Portrait de Paul Signac dit aussi Paul Signac à la barre de son bateau Olympia
Signac est souvent exposé à Paris. Récemment le Musée Jacquemard-André proposait une rétrospective, à l’occasion des Expositions mettant à l’honneur Fénéon surtout celle de l’Orangerie, à la fondation Vuitton il y a quelques temps. J’ai donc un peu hésité pour Signac collectionneurmais je ne regrette pas ma visite.
Portrait de Paul Signac par Maximilien Luce
Occasion de mieux connaître l’homme qui a été portraituré par les peintres, ses amis
Portrait de Paul Signac par Seurat
Paul Signac fut un organisateur d’expositions , fondateur du Salon des Artistes Indépendants et « militant de la cause néo-impressionniste » .
On voit donc des tableaux de Signac
Signac : la bouée rouge. Arrivée à Saint Tropez à bord de son voilierSignac : les Andelys, la Berge
On voit bien les petites touches des néo-impressionnistes qu’on connaît aussi chez Seurat qui fut lié à Signac
Seurat : Le Chahut
Mais Seurat collectionne aussi des peintres différents : plusieurs Cézanne, un petit Delacroix, un pommier en fleur de Monet, des Degas (nombreuses études de fesses), Pissaro
Pissaro : retour des paysans au marché
j’ai découvert les dessins de Charles Angrand : Une grange sous la neige et Le mouton rouspéteur pas du tout faciles à photographier mais que j’ai beaucoup appréciés.
Une salle entière est dédiée à Cross aux couleurs somptueuses.
Cross : la rivière Saint Clair
Je ne connaissais pas Maximilien Luce qui a des préoccupations plus prolétaires et qui peint aussi des hommes à leur toilettes, on a plutôt l’habitude d’y voir des femmes.
maximilien Luce ; l’Echafaudage ou le Drapeau rouge
Autre inconnu (de moi) : Valtat
Valtat : roches rouges de l’Esterel
Et bien sûr, Marquet, Valotton, Van Dongen, Maurice Denis.. .
Depuis très longtemps Nancy Huston est une référence féministe et je me suis toujours promise de faire connaissance avec l’œuvre de cette autrice. Le billet de Jostein, et surtout le titre qui me rappelait Ouidah (Bénin) m’ont attirée. Dès que je l’ai trouvé à la médiathèque, je l’ai emprunté.
Ce livre féministe militant a tout pour m’intéresser : l’Afrique et à l’esclavage, les études féministes et les clins d’œil à Sylvia Plath, Hélène Cixous, Luce Irigaray, Julia Kristeva et j’en passe…Diversité ethnique, la Shoah avec les parents juifs de Joel, l’amie Haïtienne, au vaudou et à la santeria à Cuba, émeutes raciales à Baltimore, La GPA, toutes les thématiques que la droite qualifierait de « woke »!
Seulement, chacun de ces thèmes mériterait un roman! Mélanger le tout en 305 pages ne peut que donner le tournis à la lectrice qui souhaiterait qu’on s’arrête pour approfondir chacun de ces sujets. On saute d’un personnage à l’autre, d’une époque à une autre sans transition.
J’aime m’attacher à un personnage, le suivre… Je n’ai éprouvé d’empathie pour personne. Jenka, la mère juive, est caricaturale comme Eileen, la mère de Lili Rose. Lili Rose est peu sympathique, on se demande comment elle passe de son enthousiasme pour les bikinis à une thèse universitaire, des relations avec des adolescents plutôt ploucs au féminisme radical. Shayna ne m’a pas plus séduite non plus. Je n’arrive pas à l’imaginer, à part sa couleur de peau « marron » et ses rondeurs » là où il faut« , elle est peu incarnée. Le seul que j’arrive à suivre c’est l’anthropologue très calé pour décrypter les cérémonies préhistoriques, mais si peu perspicace quand il se promène avec sa fille métisse à Cuba qu’on prend pour une prostituée. L’enfer est pavé de bonnes intentions!
Ouidah, porte du non-retour
Malgré cette déception je vais continuer à lire Nancy Huston parce que ses thématiques m’intéressent.
Le chef d’œuvre Inconnu traite de peinture, il n’est donc pas surprenant qu’il ait inspiré de nombreux peintres et plasticiens. Il y a quelques temps j’ai lu cet ouvrage et visité la Maison de Balzac
C’est toujours avec grand plaisir que je retourne Rue Raynouard , en balcon dominant les quais de Seine où l’on peut descendre la Falaise de Passypar de raides escaliers du square de l’Alboni, Rue des Eaux, ou la pittoresque rue Berton étroite et pavée.
Nous avons revu les collections permanentes, manuscrits annotés, bustes de Balzac, son bureau, sa canne….Je me suis longtemps attardée devant les figures de la Comédie Humaine gravées sur 250 plaques typographiques pour chercher les personnages que j’ai rencontrés récemment lors de mes lectures.
L’exposition temporaire est situé en dessous. On entre d’abord dans une salle dédiée à la Belle Noiseuse – film de Rivette (1991) dont on peut visionner un extrait et où se trouve les tableaux de Dufour qui figurent dans le film.
Michel Piccoli joue le peintre, Emmanuelle Béhart le modèle.
Dufour – la belle noiseuse
Je n’aime pas cette peinture et m’étonne qu’elle puisse être le « chef d’oeuvre inconnu ». Des goûts et des couleurs….
édition du Chef d’oeuvre inconnu de Balzac par Vollard, illustration Pablo Picasso
La salle suivante est consacrée à l’édition de Vollardqui a demandé à Pablo Picasso de l’illustrer. Picasso n’a pas illustré l’histoire à la lettre et a dessiné à son idée autour du motif de la peinture, du peintre et de son modèle. Comme il dessinait des taureaux et minotaures à cette époque, on les voit figurer ici. Pour notre plus grand plaisir.
Picasso : peintre modèle
Dans la troisième salle je retrouve le tableau de Paula Rego qui m’avait donné envie de lire le livre, je retrouve également Arroyo. Un peu plus étrange ce Chef d’Oeuvre inconnu d’Anselm Kiefer quine représente pas un portrait de femme mais une salle vide, dessin d’architecture.
Avec Balzac, on peut s’attendre à toutes les surprises, et il y en aura.
L’histoire commence le 22janvier 1793, sous la Terreur (pas d’étonnement: le titre l’affirme). Une femme marche dans la nuit, seule, dans la neige ; elle se sent suivie. C’est la terreur ordinaire, celle d’une femme suivie dans les rues désertes. Elle se réfugie dans une boulangerie encore ouverte. L’impression de terreur s’installe.
La femme est âgée, l’homme qui la poursuit ne cherche pas à attenter à sa vertu. Un espion? Je me souviens alors de l’époque. Cette dame est une ci-devant qui a oublié les civilités d’époque : aurait dû dire « citoyenne » .
La vieille femme se cache dans une bicoque chancelante….
Dominant la Marne qui coule en bas d’un beau parc à la française, ce petit château élevé entre 1703 et 1707 est entièrement meublé. Au XVIIIème siècle il fut occupé par le financier Paul Poisson de Bourvallais, puis par le duc de la Vallière qui le fit décorer par Christophe Huet et le loua de 1757 à 1759 à la marquise de Pompadour. Le banquier Louis Cahen d’Anvers l’acquiert en 1895, le fait restaurer et complète le décor du XVIIIème en adaptant la demeure au mode de vie de l’époque. Charles Cahen d’Anvers donna le château à l’Etat qui l’utilisa pour la réception de chefs d’état étrangers.
Le cabinet en camaïeu : peinte autour de 1748 d’un décor de chinoiseries
De nos jours, le château et le parc sont ouverts au public et c’est une très belle visite!
Salon rouge transformé en 1928
Plusieurs thématiques de cette visite libre avec un plan très détaillé :
focus sur la décoration XVIIIè, les chinoiseries des boiseries, les porcelaines, les stucs
le salon chinois représentant un Extrême-Orient imaginaire
attention apportée aux objets et meubles comme les bibelots ou les fauteuils tapissés sur le motif des Fables de La Fontaine
On peut aussi imaginer le mode de vie des nobles au XVIIIè ou des banquiers à la Belle Epoque et au début du XXè .
la tableFables de La Fontaine
On découvre, bureaux, salle de musique, salle à manger des enfants, fumoir…mais aussi commodités pour la toilette.
J’ai adoré les chinoiseries dans le salon chinois mais aussi sur la grande tapisserie du bureau
Fumoir communiquant avec la salle de billard. Tapisserie représentant l’empereur chinois Kangxi
Mais on peut aussi s’intéresser tout spécialement à l’exposition d‘Or et d’Orient de l’atelier ULGADOR.
ULGADOR se consacre à la création de panneaux décoratifs ornés de feuilles de métal (or, cuivre, laiton, argent aluminium…) déposé sur différentes surfaces. Ces panneaux sont utilisés par des firmes de luxe, des hôtels, des institutions.
paravent ulgador
Les panneaux, principalement des paravents sont distribués dans toutes les pièces du château y trouvant une place harmonieuse.
Le nom Ulgador évoque un certain exotisme et la richesse de l’or ce avec les lettres du nom de Gabor Ulveckifondateur de l’atelier et inventeur de la technique après avoir appris la dorure sur bois chez un restaurateur.
Bassin de la nymphe Scylla métamorphosée en monstre avec des têtes de chien à ses pieds
J’ai terminé la matinée par une promenade dans le parc.
Et comme il faisait beau en bord de Marne nous avons déjeuné dans une sorte de guinguette : Il Capuccino . Excellent emplacement, des tables en bord de Marne, plusieurs salles et des terrasses abritées et chauffées l’hiver.
Il Cappuccino : Gournay/Marne
Spécialités italiennes, pizze et pâtes. j’ai commandé une parmiggiana (gratin d’aubergines) et Dominque une escalope à la florentine. C’était très abondant et délicieux.
Julie Manet(1878 -1892) était la fille deBerthe Morisot (1841 – 1895) et d’Eugène Manet (1833 -1892) « enfant de l’impressionnisme » elle a servi de modèle à Berthe Morisot,
Berthe Morisot : Au Bord du Lac
bien sûr, mais aussi à Renoir
Renoir : portrait de Julie Manet
A la mort de son père, Stéphane Mallarmé devient son tuteur
Gauguin : Mallarmé et le corbeau de Poe
Avec sa mère comme professeur, Julie peint,
Julie Manet : portrait de Paule Gobillard
« Mariage au Louvre » Julie s’exerce au Louvre à copier les Maîtres, elle y rencontre Ernest Rouart qui deviendra son mari
Rouart d’après Mantegna
Rouart fait également le portrait de Julie
Rouart : Julie peignant
La peinture en héritage : Julie Manet, entourée des maîtres de l’impressionnisme réunit une belle collection. On peut donc admirer de nombreux tableaux Corot, Monet, Degas, maurice Denis, Delacroix, Daumier …
Degas : Saint Valery-sur-SommeC Monet : BordigheraDaumier
Il ne faut surtout pas oublier de monter à l’étage où l’exposition se poursuit. Il y a également de belles icones, des enluminures, vitraux et de belles salle empires
« L’étranger apprend l’art de s’adapter de manière plus approfondie, mais aussi plus douloureuse que celui qui revendique un sentiment d’appartenance »
Georg Simmel, L’Etranger 1908
L’Homme assis à la canne – 1901
« Peu de gens savent que l’artiste n’est jamais devenu français. le 3 avril 1940, Picasso déposa une demande de naturalisation qui lui fut refusée et qu’il ne renouvela jamais.. »
Cette exposition met en scène l’enquête d’Annie Cohen Solal : Un étranger nommé Picasso , Fayard, prix Fémina Essai 2021. La couverture du livre utilise le dossier de Picasso en Préfecture, l’exposition montre des facsimilés géants.
Dossier de Picasso
Cette exposition chronologique s’attache à la problématique de l’Etranger et montre comment Pablo Picasso, âgé de 19 ans, ne parlant pas français a débarqué à Paris à l’Exposition Universelle de 1900 où une de ses œuvres est exposée. Il est hébergé par des catalans anarchistes. On voit les nombreuses lettres que le jeune home échange avec sa mère, elles sont même lues en Espagnol
1900 – lettres en catalan et dessins
pour nous mettre dans l’ambiance dans une petite salle arrondie sont projetées des images de l’Exposition Universelle.
En 1901 Picasso expose à la Galerie Vollard . Le 17 mai paraît une critique élogieuse dans la Presse, le lendemain est établi le premier rapport de police sur la foi de ragots des indics. Picasso est marqué comme anarchiste et ce rapport va le suivre….
Picasso est séduit par l’ambiance des cafés et des baraques foraines, il visite aussi une prison pour femmes
1901- Femme au bonnet
1902 -1903 : 3ème voyage à Paris « la période Galère » si pauvre qu’il ne parvient pas à payer son loyer sans l’aide de Max Jacob. Une sorte de BD « Une histoire simple de Max Jacob » illustre cette amitié. Le carnet d’adresse de Picasso témoigne aussi des relations que le peintre a nouées.
« mais qui sont-ils, dis-moi, ces bohémiens, ces gens un peu plus errants que nous-mêmes » Rainer Maria Rilke (1922)
1905 – 4ème voyage : Le Bateau-Lavoir et la rencontre avec Apollinaire. Ses carnets montrent leur fascination pour le cirque qui aboutit au grand tableau des Saltimbanques (à Washington). bienafa malgré eux Apollinaire se trouvent mêlés à des affaires de vol pour la tête ibère de Cerra (qui appartenait au Louvre) et pour le vol de la Joconde.
Saltimbanque (l’original est à Washington)
Les saltimbanques
Guillaume Apollinaire
Dans la plaine les baladins S’éloignent au long des jardins Devant l’huis des auberges grises Par les villages sans églises.
Et les enfants s’en vont devant Les autres suivent en rêvant Chaque arbre fruitier se résigne Quand de très loin ils lui font signe.
Ils ont des poids ronds ou carrés Des tambours, des cerceaux dorés L’ours et le singe, animaux sages Quêtent des sous sur leur passage.
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913
1906-1914 – A la tête de l’Avant-Garde
1909 Sacré Coeur cubiste
Picasso rencontre les Stein et Kahnweiler. Ce dernier assure la promotion de ses œuvres jusqu’à Prague, Moscou et toute l’Europe Centrale. Dans une vidéo on peut écouter Kahnweiler raconter sa rencontre pittoresque avec Picasso et ses rapports avec Braque. une très jolie collection de statuettes africaine rappelle le goût de Picasso pour l’art africain.
1957 portrait de Kahnweiler
Première Guerre mondiale : Derain part à la guerre, Apollinaire s’engage. En 1914, le stock Kahnweiler est mis sous séquestre et 700 œuvres de Picasso seront dispersées à bas prix en 1921
« monsieur l’Inspecteur, je crois utile de vous mettre au courant des agissement du sieur Kahnweiler qui, comme ses si sympathiques compatriotes , s’indigne de savoir que l’Etat Français ose decider de la vente de son stock »
la xénophobie, n’est pas loin et suivra Picasso!
1917 – 1939 – Un artiste dans tous ses états
1920 Polichinelle et Arlequin
Entre Ballets Russes et Aristocratie Française : Picasso devient décorateur pour les Ballets Russes et rencontre Diaghilev, Cocteau, Satie, Stravinsky. Une vidéo nous permet d’entendre Cocteau raconter les Ballets russes avec une étonnante captation de Parade (2008) Il quitte Montmartre et s’installe Rue La Boétie, dans les beaux quartiers.
1921 – la lecture de la Lettre , évocation de l’amitié
Dans l’orbite de l’Internationale Surréaliste il fréquente Breton, Aragon et Eluard tout d’abord et plus tard Dali, Miro et Giacometti.
le peintre et son modèle 1928-1929
En 1934, il s’installe dans une gentilhommière à Boisgeloup ce qui lui permet de s’éloigner de Paris pendant les émeutes xénophobes de 1934.
Minotaure mené par une petite fille
1936 A côté des Républicains espagnols
Picasso est nommé directeur honoraire du Prado puis reçoit la commande pour l’Exposition Internationale où il présente Guernica
1939 – 1944 – La France aux Français
En 1940, la demande de naturalisation est refusée et Picasso se replie à Royan
Royan
« je veux que mes peintures puissent se défendre, résister à l’envahisseur comme si chaque surface était hérissée de lames de rasoir »
1944- 1973 Sur la vague des trente glorieuses
Picasso obtient le statut de « résident privilégié » (renouvelable tous les 10 ans. )
1944 le PCF comme une patrie
Picasso est le dessinateur de la Colombe de la Paix, on le voit au Congrès de la paix en 1949.
les fumées de Vallauris
Il fait ensuite le Choix du Sud et s’installe à Vallauris
la Baie de Cannes
j’ai beaucoup aimé cette exposition tout à fait à sa place dans le musée de l’Immigration.
Patrick Zachmann est un photographe français né à Choisy-le-Roi en 1955, fils d’un juif polonais et d’une mère séfarade d’origine algérienne.
« Je suis devenu photographe parce que je n’ai pas de mémoire » – ai-je copié au début de l’exposition.
« Est-on juif quand on ignore sa religion et sa culture? »
Pour tenter de répondre à cette question, le photographe va se lancer dans une enquête d’identité.
Il photographie d’abord les Juifs portant l’identité la plus visible, les Loubavitch, porteurs de barbes et de chapeaux, dans leurs réunions et leurs fêtes. En 1981, à Jérusalem au Rassemblement des Rescapés de la Shoah, il fait leur portrait avec leur matricule tatoué. Enfin, il prend pour sujet des Juifs français plus anonymes, plus discrets : les linotypistes du journal yiddisch Naye Press, les commerçants du Sentier dans leurs boutiques, les musiciens, un psychanalyste, des ashkénazes se retrouvant aux Buttes Chaumont, des bals communautaires….
Ce n’est qu’après la publication de son livre Enquête d’identité qu’il abordera avec son père l’histoire familiale, histoire triste puisque ses grands parents furent déportés et sont morts à Auschwitz ; il en fera un film : La mémoire de mon père dont la musique Klezmer accompagne nos pas dans l’exposition.
Les voyages de mémoire conduiront le photojournaliste en Afrique du Sud, à la libération de Mandela, au Chili, sur les traces disparues des victimes de Pinochet, au Rwanda où il fait le portrait des victimes tutsis.
D’impressionnantes photos panoramiques enneigées d’ Auschwitz font face à celle de Drancy où rien ne rappelle le passé.
Bouclant sa quête d’identité, Zachmann fait le voyage à l’envers à la recherche des origines de sa mère en Algérie et au Maroc où il retrouve les lieux et les synagogues, transformées en mosquées. Cette traversée de la Méditerranée est aussi le sujet d’un film Mare Mater où il interroge sa mère mais aussi les mères des migrants, restées au pays tandis que leurs fils ont pris tous les risques dans des traversées dangereuses. Témoignage de la mère, des migrants mais aussi de la séparation douloureuse de la mère et du fils.
« Il y a deux sortes de pitié. L’une, molle et sentimentale, qui n’est en réalité que l’impatience du cœur de se débarrasser au plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d’autrui, cette pitié qui n’est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l’âme contre la souffrance étrangère. Et l’autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu’elle veut et est décidée à persévérer avec patience et tolérance jusqu’à l’extrême limite de ses forces, et même au-delà. C’est seulement quand on va jusqu’au bout, quand on a la patience d’y aller qu’on peut venir en aide aux autres. C’est seulement quand on se sacrifie et seulement alors…
Je poursuis, et toujours avec autant de bonheur, la lecture de Zweig initiée par les Feuilles Allemandes de Et si on bouquinait et Passage à l’Est.Les mêmes proposant des lectures communes Autour du Handicap, La Pitié dangereuse peut figurer dans ces deux challenges.
Golovien : paysage pavlosk
En 1938, lorsque les bruits de bottes se font entendre, l’auteur rencontre un « héros » de la Première Guerre mondiale qui lui confie son histoire : jeune lieutenant pauvre, dans une ville de garnison, il se fait inviter au château . Ebloui par la richesse, dans l’ivresse de la fête, sans se rendre compte que la fille de la maison est paralysée, il l’invite à danser. Voulant réparer cette bévue, il revient s’excuser auprès de la jeune fille et devient un familier de la maison et lui tient compagnie. Naïf et inexpérimenté, il ne se rend pas compte de la passion que la jeune fille va ressentir. Il n’ a jamais imaginé qu’une jeune paralysée puisse éprouver les mêmes sentiments que n’importe quelle femme. Point de désir ou de séduction, à la place de la pitié. Cette pitié occupe le jeune homme:
« chaud jaillissement de l’intérieur, cette vague de pitié douloureuse, épuisante et excitante à la fois, qui s’empare de moi dès que je songe au malheur de la jeune fille. »
La vie militaire se résume à une routine d’exercices, de camaraderie et de cartes au café qui ne contente pas le jeune lieutenant, trop modeste pour se payer le voyage jusqu’à Vienne. Absurdité de ces manœuvres qui n’ont guère de sens pour lui. En revanche son rôle auprès de la jeune handicapée donne un sens à sa vie.
« Tout ce que je comprenais, c’était que j’étais sorti du cercle solide où j’avais mené jusqu’alors une vie calme et tranquille, et que je pénétrais dans une zone nouvelle, passionnante et inquiétante à la fois, comme tout ce qui est nouveau. Je voyais ouvert devant moi un abîme du sentiment qui m’attirait étrangement, »
La pitié s’adresse à la jeune fille mais aussi à son père, cardiaque, fragile, émouvant. Le jeune homme passez par des phases d’exaltation à des moments dépressifs quand il se sent piégé par des responsabilités qu’il n’a jamais souhaitées.
« Ce soir-là, j’étais Dieu. J’avais apaisé les eaux de l’inquiétude et chassé de ces cœurs l’obscurité. Mais en moi- même aussi j’avais banni la crainte, mon âme était calme comme jamais elle ne l’avait été […]
Pourtant à la fin de la soirée, lorsque je me levai de table, une légère tristesse s’empara de moi, la tristesse éternelle de Dieu le septième jour, lorsqu’il eut terminé son œuvre – et cette mélancolie se refléta sur tous les visages. Le moment de la séparation était venu. Nous étions tous étrangement émus, comme si nous savions que quelque chose d’unique prenait fin, »
Mais cette pitié est aussi humiliante pour Edith qui veut être aimée et non l’objet de pitié. Elle se rebelle, passe par des crises très éprouvantes.
« Je ne veux pas que vous vous croyiez obligé de me servir ma portion quotidienne de pitié, je me fiche pas mal de
votre pitié – une fois pour toutes, je m’en passe »
Zweig analyse tous ces sentiments avec une grande finesse. Merveilleux conteur, il va faire surgir des personnages complexes : le père, le médecin, le colonel. Il décrit aussi l’Empire à la veille de son écroulement avec les nuances des classes sociales et les rapports entre aristocrates et bourgeois : en filigrane, mépris et antisémitisme.
Chassez vos préjugés anti-chasse et venez visiter l’exposition Galleria d’Eva Jospin au Musée de la Chasse et de la Nature!
Eva Jospin : balcon 2015
Le Musée de la Chasse et de la Nature est logé Rue des Archives, Hôtel Guénégaud, occasion d’une balade dans le Marais. Il accueille de très belles expositions contemporaines comme celle de Sophie Calle (2018) et Garouste (2028). Il met à disposition de l’artiste et de ses invités les salles du rez-de-chaussée et des espaces au 2ème étage, mais surtout permet aux artistes d’installer des œuvres dans l’écrin des collections permanentes. Le jeu est de les découvrir au milieu des animaux empaillés (je n’aime pas trop), des armes (je déteste) ou des tableaux d’époque.
ici la contribution d’Eva Jospin est minuscule, de minces filets que le gardien nous montre . la colonne de bois de cerf est l’œuvre d’une autre plasticienne
Certaines installations sont très discrètes et il faut l’aide des gardiens très coopératifs pour les trouver.
Galleria 2021: plafond à caissons
Eva Jospin sculpte, coupe, colle, cisaille, travaille le carton ondulé. Elle joue avec cette matière, construit une galerie roccoco, baroque, sorte de cabinet de curiosité avec des niches
Galleria 2021 : niche
Colonnes ou broussaille? taillis ou masse rocheuse? comme dans Matera qui double un mur, roche ou liège?
Un de ses motifs de prédilection est la forêt, taillis, branchages : une œuvre – Forêt 2010-fut acquise autrefois par le musée et se trouve à l’étage supérieur en compagnie du tableau de Philippe Cognée, Paysage vu du train
Philippe cognée : Paysage vu du train
le Nymphée occupant toute une pièce (toujours accompagné d’un tableau de Cognée)
Nymphée
C’est une œuvre d’une topographie compliquée qui m’évoque la vue d’une cité antique avec colonnade, arène ou théâtre antique, escaliers monumentaux ne menant nulle part un peu à la manière de ceux de Escher. Cette structure complexe comporte une grande variété de détails, une passerelle, une tonnelle métalliques, des imitations de rochers, des arches…. on pourrait rester des heures à s’y promener virtuellement<;
Nymphée, escalier et tonnelle
Ces constructions de carton d’une finesse et d’une richesse d’imagination m’émerveillent, comme cette technique sophistiquée à partir d’un matériau si commun, si simple métamorphosée par la technicité de la plasticienne; à suivre. D’ailleurs, j’ai bien envie d’aller la suivre à Giverny où elle expose aussi!