la symphonie des nymphéas de Hiramatsu Reiji à Giverny

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024 

Hiramatsu : l’Etang de Monet derrière un feuillage

Arrivée à Giverny

Parties à 7 heures par beau temps et trafic fluide, nous arrivons à 9h à Giverny après les courses au Carrefour de Bonnières. Avant l’ouverture du Musée des Impressionnistes je dispose d’une heure pour me promener dans les rues fleuries.  Septembre, dominante jaune des topinambours fleuris, verges d’or et onagres, contrepoint rouge ou pourpre des dahlias, plumetis des sauges aux petites fleurs rouge et blanches.

la tombe de la famille Monet

Dépassant le Musée puis l’Auberge Baudy pavoisée, je trouve plus loin la Mairie et l’église et tout à côté le cimetière avec la tombe de la famille Monet. La route s’élève ensuite sur les contreforts de la falaise.

Nymphéas sur un fond doré

L’Exposition Hiramatsu Reiji est un véritable choc. Pas de tableaux, des paravents. Pas de style impressionniste. Pas de scènes peintes sur le motif. N i paysage, ni personnages. Pas de perspective. Des couleurs à plat qui claquent. Et pourtant, c’est bien de Giverny et de Nymphéas qu’il s’agit dans cette Symphonie des Nymphéas. Cette exposition est parfaitement à sa place ici.

Hiramatsu Reiji, né en 1941 à Tokyo, peint des Nihonga , peinture traditionnelle japonaise. Ce terme fut inventé en 1880 pour préserver la tradition face à l’engouement pour les peintures occidentales. Parallèlement, en Occident les peintres impressionnistes collectionnent les estampes japonaises et la mode du Japonisme sévit.

De grands paravents sont posés sur des estrades tout autour de la première salle. Immédiatement on reconnait l’étang de Monet.

J’ai été bien inspirée de prendre l’audioguide. Il y a très peu d’explications sur les cartels.

l’étang de Giverny

Les nymphéas sont stylisés, regroupés en petits amas à la surface d’un étang bleu intense où des nuages blancs en V se reflètent, inversion d’un  Mont Fuji enneigé ?  Autre inversion dans le miroir de l’eau : le reflet des arbres très haut près du bord du paravent. Avec une meilleure observation je reconnais les massifs fleuris. Il me faut encore beaucoup d’attention pour découvrir une libellule. Chaque paravent contient au moins un insecte ou un oiseau représentant le peintre lui-même.

En face, un paravent recouvert d’un papier peint blanc aux vaguelettes en éventail porte en son centre un cercle peint « tondo » représentant l’étang de Monet derrière des feuillages. Au premier plan, les branche de saule vert clair, se détachent sur l’eau presque noire tandis que les nymphéas fleuris sont très gais.

Souvenirs de Normandie!

Dans une pièce annexe, une curiosité touristique : un paravent au fond gris est décoré de pastilles rondes. Chaque pastille est un petit tableau très coloré : une ferme normande, une glycine, un petit paysage de Normandie, des personnages… Cela me fait penser aux cartes postales ou aux magnets souvenirs de voyage qu’on colle sur le frigo. C’est gai, primesautier, pas sérieux.

Bambous et nymphéas

Des bambous géants dessinent un tableau presque abstrait. Sommes-nous en Asie ? non, Monet a planté un rideau de bambous. Bambous verts d’eau, bleus, marrons aux nœuds blancs et aux bourgeons qui pointent. Ils se détachent à la surface de l’eau métallique (on reconnait les carrés de feuilles métalliques que le plasticien a collés). Et bien sûr, des nénuphars en fleur !

Cerisiers et nymphéas

Trois grand panneaux frôlent encore l’abstraction : nymphéas et cerisiers en leurs mêlent Japon et Giverny. Mélange anachronique puisque la floraison des cerisiers a lieu au début du printemps et celle des nénuphars en été. Les pétales délicats forment sur les nymphéas dorés une spirale enchantée. Monet avait collectionné les estampes, avec Hiramatsu, le Japonisme des impressionnistes retourne au Japon !

l’hiver

L’audioguide m’instille des notions de culture japonaise : les Nihongas sont imprégnés de shintoïsme et de bouddhisme qui considèrent les éléments naturels comme des divinités. Le cyscle des saisons a une connotation religieuse<. Après le printemps les érables rouges symbolisent l’automne. Deux panneaux représentent l’hiver avec de grosses boules de neige sur des arbres dénudés aux branches et rameaux d’une grande finesse.

Sur les panneaux suivants, l’artiste s’est attaché à figurer les reflets sur l’eau : papiers métallisés colorés

les nuages se reflètent à la surface de l’eau

Les derniers panneaux montrent les nuages qui se reflètent dans l’eau. Les nymphéas sont noirs, rouge orange avec des fleurs bleues.

Je sors de l’exposition éblouie !

Myriam Mihindou – ilimb l’essence des pleurs – Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 10 novembre 2024

Myriam Minhidou : illimb l’essence des pleurs

C’est une installation d’art contemporain que nous offre l’artiste franco-gabonaise s’inspirant des rituels de deuil des pleureuses punu. Elle met en scène un

« récit de larmes expérimenté lors du décès de mon père à travers les rites d’accompagnement au mort par les pleureuses »

Art total puisque Myriam Minhidou associe la musique à ses sculpture. Comme un long serpent ondulant, une sculpture végétale émet une mélodie vibratoire quand on la caresse. Le visiteur se déplace donc dans une ambiance sonore qu’il crée en intervenant sur la sculpture.

harpes gabonaises

Autre référence musicale : les harpes sacrées conservées dans la tour des instruments du Musée du quai Branly. Elle a transposé la peau de ces harpes en céramique.

argile et sel
Larmes de sel cristallisé et gravées, mémoire des larmes, invitation à la méditation
Bâton des pleureuses

Nathanaelle Herbelin à Orsay

PRINTEMPS DES ARTISTES

 

Exposition temporaire jusqu’au 30 juin 2024

Emmannuelle et Effi

 

J’ai découvert Nathanaelle Herbelin en l’écoutant sur un podcast de Grand Canal . Etrange manière de faire connaissance avec une plasticienne que de l’écouter à la radio. Comme j’avais déjà prévu d’aller voir la grande exposition sur l’Impressionnisme j’étais impatiente de voir les tableaux qu’elle avait si bien décrits. 

Cette artiste franco-israélienne, née en Israël mais basée souvent à Paris, a beaucoup fréquenté le Musée d’Orsay . Elle se sent un peu l’héritière des Nabis avec qui elle est exposée. Elle partage de nombreux sujets comme des peintures d’intérieur, de la vie quotidienne simple, avec des chats.

Layla

j’ai aimé ses  tableaux tendres et intimes (parfois très intimes comme l’épilation) très tendres avec des gestes d’amour.

la chambre des Erythréens à Levanda

j’ai aimé qu’elle s’attache aux Erythréens, migrants africains arrivés en Israël et malheureusement souvent discriminés.

l’attention non divisée

Je ne suis pas sûre que de partager les cimaises avec Bonnard ou Vuillard mette en valeur les œuvres de la plasticienne contemporaine. Quand ses tableaux sont mêlés on a tendance à aller d’abord aux tableaux connus, comparer. Et la comparaison peut être cruelle.

Cour intérieure

A suivre!

Jean Hélion – La prose du monde au MAM de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 18 août 

Attention! grande rétrospective, prévoir un bon moment et ne pas trop traîner dans les premières salles!

Cette exposition présente un artiste, Jean Hélion (1904-1987) et présente  diverses tendances ayant guidé la peinture au cours du XXème siècle. 

1929-1939 : De la forme à la figure, art Abstrait

Composition orthogonale

Hélion rencontre Théo van Doesburg fondateur de De Stijl et Mondrian il fait partie du groupe Art Concret selon lequel « rien n’est plus concret qu’une ligne, une couleur, une surface » utilisant les couleurs primaires et les les lignes verticales et horizontales

Tension rouge

1932 -33 , il devient proche de Calder et de Arp. Cette proximité est sensible dans le tableau Equilibre avec le balancement en écho aux mobiles de Calder. On constate un infléchissement des lignes qui deviennent courbes les volumes suggérés dans les Compositions qui se complexifient et les teintes qui se diversifient. 

Composition

Progressivement on perçoit dans les Figures un retour du figuratif. 

Figure tombée 1939

La Figure tombée est la dernière œuvre abstraite d’Hélion correspondant, selon le cartel, aux désillusions de l’artiste : la Chute de l’Abstraction

1939 -1951 ; Entre réel et imaginaire. 

Cycliste

Hélion imagine une série de personnages souvent portant chapeau et parapluie qui semblent sortis d’une bande dessinée.

Homme au parapluie femme à la fenêtre

les couleurs vives font leur retour, surtout les rouges. Articles obsessionnels de l’artiste, les chapeaux, parapluies, mannequins pour des personnages encore très cubistes et rigides.

Les Salueurs 1945

Avec les Salueurs le mouvement devient plus fluide. En 1946 les roses et les bleus font irruption avec de nouveaux thèmes : des nus féminins avec des ombres et des reflets sur les chairs suggérant les volumes

A rebours

1950-1967 Le parti-pris des choses

la voiture de fleurs et le boucher

les sujets et les styles se diversifient faisant prendre une tournure radicale . Natures mortes, citrouilles, chrysanthèmes, anémones, choux sont de nouveaux thèmes avec des vanités, des paysages. J’ai du mal à reconnaître la parenté avec les peintures antérieures dans son souci du détail, du réalisme dans les couleurs.

le Studio : atelier du peintre

L’immense Triptyque du Dragon résume l’ensemble de son œuvre : au centre dans l’atelier du peintre, se trouve en bonne place L’équilibre (1933), un homme au chapeau à la joue rouge (1943) , dans la vitrine, un mannequin masculin rappelle toute les mannequinades récurrentes dans l’après-guerre, on reconnait aussi son cycliste. A gauche, c’est une scène de café. 

Triptyque du dragon

1968 – 1980  – Quartier libre

mai 68 marque un nouveau tournant dans la peinture d’Hélion qui apprécie le tohu-bohu euphorique, ravive ses convictions politiques et apporte couleur et fantaisie à sa peinture

Choses vues en mai

De nouvelles teintes font irruption, des scènes pleines d’humour se déclinent en couleurs vives. Des chevalets sont déménagés à dos de personnages dansants….

Au beau milieu de l’exposition, un espace de projection permet de visionner des séquences où le peintre s’exprime, parfois seul parfois en compagnie d’autres artistes. Prévoyez du temps pour l’écouter!

 

Robert Ryman – Le Regard en acte /Les Arts à Paris coll. Paul Guillaume – Orangerie

PRINTEMPS DES ARTISTES

Exposition temporaire jusqu’au 1er juillet 2024

Carré blanc

Avec ma Carte Blanche – coupe-file à Orsay et à l’Orangerie, je m’apprêtait avec optimisme à découvrir la rétrospective Robert Ryman. Depuis quelques temps je découvre les monochromes avec plaisir. A Rodez, le musée Soulages a été une véritable révélation et j’ai aussi vibré devant les tableaux de Rothko. Mes a-priori étaient donc tout à fait positifs. Dommage, je me suis ennuyée. Malgré l’accompagnement écrit  fourni. Le minimalisme a des limites  : se fixer sur une forme unique : le carré, renoncer au cadre, puis même au cadre, fixer avec des attaches, des rubans de masquage un tableau blanc sur un mur blanc lasse rapidement la spectatrice. J’ai essayé d’employer les méthodes d’observation expérimentées à Rodez : changer de position essayer de capter la lumière, les reflets. Rien! je m’ennuie. 

André Derain : Madame Paul Guillaume au grand chapeau

Heureusement, l’Orangerie est riche en belle peinture! J’ai flâné dans la collection Paul Guillaume  présentée dans l’Exposition Les Arts à Paris la première salle en sortant de Ryman est consacrée au Douanier Rousseau, la suivante à Utrillo 

Utrillo : la Maison Bernot

De très nombreux Derain ,  des nus, des portraits, Guillaume a beaucoup collectionné Derain et cet accrochage témoigne de la variété de sa production. Je connaissais surtout les paysages fauvistes et méditerranéens. 

Marie Laurencin : Les Biches

Une salle entière est consacrée à Marie Laurencin j’ai bien aimé son portrait de Mademoiselle Chanel. 

Deux salles pour Soutine et bien sûr, des Matisse, Picasso, Modigliani. De la belle peinture pour ne pas avoir fait deux heures de métro pour les carrés blancs de Ryman! 

Marseille : Mucem et une découverte René Perrot

CARNET PROVENCAL 

Le Mucem occupe tout un quartier, le fort Saint Jean, la tour du roi René, une église, ces sites historiques en belle pierre de taille sont reliés par des escaliers métalliques, des passerelles, des jardins et des couloirs, longue promenade surprenante.

Je suis entrée par le Fort Saint Jean. Un vigile a fouillé mon sac, puis je me retrouve étonnée, un peu désorientée. Il y a bien peu de signalisation. J’entre par la Cour de la Commande, nom qui rappelle La Commanderie des Hospitaliers de Saint Jean du XIIème siècle sur la route des Croisades. De cette époque il reste aussi une chapelle.

Il faut alors grimper un escalier très raide et très haut correspondant à la Montée des Canons pour arriver à la Place d’Armes. On découvre les Fortifications de Louis XIV et la  Galerie des Officiers. La grosse tour carrée est la Tour du Roi René(1447 -1453) surveillant l’entrée du Port. La Tour du Fanal (1644) est ronde et joue le rôle d’un phare.

Je trouve enfin la billetterie : 11€ utilisable toute la journée, une pastille colorée collée sur ma manche en atteste.

Les jardins

Ghadda Amer la voix des femmes est révolution
jardin des migrations

Ce début de visite est une promenade qui travers le Jardin des migrations planté d’espèces méditerranéennes : thym, myrte, absinthe, romarin. Un massif végétal est une « sculpture » de la plasticienne égyptienne Ghada Amer : c’est une calligraphie en arabe qui détourne un proverbe traditionnel « La voix des femmes est une honte » en « la voix des femmes est révolution », il suffit de ne changer qu’une seule lettre. Les lettres sont en tôle remplie de charbon noir encadrées par des petites touffes de thym.

Place d’armes tour du fanal

Je découvre d’autres jardins au cours de ma déambulation : un jardin de salades sauvages et les « figuiers suspendus » sur une autre terrasse. Le Jardin du vent s’est semé tout seul de graines apportées par le vent. Les mauves ont de véritables troncs comme des arbres.

Le J4

Mucem résille en béton

Une passerelle conduit au J4, le bâtiment carré entouré par sa résille spectaculaire que tout le monde connait avant même d’avoir visité Marseille. J’imaginais la résille métallique, elle est en béton fibré, béton très résistant renforcé par des fibres métalliques et en polypropylène de texture très lisse qui se moule et se monte très facilement. Rudy Riciotti, l’architecte, a utilisé un autre béton pour les colonnes qui soutiennent le J4. Je m’amuse avec les ombres projetées et avec ces fenêtres aux contours de pièces de puzzle qui font un cadre intéressant aux photos. Le restaurant sous plafond ajouré me semble particulièrement agréable. Pour descendre à la base du J4 le parcours est compliqué : escaliers, passerelles, long couloirs aveugles toujours dans un contexte métallique avec des échappées sur le quartier du Panier et la grosse pâtisserie bicolore de la Major qui domine le Mucem. Echappée aussi sur le Port de Commerce avec ses bateaux colorés.

Après cette longue promenade, il me reste à visiter les expositions.

Le Grand Mezzé

le Grand Mezzé

C’est une exposition sur le thème de la « diète méditerranéenne » qui met en scène non seulement ce régime alimentaire particulièrement recommandé pour la santé, mais aussi les cultures méditerranéennes, olive, blé, châtaignes, sucreries. Traditions culinaires mais aussi prescriptions religieuses chrétienne, juives et musulmanes. Des vidéos présentent la cueillette des olives, la pêche, les pains…Toutes sortes d’outils sont exposés. J’ai remarqué un curieux écorçoir pour le décorticage des châtaignes avec des chaussures à pointes. J’ai aimé aussi la vitrine dédiée au mastic de Chios avec la vidéo de la collecte des larmes de mastiha. Très réussie !

Il est possible de faire une visite virtuelle du grand mezzé (clic)

Populaire

Des objets du quotidien sont mis en scène afin de « voir l’humain derrière l’objet ». Chaque objet présenté-là a une histoire, il dialogue aussi avec d’autres objets voisins. Il faudrait disposer de beaucoup de temps pour s’arrêter lire les cartels et avoir la patience de  déchiffrer . On voit aussi bien les objets d’usage courant que des icones, des exvotos, dans le chapitre « soutenir les croyances ».

L’exposition est très bien agencée mais les objets sont terriblement hétéroclites.  On pourrait aussi jouer aux différences/ressemblances…mais il y a trop à voir et je suis pressée. Trop de choses si différentes comme cette roulotte à trois roues qu’un paysan avait oublié dans son champ, roulotte de planches devenue sédentaire qui avait même perdu sa troisième roue…Section des images populaires : enseignes, affiches de cinéma, réclames, street art. Je m’arrête devant le tableau de Jacques Villeglé qui me parle Rue de la Fontaine-au-roi, 1er mai, fête du travail réalisé à partir d ‘affiches lacérées où apparaissent les manifestants du 1er mai. Je retrouve avec plaisir Misstic. >Je m’arrête devant des masques grimaçants siciliens.

Je ne suis pas convaincue par cette exposition et sors en me disant que le contenant (le bâtiment J4) est plus intéressant que le contenu. J’avais eu la même impression à Bilbao.

MON PAUVRE CŒUR EST UN HIBOU exposition de René Perrot est un véritable coup de cœur ! Le Mucem propose également une visite virtuelle Clic

René Perrot : mon pauvre coeur est un hibou

Les tapisseries colorées me plaisent beaucoup. Dans une vidéo René Perrot raconte qu’il a apprivoisé un hibou et son amour des bêtes. C’est un film très tendre. Mais il n’a pas seulement dessiné des animaux. Il s’est intéressé aux hommes, et particulièrement aux hommes au travail et a mené une enquête pour le Musée des Traditions populaires de 1942 dans le Jura jusqu’en 1945 dans d’autres régions. Gravures et dessins en noir et blanc impressionnantes avec la force du trait comme les détails et l’originalité des sujets choisis. J’ai adoré ces paysans raclant les taupinières.

René Perrot : la disparition de l’homme

Un tableau marque une césure : la disparition des Hommes à al suite de la Seconde Guerre mondiale. En-dessous, dans les rouges des bêtes sauvages, monstres, loups, au-dessus dans un rectangle bleu des silhouettes noires  à la limites les croix des tombes…

René perrot : taupinières

Belle découverte que ce plasticien sensible et sympathique.

 

 

Dana Schutz – Le Monde visible – au MAM

Exposition temporaire jusqu’au 11 février 2024

Civil Planning

Vu de loin, sur l’affiche, le teaser-vidéo, l’œuvre de Dana Schutz paraît colorée, gaie, fantaisiste avec des personnages de films d’animation.

C’est vu de très loin!

Dès qu’on entre dans la première salle le premier tableau Sneeze éternuement cataclysmique avec la morve qui coule, donne un ton calamiteux, repoussant. Daughter, une jeune fille ahurie, à la coiffure ridicule arbore un T-shirt au tableau de l’Origine du Monde de Courbet, gênant! La série Self-Eater représente la consommation de sa propre chair. On est à la limite du dégoût dans ces désastres physiques. 

Shaving

Shaving continue à déstabiliser le spectateur : de loin, une vacancière contemple un coucher de soleil, on s’approche, elle se rase le pubis. Et ce qui égare le plus c’est que le personnage est en même temps de dos et de face, dans un miroir? la bombe de mousse Gilette prend une importance démesurée.

Présentation

Ces tableaux intimistes m’ont mise mal à l’aise, le monde de Dana Schutz me déconcerte, les grandes compositions comme Presentation mettent en scène la société américaine : un homme qui vient d’être déterré est disséqué devant un parterre de témoins (étudiants en médecine?) . Sur Internet j’ai lu que cette mise en scène morbide renverrait aux soldats tombés en Irak ou en Afghanistan dont les cadavres ont été soigneusement cachés au public. 

Civil Reformers

les scènes violentes se multiplient, recyclage, tronçonnage de membres humains, le monde de Dana Schutz est décidément violent, absurde et cruel.

Fanatics (2005)

Fanatics semble prémonitoire de l’assaut du Capitole. Le personnage à genoux en train de prier devant le grillage bisé, les déguisements, semblent décrire cet évènement qui aura lieu des années plus tard.

Et que dire de ces hommes armés qui vont lyncher le soleil?

Boat group

La catastrophe semble arrivée avec ces têtes dérivant sur un bateau sur un océan sinistre, vont-ils s’entredévorer.

Victor

 

Victor, grotesque est bequeté par un oiseau. Sa posture est bien grotesque pour un vainqueur!

j’ai beaucoup apprécié les sculptures de Dana Schutz, glaise ou bronze.

 

 

 

 

les Arts

les Arts, en cortège sinistre, n’apportent que peu de consolation dans ce monde guetté par la Catastrophe.

Mountain group

Peu aimable, peu séduisant, le monde de Dana Schutz est malheureusement à peine une dystopie. Elle décrit sans complaisance la violence, les luttes de pouvoir, la menace du changement climatique où chacun, Dieu, bouddha, l’artiste, les écologistes, tous brandissent un doigt vengeur faisant tomber les échelles qui ont permis aux personnage de grimper la montagne.

Un de ses tableaux les plus connus, le plus polémique, ne figure pas dans la rétrospective. C’est celui du cercueil ouvert de Emmet Till, un jeune noir martyrisé par des blancs dont la mère avait voulu que chacun puisse voir les blessures. La plasticienne blanche a été accusée par des activistes d‘appropriation culturelle comme si une artiste blanche n’avait pas le droit de traiter ce sujet. Dana Schutz s’était justifiée, en expliquant que si elle n’était pas noire, elle était une mère et pouvait comprendre la douleur et la colère de la mère d’Emmet Till.

 

 

Rothko à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

Une  exposition-phare de la rentrée 2023, très courue en tout cas.

J’étais impatiente de découvrir Rothko : un podcast m’avait présenté le personnage et avait fait un parallèle avec Nicolas de Staël dont l’exposition m’avait enthousiasmée. Depuis Soulages je n’ai plus de préjugés défavorables envers les monochromes et les tableaux très abstraits. 

Rouges vibrants, jaunes éclairants, malgré la foule, la visite est un régal.

Rothko : contemplation

Les débuts, années 30, figuratifs et expressionnistes  occupent deux grandes salles  : portraits et scènes urbaines m’ont bien plu.

Rothko entrance to the subway

Avouant des difficultés à représenter la figure humaine sans la mutiler il abandonne vers 1939 pour une nouvelle aventure : l’invention d' »un mythe contemporain«  en puisant dans les mythologies antiques pour répondre à la barbarie qui régnait en Europe

Rothko : Antigone

Fuyant les Allemands, les Surréalistes, Breton en tête sont à New York et inspirent la peinture de Rothko.

A partir de 1948, les Multiformes deviennent tout à fait abstraits, perdent leur titre, la signature et leur assignation.  A partir de 1949 il peint une superposition de rectangles colorés

Dans les salles suivantes on baigne dans la couleur sans chercher de sens, seulement le plaisir de la lumière dans les jaunes et les oranges, .

Vers 1956, les couleurs s’assombrissent

Une installation est saisissante la Rothko Room de la Tate Gallery : 9 toiles de très grand formats conçues pour être ensemble dans une lumière faible : le spectateur doit se sentir immergé dans la couleur. Une animatrice intervenant là explique que Rothko aurait été impressionné à Florence par la Bibliothèque Laurentienne de Michel-Ange et aurait imaginé une sorte de trompe-l’oeil

Rothko room tate Gallery
Rothko room Tate Gallery

la suite de l’exposition est un peu monotone, une suite de très grands tableaux, très colorés. La foule se fait pressante. Il faut attendre 10 minutes pour accéder à une petite salle avec des rouges, peut être sublimes, mais l’impression est gâtée par les selfies que les visiteurs prennent égoïstement.

 

Joann Sfar – La vie dessinée – Salonique « Jérusalem des Balkans » 1870-1920 au MAHJ

Exposition temporaire jusqu’au 12 mai 2024

Nous connaissons tous Le Chat du Rabbin il est à l’honneur dans l’exposition mais j’ai préféré mettre l’accent sur d’autres aspects de l’œuvre de Yoann Sfar. 

Nous découvrons les années d’apprentissage, au lycée Massena de Nice et rencontrons Romain Gary, Charlie Hebdo, Riad Sattouf,…

Sfar s’est emparé du fantastique avec le petit vampire, le Golem,

Il rend hommage aux peintres juifs : Chagall, Pascin, Soutine et réalise même un film sur Gainsbourg, un album consacré au Klezmer 

Belle flânerie dans l’exposition, beaucoup à regarder à lire.

Et en bonus une très belle exposition Salonique

 

Rodez : Musée Soulages

CARNET OCCITAN

Une visite guidée partira à 10h30. Je dispose donc d’une demi-heure pour découvrir le musée, flâner à ma guise. Les salles sont encore vides de visiteurs ce qui confère une intimité avec les œuvres. Des questions : qu’est-ce donc ? Comment regarder un tableau noir ?

Le conférencier présente d’abord le musée conçu à l’origine pour abriter les patrons des vitraux de Conques. Le cabinet d’architecture catalan RCR a gagné le concours sous le contrôle pointilleux de Soulages qui a failli les recaler parce qu’il manquait 1m2 pour ‘l’  espace d’expositions temporaires. Le matériau rouillé de l’extérieur est de l’acier Corten , acier noir rappelant les tableaux de Soulages, et qui devient rouge en s’oxydant se mariant bien avec le grès rose de Rodez. A l’ouverture en 2013, le bâtiment était noir. A l’intérieur, il est resté noir. L’astuce est que les tableaux même lourds tiennent aux cimaises par des aimants.

La visite débute donc dans la salle des maquettes des vitraux de Conques . Cette commande par Jack Lang a été très bien accueillie par Soulages parce que c’est précisément à conques que le jeune soulages en visite scolaire a ressenti sa vocation de devenir artiste. Les travaux se sont poursuivis de 1987 à 1994. Etrangement, il y a un point commun entre ces vitraux blancs et les tableaux noirs : le rôle de la lumière. Selon l’éclairage, la météo, l’heure du jour, le passage d’un nuage…la couleur des vitraux varie. Les barres de plombs semblent capturer la lumière.

« La Lumière » sera le mot-clé de cette visite.

Dans al salle suivante nous nous arrêtons devant une vitrine contenant divers objets de Soulages dont un paysage qu’il a peint très jeune.

Brou de noix

Pierre Soulages est né à Rodez, rue Combarel le 24 décembre 1919. Il a fait toute sa scolarité à rodez mais il est parti à Paris. Son maître l’a convaincu de se présenter au concours des Beaux-Arts de Paris. Reçu, il renonce à y étudier. En revanche il étudie aux Beaux-Arts de Montpellier où il rencontre Colette qui va devenir sa femme. Ils se marient en 1942, en noir tous les deux et à minuit. Il rencontre la poète Joseph  Delteil et par son intermédiaire Sonia Delaunay. Ses premiers tableaux abstraits sont marqués par cette rencontre.

En 1946 ils installent l’atelier à Courbevoie où il produit des grands formats (1956). Il utilise de grosses quantités de brou de noix. Ses outils ne sont pas les pinceaux et les brosses des artistes mais plutôt ceux des artisans, il fabrique ses propres outils. Il travaille au sol, horizontalement et place l’outil au bout d’un manche à balais.

Les titres des tableaux n’ont aucune signification : il note la technique, les dimensions du tableau, la date. Le spectateur est libre d’interpréter.

Au début, il recouvre le tableau d’un fond blanc, passe du noir puis racle, gratte pour retrouver le fond.

outgrenoir

L’outrenoir – au-delà du noir – date de 1979. Selon la position de l’observateur, l’éclairage, le tableau est différent. Notre guide nous fait faire l’expérience, scindant le groupe en deux l’un côté fenêtre, l’autre du côté du mur et pose des questions. Les réponses sont tout à fait différentes dans les deux groupes. On permute ensuite pour vérifier les observations. Question d’éclairage, question de brillance : l’huile et l’acrylique n’offrent pas le même résultat. L’acrylique sèche plus vite que l’huile et permet des empâtements. Il y a beaucoup plus de matière à l’acrylique.

Après avoir visité les collections permanentes nous découvrons l’exposition temporaire qui est celle des dernières toiles de Soulages. « Les derniers Soulages ». Cet espace d’expositions temporaires a accueilli Picasso, Calder et d’autres artistes. Parmi les tableaux noirs, un complètement blanc (2012) . Un tableau 3.8m fait de trois panneaux qui a été exposé au Louvre…et sa dernière toile datée 2022.

Cette visite a été un réel plaisir, notre guide nous a appris une manière ludique à fréquenter les œuvres de Soulages. D’ailleurs sur l’autocollant donné pour preuve que nous avons payé la visite guidée ce slogan :

La peinture ça ne se regarde pas ça se fréquente !

Je serais volontiers restée plus longtemps à regarder chaque œuvre, maintenant plus accessible, en s’amusant à bouger, à faire varier la lumière, à imaginer la technique du peintre.