Lecture commune Maryse Condé (piqûre de rappel)

LECTURE COMMUNE

Quelle meilleur hommage à la grande écrivaine (Prix Nobel alternatif) que de lire et faire lire son œuvre, la découvrir ou la relire.

La date prévue pour la lecture commune est le 20 Mai 

Pour faire la récapitulation des liens avant notre départ en Corse les liens sont à déposer ici en commentaire. 

j’ai déjà le retour de Nathalie :qui a lu Victoire

Pour ma part, Miriam Le cœur à rire et à pleurer, La Belle Créole, Ségou pour la lecture commune 2024 et à l’occasion de notre voyage en Guadeloupe  Traversée de la Mangrove, Moi, tituba, Sorcière …noire de Salem

Aifelle a lu Le coeur à rire et à pleurer

Claudialucia : Moi, Tituba Sorcière de Salem

J’espère que vous aurez autant de plaisir que moi à découvrir ses livres et j’attends ici vos retours

Du côté de chez Swann – l’amour de la lecture/écriture?

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commune

« Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des
incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et
d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous … »

Le jeune narrateur se consacre avec passion à la lecture. Son ami Bloch lui recommande Bergotte et le détourne de Musset?

« persuadé que mes pensées eussent paru pure ineptie à cet esprit parfait, j’avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m’arriva d’en rencontrer, dans tels livres, une que j’avais déjà eu moi-même, mon cœur se gonflait comme si Dieu dans sa bonté me l’avait rendue, l’avait ,déclarée légitime et belle. Il arrivait qu’une page de lui disait les mêmes choses que j’écrivais souvent la nuit à ma grand’mère et à ma mère quand je ne pouvais dormir, si bien que cette page de Bergotte avait l’air d’u  recueil d’épigraphes pour être placées en tête de mes lettres. Même plus tard quand je commençais de composer un livre, certaines phrases dont la qualité ne suffit pas pour décider à la continue, j’en retrouvais l’équivalent dans Bergotte… « 

Le jeune narrateur se met déjà dans la situation de composer un livre, d’écrire.

Swann le conforte dans son admiration de Bergotte. mais qui est donc Bergotte. Quand le rencontrerons-nous? Un écrivain existant ou un idéal?

Lecture et écriture, le jeune est déjà écrivain quand il regarde la nature au cours de ses promenades

Alors, bien en dehors de toutes ces préoccupations littéraires et ne s’y rattachant en rien, tout d’un coup un toit, un reflet de soleil sur une pierre, l’odeur d’un chemin me faisaient arrêter par un plaisir particulier qu’ils me donnaient, et aussi parce qu’ils avaient l’air de cacher au delà de ce que je voyais, quelque chose qu’ils m’invitaient à venir prendre et que malgré mes efforts je n’arrivais pas à découvrir. Comme je sentais que cela se trouvait en eux, je restais là, immobile, à regarder, à respirer, à tâcher d’aller avec ma pensée au delà de l’image ou de l’odeur. Je m’attachais à me rappeler exactement la ligne du toit, la nuance de la pierre qui, sans que je pusse comprendre
pourquoi, m’avaient semblé pleines, prêtes à s’entr’ouvrir, à me livrer ce dont elles n’étaient qu’un couvercle. Certes ce n’était pas des impressions de ce genre qui pouvaient me rendre l’espérance que j’avais perdue de pouvoir être un jour écrivain et poète, car elles étaient toujours liées à un objet particulier dépourvu de valeur intellectuelle

 

La personnalité de l’écrivain s’ébauche dans ces lignes. Pour notre plus grand plaisir! Plaisir de sentir la lumière toucher la pierre… d’imaginer, de se laisser porter. Quand l’écrivain va-t-il s’affirmer? Comment? Suspens! Encore quelques centaines de pages…..

A suivre…

Du côté de chez Swann – Combray, en famille

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commune

« Tous ces souvenirs ajoutés les uns aux autres ne formaient plus qu’une masse, mais non sans qu’on ne pût distinguer entre eux – entre les plus anciens, et ceux plus récents, nés d’un parfum, puis ceux qui n’étaient que les souvenirs d’une autre personne de qui je les avais appris – sinon des fissures, des failles véritables, du moins ces veinures, ces bigarrures de coloration, qui, dans certaines roches, dans certains marbres, révèlent des différences d’origine, d’âge, de « formation ». »

Du côté de chez Swann est raconté par un narrateur-enfant d’un âge indéfini ou plutôt l’accumulation de souvenirs des beaux jours passés à Combray  avec ses parents, grands-parents, des deux soeurs de la grand-mère dans une belle maison avec un jardin agréable propice à la rêverie et à la lecture.

Affection et tendresse indéfectible (ou presque) de la mère dont le baiser du soir, s’il est empêché par une visite, devient un manque insoutenable. 

Vie bourgeoise qui n’est troublée que d’évènements minuscules,

« Le monde se bornait habituellement à M. Swann, qui, en dehors de quelques étrangers de passage, était à peu près la seule personne qui vînt chez nous à Combray, quelquefois pour dîner en voisin »

qui se présentait en toute simplicité et dont ils ne soupçonnait pas le rang social

un des membres les plus élégants du Jockey-Club, ami préféré du comte de Paris et du prince de Galles, un des
hommes les plus choyés de la haute société du faubourg Saint-Germain.

L’ignorance où nous étions de cette brillante vie mondaine que menait Swann tenait évidemment en partie à la réserve et à la discrétion de son caractère, mais aussi à ce que les bourgeois se faisaient de la société une idée un peu hindoue et la considéraient comme composée de castes fermées où chacun, dès sa naissance se trouvait placé dans le rang qu’occupaient ses parents et d’où rien à moins d’un hasard d’une carrière ou d’un mariage inespéré, ne pouvait vous tirer pour vous faire pénétrer dans une caste supérieure »

Combray est  un monde clos, immobile où tout le monde connaît tout le monde. Seul, un pêcheur inconnu restera pour l’enfant un mystère insoluble. Un monde étriqué  où le moindre incident, le retard d’une paroissienne à la messe, pourra fournir un sujet de distraction pour la journée entière à la tante Léonie immobilisée dans sa chambre à l’étage. A la frange de cette société figée, conservatrice, l’aristocratie représentée par la Duchesse de Guermantes, fait rêver le narrateur. Les mauvaises fréquentations de la fille du professeur de piano Vintheuil sont sujet de ragots. Un autre défaut rédhibitoire, le snobisme fera exclure Legrandin

« trouvé en un instant lardé et alangui comme un Saint Sébastien du snobisme »

« Et certes cela ne veut pas dire que M. Legrandin ne fût pas sincère quand il tonnait contre les snobs. Il ne
pouvait pas savoir, au moins par lui-même, qu’il le fût, puisque nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n’est que d’eux que nous avons pu l’apprendre. »

 

Avec une précision d’horloger ou d’entomologiste, les rouages psychologiques sont analysés : les rapports complexes de maîtresse à domestique qui lient la Tante Léonie grabataire à Françoise, cuisinière, dame de compagnie, intendante qui, elle-même entretient des liens pervers avec la fille de cuisine.

Préjugé de cette fin du XIX, l’antisémitisme, pas virulent mais acide : le Grand-père détecte les Juifs dans les fréquentations du narrateur et fredonne des airs connus, allusifs. « Aucun sentiment malveillant » note l’enfant, voire..

Zola, dans mes lectures précédentes, avait brossé, tableau par tableau, une fresque du Second Empire, Proust dessine une esquisse impressionniste de cette bourgeoisie respectable, plutôt bienveillante mais d’une étroitesse d’esprit étouffante.

Du côté de chez Swann – Marcel Proust – lecture gourmande

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commune

J’avais 15 ou peut être 16 ans, j’avais lu Proust comme un défi, « cap de lire des livres difficiles pour adultes? « . Et voici un nouveau challenge, initié par Claudialucia. Faut-il être motivée par une lecture commune pour s’attaquer à un Everest de la littérature?

Le côté de Méséglise avec ses lilas, ses aubépines, ses bluets, ses coquelicots, ses pommiers, le côté de
Guermantes avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la
figure des pays où j’aimerais vivre, où j’exige avant tout qu’on puisse aller à la pêche, se promener en canot,
voir des ruines de fortifications gothiques et trouver au milieu des blés,

Première surprise, cette lecture m’a emportée dans des promenades délicieuses et fleuries du côté de Guermantes ou de Méséglise, lilas ou épines odorantes dans la campagne de Combray en limite du Perche et de la Beauce où les clochers des églises se voient de loin…et je n’ai rien trouvé de difficile à les suivre.

 » mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outre-mer et de rose et dont l’épi, finement pignoché
de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied – encore souillé pourtant du sol de leur plant – par
des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses
créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair
comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus »

Lecture printanière et gourmande.

Justement la saison des asperges!

Proust m’apprend qu’on « plume » les asperges, j’ai plumé les premières hier matin en me délectant du texte que j’ai copié ci-dessus. J’ai aussi lu avec gourmandise les menus que Françoise confectionnait.

Et bien sûr, le goût de la madeleine trempée dans le tilleul, que chacun reconnaîtra et qui fera resurgir les souvenirs.

Dernière surprise : cette lecture de jeunesse n’était pas enfouie si loin, j’ai retrouvé les pages…inoubliables….

Cocteau à Menton

CÔTE D’AZUR

Menton

En février 2017, j’ai eu le plaisir de passer 3 jours à Menton chez des amis à l’occasion de la fête des Citrons. De ce court séjour, très dense, je n’avais pas fait de billet de blog. Notre visite récente à la Maison de Cocteau à Milly-la-Forêt m’a rappelé celle au Musée Cocteau de MentonJ’ai retrouvé les photos et en voici quelques unes !

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Je viens de lire que ce musée de Menton était fermé depuis 2018 . J’ai donc eu de la chance de la visiter!

Milly-la-Forêt – Maison de Jean Cocteau – Chapelle Saint Blaise – Cyclop

BALLADE EN ILE DE FRANCE

 

Le jardin de la Maison Cocteau et le château de la Bonde

Cocteau, en 1947, à la recherche d’un refuge, s’installa dans la Maison du Bailli, ancienne dépendance du Château de la Bonde, entouré de ses douves alimentées par l’Ecole

« C’est la maison qui m’attendait…Elle me donne l’exemple de l’absurde entêtement des végétaux…L’eau des douves et le soleil peignent sur les parois de ma chambre leurs faux marbres mobiles »

L’entrée de la Maison Cocteau

Au fond d’une impasse, l’entrée encadrée par deux tourelles arrondies, était l’entrée du Château.

le jardin de la Maison Cocteau

Arrivée en avance pour la visite de 11h30, j’ai flâné dans le jardin délicieux, très fleuri: iris et pivoines sont en fleurs. L’eau est très présente. Un verger de poiriers en espalier occupe un rectangle.

La visite dans la maison donne une idée de la personnalité de Jean Cocteau. 

Deux photographies bord à bord  donnent l’étendue des domaines : un montage surréaliste et un portrait de Cocteau en habit d’académicien, un monde les séparent…. Poète, cinéaste, homme de théâtre, écrivain. Impossible de le définir. Génial touche-à-tout, il a  fréquenté des artistes si variés.  Les musiciens du Groupe des Six (Honegger, Darius Milhaud, Poulenc, Germaine Taillefer, Auric, Durey) , des danseurs et ballets russes (il a collaboré avec Picasso pour la pièce Parade), ami des poètes et écrivains. 

Ses amants aussi célèbres que lui : Radiguet, Jean Marais sont des figures du milieu gay, alors que l’homosexualité était pénalisée.

Salon

Le salon inspiré  par la décoratrice Madeleine Castaing témoigne de l’originalité et de l’étendue des collections de Cocteau: de la grue qui fume, à la patte de rhinocéros, des gazelles d’Herculanum (copies) aux sièges originaux, il faudrait des heures pour énumérer toutes ces curiosités.

Sans parler des moulages de ses propres mains, et de celles de Chopin (il parait que ces dernières étaient à la mode et très courantes à l’époque)

à l’étage bureau et chambre

A l’étage bureau et chambre sont aussi chargés d’objets de collection, objets plus personnels comme ce tableau en relief d’une marine et ballon rappelant le tour du monde en 80 jours qu’a réellement effectué Cocteau, au cours duquel il a rencontré Chaplin (quoique Cocteau parlait mal l’anglais). Buste de Radiguet, matériel pour fumer l’opium auquel Cocteau était addict. La guide raconte des  anecdotes qui dévoilent les nombreuses facettes de la vie du poète.

Deux expositions avec photos, vidéos illustrent le rapport de Cocteau avec la musique : classique avec le Groupe des Six, Jazz, et chansons avec Piaf. L’autre exposition est consacrée à l’autre Jean : Jean Marais.

Dans la boutique-billetterie on pourrait acheter de nombreux livres, poèmes, théâtre, deux titres m’ont fait envie Antigone (parce que Antigone) et Maalesh carnets de bord d’une tournée théâtrale au Caire, Istanbul, Beyrouth…

(il est préférable de réserver sur Internet la visite, notons que le Pass Navigo donne droit à une réduction)

Chapelle Saint Blaise et bourraches en fleur

la Chapelle Saint Blaise des Simples (XIIème siècle) se trouve à la sortie de la ville sur la route de Nemours. Les lépreux de la maladrerie venaient y prier et invoquaient Saint Blaise le guérisseur qui soignaient avec les plantes médicinales. 

La maladrerie a disparu mais la chapelle est entourée par un jardin de simples plantes médicinales, dont l’emblématique Menthe de Milly. On cultive toujours à Milly les plantes médicinales et il existe un Conservatoire des Plantes médicinales aromatiques qui peut se visiter. Au mois de mai, c’est un plaisir de se promener dans ce jardin et de voir s’épanouir pavots, bouraches ou sauge bleue. 

Gentiane fresque de Cocteau

Cocteau a peint à fresque l’intérieur de la chapelle utilisant comme motif ces plantes aromatiques, gentiane, aconit, menthe de Milly….Un commentaire sonore très précis détaille les fresques et raconte l’histoire de la chapelle.

Tombeau de Cocteau et de Dermit

Cocteau repose dans la chapelle . La fresque représente la Résurrection le christ sort du tombeau sous le regard des Romains . Deux anges veillent. Dans le triangle Crucifixion et couronne d’épines. 

tarif réduit à la  chapelle sur présentation du billet de la Maison de Cocteau

Cyclop

Les imprévoyants peuvent trouver tout le nécessaire pour le pique-nique sur la place de la Halle et nous sommes allées déjeuner dans le Bois des Pauvres à proximité du Cyclop. Le Cyclop est la  sculpture géante de 22.5 m de haut en béton recouvert d’une mosaïque métallique commencée en 1969 par Tinguely œuvre sculpturale collective avec la collaboration de Niki de Saint Phalle et des compressions de César avec des références et hommages à Yves Klein, Marcel !Duchamp entre autres. La visite est très amusante mais il faut s’inscrire par Internet. la prochaine visite disponible étant ) 15h30, je n’ai pas attendu, je reviendrai. Milly est atteignable par la gare de Maisse avec le Pass Navigo.

A la place j’ai fait une très belle promenade dans la foret en suivant le PR bien balisé .

 

Madame Zola – biographie – Evelyne Bloch-Dano – Grasset

PRINTEMPS DES ARTISTES

C’est à Médan que j’ai eu vraiment envie de connaître Alexandrine qui a laissé son empreinte dans la Maison de Zola  et cette biographie de 475 pages est tout à fait passionnante et détaillée. 

La vie d’Alexandrine Meley commence comme un roman de Zola

« il y a du Cendrillon et du Cosette chez la petite Alexandrine. Elle doit apprendre à ravaler ses larmes et balayer le plancher. »

Elle vit dans le quartier des Halles que Zola décrit dans le Ventre de Paris, Comme Nana elle sera fleuriste, comme Gervaise, lingère…Grisette, elle devient  Gabrielle et pose pour les peintres. Cézanne la présente à Zola son ami aixois. Dans la biographie de  Evelyne  Bloch-Dano, il me semble retrouver l‘Œuvre  et la bande d’artistes impressionnistes, les parties de canotage à Bennecourt

« Gabrielle les connaît presque tous, les peintres qui refont le monde chez le Père Suisse, dans la fumée des pipes et l’odeur de térébenthine : Claude Monet, Édouard Manet, Camille Pissarro, Empéraire l’étrange nain, Oller y Cestero l’Espagnol et tant d’autres. »

J’ai énormément de plaisir à trouver les correspondances avec les différentes œuvres des Rougon-Macquart  que n’ai lues récemment. 

C’est avec  l’Assommoir que les Zola achètent Médan et le décorent. Je me régale des commentaires de certains de leurs amis Daudet et Goncourt (quelle langue de vipère que ce dernier). 

« la vraie naissance d’Alexandrine a lieu le 31 mai 1870, le jour de son mariage : ce jour-là, Alexandrine Zola
vient enfin au monde. »

Après 5 ans de vie commune le mariage va donner une nouvelle identité à Alexandrine qui ne sera plus Gabrielle mais Madame Zola 

« On voit comment les rôles se répartiront entre Alexandrine et Zola, sur le modèle du couple bourgeois : un mari productif qui assure par son travail la subsistance de la famille, une épouse qui prend en charge le foyer. »

Et, comme souvent, dans les couples bourgeois, le mari trompe son épouse. Zola ne fait pas exception.  Il mène un existence bigame, Madame Zola, officiellement récolte les honneurs et les invitations, Jeanne et ses deux enfants mènent une existence discrète dans l’ombre. La colère d’Alexandrine sera violente, puis elle accepte la situation. Tant que Zola travaille à la maison, y prend ses repas, et ne retire rien de leur vie commune, elle lui laissera les après-midi, les goûters. Le grand regret d’Alexandrine est de n’avoir pas pu donner d’héritier à Zola. Elle va donc « adopter » les enfants en leur faisant des cadeaux, des visites, ayant même un droit de regard sur leurs études. A la mort de Zola, les deux veuves établiront des rapports encore plus étroits. Alexandrine versera une rente à sa rivale, et finalement les adoptera officiellement si bien qu’ils porteront le nom Emile-Zola son décès. 

Madame Zola sera reçue officiellement en voyage, en compagnie de son mari, puis souvent seule. Elle voyage des mois entiers en Italie à sa guise.

Tout au long de l’Affaire, Alexandrine sera l’alter ego de Zola, sa correspondante de guerre, son témoin numéro
1. 

Compagne mais aussi collaboratrice, elle jouera un rôle important pendant l’Affaire Dreyfus notamment quand Zola sera contraint de fuir en Angleterre.

elle se retrouve « vibrante comme dans sa jeunesse, accueillant une fois encore « comme de vrais enfants gâtés » » tous ceux qui soutiennent son mari. Les jeudis redeviennent des réunions de combat, où l’on vient aux nouvelles, où l’on commente les derniers événements, où l’on se retrouve entre partisans, où l’on fourbit des armes.

Puis après le décès de l’écrivain, elle mènera un travail important pour mettre de l’ordre dans l’œuvre de son mari. Editions, adaptations au théâtre, il lui faudra gérer les entrées d’argent. Les procès, la fuite en Angleterre ont tari les rentrées d’argent. Et enfin la panthéonisation qu’elle accepte mal. 

Zola n’est pas mort puisqu’elle est Alexandrine Émile Zola.

Une belle personnalité! Et une biographie passionnante qui retrace aussi bien la vie d’Alexandrine que celle de son époux.

 

 

Pondichéry ou le Rivage des ombres – Anne Vantal – Buchet Chastel

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

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Merci à Babélio et à l’éditeur Buchet Chastel pour ce beau voyage aux Indes.

Histoire et Géographie : trois destins se mêlent, à trois époques différentes :

1930 Alice rejoint son mari Jules qui dirige une léproserie. Jeune mariée, pianiste, après une longue traversée au cours de laquelle elle fait connaissance avec une riche anglaise, elle  s’installe à Pondichéry. Gandhi mène sa marche du sel dans les Indes britanniques. La Crise ravage les Etats Unis et l’Europe ses effets arrivent amortis sur la Côte de Coromandel. 

1950, Oriane, vient retrouver ses racines. Elle est née à Pondichéry  quitté à 6 ans. Bénévole dans une institution humanitaire, elle  retrouve ensuite des amis de ses parents et travaille dans une indigoterie. C’est la fin de la présence française en Inde, et Bien Dien Phu en Indochine.

2012, Céline sage-femme,  après un évènement tragique, qu’elle tâche d’oublier, fait un stage dans une maternité. Avec son amoureux, Anton, elle fait un peu de tourisme. Intriguée par des photos anciennes, elle mène une  enquête qui la conduira dans les années 30.

Trois femmes sympathiques, trois destins tragiques, beaucoup de beaux sentiments, un peu trop peut-être…

J’ai été intéressée par le contexte historique. Je ne savais pas que  Pondichéry était restée française jusqu’en 1963,  bien après l’indépendance de l’Inde. le rattachement à l’Inde  n’est que rapidement abordé. A Pondichéry se trouve aussi Auroville et l’Ashram de Sri Aurobindo. J’aurais aimé en apprendre plus là-dessus. 

Les trois histoires alternent, en chapitres courts qui donnent un rythme rapide à l’action. Les pages se tournent seules. 592 pages, presque le pavé de l’été.

Ségou -t.1 Les Murailles de terre – Maryse Condé

LECTURE COMMUNE EN HOMMAGE A MARYSE CONDE

C’est une relecture. Lu avant le premier voyage au Bénin. J’ai repris ce livre avec les souvenirs de nombreux voyages où se déroulent l’histoire et les développements géopolitiques actuels.

Une saga familiale

Ségou est au Mali sur les bords du Niger appelé ici Joliba. 

La saga de la famille de Dousika Traoré commence à la fin du XVIIIème siècle avec l’arrivée d’un blanc qui ne sera pas admis dans les murs de la ville. Dousika est un noble bambara, fétichiste, bien en cour, père de quatre fils. 

Son aîné, Tiekoro, se convertit à l’Islam et part étudier à Tombouctou. Son père ordonne à son frère Siga, fils d’une esclave, de l’accompagner. A Tombouctou, les deux frères ne sont pas bien accueillis. Tiekoro, musulman et lettré, devra faire ses preuves. Siga, rejeté par son frère, devient  ânier, puis gagne la confiance d’un marchand, qui l’envoie à Marrakech et Fès où il apprend les techniques des tanneurs et des maroquiniers. Il y rencontre Fatima, une mauresque, qu’il enlève pour l’épouser et fonde une famille. Sans rancune, il héberge Tiekoro et sa femme Nadié quand il vivra un revers de fortune

Le troisième fils, Naba, est razzié au cours d’une chasse et vendu comme esclave. Nous le retrouvons à Gorée, jardinier d’une signare, baptisé Jean Baptiste. Il suit une jeune esclave Ayodélé/Romana, au Brésil.  Elle lui donne trois enfants mais il va mourir mêlé à une rébellion. Romana rachète sa liberté et retourne en Afrique au Dahomey. Les Brésiliens (anciens esclaves au Brésil, catholiques ayant pris des noms brésiliens) forment une classe sociale très respectées à Ouidah. C’est là qu’aboutit après une longue errance le plus jeune fils : Malobali. Confondue par sa ressemblance avec Naba, Romana l’épouse….Olubunmi leur fils arrivera à Ségou, et la boucle sera bouclée.

Si vous avez peur de vous égarer dans tous ces personnages et ces noms, un arbre généalogique est prévu! Il n’est pas nécessaire, chacune des histoires se présente presque indépendante, l’une de l’autre. C’est un plaisir de suivre toutes ces aventures.

Géographie et histoire : 

Ségou, la ville et ses palais, est le centre du roman. C’est une ville commerçante, animée. Son roi, le Mansa, est au nœud des alliances et des équilibres politiques entre différentes ethnies, Bambara, mais aussi Peules et plus loin Touaregs, Haoussas. La conquête musulmane est au centre de l’histoire. Au début du roman, les musulmans ont déjà quelques mosquées à Ségou mais ils sont minoritaires. La 5ème partie du livre s’intitule « Les Fétiches ont tremblé » , le roi fait appel à une faction musulmane pour en combattre une autre. On voit plusieurs courants, plusieurs confréries,  certaines rigoristes combattant les plus tièdes. Le Djihad est en marche.

Du côté de la Côte Atlantique, catholiques européens mais aussi Brésiliens et protestants britanniques ou africains se livrent une belle concurrence. Les intérêts marchands et coloniaux sont transparents sous le prétexte religieux.

L’esclavage est aussi un thème fort du roman. Les esclaves sont partout. Pas seulement la Traite Atlantique racontée dans les pérégrinations de Naba et de Romana de Gorée au Brésil puis à Ouidah où on croise un curieux personnage, riche commerçant négrier Chacha. Cependant, les esclaves sont partout, du Maroc à Ségou. Esclave, la mère de Siga et Sira, la Peule, prise de guerre, concubine. A Ségou, des esclaves travaillent dans le champs, dont on ne parle pas. 

Maryse Condé n’a pas oublié les femmes, les mères et la plus majestueuse Nya. Elle n’en fait pas des objets de convoitise et de désir des hommes bien qu’ils se comportent souvent en prédateurs et violeurs. Chacune a sa personnalité, sa fierté même si , deux fois, cela aboutit à la solution affreuse de se jeter dans un puits. 

Maryse Condé est une merveilleuse conteuse qui m’a embarqué sur près de 500 pages qui se tournent toutes seules. Attention, roman d’aventure addictif!

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Les Arts en France sous Charles VII – (1422-1461) au Musée de Cluny

Exposition temporaire jusqu’au 16 juin 2024

Les emblèmes de Charles VII  : 2 cerfs ailés, bannière de Saint Michel et soleil levant, fleurs : iris, roses

Le règne de Charles VII commence pendant la Guerre de Cent Ans. Jeanne d’Arc conduisit le roi à Reims pour le Sacre en 1429.

1435, le Traité d’Arras signe la réconciliation du Rois de France avec Philippe le Boon duc de Bourgogne

En 1453, fin de la Guerre de Cent ans  après la Victoire de Castillon 

Dans ce contexte politique et économique chaotique, les Arts se développent plutôt dans les Pays Bas bourguignons où les Flamands innovent avec la peinture à l’huile, et en Italie avec la Renaissance (perspective, retour à l’Antique).

Cette exposition suit celle du Louvre autour de la Vierge du Chancelier Rolin (1435) que j’ai vraiment beaucoup aimée.

Couple sous un dais (laine et soie) Tournai 1455-1460

Les tapisseries sont spectaculaires. ma préférée est celle des emblèmes de Guillaume de Jouvenel des Ursins, avec l’ours, sans surprise, et les acanthes qu’on appelle aussi des ursines.

De nombreux manuscrits enluminés sont présentés : Livres d’Heures, missels, mais aussi de Grandes Chroniques de France (1429) et les merveilleuses enluminures du Maître de Rohan

Le mort devant son juge Le Maître de Rohan

On peut « feuilleter » le manuscrit qui a été scanné : » tourner », les pages sur un écran. 3 gros parchemins reliés proviennent d’Italie, Plutarque, Vie des Hommes Illustre, Cosmographie de Ptolémée et une géographie de Strabon.

Jean Fouquet obtient le titre de « peintre du Roi » sous Louis XI mais il est déjà actif sous Charles VII dont il a peint le portrait. Il a aussi illustré le très gros ouvrage des Chroniques de France avec 31 miniatures. 

Retable de l’Annonciation de Barthélémy d’Eyck

Le merveilleux Retable de l’Annonciation peint par Barthélémy d’Eyck originaire de Liège mais Peintre du Roi René, a longuement retenu mon attention. la présentation de l’exposition avec des explications des détails permet une lecture symbolique passionnante. Chaque détail même infime a son importance, la chauve souris sous les chapiteaux comme le singe juste touché par les rayons de la lumière céleste. 

Pleurants du monument funéraire du duc de Berry

N’oublions pas la sculpture. Coup de cœur pour les pleurants!