Placoplâtre : visite de la carrière et de l’usine de Vaujours

BALADES EN ILE-DE-FRANCE

Carrière de Vaujours à ciel ouvert de Bois-Gratuel et piliers anciens de la carrrière souterraine

Le Gypse ou pierre à plâtre a souvent été présent :  étudiants, nous avions entendu parler de la Carrière Lambert, à Cormeilles-en-Parisis, dont la grande coupe faisait rêver les apprentis-géologues. Etudiante-chercheur, thèse de 3ème cycle dans le laboratoire des Evaporites, je l’ai aussi rencontré. A Vitry puis à Créteil,  j’ai enseigné longtemps cet élément consécutif du paysage : les zones inconstructibles de Vitry avec le Parc des Lilas à l’applomb des anciennes carrièes, et la construction étonnante sur pilotis des immeubles de Créteil. Sans parler de la Toponymie, avec la rue des Plâtrières, le Carrefour de la Roue, et la Rue des Porte-dîner, quand les femmes apportaient les gamelles aux carriers du Mont-Mesly. Sans parler des séances de TP à manipuler les beaux cristaux si tendres que les élèves les rayaient à l’ongle….

cristaux de gypse

Sans oublier les anciennes carrières de Paris, le rue Blanche, les Buttes Chaumont et les souvenirs littéraires dans Zola.

Quand j’ai trouvé la visite sur Explore Paris de la Carrière de Vaujours, j‘ai sauté sur l’opportunité. Sans bien réfléchir que Vaujours est difficilement accessible par les transports en commun surtout avec un départ à 8h30. par la route, deux itinéraires possibles, par le nord, le pont de NogentA86, A3 Rosny-sous-bois,  Bondy, Livry Gargan sur la N3 ou par l’Est, A4 Champigny, Collegien, et A104 jusqu’à Villeparisis.

Attention, la visite dure au moins 4 heures!

Surtout, se vêtir de bonnes chaussures, tenue de randonnée, et ne pas oublier la carte d’identité qui sera demandée à l’accueil en l’échange d’un badge. Le site est sensible, photos permises dans la carrière mais absolument interdites dans l’usine (des fois qu’on serait des espions industriels). Le site fournit casque et gilet orange, les chaussures de randonnée font office de chaussures de sécurité. 

Introduction dans la salle de conférences : Rappels de Géologie, formation du gypse  il y a 40 millions d’années par évaporation de lagunes salées, puis transgressions marines et dépôt de marnes imperméables qui ont protégé le gypse. Le gypse est donc présent sous 3 masses épaisses de 16m, 5m et 2m à Vaujours. Il est exploité aussi bien à ciel ouvert dans la carrière de   Bois Gratuel à Villevaudé que nous allons visiter, qu’en carrière souterraine à Vaujours à proximité de l’usine Placo.

Le conférencier est très fier de nous annoncer que le gypse est recyclable à l’infini : de formule CaSO4 2(H2o) il perd son eau au chauffage, devient plâtre sec qu’on va réhydrater pour en faire soit de l’enduit, soit du placoplâtre. Placo recycle de puis 1993 les chutes de fabrication, depuis 2008, les plâtres de chantier et 2023 les plâtres de déconstruction.

Réhabilitation et barrière pour les grenouilles

Une attention particulière est portée pour l’Environnement : compensation (mesures ERC) dans le cas du cordon boisé le long de la Dhuis, 3 mares sont crées, des cordons pour empêcher les grenouilles d’aller dans le chantier, conservation des eaux de ruissellement. L’entreprise s’est aussi engagée à remettre en état la carrière en fin d’exploitation : remblayage et revégétalisation. 

visite de la carrière de Villevaudé

Carrière de Villevaudé : le ballet des gros camions jaunes

Nous avons observé les gros engins, camions et tractopelles occupés soit à l’extraction, soit au remblaiement. L’extraction se situe au niveau de l’ancienne carrière souterraine dont on observe les anciens piliers qui sont arrasés. Les camions déchargent à proximité au concasseur et retourne sur le lieu d’extraction. En revanche de très grosse pelleteuses travaillent dans les marnes vertes et les marnes bleues qui recouvrent le site, les marnes vont recouvrir les zones où l’exploitation est terminée. Des engins applanissent ce remblayage, on ajoutera de la terre végétale et pourra procéder à la plantation d’essences analogues à celles qui poussaient avant l’exploitation.

convoyeur électrique

Un convoyeur électrique long de 4 km va du concasseur à la plâtrière de Vaujours, transportant le gypse de granulométrie réduite. l’installation de ce tapis roulant représente un investissement onéreux mais il a des avantages environnementaux, remplaçant des camions bruyants et gourmands en carburant. 

Visite de l’usine V5

le Placoplâtre est arrivé en France en 1947 des Etats-Unis avec le Plan Marshall et la reconstruction nécessaire après-guerre. La technologie américaine fut importée et a pris son essor dans les années 60.

Après être équipés de casque, chasuble et d’un casque audio pour les explications, on nous donne les consignes de sécurités. Le téléphone ne doit pas quitter le sac à dos. Interdictions formelle de prendre des photos. Même les photos sur internet ne sont pas exploitables (format incompatible avec le blog).

Nous entrons à la file dans le très grand bâtiment, et montons sur une passerelle longue de 700 m et découvrons la ligne de production qui commence avec de monstrueuses bobines de carton. En effet les plaques sont une sorte de sandwich : entre deux couches de carton on injecte la gâchée (plâtre liquide : mélange de plâtre et d’eau), ces plaques vont subir leur traîtement sur un tapis roulant où elles seront sèchées (environ 150°C) au gaz, découpées à bonne dimension, les bords droits ou affinés, selon. En fin, elles sont empilées et rangées dans des cellules de stockage, prêtes à être expédiées avec le matériel nécessaire à leur pose (rails métalliques, sac de plâtre en poudre, carreaux). 

Je suis étonnée de me trouver dans une usine presque vide d’ouvriers, tout est automatisé. Le personnel qui surveille ces installations se déplace soit à vélo, soit sur des engins électriques. Les convoyeurs des piles de placoplâtre sont des engins autonomes sans chauffeur dont la navigation est règlée par Wifi. Selon l’étape de chauffage, il fait plus ou moins chaud. Peu de poussière. On ressent les vibrations des tapis-roulant mais cela ne ressemble pas du tout à ce que j’imaginais. Sur Internet on décompte 500 salariés sur tout le site, mais à quoi correspondent ces emplois, administratifs, chauffeurs, recherche? Pendant la visite on a l’impression que la ligne de production fonctionne toute seule.

En cette période de Guerre en Ukraine, et de fermeture d’Ormuz, la question de l’énergie se pose. Pour chauffer le gypse et faire du plâtre, pour sècher les plaques c’est le gaz qui est la source d’énergie. En revanche, transpalettes électriques (batteries chargées sur place) gros engins autonomes, électriques également. On aurait pu imaginer des panneaux solaires sur le toit du  bâtiment géant. Ce n’est pas prévu. On a pensé au recyclage, à minimiser l’impact environnemental mais on est très dépendant des énergies fossiles.

Cette visite a été passionnante, mais elle soulève encore bien des interrogations de ma part.

Lee Miller au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire jusqu’au 2 août 2026


Attention! Exposition très prisée, réservation recommandée! Même avec résa, queues à prévoir.
Lee Miller est un personnage romanesque. Au-delà de la qualité exceptionnelle des photographies, on peut visiter cette exposition en s’attachant au parcours de vie de Lee Miller.

« je suis née dans la chambre noire et c’est là que j’ai grandi »

Lee Miller : 1932 autoportrait

Elisabeth Miller nait en 1907. En 1917, elle reçoit son premier appareil photo. Visite l’Exposition Art Déco de Paris 1925. En 1927, engagée comme mannequin, elle adopte le prénom androgyne Lee, correspondant mieux à son caractère indépendant. 1929, Elle se présente à Paris pour étudier la photographie comme apprentie de Man Ray. En 1930, installe son propre studio-photo.

Nu penché vers l’avant 1930 – Lee Miller

Auprès de Man Ray (Emmanuel Radnitzky) elle apprend diverses techniques, dont la solarisation, elle développe les négatifs de Man Ray, même se les approprie en les retravaillant. Difficile, dans l’exposition de distinguer les photos des uns ou des autres

Têtes mises sous cloche – Man Ray et Lee Miller

1930, elle joue le rôle de la statue dans le film de Cocteau : Le sang d’un poète dont un extrait est projeté à l’entrée de l’exposition.

Une section de l’exposition UN REGARD SURREALISTE (1929-1932) on voit des photos de Paris avec des cadrages originaux et des portraits des artistes se rattachant à cette mouvance.

Portrait de l’espace près de Siwa 1937

En 1934, Lee Miller épouse Aziz Eloui Bey, et s’installe au Caire, suit des cours d’arabe, de chimie, voyage à Jérusalem et photographie l’Egypte selon des angles variés comme le Portrait de l’espace ou le goudron fondu, elle documente aussi la modernité de l’Egypte avec les tours d’une cimenterie à Helwan, l’ombre projetée sur Gizeh de la Pyramide de Chéops.

Cornouailles,1937, quatre endormies Lee Miller, Leonora Carrington, Nusch Eluard,

1937, rencontre Roland Penrose, peintre, photographe et poète britannique surréaliste. Ils passent à Mougins (portrait de Picasso) puis en Angleterre.

1938 Sur la route en Roumanie

1938, voyage en Roumanie avec Penrose , ils rencontrent l’ethnomusicologue Harry Brauner, frère de Victor Brauner, peintre surréaliste
ARTISTES ET AMIS

Leonora Carrington
Lee Miller a fait le portrait de nombreux artistes, je reconnais au passage Picasso, Cocteau, Colette, Magritte, Leaonora Carrington, Dora Maar….

Elle fait également des photographies de mode pour le magazine Vogue
SOMBRE GLOIRE : BRITAIN AT WAR

Lee Miller, correspondante de guerre

La guerre les fixe d’abord en Angleterre. Lee Miller se fait photojournaliste, elle photographie pour Vogue Londres sous le Blitz. Ses photographies sont destinées à influencer le public américain pour amener les Etats Unis à s’impliquer dans le conflit. En 1942, elle est accréditée par Vogue comme correspondante de guerre.

En Angleterre, elle fait le portrait de femmes militaires en guerre, de pilotes, radios, mais aussi d’ouvrières, de plieuses de parachute
SUR LE FRONT 1944

Lee Miller n’est autorisée à se rapprocher des combats qu’en 1944. Une série montre Saint Malo en guerre. Elle documente mais garde son regard surréaliste quand on voit un canon sous une nappe de dentelle ou des scènes étranges. Une de ses photos sera censurée : celle qui montre la nouvelle arme secrète : le napalm.

1944, Libération de Paris, ce sont les retrouvailles avec Picasso, Dora Maar, Nusch Eluard …

1945, elle suit les troupes alliées en Alsace. Un cliché est tout à fait original : en ligne directe avec Dieu un calvaire a été touché, le support des pieds du Christ se trouve pris dans les cables électriques emmêlés d’un pylône bombardé.
IL FAUT LE CROIRE : BELIEVE IT
Elle découvre Dachau, couvre le procès de Pétain. En plus des photos, rédige des textes. La salle présente des planches-contacts de cette réalité atroce. Les organisateurs de l’exposition du MAM prient les visiteurs de ne pas prendre de photos. Cela se comprend. Elle documente l’impensable pour que le monde la croit.

Comme une purification, avec Schermann ils accèdent à l’apartement de Hitler encore intact et se baignent dans la baignoire d’Hitler.

Schmattès (fringues en yiddisch) – Récit – Guillaume Erner – Flammarion

PROMENADE AU SENTIER

Schmattes

Guillaume Erner est journaliste à France Culture,  écrivain, sociologue.  Dans une autre vie, il fut un des dirigeants de La City, une marque de prêt-à-porter très en vogue dans les années 90. C’est aussi l’auteur de Judéobsession CLIC que j’ai lu « après le 7 Octobre ». Je l’ai écouté dans le podcast des Midis de Culture CLICoù il parlait de son livre Schmattès et de l’écrivain sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918). 

« Moi, j’étais à la fois l’Obélix et le Kant du schmattès. Obélix parce que j’étais tombé dedans quand j’étais petit, Kant parce que je connaissais les catégories de l’entendement. Avec des yeux de mouche, nous aurions
construit une autre géométrie. Moi je n’avais pas des yeux de mouche mais des yeux de schmattologue, c’est
pour cela que je voyais le monde autrement. »

Erner, dans Schmattès, fait un récit très personnel, il se met en scène avec ses parents, ses voisins, ses associés dans l’aventure de La City, ses succès et sa déconfiture. C’est le récit d’un quartier : le Sentier,entre Rue de Turenne, rue de Cléry, Porte Saint Martin, le quartier de la confection, des textiles depuis des décennies. Ateliers, boutiques, et tous les métiers…et ceux qu’on n’imagine même pas, boutons, étiquettes, livreurs, 

« Chaque métier portait un secret, chaque visage racontait une histoire. Le Sentier n’était pas un quartier, c’était un écosystème, et derrière chaque rideau de tissus, un théâtre d’ombres et de lumières. »

Il décortique tous les ressorts économiques de ces commerces, la sociologie, les différentes couches de population. Ashkenazes arrivés de Pologne, de Roumanie ou de Russie pour qui le textile était un moyen de vivre (et de survivre), se définissant comme ouvriers (même s’ils devenaient patrons), votant à gauche. Séfarades, pieds noirs arrivés dans les années 60, à droite (par rancoeur contre la décolonisation)  flambeurs, joyeux…

Ce pourrait être un livre de sociologie sérieux et ennuyeux, pas du tout : Erner écrit avec un humour détonnant et beaucoup de pittoresque un presque thriller, surtout quand, ayant accumulé les dettes, il est aux abois. C’est  un livre très drôle, une lecture addictive.

« À moi qui devais 250 patates, cela parlait particulièrement. Le 10 septembre, je suis allé à un concert, c’était sublime : de la musique de Lekeu, un compositeur mort de la typhoïde à l’âge de 24 ans. Le lendemain, c’était le 11 septembre, et j’ai honte de le dire mais ce jour fut une bénédiction pour moi. Disons »

Il raconte le déclin des marques attaquées par Zara, H&M, et la financiarisation du commerce des textiles.

« C’étaient les armées du Mordor – Mordor, le pays industriel et sombre du Seigneur des anneaux – au service de l’actionnaire et du dividende. Le pire, c’est qu’ils n’étaient même pas riches : de simples salariés. Pas de Porsche, pas de Rolex. Du vice pur. »

« Avec la génération Green, la question de Max Weber disparaît. Le capitalisme cesse d’être une ascèse ; il
devient un carnaval. Plus de protestants, plus de Juifs, plus de repères. Seulement des capitalistes à l’état pur,
gouvernés par l’instinct, obsédés par la maximisation immédiate »

Si  La City et des marques se termine au début de l’an 2000, la roue de l’histoire continue sa course. Zara et H&M vont être détrônées par Shein et Temu… le quartier va se vider au profit des commandes sur Internet et de la livraison des petits paquets. Erner termine son récit avec la faillite de sa marque. 

L’histoire de La City illustre une loi d’airain : la société est là pour protéger l’ordre social. Au fond, plus
personne ne connaît de Juifs du Sentier. Le capitalisme a choisi son camp : celui des multinationales qui
enjambent les lois, et non ces petites entreprises qui les enfreignent parfois.

 

Lecture agréable avec en bonus des « rencontres » avec Zola, Durkheim, Max Weber et Simmel, un côté érudit qui ne se prend pas au sérieux. Amusant!

Epilogue personnel : Mercredi,  j’ai été voir Collapse en face de Gaza au MK2 Beaubourg, un film de l’israélienne Anat Even,  j’ai traversé le quartier à pied, méconnaissable. Cafés bobos, galeries de peinture, troupes de touristes en quête de pittoresque. Je cherchais un sac  à main, je n’ai pas trouvé l’entrée du BHV rue de la Verrerie et j’ai dû marcher jusqu’au métro Louvre pour trouver une maroquinerie qui soldait pour liquidation, apparemment la dernière du quartier, queue invraisemblable devant le chausseur Minelli qui ferme à la fin du mois,  collapse in Rivoli ! 

 

 

 

Denecourt – Le Pionnier de la randonnée -Dominique et Jean-claude Polton / Cezard – Ed. du Sabot rouge

MASSE CRITIQUE GRAPHIQUE DE BABELIO

Du même auteur, chez le même éditeur, Les Editions du Sabot Rouge, que je remercie pour ce cadeau, j’ai lu une biographie de Denecourt : Claude-François Denecourt (1788-1875) »L’amant de la forêt de Fontainebleau » très détaillée, très (trop) fouillée, qui m’avait bien intéressée. Randonneuse depuis plus d’un demi-siècle en Forêt de Fontainebleau, je connais bien ces sentiers, la tour Denecourt, les grottes…

La BD « Le pionnier de la randonnée » présente le personnage et fait  une introduction à la randonnée. Il ne s’adresse pas au même public, destiné à des jeunes et même des très jeunes qui apprendront à reconnaître les balises de GR, les marques rond bleu qui protègent les arbres remarquables, les lettres et les rochers. Des notions de savoir-vivre, de géologie, bien utiles. Denecourt n’est pas oublié : en couleur, dominante verte, la randonnée en famille, en dégradés de bleu les souvenirs historiques avec les rencontres marquantes, la construction des fabriques…Ces codes-couleurs facilitent la lecture pour les plus jeunes. 

Peut-être un peu encombrant dans le sac à dos, mais pourquoi pas le lire en route ou dans le train avant de partir marcher sur les chemins?

Les Beaux Messieurs de Bois-Doré – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Quelle bonne idée de la part de Claudialucia que de proposer cette lecture commune d’un ouvrage moins connu de George Sand ! Avec une nouvelle facette  de l’oeuvre de la Bonne dame de Nohant qui s’aventure dans le roman historique, de cape et d’épée.  

Pavé de plus de 700 pages avec de l’action, de l’amour, des personnages nombreux, très pittoresques et attachants. 

Le roman se déroule en Berry, dans trois manoirs voisins, pendant le règne de Louis XIII. Les guerres de religion font encore rage. A Bourges, Condé et les Jésuites tentent de s’imposer. L’arrivée d’un noble espagnol, Sciarra d’Alvimar venu se cacher en Province après un duel à Paris qui a mal tourné, chez un châtelain berrichon va provoquer les premières péripéties. 

Il a un grand malheur en la tête, qui est d’être trop Espagnol. Ces gens sublimes méprisent tout ce qui n’est pas eux; mais je crois qu’ils se sont rompu les reins en martyrisant et en exterminant ces pauvres Morisques. Ils s’en mangeront les mains, un jour ou l’autre.

Alvimar est reçu à la Motte-Seuilly chez M. De Beuvre et sa fille Lauriane, qui avait « embrassé le parti de la Réforme » sans être « exalté en fait de religion ». Alvimar est ensuite invité à Briantes, chez le beau Marquis de Bois-Doré, vieil original emperruqué et fardé, toqué de l’Astrée au point d’avoir construit un jardin sur le modèle du roman et de nommer ses serviteurs aux noms de ses personnages.

« la monomanie de M. de Bois-Doré était assez répandue de son temps pour n’être pas une excentricité. Henri IV et sa cour avaient dévoré l’Astrée, et, dans les petites cours d’Allemagne, les princes et princesses prenaient encore ces noms redondants que le marquis imposait à ses gens et à ses bêtes. La vogue passionnée du roman de M. d’Urfé a duré deux siècles; il a encore ému et charmé Jean-Jacques Rousseau »

Chevaleresque, cultivé, admirateur du bon roi Henri IV, Bois-Doré est débonnaire, tolérant et aimé de tous.

« il me faut pratiquer ici l’hospitalité à la mode antique, respecter les secrets de mon hôte et lui faire bon visage, comme à un ancien ami dont on croit tout le plus honorable du monde. Mais cela ne m’oblige point à
lui donner la confiance qu’il me refuse, et c’est pourquoi vous avez vu que, devant lui, je vous ai laissé en un
coin comme un pauvre musicien à gages. »

En revanche, Alvimar, peu respectueux de l’hospitalité généreuse de Bois-Doré, cherche un allié auprès du curé Poulain.

« —Si cet ecclésiastique est zélé pour la bonne cause, pensait-il, il peut m’être utile de l’avoir pour ami; car ce de Beuvre est un huguenot, et le Bois-Doré, avec sa tolérance, ne vaut pas mieux. Qui sait si je pourrai vivre en bonne intelligence avec de pareilles gens? »

Surgissent une troupe de Bohémiens, accompagnés d’une Morisque et d’un jeune enfant. Une gitane fait d’étranges prédictions qui vont se révéler exactes….mais je ne veux pas tout dévoiler!

Alvimar et Bois-Doré se retrouvent tous les deux prétendants à la main de Lauriane. Lequel aura la préférence de la jeune veuve de 16 ans? Cette rivalité va tourner très mal pour l’un d’entre eux….

Mais, au fait, pourquoi les Beaux-Messieurs de Bois Doré? Pourquoi ce pluriel? C’est que le Marquis a retrouvé son neveu qu’il a adopté, le petit Comte de Bois-Doré, aussi beau que son père adoptif, aussi valeureux et amoureux de Lauriane, à 11 ans est-ce raisonnable de demander sa main?

Elle me dira peut-être, pour me remettre le coeur au ventre que je ne suis point un bâtier de paysan, ni un
méchant batteur d’estrade, ni un valet grenier à coups de bâton, car il est dit des valets qu’ils sont comme les
noyers, lesquels tant plus ils sont battus, tant plus ils rapportent. Elle me dira encore que je ne suis ni un
escogriffe, ni un tire-laine, ni un damoiseau, ni un fier-à-bras, ni un olibrius, ni un godelureau, ni un
pourfendeur, ni un ostrogoth, ni un escargot; que j’ai assez bonne mine, nonobstant une physionomie un peu
subalterne; mais, devant un mérite comme celui de la dame que je vois (on n’estropie pas une déesse pour la
regarder), et devant une réunion de seigneurs qui ressemblent plus à une assemblée de monarques qu’à une charretée de veaux en foire, le plus vaillant homme du monde perd la tramontane et n’est plus qu’un égout
d’ignorance, une sentine de stupidités et le bassin de toutes les impertinences…

 

Assaut du chateau de Briantes par des brigands, les reîtres du lieutenant  Saccage  et du Capitaine Macabre.

Condé et le curé Poulain organisent les persécutions des Huguenots…Lauriane se voit exilée dans un couvent tandis que son père est parti combattre (et faire des affaires ) avec les Protestants.

Tout un feuilleton, batailles…un vrai roman d’aventure! doublé d’un roman d’amour. Sans parler de l’attention portée aux personnages secondaires, aux valets et aux servantes, au vaillant Adamas

« Adamas, n’ayant jamais manié d’autre arme que le peigne et le fer à papillotes, remplissait évidemment le rôle de la mouche du coche, rôle qu’il savait rendre utile, et que savent bien nécessaire, parfois, ceux qui
connaissent la lenteur et l’apathie berrichonnes.

Sans oublier le colossal carrosseux, Aristandre, si dévoué!

Et toujours ce style inimitable de George Sand si savoureux avec le souci du détail, de la vie quotidienne comme ces descriptions de l’auberge

On sait qu’en ce temps-là encore, les auberges se distinguaient en hostelleries, gîtes et repues. Les gîtes
étaient particulièrement affectés pour la nuit, et les repues pour le dîner des voyageurs; ces dernières étaient
de méchantes auberges où les gens de bien ne s’arrêtaient que faute de mieux,
du corbeau, de l’âne et de l’anguille de Sancerre, c’est-à-dire de la couleuvre. Les gîtes, au contraire, étaient
souvent très-luxueux. Les hôtelleries se divisaient encore en auberges pour les gens à pied et en auberges
pour les gens à cheval. On y pouvait prendre deux repas.

je pourrais recopier tant de passages amusants! Découvrez les!

Ecole du Breuil et Arboretum du Bois de Vincennes et retour par les bords de Marne

TOURISTE DANS MA VILLE

Ecole du Breuil : bassins aux palmiers

Babélio a organisé une bien jolie rencontre avec Claire Elder : l’autrice de La Botanique des amours perdues, romance où les « amours perdues » avaient pris le pas sur la botanique et qui m’avait un peu déçue. 

Thuya taillé en nuage

Occasion de rattrapper la botanique  : la rencontre a eu lieu à L’Ecole du Breuil et commence par une visite du jardin en compagnie de l’écrivaine, commentée par la Responsable de la Bibliothèque de l’Ecole. Elle commence par l’historique de l’Ecole, créée en 1867 à la suite de la création par Alphand des parcs parisiens (Montsouris, Monceau, Buttes-Chaumont) afin de former le personnel qui doit entretenir ces parcs. Située à la Porte Dorée, l’école dut déménager à la suite de  l’Exposition Coloniale de 1931. 

Vivaces, sauges et graminées, hélichryses….supportant ensoleillement et sécheresse.

Actuellement, l’école assure une formation scolaire de la Seconde au BTS, une formation par l’apprentissage ainsi que de niveau universitaire en liaison avec la faculté d’Orsay. En outre, des cours de formation professionnelle pour adulte ainsi que des cours pour un millier de jardiniers amateurs qui peuvent se perfectionner, quelques heures, quelques jours.

Gouttes d’eau sur une pivoine

Notre guide nous montre les différents tableaux végétaux : jardin à la française avec ifs taillés en cône sur la cour d’honneur, entrée de la bibliothèque, jardins d’ombre avec des fougères, jardins de terre de bruyère avec rhododendrons, bruyère taillée en haies. Lycéens et apprentis apprennent le métier mais aussi expérimentent.  Sans phytosanitaires depuis une quinzaine d’années, ils protègent avec un voile les salades et laissent le soin aux poules et aux bernaches de limiter escargots et limaces.

pois fleuris

Au potager, dans le jardin enclos de murs avec des fruitiers en espaliers, il y a des salades, des fèves, des petits pois, des blettes de toutes couleurs.

On anticipe le changement climatique, avec l’agroforesterie, des plantes sauvages sont censées éponger les pluies. On laisse agir  la nature dans certains coins en ne touchant ni aux orties, ni à la chélidoine ou aux fausses oseilles arrivées par le vent ou les oiseau. Certaines assureront la régulation de l’eau en excès.

Jarfdin polynésien et kayak (on edst à Joinville, lieu de l’aviron)

Des étudiants plasticiens sont invités à installer leurs créations dans le jardin. Ce jardin est vraiment un plaisir des yeux! On peut le visiter chaque jour de 9h à 19h en été. Les serres, en revanche ne sont ouvertes que le mercredi après-midi.

Dans les serres, les sedum

j’ai oublier de décrire la roseraie, splendeur odorante en ce début mai. Et les rosiers grimpants qui colonisent les hêtres..

Comme nous sommes venues (seulement des dames dans les visites) pour parler d’un livre, la conférencière a choisi de nous présenter les végétaux emblématiques du livre puisque l’héroïne de l’histoire est botaniste comme son amoureux. Nous nous arrêtons donc devant l’albizia, les hélichryse au parfum de cumin, la sauge, les hellébores cités dans le livre.

TRès très joli plateau de fromages.

Babélio qui nous invite a préparé un très joli pique-nique, très très bien présenté avec des fruits frais et des fromages variés. Nous avons l’occasion de rencontrer Claire Elder qui dédicace ses livres. 

Dans l’arboretum, une vedette, le Pin de Napoléon haut de 16m et 78 cm de circonférence.

Je suis venue en autobus 281 jusqu’à la gare RER A de Joinville et 750 m de marche sur la route de la Pyramide que j’ai en bien du mal à trouver. Comme le soleil brille, j’ai envie de poursuivre la promenade dans le Bois de Vincennes. En traversant l’arboretum qui est une collection des arbres de Paris. Tous les arbres sont étiquetés et surveillés. Etudiés, il donnent des indications de leur comportement dans le changement climatique.

je suis une allée sur le Plateau de Gravelle non loin de l’hippodrome, puis le long d’un petit lac, rejoint l’allée du Point de Vue, il faut redescendre sur la route dès qu’on a atteint un petit kiosque, la traverser et descendre raide vers l’autoroute A4 et la Marne. Une haute et longue passerelle enjambe l’autoroute, la jolie passerelle de Charentonneau surplombe la rivière et débouche juste à la nouvelle plage sur la Marne. Par les bords de Marne on peut rejoindre le métro Maisons-Alfort -Vétérinaire vers l’ouest ou prendre un autobus pour Créteil .

La botanique des amours perdues (J’ai Lu)

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Surprise de Babelio merci à Babelio et à l’éditeur !

j’ai répondu avec enthousiasme à l’invitation de rencontrer l’autrice au Jardin du Breuil dans le bois de Vincennes. J’adore les jardins sous toutes leurs formes : jardins de curé, jardins Renaissances, jardins anglais, tropicaux, méditerranéens….je lis, j’écoute en podcast Gilles Clément, Bernard Hallé, ou la biographie de La Quintinie….

parc de Sceuax : anémones bleues

Toutes les aventures botaniques me passionnent. J’ai accueilli cet ouvrage avec joie : jolie couverture fleurie, format de poche, 380 pages.

j’aurais dû m’interesser au titre en entier. Botanique, oui, 3fois oui, mais les amours perdues auraient dû m’interpeler. Je ne suis pas lectrice de romance, ni rose, ni noire et il y a plus de roman d’amour que de botanique dans cet ouvrage. Je ne suis donc pas le public idéal pour ces histoires de beaux séducteurs toxiques et de jeunes filles séduites et amoureuses.

Deux histoires se mêlent, se tressent : en italique la narratrice se raconte à son amoureux perdu, elle lui raconte son histoire secrète, son enfance balottée de foyer en foyer, son desespoir quand il la trahit, ses espoirs de le reconquérir. Avec des caractères différents se raconte le présent, la maison et le jardin où elle se réfugie. Et la botanique là-dedans? un petit paragraphe qui présente un végétal, fleur ou arbre, son nom latin, ses caractéristiques, succinct, peu original.

J’aurais pu me laisser emporter mais le style très plat et fade m’a perdue. J’ai regretté ne pas flaner plus dans le jardin que la narratrice entretenait. J’aurais aimé lire le cahier de jardin que l’ancienne jardinière Agata a tenu autrefois. Quelle bonne idée ce livre de bord, j’aurais appris des techniques anciennes, des trucs horticoles, des variétés anciennes, des dates de plantation, des rythmes d’arrosage. Dommage que l’autrice n’ait pas developpé cette piste.

Ce livre plaira sans doute à de plus jeunes lectrices, avides d’histoires d’amour, consommatrices de romance.

 

La Maison-Atelier de Chana Orloff, villa Seurat

ATELIER D’ARTISTE NON LOIN DE MONTPARNASSE

Maternité

Il convient de réserver sur Internet sur le site de la Maison de Chana Orloff.(www.chana-orloff.org). Elle est ouverte le week-end et certains mercredis. Pour y aller : métro ligne 6, station Saint Jacques et prendre la rue de la Tombe-Issoire.

« mon fils marin » de Chana Orloff, place des Droits de l’Enfant

Quand vous aurez trouvé Didi dans le petit square vous serez presque arrivés! Chana Orloff est une artiste qui me touche beaucoup aussi bien pour la qualité de ses oeuvres que pour son histoire.

Chana Orloff

Chana Orloff est née en Ukraine en 1888, qu’elle a quitté avec sa famille en 1905 pour la Palestine. En 1910, elle part pour Paris se perfectionner comme couturière, rencontre les artistes de Montparnasse, Soutine, Modigliani …En 1926 elle fait construire sa maison-atelier dessinée par Auguste Perret

Auguste Perret

Cet atelier son « travailloir » comporte un espace d’exposition, sorte de galerie, un atelier éclairé par une verrière et un appartement en étage. Cent ans plus tard je retrouve les oeuvres exposées

Portrait de ses contemporains

Chana Orloff a réalisé de nombreux portraits très originaux. Elle saisit les traits caractéristiques d’un personnage sans toutefois tomber dans la caricature. J’ai regretté qu’un inventaire de ces contemporains n’ait pas été fait. La guide, très aimable m’en a montré quelques un dont Anaïs Nin qui était sa voisine. Des têtes mais pas seulement. Sur les bustes ou sur les personnages en pied, on peut noter le soin porté aux accessoires, aux costume bien taillé : l’oeil de l’ancienne couturière!

Personnages mais aussi animaux comme ce teckel

Un de ses sujets favoris sont des maternités, ce qui n’allait pas de soi pour les pionnières de l’époque comme Anaïs Nin, ou les Amazones qu’elle fréquentait.

Naturalisée française (et décorée) en 1925, elle reste à Paris pendant l’occupation allemande, prévenue juste avant la rafle de juillet 1942, avec sont fils, elle fuit en Suisse jusqu’à la fin de la guerre. Pour retrouver sa maison pillée, ses sculptures disparues. Seules 4 seront retrouvées.

Le Retour

Son style va changer, elle va prêter moins de soin aux détails vestimentaires. Surfaces plus rugueuses. Le Retour restera donc caché longtemps avant d’être présenté.

Après la naissance de l’Etat d’Israël, elle va y travailler. Une commande de statue à la mémoire de héros de guerre sera honorée avec la monumentale maternité d’Ein Gev

Maternité d’Ein Gev

Elle décède à Tel Hashomer en 1968.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la biographie que lui a consacrée Rebecca Benhamou : L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture CLIC

Le livre commence au kibboutz Beeri, kibboutz victime du 8 octobre, encore une maison détruite, une maison pillée. La statue des Inséparables a disparu, volée? détruite?

Inséparables

la musée de la Maison de Chana Orloff organise à l’étage des expositions : en ce moment La Guerre et la Paix

Guerre et Paix

 

Autour du parc Montsouris, maisons d’artistes et histoires d’eaux

TOURISTE DANS MA  VILLE

Rue des Artistes Paris XIVème

Le rendez-vous pour la visite d‘Explore Paris intitulée « Sous les pavés les aqueducs : les secrets du 14ème arrondissement » est fixé au coin de la Villa Seurat. Du métro Saint Jacques j’ai emprunté la rue de la Tombe-Issoire, l’avenue René Coty qui est occupée par une végétation luxuriante, comme une coulée verte, un escalier mène à la rue des Artistes et on retrouve la Rue de la Tombe-Issoire un peu plus loin. Ce quartier à l’arrière de Montparnasse fut un quartier d’artistes. 

 

La Villa Seurat est une impasse bordée d’ateliers d’artistes. Le plus connu est la maison de Chana Orloff au 7bis,(visites le week end, réserver à l’avance CLIC Dali  occupa le n°1, au n°4, se trouve la Villa Lurçat (appartient à l’Institut)et peut se visiter)CLIC.> 

Soutine et Henry Miller ont également habité la villa Seurat.

Villa Lurçat 4 villa Seurat

Lurçat est à l’origine de l’intallation des ateliers dans ce quartier modeste du Petit-Montrouge, non loin des fortifs et de la zone. Jean Lurçat fameux pour ses tapisseries avait un frère architecte André Lurçat qui a construit d’élégantes maisons blanches dans le style du Bauhaus. Au N°3 se trouve un autre atelier Bauhaus.

Maison de Chana Orloff, villa Seurat dessinée par Auguste Perret

 

 

 

 

 

 

La Maison de Chana Orloff est l’oeuvre d’Auguste Perretles structures en béton sont visibles rappelant les maisons à pan de bois. A l’étage un décor en relief un peu comme les décors à la pointe de diamant, pour les pièces d’habitation. Dans l’entrée j’ai aperçu l’accordéoniste 

 

 

 

 

Non loin Rue Marie Rose, nous découvrons la grande église franciscaine en briques rouge. Construite (1934-1938) au coeur de la ville dans l’idée d’évangéliser les quartiers populaires

églisde franciscaine

Poursuivant la rue de la Tombe-Issoire, nous découvrons les très vastes réservoirs protégés par des rouleaux de fils barbelés dissuasifs.  Second Empire, dûs à Alphand, l’ingénieur responsable des travaux hydrauliques de Paris ainsi que des Parcs, comme le Parc Monsouris tout proche. 

Réservoirs Montsouris

D’élégants pavillons de meulière et briques surmontés par une verrière portant des mascarons à tête de lion bleus sont sur les vannes de grands aqueducs le plus souvent souterrains transportant l’eau de rivières : Le Loing et la Voulzie. La qualité de l’eau était vérifiée par un « truitomètre » les poissons faisant office d’appareils. Non loin de là, un aqueduc fait surface à Arcueil

Fontaine Wallace

De l’autre côté de l’avenue Reille, un panneau présente le projet SILVIA d’une Agroforêt urbaine et comestible pour passer d’un espace bétonné à une renaturation. En 2023 furent plantés 120 châtigniers et noisettiers. Le nom « forêt urbaine » me fait sourire, square, parc, bosquet peut-être, mais forêt n’est-ce pas exagéré? 

Square Montsouris

Le Square Montsouris n’est pas un square mais une rue bordée de grosses maisons mitoyennes derrière des jardinets très fleuris. En cette journée de printemps glycines, cornouillers, rosiers sont en pleine floraison. 

square montsouris nichoirs

Ces maisons tranquilles sont maintenant très chics mais elles ont été construites pour une population modeste.

Square Montsouris maison Le Corbusier.

Au coin on remarque encore une maison d’architecte. A l’autre extrémité on découvre le Parc Montsouris avant d’y entrée, détour par la Rue Braque où l’atelier du peintre, oeuvre d’Auguste Perret, est masqué par une jungle de lierre, bambous et autres lianes. Des volets métalliques obstruent les fenêtres Est-il à l’abandon? Mystère!  Une observation plus attentive laisse penser que non, le jardin est propre et la poubelle sortie. 

REr B dans le parc sous les rail une exposition de panneaux racontant l’histoire du parc et Alphand

Le Parc Montsouris a été créé en 1860, ouvert en 1878, à proximité des fortifications. Curiosité soulignée par notre guide : « parc de gares » parcouru par deux lignes de chemin de fer le RER B et la Petite Ceinture qui courrait dans un creux. Un lac (bac en ciment) rafraîchit le parc. De l’autre côté on peut deviner la maison de Coluche. Higelin habitait aussi dans le coin mais sa maison a disparu, on a nommé une allée à son nom. Il y a énormément de monde sur les pelouses comme en plein été .

Notre guide nous a ménagé une surprise : la ZAC Alésia Montsouris a été aménagée dans les année 1990 sur des friches ferrovaires(RATP). Le chantier a mis au jour deux aqueducs : l’Aqueduc Médicis qui amenait l’eau aux jardins du Luxembourg et un aqueduc romain desservant Lutèce. les constructions ont endommagé les conduits mais on a préservé quelques vestiges qui sont encore visibles : on peut voir le vériatble béton romain dont l’usage s’est perdu. La toponymie garde le souvenir de deux empereurs Julien l’apostat (331-363) et Valentinien. 

Fontaine sur les boulvards des Maréchaux

La promenade se termine le long de la Cité Universitaire et nous retrouvons un troisième aqueduc (Second Empire) et les vestiges des fortifications de Thiers.

Ce fut une après midi très agréable et le conférencier l’a rendue très vivante avec de nombreuse anecdotes et explications historiques.

 

Felix Holt, le radical – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Après la lecture de La Ville Noire de George Sand, roman social écrit en 1860 nous continuons le Challenge avec Felix Holt, paru en 1866. Deux oeuvres tout à fait contemporaines, se situant dans des villes de province (Thiers pour la Ville Noire et la ville fictive de Treby Magna dans les Middlands. Ici, s’arrête la correspondance entre les deux livres. 

Felix Holt est un très gros pavé de plus de 800 pages dont la lecture a été laborieuse.

Mon ignorance  de l’histoire anglaise, de ses rois et leaders politiques  m’a génée. Heureusement le traducteur nous fournit des notes en fin de volume, et cela ralentit la lecture. Whigs et Tories, c’est encore à ma portée mais que sont ces « radicals« ? D’autant plus qu’il semble y avoir deux acceptations pour ce concept, celle de Harold Transome,politicien un peu plus à gauche que les whigs et ceux qui sont vraiment radicaux comme Felix Holt. Autre lacune :   la religion, les différents courants, entre Anglicans, Non-conformistes (?) et catholiques, je manque de références. Toujours au chapitre religion, les citations bibliques s’incrustent dans les arguments du pasteur et des femmes pieuses. Là encore, les notes vont bien m’aider, et me retarder. Comme tout sujet de Victoria est censé connaître Shakespeare, les allusions sont nombreuses et me laissent perplexe. Et je parle pas de la mythologie! Tout cela est bien intéressant mais cela ne fait pas avancer l’intrigue!

L’action est assez ramassée dans le temps, en 1832, juste avant et après une campagne électorale.

Trois volumes :

Le  volume I  présente les personnages, plante le décor.  Les propriétaires terriens, les Transome,  en leur manoir, l’avocat  Jermyn qui a géré les domaines et les démélés judiciaires. Comme dans le Moulin sur la Floss,  les affaires embrouillées et les procès semblent peser sur les finances.   D’un autre côté : la petite congrégation non-conformiste autour du Pasteur Lyon, sa fille, Esther, et Felix Holt, idéaliste qui a abandonné les études de médecine pour s’établir horloger et qui veut éduquer les ouvriers. 

Le volume II se déroule pendant la campagne électorale. Une réforme récente a créé de nouvelles circonscriptions, de nouvelles candidatures se déclarent. Etrangement, Harold Transome, de bonne famille de tradition tory se présente comme Radical . Il va faire appel à Jermyn comme agent électoral, qui lui-même délègue ses pouvoirs à un personnage trouble, Johnson. En 1832, le suffrage universel n’existe pas. Etrangement, un même électeur peut avoir plusieurs voix, qu’il peut même offrir à deux concurrents. Les votes s’achètent par des faveurs quelconques. Les ouvriers, évidemment, ne votent pas mais ils peuvent influencer la campagne, acclamant ou conspuant tel ou tel candidat. On peut gagner leur faveur en payant des tournées de bière dans les pubs. Evidemment, les ouvriers alcoolisés peuvent causer des troubles…. Felix Holt se trouve mêlé à ces agissements .

Le volume III commence après les élections. Harold Transome a été battu par le tory Debarry. Felix Holt accusé d’être le meneur d’une émeute est emprisonné. Harold Transome veut se débarrasser de Jermyn dont il n’a plus besoin. Ce dernier, détenteur de secrets de famille, va le faire chanter. Et se trame une histoire d’amour entre Esther dont le secret de la  naissance a été révélé, et Harold TransomeQuel amoureux Esther va-t-elle choisir : l’intègre Felix Holt, emprisonné injustement ou Harold, le gentleman qui lui procurera une vie agréable au manoir? Esther joue le rôle principal dans ce volume. Le roman s’éloigne de la politique pour prendre la tournure d’un roman d’amour, presque une série télévisée. 

Ce  roman très dense, très riche, très varié m’a beaucoup intéressée malgré   les écueils   qui ont retardé ma lecture. Les personnages très variés et très nombreux sont complexes et évoluent au cours de l’histoire. Si les hommes sont les protagonistes de la campagne électorale, les femmes jouent un rôle important et leur personnalité n’est pas négligée. Elles ne votent pas (les ouvriers non plus) mais elles ont des opinions souvent tranchées et n’hésitent pas à agir quand elles en ont l’occasion. Les citations (que je n’ai pas beaucoup appréciées  à cause de mon manque de culture) sont parfois des éléments humoristiques puissants. Il faut être britannique pour en goûter pleinement la saveur.

Me voilà donc un peu moins ignorante en ce qui concerne l’Angleterre du XIXème siècle! Et prête à de nouvelles aventures de la George anglaise!