Ségou t.2 – La Terre en miettes – Maryse Condé

MARYSE CONDE

Ségou la terre en miettes

1863 – Ségou est islamisée mais les intrigues et rivalités s’y trament encore

tous les pays musulmans voisins, des médiateurs s’étaient proposés pour mettre fin à la querelle entre
Toucouleurs et Peuls. En vain. Et Ségou était l’un des enjeux de ce conflit.

les rois Bambaras sont défaits et contraints de quitter la ville .

Le bon peuple de Ségou s’assembla devant le palais d’Ali Diarra pour voir brûler les fétiches. Comme c’était la deuxième ou troisième fois qu’une opération de ce genre se produisait, il n’était guère ému, sachant que les fétiches se rient du feu, même de celui d’Allah.

Les Traoré, musulmans ou fétichistes, ont perdu la proximité avec le pouvoir politique des Diarra mais la concession reste prospère avec ses champs cultivés par des esclaves. Elle reste l’aimant qui va attirer les descendants dispersés des fils de Dousika à travers l’Afrique de l’Ouest : Omar, le fils de Mohamed, à la recherche de son père et Dieudonné, le fils d‘Olubunmi, recueilli sur le fleuve par des français. Fils sans pères, déboussolés accueillis comme des fils prodigues dans la concession des Traoré. De sangs mélangés de Peul, Bozo ou même marocain, l’appartenance au clan Traoré les renvoie à l’identité bambara.

El-Hadj Omar resta seul. Pendant un moment, il lui sembla qu’il ne savait plus pourquoi il combattait. Les
premières années, tout était clair. Il fallait purifier et rénover l’islam, rendre la chaleur et la virulence à une foi qu’affaiblissaient les querelles de clans et les oppositions entre provinces. Il fallait convertir les païens, leur mettre sur les lèvres la phrase sublime : — Il n’y a de Dieu que Dieu ! Mais, à présent, que se passait-il ? Voilà qu’au nom des nationalismes, des résistances s’organisaient ! Les hommes défendaient leurs territoires, leurs dynasties, leurs parentés et n’acceptaient pas qu’à l’est du fleuve Sénégal s’étende un même empire dont le souverain serait Dieu. Beau rêve si difficile à réaliser ! Idéal que rendaient inaccessible la petitesse et la
mesquinerie des esprits ! Mohammed lui-même avait été dans l’incapacité de comprendre cela !

Dans ce livre les conflits nationaux divisent l’unité illusoire que la croyance commune en l’Islam aurait fédéré.

Sur la côte, à Saint Louis du Sénégal, la colonisation française s’organise

Alors que Saint-Louis, avec l’abolition de l’esclavage, périclitait, un gouverneur énergique débarquait, animé du grand dessein de doter la France d’un empire colonial en Afrique de l’Ouest, qui avait fait ses preuves en Algérie : Faidherbe.

Dieudonné, recueilli avec ses frères par des français va à l’école française. L’armée française recrute des africains dans ses rangs, certains attirés par l’aventure, d’autres par des honneurs illusoires, tous se laissent corrompre par l’alcool abondant dans les cantines militaires.

Si, les premiers temps, les Français étaient partout accueillis avec une curiosité tolérante, la révolte s’était vite déclenchée contre eux. C’est que, après des simulacres d’accord avec les anciens, ils s’appropriaient les terres, forçaient à cultiver des plantes dont on ne voyait pas l’utilité et à tracer des routes qui ne menaient nulle part.

Pour asseoir leur pouvoir, les Français utilisent les rivalités entre les ethnies, arment les uns contre les autres, vendent les fusils efficaces contres lances et arcs traditionnels. Dans leur rivalité contre le pouvoir musulman intégriste Toucouleur, les Bambaras rêvent d’acquérir des armes modernes.

Omar, musulman, rêve d’unité contre les incirconcis français. Il prend même la tête d’une armée qui le prend pour le madhi

Nous sommes un. Un. Qu’il n’y ait plus ni Peul, ni Toucouleur, ni Bambara, ni Sonraï, ni Bozo, ni Somono, ni Sarakolé, ni Malinké, ni Dogon, ni Arma, ni Touareg. Nous sommes un. Ces terres sont nôtres. Et le Blanc, ses
canons, ses canonnières et son cheval de fer est un intrus qui doit partir.

les canonnières auront raison des remparts de Ségou.

Loin de Ségou, les descendants des esclaves brésiliens revenus en Afrique, christianisés,  à Lagos les descendants de Naba (le fils razzié lors d’une chasse au lion). Eucaristus, le pasteur,  a épousée la descendante jamaïcaine des esclaves marrons et eut un fils Samuel. Samuel a rêvé de la révolte des marrons qui n’ont jamais accepté l’esclavage. Il parvient en Jamaïque. Désillusion!

Ma première lecture de Ségou, il y a une vingtaine d’année avait mis la lumière sur les coutumes africaines, les peuplements, le mode de vie. les guerres récentes au Mali qui s’étendent maintenant aux états voisins donnent un intérêt renouvelé à cette histoire.

Challenge Marcel Proust – 1er bilan, il y en aura d’autres…..

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Voici le premier bilan du Challenge.

Certaines ont privilégié le texte : Du côté de chez Swann et Un amour de Swann 

D’autres blogueuses ont fait un pas de côté pour éclairer l’œuvre avec un regard décalé

Aifelle
Proust,romanfamilial
Claudialucia
Présentation du challenge Marcel Proust de miriam et claudialucia
Les métamorphoses de Françoise ICI
Albert Bloch ICI
Tante Léonie la vieillesse ICI 

L’art, la charité de Giotto, les asperges de Manet, les nymphéas de Monet ICI
Soit que la réalité ne se forme que dans la mémoire ICI :
Le jeudi avec Marcel Proust :  billets sur  Un amour de Swann

Un amour de Swann avec  Marcel Proust ICI

Du côté de chez Swann

Combray I
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann-des.html

Un amour de Swan II

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann_0931643166.html

Des noms propres, le nom III

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann.html

Evelyne Bloch Dano une jeunesse de Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/04/evelyne-bloch-dano-une-jeunesse-de.html

Céleste Albaret : Monsieur Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/celeste-albaret-monsieur-proust.html

Proust roman famillial

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/04/laure-murat-proust-roman-familial.html

Dominique

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2013/08/11/proust-a-illiers-combray-christophe-pradeau-5138963.html/proust-a-illiers-combray-christophe-pradeau-

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2023/07/15/bribes-de-conseils-aux-refractaires-de-proust-6452357.html

Laure Murat, roman familial

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2023/09/11/proust-roman-familial-laure-murat-6460754.html

Fanja

Céleste : Bien sûr, monsieur Proust BD  Chloé Cruchaudet

https://lecture-sans-frontieres.blogspot.com/2024/05/celeste-tomes-1-et-2.html

Keisha

Proust roman familial
https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2023/11/proust-roman-familial.html

Brassaï : Marcel Proust sous l’emprise de la photographie

https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-sous-lemprise-de-la.html

Luocine

Du côté de chez Swann : en famille 

Sandrine

Du côté de chez Swann
https://tetedelecture.com/2024/05/15/du-cote-de-chez-swann-de-marcel-proust/

PODCAST : je vous signale aussi l’excellent podcast France culture La Grande Traversée :Céleste Albaret chez Monsieur Proust où vous aurez le plaisir d’entendre la voix de Céleste Albaret pendant 110 minutes x 5 . C’est un podcast au long cours de presque 6 heures qui s’écoute avec grand plaisir. Céleste Albaret m’accompagne dans mes promenades en foret depuis le début de la semaine. 

Un amour de Swann – Marcel Proust

LECTURE COMMUNE A LA RECHERCHE… AVEC CLAUDIALUCIA

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J’ai suivi allégrement Marcel Proust à Combray. Tout me plaisait : le regard curieux et tendre de l’enfant qui découvrait la campagne, les fleurs, le jardin, les décors de l’église. J’ai découvert avec lui la campagne, les clochers qui s’éloignaient, les épines blanches de Guermantes. 

Je me suis attachée aux personnages, à ses parents, ses tantes, à la tante Léonie et à ses relations fantasques avec Françoise, servante et maîtresse des autres domestiques. J’ai goûté la cuisine de Françoise….

J’ai terminé Un amour de Swann depuis six semaines et je n’ai pas encore écrit mon compte-rendu, cela ne venait pas, il faut bien que je me force aujourd’hui.

Je suis entrée dans le salon de Mme Verdurin avec un certain agacement. Toutes ces conventions prétentieuses pour « ne pas ressembler aux ennuyeux » m’ont paru bien snobs et artificielles. Cette coterie de « fidèles » « d’habitués » m’a déplu. 

J’avais été séduite par Swann à Combray . Son mystère, sa discrétion, son désir de ne pas gêner la famille de Marcel en cachant ses relations mondaines, tout cela témoignait d’une grande délicatesse.

L’esthète qui conseillait les lectures de l’enfant me faisait deviner un personnage intéressant. Swann ami d‘Odette de Crécy est décrit comme un Don Juan blasé

Mais Swann aimait tellement les femmes qu’à partir du jour où il avait connu à peu près toutes celles de l’aristocratie et où elles n’avaient plus rien à lui apprendre, il n’avait plus tenu à ces lettres de naturalisation, presque des titres de noblesse, que lui avait octroyées le faubourg Saint Germain, que comme sorte de valeur d’échange de lettre de crédit dénuée de prix en elle même, mais lui permettant de s’improviser une situation dans tel petit trou de province ou tel milieu obscur de Paris, où la fille de hobereau lui avait paru jolie. Car le désir ou l’amour lui rendait un sentiment de vanité sont il était maintenant exempt dans l’habitude de la vie

Par curiosité (?) Swann s’introduit dans le salon de Mme Verdurin, on ne sent pas vraiment d’amour pour Odette de Crécy, de la curiosité peut-être? Rien ne prouve un amour sincère. Ce Swann –ci me semble peu intéressant et peu sympathique. Il sonnerait presque faux. Les aventures piquantes dont il se vante sont franchement odieuses. 

Odette de Crécy n’est même pas « son genre » de beauté. Cette femme du « demi-monde » se pique d’être intéressée par l’art tandis que Swann allègue des travaux sur Ver Meer de Delft . 

La présence du peintre et du pianiste éveille un peu plus mon intérêt. j’ai bien aimé les pages sur la musique et la sonate de Vinteuil

« Même cet amour pour une phrase musicale sembla un instant amorcer chez Swann la possibilité d’une sorte de rajeunissement. »

Je préférais le Swann de Combray!

Lecture commune Maryse Condé (piqûre de rappel)

LECTURE COMMUNE

Quelle meilleur hommage à la grande écrivaine (Prix Nobel alternatif) que de lire et faire lire son œuvre, la découvrir ou la relire.

La date prévue pour la lecture commune est le 20 Mai 

Pour faire la récapitulation des liens avant notre départ en Corse les liens sont à déposer ici en commentaire. 

j’ai déjà le retour de Nathalie :qui a lu Victoire

Pour ma part, Miriam Le cœur à rire et à pleurer, La Belle Créole, Ségou pour la lecture commune 2024 et à l’occasion de notre voyage en Guadeloupe  Traversée de la Mangrove, Moi, tituba, Sorcière …noire de Salem

Aifelle a lu Le coeur à rire et à pleurer

Claudialucia : Moi, Tituba Sorcière de Salem

J’espère que vous aurez autant de plaisir que moi à découvrir ses livres et j’attends ici vos retours

Du côté de chez Swann – l’amour de la lecture/écriture?

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

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« Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des
incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et
d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous … »

Le jeune narrateur se consacre avec passion à la lecture. Son ami Bloch lui recommande Bergotte et le détourne de Musset?

« persuadé que mes pensées eussent paru pure ineptie à cet esprit parfait, j’avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m’arriva d’en rencontrer, dans tels livres, une que j’avais déjà eu moi-même, mon cœur se gonflait comme si Dieu dans sa bonté me l’avait rendue, l’avait ,déclarée légitime et belle. Il arrivait qu’une page de lui disait les mêmes choses que j’écrivais souvent la nuit à ma grand’mère et à ma mère quand je ne pouvais dormir, si bien que cette page de Bergotte avait l’air d’u  recueil d’épigraphes pour être placées en tête de mes lettres. Même plus tard quand je commençais de composer un livre, certaines phrases dont la qualité ne suffit pas pour décider à la continue, j’en retrouvais l’équivalent dans Bergotte… « 

Le jeune narrateur se met déjà dans la situation de composer un livre, d’écrire.

Swann le conforte dans son admiration de Bergotte. mais qui est donc Bergotte. Quand le rencontrerons-nous? Un écrivain existant ou un idéal?

Lecture et écriture, le jeune est déjà écrivain quand il regarde la nature au cours de ses promenades

Alors, bien en dehors de toutes ces préoccupations littéraires et ne s’y rattachant en rien, tout d’un coup un toit, un reflet de soleil sur une pierre, l’odeur d’un chemin me faisaient arrêter par un plaisir particulier qu’ils me donnaient, et aussi parce qu’ils avaient l’air de cacher au delà de ce que je voyais, quelque chose qu’ils m’invitaient à venir prendre et que malgré mes efforts je n’arrivais pas à découvrir. Comme je sentais que cela se trouvait en eux, je restais là, immobile, à regarder, à respirer, à tâcher d’aller avec ma pensée au delà de l’image ou de l’odeur. Je m’attachais à me rappeler exactement la ligne du toit, la nuance de la pierre qui, sans que je pusse comprendre
pourquoi, m’avaient semblé pleines, prêtes à s’entr’ouvrir, à me livrer ce dont elles n’étaient qu’un couvercle. Certes ce n’était pas des impressions de ce genre qui pouvaient me rendre l’espérance que j’avais perdue de pouvoir être un jour écrivain et poète, car elles étaient toujours liées à un objet particulier dépourvu de valeur intellectuelle

 

La personnalité de l’écrivain s’ébauche dans ces lignes. Pour notre plus grand plaisir! Plaisir de sentir la lumière toucher la pierre… d’imaginer, de se laisser porter. Quand l’écrivain va-t-il s’affirmer? Comment? Suspens! Encore quelques centaines de pages…..

A suivre…

Du côté de chez Swann – Combray, en famille

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

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« Tous ces souvenirs ajoutés les uns aux autres ne formaient plus qu’une masse, mais non sans qu’on ne pût distinguer entre eux – entre les plus anciens, et ceux plus récents, nés d’un parfum, puis ceux qui n’étaient que les souvenirs d’une autre personne de qui je les avais appris – sinon des fissures, des failles véritables, du moins ces veinures, ces bigarrures de coloration, qui, dans certaines roches, dans certains marbres, révèlent des différences d’origine, d’âge, de « formation ». »

Du côté de chez Swann est raconté par un narrateur-enfant d’un âge indéfini ou plutôt l’accumulation de souvenirs des beaux jours passés à Combray  avec ses parents, grands-parents, des deux soeurs de la grand-mère dans une belle maison avec un jardin agréable propice à la rêverie et à la lecture.

Affection et tendresse indéfectible (ou presque) de la mère dont le baiser du soir, s’il est empêché par une visite, devient un manque insoutenable. 

Vie bourgeoise qui n’est troublée que d’évènements minuscules,

« Le monde se bornait habituellement à M. Swann, qui, en dehors de quelques étrangers de passage, était à peu près la seule personne qui vînt chez nous à Combray, quelquefois pour dîner en voisin »

qui se présentait en toute simplicité et dont ils ne soupçonnait pas le rang social

un des membres les plus élégants du Jockey-Club, ami préféré du comte de Paris et du prince de Galles, un des
hommes les plus choyés de la haute société du faubourg Saint-Germain.

L’ignorance où nous étions de cette brillante vie mondaine que menait Swann tenait évidemment en partie à la réserve et à la discrétion de son caractère, mais aussi à ce que les bourgeois se faisaient de la société une idée un peu hindoue et la considéraient comme composée de castes fermées où chacun, dès sa naissance se trouvait placé dans le rang qu’occupaient ses parents et d’où rien à moins d’un hasard d’une carrière ou d’un mariage inespéré, ne pouvait vous tirer pour vous faire pénétrer dans une caste supérieure »

Combray est  un monde clos, immobile où tout le monde connaît tout le monde. Seul, un pêcheur inconnu restera pour l’enfant un mystère insoluble. Un monde étriqué  où le moindre incident, le retard d’une paroissienne à la messe, pourra fournir un sujet de distraction pour la journée entière à la tante Léonie immobilisée dans sa chambre à l’étage. A la frange de cette société figée, conservatrice, l’aristocratie représentée par la Duchesse de Guermantes, fait rêver le narrateur. Les mauvaises fréquentations de la fille du professeur de piano Vintheuil sont sujet de ragots. Un autre défaut rédhibitoire, le snobisme fera exclure Legrandin

« trouvé en un instant lardé et alangui comme un Saint Sébastien du snobisme »

« Et certes cela ne veut pas dire que M. Legrandin ne fût pas sincère quand il tonnait contre les snobs. Il ne
pouvait pas savoir, au moins par lui-même, qu’il le fût, puisque nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n’est que d’eux que nous avons pu l’apprendre. »

 

Avec une précision d’horloger ou d’entomologiste, les rouages psychologiques sont analysés : les rapports complexes de maîtresse à domestique qui lient la Tante Léonie grabataire à Françoise, cuisinière, dame de compagnie, intendante qui, elle-même entretient des liens pervers avec la fille de cuisine.

Préjugé de cette fin du XIX, l’antisémitisme, pas virulent mais acide : le Grand-père détecte les Juifs dans les fréquentations du narrateur et fredonne des airs connus, allusifs. « Aucun sentiment malveillant » note l’enfant, voire..

Zola, dans mes lectures précédentes, avait brossé, tableau par tableau, une fresque du Second Empire, Proust dessine une esquisse impressionniste de cette bourgeoisie respectable, plutôt bienveillante mais d’une étroitesse d’esprit étouffante.

Du côté de chez Swann – Marcel Proust – lecture gourmande

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

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J’avais 15 ou peut être 16 ans, j’avais lu Proust comme un défi, « cap de lire des livres difficiles pour adultes? « . Et voici un nouveau challenge, initié par Claudialucia. Faut-il être motivée par une lecture commune pour s’attaquer à un Everest de la littérature?

Le côté de Méséglise avec ses lilas, ses aubépines, ses bluets, ses coquelicots, ses pommiers, le côté de
Guermantes avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la
figure des pays où j’aimerais vivre, où j’exige avant tout qu’on puisse aller à la pêche, se promener en canot,
voir des ruines de fortifications gothiques et trouver au milieu des blés,

Première surprise, cette lecture m’a emportée dans des promenades délicieuses et fleuries du côté de Guermantes ou de Méséglise, lilas ou épines odorantes dans la campagne de Combray en limite du Perche et de la Beauce où les clochers des églises se voient de loin…et je n’ai rien trouvé de difficile à les suivre.

 » mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outre-mer et de rose et dont l’épi, finement pignoché
de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied – encore souillé pourtant du sol de leur plant – par
des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses
créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair
comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus »

Lecture printanière et gourmande.

Justement la saison des asperges!

Proust m’apprend qu’on « plume » les asperges, j’ai plumé les premières hier matin en me délectant du texte que j’ai copié ci-dessus. J’ai aussi lu avec gourmandise les menus que Françoise confectionnait.

Et bien sûr, le goût de la madeleine trempée dans le tilleul, que chacun reconnaîtra et qui fera resurgir les souvenirs.

Dernière surprise : cette lecture de jeunesse n’était pas enfouie si loin, j’ai retrouvé les pages…inoubliables….

Milly-la-Forêt – Maison de Jean Cocteau – Chapelle Saint Blaise – Cyclop

BALLADE EN ILE DE FRANCE

 

Le jardin de la Maison Cocteau et le château de la Bonde

Cocteau, en 1947, à la recherche d’un refuge, s’installa dans la Maison du Bailli, ancienne dépendance du Château de la Bonde, entouré de ses douves alimentées par l’Ecole

« C’est la maison qui m’attendait…Elle me donne l’exemple de l’absurde entêtement des végétaux…L’eau des douves et le soleil peignent sur les parois de ma chambre leurs faux marbres mobiles »

L’entrée de la Maison Cocteau

Au fond d’une impasse, l’entrée encadrée par deux tourelles arrondies, était l’entrée du Château.

le jardin de la Maison Cocteau

Arrivée en avance pour la visite de 11h30, j’ai flâné dans le jardin délicieux, très fleuri: iris et pivoines sont en fleurs. L’eau est très présente. Un verger de poiriers en espalier occupe un rectangle.

La visite dans la maison donne une idée de la personnalité de Jean Cocteau. 

Deux photographies bord à bord  donnent l’étendue des domaines : un montage surréaliste et un portrait de Cocteau en habit d’académicien, un monde les séparent…. Poète, cinéaste, homme de théâtre, écrivain. Impossible de le définir. Génial touche-à-tout, il a  fréquenté des artistes si variés.  Les musiciens du Groupe des Six (Honegger, Darius Milhaud, Poulenc, Germaine Taillefer, Auric, Durey) , des danseurs et ballets russes (il a collaboré avec Picasso pour la pièce Parade), ami des poètes et écrivains. 

Ses amants aussi célèbres que lui : Radiguet, Jean Marais sont des figures du milieu gay, alors que l’homosexualité était pénalisée.

Salon

Le salon inspiré  par la décoratrice Madeleine Castaing témoigne de l’originalité et de l’étendue des collections de Cocteau: de la grue qui fume, à la patte de rhinocéros, des gazelles d’Herculanum (copies) aux sièges originaux, il faudrait des heures pour énumérer toutes ces curiosités.

Sans parler des moulages de ses propres mains, et de celles de Chopin (il parait que ces dernières étaient à la mode et très courantes à l’époque)

à l’étage bureau et chambre

A l’étage bureau et chambre sont aussi chargés d’objets de collection, objets plus personnels comme ce tableau en relief d’une marine et ballon rappelant le tour du monde en 80 jours qu’a réellement effectué Cocteau, au cours duquel il a rencontré Chaplin (quoique Cocteau parlait mal l’anglais). Buste de Radiguet, matériel pour fumer l’opium auquel Cocteau était addict. La guide raconte des  anecdotes qui dévoilent les nombreuses facettes de la vie du poète.

Deux expositions avec photos, vidéos illustrent le rapport de Cocteau avec la musique : classique avec le Groupe des Six, Jazz, et chansons avec Piaf. L’autre exposition est consacrée à l’autre Jean : Jean Marais.

Dans la boutique-billetterie on pourrait acheter de nombreux livres, poèmes, théâtre, deux titres m’ont fait envie Antigone (parce que Antigone) et Maalesh carnets de bord d’une tournée théâtrale au Caire, Istanbul, Beyrouth…

(il est préférable de réserver sur Internet la visite, notons que le Pass Navigo donne droit à une réduction)

Chapelle Saint Blaise et bourraches en fleur

la Chapelle Saint Blaise des Simples (XIIème siècle) se trouve à la sortie de la ville sur la route de Nemours. Les lépreux de la maladrerie venaient y prier et invoquaient Saint Blaise le guérisseur qui soignaient avec les plantes médicinales. 

La maladrerie a disparu mais la chapelle est entourée par un jardin de simples plantes médicinales, dont l’emblématique Menthe de Milly. On cultive toujours à Milly les plantes médicinales et il existe un Conservatoire des Plantes médicinales aromatiques qui peut se visiter. Au mois de mai, c’est un plaisir de se promener dans ce jardin et de voir s’épanouir pavots, bouraches ou sauge bleue. 

Gentiane fresque de Cocteau

Cocteau a peint à fresque l’intérieur de la chapelle utilisant comme motif ces plantes aromatiques, gentiane, aconit, menthe de Milly….Un commentaire sonore très précis détaille les fresques et raconte l’histoire de la chapelle.

Tombeau de Cocteau et de Dermit

Cocteau repose dans la chapelle . La fresque représente la Résurrection le christ sort du tombeau sous le regard des Romains . Deux anges veillent. Dans le triangle Crucifixion et couronne d’épines. 

tarif réduit à la  chapelle sur présentation du billet de la Maison de Cocteau

Cyclop

Les imprévoyants peuvent trouver tout le nécessaire pour le pique-nique sur la place de la Halle et nous sommes allées déjeuner dans le Bois des Pauvres à proximité du Cyclop. Le Cyclop est la  sculpture géante de 22.5 m de haut en béton recouvert d’une mosaïque métallique commencée en 1969 par Tinguely œuvre sculpturale collective avec la collaboration de Niki de Saint Phalle et des compressions de César avec des références et hommages à Yves Klein, Marcel !Duchamp entre autres. La visite est très amusante mais il faut s’inscrire par Internet. la prochaine visite disponible étant ) 15h30, je n’ai pas attendu, je reviendrai. Milly est atteignable par la gare de Maisse avec le Pass Navigo.

A la place j’ai fait une très belle promenade dans la foret en suivant le PR bien balisé .

 

Madame Zola – biographie – Evelyne Bloch-Dano – Grasset

PRINTEMPS DES ARTISTES

C’est à Médan que j’ai eu vraiment envie de connaître Alexandrine qui a laissé son empreinte dans la Maison de Zola  et cette biographie de 475 pages est tout à fait passionnante et détaillée. 

La vie d’Alexandrine Meley commence comme un roman de Zola

« il y a du Cendrillon et du Cosette chez la petite Alexandrine. Elle doit apprendre à ravaler ses larmes et balayer le plancher. »

Elle vit dans le quartier des Halles que Zola décrit dans le Ventre de Paris, Comme Nana elle sera fleuriste, comme Gervaise, lingère…Grisette, elle devient  Gabrielle et pose pour les peintres. Cézanne la présente à Zola son ami aixois. Dans la biographie de  Evelyne  Bloch-Dano, il me semble retrouver l‘Œuvre  et la bande d’artistes impressionnistes, les parties de canotage à Bennecourt

« Gabrielle les connaît presque tous, les peintres qui refont le monde chez le Père Suisse, dans la fumée des pipes et l’odeur de térébenthine : Claude Monet, Édouard Manet, Camille Pissarro, Empéraire l’étrange nain, Oller y Cestero l’Espagnol et tant d’autres. »

J’ai énormément de plaisir à trouver les correspondances avec les différentes œuvres des Rougon-Macquart  que n’ai lues récemment. 

C’est avec  l’Assommoir que les Zola achètent Médan et le décorent. Je me régale des commentaires de certains de leurs amis Daudet et Goncourt (quelle langue de vipère que ce dernier). 

« la vraie naissance d’Alexandrine a lieu le 31 mai 1870, le jour de son mariage : ce jour-là, Alexandrine Zola
vient enfin au monde. »

Après 5 ans de vie commune le mariage va donner une nouvelle identité à Alexandrine qui ne sera plus Gabrielle mais Madame Zola 

« On voit comment les rôles se répartiront entre Alexandrine et Zola, sur le modèle du couple bourgeois : un mari productif qui assure par son travail la subsistance de la famille, une épouse qui prend en charge le foyer. »

Et, comme souvent, dans les couples bourgeois, le mari trompe son épouse. Zola ne fait pas exception.  Il mène un existence bigame, Madame Zola, officiellement récolte les honneurs et les invitations, Jeanne et ses deux enfants mènent une existence discrète dans l’ombre. La colère d’Alexandrine sera violente, puis elle accepte la situation. Tant que Zola travaille à la maison, y prend ses repas, et ne retire rien de leur vie commune, elle lui laissera les après-midi, les goûters. Le grand regret d’Alexandrine est de n’avoir pas pu donner d’héritier à Zola. Elle va donc « adopter » les enfants en leur faisant des cadeaux, des visites, ayant même un droit de regard sur leurs études. A la mort de Zola, les deux veuves établiront des rapports encore plus étroits. Alexandrine versera une rente à sa rivale, et finalement les adoptera officiellement si bien qu’ils porteront le nom Emile-Zola son décès. 

Madame Zola sera reçue officiellement en voyage, en compagnie de son mari, puis souvent seule. Elle voyage des mois entiers en Italie à sa guise.

Tout au long de l’Affaire, Alexandrine sera l’alter ego de Zola, sa correspondante de guerre, son témoin numéro
1. 

Compagne mais aussi collaboratrice, elle jouera un rôle important pendant l’Affaire Dreyfus notamment quand Zola sera contraint de fuir en Angleterre.

elle se retrouve « vibrante comme dans sa jeunesse, accueillant une fois encore « comme de vrais enfants gâtés » » tous ceux qui soutiennent son mari. Les jeudis redeviennent des réunions de combat, où l’on vient aux nouvelles, où l’on commente les derniers événements, où l’on se retrouve entre partisans, où l’on fourbit des armes.

Puis après le décès de l’écrivain, elle mènera un travail important pour mettre de l’ordre dans l’œuvre de son mari. Editions, adaptations au théâtre, il lui faudra gérer les entrées d’argent. Les procès, la fuite en Angleterre ont tari les rentrées d’argent. Et enfin la panthéonisation qu’elle accepte mal. 

Zola n’est pas mort puisqu’elle est Alexandrine Émile Zola.

Une belle personnalité! Et une biographie passionnante qui retrace aussi bien la vie d’Alexandrine que celle de son époux.

 

 

Pondichéry ou le Rivage des ombres – Anne Vantal – Buchet Chastel

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

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Merci à Babélio et à l’éditeur Buchet Chastel pour ce beau voyage aux Indes.

Histoire et Géographie : trois destins se mêlent, à trois époques différentes :

1930 Alice rejoint son mari Jules qui dirige une léproserie. Jeune mariée, pianiste, après une longue traversée au cours de laquelle elle fait connaissance avec une riche anglaise, elle  s’installe à Pondichéry. Gandhi mène sa marche du sel dans les Indes britanniques. La Crise ravage les Etats Unis et l’Europe ses effets arrivent amortis sur la Côte de Coromandel. 

1950, Oriane, vient retrouver ses racines. Elle est née à Pondichéry  quitté à 6 ans. Bénévole dans une institution humanitaire, elle  retrouve ensuite des amis de ses parents et travaille dans une indigoterie. C’est la fin de la présence française en Inde, et Bien Dien Phu en Indochine.

2012, Céline sage-femme,  après un évènement tragique, qu’elle tâche d’oublier, fait un stage dans une maternité. Avec son amoureux, Anton, elle fait un peu de tourisme. Intriguée par des photos anciennes, elle mène une  enquête qui la conduira dans les années 30.

Trois femmes sympathiques, trois destins tragiques, beaucoup de beaux sentiments, un peu trop peut-être…

J’ai été intéressée par le contexte historique. Je ne savais pas que  Pondichéry était restée française jusqu’en 1963,  bien après l’indépendance de l’Inde. le rattachement à l’Inde  n’est que rapidement abordé. A Pondichéry se trouve aussi Auroville et l’Ashram de Sri Aurobindo. J’aurais aimé en apprendre plus là-dessus. 

Les trois histoires alternent, en chapitres courts qui donnent un rythme rapide à l’action. Les pages se tournent seules. 592 pages, presque le pavé de l’été.