Arrivée à Dobarsko, Kasha Vassil

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Dobarsko est le dernier village au bout de la route à 1070m d’altitude. Ses maisons s’étagent sur la pente. Un ruisseau le découpe en deux quartiers. Il est célèbre pour son église peinte et ses grands-mères chantantes.

Comme d’habitude,  nous ne trouvons pas tout de suite les chambres d’hôtes de la Maison Vassil (pourtant, très facile à situer puisqu’à l‘entrée du village). Nous demandons notre chemin aux grands-mères qui causent, assises sur leur banc devant leur porte. Bien sûr, elles connaissent mais leurs explications sont confuses. A la troisième tentative, une dame monte à ma place dans la voiture et nous y conduit.

La Kasha Vassil est un gros pavillon de trois étages avec une architecture biscornue, des balcons de bois clair, un escalier en hélice. Katia nous accueille en Français et nous conduit dans notre chambre au premier étage. Deux lits, une lourde table carrée au plateau de marbre, une armoire moderne avec une niche pour la télé, en face, sur quelques étagères, des livres. Deux chaises servent de tables de nuit et, luxe rare, deux appliques à la tête de lit. Impression bizarre de ne pas être à l’hôtel mais plutôt dans une chambre d’enfants qu’on aurait repeinte après avoir enlevé photos ou posters de vedettes. Katia nous met à l’aise, nous montre la terrasse et l’évier caché par le bar. C’est là que nous dînerons.  La terrasse domine le jardin où poussent des haricots géants qui dépassent d’un bon mètre les maïs déjà grands. A plus de 240°, nous sommes entourées de montagnes : les sommets du Pirin rocheux, dé coupés qui culminent à 2900m (Vihren) et plus loin, Rila vers le nord ouest. A contrejour, on croirait que les sommets qui brillent sont couverts de neige. Le lendemain matin, avec un meilleur éclairage, je distinguerai les arêtes rocheuses dénudées des sommets ;

Que faire ici ? demande-t-on à notre hôtesse qui, pour plus de commodité, fait venir sa voisine, une parisienne mariée à un Bulgare qui construisent une maison. C’est un peu tard pour l’église peinte qui ferme à 17heures. Les ours de Belitsa , prévus demain.Pour les Grzands mères, elles se déplacent à domicile pour des spectacles mais c’est cher : au moins 100 levas, elles sont 12. Ce n’est pas dans notre budget !

A deux pas, un lac est un but de promenade agréable, occasion d’observer l’irrigation des jardis par des rigoles qui conduisent l’eau tantôt chez l’un tantôt chez les autres. Le niveau du lac est bas à cause de la sécheresse. La vue est somptueuse.

Je pars explorer le village. Dobarsko est un village vivant, pas un village-musée ou une station touristique. A 18h les hommes rentrent des champs, souvent sur une carriole tirée par un cheval. Homes et femmes à pied portent à l’épaule, une lourde binette, presque une houe. Les femmes qui étaient assises dehors sur les bancs sont rentrées préparer le repas. Ce sont les hommes maintenant qui occupent les bancs.Trois font bouillir quelque chose qui bouillonne dans une sorte de lessiveuse sur un feu de bois. Comme il y a un couvercle, j’en resterai avec ma curiosité.

Des adolescentes téléphonent, une gamine écoute sa musique (MP3) très fort. Des enfants dévalent la pentte sur leur vélo, prenant de l’élan pour remonter de l’autre côté du ruisseau. C’est un village ordinaire. Les maisons ont été crépie au goût de chacun, orange, jaune ou lie de vin, ou pas crépie avec des briques qui s’écaillent ; si l’argent a manqué pour la peinture on  a laissé le ciment gris, coquetterie : une frise en tessons de bouteilles qui fait le tour de la maison. Autre coquetterie : on a pavoisé avec un foulard à fleurs au lieu du drapeau bulgare. J’imagine un code : quand le foulard est sorti l’amoureux peut venir.

Vers le haut du village, il reste des maisons anciennes de bois sur un socle de galets comme celles de Bansko. Ici, elles s’écroulent un peu, mais sont bien vivantes avec leur tas de fumier et le bois pour l’hiver. J’aimerais continuer dans la montagne le sentier mais les aboiements des chiens m’en dissuadent.

J’écris sur la terrasse, regardant le soir descendre sur les montagnes qui nous entourent. La voisine doit avoir un cochon enfermé, je l’entends grogner. J’aimerais que la Française réapparaisse pour que je l’interroge sur la vie villageoise.

Baltchik : le jardin et le palais de Marie de Roumanie

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la roseraie sur le bord de la Mer Noire

Baltcik se trouve à une vingtaine de kilomètres de Prilep.

Le Jardin et le Palais de Marie de Roumanie sont très bien indiqués. A la sortie du parking (cher 2levas/h) tout un commerce attend les visiteurs. Officines de change (taux peu intéressant), supermarchés, restaurants roumains, souvenirs. Les restaurants roumains sont alléchants : nous avons toujours bien mangé en Roumanie.

plantes rares

L’entrée est chère (10 levas) . Dans le premier jardin les végétaux sont regroupés par collections rangés par écosystème. Dans un intéressant ensemble d’halophytes j’apprends le nom d’une immortelle très commune et ubiquiste que nous avons rencontrée sous diverses latitudes : Armeria maritima. Cactées et succulentes doivent ici supporter la gelée, certaines résistent jusqu’à -30°. Le second jardin est beaucoup plus vaste et en pente. C’est le royaume de l’eau : bassins ronds, ruisselets, petits ponts, source miraculeuse, cascades…Des pavillons sont disposés dans le parc. Celui de Marie de Roumanie est juste en face de la plage. De style orientalisant il porte une tour en forme de minaret. Il faut suivre la foule des touristes roumains et russes qui se suivent de pièce en pièce. Peu de souvenir de la souveraine : la coupole est le hammam, quelques photos sur els murs, une collection d’icônes, un bureau. Personnalité intéressante que cette princesse anglaise, petite fille de Victoria qui épousa Ferdinand de Roumanie qu’elle n’aima pas. Les princesses ne sont pas mes héroïnes favorites mais je ferai une exception pour celle-là !

le palais de Marie de Roumanie

Bordant la plage, la roseraie est magnifique. Les roses se portent bien en Bulgarie ! Elles embaument. Au niveau supérieur, une allée de lys au parfum entêtant conduit à un « cloitre »aux arcades romantiques – fausses ruines rappelant la Côte d’Azur ou la Riviera. L’architecte qui conçu le « nid » de Marie était italien.

Petite placette devant la chapelle. Un abri pour la « source miraculeuse » vénérée par les chrétiens pour une sainte qui aurait été torturée pour ne pas abjurer sa foi que par les musulmans à cause de ses souffrances.

Marie de Roumanie

Des panneaux commentent les étapes du parcours, soulignent les vertus de l’eau pour guérir de la mélancolie. La plupart des pavillons ont maintenant des fonctions marchandes : le moulin était déjà la cave royale et les cuisines de Marie ont été convertis en restaurant chic, des soieries sont vendues dans une petite maison…des souvenirs moins classieux tout le long du chemin qui retourne aux voitures.

Prilep: notre hôtel « complexe ethnographique »

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l'hôtel imite un monastère


 Prilep est un petit village; notre Hôtel « Complexe ethnologique » est situé à l’écart. On y accède par une mauvaise piste pleine de trous. Le portail en bois donne sur la bassecour avec canetons, poules et outils agricoles anciens ? Je traverse le vaste restaurant avec de grandes tables et des bancs sous des abris de bois. Notre chambre est situé dans l’hôtel « monastère », trois bâtiments en U bordés de coursives de bois avec de magnifiques escaliers.

Si la construction extérieure imite celle des monastères, l’aménagement intérieur de la chambre dépasse les cellules monacales en simplicité ! Deux lits, une table de nuit, une télé qui ne marche pas, des fenêtres petites qui s’ouvrent à moitié. Pas de place pour caser les valises, aucune déco, même pas une chaise. Une poutre mal confortable sert de banc sur l’étroit balcon.

La piscine est à l’écart, assez grande, mais colonisée par deux familles roumaines très bruyantes et des français désagréables. J’arrive quand même à faire mes longueurs et me rafraîchir.

Diner au restaurant : la carte est prétentieuse et décevante. Les prix dépassent tout ce qu’on a vu jusqu’à présent  et il n’y a rien de ce qui est écrit sur le menu. Je dîne d’une soupe et d’un yaourt et fais recompter deux fois l’addition.

 

le restaurant très fleuri


L’âne sert de réveille-matin.

Au petit déjeuner, le décor fleuri est agréable avec d’amusants objets. La banitsa est raplatie et ne supporte pas la comparaison avec ce que nous avons goûté précédemment

vers la mer, les Pierrres Plantées, traversée de Varna

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Les pierres plantées

A Shoumen, voulant brancher le GPS,  je m’aperçois que mon sac à dos avec Carte bleue, carte d’identité, téléphone, appareil-photo, n’est pas dans la voiture. Sueurs froides. DT a l’idée d’appeler mon téléphone. Au 2ème appel quelqu’un  décroche. Je l’avais oublié à côté de la table du petit déjeuner. Merci à nos hôtes et Balkania!

En théorie, 56km séparent Shoumen de Varna par l’autoroute. En moins d’une heure, nous devrions être arrivées. L’autoroute est coupée, la route nationale, bondée, et des convois agricoles ralentissent le trafic. Tellement contentes d’avoir retrouvé le sac, nous prenons un homme en stop. Nous sommes incapables de lui expliquer qu’on ne s’arrêtera pas à Varna mais aux Pierres Plantées. On le largue donc à Denya et on cherche le fléchage marron des attractions touristiques.

Au bout de quelques temps, ne voyant rien venir, nous nous arrêtons derrière un véhicule portant un gyrophare. La police ? Une jeune fille très jolie et sympa en T-Shirt marin nous renseigne. Quand elle tourne les talons je vois qu’elle n’a rien sous la marinière, ni short, ni jupe, ni culotte.

Les Pierres Plantées.

Les pierres plantées ressemblent à de grosses colonnes plantées ans du sable blanc fin. Quelle colonnade ? Quel temple antique ? Quels guerriers pétrifiés ? quels arbres ? Le panneau parle de forêt pétrifiée.

L’histoire est autre : la mer a laissé, il y a 50 Millions d’Années une couche calcaire surmontant des sables fins. Une couche d’argile imperméable, sous le sable poreux, a retenu l’eau. Les percolations d’eau dans les fissures du calcaire ont provoqué des concrétions, stalactites, formant de grosses colonnes dans le sable. Par la suite l’érosion a déblayé le calcaire et le sable. Les stalactites ainsi dégagés sont restés en place formant cette colonnade pittoresque et pas si étrange que cela !

Varna

Varna est une très grande ville. Comme toujours, les abords sont colonisés par les grandes surfaces commerciales, malls, concessionnaires automobiles….La circulation est canalisée dans une grande avenue. On se retrouve au centre-ville piégées : impossible de s’arrêter ou de se garer.

Comment flâner dans Varna quand le parking est impossible ? Je repère  la Cathédrale, le Musée, le Jardin Maritime que nous nous proposions de visiter…Arrivées à la mer, déception, une barrière en  interdit l’accès, plage privée, pas de parking. De rage, je prends la décision de brancher le GPS direction Prilep. Puisqu’on ne peut pas s’arrêter, autant arriver le plus vite possible et profiter de la piscine !

Varna devrait pourtant être agréable avec ses beaux arbres, ses jardins bordant le littoral de la Mer Noire ! la voiture en ville est une nuisance.

La route suit la côte mais de loin. On ne voit la mer que furtivement, puis on ne la reverra plus ; Tournesol et maïs. Le blé a été moissonné, les champs sont labourés. Puis on atteint des collines boisées.

 

Shoumen, mosquée, forteresse, monument des Fondateurs de la Bulgarie

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Malheureusement la mosquée Tombul est en ravalement


Cherchant Pliska, on se retrouve à Shoumen, grande ville aux barres et aux tours modernes, quartiers peu engageants. Où se trouve donc la Mosquée Tomboul ? Il faut chercher les quartiers anciens. Il est 13h par plus de 35°, personne à qui demander son chemin. Au hasard, à la sortie de la ville, près des collines, surgit le minaret fin minaret turc comme un crayon taillé. Malheureusement la coupole célèbre, renflée, est en travaux sous des échafaudages. L’accueil est bon enfant, ni voile, ni burnou, ni casier à chaussures. Je n’ai rien sur la tête et les bras découverts. « no  problem ! » dit le jeune homme qui vend les tickets (4levas) et qui me donne un commentaire en français polycopié sous plastique. Construite en 1744, c’est une mosquée baroque décorée par les meilleurs artistes. Décoration florale, camaïeus, paysages, elle serait très belle sans tous ces tubes métalliques. Des tapis et kilim tapissent la cour autour de la fontaine des ablutions qui doit être fonctionnelle puisque des serviettes- éponges y sont étendues ce qui n’arrange pas les photos. De petites coupoles argentées à la mode turque coiffent les bâtiments bas.

la forteresse de Shoumen, au loin on aperçoit le Monument des Fondateurs

Une route monte  à l’assaut des collines boisées. La forteresse de Shoumen se dresse à 473m. La tour carrée de pierre blanche guette. On peut en faire le tour. La vue est très étendue malgré la brume de chaleur ? En face se dresse le Monument des Fondateurs de la Bulgarie . le mur d’enceinte de la forteresse a été restauré récemment. Il est en pierre blanche sans aucune patine. A l’intérieur de l’enceinte tout l’espace est occupé des fondations des bâtiments, églises et maisons. Cette colline fut occupée depuis le 5ème   siècle av JC : Thraces, Gètes, romains, Byzantins (5ème -7ème ) s’y sont succédés. Le musée minuscule est décevant à moins de lire le bulgare.

Asparouh, le fondateur

La route qui rejoint le Monument des fondateurs de la Bulgarie, au sommet de la colline passe par un frais sous-bois d’épais feuillus. De l’eau glacée sourd des fontaines. On oublie la canicule (avec la climatisation de la voiture). A la caisse, la dame parle très bien Français. Elle st contente de me raconter son voyage dans le Midi, Marseille, Aix, Avignon. Les billets spéciaux destinés aux étrangers ressemblent à des diplômes :

« UN BILLET POUR UN VOYAGE DANS LE TEMPS »

Le monument date de 1981. Des cubes monstrueux coiffent la colline. On les prendrait pour des hangars superposés plus que pour une œuvre d’art. Du plateau, on descend un escalier monumental pour pénétrer à l’intérieur de la construction. Une sorte de faille verticale isole un bloc quasi vertical recouvert de mosaïques noir, blanc rouge et dorée, d’un groupe de solides de béton aux formes géométriques, cristaux monstrueux portant des sculptures géantes de granite.

Le premier groupe représente Asparouh, le fondateur sur son cheval triomphant suivi d’un chien destiné au sacrifice. Sous le sabot du cheval, Orphée est en compagnie de 4 fées. Rappel du Célèbre Cavalier de Madara ? Le cheval est à peu près réussi. L’homme et ceux des autres groupes s’ispirent de l’esthétique Goldorak (ou Playmobil). Goldorak-Asparouh plante son glaive dans la terre « Ici, s’établira la Bulgarie ! »

Monument des Fondateurs de la Bulgarie

Le groupe suivant est la « galerie des Khans » Thervel (705) aida l’empereur Justinien, Khroum (803-807) atteignit Cosntantinople, Omurtag (815) fut le bâtisseur.

Les trois personnages verticaux allongés, sont encastrés dans le mur. Un peu plus loin, Boris 1er convertit la Bulgarie au christianisme. La mosaïque géante célèbre la diffusion de l’écriture slave « Âge d’Or » de Cyrille et Méthode, ce qui explique le fond doré.

L'Age d'Or : invention de l'écriture cyrillique

Si l’esthétique est contestable, le monument est pédagogique. J’ai maintenant de bons éléments de chronologie. C’est aussi un symbole du régime qui l’a fait édifier (1981) à rapprocher peut être du Palais monstrueux de Ceausescu à Bucarest.

Madara et la forteresse du kan Omurtag

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le cavalier de Madara

A 9h15, nous voilà en route pour Madara par les chemins de traverse  dans  les cultures de framboises à grande échelle, les lavandes et le maïs alternant avec les tournesols. Sur les bas-côtés et dans les jachères les fleurs de chicorée bleues sont bien fournies.

Un écriteau marron signale la forteresse du Khan Omurtag(814-831) . Le chemin est très dégradé. Même les carrioles à cheval le parcourent avec prudence pour ne pas verser dans les nids de poule. Avec notre voiture neuve, nous roulons sur des œufs. Le kilomètre annoncé paraît interminable. Le site est bien là : les fondations de pierre d’environ 1.20m de hauteur, il y a de nombreuses pièces. Evidemment, pas d’explications, on n’y comprend rien. C’est passionnant de remonter dans le temps : de Véliko Tarnovo (12ème– 10ème) à Preslav (9ème – 12ème) nous arrivons au début du 9ème siècle.

On contourne Shoumen pour trouver la route de Varna et de là Madara. Il reste à montre 220 marches pour atteindre la base de la falaise où est gravé le Cavalier de Madara, cavalier bulgare du début du 7ème siècle suivi de son chien qui neutralise un lion. Le lion représenterait l’empereur Justinien, le cavalier le Khan Tervel(705).

Madara : grotte des Nymphes

De la plateforme sous le cavalier, un sentier conduit à la Forteresse. Quelle forteresse ? Je renonce pour descendre à la Grotte des Nymphes, la falaise moussue dégouline d’eau que les visiteurs recueillent dans de petites bouteilles. Du tuf se forme, les eaux ralenties par la végétation et chargées en calcaire cristallisent et forment une roche caverneuse. Un vendeur de souvenirs attire les promeneurs en sonnant de la cornemuse. . On aurait pu visiter un petit musée, voir les Bains bulgares mais nous ne les avons pas trouvés.

Pliska – première capitale de la Bulgarie, fondée par le Khan Asparouh en 681 – palais, Grand Palais, basilique… étaient à notre programme. Nous ne trouvons pas la route et il fait vraiment très chaud.

Notre gite à Dragoevo : le jardin extraordinaire

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sous la tonnelle


Le GPS nous a conduit au centre du village de Dragoevo devant un bâtiment moderne avec une statue, très urbain pour ce petit village perdu. Les maisons sont-elles vides ou le village est-il seulement endormi dans la torpeur de 14h, un jour de canicule largement au dessus de 35°C. Enfin, nous trouvons une femme qui nous met dans la bonne direction. On se perd. Des jeunes s’apprêtent à monter en voiture « Suivez nous ! ». Faute de comprendre le Bulgare leur geste était éloquent. Notre hôtesse nous attendait. Après la visite de toute la propriété, elle nous annonce que nous serons les maîtresses des lieux. Elle habite en ville. La maison, le jardin sont à nous !

La maison est un bâtiment blanc tout en longueur. Des piliers carrés soutiennent une galerie couverte. Le terrain étant en pente, à l’extrémité il y a un étage. Un escalier de bois arrive à une terrasse aménagée avec des banquettes recouvertes de kilims avec des coussins. Les chambres ressemblent aux pièces des maisons-musées; Des broderies au point de croix, des kilims, coussins, une table basse ronde et des objets anciens sur une étagère dont le champ est décoré de dentelle ; Rouets et navettes, divers objets de la ferme, font de la maison un musée ethnographique.  Sous la terrasse, une salle très fraîche est meublée avec de longues tables et des tonneaux – la cave !

sous la tonnelle

Le plus extraordinaire, le plus agréable est le jardin. Des bordures de buis taillé bas courent le long d’une tonnelle où 4 tables rondes permettent de s’installer à l’ombre sous de beaux raisins qui se préparent. Perpendiculairement à la tonnelle, un auvent de bois abrite des tables allongées en cas de pluie ou de grosse chaleur. Entre la tonnelle et la maison, un pommier, un pêcher et en dessous des fleurs : géranium, mufliers, zinnias et roses. Côté jardin, un abricotier croule sous les fruits et un petit poirier porte une future récolte. A l’arrière des arbres fruitier, le potager est florissant. Les tomates ont plus de 2m de haut, elles sont attachées à de gros bâtons épais comme des manches à balais. Plusieurs variétés ont été mélangées : énormes cœurs de bœuf, tomates cornues, grosses variétés à farcir, petites pour els salades. Des poivrons et piments poussent en rangs serrés. Les courgettes donnent des courges épanouies.

A notre arrivée le propriétaire arrosait les piments avec l’eau du puits. La dame a rempli un cageot en plastique de tomates. Avant de partir elle en a choisi 4 très belles pour le dîner et a rempli une bassine d’abricots, un régal.

Notre chambre est très fraîche. Nous pouvons utiliser la cuisine. On n’ira pas au restaurant. On préparera de belles salades avec des köfte achetés au supermarché CBA de Veliki Preslav

La nuit à Dragoevo est scintillante d’étoiles. On se croirait dans la Voie Lactée ? Un cri nous a tirées du sommeil. Cri inconnu, inquiétant, étrange. Les chiens aussi lot entendu. Tout le village a résonné de leurs aboiements. La bête s ‘est mise à hurler comme un  loup répondant aux chiens.

 

 

au réveil, une surprise :le rideau des volubilis


Le petit matin est un enchantement. Il fait très frais. Les volubilis forment un rideau fleuri rose et violet alors qu’hier on ne voyait que leurs feuilles. Au premier étage, j’observe la voisine qui fend son bois. Je pourrais écrire, dessiner, lire. Je préfère baguenauder sous les arbres fruitiers, compter les plants de tomates (plus de 200), chercher des prunes mangeables (elles sont encore dures) ou cueillir des abricots à point.

Les propriétaires arrivent à 8h30 comme prévu, un plat recouvert d’un torchon qui contient la banitsa dorée tout juste sortie du four : pâte feuilletée cuite avec du lait et des œufs qu’on accompagnera de confiture de fraises et de poires du jardin. Le yaourt est servi battu dans des pots de céramiques ventrus. Le siréné (féta bulgare) et des tomates fraichement cueillies au jardin complèteront ce petit déjeuner.

Notre hôtesse parle assez bien le français. Elle a 61 ans et est professeur de littérature à la retraite ? Non mari est urgentiste. Le tourisme est donc un 2ème métier. Le jardin peut nourrir toute sa famille. J’aimerais bavarder davantage mais ils ont dressé le couvert dehors pour nous et déjeunent dans la cuisine.

Preslav : 2ème capitale de la Bulgarie

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Maquette de l'église dorée de Preslav (musée)

A midi, nous prenons la route de Veliki Preslav et avons l’excellente surprise de passer devant un site archéologique qui n’était pas signalé. Un peu plus loin, un beau musée aménagé dans un jardin fleuri. Les nombreux panneaux, maquettes et les grandes photographies sont commentées en Bulgare, il y a très peu de traductions en anglais et encore, elles concernent plutôt les fouilles que les trouvailles : celles de la forteresse du Khan Omurtag (822) où l’on a retrouvé 3 basiliques du 4ème siècle et le site de Preslav que nous venons de voir en passant 10ème à 12ème siècle. Une salle blindée renferme le Trésor de Preslav trouvé sur le site du Patriarcat. Des vitrines contiennent des pièces de monnaie romaines trouvées au site de Popovo d’Antonin le pieux 138 après JC 0 Septime Sévère 250. Ces dernières marquent l’invasion des Goths en 251. Le Trésor de Preslav est d’époque byzantine et comporte des bijoux, des émaux cloisonnés, des cuillers d’or et d’argent,  un quartz taillé comme un camée (intaille ?) à la loupe on distingue deux personnages d’une finesse extrême. Les sceaux des rois bulgares, des gouverneurs de Preslav et même celui d’Alexis Comnène sont exposés. Je n’ai jamais été fan de numismatique, plusieurs occasions m’en ont démontré l’intérêt, en Lettonie, au château de Cesis les monnaies racontaient toute une histoire. Les bâtiments de Nicopolis ad Istrum qui ont détruits avec les incendies et les invasions sont connus avec précision grâce aux pièces de monnaie battues sur place qui représentaient les portes de la ville disparues. Le livret acheté sur place est d’ailleurs passionnant. Ici, à Preslav, je fais une rencontre : dans le trésor du Patriarcat on a retrouvé des monnaies du doge Tiepolo (1268-1275) et du doge Dandolo (1280-1281) qui me touchent parce que ces deux Doges étaient les personnages du roman Du Sang sur la Soie que je viens de terminer. Comment ces pièces sont elles arrivées là ? Les Bulgares sont ils allés à Venise ? ou les Vénitiens à Preslav ? Ou à Constantinople ? Ou ailleurs ? Les pièces racontent l’histoire. Il conviendrait que j’y prête davantage d’attention.

Preslav: l'église dorée

Preslav était la capitale de la Bulgarie au 10ème siècle au temps du Tsar Siméon(893-927). C’était un centre artisanal, artistique et intellectuel avec un Palais, plusieurs églises, un monastère et le Palais du Patriarcat. Le Musée abrite divers objets des mosaïques aussi. On y voit la maquette d’une très belle église l’ « L’église dorée»que l’on photographie, ce qui nous sera bien utile quand nous irons visiter le site de Preslav plus tard dans l’après midi. Nous avons comparé les photos de la maquette aux ruines de l’église restaurées avec les canons actuels : reconstruction bien visible d’une matière différente identifiable (ciment et crépis blanc). On a pu ainsi avoir une meilleure idée des volumes et des structures sans avoir un site bétonné comme la Cnossos d’Evans.

Visite sur le site de Preslav

L’église dorée est protégée par le mur d’enceinte de la ville à grosses tours rondes. On entre dans l’enclos par une arche arrondie – romane ? -. Une belle colonne de marbre et 3 autres reconstituées soutenaient un auvent abritant le porche. En dessous, le pavage de marbre et céramique est resté intact. La nef est soutenue par 4 colonnes mais curieusement flanquée de 4 petites tours rondes. La coupole reposait sur 10 hautes colonnes de marbre. Si la maquette a de très beaux décors, sont-ils peints ou sont-ce des mosaïques ?

Il faut à la fois imagination et rigueur à l’archéologue. Comment visualiser le Palais, les églises, le Palais épiscopal quand seules, les fondations sont encore en place ? N’étant pas archéologue, je rêve devant les panneaux et les dessins des reconstitutions et fais appel au souvenir de notre visite au musée ce matin. Cela manque vraiment de traduction.

Pourquoi Siméon avait-il choisi cet emplacement pour en faire sa capitale? Veliko Tarnovo était une place forte évidente, nid d’aigle dans la boucle de la Yantra, affluent du Danube sur un axe de circulation nord/sud depuis l’Antiquité Romaine. A Preslav, la géographie est moins lisible. La ville st située dans une cuvette au creux des montagnes du Balkan. Je manque cruellement d’arguments. Demain nous irons à Pliska – capitale précédente des rois Bulgares.

En route d’Arbanassi vers Drageovo

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petit minaret de fer blanc dans la campagne

Zakouska de la Villa Tvorchesvka : une grosse part d’un gâteau qui tient de l’omelette au fromage et du feuilleté : dehors et au dessous des morceaux de fromage blanc sont noyés dans une pâte jaune. C’est la fameuse banitsa dans sa version de luxe. Après la dame nous apporte des beignets.

En route

Le GPS annonce 128km jusqu’à Dragoevo en roulant sur la grand route jusqu’à Targoviste puis 28 jusqu’à Veliki Preslav. Sur la route de Varna, nous coupons le GPS, trop respectueux des limites de vitesse dont personne ne s’occupe, il fait la leçon au conducteur bruyamment. Aujourd’hui, samedi, pas de camions mais beaucoup de conducteurs pressés d’arriver à la mer. Dans la plaine, les blés sont moissonnés. La route monte et descend dans les collines plantées de tournesol tous orientés vers l’Orient et le soleil du matin. Les champs sont immenses ; A perte de vue, des tournesols. La taille des parcelles est elle le résultat de la collectivisation ou d’une exploitation capitaliste ? j’aurais dû poser cette question à l’attaché culturel rencontré à Koprivistitsa.

On se lasse de rouler sur la route principale. J’ai repéré un raccourci par Verdun, Cherkovna, Kopretz Draganovets et Ivanovo. On se lance sur les routes secondaires et les chemins vicinaux de la Bulgarie profonde. Le GPS n’est d’aucune utilité. Au contraire il cherche à nous faire retrouver la grande route.

Les paysans sont très sympas. Si on leur demande la direction d’un village voisin ils fournissent des renseignements judicieux et s’assurent qu’on a bien compris(en Bulgare). Si je mime la bonne direction ils prennent congé par « davaï » ou « haïdé » qui sont autant d’encouragements.

A Verdun, les gens sont bruns et maigres comme des  gitans. Sur la place du village, côte à côte, une mosquée avec minaret en fer blanc et la coupole de l’église brillante à la même hauteur. Côte à côte, en bonne intelligence. Cherkovna et Kopretz, point d’église mais une mosquée miniature avec un minaret en tôle verte au cône pointu équipé de hauts parleurs. Le muezzin doit monter à l’échelle. Cela ressemble à une rampe de lancement de fusée d’un club aéronautique amateur. Les femmes d’un certain âge portent le pantalon bouffant fleuris des dames turques et le voile blanc déployé(que j’aimerais bien acheter)passe une jeune fille en short mini, mini, sarouels et voiles semblent réservés aux vieilles. On croise des carrioles tirées par un cheval ou un âne.  Au détour d’un virage, un jeune au volant d’une voiture grenant nous fait signe de nous pousser « Kombinat ! » une moissonneuse-batteuse précède un énorme tracteur tirant une charrue de taille XXL . Il faut se pousser pour laisser passer la caravane.

Dans les prés fleuris paissent des troupeaux, des vaches reviennent de s’abreuver à la rivière, des chèvres dans les chaumes des blés moissonnés, des brebis avec leur berger à la longue houlette. Après Draganovets le goudron s’arrête remplacé par une mauvaise route de gravier pendant 4km. Après Ivanovo, on traverse des bois et on longe un lac. Un chemin de terre nous conduit à une petite plage où il y a déjà deux voitures. Un couple et leurs deux chiens se baignent. Par prudence, je garde mes sandales et nage dans l’eau presque tiède. C’est un vrai plaisir de nager librement. L’eau est immobile, je suis en confiance.

Déjeuner à Veliko Tarnovo et après midi à Arbanassi

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Veliko Tarnovo, vue de la rivière

Déjeuner à Veliko Tarnovo

Nous arrivons en ville à l’heure du déjeuner,laissons la voiture sur une petite place de la ville haute, et nous acquittons sérieusement du péage du parking, auprès d’un gardien vêtu d’une veste fluo, qui coche la date et l’heure sur un carton ad hoc, 1 leva pour une heure « Et ne soyez pas en retard ! »

En face, sur la grande rue se trouvent plusieurs terrasses. Celle de la pizzeria EGO nous convient. Confortables banquettes de skaï, parasols. A l’intérieur la salle est climatisée et très chic. Il y a également une seconde terrasse du côté de la rivière Yantra et qui a une vue splendide que j’ai découverte au hasard en cherchant les toilettes. Une salade Eve et un risotto, vin et eau 15levas. La salade Eve est composée de tomates pelées et pressées en une sorte de cylindre décoré par un brin de persil et une olive, saupoudré de noisette pilée. Je trouve sous les tomates des poivrons rouges grillés et pelés et du caviar d’aubergines. Le risotto est présenté avec le même cylindre recouvert de lamelles de kachkaval, décoré d’une olive. Dans le riz crémeux il y a du maïs, des petits pois frais, des épinards crus et de fines tranches de bacon. Délicieux et très abondant.

la boucle de la rivière Yantra et le monument des Asen à Veliko Tarnovo

Au lieu de rentrer par les chemins connus et encombrés nous descendons la rue principale bordée de  boutiques de vêtements et chaussures de luxe pour arriver dans la ville basse moderne.Devant un cinéma en brique qui ressemble à un château fort, une ruelle nous conduit au dessus  de la rivière Yantra dans un quartier très sympathique Gourko(du nom du général russe vaiqueur au col de Shipka). La promenade bordée de petites maisons et de verdure d’un autre âge. Accroché au flanc de la falaise les maisons se tassent je découvre que certains immeubles de plusieurs étages avaient une façade d’un ou deux étages sur la rue. Je reconnais EGO , côté rue, une jolie maison Renaissance Bulgare d’un étage, crépie de vert tendre, côté  rivière, c’est un grand immeuble rouge. Je découvre aussi le monument étrange dédié aux Asen : un obélisque noir et quatre terribles cavaliers.

Le Grand Hôtel est une monstrueuse construction de ciment défraîchi, grand, à défaut d’autre chose !

Dans la ville moderne, buildings tours et barres, il faut allumer le GPS pour arriver à Arbanassi et faire encore un long circuit.

Arbanassi

Les visites prévues hier, annulées se font à pied.

La Maison Konstantsaliev 17ème

Arbanassi : entrée de la maison Konstantsaliev

Maison d’un riche notable, située en face d’une grande fontaine turque, entourée de grands murs dans un jardin. La porte d’entrée est très orientale, une arche turque de pierre blanche, belle porte cloutée. Le premier étage est revêtu à l’extérieur, comme à l’intérieur, de bois. Les boiseries intérieures sont très soignées aux motifs arabisants. A la place des banquettes que nous avons vues, de véritables estrades recouvertes de tapis de coussins et tous les objets, argenterie ou céramique sont luxueux.

L’église des Archanges Michael et Gabriel(1760) Œuvre e Michael de Thessalonique et de Georgi de Bucarest, les fresques sont merveilleuses. Sur un fond bleu nuit, les auréoles dorées des saints et des anges sont lumineuses. Au sommet de la coupole le père et le Fils sont entourés par le cercle des anges et des saints. Aux 4 coins les 4 évangélistes sont reconnaissables par leurs rouleaux de parchemin mais sans leurs attributs ; Dans une demi-coupole est peinte une très belle Nativité face à Jésus et ses disciples. A hauteur d’homme, les saints de taille humaine, montent la garde. Dans la nef rectangulaire, j’ai plus de mal à reconnaître les scènes et la foule des personnages. Il aurait fallu un guide. Je suis restée très longtemps émerveillée.

A 16h, nous allons à la piscine de l’Hôtel Palmyra que nous voyons de notre balcon. Entrée 6 levas pour les personnes extérieures. Bulgares ou peut être russes fument beaucoup sur le bord de la piscine. Les femmes portent des strings ravageurs. Même une petite fille en maillot rose et bleu aux motifs de bébé et sa sœur montrent leurs fesses et prennent des poses. Ces lolitas me choquent avec leurs airs alanguis. Jeux de séduction, de provocation. Ces gens ne sont pas là pour nager et cela m’arrange bien. Je sillonne le bassin, longueur après longueur pendant une heure et quart.