Des éléphants dans le jardin – Meral Kureyshi

CARNET DES BALKANS/ KOSOVO

 

C’est le premier roman de Meral Kureyshi qui nous vient de Suisse,  écrit en allemand (2015) et publié en français (2017) par les éditions de l’Aire. Une jeune kosovare originaire de Prizren, en Suisse depuis 1991. Ce court roman (177p.) se présente comme une lettre à son père:

Incipit :

« ton cercueil est dans la terre. Tu voulais être enseveli à Prizren. Depuis un mois, chaque vendredi matin, je recouvre mes cheveux d’un foulard blanc et récite Ya-Sin, la prière des morts pour toi »

N’allez pas croire que c’est un livre triste, pas du tout, c’est plutôt tendre, simple. La jeune fille évoque sa famille, son enfance, l’intégration laborieuse en Suisse.

J’avais choisi ce livre comme une occasion de retourner à Prizren que nous avons visité et que j’ai bien aimé. De Prizren, on ne raconte pas grand chose dans ce livre. La jeune fille va voir sa famille, son école et le cimetière. L’essentiel de l’histoire se déroule en Suisse. C’est plutôt le livre de l’exil, de l’espoir d’une vie meilleure, des papiers qu’on tarde à leur donner, de la nationalité suisse qui est refusée malgré une intégration satisfaisante. 

J’ai attendu les éléphants du titre, je suis toujours curieuse de comprendre les titres. Les éléphants sortent de l’imagination de la petite fille qui cherche à inventer des choses extraordinaires dans un quotidien plutôt ordinaire.

Une note douce, affectueuse, mais en demi-teinte.

 

Splendeur et décadence du camarade Zulo – Dritëro Argolli

Tirana : Les ministères et bâtiments officiels

CARNET DES BALKANS/ ALBANIE 

« Voilà, les fils de bergers d’autrefois ont en main la comptabilité, sans laquelle il n’y a pas de socialisme vu que le socialisme c’est les notes de service et la comptabilité. »

Publié en 1972, ce roman raconte la vie des dirigeants du Parti. Le camarade Zulo est un personnage tellement considérable qu’il est hors de question de le déranger quand ses propres fils se retrouvent au commissariat après avoir saccagé la maison des voisins. Il est à la tête d’un bureau des affaires culturelles dont les compétences s’étendent du répertoire des chansons aux noces villageoises, à la censure du théâtre, l’implantation de bains publics dans les villages, l’organisation de festivals folkloriques….dans un esprit scientifique et démocratique!

Le narrateur, Demkë, est un écrivain raté qui rédige les rapports, interventions et discours de ses supérieurs, trop occupés, ou trop paresseux pour le faire eux-mêmes. Il lui arrive de rédiger un rapport sans savoir qui va en être le rapporteur ou parfois d’en écrire deux contradictoires pour une même conférence.

C’est ainsi que le Camarade Zulo sera le rapporteur du rapport commandé par le camarade Chemchedin éloigné en province, début de l’ascension du camarade Zulo qui prend sa place et fait de Demkë son bras droit.

« Le camarade Zulo ne peut pas rester sans donner son avis. Pour lui il n’y a pas de phénomène qui ne soit prétexte à l’épanouissement de sa pensée. « au début naît le phénomènen nait ensuite le rayon de la pensée a-t-il dit. »

Au premier abord, le camarade Zulo apparaît comme un personnage prétentieux et snob, intrigant au discours enflé et creux, prêt à tout pour une invitation officielle. Demkë l’accompagne en déplacement « au milieu de ses frères villageois ». Les deux hommes se rapprochent, le Camarade Zulo s’humanise, il est touchant de naïveté quand il s’extasie sur les beautés de la nature, presque poète. Le raki lui fait oublier son comportement officiel, on est presque compatissant quand il se ridiculise en se saoulant.

Il ne faudrait pas s’éloigner de Tirana, des sommets et des bureaux où se nouent les intrigues pour le pouvoir. Alors que les dirigeants passent des vacances à la mer dans des hôtels qui leur sont réservés, se trament des complots. La chute du camarade Zulo est programmée alors que personne ne se doute de rien.

Dans un style vivant, ironique et humoristique, les arcanes du pouvoir sont décrites de façon très amusante. Critique satirique ou témoignage? C’est en tout cas un livre amusant avec toute l’absurdité de la bureaucratie.

Alors que la disgrâce est manifeste, son entourage entretien une véritable légende et Demkë, retrouve le goût décrire en relatant la vie du Camarade Zulo:

« Devant l’insistante pression des camarades, et de Bakir en particulier, je me mis sérieusement à écrire la chronique de la vie du camarade Zulo ; je commençais à réunir les pensées et les propos tenus par les gens au sujet de sa mutation. Ils n’ont pas d’importance pour la description de son caractère mais ils donnent une idée de son prestige. Il faut être un homme hors série pour devenir à ce point objet de débat et faire naître autour de soi autant de discussions enflammées… »

Matinées au Café Rostand – Ismaïl Kadaré

CARNET DES BALKANS / ALBANIE 

C’est un ouvrage récent, publié en 2017 en français et 2014 en albanais.

Il réunit 8 textes, de longueur différentes, le dernier Mosaïques étant lui-même composé de plusieurs parties . Matinées au Café Rostand qui donne le nom au livre donne le ton et le thème à l’ensemble : qui est autour de l’écriture, des cafés littéraires, et de la difficulté d’écrire sous la censure communiste.

Le Café Rostand existe vraiment, il est situé au coin du boulevard Saint Germain, en face du Luxembourg. Quartier de librairies, d’éditeurs, et d’écrivains. Kadaré est un de ces écrivains qui aime travailler et faire des rencontres au café.

Le paumé – Fatos Kongoli

LIRE POUR L’ALBANIE

Tirana Blues de Fatos Kongoli ne m’avait pas franchement convaincue. En revanche,  Le paumé m’a beaucoup intéressée. Il se déroule dans les années 60 – 70 avec un épilogue en 91 à la chute du communisme en Albanie et à la fuite vers l’émigration de nombreux albanais.

Je me suis intéressée au personnage « paumé »  et je l’ai volontiers suivi dans ses tribulations.

« paumé »?

Pas tant que cela. l’enfant a découvert assez tôt la malédiction de sa famille : un oncle qu’il n’a jamais connu s’est enfui à l’étranger. Toute la famille du « traître » est entachée de cette faute. L’enfant apprend d’instinct comment réagir, cacher cette tache, forger un masque d’hypocrisie. Comme il apprend à se défendre de la violence qui l’entoure. Violence des autorités en la personne du directeur d’école, violence du quartier de banlieue où il apprend comme les autres à se défendre avec ses poings, à encaisser les coups et éventuellement à manier le couteau.

 Bon élève par là-dessus, après une scolarité dans un lycée de Tirana il est accepté comme étudiant. Il doit être beau garçon (il ne s’en vante jamais) parce qu’il obtient des succès féminins inespérés. Il suscite aussi des amitiés fidèles. 

Paumé?

Il est surtout vulnérable. Ses relations avec les personnes de la Nomenklatura sont fragiles. Il suffit d’un faux pas, il se retrouve dans cette cimenterie qui fait penser à un bagne où il casse des pierres à chaux. Une soirée alcoolisée pour que tout chavire et qu’il se retrouve au poste. L’alcool aide à supporter ces violences quotidiennes.

Garçon d’une banlieue défavorisée entré par effraction au Blok quartier réservé aux privilégiés du régime il est plutôt mieux armé pour la survie que son ami fils de ministre qui se suicidera à la disgrâce de son père. On découvre que nul n’est à l’abri de l’arbitraire.

Tirana blues – Fatos Kongoli

LIRE POUR LES BALKANS/ALBANIE

Les polars et les romans noir font visiter les recoins et les quartiers où un touriste avisé ne s’aventure jamais.

Polar ou roman noir?

Un peu des deux. Il y a certes une enquête policière mais ce n’est pas l’essentiel.

Bien sinistre, bien glauque, que les trois histoires de ce roman choral. Celle de la victime (une des victimes) un professeur d’âge mûr doit avouer à sa femme qu’il l’a trompée, histoire sordide. Celle du policier, qui enquête sans conviction sur le meurtre du professeur. La troisième voix est celle d’un petit voyou qui a trempé à son insu dans l’affaire. Les trois voix se croisent. bien glauque parce que les personnages sont tous déprimés, se laissent entraîner dans des affaire plutôt minables. Sinistre, cette banlieue qu’on appelle la « Tchétchénie » aux constructions illégales,. Même le week end à Sarandë et à Llogara en plein hiver n’est pas franchement rayonnant.

Si pour vous, polar veut dire thriller, ce n’est pas pour vous, le rythme est lent. Plutôt noir alors?

la Dernière Page – Gazmend Kapllani – INTERVALLES

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C’est un vrai coup de cœur!

Un de ces livres qui me semble personnellement destiné. Pas seulement parce que nous rentrons de Tirana. Pas seulement parce que le destin des Juifs de Salonique m’émeut toujours. Quête d’identité dans le mélange balkanique,exil et  métissage. Faux-semblants. Aussi pour l’amour des livres. Pour ce poème de Cavafy, glissé comme  par mégarde.

Je venais de terminer le Petit Journal de bord des frontières qui m’avait beaucoup touchée. C’est parfois une erreur de lire à la file deux livres du même auteur. Parfois la petite musique de l’auteur se répète, radote. Et bien là, pas du tout. Le narrateur des deux ouvrages semble être le même,  un exilé albanais, écrivain, vivant à Athènes. Les lieux aussi sont identiques, Tirana, la Grèce. Pourtant ce sont bien deux livres très différents. La Dernière Page mêle deux histoires (comme Le Petit Journal mêlait deux points de vue). L’auteur a recours à la typographie italique dans l’histoire du père, droite dans celle du fils.

156 pages,  et pourtant un roman complet, avec une intrigue, et même deux, du suspense, une analyse historique. Bravo!

Petit journal de bord des frontières – Gazmend Kapllani – ed. INTERVALLES

CARNET DES BALKANS/ALBANIE 

          »  Ma relation problématique avec les frontières a commencé de très bonne heure.                  Dès mon plus jeune âge. Parce que le fait d’être atteint ou non du syndrome de la                 frontière est en grande partie une question de hasard : tout dépend du pays où                    l’on  est né.

           Je suis né en Albanie »

Gazmend Kapllani est un auteur albanais qui vit en Grèce et écrit en Grec.

Je l’ai trouvé au hasard des algorithmes de Babélio ou d’Amazon, téléchargé « à l’aveugle » sans critique 4ème de couverture, ni recommandations et ce fut une excellente surprise.

Ce livre est double : un journal de bord , récit de l’émigration du narrateur, e, imprimé en caractères italiques et des chapitres d’une typographie romaine droite qui s’intercalent dans le récit et qui décrivent la condition de l’émigré, plutôt sur le mode méditatif et souvent ironique. Les chapitres alternent, action et réflexion, datés 1991 et intemporels, albanais et universels.

Le narrateur raconte d’abord les conditions de vie et l’enfermement des Albanais sous le régime d’Enver Hodja.

« Plus les années passaient, plus l’isolement de l’Albanie se radicalisait, et plus le monde-au-delà des frontières se transmuait en une autre planète. Paradisiaque pour quelques-uns…. »

Il généralise son cas personnel, albanais à une condition universelle:

« Le véritable immigré est un égoïste, un narcissique invétéré. il pense que le pays où il est né n’est pas digne de lui »

J’ai aimé cet humour, cette ironie, nécessaire pour la survie aussi bien de ceux qui étaient asservis par la dictature que ceux qui en exil , dans les pires conditions veulent rire pour survivre

« le rire des hommes des frontières est le meilleur des masques. en riant, c’est comme s’ils disaient à la mort : « ne compte pas sur nous pour être tes clients. Tu vois bien que si nous rions, c’est que que nous n’avons rien à faire de toi »

J’ai aimé aussi l’ ouverture aux autres qui lui fait citer les Grecs en immigration aux Etats Unis qui fait de son livre non paas un livre sur les Albanais en Grèce mais le livre de tous les migrants. 

 

Faleminderit! Merci à Albania Tradition pour ce circuit passionnant

CARNET DES BALKANS

Avant de refermer ce carnet, avant de partir pour de nouvelles aventures, de nous envoler vers un nouveau voyage, je tiens à remercier Albania Tradition l’agence locale de Tirana pour nous avoir préparé ce circuit.

30 jours, 19 étapes, 4 pays, un Road book de 80 pages. Bravo! vous avez bien travaillé!

Nous n’aurions jamais imaginé tant de variété dans les paysages, les visites culturelles. pas un jour n’a ressemblé au précédent. Sites archéologiques, citadelles, monastères, mosquées anciennes ou baroques, maisons-musées, plages et montagne.

Hébergements  toujours bien  choisis, de l’accueil tout simple et chaleureux « chez l’habitant » au 5* de Peje, en passant par toutes les catégories d’hôtel.

Ce qui a été toujours égal c’est la gentillesse de nos hôtes, même si parfois on avait du mal à se comprendre.

Mention spéciale à l’équipe de l’Hôtel Alpin qui nous a dépanné lors de la crevaison, à Eni de GuideinPermet qui nous a trouvé un hôtel lorsque l’hébergement prévu était inaccessible en haut d’un escalier raide, à Sotir qui nous a ouvert son jardin et  sa maison,   à Fariç et Arben qui ont improvisé un séjour gastronomique et cuit le Fli sur le feu….à tous les inconnus qui nous ont fait apprécier leur pays….

Et bien sûr à Evaneos qui nous a mis en relation avec Albania Tradition

la Provocation – Ismaïl Kadaré

LIRE POUR LES BALKANS/ALBANIE

Sous le titre La Provocation, qui est le titre du premier micro-roman, ce recueil réunit des textes divers, trois inédits écrits après la chute du communisme, d’autres plus anciens extraits des romans. C’est donc un recueil un peu hétéroclite qui dérange un peu par le manque de cohérence.

la Provocation a été rédigée en 1962 mais parue seulement en 1972. Elle raconte comme dans le Désert des Tartares la vie de soldats gardant la frontière dans une montagne enneigée. Tout d’abord je me suis interrogée, quelle frontière? en 1962, Macédoine, Kosovo et Monténégro étaient réunis dans la Yougoslavie de Tito, au sud est, la Grèce. Je n’ai jamais entendu parler d’état de guerre entre la Yougoslavie et l’Albanie, dans la montagne grecque se sont déroulés des combats pendant la Guerre civile, contre l’occupant nazi, mais entre Albanais. J’ai demandé au guide de l’agence albanaise dès notre arrivée à Tirana : d’après lui  la « provocation » ne serait que dans la paranoïa du dictateur de l’époque . Deux lectures sont donc possible : soit allégorique dans l’esprit du Désert des Tartares , soit politique dans l’isolation du pays du temps d’Enver Hoxha. Dans le second cas, on peut aussi s’interroger sur la censure qui a retenu dix ans la parution de la nouvelle. C’est affaire de spécialistes….

Deux textes sont des lectures de Shakespeare, de Hamlet et de Macbeth . Kadaré a beaucoup brodé sur ces thèmes surtout Macbeth qu’il a lu très jeune.

J’ai beaucoup aimé La Question d’Orphée, ironique et politique.

« Habitués au luxe de l’Olympe, les artistes pensaient rarement au monde des ténèbres. Pour autant Hadès ne se vengeait pas de son mépris… »

« les bruits sur les égards dont bénéficiaient les artistes alors que d’autres au moindre faux pas étaient broyés sans pitié reprirent de plus belle… »

« Un troisième groupe qui avait le mot plus rare, était d’un tout autre avis. Ils étaient persuadés que le pacte était biaisé. Nulle Eurydice ne suivait Orphée lorsqu’il avait franchi le seuil des enfers. le regard en arrière avait été une trouvaille diabolique… »

Le Mariage du serpent est une nouvelle étrange…

mais je ne vais pas tout raconter!

Berat : citadelle et quartiers modernes

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Mangalem et la mosquée des célibataires

pigeons

Dans le jardin, notre hôte élève entre 20 à 30 pigeons « modèle cowboy » blancs et bruns qui ont la particularité d’avoir de longues plumes sous les pattes là où les oiseaux ont ordinairement des écailles. Pigeons de race et de collection. « il ne sont pas voyageurs » a-t-il précisé. Ils font sans doute des concours .Il vient de les soigner. De temps en temps il vient avec un autre colombophile, prélève un pigeon qu’il emballe dans un journal enroulé. On ne l’a jamais vu les libérer pour voler. Cet élevage me fait penser au roman Hakawati de Rabih Allameddine que j’ai lu cet hiver et au vieil homme de Madaba (Jordanie) pigeons perché sur sa terrasse, qui sifflait les pigeons en vol.

modèle cow boy!

Avec le lever du jour les pigeons m’ont éveillée. Je me suis installée pour écrire sur le rebord du muret. Tout à coup j’ai senti quelque chose sur mon pied : la tête de la grosse tortue curieuse. Une autre petite est venue visiter mes tongs bleues. Elles sont étonnamment rapides. Les tortues sont endémiques , il y a peu nous avons arrêté la voiture pour en aider une à traverser la route.

transport du ciment

Vers 7 heures, les sabots d’un âne ont résonné dans la ruelle en pente à nombreuses reprises. Il remonte le ciment qu’on gâche en bas de la rue dans des caisses en plastique pour répare une maison plus haut. De nombreuses maisons de Mangalem sont ainsi restaurées et converties en chambres d’hôtes. Notre propriétaire en possède plusieurs dans la rue.

8heures, il vient nous chercher pour le petit déjeuner. . Au petit déjeuner, il y a du melon délicieux et un gâteau genre Forêt Noire que je mange plus par politesse que par goût. Je retrouve le groupe des français qui étaient à la Mosquée du roi. Ce matin ils vont visiter la Citadelle, j’aimerais me joindre à eux pour profiter des commentaires du guide. Ce ne sera pas possible annonce le guide, ils montent en voiture. Pas de problème je comptais bien faire la promenade à pied ! A 9h, je monte un bon kilomètre sur une rue pavée de galets bien glissants ; pour la montée je ne peine pas ,  il fait encore une température agréable .

Histoire de Berat

La citadelle est entourée de hauts remparts byzantins  protégeant la ville .Les  empereurs byzantins furent  vaincus par les Croisés en 1204.  Michel Commène II  Doukas , despote d’Epire (1230-1268) entra en conflit avec Manfred de Sicile et lui céda Corfou puis il s’’allia avec ce dernier et Villehardouin pour combattre les byzantins Michel et Jean Paléologue. . Les catholiques notamment les Anjou vouaient contrôler la Via Egnatia allant de Dürres  à Constantinople. En  1417, elle fut occupée par les Ottomans. Après la défaite de Skanderbeg au siècle suivant (siège de Berat en 1455) , Berat  ne fut plus jamais assiégée. En 1808, Ali Pacha s’en empara par la ruse et le poison.

A la différence des citadelles visitées pendant notre voyage : Kruja, Prizren, Kotor ou Shkoder, qui étaient en ruine, la citadelle de Berat est habitée : les rues  sont tranquilles, des maisons ont des jardins, des arbres fruitiers (en ce moment les abricots sont mûrs), de beaux porches arrondis en pierre calcaire soigneusement taillés, des murs blancs parfois chaulés.  Les marchandes ont étalé des nappes de dentelles et de la lingerie ancienne brodée, beaux vêtements qui ne déparent pas.

Musée Onufri .

Musée Onufri

Le Musée Onufri est installé dans l’Eglise de la Dormition de Sainte Marie, es-cathédrale orthodoxe, construite au 13ème mais remaniée en 1797. Le mobilier, iconostase et chaire sont en bois travaillé et doré avec le plus grand soin. J’ai retrouvé le groupe des français et leur guide ; il fait remarquer les animaux sculptés, les fleurs et les fruits qui racontent les légendes. A l’apoque on savait déchiffrer les symboles. L’iconostase porte des icônes dont deux d’Onufri, le célèbre peintre d’icônes du 16ème siècle. Onufri fut un des premiers à avoir signé ses icônes. On sait qu’il faut prêtre à Elbasan mais son lieu de naissance, sa mort sont un mystère. On lui attribue des icônes aussi bien en Albanie qu’en Grèce, en Macédoine jusqu’en Roumanie. Il est célèbre pour son « rouge onufri » et pour avoir introduit le rose dans les icônes.

Je n’aurais pas osé à aller derrières l’iconostase, le guide y entraine les touristes pour montrer les fresques encre visibles. Elles avaient été badigeonnées à la chaux. Un nettoyage les rend visibles ; C’est là qu’en 1965, à la période où les communistes détruisaient les églises , on découvrit derrière l’autel deux « codex » copie de la Bible sur des cahiers manuscrits écrits en lettres d’or. Par chance, les destructeurs prirent  conscience de la valeur de leur découverte. Ils sont maintenant conservés à Tirana.

Dans le bâtiment annexe les icones sont  commentées soit avec un QR code (encore eût- il fallu que la wifi soit disponible) soit sur des fiches plastifiées. J’ai recopié pour els icones que j’ai préférée :

Saint Jean Baptiste

 La Présentation du Christ au Temple (n°9 le rouge  du manteau splendide et roses caractéristiques d’Onufri, mouvement des membres et plis déjà observés au Musée de Korçe ;  dans la merveilleuse Déisis, le Christ porte une tunique rose et la Vierge, un riche manteau rouge. On voit aussi plusieurs représentations de Saint Jean Baptiste portant sa tête.  J’ai beaucoup aimé une Annonciation (n°21) et la Nativité de la Vierge (19) ainsi que les 40 martyrs de Sébaste où le ciel doré est gravé de 40 couronnes. .

minaret de la mosquée rouge

Je poursuis ma promenade dans la citadelle, en flânant plutôt qu’en visitant systématiquement. Au sommet de l’acropole je trouve logiquement la citerne, comme les châteaux d’eau modernes sont perchés / Une sorte d’esplanade porte les restes de bâtiments et les ruines de la Mosquée blanche dont le minaret est cassé, un peu plus loin les restes de la Mosquée rouge,. Sous l’Acropole, la petite église de la sainte Trinité 13ème 14ème est fermée,. Je descends le long des remparts et trouve une grande tête de Constantin sur une place à proximité de l’Eglise Constantin et Hélène (1639) fermée elle aussi) .

Sainte Trinité

Le Musée Ethnographique se trouve à mi-chemin, il occupe une belle maison ottomane, comme tous les musée ethnographique il contient de beaux costumes, des outils des artisans : ferronnerie, menuiserie, et à l’étage on a reconstitué le çardak balcon ouvert avec un coin élevés servant d’habitation d’été, on y travaillait aussi, on tissait. 3 fenêtres orientées au nord, rafraîchissaient  l’air.

Dans la soirée, je me promène dans  Bérat, passe le pont Goriça, le vieux pont de pierre 1777, 130 et 9 arches.  Un panneau rappelle qu’Evleya Celebi y fait référence, par la suite j’ai cherché mais pas trouvé, mon édition est lacunaire.  Passé le pont, j’arpente le quai du côté de Griça. Un cheval blanc est attaché, des chèvres paissent, atmosphère très paisible. J’entre dans l’Eglise Saint Spiridon (1864) son porche s’ouvre sur une galerie à 9 arcades. A l’intérieur la basilique est vaste avec ses 3 nefs. Comme à la mosquée, il y a à l’étage une galerie pour les femmes. Dans la cour poussent des aubergines ;

J’ai retrouvé la famille française qui est arrivée cet après midi à l’hôtel avec leur guide francophone très sympathique. Il nous montre au sommet de la montagne le nom ENVER toujours là.  Je lui dis que ces inscriptions géantes me rappellent un film albanais que j’ai vu autrefois où un instituteur faisait écrire des slogans dans la montagne ; Le guide connait ce film c’est Slogans (2001) : on peut encore le visionner sur Youtube en cherchant Parullat :

Il me reste encore à explorer les monuments de la ville moderne : la Mosquée des Plombs (16ème siècle) également citée par Evleya Celebi qui a fait la liste des monuments d’Ahmet Bey. L’intérieur est très sobre, je remarque un beau Minbar de bois ainsi que la galerie des femmes au moucharabieh ondulant et un vitrail éclairant avec des rayons rouge/bleu/jaune et vert.

L’église Saint Dimitri qui est en face de la mosquée, est toute neuve avec une belle iconostase et un  lustre impressionnant à l’aplomb de la rosace marquetée au sol. Très grande du dehors, l’intérieur paraît plutôt intime.

Je fais un détour avant de rentrer à la Mosquée des Célibataires qui est juste sous le jardin. Je fais des photos des fresques extérieures, mais encore une fois impossible de rentrer. Curieusement,  sous cette mosquée il y a un magasin d’habillement tout à fait profane.