le dernier Pharaon, l’Homme de Kavala, est un personnage passionnant. la biographie que Sinoué lui consacre est un livre d’histoire très bien documenté. Il raconte un demi-siècle de géopolitique au Proche Orient : intrigues entre le vice-roi d’Égypte, Mohamed-Ali et le sultan de la Porte, dans un empire ottoman en déclin. Un demi-siècle de rivalités entre la France et l’Angleterre, entre la campagne de Bonaparte et la garde de la route des Indes. Guerres d’indépendance grecques, Missolonghi et Navarin mais aussi campagnes de Mohamed Ali contre les Wahabites dans la péninsule arabique et conquête du Soudan.
Un demi siècle d’histoire égyptienne entre une Égypte où règnent les Mamelouks et l’incurie avec un effort de modernisation, mise sur pied d’une armée, d’une industrie, nationaliste de l’agriculture et introduction des cultures du coton, de la soie, de la canne à sucre…. effort d’industrialisation, d’un service de santé, d’éducation. Admiration de Bonaparte mais également influence des Saint Simoniens…
Des notes abondantes, des annexes complètent ce livre très détaillé. Peut être un peu trop. On se perd parfois dans les intrigues ou les manœuvres diplomatiques. Lu une première fois la veille d’un voyage en Égypte, je l’ai relu avec plaisir en revenant de Kavala où j’ai visité sa maison natale.
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« Je vais au-devant du soleil…Il flamboie à mes yeux dans les brumes colorées de l’Orient…. »
Nerval est parti à l’aventure, sansaucun plan, aucun programme. Sa relation est une série de récits à un ami dans lequel ajoute des anecdotes et même des contes.
« Tu ne m’as pas encore demandé où je vais : le sais-je moi-même ? je vais tâcher de voir des pays que je n’ai pas vus…. »
Nerval n’est pas parti en pèlerin, comme Chateaubriand ou comme Byron, il ne s’est pas chargé d’une bibliothèque comme Lamartine. Nerval pare des charmes de l’Orient, les rives du Lac de Constance dont le nom évoque Constantinople. Nerval est dilettante, il cherche la bonne fortune, s’attarde sous le charme des belles à Vienne qu’il quittera après une rupture sentimentale. Vienne est-elle encore la porte de l’Orient ? Ou seulement une étape agréable ?
Il embarque à Trieste sur l’Adriatique par un temps épouvantable, fait relâche à Corfou dont nous ne saurons rien, et, après une tempête, aborde à Cythère
« …ma journée a commencé comme un chant d’Homère ! C’était vraiment l’Aurore aux doigts de rose qui m’ouvrait les portes de l’Orient !… »
S’il commence sur le mode lyrique, il ajoute aussitôt :
Embarquement pour Cythère – Watteau
« Pour rentrer dans la prose, il faut avouer Que Cythère n’a conservé de toutes ses beautés que les rocs de porphyre, aussi tristes à voir que de simples rochers de grès. Pas un arbre sur la côte […] pas une rose, hélas ! Pas un coquillage le long de ce bord où les Néréides avaient choisi la conque de Cypris. Je cherchais les bergers et les bergères de Watteau…. »
Mais plutôt que de rester dans un inventaire prosaïque de ses déceptions, il préfère écrire un chapitre s’intitulant : La Messe de Vénus où il raconte les amours de Polyphile et de Polia, deux amants se préparant au pèlerinage de Cythère. Polyphile, c’est-à-dire Francesco Colonna, peintre du 15ème s’éprit d’une princesse italienne…Nerval, le poète s’autorise toute digression anachronique, pour notre plus grand plaisir. Mais il ne nous prive pas de la description de l’île, sous domination anglaise. Il cherche les vestiges du temple de Vénus, découvre une arche portant une inscription qu’il traduit : guérison des cœurs !
Avant de naviguer dans les Cyclades, il passe le Cap Malée « c’est un lieu magnifique en effet pour rêver au bruit des flots comme un moine romantique de Byron ! »
Dans la rade de Syra (Syros ?) : «je vis ce matin dans un ravissement complet. Je voudrais m’arrêter tout à fait chez ce bon peuple hellène, au milieu de ces îles aux noms sonores et d’où s’exhale comme un parfum du Jardin des Racines grecques » et de nous faire une démonstration de ses connaissances «Ah que je remercie à présent mes bons professeurs, tant de fois maudits, de m’avoir appris de quoi déchiffrer à Syra l’enseigne d’un barbier … »
Mais aux moulins de Syra, sa connaissances du Grec lui fait défaut et l’entraîne dans ne sorte de chasse aux jeunes filles, en revanche il est capable de suivre une un drame helléniqueoù un Léonidas moderne avec trois cents palikares terminent la pièce par des coups de fusil.
J’aurais volontiers suivi Nerval dans d’autres aventures aussi distrayantes mais il ne s’attarde pas et fait voile vers l’Egypte.
Sa première impression est que «l’Égypte est un vaste tombeau : […] en abordant cette plage d’Alexandrie qui, avec ses ruines et ses monticules offre aux yeux des tombeaux épars sur un terre de cendre. ». En touriste, il va voir la colonne de Pompée, les bains de Cléopâtre et « je ne te parle pas d’une grande place tout européenne formée par les palais des consuls… »
Pierre Narcisse – bonaparte faisant grâce aux révoltés du Caire
Le titre de la partie consacrée au Caire : LES FEMMES DU CAIRE, est instructif. Nerval nous racontera son ascensions aux Pyramides, décrira les marchés, les palais…mais il ne se comporte pas comme les autres visiteurs. Sa première préoccupation est de découvrir les femmes égyptiennes« Arrêtons-nous, et cherchons à soulever un coin du voile austère de la déesse de Saïs. » »L’habit mystérieux des femmes donne à la foule qui remplit les rues l’aspect joyeux d’un bal masqué », écrit-il un peu plus loin. Loin d’épouser les préjugés occidentaux, il imagine que le voile procure aux égyptiennes une liberté que les européennes ne connaîtraient pas.
Son drogman, son interprète Abdallah, essaie de lui faire connaître les mœurs des Européens au Caire, l’entraîne dans les hôtels,mais « autant voudrait n’être point parti de Marseille. J’aime mieux, pour moi essayer la vie orientale tout à fait. ». Il décide de louer une maison, il doit d’abord acheter du mobilier au bazar, engager du personnel mais ce qu’il n’avait pas prévu c’est qu’il lui faudrait prendre femme. Cette aventure occupe une bonne partie de son séjour au Caire et lui permet d’entrer dans l’intimité de familles coptes ou musulmanes à la recherche d’une épouseconvenable.
« Ne vous mariez pas, et surtout ne prenez point le turban ! » lui conseille un peintre français officiant avec un daguerréotype. Abdallah, le drogman est d’un autre avis, il propose des « mariages coptes » qui, avec l’avantage d’être chrétien, ne l’engagerait que pour le temps de son séjour en Egypte – mariage temporaire, en quelque sorte, trouvées par l’intermédiaire d’un wekil – un entremetteur. L’idée du mariage temporaire heurte la sensibilité de Nerval, une dernière solution lui paraît meilleure : acheterune esclave qu’il libèrerait ainsi…
Nous voilà bien loin des relations de voyage des pèlerins ou des touristes de Cook ! Nous arrivons en pleines Mille et Unes Nuits, au Besestain – le bazar – dans les jardins de Rosette, dans un bois d’orangers et de mûriers – au Mousky… Nerval nous fait découvrir la vie quotidienne au Caire où il se promène sur des ânes ou à pied. Rencontres insolites avec les anciens compagnons de Bonaparte restés en Égypte. Nerval ne partage pas les préjugés en cours: « je trouve qu’en général ce pauvre peuple d’Égypte est trop méprisé par les Européens ».
Nous suivons ses progrès dans la langue arabe dont il ne connaît au début qu’un seul mot Tayeb bon pour tous les usages, découvrons la cuisine locale, y compris les sauterelles,
Après huit mois passés au Caire, avec son esclave Zeynab, Nerval s’embarque sur une cange sur le Nilbravant la peste qui sévit dans le delta et poursuit vers Beyrouth sur La Santa-Barbara,bateau grec en compagnie d’un jeune arménien poéte. La navigation à voile est hasardeuse :
«Pour peu que les vents nous fussent contraires nous risquions d’aller faire connaissance avec la patrie inhospitalière des Lestrigons ou les rochers porphyreux des Phéaciens. O Ulysse ! Télémaque ! Enée ! Étais-je destiné à vérifier par moi-même votre itinéraire fallacieux ! «
Contrairement à Chateaubriand et son catholicisme militant, à Lamartine qui se réjouissait d’emboiter les pas de Jésus, Nerval se présente comme « un Parisien nourri d’idées philosophiques, un fils de Voltaire, un impie selon l’opinion des braves gens ! » il est donc dénué de préjugés religieux et admire la tolérance mutuelle pour les religions diverses. C’est cette tolérance qui le différencie de ses prédécesseurs fameux et qui le rend tellement ouvert à toutes les croyances et les traditions. Devant les côtes de Palestine, il n’éprouve aucun enthousiasme mystique, mais décrit les montagnes, l’aspect de la côte et, surtout raconte la quarantaine à laquelle ils sont soumis arrivant d’une zone où sévit la peste.
Au Liban, dans la Montagne,il est l’hôte des Maronites, mais aussi des Druzes, assiste aux batailles entre ces communautés. Un moment, il pense participer à ces combats :
«Que je puisse assister, dans ma vie à une lutte un peu grandiose, à une guerre religieuse. Il serait si beau d’y mourir pour la cause que vous défendez »
Mais dans le feu de l’action, le voilà qui reconnaît les druzes qui l’avaient si bien accueilli et que les vengeances, les destructions sans fin ne le concernent pas et il conclue
« Au fond, ces peuples s’estiment entre eux plus qu’on ne croit et ne peuvent oublier les liens qui les unissaient jadis. Tourmentés et excités soit par les missionnaires, soit par les moines, dans l’intérêt des puissances européennes, ils se ménagent à la manière des condottieri d’autrefois, qui livraient de grands combats sans effusion de sang… »
Pour être plus libre de ses mouvements dans la montagne, Nerval a laissé son esclave Zeynab à la pension de madame Carlès. Il y rencontre une jeune Druze dont il tombe amoureux. Il va donc essayer de faire libérer le père de Selma, emprisonné par les Turcs de demander sa main. Fasciné par cette religion secrète, il tente d’en pénétrer les arcanes et trouve une parenté entre leur dogme et les secrets des Rose-Croix.
Interrompant son journal de bord, il raconte, sur le ton du conte oriental, l’HISTOIRE DU CALIFE HAKEMen l’an 1000, dans les ruines du Vieux Caire. Hachich, rêves, prodiges… le conte, ou la légende est passionnante.
Encore une fois, Nerval qui a donné l’impression de vouloir se fixer au Liban reprend le voyage pour Constantinople.
Antoine Melling – Constantinople
« ville étrange que Constantinople ! Splendeur et misère, larmes et joie ; l’arbitraire plus qu’ailleurs, et aussi plus de liberté. Turcs, Arméniens, Grecs et Juifs, enfants du même sol et se supportant beaucoup mieux les uns les autres que ne le font, chez nous les gens de diverses provinces ou de divers partis. »
Encore une fois, la tolérance de Nerval est remarquable ! Curiosité de la variété des langues, des journaux, de la cuisine !
Alors qu’au Caire, il fuyait les Européens, à Constantinople, il fréquente Arméniens et européens et les Grecsqui ne sont pas touristes mais partie prenante de la vie de la ville. Les Mille et Une Nuits ne sont pas loin : un inconnu lui raconte une aventure arrivée au Sérail.
Arrivé au moment du Ramadan, Nerval ne veut pas renoncer aux fêtes nocturnes. Le seul moyen d’y assister est de loger à Stamboul :«Pensée absurde au premier abord attendu qu’aucun chrétien n’a le droit d’y prendre domicile » « eh bien ! un moyen seul existe ici,c’ est de vous faire passer pour Persan. »
Et voilà Nerval obligé de se déguiser en marchant persan pour loger dans un caravansérail. Le jour en revanche, il était libre d’aller à Péraou ailleurs, visiter ses amis chrétiens ! A nouveau, prétexte à nous raconter un conte : spectacle de Karagueuz !
De tous les voyageurs romantiques que j’ai lus, Nerval m’apparaît le meilleur compagnon avec sa grande tolérance, son absence de préjugés, et sa fantaisie.
Ainsi se termine son voyage :
« J’ai été fort touché à Constantinople en voyant de bons derviches assister à la messe. La parole de Dieu leur paraissait bonne dans toutes les langues. Du reste, ils n’obligent personne à tourner comme un volant au son des flûtes, – ce qui pour eux-mêmes est la plus sublime façon d’honorer le ciel. »
Lectures communes, challenges et autres défis, sont l’occasion d’aborder des textes moins fameux, de sortir des chemins battus et de confronter nos impressions.
Sans le défi de Claudialucia et de Maggie, je n’aurais pas choisi cette pièce de Shakespeare que je n’ai jamais vue . J’ai parfois du mal à lire du théâtre sans avoir vu jouer la pièce, tandis que le voyage inverse du retour au texte est toujours un grand plaisir.
Pas très étonnant que Antoine et Cléopâtre ne soit pas souvent monté! Que Shakespeare ignore (ou méprise) la règle classique des 3 unités, ce n’est pas franchement une découverte. On saute d’Alexandrie à Rome, d’une scène à l’autre, on passe par Athènes ou on monte à bord de la galère de Pompée. Fi de l’unité de lieu! Comment s’y retrouver? Étourdi par les lieux divers et le nombre des personnages , partisans de Marc-Antoine, ceux d’Octave, de Pompée, sans parler ceux de César. Peut-on les habiller de toges aux bordures différentes? Je plaisante, bien sûr, mais j’ai eu du mal à m’y retrouver! Enfin, une bonne connaissance de l’histoire romaine est indispensable, allusions aux triumvirats, à la bataille d’Actium.
C’est donc une pièce ardue, pour celle qui a oublié son histoire romaine.
Antoine et Cléopâtre, de grands amoureux? C’est ce que promettait la préface. Je n’ai guère trouvé d’amour. Plutôt de la manipulation. Qui est le plus grand manipulateur? César, qui place ses pions sur l’échiquier politique? Cléopâtre qui calcule, joue, ment met en scène un faux suicide? Le vrai, celui que tout le monde connaît, le panier de figues et les aspics, est-il un acte d’amour ou de dignité de la Reine déchue qui ne veut pas paraître au triomphe de César?
Antoine est il un amoureux? peu probable, son grand amour pour Cléopâtre ne l’empêche pas de se remarier à peine sa femme légitime refroidie. Si la « mort » de Cléopâtre l’atteint, n’est-ce pas plutôt ses défaites et les défections de ses alliés qui provoquent son suicide.
Pièce politique sûrement plus qu’histoire d’amour.
Merci aux blogueuses de m’avoir mis au défi de cette lecture un peu difficile! Les personnages me fascinent : j’avais « rencontré »Cléopâtre si souvent en Egypte que je me devais cette lecture. Et puis surtout le filmCésar doit mourir vient de sortir que je me suis promise de voir et il faudra que je lise Jules César qui appartient à la série!
Le début cafouille un peu. Namir est un cinéaste débutant. Quand un soir de Noël sa mère croit voir la Vierge dans une « apparition », il « tient une idée de film » mais personne ne sait où il va en venir, ni son producteur qui est réticent, ni sa famille qui redoute qu’un film donne une mauvaise image d’eux, ni le spectateur…
Au Caire, il hésite, le film sera-t-il un documentaire sur la communauté copte? ou une enquête sur une « apparition » qui a eu lieu en 1968 pour laquelle il cherche des témoins. Il fait le rapprochement entre la défaite de 1967 et la « démission » de Nasser: une apparition de la Vierge vénérée par les Coptes mais aussi les Musulmans serait une diversion parfaite pour distraire l’opinion de la défaite militaire…. Mais la piste est courte et personne ne le conforte.
J’aime bien Le Caire filmé par Namir, le Caire des embouteillages géants, de la foule, des immeubles surélevés.
Toutes ses tentatives d’enquêtes ne mènent nulle part.
Dernière piste : un pélerinage marial dans le Said, à Assiout. Il y retrouve la famille de sa mère, ses cousins, sa grand-mère. là, le producteur se fâche : les retrouvailles familliales n’entrent pas dans le budget du film.
Dès que l’action se situe à la campagne, le film devient passionnnant! Les personnages sont drôles, authentiques, le cinéaste filme merveilleusement bien son village, les travaux des champs, les maisons des paysans.. et toute sa famille se prend au jeu. La mère de Samir est devenue producteur, elle mène son monde d’une main de maître. J’adore la séquence où elle parcourt le village sur une carriole à âne avec un mégaphone « soyez à l’heure! ».
La Bataille, c’est celle qui opposa cavaliers et chameliers aux occupants de la Place Tahrir, le 2 février 2011.
J’étéis très curieuse de voir la nouvelle Egypte, la démocratie en train de se construire. Reem est une jeune femme moderne, laïque, journaliste branchée, enthousiaste. Elle rencontre par hasard Mahmoud, le cavalier qui se fit désarçonner au cours de la Bataille des Chameaux et qui depuis est la risée de son quartier au pied des Pyramides. Le film commence comme un roman d’amour. Je me suis bien demandée ce que Reem trouvait à ce cavalier naïf, ignorant, manipulé, marié et père de famille, si ce n’est la liberté d’un flirt dans cette nouvelle ère.
L’amourette ne dépasse pas le baiser.Reem fait la connaissance de Fatma, de ses fils et de tout le quartier ruiné par la désertion des touristes qui assuraient la subsistance de tous. L’amitiése noue entre les deux femmes. Reem se sent aussi le devoir d’aller vers le peuple, d’expliquer la Révolution à ceux que Moubarak avait manipulés dans la Bataille des chameaux. Si Mahmoud ne sait comment retrouver sa dignité, Fatma est convaincue. Elle part seule Place Tahrir.
La Révolution, comme l’ascension de la Grande Pyramide….
Alors que chez nous on invalide le recours à la loi pour « harcèlement sexuel », ce motif a été reconnu en 2008 en Égypte. Fait divers et procès, qui a inspiré le réalisateur Mohamed Diab.
Le cinéaste a voulu montrer que le harcèlement concerne toutes les femmes égyptiennes : Seba et Nelly appartiennent à une bourgeoisie très favorisée, Fayza, au contraire est fonctionnaire et doit prendre quotidiennement le bus 678 où elle se fait quotidiennement harceler. Deux d’entre elles se font agresser sous les yeux de leurs compagnons. Une seule osera à déposer une plainte.
Tant qu’il n’y aura pas de plainte, le délit sera nié.
C’est ce raisonnement qui permettra aux harceleurs de continuer, mais aussi aux trois femmes d’agir, chacune à sa manière….et à l’inspecteur perspicace de les laisser en liberté.
Ne pas SPOILER! je n’en dirai pas plus. Allez voir ce film!
Il est réjouissant d’apprendre que le succès du film en Égypte a été considérable. La réaction machiste a aussi été virulente mais le cinéaste a gagné tous ses procès. Se garder de tout triomphalisme : la Révolution n’a pas libéré les femmes. Des femmes se sont fait violer place Tahrir. Les succès des islamistes en Tunisie ou en Égypte ne leur faciliteront probablement pas la vie. Mais ce film montre le chemin…
Sur cette place je m’ennuie, Obélisque dépareillé ; Neige, givre, bruine et pluie Glacent mon flanc déjà rouillé ;
Et ma vieille aiguille, rougie Aux fournaises d’un ciel de feu, Prend des pâleurs de nostalgie Dans cet air qui n’est jamais bleu.
Devant les colosses moroses Et les pylônes de Luxor, Près de mon frère aux teintes roses, Que ne suis-je debout encor,
Plongeant dans l’azur immuable, Mon pyramidion vermeil Et de mon ombre, sur le sable, Écrivant les pas du soleil !
Rhamsès, un jour mon bloc superbe, Où l’éternité s’ébréchait, Roula fauché comme un brin d’herbe, Et Paris s’en fit un hochet.
La sentinelle granitique, Gardienne des énormités, Se dresse entre un faux temple antique Et la chambre des députés.
Sur l’échafaud de Louis seize, Monolithe au sens aboli, On a mis mon secret, qui pèse Le poids de cinq mille ans d’oubli.
Les moineaux francs souillent ma tête, Où s’abattaient dans leur essor L’ibis rose et le gypaète Au blanc plumage, aux serres d’or.
La Seine, noir égout des rues, Fleuve immonde fait de ruisseaux, Salit mon pied, que dans ses crues Baisait le Nil, père des eaux,
Le Nil, géant à barbe blanche Coiffé de lotus et de joncs, Versant de son urne qui penche Des crocodiles pour goujons !
Les chars d’or étoiles de nacre Des grands pharaons d’autrefois Rasaient mon bloc heurté du fiacre Emportant le dernier des rois.
Jadis, devant ma pierre antique, Le pschent au front, les prêtres saints Promenaient la bari mystique Aux emblèmes dorés et peints ;
Mais aujourd’hui, pilier profane Entre deux fontaines campé, Je vois passer la courtisane Se renversant dans son coupé.
Je vois, de janvier à décembre, La procession des bourgeois, Les Solons qui vont à la chambre, Et les Arthurs qui vont au bois.
Oh ! dans cent ans quels laids squelettes Fera ce peuple impie et fou, Qui se couche sans bandelettes Dans des cercueils que ferme un clou,
Et n’a pas même d’hypogées A l’abri des corruptions, Dortoirs où, par siècles rangées, Plongent les générations !
Sol sacré des hiéroglyphes Et des secrets sacerdotaux, Où les sphinx s’aiguisent les griffes Sur les angles des piédestaux ;
Où sous le pied sonne la crypte, Où l’épervier couve son nid, Je te pleure, ô ma vieille Egypte, Avec des larmes de granit !
Théophile Gautier
Quand l’automne grisaille, il me vient des envies d’Égypte, de déserts, et comme l’obélisque de la Concorde je me languis des aiguilles de Karnak des allées de sphinx ou de béliers…
Les élections qui se déroulent nous permettrons peut être de retourner les voir….
Une Soirée au Caire est une suite au Tarbouche qui raconte l’histoire d’une famille égyptienne syro-libanaise, francophone, chrétiens d’Orient:
« …melkites de rite byzantin.Notre église est grecque mais pas orthodoxe, catholique mais pas romaine… »
Le patriarche Georges bey Batrakani était le roi du tarbouche. Le tarbouche raconte la saga familiale qui commence en 1916 quand le jeune collégien récite « Le laboureur et ses enfant » au sultan, l’ascension sociale et la réussite de l’homme d’affaire et s’achève avec la dispersion de la famille entre Beyrouth, Genève, Paris ou Montréal…
J’ai beaucoup aimé ce roman qui retrace l’histoire de l’Égypte cosmopolite, monde disparu.
La soirée au Caire n’a pas cette ampleur. Le narrateur revient en Égypte dans l’ancienne demeure familiale. Roman de la nostalgie. Trouble de l’identité binationale. Charles est-il vraiment égyptien? L’est-il encore? l’a-t-il jamais été?
– « …aujourd’hui, avec l’Egypte, je suis comme un adolescent devant une femme attirante, mystérieuse et qui fait peur.
-« Tu as retrouvée la mère patrie, m’a dit Josselin.
La mère, oui. La douceur du climat, la gentillesse et l’humour des gens. mais le père est toujours aussi inquiétant avec ses uniformes, ses censures et ses prisons où l’on torture. incarné par un douanier soupçonneux, il surveille l’entrée et la sortie….«
Regard aussi sur l’évolution de la société égyptienne après la fracture de 1956, quand tout ce qui faisait le cosmopolitisme de l’Égypte, français, britannique, juifs mais aussi nombreux chrétiens d’orient ont quitté le pays.Islamisation de la société, place des femmes. Regard curieux sur le monde des archéologues. Le prétexte du retour du narrateur n’est-il pas un reportage sur un archéologue? Une conversation avec Amira, professeur d’université qui milite contre l’excision des femmes, annonce-t-elle la révolte des jeunes?
Romans d’une Egypte disparue qui a bercé les récits de mon enfance, dont on retrouve les traces dans l’architecture du Caire, histoire vieille de moins de 50 ans qui reste encore dans les mémoires
Rachel-Rose et l’officier arabe
Le Caire, 1956, fin d’une époque pour la communauté juive égyptienne. La famille Cohen, de nationalité égyptienne, exploitant un prospère magasin de meuble, ne peut se résoudre à l’exil, inévitable, mais sans cesse différé.
L’officier arabe, venu notifier l’ordre du commissariat au père de Rachel-Rose qui n’est pas venu à la précédente convocation, connaît très bien la maison. C’est le fils de la bonne qui logeait sur la terrasse décédée il y a longtemps. Mais personne ne le reconnaît.
Ce roman est-il le roman d’amour entre une jeune fille impatiente de devenir femme qui tombera amoureuse de celui qui persécute et protège sa famille ? N’est il pas plutôt le roman implacable d’une vengeance de celui qui a été humilié et qui détient maintenant le pouvoir de tenir à sa merci les responsables de son humiliation.
C’est un livre amer. Seule la vieille Nonna manifeste son sens de l’humour. J’avais pourtant beaucoup ri dans les autres ouvrages de Paula Jacques malgré le tragique du thème de l’exil toujours présent dans ses romans
Paula JACQUES : Rachel-Rose et l’officier arabe Mercure de France 414p
Gilda Stambouli souffre et se plaint
Après Suez, les réfugies juifs d’Egypte vivent dans les hôtels du Faubourg Montmartre aux crochets d’organisations de bienveillance juives. Gilda Stambouli a laissé sa fille en Israël dans un kibboutz. Je me sens très proche des héros de l’histoire. Contrairement aux romans qui se passent en Egypte, pas d’humour, peu d’occasion de rire. L’atmosphère est pesante, Gilda est assez antipathique, hystérique, égoïste, mais pourtant très touchante. Le personnage de sa fille se sentant complètement abandonnée et refusant de s’acclimater en Israël est tragique.
Comme souvent dans les romans de Paula Jacques, cela finit très mal.
Octobre et Novembre 1956 au Caire dans une famille juive.Roman à deux voix, une très jeune fille découvre sa féminité, et sa bonne arabe qui raconte sa dure vie, son excision, la misère d’un village, puis sa vie au Caire. La guerre éclate. Les Juifs vont quitter l’Egypte.
Déborah et les anges dissipés
Je n’ai pas retrouvé la touche intimiste du livre précédent. C’est plutôt la verve des Valeureux de Cohen, avec moins denoblesse et de style peut être, mais le même parler oriental, la naïveté, les débordements, les combines des Bénéfactors de la Cara, une œuvre de bienfaisance dont les fonds sont allègrement dilapidés. L’action se situe en avril, mai 1948, avec la visite de la mécène américaine d’une institution pour orphelines qui n’a jamais existé. Les aigrefins, pour leurrer la visiteuse décident de maquiller un bordel pour donner le change. On est en pleine loufoquerie ! En toile de fond, le vieux quartier juif du Caire où sévissent la misère et le choléra, les Bénéfactors s’enrichissent grâce aux subsides américains et laissent les juifs pauvres croupir dans la pauvreté prétextant des hôpitaux misérables, des cantines et des loteries truquées. La tragi-comédie bascule avec l’approche de la déclaration d’Indépendance d’Israël. L’Américaine démasque les escrocs mais le scandale est bien vite effacé devant la rafle des juifs quand éclate la guerre d’Indépendance. La fin du livre change complètement de registre, c’est très touchant et bien triste.