Pluie sur le Pays Basque / Berméo- Guernica arrivée dans les Landes

ESPAGNE ATLANTIQUE 2003

Bermeo sous les nuages et la pluie

Réveil dans le brouillard. Il pleut. Nous nous promenons sur le port et sur la digue de  Berméo .Le vieux port est installé dans une jolie rade nichée entre les maisons Les maisons du port sont étroites, hautes et colorées avec toujours ces vitrines. Elles se reflètent dans l’eau. Des bateaux blancs et des barques colorées dansent. Le port plus récent est vaste et contient de plus gros bateaux de pêche. De très gros bateaux sur des cales attendent la réparation. S’il avait fait beau, nous aurions pu faire de nombreuses promenades. Sous cette pluie, nous songeons au retour si bien que nous retournons faire précipitamment les valises avant midi.

Guernica

Terroristes ?
A midi, nous sommes en voiture, direction Guernica. J’avais imaginé cette ville rasée par les allemands, certains beaux bâtiments anciens avec des arcades bordent les rues. A la sortie de Guernica : embouteillage. Nous croyons à un accident, mais la file n’avance pas, les gens sortent des voitures, téléphonent, beaucoup font demi tour. « Que  pasa ? » « Une bombe dans un restaurant » (on apprendra ensuite que c’est à l’aéroport). La route est bouclée, on nous conseille d’essayer la route côtière.

Nous remontons vers l’océan le long de la Ria, traversons Artéaga puis de belles forêts dans les collines. Jolies vaches grises, beaux jardins. Encore des petits ports entourées de maisons colorées, une plage de sable jaune très profonde. Le village suivant est à 13 km. De nombreux marcheurs suivent la route. La plupart portent un parapluie. La pluie ne semble pas les effrayer. D’ailleurs, elle a cessé. Encore un petit port, c’est la fête locale, les voitures encombrent les bas côtés de la route, impossible de stationner. Pourtant, nous aimerions au moins acheter du pain.

Guernica4

Tapas à Delia
Délia est le dernier village avant l’autoroute, encore un port, des maisons en hauteur, des bateaux de pêche… deux plages de sable. Je ne trouve pas la boulangerie. J’entre dans un bar et achète les plus jolis bocadillos, les plus raffinés : tortilla au lard thon et piment, champignons confits  escalope panée au piment. Dans de tout petits pains frais. Ce sont des mini sandwich à consommer en tapas, j’ai du mal à convaincre le barman de  les emballer « para llevar ».
Pour ce beau pique-nique, il nous faut un bel endroit ! Justement un mirador est aménagé avec des bancs, une table d’orientation  et une lunette. Les falaises de flysch gris se succèdent dans une mer grise sous un ciel gris. Belle vue mais photo tristounette, qu’on ne prend pas.

Irun, la frontière
Autoroute jusqu’à Irun, arrêt courses au poste frontière. Il règne un désordre inhabituel à cette heure de sieste. Les gens remplissent des caddies entiers d’alcool.

  Vieux Boucau
Retour en France, les montagnes s’éloignent, les nuages se séparent. Arrivées dans les Landes, il fait très beau.
Nous trouvons un bel hôtel à Vieux Boucau près de Souston : l’Hôtel de la Côte d’Argent ** situé sur une rue piétonnière. Non seulement il reste des chambres, mais le prix est raisonnable 45 euros. Notre chambre n’est pas grande mais elle est claire, vue sur parking (nous sommes mal habituées) papier peint pastel, belle salle de bain et téléphone. La plage est assez loin, il faut traverser le quartier piétonnier, contourner le lac marin puis de grosses résidences (bien fichues, en Espagne la construction  était vraiment laide), je trouve une certaine élégance à ces immeubles modernes aux volumes variés, surtout ils paraissent finis et léchés. Je crois que la dimension y est pour beaucoup : ils n’ont que trois ou quatre étages ; beaucoup moins que les immeubles espagnols ?. Au déboucher du lac, nous trouvons la dune, bien haute et bien pénible à gravir. Derrière, l’océan avec de jolies vagues (drapeau jaune). Nous sommes sur une plage déserte – baignade interdite- au retour, nous verrons des écriteaux « plage interdite : pollution ». La marée noire est ici, non pas deux ou trois bouettes comme en Espagne mais des galettes de l’ordre du décimètre alignées sur le sable mouillé.

Beaumarchais – Un aventurier de la liberté – Erik Orsenna – Stock

Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !…Noblesse fortune, un rang des places tout cela rend si fier ! Qu’avez vous fait pour tant de biens? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste homme assez ordinaire ! 

                              Le Mariage de Figaro, acte V scène 3

 

Erik Orsenna est l’auteur de biographies sympathiques, joyeuses et très agréables à lire : André Le Nôtre : Portrait d’un homme heureux, Pasteur: La vie, la mort, la vie. Celle de Beaumarchais est de la même veine. Orsenna  décrit Beaumarchais comme un séduisant personnage capable d’attirer la sympathie des Grands par ses talents variés : génial horloger, harpiste et maître de musique des  filles de Louis XV. Ce roturier, fils d’horloger, est introduit en Cour à  ans. Joli garçon il épouse et monte dans l’échelle sociale, s’achète un brevet de noblesse, fait des affaires. A la façon dont Orsenna raconte, il semble vivre en s’amusant. Et la lectrice s’amuse également. Il commet des pièces un peu ratées, peu importe, on s’amuse. Il a des ennemis aussi, des jaloux, on le traîne en justice mais il a tant d’esprit pour se défendre qu’on retiendra plus ses écrits piquants que la honte d’un jugement. 

Carmontelle : Ange-Laurent de La Live de Jully jouant de la harpe

Orsenna s’amuse lui aussi a faire des allusions à la vie contemporaine faisant de Beaumarchais le champion du « En Même Temps ». La lectrice sourit. En même temps diplomate, un peu espion, à Madrid et à Londres. Courtisan et frondeur, plutôt insolent que frondeur.

Le talent d’Orsenna est de rythmer son récit de citations du Mariage de  Figaro et du Barbier de Séville, dialogues piquants illustrant parfaitement le propos. Qui a plus d’à-propos, Orsenna ou Beaumarchais? Et la lectrice s’amuse (refrain).

Carmontelle : Louise-Marie-Thérèse Bathilde d’Orléans

Beaumarchais s’implique aussi dans des entreprises risquées : il veut prêter main forte aux Américains dans leur lutte pour l’Indépendance, affrète une véritable flotte. Il se fait imprimeur pour publier Voltaire. 

Amusant : il fait construire un palais en 1788 avec vue sur la Bastille, aux premières loges des manifestations ! Encore une fois, la lecture s’amuse (refrain).

C’est donc un ouvrage amusant léger, distrayant. Les grincheux diront peut-être, superficiel : en tout juste 200 pages, il n’y a pas la place pour une analyse approfondie. Moi qui ne suis pas spécialiste, j’y trouve mon miel.

Ivo & Jorge – Patrick Rotman – Grasset

« Autant Montand paraît spontané, au risque d’être brouillon, autant Semprùn est réfléchi, mesuré, au risque de paraître froid. Mais il faut se méfier des apparences. Il arrive que la répartition des rôles s’inverse : la réserve un peu mystérieuse de Jorge peut s’ouvrir en une chaleureuse disponibilité affectueuse. Montand qui paraît d’une pièce dans son truculent costume de Méridional flamboyant est taraudé par une inquiétude existentielle qui l’amène par instants à s’enfermer en lui-même, absent aux autres. Ces deux-là se déchiffrent d’instinct. Vingt-sept ans de compagnonnage complice, de dialogue ininterrompu, à cultiver les affinités électives qui fondent leur amitié. « 

Ivo Livi est Yves Montand, fils d’ouvrier communiste de Toscane qui a fui les faisceaux mussoliniens en 1924, et qui s’est installé à Marseille. Jorge Semprùn Maura est le fils d’un aristocrate madrilène, élevé dans le luxe entre des gouvernantes allemandes, des visites au Prado et une éducation soignée à la maison. Qu’est-ce qui a pu rapprocher ces hommes si différents?

Le roman s’ouvre à Moscou en 1990 où l’on projette le film L’Aveu, le film de Costa Gavras adapté du livre de London dont Semprùn a rédigé le scénario où le rôle principal est interprété par Montand. Tout un symbole que cette projection, 20 ans après la sortie du film!

Allers et retours entre Moscou, Madrid et Marseille, Paris, Saint Paul de Vence,  pour raconter la vie de ces deux héros qui nous sont familiers et qui nous ont accompagné. De la Guerre d’Espagne, à la Perestroïka, en passant par la Résistance, Buchenwald, les Procès de Prague, Budapest 1956… Une histoire du XXème siècle vécue par le militant communiste et le compagnon de route, la clandestinité et les feux de la rampe. Une histoire de solidarité, de fraternité. Des regrets d’être « passé à côté de l’essentiel » : pour Montand en ne rejoignant pas la Résistance, pour Semprùn en ayant cautionné les procès staliniens. De belles rencontres aussi pour le lecteur : Edith Piaf, Simone  Signoret, Marilyn et Miller, et tant d’autres….

Leurs histoires auraient pu se croiser, j’ai attendu leur rencontre : elle a eu lieu en 1963,

« Entre Montand et Semprùn, naît une amitié nourrie de leurs histoires respectives, de la recherche d’un idéal perdu, de complicités personnelles.

Ces deux émigrés de l’histoire ont partagé les grandeurs et les désillusions d’une génération. Au début de leur « liaison » amicale, les deux hommes en sont au même point idéologique : Montand et Semprùn sont des communistes critiques qui ont perdu leurs illusions mais ont gardé leurs espérance[…]ils espèrent encore débarrasser le communisme de la perversion stalinienne. Dans cette quête impossible, Semprùn va devenir la conscience de Montand… »

Le chanteur va s’impliquer dans des films politiques, le duo deviendra trio avec Costa Gavras . Ivo & Jorge nous emmène au cinéma! 

 

Les Carnets de Salonique – Ivan Nilsen – ed. Marie Barbier

LIRE POUR LA GRECE

« Salonique ou Thessalonique ? Bien qu’antiquisant, j’opte résolument pour le premier : c’est plus court et plus
joli ; ce sont les Grecs (byzantins) eux-mêmes qui ont abrégé le nom, il y a près de mille ans ; c’est le nom
qu’employaient les Juifs de la ville et ce n’est pas mal de s’en souvenir ; quoique philhellène, je n’ai aucune
raison d’épouser le nationalisme grec le plus obtus qui prétend effacer tout corps étranger de l’histoire de la ville
et jusqu’au nom utilisé par les Juifs comme par les Turcs. Voilà donc une affaire tranchée. »

Je saute sur toute occasion de faire un tour en Grèce, Matatoune  a chroniqué cet ouvrage et derechef, je l’ai téléchargé et lu! Salonique est une ville chère à mon cœur, départ d’une exploration en Macédoine et en Thrace. Jérusalem des Balkans, ville brillante jusqu’en 1917, où les quartiers juifs furent incendiés, la communauté juive fut déportée en 1943 et pratiquement exterminée.

Cette lecture fait suite à d’autres, mémorables: Vidal et les siens d’Edgar Morin que j’ai lu et relu. Gioconda de Nikos Kokantzakis, délicieux roman d’amours adolescentes et histoire vraie, témoignage de la déportation.   Le Cahier volé à Vinkovici de Dragan Velikic et le Sarcophage et la douleur du Vendredi Saint de Yorgos Ioannou mettent en scène la ville.

Les Carnets de Salonique commencent comme une intrigue policière : une femme, Judith, est assassinée à Thessalonique en 1975, victime d’un attentat organisé par l’extrême-droite grecque à la chute du régime des colonels. L’enquête a conclu qu’elle avait été abattue par erreur, victime d’une balle perdue. Vassili Korassov, son compagnon est persuadé que Judith n’est pas morte par hasard, qu’elle était visée par les tueurs. Vassili tente de dénouer le mystère avec l’aide de Gabriel, un archéologue, fils d’un archéologue qui a collaboré avec les policiers en qualité de traducteur. 

Il sera donc question d’archéologie, le père de Gabriel spécialiste du siècle de Périclès a aussi fouillé à Pella, ville de Philippe, le père d‘Alexandre le Grand. Les méthodes de l’archéologue sont analogues à celles du  détective:

« Que vaut l’archéologie si elle ne parvient pas à extraire d’une couche de débris informes, d’un vulgaire
amoncellement minéral, d’un terrain montueux mâtiné de pierrailles, ce qui bientôt donnera une figure, un
visage à un édifice oublié, suscitera la curiosité du visiteur et fera revivre une civilisation entière dans l’esprit
des hommes ? »

Vassili évoque l’histoire de Judith et de sa famille originaire de Smyrne . Son père Costas est un commerçant grec, sa mère Déborah – juive d’origine livournaise. A la suite de la Grande Idée,  « megali idea« , le rêve grec de reconquête de territoires en Anatolie qui aboutit à La Grande Catastrophe, exode des Grecs d’Asie Mineure et incendie de Smyrne, le couple émigre à Salonique, où leurs affaires prospèrent, leurs enfants ont la meilleure éducation en Français et en Italien. A la suite de la Crise de 1929, la montée des fascismes et de l’antisémitisme incitent Costas et Déborah à l’exil à nouveau à Marseille. Rattrapé par la Guerre et l’occupation Allemande, ils poursuivent leur errance jusqu’aux Etats Unis

 » Je suis le non-juif errant » disait-il (Costas) avec ironie. A peine établi à ses aises, il lui fallait s’arracher à ce qu’il avait tenu pour un asile et qui se révélait, une fois encore, une fausse promesse, un cul de basse-fosse…. »

Cette lecture est une leçon d’Histoire, histoire  grecque, à travers le XXème siècle, Résistance des andartes de l‘ELAS contre les Allemands en Epire, et exil de ces derniers, chute du régime des Colonels et opposition des militaires avec parfois complicité de l’Eglise Orthodoxe…

Judith, bercée dès l’enfance à cette histoire, devient historienne et part à la recherche des biens juifs spoliés. Encore un thème passionnant!

Par ces thèmes multiples, les Carnets de Salonique sont intéressants. Cependant ce livre de moins de 90 pages, les survole. J’aurais aimé plus de profondeur. J’aurais aimé m’attarder à Smyrne, me promener plus longuement rue Egnatia ou dans les ruelles qui grimpent à la citadelle de Thessalonique. J’aurais aimé humer l’air de la mer Egée sur le port de Salonique et voir les personnages s’installer à Marseille. J’aurais aimé plus d’archéologie, en  savoir plus sur les fouilles de Pella, sur Philippe et Alexandre le Grand.

Cette lecture agréable et  facile me laisse un peu sur ma faim. Les personnages secondaires sont esquissés plutôt que présents. 

 

A l’ombre du brasier – Hervé Le Corre – Rivages/Noir

LA COMMUNE DE PARIS

 » Un monde nouveau s’imprimait chaque jour, les rêves se lisaient enfin noir sur blanc, en plein jour, enfin évadés des nuits, de leurs brouillards et de leurs terreurs. C’était le
printemps de la vie, tout cela, et les rosiers qui escaladaient les murs et débordaient sur les trottoirs, versant
parfois leurs parfums sur eux, ne disaient pas autre chose. »

Les dix derniers jours de la  Commune de Paris du 18 Mai 1971 au 28 Mai 1971 qu’on nomme aussi la Semaine Sanglante. 

Dans ce roman touffu, nous suivons Nicolas et ses deux frères d’arme Adrien et Le Rouge, soldats fédérés du 105ème, qui courent de barricade en barricade pour ralentir l’avance des Versaillais qui sont aux portes de Paris, Caroline, la bonne amie de Nicolas, ambulancière qui soigne les blessés. Des personnages louches profitent du désordre : Monsieur Charles, le photographe d’un genre « un peu spécial », Pujols qui lui procure de jeunes modèles pour ses photos érotiques, Clovis, le cocher complice de Pujols dans l’enlèvement des jeunes filles. Antoine Roques, ouvrier relieur a été élu commissaire de police du Xème s’attache à résoudre cette affaire d’enlèvements, il doit traverser Paris dans les combats pour délivrer une prisonnière.  On s’attache aux personnages : Communards idéalistes, courageux ouvriers dévoués aux rêves d’un avenir meilleur. Au cours de l’action, les caractères s’affirment, se complexifient. La solidarité du peuple de Paris, des inconnus soutiendra les fédérés jusqu’au bout. Avec l’avance des Versaillais les massacres sont effroyables…

Roman noir, roman historique? Histoire des anonymes, du peuple des ouvriers, des artisans , l’auteur évoque en filigrane quelques figures connues au fil des conversations, le Général Dombrowski ou Louise Michel.

Roman de guerre, sur les flaques de sang, l’odeur de la poudre, des cendres des incendies. Interminables traversées de Paris du fort d’Issy par le Bois de Boulogne et les quartiers de l’ouest de Paris abandonnés par les bourgeois, aux barricades de la Rive Gauche, du XVème au Quartier Latin, finalement les derniers jours tous se replient vers la Bastille, Château d’Eau, et l’Est de Paris. L’errance de Nicolas et Caroline se terminera vers Bagnolet ou Montreuil où les Prussiens campent encore. Beaucoup de combats, de faits d’armes, d’héroïsme qui finissent par lasser le lecteur qui sait que les Versaillais seront impitoyables.

Histoire des femmes aussi, des ouvrières qui se réunissent pour faire valoir leurs droits, féministes activistes.

Et bientôt, les filles n’auront plus besoin de demander la permission pour tout, pas vrai ? C’est toi qui me l’as
dit, une fois. Qu’la Commune et tout ça, ça changerait la vie des femmes.

 

Accessoirement, histoire de la photographie, Charles Gantier rêve d’être un des premiers reporters de guerre avec un procédé de sa façon.

La guerre sera bientôt dans la rue, sous nos fenêtres, et j’en veux enregistrer toutes les convulsions ! Mes confrères
photographient ces imbéciles posant sur leurs barricades, devant leurs canons, bravaches, triomphants ! Mais
moi, je les prendrai sous le feu, face à de vrais soldats, dans la fureur du combat, et l’on verra qui alors est le
plus brave, de cette mégarde nationale, de ces bonimenteurs à képis, ou des régiments de ligne menés par nos
meilleurs officiers. Alors la vérité sautera aux yeux de l’Histoire.

Roman policier avec l’enquête des enlèvements….

J’ai suivi avec beaucoup de sympathie l’Odyssée de Nicolas du Bois de Boulogne aux Grands Boulevards . J’ai un peu décroché pendant les faits d’armes qui traînent  en longueur. Sans doute était-ce nécessaire de maintenir le lecteur dans les bombardements et le sang. Mais je me suis accrochée et ne l’ai pas regretté.

Espelette sous la pluie

CARNET BASQUE 2021

Pluie et ciel bas.

Nous retournons à Espelette pour acheter nos souvenirs et cadeaux. En coupant par Laressore qui est juste en face de Halsou c’est tout près. Espelette est un bourg formé de deux quartiers, l’un haut avec de nombreuses belles boutiques, un autre plus bas autour de la belle église moins touristique, plus authentique, sans boutiques ni galeries pour touristes. La grande route fait une courbe à la périphérie. De grosses boutiques modernes, showrooms, avec parking attendent les touristes.

Nous pensons offrir à nos familles et amis, du piment d’Espelette, bien sûr, du chocolat (une autre spécialité) et j’aimerais acheter du linge, nappes et torchons basques. Il y a aussi les plats cuisinés, le jambon, le fromage de brebis, les gâteaux basques.

Les barons d’Ezpeleta édifièrent un château vers l’an mil. Il fut remplacé au 15ème siècle par une forteresse avec 5 tours et une enceinte qui enserrait le quartier. A la fin du 17ème la baronne fit don du château à la paroisse. Il ne reste plus qu’une tour d’angle ronde et un corps de logis de trois étages rectangulaire. La Mairie y est installée, les services municipaux au niveau le plus bas, l’Office du tourisme au premier étage et en haut deux expositions, la première célèbre une reine de beauté des années 30 et un abbé naturaliste qui « découvrit » les pandas  et des plantes exotiques, un jardin botanique en son souvenir se trouve au pied du château. L’exposition sur le piment est plus intéressante. Belles photos, le piment est photogénique avec son rouge éclatant. Panneaux explicatifs : le piment est originaire d’Amérique. Maintenant il est cultivé majoritairement en Chine, mais aussi au Mexique, en Turquie, en Espagne. Le climat, presque subtropical, du Pays Basque lui convient parfaitement et Espelette et les communes voisines ont obtenu une AOC.

L’église du 17ème entourée du cimetière est dans un creux, des stèles anciennes discoïdes ou  carrée très décorées sont plantées dans le gazon sous un bel arbre. La tour-porche est massive, la nef grande entourée par trois rangs de galeries de bois sombre. Le retable baroque doré, avec des colonnes torses portant des grappes de raisin est impressionnant.

En cette saison on ne peut pas observer la culture du piment en extérieur (on sème sous serre et on ne repique les plants qu’en mai. Il y a une vidéo au Centre d’Interprétation (fermé sur la place) et dans un autre Centre que nous n’avons pas trouvé.

Nous revenons presque bredouilles.  Les nappes, torchons, les tissus pour les transats ou pliants sont de toute beauté, rayures de toutes couleurs, rouge et blanc, vert et blancs traditionnels mais aussi des bleus, orange fuchsia qui flashent, même le second choix est hors de prix. Je me contente d’une petite pochette.

 

 

 

 

 

 

 

CARMONTELLE ou Le Temps de la douceur de Vivre – LES CARNETS DE CHANTILLY

Mozart enfant

Mille mercis aux éditions Faton et à Babélio pour ce joli cadeau à l’occasion de la Masse Critique Graphique. Cette collection des Carnets de Chantilly est vraiment délicieuse, à ranger en bonne place à côté du Miroir des Dames de Clouet. Tous les deux sont les catalogues d’expositions au Château de Chantilly et mon grand regret est de les avoir loupées. Jolis carnets, format carré, cartonné, beau papier, présentation très soignée. 

C’est d’abord une rencontre avec Carmontelle (1717 -1806)que je ne connaissais pas. Aquarelliste, portraitiste, mais aussi auteur de pièces : les Proverbes, organisateur de fêtes, paysagiste créateur du Parc Monceau. Honnête homme, convive aimable, roturier apprécié des salons et des grandes familles du temps de Louis XV et Louis XVI qui a traversé sans trop d’encombres la Révolution et l’Empire. 

La société du Palais Royal, le Duc et la Duchesse d’Orléans

Au service des Orleans – « Des portraits mauvais mais ressemblants  » Grimm

C’est aussi la présentation de la bonne société du XVIIIème siècle. Lecteur (précepteur) du jeune Duc de Chartres, futur Philippe Egalité, fils du Gros Duc d’Orléans, Carmontelle est donc au service de la Maison d’Orléans qu’il portraiture abondamment. Ces portraits sont donc tout à fait à leur place à Chantilly ou le Duc d’Aumale les a réunis en 1886. 

Bathilde la soeur du Duc de Chartres

Carmontelle peint la douceur de vivre dans les salons, musique et comédie, jeu,  chasse aussi. La famille de Mozart faisant de la musique est le plus célèbre. Il fréquente aussi les Encyclopédistes grâce à son ami le baron Grimm : portrait de Rameau, Madame d’Epinay, et de Buffon.  Astronomie, expériences scientifique, cabinets scientifiques….La famille Calas fait penser à Voltaire. 

A côté des portraits à l’aquarelle Carmontelle a aussi fabriqué des transparents rouleaux de papiers peints de paysages (jusqu’à 42 m) qui se déroulaient dans une sorte de lanterne magique, cinéma avant l’heure.

Une belle leçon d’histoire

Vallée des Aldudes

CARNET BASQUE 2021

 

Vallée des Aldudes, au dessus d’Urepèle

Nous remontons la vallée de la Nive sur la D 918 jusqu’à Osses.

D 948 en direction de Saint Etienne-de Baïgorry sous le soleil dans un paysage très gai avec les pêchers en fleurs, petites feuilles vert tendre.

Erreur! nous nous retrouvons sur la D15 dans le village viticole de Irouléguy, maisons blanches où le grès rose aux encoignures et autour des portes en forme de bouteille sont très harmonieux. Les vignes sont perchées au flanc de la colline en gradins le long des courbes de niveau ou selon la ligne de pente.  Sauf que nous ne sommes pas sur la bonne route !

Retour à Saint Etienne-de-Baïgorry où nous trouvons un panneau Pampelune-Banca. (D.948).

Banca : Haut Fourneaux

A l’entrée de Banca contre la falaise noirâtre, un canal, et les ruines d’un établissement industriel. Le Centre d’Interprétation du Patrimoine minier se trouve au milieu de village 300 m plus haut, fermé. Dommage, je me passionne pour ces sites industriels et ces musées racontant ces techniques anciennes et les conditions de vie des ouvriers. Un circuit libre dans le village avec des panneaux explicatif me permet de découvrir le site. Les mines de cuivres furent exploitées depuis le temps des Romains. Les filons affleurent sur le versant en face. Les pierriers sont  les déblais des stériles évacués par les mineurs de l’Antiquité. Une fonderie de cuivre fut créée en 1746 par un Suisse exploitant les filons cuprifères. Cette exploitation avait une renommée nationale en France qui manquait de cuivre. Cette fonderie fut anéantie en 1793. De 1825 à 1860 un haut fourneau était alimenté par du minerai venant du nord de la vallée, le combustible était le bois des forêts. Les marteaux étaient actionnés par l’eau du canal. La bâtisse était longue de 80 m de haut. On peut encore observer le haut-fourneau.

Le village fut construit au 18ème siècle autour des mines de cuivre et de la fonderie.

Banca : pisciculture

Au 17ème siècle un moulin à grain fut installé sur le ruisseau, la Nive des Aldudes. A sa place, en 1960, une pisciculture fut implantée. Elle est alimentée par l’eau de la source Arpa à 3 km de débit et de température constants toute l’année très oxygénée de qualité. La pisciculture se visite, une vidéo présente l’élevage des truites et la transformation  en produits vendus dans la boutique. Un parcours extérieur équipé de panneaux explicatifs détaille cette exploitation. La  reproduction, les alevins sont transférés  en amont là où l’eau est la plus pure où ils restent 5 à 6 mois. Les truitelles de 70 à 90 g et 15/18 cm, restent jusqu’au 18 mois sont extrêmement méfiantes et remontent le courant en tentant d’échapper aux plus grosses. Les plus grosses font jusqu’à 5 kg et ont 5 ans. Elles sont saumonées grâce à la présence de gammares et musclées parce qu’elles remontent le courant.

caviar de truite (pique-nique du lendemain à Hendaye)

Nous avons acheté des tranches de grosse truite fumée, des œufs de truites (à conserver au frigo et consommer rapidement), des rillettes de truite et un bocal de truite à la basquaise avec tomates et poivron à déguster avec des pâtes fraîches. Des bocaux variés sont proposés à la vente. On peut préférer des poissons frais : truites-portions, darnes ou filets…

Continuant la route vers le village d’Aldudes nous dépassons une grosse fromagerie avec de grosses cuves brillantes. Les fromageries sont nombreuses, le passant est invité dans les fermes sur le bord de la route à déguster et acheter du fromage.

cochons basques

Oteiza – boucher et éleveur de porc basque – a une grosse boutique rouge sur le bord de la route. En face un panneau détaille le circuit du porc basque. Si nous avions pris le temps de le lire nous aurions su qu’à un certains point nous avions un point de vue sur Ronceveaux mais  nous nous sommes contentées de suivre les flèches portant un petit cochon, d’abord en voiture (le circuit est presque entièrement goudronné) puis à pied pour observer les animaux. Les cochons sont installés sur tout le versant boisé de la montagne dans des enclos très vastes. Ils sont en semi-liberté. La plupart sont roses avec des taches noires, têtes et culs noirs. Mais plus loin dans la montagne nous en avons rencontré des tout noirs. Comme ils sont à l’extérieur ils sont très propres et ne sentent pas mauvais.

Château d’Etchauz6

C’est l’heure du pique-nique. Chercher un coin est un des plaisirs de la journée. Il faut un emplacement pour la voiture et de préférence une belle vue.

Nous dépassons Urepel et arrivons vers le Pays Quint territoire reconnu à l’Espagne mais donné en bail aux habitants des Aldudes qui ont le statut de ressortissants français à l’étranger. Attention à ne pas entrer en Espagne, nous n’avons pas de test PCR ! A un panneau Sorogain une petite route s‘élève dans la montagne. Des fils barbelés sont retenus par des piquets de bois. Là aussi il y a des porcs sous les arbres ! La route conduit à une ferme et on peut faire demi-tour et trouver l’endroit rêvé avec le plus beau des panoramas. Après le déjeuner, je descends la petite route sans rencontrer personne. Agréable balade.

A Urepel nous avions prévu d’acheter du fromage, mais le fermier est au téléphone me fait signe d’attendre et continue sans se presser. Tant pis !

Dernière étape à Saint Etienne de Baïgorry, visite de l’église Saint Etienne, on entre en passant sous un arc de triomphe accolé au porche, trois étages de galeries de bois, un grand retable et le chœur peint avec des décoration florales, un retable baroque(pour changer) et un orgue tout récemment installé.

Le château d’Etchauz est perché sur une éminence un peu à l’écart du village. Nous faisons le détour pour nous en approcher (privé il ne se visite pas). Mais la route est un cul de sac, elle mène à la cour d’une ferme gardée par des chiens très remontés. On s’éloigne en marche arrière.

La Côte des Basques

CARNET BASQUE 2021

Beau temps, malgré des prévisions météo détestables.

Allons à la mer !

Délaissons le GPS pour la carte! Dominique découvre la Côte des Basques, une route en corniche de Ciboure à Hendaye, et une petite route d’Ascain à Ciboure. Une petite route va d’Ustaritz à Saint Pée-sur-Nivelle en traversant la très belle forêt d’Ustaritz plantée d’ arbres magnifiques : hêtres géants, chênes séculaires sur une colline d’où les vues sont très étendues.

Forêt d’Ustaritz

Mauvaise surprise : la route Ascain-Ciboure est barrée. Il faut faire un crochet plus au sud par Olhette.

La route en corniche de Socoa à Hendaye est proche de la côte. Il n’y a ni parkings ni miradors, on passe sans s’arrêter et les échappées sont brèves. Nous retrouvons avec grand plaisir Hendaye et sa plage immense. La marée est basse, la plage très dégagée. Il y a beaucoup moins de monde que samedi dernier. Je me déchausse et marche pieds nus dans la frange d’écume. 14° dans l’air, ciel sans nuage, l’eau n’est pas froide. J’atteins la falaise vers le nord, et la digue qui sépare la plage de la marina. 4 km de long, 7 km de marche !

Le pique-nique est luxueux, caviar de truite acheté hier à la pisciculture de Banka. Vrai caviar, gros grains oranges, fondants, délicieux sur de la baguette fraîche et croustade feuilletés aux pommes.

Retour à Socoa par le sentier littoral sur la corniche (8.5 km). Malheureusement le sentier a presque disparu pour cause de risque d’éboulement de la falaise. Une déviation est organisée sur le bord de la chaussée, une barrière de bois sécurise le cheminement piéton et cycliste. Sécurisé, mais avec la circulation intense et le bruit, la promenade n’est pas franchement agréable. De petits tronçons subsistent encore derrière une haie d’épineux. J’emprunte aussi un petit parcours interdit par une barrière qui me rapproche pendant quelques centaines de mètres du bord de l’eau.

Retour par le même chemin, à la limite du couvre-feu. Nous au gîte à 17h55.

L’Anomalie – Hervé Le Tellier – Gallimard

GONCOURT

Miro. Pourquoi Miro? Parce que!

 

…. « Autrement dit, le « Je pense donc je suis » du Discours de la Méthode de Descartes est obsolète. C’est plutôt : « Je pense donc je suis presque sûrement un programme. » Descartes 2.0 pour reprendre une formule d’une topologiste du groupe. Vous me suivez, Président? »…p.167

Que peut-on ajouter aux critiques suite au Prix Goncourt, au 688 avis sur Babélio? 

Forcément tout a été écrit. Je ne l’aurais peut-être pas acheté ni emprunté à la médiathèque, on me l’a prêté. Je l’ai laissé traîner un bon mois et, quand je suis entrée dedans, je ne l’ai pas lâché. Parfois agacée, parfois hilare, curieuse de savoir comment l’auteur allait s’en sortir de ce scénario improbable.

La citation ci-dessus, Descartes2.0, est pour moi, le paroxysme de l’humour. Il faut dire que le mathématicien s’adresse au Président Trump. J’en pisse de rire!

La première moitié du roman est une galerie de personnages dont le seul point commun est d’être les passagers du Vol Air France pris dans des turbulences extraordinaires. Personnages ordinaires, encore que… Un tueur à gages sous le couvert d’un tranquille père de famille, un architecte vieillissant qui part en week-end d’amoureux avec une jeune femme qui le quittera, une avocate américaine survoltée, une famille d’Américains s’offrant un petit voyage en Europe, un musicien nigérian, un écrivain raté qui est peut-être l’auteur (puisqu’il écrit un roman au titre de L’Anomalie)… J’ai bien aimé ces courts chapitres, presque des nouvelles qui racontent des vies disparates. Le Tellier écrit bien, il sait soulever l’incongru dans le quotidien et faire sourire le lecteur.

L’incident, l’orage, les turbulences semblent tous vraisemblables. On craint de vivre une pareille expérience. Et on n’a encore rien vu.

Quatre mois plus tard,  un avion en tout point identique, contenant les mêmes passagers, demande en urgence l’atterrissage à New York. Urgence puisqu’un orage l’a endommagé. Escorté par des chasseurs de l’Us Air Force, il est conduit sur une base militaire et ses passagers y seront retenus. Là, on bascule dans « l’Anomalie » dans l’invraisemblable, la dystopie si on veut, la plaisanterie oulipienne.

Si on cherche la vraisemblance, la logique, le pourquoi du comment, on est perdu dans un salmigondis mathématique et philosophique qui risque de lasser le lecteur rationnel.

Une autre lecture est possible, ligne par ligne, on peut débusquer l’ironie, la caricature, la référence philosophique pertinente ou incongrue. Tel lecteur calé en mathématique relèvera (ou pas) telle théorie, tel lecteur cultivé en philosophie reconnaîtra tel mythe, le béotien se régalera de la satire de Trump, des piques à Macron ou aux dirigeants chinois.

Troisième partie : farce du dédoublement! Les mêmes personnages ont vécu pendant l’intervalle de temps séparant les deux atterrissage. Il y en a un qui est mort, un autre à l’agonie. Comment se regarde-t-on dans le miroir quand on est confronté à son double? On peut prendre cela au sérieux. J’ai choisi le parti d’ne rire. Tour n’est pas aussi drôle, parfois je me suis même un peu ennuyée. Mais j’ai continué par curiosité. Et je n’ai pas été déçue.

Le chef d’œuvre de l’année?

Probablement pas.

Un bon moment de lecture en attendant la réouverture des musées, théâtres et cinémas.