, il éveille la curiosité de Mouret et de sa femme qui se livrent sans tirer aucun renseignement.

 

« Moi, je te l’ai dit, ce qui me contrarie avec ces diables de curés, c’est qu’on ne sait jamais ce qu’ils pensent ni ce qu’ils font. À part cela, il y a souvent des hommes très honorables parmi eux. »

[…]

Puis, il eut quelque honte. Il était d’esprit fin, sous son épaisseur de commerçant retiré ; il avait surtout un grand bon sens, une droiture de jugement qui lui faisait, le plus souvent, trouver le mot juste, au milieu des
commérages de la province. »

 

L’étonnement est à son comble quand Félicité Rougon convie le  nouveau venu à une de ses soirées qui réunit tout le gratin de Plassans.

« Son salon était sa grande gloire ; comme elle le disait, elle voulait y trôner, non en chef de parti, mais en femme du monde. Il est vrai que les intimes prétendaient qu’elle obéissait à une tactique de conciliation, conseillée par son fils Eugène, le ministre, qui la chargeait de personnifier, à Plassans, les douceurs et les amabilités de l’Empire. »

La présentation de l’abbé Faujas n’est pas une réussite, l’hostilité d’un autre prélat, l’abbé Fénil, et les soupçons des notables lui valent  le rejet de la bonne société.

« L’impression fut défavorable : il était trop grand, trop carré des épaules ; il avait la face dure, les mains trop grosses »

Faujas conforte sa place chez les Mouret. Mouret n’est pas dévot mais il se porte garant de son locataire et passe d’agréables soirées à jouer au piquet avec Madame Faujas, la mère du curé. Sans s’avancer personnellement, il suggère à Marthe une œuvre charitable : une institution pour les jeunes filles. Marthe, dont la seule occupation était le raccommodage et la seule compagnie, celle de Désirée sa fille un peu demeurée, se dévoue corps et âme à cette bonne œuvre. Avec les conseils de sa mère Félicité, elle fonde un comité réunissant toutes les femmes charitables. A la quarantaine, Marthe trouve une nouvelle jeunesse : une nouvelle inspiration. Alors que les Mouret n’étaient pas pratiquants, Marthe devient une véritable bigote. Elle est fascinée par l’abbé qui joue avec elle un jeu pervers, refusant de devenir son confesseur mais l’encourageant dans ses dévotions les plus extrêmes. 

L’abbé Faujas profite de la fondation de l’institution des jeunes filles pour faire venir les Trouche, sa soeur et son mari, comme comptable. Ils s’installent chez les Mouret en véritable parasites.

Sur la famille Rougon, plane l’ombre de la folie de la grand-mère Adélaïde, internée aux Tulettes. La folie guette-t-elle Marthe avec ses crises mystiques ou Mouret, incapable de résister à l’emprise de Faujas et de sa famille qui se cloître dans son bureau et abandonne son rôle de chef de famille. Au risque de spoiler, je préfère arrêter ici et vous laisser découvrir le véritable rôle de Faujas « piloté depuis Paris » afin de gagner les élections. 

Je me suis laissé embarquer par ce roman, un véritable feuilleton avec des rebondissements, de nombreux personnages, des situations tragiques, d’autres comiques. Si tout est du même style, je me vois bien poursuivre la lecture des 20 volumes de la série!

Tome 5 – La Faute de l’Abbé Mouret

« Plus tard, après son ordination, le jeune prêtre était venu aux Artaud, sur sa propre demande, avec l’espoir de réaliser son rêve d’anéantissement humain. Au milieu de cette misère, sur ce sol stérile, il pourrait se boucher les oreilles aux bruits du monde, il vivrait dans le sommeil des saints.

[…]

En entrant dans les ordres, ayant perdu son père et sa mère le même jour, à la suite d’un drame dont il ignorait encore les épouvantes, il avait laissé à un frère aîné toute la fortune. Il ne tenait plus au monde que par sa sœur.
Il s’était chargé d’elle, pris d’une sorte de tendresse religieuse pour sa tête faible. La chère innocente était si
puérile, si petite fille, qu’elle lui apparaissait avec la pureté de ces pauvres d’esprit, auxquels l’Évangile accorde le royaume des cieux. »

J’ai retrouvé avec plaisir Serge, le fils de Marthe et de François Mouret – les protagonistes de la Conquête de Plassans. A la sortie du séminaire, l’Abbé Mouret a choisi une paroisse de campagne, il est accompagné de Désirée qui est entourée de toute une basse-cour. Sur le presbytère règnent une terrible bonne, la Teuse, et  le Frère Archangias imprime une discipline brutale et un catholicisme rigoriste et primitif ; ce dernier  ne tient pas en haute considération des paroissiens:

« y a quinze ans que je suis ici, et je n’ai pas encore pu faire un chrétien. Dès qu’ils sortent de mes mains,
bonsoir ! Ils sont tout à la terre, à leurs vignes, à leurs oliviers. Pas un qui mette le pied à l’église. Des brutes qui se battent avec leurs champs de cailloux »

[…]
Voyez-vous, ces Artaud, c’est comme ces ronces qui mangent les rocs, ici. Il a suffi d’une souche pour que le
pays fût empoisonné. Ça se cramponne, ça se multiplie, ça vit quand même. Il faudra le feu du ciel, comme à
Gomorrhe, pour nettoyer ça. »

L’Abbé Mouret se consacre à la Vierge dont la figure maternelle est une consolation. J’ai lu en diagonale les pages consacrée à cette adoration, pas vraiment ma tasse de thé, en espérant que la Saga des Rougon-Macquart m’offrirait les rebondissements des opus précédents. 

Au cours de sa tournée de médecin, son oncle Le Docteur Pascal  rencontré dans La Fortune des Rougon lui fait rencontrer Le Philosophe un octogénaire nourri de Voltaire et de Rousseau, anticlérical, solitaire dans sa campagne qui a recueilli Albine16 ans, une jeune fille sauvage et ravissante. Dès cette rencontre, il n’est pas difficile de deviner quelle sera « la Faute de l’abbé Mouret » le jeune abbé va tomber amoureux! Aucun doute là-dessus. D’ailleurs,  il cache sa visite à la terrible Teuse et au Frère Archangias qui la devine

« toute sa haine de la femme parut. Il ébranla la table d’un coup de poing, il cria ses injures accoutumées : – Elles ont le diable dans le corps. Elles puent le diable ; elles le puent aux jambes, aux bras, au ventre, partout… C’est ce qui ensorcelle les imbéciles. »

Nous retrouvons ici la faiblesse des Rougon-Macquart, la folie héréditaire qui a conduit Adelaïde et François aux Tulettes et Marthe à ses hallucinations mystiques  Troublé par  la vision de la jeune fille il implore la Vierge de l’aider à rester chaste

Marie, Vierge adorable, que n’ai-je cinq ans, que ne suis-je resté l’enfant qui collait ses lèvres sur vos images !

Oui, je nie la vie, je dis que la mort de l’espèce est préférable à l’abomination continue qui la propage.

Le délire et la fièvre le gagnent.

Le Docteur Pascal le  le confie à Albine capable de lui redonner la raison. Il l’emmène au Paradou château abandonné niché dans un parc luxuriant enfermé de hauts murs. 

La deuxième partie du livre se déroule au Paradou. Albine offre à Serge une véritable renaissance. Il a oublié tout souvenir, se retrouve comme un enfant aux mains de la jeune fille. Il va réapprendre la vie dans une totale innocence. Sa convalescence est racontée dans les moindres détails et c’est la nature, les arbres, les fleurs les bêtes sauvages qui accompagneront les deux jeunes en parfaite innocence. Paradou/Paradis, les deux Adam et Eve, nus, ignorants du sexe et du monde extérieur vont vivre dans le parc enchanté…Albine cherche un arbre magique, on a vaguement conscience que cet arbre provoquera la Chute, on attend la tentation, et le dénouement.

Les énumérations botaniques m’ont fait penser aux descriptions des légumes et victuailles du Ventre de Paris que j’avais beaucoup appréciées. Mais ce Paradou est trop mièvre, trop invraisemblable pour être convaincant. Je commence à imaginer les fleurs, puis je me lasse. D’ailleurs, comment trouver des jacinthes et des roses fleuries en même temps? je vous épargne les variétés horticoles….Zola écrit très bien la truculence, moins bien l’idylle et l’innocence. Exercice périlleux et vaguement ennuyeux! 

Le Frère Archangias mettra fin à leur idylle. 

On imagine la troisième partie du livre….remords et dévotion, retour du délire…

la déception ne m’empêche pas de télécharger la suite!

 

Zola – Le Ventre de Paris (t. 3 des Rougon-Macquart)

« Est-ce que vous connaissez la bataille des Gras et des Maigres ? »

Le marché aux poissons Joachim Beuckelaer

Le Ventre de Paris : ce sont les Halles, nouvellement construites (1853 à 1874) que découvre Florent après 8 ans d’absence

« Et Florent regardait les grandes Halles sortir de l’ombre,  sortir du rêve, où il les avait vues, allongeant à l’infini leurs palais à jour. Elles se solidifiaient, d’un
gris verdâtre, plus géantes encore, avec leur mâture prodigieuse, supportant les nappes sans fin de leurs toits.
Elles entassaient leurs masses géométriques ; et, quand toutes les clartés intérieures furent éteintes, qu’elles
baignèrent dans le jour levant, carrées, uniformes, elles apparurent comme une machine moderne, hors de toute mesure, quelque machine à vapeur, quelque chaudière destinée à la digestion d’un peuple, gigantesque ventre de métal, boulonné, rivé, fait de bois, de verre et de fonte… »

Dans ce ventre de Paris convergent toutes les nourritures : légumes et fruits, marée et viandes, volailles, charcuterie, fromages et même fleurs. Le roman commence avec l’arrivée du tombereau de Madame François, maraîchère de Nanterre !

« tombereau de choux et un tombereau de pois, au pont de Neuilly, s’étaient joints aux huit voitures de navets et
de carottes qui descendaient de Nanterre ; et les chevaux allaient tout seuls, la tête basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montée ralentissait encore. En haut, sur la charge des légumes, allongés à plat ventre, couverts de leur limousine à petites raies noires et grises… »

Le tombereau heurte Florent, presque mort de faim, d’une maigreur à faire peur, évadé du bagne de Cayenne, déporté après les journées de décembre 1851 arrêté près de la barricade rue Montorgueil. Florent est recueilli par son frère  Quenu, prospère charcutier, gras et bien nourri comme sa femme Lisa, la belle charcutière.

Les descriptions des dentelles et des soieries des toilettes de Renée Saccard dans La Curée, des décors de l’Hôtel de la Plaine Montceau, m’avaient plutôt lassée. J’avais trouvé que  Zola se complaisait dans des longueurs. En revanche, j’ai eu un véritable coup de cœur pour cette exubérance des légumes et des fruits,  surabondance de la nourriture, énumération des victuailles, les descriptions des étalages de la charcuterie . Le Ventre de Paris plonge le lecteur dans le monde odorant de l’étal de la marée avec ses poissons, ses moules, ses huitres, dans les paniers remplis de plumes des volaillers, ruisselant des grandes lessives, dégoûtant de sang, d’humeurs et d’excréments.

Luis Egidio Melendez nature morte avec pastèques

Et c’est un peintre, Claude Lantier, qui décrit le mieux ces tableaux naturalistes, opposant l’art moderne, le naturalisme. Son art est croquis ou tableau, mais son œuvre suprême, c’est avec des boudins, des langues de bœuf, des jambons jaunes qu’il l’a construite.  Il cherche ses sujets dans le peuple des Halles

« Cadine et Marjolin s’aimant au milieu des Halles centrales, dans les légumes, dans la marée, dans la viande. Il les aurait assis sur leur lit de nourriture, les bras à la taille, échangeant le baiser idyllique. Et il voyait là un manifeste artistique, le positivisme de l’art, l’art moderne tout expérimental et tout matérialiste ; il y voyait encore une satire »

Le naturalisme revendiqué en peinture par Claude, est aussi le style littéraire de Zola. Claude, plus loin, l’étend à l’architecture

 

« Je m’imagine que le besoin de l’alignement n’a pas seul mis de cette façon une rosace de Saint-Eustache au beau milieu des Halles centrales. Voyez-vous, il y a là tout un manifeste : c’est l’art moderne, le réalisme, le
naturalisme, comme vous voudrez l’appeler, qui a grandi en face de l’art ancien… »

Dans la bataille des Gras et des Maigres l’auteur met en scène, dans le rôle des Gras : les commerçants des Halles, poissonnières et charcutières, volaillers et cafetiers, toute une société prospère qui se concurrence, se jalouse, s’observe, s’enrichit…

« C’était le ventre boutiquier, le ventre de l’honnêteté moyenne, se ballonnant, heureux, luisant au soleil, trouvant que tout allait pour le mieux, que jamais les gens de mœurs paisibles n’avaient engraissé si bellement. »

Bonne conscience de la Belle Lisa et de sa concurrent la Belle Normande, travailleuses, honnêtes, bien nourries….Certains personnages sont plus nuancés comme les jeunes Marjolin et Cadine, les enfants Muche et Pauline qui jouent dans la boue. Deviendront-ils des Gras quand il seront adultes?  Et la vieille Saget la fouineuse avec son cabas, qui surveille les autres de sa fenêtres, s’attarde pour écouter les rumeurs et qui colportera les ragots : une Maigre? 

« mademoiselle Saget avait certainement laissé dans sa vie  passer une occasion d’engraisser car elle détestait les gras tout en gardant dédain pour les Maigres »

déclare Claude Lantier. 

C’est cette dernière qui déclenchera la guerre en convoquant les commères pour dévoiler le secret de Florent. Et cette mauvaise action se déroule dans les odeurs de fromage. Les odeurs contribuent à l’ambiance :

Elles restaient debout, se saluant, dans le bouquet final des fromages. Tous, à cette heure, donnaient à la fois.
C’était une cacophonie de souffles infects, depuis les lourdeurs molles des pâtes cuites, du gruyère et du
hollande, jusqu’aux pointes alcalines de l’olivet. Il y avait des ronflements sourds du cantal, du chester, des
fromages de chèvre, pareils à un chant large de basse, sur lesquels se détachaient, en notes piquées, les petites
fumées brusques des neufchâtels, des troyes et des mont-d’or. Puis les odeurs s’effaraient, roulaient les unes sur les autres, s’épaississaient des bouffées du Port-Salut,

 

Comme les tomes précédents de la série des Rougon-Macquart, le Ventre de Paris est un roman politique, qui raconte l’histoire du Second Empire : son avènement avec les barricades et les déportations de 1851 et les oppositions clandestines : les conspirations des révolutionnaires dans les arrières salles du café ainsi que la surveillance des espions et des mouchards, les dénonciations des honnêtes gens qui voient dans l’Empire une stabilité et une prospérité qui garantie leur commerce.

« C’est la politique des honnêtes gens… Je suis reconnaissante au gouvernement, quand mon commerce va bien, quand je mange ma soupe tranquille, et que je dors sans être réveillée par des coups de fusil… C’était du propre, n’est-ce pas, en 48 ? L’oncle Gradelle, un digne homme, nous a montré ses livres de ce temps-là. Il a perdu plus de six mille francs… Maintenant que nous avons l’empire, tout marche, tout se vend. Tu ne peux pas dire le contraire… Alors, »

C’est encore Claude qui aura le dernier mot

Alors, Claude leur montra le poing. Il était exaspéré par cette fête du pavé et du ciel. Il injuriait les Gras, il disait
que les Gras avaient vaincu. Autour de lui, il ne voyait plus que des Gras, s’arrondissant, crevant de santé,

Magistral!

 

Emile Zola – la Fortune des Rougon/ la Curée

LES ROUGON-MACQUART

Emile Zola - Cabaret du chat noir - Musée Orsay

Zola m’a toujours évoqué J’accuse et, pour cela, je lui voue toute mon admiration. 

 

« Historiquement, ils partent du peuple, ils s’irradient dans toute la société contemporaine, ils montent à toutes les situations, par cette impulsion essentiellement moderne que reçoivent les basses classes en marche à travers le corps social, et ils racontent ainsi le Second Empire, à l’aide de leurs drames individuels, du guet-apens du coup
d’État à la trahison de Sedan. »

des Rougon-Macquart, s‘inspirant de la Comédie Humaine de Balzac, Zola raconte l’histoire du Second Empire à travers l’évolution d’une dynastie familiale. Les titres, les noms des personnages me sont familiers, par le cinéma, les souvenirs de lycée, les lectures adolescentes, mais je suis incapable de citer un livre que j’aurais lu en entier. A la suite de nos lectures communes de la Comédie Humaine j’ai décidé de lire les Rougon-Macquart dans l’ordre pour combler cette lacune. 

La Fortune des Rougon

La Fortune des Rougon se déroule à Plassans, ville provençale inspirée d’Aix-en-Provence où Zola a passé son enfance et où il a connu Cézanne et ils étaient amis. Je suis donc allée au Musée d’Orsay chercher des images :

Cézanne, paysan provençal

Avant de devenir des bourgeois, en contractant des alliances avantageuses, les Rougon étaient des paysans, Pierre Rougon- le fondateur de la dynastie fils de paysan avait peut être les traits du paysan peint par Cézanne? C’est l’histoire d’une ambition dévorante d’un jeune homme qui dépouille sa mère et son demi-frère et sœur nés des amours de sa mère pour le contrebandier Macquart. Il se marie avec la fille d’un marchand d’huile, Félicité Puech, tout aussi avide d’ascension sociale. Les affaires végètent mais les parents investissent pour l’avenir en donnant une éducation solide à leurs enfants. Les  garçons Eugène et Aristide étudient à Paris, Pascal sera médecin.

Pendant ce temps-là, la branche illégitime, les enfants du contrebandier Macquart, écartés par Pierre, vivent d’expédients. Antoine nourrit une rancune tenace en revenant du service militaire. Pilier de cabaret, il se lie avec les les révolutionnaires qui promettent la revanche sur les bourgeois

« Dans la bourgeoisie, dans le peuple surtout, l’enthousiasme fut grand au lendemain des journées de février »

La Révolution de 1848 change la donne. Mais c’est surtout 1851 et l’ascension de Louis Napoléon Bonaparte qui va changer le destin des Rougon

« Ces événements fondèrent la fortune des Rougon. Mêlés aux diverses phases de cette crise, ils grandirent sur les ruines de la liberté. »

« Il s’était formé chez les Rougon un noyau de conservateurs qui se réunissaient chaque soir dans le salon jaune pour déblatérer contre la République. »

Conseillé de Paris par son fils Eugène, Pierre Rougon va miser sur l’Empire tandis que les aristocrates timorés hésitent entre légitimistes et orléanistes. Avec l’aide de Félicité, il va prendre la tête de la ville et s’installer à la mairie déserté par ses titulaires.

Alors que les Républicains ont pris les armes dans la campagne provençale Plassans vit dans l’incertitude

Au loin s’étendaient les routes toutes blanches de lune. La bande insurrectionnelle, dans la campagne froide et
claire, reprit sa marche héroïque. C’était comme un large courant d’enthousiasme. Le souffle d’épopée qui
emportait Miette et Silvère, ces grands enfants avides d’amour et de liberté, traversait avec une générosité sainte les honteuses comédies des Macquart et des Rougon. La voix haute du peuple, par intervalles, grondait, entre les bavardages du salon jaune et les diatribes de l’oncle Antoine. Et la farce vulgaire, la farce ignoble, tournait au grand drame de l’histoire.

A la tête des Républicains, porte-drapeau, Miette,  une fillette de 13 ans, vit une belle histoire d’amour avec Sylvère, apprenti charron, cousin des Rougon et de Macquart.

Ce premier tome des Rougon Macquart est centré sur cette année 1851 à Plassans, tremplin de la Fortune de Pierre Rougon, qui va prendre la tête du clan bonapartiste et en être récompensé par une charge de receveur. par la même occasion il va se débarrasser d’Antoine et de Sylvère, les gêneurs de la famille.

Hier Rougon était un Brutus, une âme stoïque qui sacrifiait ses affections à la patrie ; aujourd’hui Rougon n’était plus qu’un vil ambitieux qui passait sur le ventre de son pauvre frère, et s’en servait comme d’un marchepied pour monter à la fortune.

Pierre et Félicité,  Antoine sont des personnages tout à fait antipathiques, il est difficile d’éprouver de l’empathie pour eux. Heureusement les amours de Sylvère et de Miette donnent de la fraîcheur à ces histoires sordides.

La Curée

Paris 1855 vu de l’observatoire (musée d’Orsay)

Tome 2 des Rougon-Macquart, La Curée se déroule à Paris sous le Second Empire. A

« L’Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l’Europe. Il fallait à cette poignée d’aventuriers qui venaient de voler un trône, un règne d’aventures, d’affaires véreuses, de consciences vendues, de femmes achetées, de soûlerie furieuse et universelle. Et, dans la ville où le sang de décembre était à peine lavé, grandissait timide encore, cette folie de jouissance qui devait jeter la patrie au cabanon des nations pourries et déshonorées. »

Aristide est venu à Paris faire fortune, espérant l’appui de son frère,Eugène qui a réussi. Après l’avoir fait lanterné, il le place comme voyer (Chargé d’effectuer des études sur les constructions de la capitale) qui est un poste stratégique alors qu’Haussmann (jamais cité dans l’ouvrage) rénove Paris, construit les boulevards.

Aristide qui a changé son nom en Saccard comprend que sa fortune est assurée s’il s’engage dans les expropriations des maisons destinées à être démolies dans les travaux. Par sa position de voyer il a connaissance des projets urbanistiques, et il a accès aux commissions qui calculent les indemnisations aux propriétaires….mais il faut disposer d’un capital pour démarrer les affaires. Par  chance, Angèle, sa femme décède et il épouse Renée, une jeune fille riche mais embarrassée par une grossesse non désirée. Bien dotée, elle est aussi à la tête de propriétés bien placées 

comment on revend pour un million ce qui a coûté cinq cent mille francs ; comment on paie le droit de crocheter
les caisses de l’État, qui sourit et ferme les yeux ; comment, en faisant passer un boulevard sur le ventre d’un vieux quartier, on jongle, aux applaudissements de toutes les dupes,

On récompensa ses complaisances en lui concédant des bouts de rues, des carrefours projetés, qu’il rétrocédait
avant même que la voie nouvelle fût commencée. C’était un jeu féroce ; on jouait sur les quartiers à bâtir comme on joue sur un titre de rente.

Ces parvenus mènent grande vie dans leur hôtel nouvellement construit au Parc Montceau. Pendant que Saccard est aux affaires, sa jeune femme ravissante Renée fréquente le Tout-Paris, mondain et demi-mondain, bals et promenades au Bois de Boulogne, se ruine en toilettes chez Worms le grand couturier. 

Tissot – Too early

De son premier mariage, Saccard a  un fils interne dans un collège, Maxime qu’il fait venir. Le jeune garçon est « joli comme une fille », charmant et charmeur. Il tient compagnie à Renée qui s’en amuse et l’entraîne partout, chez les couturiers, chez ses amies, au Bois….le jeune homme devient adulte. Maxime et Renée s’amusent ensemble comme deux camarades

« Le père, la belle-mère, le beau-fils agissaient, parlaient, se mettaient à l’aise, comme si chacun d’eux se fût trouvé seul, vivant en garçon. Trois camarades, trois étudiants, partageant la même chambre garnie, n’auraient pas disposé de cette chambre avec plus de sans-gêne pour y installer leurs vices, leurs amours, leurs joies bruyantes de grands galopins. »

Quand Renée et Maxime deviennent amants, l’inceste apparaît comme la dégradation ultime de la morale.

Les affaires de Saccard ne sont pas aussi florissantes que leur train de vie laisserait croire. Il ne peut honorer les factures du couturier et il lui faut trouver de nouvelles ressources : les propriétés de Renée, ou une fiancée bien dotée pour Maxime. Spéculation et cavalerie financière vont aussi avec chantage. La fête pendant laquelle Saccard compte annoncer le mariage de Maxime est une apogée. Après, la dégringolade….

J’ai été très intéressée par cette histoire de spéculation immobilière dans le cadre de la modernisation de Paris, le tracé des boulevard, la construction….En revanche je me suis lassée par les descriptions des toilettes, des décorations intérieurs, boudoirs ou salons particulier, salle de bain luxueuse. Les intrigues amoureuses, les séductions,  trainent en longueur comme dans une mauvaise série télévisée. J’ai l’impression que Zola tire la ligne, gonfle le feuilleton. Je saute des lignes et passe à l’essentiel : la finance.

Zola n’est pas Balzac qui sait ciseler une nouvelle, jamais je ne m’ennuie avec Balzac. Avec Zola, c’est parfois lourd. Lourd

 

Les mémoires de Deux Jeunes Mariées – Honoré de Balzac

ROMAN EPISTOLAIRE / BALZAC avec  Et Si on Bouquinait un peu

Balzac sait tout faire : des gros romans bien touffus comme les Illusions perdues, de courtes nouvelles comme La Grande Bretèche que j’ai lue en un trajet de train, historique comme Les Chouans,  polar, une Ténébreuse Affaire, et même fantastique…

Cynique, souvent misogyne, il sait dans Les Mémoires de deux jeunes mariées, se mettre dans la plume de deux jeunes filles tout juste sorties du couvent avec leurs rêves d’amour et de mariage. Etonnant! 

« Voilà, ma belle biche blanche, ni plus ni moins, comment les choses se sont passées au retour d’une jeune fille de dix-huit ans, après une absence de neuf années, dans une des plus illustres familles du royaume. »

Louise et Renée sont amies intimes depuis le couvent de Blois où elles ont passé de nombreuses années. Elles entretiennent une correspondance  pendant une douzaine d’années et font des confidences détaillées sur l’amour, le mariage, les enfants, la décoration de leur intérieur….

« De nous deux, je suis un peu la Raison comme tu es l’Imagination ; je suis le grave Devoir comme tu es le fol
Amour. »

Renée est provençale, on l’a retirée du couvent pour un mariage de convenance avec le fils d’un voisin de ses parents.

 » Tu sors d’un couvent pour entrer dans un autre ! Je te connais, tu es lâche, tu vas entrer en ménage avec une
soumission d’agneau. Je te donnerai des conseils, tu viendras à Paris, nous y ferons enrager les hommes et nous deviendrons des reines. »

Louise se morfondait au couvent, ses parents souhaitaient donner son héritage – fort conséquent – au frère benjamin. Elle refuse d’abord de se laisser dépouiller puis tombe amoureuse d’un Grand d’Espagne, en disgrâce, mais toujours fort riche. Son mariage avec Felipe fait l’affaire des parents qui peuvent donc capter l’héritage dont elle n’a plus vraiment besoin.

Destins opposés: Renée,  mère de famille, provinciale, dévouée à la carrière de son mari et Louise, parisienne, mondaine, qui vit deux fois une folle passion. Laquelle trouvera le bonheur?

J’ai d’abord été curieuse de lire ces confidences, les analyses psychologiques, la peinture de la vie parisienne, les inventions des amoureux…

Balzac détaille, par la plume de Renée,  l’élevage des nourrissons, des pages et des pages de puériculture, j’ai commencé à m’ennuyer fermement.

Les stratégies pour cultiver l’amour-passion m’ont également lassée. Peu sympathique cette Louise qui  invente des épreuves chevaleresques pour éprouver son amant, puis enferme son second mari dans une sorte de paradis sucré dont il cherchera à s’évader.

Un Balzac original, sans l’esprit caustique qui pimente romans et nouvelles.  Cette correspondance de midinettes est bien décevante.

 

 

La Rabouilleuse – Honoré de Balzac

LECTURE COMMUNE : BALZAC

En compagnie de Claudialucia, et de Maggie avec un certain retard dû aux vacances à la mer où je n’emporte pas d’ordinateur, et où je n’ai ni le temps, ni l’envie de rédiger.  Priorité à la baignade! 

Un très bon cru! Dans les meilleurs que j’ai lus de Balzac. 

D’abord un titre intrigant : que veut donc dire « La Rabouilleuse » ? 

« Rabouiller est un mot berrichon qui peint admirablement ce qu’il veut exprimer : l’action de troubler l’eau d’un ruisseau en la faisant bouillonner à l’aide d’une grosse branche d’arbre dont les rameaux sont disposés en forme de raquette. Les écrevisses effrayées par cette opération, dont le sens leur échappe, remontent précipitamment le cours d’eau, et dans leur trouble se jettent au milieu des engins que le pêcheur a placés à une distance convenable. Flore Brazier tenait à la main son rabouilloir avec la grâce »

La Rabouilleuse est donc une très jeune fille de douze ans, une orpheline que le docteur Rouget va prendre à son service pour cent écus de gages et cent écus à son tuteur. Habillée, instruite, elle « réchauffait la vieillesse » du vieux docteur de 72 ans…A la mort du vieillard, elle passe au service de Jean-Jacques, le fils du docteur dont tout Issoudun murmurait « c’est un imbécile » et va exercer son ascendant sur ce benêt. 

La Rabouilleuse n’est pas le personnage central du roman (gros roman). Elle n’apparait que tardivement dans l’histoire : le roman familial de la famille du Docteur Rouget, père d’un fils Jean-Jacques qu’il a favorisé au détriment d’Agathe délaissée. Cette dernière, mariée à un fonctionnaire d’Empire exemplaire, se retrouve veuve avec deux fils. Philippe, soldat de Napoléon, officier de la Garde, est son préféré

« Pour Philippe, l’univers commençait à sa tête et finissait à ses pieds, le soleil ne brillait que pour lui. »

 

il causera la ruine de sa famille. Tandis que Joseph, l’artiste, se consacre à son art et à sa mère. Dans la misère, Agathe tente de regagner sa part d’héritage que son frère risque de céder à la Rabouilleuse, sa maîtresse.

Chez Balzac, les affaires d’argent sont souvent le moteur de la société.

Agathe et Joseph partent donc à Issoudun pour éviter la captation de son héritage. Le moyen de gagner cette affaire est d’opposer la Religion à l’influence de Flore Brazier.

 

« Votre avoué ne connaît pas la province, dit le vieil Hochon à madame Bridau. Ce que vous venez y faire ne se fait ni en quinze jours ni en quinze mois ; il faudrait ne pas quitter votre frère, et pouvoir lui inspirer des idées religieuses. Vous ne contreminerez les fortifications de Flore et de Maxence que par la sape du prêtre. Voilà mon avis, et il est temps de s’y prendre. — Vous avez, dit madame Hochon à son mari, de singulières idées sur le clergé. »

[…]
« Votre fortune sera le résultat d’un combat entre l’Église et la Rabouilleuse. »

Encore une fois Philippe va faire capoter ce plan….

C’est un roman touffu (381 pages), très riche où de nombreux thèmes seront abordés : l’éducation par les femmes

« Les femmes sont des enfants méchants, c’est des bêtes inférieures à l’homme, et il faut s’en faire craindre, car la pire condition pour nous est d’être gouvernés par ces brutes-là ! »

Sans autorité paternelle, Agathe serait responsable de la dépravation de Philippe.

« Quelque tendre et bonne que soit la Mère, elle ne remplace pas plus cette royauté patriarcale que la Femme ne remplace un roi sur le trône ; et si cette exception arrive, il en résulte un être monstrueux. »

Bien sûr, le contexte historique n’est pas négligé par Balzac. On devine comment, pendant la Révolution, le Docteur Rouget va accumuler une collection de tableaux de maîtres, dont il ignore totalement la valeur. On assistera à la gloire puis à la déchéance des soldats de l’Empereur : Philippe et aussi Maxence, ont gagné leur gloire pendant les combats ; démobilisés ils connaissent toutes les dérives. A la Restauration, les bonapartistes deviennent des parias mais nombreux sauront s’adapter et faire fortune…

Vie quotidienne à Paris et à Issoudun, dépeinte avec précision et vivacité. Balzac  nous fait vivre plusieurs décennies : voyage dans le temps.

Un excellent Balzac, vous dis-je!

 

 

 

 

Toussaint Louverture – Poème dramatique de Alphonse de Lamartine

LECTURES CARAÏBES 

Après avoir terminé l’excellente biographie de Toussaint Louverture par Alain Foix, j’ai eu la curiosité de télécharger la pièce de Lamartine. 

Depuis 1834 les hommes politiques qui croient que les gouvernements doivent avoir une âme, et qu’ils ne se
légitiment aux yeux de Dieu que par des actes de justice et de bienfaisance envers les peuples, s’étaient formés à
Paris en société pour l’émancipation des noirs ; j’y fus admis à mon retour d’Orient ;

Dans son intéressante préface, Lamartine s’enorgueillit d’avoir été le signataire du décret de l‘Abolition de l’Esclavage,

Trois jours après la révolution de Février, je signai la liberté des noirs, l’abolition de l’esclavage et la promesse d’indemnité aux colons.

Ma vie n’eût-elle eu que cette heure, je ne regretterais pas d’avoir vécu.

En revanche, il n’est pas spécialement fier du poème dramatique. Le manuscrit fut perdu, et retrouvé par son caviste au fond d’un panier. Selon Lamartine,  le succès au Théâtre de La Porte Saint Martin où la pièce fut représentée est plutôt dû à la performance des acteurs qu’au texte lui-même. 

Une étrange Marseillaise noire a attiré mon attention, version d’époque ou poème de Lamartine? 

MARSEILLAISE NOIRE

. I. Enfants des noirs, proscrits du monde,

Pauvre chair changée en troupeau,

Qui de vous-mêmes, race immonde

Portez le deuil sur votre peau !

Relevez du sol votre tête,

Osez retrouver en tout lieu
 Des femmes, des enfants, un Dieu : Le nom d’homme est votre conquête !

REFRAIN.

Offrons à la
concorde, offrons les maux soufferts,

[…]
Ouvrons (ouvrons) aux blancs amis nos bras libres de fers. II.

Un cri, de l’Europe au tropique,

Dont deux mondes sont les échos,

A fait au nom de République

Là des hommes, là des héros

 L’esclave enfin dans sa mémoire

Épelle un mot libérateur,

Le tyran devient rédempteur :

Enfants, Dieu seul a la victoire !

Offrons à la concorde, offrons les maux soufferts, Ouvrons (ouvrons)…

Malheureusement, la suite se gâte. Je m’ennuie des péripéties lyriques et familiales. Une fade Adrienne, jeune pupille parfaite, guide Toussaint déguisé en mendiant aveugle qui épie les fortifications de Leclerc. Les fils de Toussaint, élevés en métropole, sont amenés comme appâts pour fléchir Toussaint. Foix raconte cet épisode, historique, mais le drame familial s’étire en guimauve. Pas d’analyse politique, ni stratégique, point de bataille homérique. Du sentiment sucré.

De même, le meurtre de Moïse n’est en rien contextualisé. Brutus et César! De la tragédie, certes mais pas d’explications. Décevant.

Le livre se termine par les discours prononcés par A de Lamartine, à la Chambre des Députés le 23 avril 1835, le 25 mai 1836, à un banquet le 10 Février 1840, le 10 Mars 1842