les lacs du Lévezou

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Plage de Vernhes lac de Pareloup

Flavin-Pont de Salars, 15 km dans le brouillard, pour le paysage, vous repasserez ! De temps en temps, le disque solaire se devine derrière la brume et la lumière est dorée. Promesse d’une belle journée.
L’Office de Tourisme de Pont de Salars ouvre le mercredi à 9 heures. La dame est très efficace : elle me conseille la promenade de La Vierge des Lacs (décrite aussi sur Visorando : 5.8 km, 2 h facile). Garer la voiture au parking de Vernhes au bord du lac de Pareloup (indiquer Salles-Curan au GPS)/ A notre arrivée au Lac de  Pareloup, la brume s’est dissipée ;le ciel est bleu pur, la lumière d’une grande netteté. Très beau parcours le long du lac situé tout près de la route. On traverse le lac sur une passerelle : la Passerelle des Vernhes.

levezeou : Lac de Pareloup vu daux pieds de la Vierge

A la plage de Vernhes, je ne résiste pas à la tentation de marcher le long de l’eau sur le sable. La sécheresse fait reculer anormalement l’eau et a dégagé une plage de sable grossier rose avec de gros morceaux de quartz à arête coupante brillant au soleil. De petits coquillages ronds ressemblent à de petites coques ou plutôt à l’ornementation de palourde. S’agit-il de la corbicule, filtrant l’eau, espèce invasive venue d’Asie qui infeste les lacs savoyards. Le parking de la Vierge des Lacs est un peu plus loin, le sentier part de l’autre côté de la route. Le début grimpe dur (810 m à 880 l) – heureusement j’ai pensé au bâton – jolie montée à travers bois puis on sort dans les prés. La vierge, en granite est assez originale. Elle précédée de deux grands cairns. Avec la belle lumière, le lac se détache très net, ses berges serpentent. A l’étiage avec la sécheresse on croirait voir des bancs de sable parallèles aux bords. Vers le sud, les éoliennes sont immobiles faute de vent.

Mon projet de faire le tour du lac de Villefranche-Panat a été validé par la dame de l’Office de Tourisme. 11.5 km, impossible de le faire avant le pique-nique. Nous musardons entre les deux lacs. La promenade en voiture nous mène d’abord à Salles-Curan où j’aurais aimé visiter le Musée Eugène Viala (mais pas d’horaires d’ouverture ni de numéro de téléphone). Le personnage de Viala est tout à fait singulier, graveur renommé, photographe, peintre ami de Fenaille, de caractère difficile…

Tour Peyrebrune

D577 vers Alrance, on voit de nombreux animaux, vaches ou bœufs, chevaux dans de belles prairies vertes. Les champs labourés sont engraissés au fumier, une odeur tenace flotte. Une tour très haute attire le regard. On croit à un mirador anti-incendie. A l’entrée d’Alrance : une flèche touristique signale la tour : Tour de Peyrebrune. Elle a fière allure, 5 étages, des créneaux, et une statue de la Verge qui la surmonte. Je recopie le panneau explicatif :

On trouve trace de la Tour dès l’époque carolingienne. Au XIIIème siècle le fief du seigneur de Panat s’étendait sur presque tout le Rouergue. Pendant la Guerre de 100 ans la région a été cédée aux Anglais, les troupes du prince Noir ont ravagé le pays, origines d’une légende sur un trésor caché « Le veau d’or de Peyrebrune ». je comprend sa présence à Belcastel. Finalement Richelieu a fait démanteler le château en 1630 pendant les Guerres de Religion. En 1898 les abbés Lamouroux le reconstruiront en le transformant en chapelle. C’est un lieu de pèlerinage, avec des espaces pour se retrouver, pique-niquer, sorte d’aire de loisir en pleine campagne. Lieu pittoresque aussi avec des rochers énormes qui rappellent le Sidobre et une très belle vue sur le Lévezou et le Lac de Panat et sur les crêtes dans le lointain.

Avant d’entreprendre le tour du Lac de Villefranche-Panat, nous pique-niquons au parking de Grenouillac où il y a une plage aménagée, un petit port pour les canoës et les petits bateaux à moteur. Et à l’arrière, un restaurant.

Le Tour du lac est une bande cimentée ou goudronnée d’environ 60 cm de large. Le parcours est varié. Il passe même sur des passerelles de bois. Lorsque le lac est rempli on marche au-dessus de l’eau ce qui doit être rafraîchissant. Avec la sécheresse actuelle, l’eau manque. On traverse même un bras du lac sur une passerelle métallique. Parfois on marche à couvert sous de beaux hêtres ; les faînes craquent sous nos pas. Aux alentours de la Centrale EDF, le circuit entre dans la campagne. La route n’est jamais loin mais très discrète, on ne s’en rend pas compte.

Décidément une très belle promenade bouclée en 2h30.

Des panneaux expliquent pourquoi e Lévezou possède 5 lacs : ce sont des lacs de barrage implantés dans les années 50. Retenue de Pont-de Salars sur le Viaur, de Pareloup sur le Vioulou, de Villefranche de Panat sur l’Alrance. Leur fonction principale est de fournir de l’énergie électrique mais également de l’eau potable à la ville de Rodez et les Syndicats de l’Eau du Segala. Chaque retenue a un débit réservé pour maintenir la biodiversité, destocker l’eau dans les cours d’eau pour la période sèche. N’oublions pas l’aspect touristique !

Un système de conduits capte l’eau pour la conduire à la Centrale. C’est un peu compliqué.

Le retour au gîte de Villefranche-de-Panat à Flavin s’est fait par de petites routes très agréables traversant des forêts de hêtres et de résineux traversant Salmech et le Viaur au Pont de Grandfuel.

Vendredi 6 octobre : retour à Lévezou et Restaurant

autour du champignon

En prévision du voyage du retour, nous avons préféré ne pas faire de route. Comme il fait encore un temps merveilleux , inespéré pour octobre, nous sommes retournées au lac de Villeneuve-Panat pour refaire le tour du lac tôt le matin. Et pour fêter la fin des vacances nous avons choisi un beau restaurant au bord du lac de Pareloup : Les Reflets du Lac. 

Carte très alléchante : Dominique prend des ris de veau et moi, une entrée un peu énigmatique « autour du champignon » très jolies assiettes décorées de radis bicolores, de champignons, de petits cubes de coing et de racines (carottes, panais…) C’est très joli et surtout très bon. Et pour dessert je choisirai encore un assortiment « autour de la figue ». Face au lac . une belle conclusion pour de belles vacances.

 

 

 

 

 

Joann Sfar – La vie dessinée – Salonique « Jérusalem des Balkans » 1870-1920 au MAHJ

Exposition temporaire jusqu’au 12 mai 2024

Nous connaissons tous Le Chat du Rabbin il est à l’honneur dans l’exposition mais j’ai préféré mettre l’accent sur d’autres aspects de l’œuvre de Yoann Sfar. 

Nous découvrons les années d’apprentissage, au lycée Massena de Nice et rencontrons Romain Gary, Charlie Hebdo, Riad Sattouf,…

Sfar s’est emparé du fantastique avec le petit vampire, le Golem,

Il rend hommage aux peintres juifs : Chagall, Pascin, Soutine et réalise même un film sur Gainsbourg, un album consacré au Klezmer 

Belle flânerie dans l’exposition, beaucoup à regarder à lire.

Et en bonus une très belle exposition Salonique

 

Villefranche-de-Rouergue – Belcastel

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Villefranche-de-Rouergue place Notre Dame

Depuis le gîte de Flavin, 55 km dont 35 dans le brouillard. L’altimètre indique plus de 700 m, c’est précisément l’altitude où stagne le nuage. Rien à voir comme paysage ! Quand on descend sous 600 m, le ciel est gris. Jolie arrivée sur Villefranche-de-Rouergue (250 m) et la vallée de l’Aveyron. je remarque le retour des toits de tuile rouge.

Jolie promenade sur les quais de la rivière jusqu’au Pont des Consuls (1321) pont piétonnier formant un dos d’âne qui servait de péage à l’entrée de la bastide. Dans son prolongement la rue de la République monte à la Place Notre Dame. La rue est large de 6 m mais il y a des ruelles plus étroites avec des maisons à encorbellement. Galeries d’art, belles boutiques. Prenant pour cap le clocher, j’arrive sous les arcades qui bordent la grande place carrée. Elles sont si larges et si hautes que même une camionnette parvient à y circuler.

Sur la place, un énorme crucifix métallique. La collégiale est aussi énorme avec son gros clocher-porche aux contreforts aux quatre pointes ornées de pinacles.

La bastide fut fondée en 1252 par Alphonse de Poitiers, ex nihilo, jugeant les environs trop favorables à Raymond de Toulouse. La collégiale fut commencée en 1260 et consacrée en 1519. Exemple de gothique languedocien (une seule nef, pas de transept) . Elle fut ensuite pillée par les Huguenots.

Villefranche de Rouergue place de la fontaine

Après une promenade dans les ruelles, cherchant la Chapelle des Pénitents noirs que je n’ai jamais trouvée, je me retrouve sur la Place de la Fontaine assez étrange avec le Griffoul en ceux, bassin à dix côtés avec des personnages grotesques bien usés.

Le beau temps est revenu : dans la région trois étapes possibles, le château de Bournazel, celui de Belcastel et le site de Peyrusse-le-Roc spectaculaire site médiéval perché sur un rocher. Le GPS nous joue un drôle de tour : nous avons programmé Peyrusse et voilà qu’il nous conduit vers l’Est au lieu du nord, nous quittons la D1 bien roulante non loin de l’église d’Anglars Saint Félix et de là dans les gorges de l’Aveyron par de petites routes charmantes. Ravies d’avoir abandonné le grand axe routier, nous profitons des tournants pittoresques, des montagnes russes dans une campagne boisée pour arriver….dans la cour d’une ferme nommée Peyrusse. Rien à voir avec le site archéologique que nous cherchons, la synagogue, le rocher ! Il aurait fallu programme Peyrusse-le-roc et mieux suivre sur la carte !

Belcastel château et village blotti

Belcastel est tout proche, mais du mauvais côté de l’Aveyron. Descendant du plateau, la forteresse et le village blotti à ses pieds ont belle allure. Le pont est piétonnier. Il faudra faire un grand détour dans les bois au-dessus de gorges pour trouver le Pont neuf.

Le château, remonte à l’an 900, issu d’une motte castrale, appartenait à la famille Belcastel nommée par Charlemagne. Au XIIIème siècle il passe à la famille Saunhac et sa glorieuse histoire prend fin au XVIème siècle. Fernand Pouillon l’achète en 1973, le restaure et le rend habitable. Il y décède en 1986. Il est inhumé au cimetière du village. C’est donc un château privé et habité qu’on peut visiter librement avec un dépliant très détaillé. Il a été racheté par une galeriste, Heidi Leigh, qi en a fait aussi un lieu d’expositions contemporaines. L’exposition « Créatura » et son bestiaire de créatures animées : Basilic Griffon, Stryge…entre légendes médiévales et Fantasy infantile ne m’ont pas séduite. Le parcours dans le château, en revanche est très agréable. Une trentaine de points d’intérêt racontent au visiteur la vie au château au temps des seigneurs Saunhac. Evocation aussi de Fernand Pouillon – personnalité intéressante, architecte de Meudon La Forêt, et du Point du Jour, d’Alger à Téhéran …écrivain auteur de Pierres Sauvages qui raconte l’édification du monastère du Thoronet. Il y a même deux chevaliers en armure et à cheval, l’un d’eux est le Prince Noir. Je n’ai rien compris sur le moment mais j’aurai l’explication à Peyrebrune demain !

Je descends à la rivière à travers les rues du village, rampes pavées de galets entre les maisons anciennes en schiste aux toits de lauzes. Ce « plus beau village de France » mérite sa récompense.

Dîner de gastronomie locale : tripoux de Naucelle : estomac de mouton farci de jambon, ail et persil. Les tripoux se présentent en petits rouleaux (5 ou6 cm) ficelés dans une sauce orange avec des carottes qu’il est recommandé de réchauffer au bain-marie. Excellents.

 

 

 

 

 

 

 

Conques, la vallée du Dourdou et Salles-la-Source

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Arrivée sur Conques

Le soleil du matin est éblouissant, presque une lumière de montagne. Le GPS propose un itinéraire tournicotant par de charmantes routes de campagne pour éviter la route principale de La Primaube à Rodez, embouteillée, mais étrangement nous fait traverser Rodez où nous nous perdons, bien sûr ! La suite sur la D901 – Route Soulages – qui est la route de Conques traversant des villages : Salles-la-Source, Marcillac-Vallon, Saint Cyprien-Dourdou. Les paysages sont variés, la route boisée traverse des vignes autour de Marcillac – ceps très hauts conduits sur des rangées arrondies, champs rouges comme le grès rouge permien des rochent qui affleurent. A partir de Nauviale, la route suit le cours de la petite rivière, le Dourdou. Un groupe de maisons et un petit pont, un ancien moulin sans doute, nous font faire un détour.

A l’approche de Conques, la vallée se resserre dans les Gorges du Dourdou : les versants abrupts des collines sont boisés. Juste avant l’entrée de conques, il ne faut pas rater la petite route qui monte au Belvédère de Bancarel : une piste carrossable conduit à une croix. Mais pour découvrir Conques il faut grimper sur un escarpement rocheux ce qui confère à la découverte un léger parfum d’aventure.

Conques est interdite aux voitures, il convient d’abandonner son véhicule près de la rivière (parking gratuit) et rejoindre le village à pied, ou de la garer au parking payant situé juste sous le village.

Conques est une étape du Chemin de Compostelle, les pèlerins (ou randonneurs) lourdement chargés et chaussés, avec ou sans bâton, sont nombreux sur le parvis de l’abbatiale. Je descends dans la « coquille » (la conque) découvrant les tours pointues, les épais toits de lauze des habitations. Je passe sous la Porte de la Vinzelle pour entrer dans le village, puis devant une grosse demeure « le château d’Humières ». Par la rue du Château, je parviens à la place de l’église bordée de maisons à pans de bois (restaurants qui déploieront tables et parasols vers midi). Dans les boutiques on peut acheter cartes postales, coquilles et bâtons de pèlerin, topo-guides et cartes IGN, livres pieux….

Conques : le Jugement dernier

L’Abbatiale Sainte Foy est impressionnante. Sa façade est encadrée par deux tours carrées. Je m’arrête un long moment pour admirer le tympan où est sculpté le Jugement dernier. Les élus à la droite du Christ sont sagement assis, ils ont l’air de s’embêter sérieusement. L’autre côté, celui des pécheurs et de l’enfer est plus amusant. Le diable cherche à tricher en appuyant sur la balance. Les personnages sont grotesques. J’essaie de deviner les punitions visant chaque type de péché, cela se lit comme un jeu (je ne trouve pas toujours). En revanche, dans la nef, c’est la sobriété qui me frappe. Solennité de cette nef haute et clairs où les seuls ornements sont les chapiteaux haut placés. Une visite guidée des tribuns est prévue l’après midi mais en attendant la porte est close, inaccessible. Je pense aux Pierres sauvages de Fernand Pouillon que j’ai lu récemment. Simplicité des abbayes cisterciennes ! Les vitraux de Pierre Soulages sont parfaitement à leur place.

Sobriété de la nef et des vitraux de soulages

Des panneaux discrets rappellent les heures des offices où l’église est rendue au culte. A 11h45 , un piquet à l’entrée signifiera que la messe est en cours. Passant la tête j’aperçois un moine en habit blanc cassé qui allume un cierge.

Le Trésor

Sous l’abbatiale, le cloître. Les arcades n’occupent qu’un côté du carré planté d’herbe avec un gros bassin. Passant sous la galerie, on accède au Trésor (payant mais le billet de Rodez donne droit à une réduction). C’est vraiment un trésor ! Or et pierres précieuses dans des reliquaires très anciens.  L’un d’eux est mérovingien. Le reliquaire attribué à Charlemagne est manquant, prêté au Musée de Cluny. Triangulaire, hexagonal, pentagonal, châsse ou statue dorée, tous sont revêtus ses ornements els plus précieux : gemmes, émaux cloisonnés, intailles…. Tellement précieux que c’en est trop. Cachés au temps de la Révolution, Prosper Mérimée les a redécouverts. Le plus impressionnant est la statue de Sainte Foy, toute recouverte d’or, assise en majesté, encore portée en procession de la Fête de la Sainte-Foy. Foy, du temps de Dioclétien, était agenaise. Ses reliques furent volées « par translation furtive » en 866 par les moines de Conques.

Dans ma promenade j’ai raté les séchoirs à châtaignes le long d’un sentier de randonnée. Cela me rappelle que je ne les avais pas trouvés non plus en Corse à Serra-di-Scopemena. Cesont des constructions discrètes !

Pour déjeuner nous descendons le cours du Dourdou jusqu’à un petit pont où nous suivons une flèche indiquant « chapelle préromane », nous montons dans une forêt touffue. Bel endroit pour une pause « apéro ». Au sommet de l’épaulement on devine une autre vallée Lot ou Aveyron ?

Pont et moulin sur le Dourdou

Après-midi : châteaux

A Nauviale : couronnant une butte Le Château de Beaucaire fortifié à partir du XIIème siècle, délaissé au XVIIIème . L’enceinte XIVème possédait 6 tours de gros moellons de grès rouge. Elles ont subi l’érosion du temps et le château ne se devine de la route que grâce au drapeau qui flotte sur la tour. C’est une jolie promenade commentée par des panneaux. J’aime bien ces découvertes mineures et inattendues.

Nauviale : château de Beaucaire

Le Château de Pruines est bien indiqué de la route principale (7 km quand même) suivant les pancartes, nous parvenons au petit village de Pruines. Mais où est donc le château ? Je demande aux habitants qui me montrent une grosse tour carrée accolée à un gros bâtiment « Aucun intérêt cela ne se visite pas » ajoute l’homme interrogé. Il est habité, en très bon état mais je n’en saurai pas plus.

Le château de Servayrie se voit de la route qui nous ramène à Salles-la-source au lieu-dit Mouret.

Salle la source : cascade

Nous montons sur le Causse Comtal avant de descendre à Salles-la-source où nous découvrons une belle cascade. De nombreux panneaux commentent cette curiosité : c’est une résurgence de rivières souterraines sous le Causse exploré par Armand et Martel.  Moulins, tissage, toute une industrie s’est développée autour de l’énergie hydraulique. Mais cette eau précieuse est très convoitée et détournée par une usine électrique dans un barrage souterrain, des actions en justices ont été tentées par les riverains s’estimant lésés.  Derrière la fontaine, un escalier monte sur la falaise conduisant à un belvédère et au Griffoul.

 

 

 

 

 

Rodez – Musée Fenaille

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Le Musée Fenaille est le musée archéologique de Rodez

la Dame de Saint Sernin

Il se trouve sur la place Eugène Raynaldy, la place de l’Hôtel de Ville, sur l’emplacement de l’ancien Forum Romain. L’entrée est moderne : les portes de verre cachent un hôtel particulier Renaissance que je ne découvrirai que bien plus tard.

Une visite guidée commence au 3ème étage juste à mon arrivée. Au début, je suis seule : le guide me fait les honneurs d’une visite privée, mais cela ne durera pas.  Les visiteurs nous rejoignent et le conférencier reprend son commentaire en l’enrichissant de digressions et citations. Très brillant, il cite Valery (Mythes et Légendes), Chateaubriand. S’arrête, feint d’oublier, se reprend, digresse, nous fait sourire. Erudit ou cabotin ? On en redemande.

La Dame de Saint Sernin-sur-Rance est la première vedette. Découverte en 1888 par un jeune prêtre, l’abbé Hermet. Les enfants du village auraient tout de suite reconnu « une religieuse » avec les plis de son voile qui cache la bouche, son chapelet autour du cou et ses « poumons ». Achetée par le Louvre, la statue menhir n’a pas quitté l’Aveyron par la volonté de son découvreur.

La musée Fenaille possède  une collection de ces statues-menhirs.

A Rodez Pierre Soulages n’est jamais loin, le guide évoque sa présence à l’ouverture du musée en 1937 et nous montre les statues préférées du peintre : la Statue-menhir de La Verrière, plus simple, moins anthropomorphique, dont on ne distingue que des sillons et le poignard, et une autre plus abstraite, plus stylisée…Soulages a aussi participé à des fouilles archéologiques

Les statues-menhirs sont répandue dans toute l’Europe, du Portugal jusqu’en Ukraine en passant par l’Espagne, la Bretagne, la Corse et la Sardaigne. Ces pierres dressées n’étaient pas des pierres tombales, ni des bornes plutôt des pierres magiques à qui les hommes savaient s’adresser.

Une installation contemporaine d’un couple franco-ukrainien : Nikita Kravtsov et la brodeuse, Camille Sagnes intègre 3 statues-menhirs. A l’arrière, une grande tapisserie composite réinterprète La Chasse de nuit de Paolo Uccello, incluant des canevas anciens, des larmes en plastique fluo. Ils mettent en scène des animaux et des chasseurs, scène plutôt angoissante. Au pied, les plasticiens ont planté des fleurs artificielles comme celles des cimetières, renvoient à l’actualité à  la guerre qui se déroule en Ukraine.

Après les statues-menhirs, le guide propose de continuer la visite du musée.

Rugtène avec torque et poignard

Au second étage : l’Antiquité. Les Rutènes, installés sur l’oppidum,  ont donné leur nom à la ville de Rodez. Le chef Rutène ( 1er siècle reconnaissable à la Torque et le poignard sur la statue de calcaire blanc. Une maquette de la ville romaine a été réalisée.

Descendant on arrive au Moyen Âge : très belle clé de voûte de l’église de Salles-la-Source. Disposée à hauteur des yeux, on peut admirer le soin pour cette pièce caché si haut normalement. Très belle Vierge de l’Annonciation 16ème siècle.

Nous découvrons la cour de la belle demeure Jouery achetée par Maurice Fenaille, riche mécène, ami de Rodin, et de Viala dont les eaux fortes sont exposées dans le musée Denys Puech.

Après cette longue et intéressante visite j’ai juste le temps de prêter un coup d’œil pressé à l’intérieur de la Cathédrale.

 

 

Rodez : Musée Soulages

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Une visite guidée partira à 10h30. Je dispose donc d’une demi-heure pour découvrir le musée, flâner à ma guise. Les salles sont encore vides de visiteurs ce qui confère une intimité avec les œuvres. Des questions : qu’est-ce donc ? Comment regarder un tableau noir ?

Le conférencier présente d’abord le musée conçu à l’origine pour abriter les patrons des vitraux de Conques. Le cabinet d’architecture catalan RCR a gagné le concours sous le contrôle pointilleux de Soulages qui a failli les recaler parce qu’il manquait 1m2 pour ‘l’  espace d’expositions temporaires. Le matériau rouillé de l’extérieur est de l’acier Corten , acier noir rappelant les tableaux de Soulages, et qui devient rouge en s’oxydant se mariant bien avec le grès rose de Rodez. A l’ouverture en 2013, le bâtiment était noir. A l’intérieur, il est resté noir. L’astuce est que les tableaux même lourds tiennent aux cimaises par des aimants.

La visite débute donc dans la salle des maquettes des vitraux de Conques . Cette commande par Jack Lang a été très bien accueillie par Soulages parce que c’est précisément à conques que le jeune soulages en visite scolaire a ressenti sa vocation de devenir artiste. Les travaux se sont poursuivis de 1987 à 1994. Etrangement, il y a un point commun entre ces vitraux blancs et les tableaux noirs : le rôle de la lumière. Selon l’éclairage, la météo, l’heure du jour, le passage d’un nuage…la couleur des vitraux varie. Les barres de plombs semblent capturer la lumière.

« La Lumière » sera le mot-clé de cette visite.

Dans al salle suivante nous nous arrêtons devant une vitrine contenant divers objets de Soulages dont un paysage qu’il a peint très jeune.

Brou de noix

Pierre Soulages est né à Rodez, rue Combarel le 24 décembre 1919. Il a fait toute sa scolarité à rodez mais il est parti à Paris. Son maître l’a convaincu de se présenter au concours des Beaux-Arts de Paris. Reçu, il renonce à y étudier. En revanche il étudie aux Beaux-Arts de Montpellier où il rencontre Colette qui va devenir sa femme. Ils se marient en 1942, en noir tous les deux et à minuit. Il rencontre la poète Joseph  Delteil et par son intermédiaire Sonia Delaunay. Ses premiers tableaux abstraits sont marqués par cette rencontre.

En 1946 ils installent l’atelier à Courbevoie où il produit des grands formats (1956). Il utilise de grosses quantités de brou de noix. Ses outils ne sont pas les pinceaux et les brosses des artistes mais plutôt ceux des artisans, il fabrique ses propres outils. Il travaille au sol, horizontalement et place l’outil au bout d’un manche à balais.

Les titres des tableaux n’ont aucune signification : il note la technique, les dimensions du tableau, la date. Le spectateur est libre d’interpréter.

Au début, il recouvre le tableau d’un fond blanc, passe du noir puis racle, gratte pour retrouver le fond.

outgrenoir

L’outrenoir – au-delà du noir – date de 1979. Selon la position de l’observateur, l’éclairage, le tableau est différent. Notre guide nous fait faire l’expérience, scindant le groupe en deux l’un côté fenêtre, l’autre du côté du mur et pose des questions. Les réponses sont tout à fait différentes dans les deux groupes. On permute ensuite pour vérifier les observations. Question d’éclairage, question de brillance : l’huile et l’acrylique n’offrent pas le même résultat. L’acrylique sèche plus vite que l’huile et permet des empâtements. Il y a beaucoup plus de matière à l’acrylique.

Après avoir visité les collections permanentes nous découvrons l’exposition temporaire qui est celle des dernières toiles de Soulages. « Les derniers Soulages ». Cet espace d’expositions temporaires a accueilli Picasso, Calder et d’autres artistes. Parmi les tableaux noirs, un complètement blanc (2012) . Un tableau 3.8m fait de trois panneaux qui a été exposé au Louvre…et sa dernière toile datée 2022.

Cette visite a été un réel plaisir, notre guide nous a appris une manière ludique à fréquenter les œuvres de Soulages. D’ailleurs sur l’autocollant donné pour preuve que nous avons payé la visite guidée ce slogan :

La peinture ça ne se regarde pas ça se fréquente !

Je serais volontiers restée plus longtemps à regarder chaque œuvre, maintenant plus accessible, en s’amusant à bouger, à faire varier la lumière, à imaginer la technique du peintre.

Rodez en voiture et à pied!

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L’arrivée à Rodez en voiture est un peu compliquée : il faut tournicoter pour parvenir sur le rocher. La Cathédrale, visible de partout, nous nargue. Enfin, nous passons devant les cubes rouillés du Musée Soulages dans un vert jardin qui lui fait un écrin. Trop tôt : le musée n’ouvre qu’à 10 heures. Il me reste une petite heure pour découvrir les quartiers au pied de la Cathédrale. Je monte l’avenue Victor Hugo  le long du jardin public du foirail. Le portail Ouest est dans l’ombre (logique le matin), les côtés nord et sud sont plus difficiles à appréhender : il y a peu de recul avec un monument si grand. Le clocher étonnant avec ses étages est ouvragé. De la Place de la Cité, à l’arrière on le saisit dans son entier et au soleil.

Courte Promenade dans la ville

Je me promène au hasard des rues étroites, découvre de très belles demeures anciennes, des arches, des cours. Contrairement aux vieux quartiers d’Albi qui forment un ensemble homogène XIIIème, le bâti de rodez est hétérogène : les maisons médiévales ou Renaissance côtoient des maisons plus récentes crépies de gris au-dessus de boutiques modernes. Des bâtiments contemporains de verre et d’aluminium brossé s’intègrent très bien aux maisons anciennes. Il en ressort une impression de ville vivante, animée, le contraire d’une ville-musée pittoresque pour les touristes. Des places dégagées aèrent des quartiers de ruelles. De l’autre côté de la Cathédrale, le Palais épiscopal se dresse comme un rempart avec ses murs et son palais massif et sévère.

Après cette longue visite au Musée Soulages, nous rentrons déjeuner au gîte. La position de place-forte sur un piton rocheux était un avantage au Moyen âge mai au temps de l’automobile et de l’urbanisation contemporaine, cette ville construite sur les flancs de la colline fait de l’orientation et de la circulation automobile un cauchemar. Les rues tournent descendent et remontent inexplicablement. Le GPS délivre ses injonctions beaucoup trop tard « tournez à gauche ! », c’est une ruelle, « tournez à droite ! », c’est sens-interdit ! On réagit à contre-temps et se retrouve perdues. Finalement, nous rentrons à Flavin par une petite route le long d’un ruisseau passant par la Mouline et le Monastère. Joli itinéraire, pas le plus court, inattendu !

Le gîte du Bel Air à Flavin

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Le matin se lève sur Rodez

La route monte d’Albi (170 m)  à Carmaux (235 m), et culmine à Rodez à 634 m. Avec l’altitude, nous allons oublier la canicule qui sévissait encore à Albi le 30 septembre. La limite entre le Tarn et l’Aveyron n’est pas marquée sur la route mais, brusquement, je remarque que la couverture des toits a changé : les lauzes ont remplacé les tuiles romaines et les maisons sont plus massives. Vignes, tournesol et maïs ont laissé à la place aux vertes prairies. L’altimètre du GPS marque 700 m, on se croirait en moyenne montagne.

Le gîte du Bel Air est très bien situé à 11 km de Rodez. De la terrasse, la Cathédrale de Rodez se détache sur une jolie campagne avec des prés, des haies, des bosquets. Voisine, une grosse ferme d’élevage bovin. Une haie de lauriers-palmes délimite notre petit (très petit) terrain avec un arbre à soie et un sureau. Quelques m2 de pelouse. Lierre et vigne verge se disputent le mur extérieur. Dans un  coin, un hortensia fané en cette saison. La terrasse et carrelée. Elle porte une table ronde. Un barbecue en ciment complète l’équipement.

A l’intérieur, la pièce à vivre est bien équipée micro-onde, gazinière 2 feux, une table, canapé en face de la télévision. Dans al chambre un lit, un grand placard, peu de décor mais c’est très clair et gtrès gai avec toujours la belle vue.

A moins de 2 km, à La Primaube, nous faisons nos courses au Carrefour Contact. J’achète « local » une barquette d’aligot des tripoux de Naucelle du fromage de brebis de l’Aveyron. Le soir nous goûtons à l’Aligot, bien filant et bien calant.

coucher de soleil du Bel Air

Il fait très frais. Je suis rentrée à 19h15 pour me réchauffer.

 

Une très bonne adresse à retenir!

Viva Varda ! Cinémathèque

Exposition temporaire jusqu’au 28 janvier2024

Cette grande exposition se tient au 5ème étage de la Cinémathèque dans le Parc de Bercy, prendre son temps pour admirer le bâtiment de Frank Gehry (1994) et s’il fait beau flâner dans le parc.

On entre dans la 1ère section qui présente des portraits et autoportraits de Varda dont on a un peu oublié les images de jeunesse tant la dame à la coiffure bicolore est encore présente dans nos mémoires. 

Les 7 familles d’Agnès la met en scène avec ses familles de Théâtre au Festival d’Avignon, dont elle était la photographe, rue Daguerre qu’elle a abondamment photographié et filmé, en compagnie de cinéastes, Demy, bien sûr mais aussi Godard. Amusant de chercher et trouver (ou pas) les visages de Piccoli, Samy Frey, Depardieu tout jeune, Brigitte Bardot, Sylvia de Monfort, Noiret…et tant d’autres qui ravivent tant de souvenirs. 

Curieuse du monde rappelle un aspect de son œuvre que j’avais oublié : ses films des Back panthersles Murs peints de Californie, Cuba, Chine,et même Madonna interviewée…

Féministe, joyeuse : L’une chante et l’autre pas est un grand souvenir des années 70, figures de Delphine Seyrig, de Valérie Mairesse, Giselle Halimi . projeté sur un mur la réception de sa palme d’or d’honneur à Cannes et la manifestation d’actrices, réalisatrices pour entendre son discours où Varda expose les chiffres ahurissants  : seulement à ce jour deux femmes palmées et encore pour Varda une palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et Jane Campion a dû partager la sienne avec un réalisateur-homme. 

J’avis choisi la date de notre visite en fonction de la rétrospective : justement dans la salle Franju se joue Les Glaneurs et la Glaneuse dont j’avais raté la sortie et que j’ai vu avec énormément de plaisir

Du temps de Millet glaneurs et glaneuse se baissaient et amassaient les épis après la moisson. Mais ce sont plutôt des glaneurs de patates que Varda a rencontrés. Société d’abondance qui jette par tonnes les pommes de terre hors calibre, trop grosses, en forme de cœur.Société de misère qui ramasse, Varda donne la parole à ceux qui ramassent pour manger tout simplement. La parole à ceux qui ne l’ont jamais. 

Dans les vignes et les vergers, on ne glane pas, on grappille les pommes laissées sur l’arbre, les tombées, les trop petites, les trop grosses. Dans les vignes, grappillage aussi après la vendange, dans les vignes délaissées non cueillie.

Un avocat en robe rappelle le Droit : le Droit prévoit glanage et grappillage, prévoit les dates, les horaires. Oui c’est légal, prévu par le Code.

Glanage urbain aussi. Fin de marchés, dans les cageots pour les miséreux, mais pas que. Rencontre d’un homme droit dans ses bottes, salarié, intégré qui fait les poubelles par devoir militant. Scandale de ces poubelles de supermarchés pleines de victuailles encore bonnes que certain arrosent d’eau de Javel pour interdire de les consommer. Depuis la sortie du film (2000) c’est maintenant interdit.

Glanage d’objets, ou plutôt accumulation de ce qui pourrait encore servir et qui est abandonné dans la rue. Encore un avocat en robe pour dire le Droit de la propriété de ces objets abandonnés : détournement sympathique de ces objets : collection de frigos devenus œuvres d’art.

Quel joli enchaînement que ce frigo plein de figurines, play-mobiles casqués, manifestation ouvrière enfermée monté juste avant une vraie manif avec drapeaux rouges dans les avenues parisiennes. Un des intervenants de la Table ronde nous fait remarquer ce montage marabout-bout-de-ficelle-selle de cheval…. la manif arrive à Denfert Rochereau, il y a un lion de bronze, lion de pierre d’Arles….Il faut avoir vu le film un bon nombre de fois pour remarquer comment Varda a glané des images sans aucun rapport évident et avoir donné du sens au montage.

mais j’anticipe sur la Table Ronde réunissant quatre spécialistes Nathalie Mauffrey, Sylvain Dreyer, Antoine Compagnon et Pierre-Antoine Burquin. 

Curieusement Antoine Compagnon est surtout venu en tant que spécialiste des chiffonniers du XIXème siècle. Chiffonniers, biffins, ancêtre de ces glaneurs du XXIème siècle. Coïncidence? La rue Mouffetard était le rendez-vous des chiffonniers et un des premiers films d’Agnès Varda est L’Opéra-Mouffe (1958)

les Glaneurs, on comprend, mais la Glaneuse? la Glaneuse c’est Varda, elle même, qui ramasse « au hasard? » des images et des objets pour les réunir au montage. Occasion de mentionner le concept de Cinécriture ou de Roaddocumentary . Des camions, des camions, sur l’autoroute. Quel autre cinéaste s’arrêterait aux camions, encore de ces objets triviaux qui n’ont rien à faire au cinéma…

Et j’ai oublié ses films les plus célèbres : Cléo de 5 à 7 (1962) Sans Toit ni loi(1985)  Visages-villages (2018)..

Une après-midi bien remplie!

Le Café sans Nom – Robert Seethaler -Sabine Wespeiser Ed.

FEUILLES ALLEMANDES 2023

Novembre, retour des feuilles allemandes et c’est avec grand plaisir que j’ai suivi la lecture commune avec Aifelle, Keisha, Eva, et d’autres….

C’est un véritable coup de cœur que ce court roman (246 p).

Vienne, 1966, Simon ouvre son café au coin du marché, sans nom, sans prétention, ce n’est pas un café littéraire ou mondain, de ceux qui sont une institution de Vienne comme ceux que Claudio Magris décrit dans Danube – Café Central -ou le Café Gluck du Bouquiniste Mendel de Zweig. 

Pas de journaux du jours emmanchés sur une baguette de bois, ni de Sachertorte. Seulement de la bière, du vin, du sirop de framboise, des tartines de saindoux et des cornichons. C’est un café populaire que fréquentent les habitués, marchands et clients du marché, ouvrières en route vers l’usine, dames d’un certain âge…

« Il s’agit de mon café au marché des Carmélites. Je dis que c’est un café, bien que personne à part moi ne l’appelle comme ça. Et je dis que c’est le mien, bien que sur le papier il ne m’ait jamais appartenu. Il y a dix ans c’était un trou poussiéreux, maintenant, tous les soirs sauf le mardi, il y vient des gens qui veulent oublier au moins quelques heures tout ce bazar autour d’eux. Il y fait chaud, l’hiver les fenêtres ferment bien, on peut boire quelque chose et surtout on peut parler quand on en a besoin et se taire quand on en a envie. Le monde tourne toujours plus vite, et parmi ceux dont la vie ne pèse pas assez lourd, il y en a parfois qui sont laissés sur le bord de la route. Alors n’est-ce pas une bonne chose qu’il y ait un endroit auquel se raccrocher ? Maintenant vous allez peut-être vous dire : ils n’ont qu’à aller ailleurs, ces pauvres bougres, le changement ça fait mal, rien n’est éternel, etc. Et bien sûr vous avez raison. Mais je connais des gens pour qui le bout de la rue, c’est déjà trop loin.

1966, l’Autriche a perdu son Empire depuis bien longtemps mais les patronymes yougoslaves, hongrois, tchèques ou italiens, les ouvriers turcs qui passent, rappellent que Vienne était aux portes de l’Orient. Allusions à un passé plus récent et plus douloureux. L’heure est à la reconstruction, au percement d’un métro. 

Il ne se passe pas grand-chose, des tranches de vie ordinaire, des gens ordinaires, le boucher, la crémière, un catcheur, la serveuse, deux femmes oisives… qu’on apprend à connaître. Une belle solidarité, entraide entre voisins. Et ce ton, attentif, précis, charmant.

Merci à ceux qui ont organisé la lecture commune!