Tituba – Qui pour nous protéger? au Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

 

 

Tituba est l’héroïne du roman de Maryse Condé : Moi Tituba, sorcière noire de Salem (CLIC)

Cette exposition collective expose les livres de Maryse Condé . Onze artistes sont invitée, entre France, Caraïbes, Grande Bretagne et Etats Unis :

 Naudline Pierre, Abigail Lucien, Rhea Dillon, Miryam Charles, Monika Emmanuelle Kazi, Naomi Lulendo, Inès Di Folco Jemni, Liz Johnson Artur, Tanoa Sasraku, Claire Zaniolo, Massabielle Brun
Il sera question de deuil, de rituels, de sorcellerie peut être, de femmes caribéennes sûrement. 
Tituba qui pour nous protéger, Naudline Pierre (USA)

j’ai beaucoup aimé la vidéo (10’33) de Myriam Charles d’origine haïtienne, vivant à Montréal, à la mémoire d’une jeune fille assassinée. L’écran est troué d’un cercle dans lequel s’impriment des images plus intimes : la chambre de la jeune fille alors qu’hors cadres on voit des images de nature tropicale. Une marche funèbre est chantée en créole « Pakité m’égaré »

Liz Johnson Artur expose des photographies des manifestations à Londres de Black Life Matters

Installation étrange de parpaings émaillés construisant murs et barrières dans la pièce. Une armoire couchée en biais contient de la vaisselle en cristal cassée.

Naomi Lulendo présente 3 photographie au fond presque noir, clair obscur : Potomitan, Nuit Noire, Ombre portée (impossible à photographier avec mon téléphone. 

Le montage photographique de Claire Zaniolo montre des images de Guadeloupe. 

Massabielle Brun

Un ensemble, un peu étrange, envoûtant.


 

Figures – Malala Andrialavidrazana – Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Figures : fresque entière

Malala Andrialavidrazana est une artiste franco-malgache, architecte de formation. 

Figures est une fresque de 58 m x5 m conçue exprès pour la grande verrière du Palais de Tokyo. Elle est réalisée par collages numériques à partir de de 2000 sources d’images : cartes d’Atlas anciens, billets de banque  principalement. D’ailleurs, le titre Figures se comprend au sens anglophone de « chiffres », des montants des billets qui circulent. Figure, c’est aussi le visage d’un personnage emblématique comme Mobutu et son léopard qui symbolise aussi la ruse et l’autorité dans la culture swahilie. 

Mobutu, le léopard et l’idole pop

Dans le collage ci-dessus, le léopard zaïrois saute sur l’idole pop.

Cartes de géographie et bateaux qui relient les continents, qui ont transporté les esclaves, tout cela évoque une circulation mondiale, une mondialisation des marchandises et des personnes. Tous les personnages de la fresque sont en mouvement.

mondialisation

Ponts et barrages relient les continent. On imagine des univers africains, d’autres asiatiques. Et toujours  personnages et animaux bougent, nagent rament. Figures peut aussi évoquer les personnages célèbres comme Charlot, Cadet Roussel, La Semeuse et son bonnet phrygien et même Ramsès II sur son char, arlequin qui symbolise la fourberie, les navigateurs européens dont les « découvertes » sont synonymes de pillages, exploitation, esclavage et extractivisme.

Ramsès sur son char mais que vient donc faire l’orignal et la moto?

En cherchant bien, je découvrirai Nelson Mandela (billet de banque) , la frise de l’Evolution, une tortue tractée….

La semeuse

On pourrait rester des heures à détailler les personnages, à imaginer des circulations. Une dame me montre une minuscule souris sur une balançoire. Pour mieux identifier personnages et symboles trois écrans interactifs donnent des explications. Chacun se promène à sa guise.

Je suis étonnée par le nombre d’enfants très attentifs, d’adolescents de jeunes adultes. L’ambiance est très décontractée et ne ressemble pas à celle des expositions de l’Orangerie, Orsay ou le Luxembourg. Il y a aussi beaucoup plus d’espace.

 

Olga de Amaral – Fondation Cartier

Exposition temporaire jusqu’au  16 mars 2025

Olga de Amaral est une artiste textile colombienne née en 1932 à Bogota. Elle a étudié à l’Académie des Arts de Cambrook (Michigan) qui s’inscrit dans le mouvement Arts and Crafts et dans l’école du Bauhaus apportant une attention particulière au design et aux arts déco. Traditionnellement les femmes étaient orientées vers les textiles (comme Anni Albers ou Sophi Taeuber avant elle). Avec son mari Jim Amaral, ils fondent une entreprise de textiles décoratifs Telas Amaral.

Dans les années 1960 Olga de Amaral expérimente nombreuses techniques de tissages. Elle incorpore à la laine du lin du coton mais aussi du crin de cheval et même de l’or ou du plastique. Elle expose en 1967 à La Biennale internationale de tapisserie à Lausanne. 

Riscos en sombra

Elle souhaite que ses œuvres soient détachées des murs pour être appréhendées comme des sculptures autour desquelles on peut circuler plutôt que des tapisseries garnissant les murs. A cette occasion, une médiatrice (passionnante) évoque la « querelle de Lausanne » opposant les cartonniers et les tenants de l’art textile plus moderne CLICUn autre médiateur, toujours à propos de la biennale de Lausanne fait allusion à l’aspect genré de la tapisserie qu’on associe à un art féminin. Cette visite à la Fondation Cartier a été passionnante grâce aux commentaires très nombreux des médiateurs. De nombreuses visites guidées sont également proposées.

Brumas

La petite salle du rez-de-chaussée est occupée par les Brumas qui sont des installations suspendues d’environ (190x90cm) en lin, gesso(apprêt) , peinture acrylique et papier japonais.  Ce sont des représentation de la pluie fine colorées de motifs géométriques. La série des brumas a déjà été exposée à la Fondation Cartier en 2018 dans l’exposition Géométrie du Sud CLIC que j’avais beaucoup appréciée. Les Brumas jouent sur le volume et sont vraiment à la limite de ce qu’on imaginerait qualifier de tapisserie. 

brumas

la Grande salle est occupée par des tapisseries monumentales Muro en rojos et Gran muro qui sont des assemblages de sorte de tuiles tissées évoquant les murs de briques ou même les feuilles mortes. 

Gran muro

On les a présentées avec de gros rochers d’ardoise pour souligner le lien avec le paysage. Le titre de la section de l’exposition est Tisser le paysage. D’autres oeuvres sont faites de bandes tissées entrelacées ou reliées entre elles enroulées figurant les lianes de la forêt ou même des falaises escarpées

Lianas

Ces bandes jouent avec la lumière, j’ai pensé à Soulages à cause de cela. strates de textile, lianes…

Cenit patchwork doré

D’autre inspirations viennent de l’Or des Indiens précolombiens comme l’or des autels baroques des églises. Utilisant d’autres techniques, de bandelettes plus fines pouvant être dorées à la feuille d’or, elle compose des panneaux somptueux : plutôt rouge d’un côté dorés de l’autre

Cenit (côté doré)

Elle joue aussi avec les traditions précolombiennes, les nœuds qui étaient un véritable code,

En gris e rozado

Traditions mystérieuses qui garderont sans doute leurs secrets.

Olga de Amaral ne s’interdit aucune matière, ni même la matière plastique, la feuille d’argent ou le palladium…

paisage de calicanto

La dernière salle  ressemble à un sanctuaire avec ces stèles dorées d’un côté noires de l’autre  : le coton tissé est recouvert d’une épaisse couche de gesso doré ou revêtu de peinture acrylique. La série des Estelas comporte 70 pièces qui évoquent des mégalithes et des sites archéologiques précolombiens.

Estelas

 

J’en suis sortie éblouie

 

 

 

 

 

 

 

 

Révélation ! Art contemporain du Bénin à la Conciergerie

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Prince Toffa , et un peu plus loin sur la photo lui répond un personnage dans une robe et une traine j’aide jacinthes des eaux dans la lagune de Ganvié

Pour une Révélation! Bénin, c’en est une dans le magnifique cadre de la Conciergerie. 

Replaçons l’exposition dans son contexte : celui de la restitution des   trésors du Palais d’Abomey en novembre 2021. Mati Diop a réalisé le film Dahomey sur ce sujet CLIC Film très politique qui mettait en scène la statue-vedette mais surtout les étudiants béninois. Les 26 trésors rendus furent exposés à Cotonou au sein de l’Exposition Révélation! Cette exposition a également fait le voyage à la Martinique. J’ai également de très bons souvenirs de la visites de ces Palais des Rois du Dahomey CLIC

De face Le Roi Béhanzin et sa suite – roméo Mivekanin
A droite appliqué sur toile de Yves Apollinaire Pédé : suite royale

Je n’avais aucune idée de la richesse de l’art contemporain béninois. je savais qu’on dit que le Bénin est le « Quartier Latin de l’Afrique » cette expression est illustrée à l’entrée du parcours par une installation mêlant livres et revues à des affiches et des sculptures primitives. 

Yves Apollinaire Pédé : Legba

On entre dans la première section thématique : Des Déesses et des Dieux 

les principales divinités du Vodun sont présentées par les toiles appliquées de Yves Apollinaires Pédé et les peintures ressemblant aux fresques de Cyprien Tokoudagba qui ont participé à la restauration des bas-reliefs du palais d’Abomey

le vodun et son panthéon Cyprien Tokoudagba

Cette salle est sonorisée avec la voix d’Angélique Kidjo Yémandja (tiré de Three Yoruba songs de Philip Glass). A la suite des gravures et aquarelles de Hector Sonon, je découvre les tableaux de Julien Sizogan : un véritable coup de cœur pour son Epiphanie des initiés célébrant un syncrétisme étonnant : dans une église aux voûtes romanes, un évêque accueille une foule colorée où des femmes arborent des tenues chamarrées tandis qu’une des Revenants, masques et costumes occupent la moitié de la nef, des musiciens nus ou presque se tiennent au bas du tableau 

Julien Sinzogan : Epiphanie des initiés

Dans une salle noire l’installation multimédia de Eliane Aïsso m’a fascinée un long moment : une quinzaine d‘Assen(plateaux métalliques) sonorisés diffusent les paroles projetées aux murs où sont accrochées de très belles photographies en noir et blanc. Chaque Assen raconte son histoire, parlant de descendance et de réincarnation. 

Julin Sinzogan : Le Retour des esprits

La salle suivante réunit des bateaux, voiliers, pirogues et même les caravelles du Retour des Esprits. Ce tableau m’évoque la traversée de la Traite des Esclaves.

Aston – Le Voilier du temps

Le Voilier du Temps exprime des préoccupations plus contemporaines écologiques. En s’approchant, je constate que les voiles sont des sièges en plastique, des douilles d’ampoules sont tassées sur son bord. Tout le voilier est confectionné avec ces déchets domestiques que l’Europe envoie en Afrique. 

Louis Oke-Agbo : la pirogue de la reconnaissance

la pirogue de la reconnaissance exploite une autre thématique.

Gou

Traversant l’exposition de nombreuses sculptures balisent le voyage

Sébastien Boko : voyageur et voile en bois

la section thématique suivante s’appelle : Des Reines et Rois

On y voit la grande photo de Behanzin et sa suite (plus haut), le Prince Tofa descendant du dernier roi de Porto Novo. 

Dominique Zincpé : Déesses et Princesses

Déesses et Princesses introduisent la troisième thématique Des Femmes et des Hommes. Les Reines  ne sont pas oubliées : Tassi Hangbé fut l’unique reine du Dahomey (1708-1711) et fut la fondatrice des Agodjies (Amazones) dont on voit de belles sculptures mais ma photo est floue. 

Moufouli Belio : Reine des Agadjies

Moufouli Belio née en 1987 s’est intéressée à rendre visible le corps féminin et à la déconstruction du patriarcat. 

Marcel Kpoho : Kondo le requin

Un aspect original m’a interpellée : la grande utilisation du recyclage dans les matières utilisées. Kondo le requin est fait de lanières de pneus, Le Prince Toffa est revêtu de bouteilles en plastique vert, ses colliers sont des capsules de nescafé, le voilier d’Aston est entièrement fait de récupération, sans oublier les personnages de fil de fer ou les masques métalliques de Charly d’Almeida. 

Une très belle exposition. Un article du Monde signale que de nombreux plasticiens de premier plan ont été omis. Le Bénin est donc bien riche!

 

Tarsila do Amaral – peindre le Brésil moderne – au Luxembourg

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 2 février 2025

Caïpirinha (1923) Tarsila se représente en jeune fille de la campagne qui joue dans son jardin

Tarsila do Amaral naquit en 1886  à Capivari (Etat de Sao Paulo) dans une exploitation caféière. En 1920 Tarsila va étudier à Paris à l’académie Julian, retourne au Brésil en 1922 pour la semaine de l’Art moderne. Oswald de Andrade devient son compagnon. Ensemble il reviendront à Paris en 1923, Tarsila prend des cours avec André Lhote, Fernand Léger et Albert Gleizes. Ils se lient avec Cendrars, Cocteau, Brancusi et les Delaunay.

Autoportrait au manteau rouge

Les Parisiens attendent une « fraîcheur exotique » elle soigne son apparence : « une caïpirinha habillée par Poiret »

L’Invention du Paysage brésilien

Le chemin de fer Central (1924)

Ses allers-retours Paris/Sao Paulo lui font appréhender le paysage brésilien. le cubisme lui offre une méthode d’analyse. Dans le Chemin de Fer Central, Tarsila exalte le progrès technologique faisant figurer locomotive, pylônes  qui voisinent avec une église portugaise ou des maisons colorées. Avec son industrialisation Sao Paulo serait la « locomotive du pays »

le Marché

J’ai beaucoup aimé la fraîcheur des couleurs, les fruits exotiques du marché et la surprise d’y découvrir des animaux, lapin, oiseau, tatou?

Primitivisme et identité

A Negra

Tarsila ne se contente pas des paysages, elle peint les Brésiliens construisant un imaginaire national fondé sur le métissage des cultures indigènes, africaines et portugaises. 

Le marchand de fruits

 

le baptême de Macunaïma (1956) présente un personnage composite, homme/femme à la fois, enfant qui devient blanc quand on le baptise dans une nature sauvage exubérante peuplée d’oiseaux cubistes rouge, de crapauds …

Batizado de Macunaïma (1956)
La Cuca (1924)

Le Brésil cannibale (1928)

Paysage anthropophage

En 1928, Oswald de Andrade publie un Manifeste anthropophage illustré par la figure de Abaporu

 

Abaporu d’après le tupi-guarani : Homme qui mange l’autre

Dans cette période anthropophage Tarsila peint les réminiscences enfantines des rêves. On l’a parfois comparée à Magritte et De Chirico mais elle ne se réclame pas du surréalisme

Taureau dans la forêt

Travailleurs/Travailleuses

Ouvriers

Le krach de 1929 affecte Tarsila qui perd ses propriétés. Son nouveau compagnon Osorio Cesar est un intellectuel de gauche. Ils partent en visite en URSS et Tarsila est influencée par le réalisme soviétique comme on le voit dans  le grand tableau « Ouvriers » presque une fresque. Ce voyage en URSS la conduira en prison en 1932. Dans le tableau des Couturières, elle s’attache à un traitement individuel de chacune des femmes

Couturières (1950)

Nouveaux paysages années 1950

Tarsila revisite ses compositions précédentes, intègre la construction des métropoles et peint Sao Paulo avec des grattes-ciel.

Porto (1963)

Le Havre – Quartier Perret – Art contemporain

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Le Havre vu des jardins suspendus

De la ville du Havre, j’ai des images de cinéma / Le Havre d’Ari Kaurismäki,  la Fée de Dominique Abel avec Fiona Gordon, 38 Témoins, et bien d’autres que j’ai oubliés. Je suis donc impatiente de découvrir la ville  « en vrai ». Autre ville portuaire après ma visite à Marseille il y a six mois .

Nous arrivons par Sainte Adresse, très construite, de la station balnéaire autrefois prisée, il reste quelques belles villas sur notre parcours.

les quartiers Perret

Nous longeons la plage, la marina . Après l’Office de Tourisme nous découvrons les barres et les tours rectilignes, constructions d’Auguste Perret. Béton granuleux, petits balcons et longues coursives rythment les verticales. A l’étage noble, la coursive est presque une terrasse que certains ont agrémenté d’un salon de jardin, de plantes (très peu) et même d’une grosse niche à chien ou d’un cabanon coloré. Le plus souvent la sobriété est de rigueur. Le vent de l’océan balaie toute velléité de désordre. Contrairement à Sarcelles, ville de tours et barres, tout semble propre et presque neuf après plus de sept décennies.

La Catène des containers

Un été au Havre est une manifestation d’art contemporain qui offre aux passants une collection d’œuvres qui s’enrichit chaque année. Sur la digue je découvre Hehe Gold Coast (2021) : des rochers accumulés pour protéger la digue ont été dorés. Pourquoi pas ? je ne suis pas très convaincue. Plus loin en direction du port, la Catène de containers (2017) de Vincent Ganivet est beaucoup plus spectaculaire. Deux demi-anneaux construits en containers colorés rappellent la vocation portuaire du Havre.

Chatonsky – la ville qui n’existait  pas – Street Art

Au hasard, je découvre ls formes violettes de Grégory Chatonsky, Rêve du Havre, imaginées avec une IA, puis-je lire sur le fascicule. Quel intérêt ? Le même Chatonsky : La ville qui n’existait pas, (2023), d’immenses fresques décorent les faces aveugles des barres d’immeubles Perret. Ces grands tableaux de Street Art racontent une ville en ruine, un cataclysme, cartes postales dystopiques qui m’ont bien plu. Il y en a 25, pressée par le temps, je n’en ai découvert que 2. Au hasard de ma promenade Les Apparitions (2019) de Stephan Balkenhol : des personnages grandeur humaine sont collés au façades : debout ils regardent la rue qui est aujourd’hui pavoisée pour une célébration de la Libération de la ville . Plus discrets, des tubes de néon qui clignotent dans un couloir ???? Les œuvres sont nombreuses, avec le livret de l’Office de Tourisme, j’aurais pu parcourir toute la ville où elles sont dispersées et faire des découvertes si j’avais disposé de plus de temps.

Eglise Saint Joseph

Partout, au-dessus des immeubles Perret, dépasse la flèche de l’Eglise Saint Joseph. Construite en béton de 1951 à 1958. Prouesse que cette tour de 107 m de haut . Jeu de géométrie partant de la croix grecque, la tour devient octogonale puis porte un clocheton carré de plus en plus fin. Très claire avec ses vitraux multicolores dus à Marguerite Huré, maître verrier qui a conçu  des harmonies subtiles de sept couleurs de plus sombres à la base à claires au sommet, rose à l’est, orange et jaune au sud, bleu au  nord…

Saint Joseph vitraux

Le vent s’engouffre dans les rues rectilignes. Sur le front de mer, il est glacial. Je cherche à m’en protéger dans les rues, sans succès, il souffle toujours aussi fort.

 

Trouville : Exposition Rouart à la villa Montebello

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Augustin Rouart : Le Nageur

La villa Montebello est une belle construction à flanc d’une pente très raide à la sortie de Trouville, au- dessus des Roches Noires, autrefois résidence de Marguerite Duras(actuellement en travaux). C’est une grosse villa de trois nivaux , brique et pierre, très ornée, un petit château.

Augustin Rouart (1907-1997) est exposé dans le cadre de Normandie-Impressionniste. Il a grandi dans le milieu impressionniste. Sa famille était amie avec les plus grands : Degas, Renoir et Berthe Morizot. Julie Manet a peint augustin enfant. Une photographie montre la famille Lerolle-Rouart entourant Debussy au piano.

Henri Rouart : Bateaux sur la Seine aux environ de Rouen

 

Il me faut faire attention aux prénoms et aux dates. Le grand-père Henri (1833-1912)était un peintre connu . Deux de ses tableaux sont ici prêtés par le Petit Palais. Ils me plaisent plus que ceux d’Augustin, surtout Bateaux sur la Seine aux environs de Rouen et une scène d’intérieur.

Trois salles sont dédiées à l’exposition Augustin Rouart : trois autoportraits (1933-1944-1980), des marines, couchers de soleil, plages.

Augustin Rouart le petit pêcheur

Noté l’Arbre dans la neige, Le nageur et Le petit pêcheur. Les dessins et portrait de ses enfants se ressemblent tous, c’est répétitif, je m’ennuie. Une autre salle présente des natures mortes, des bouquets c’est bien fait mais pas très intéressant.

Collections permanentes à l’étage :

André Hambourg :petits chevaux sur la plage de Trouville

Les bains de mer à Trouville : costume de bain, affiches anciennes,

Ancien village  de Trouville avec des tableaux petit format : l’ancien village en 1850, Le port de Trouville 1840…

André Hambourg : la Plage de Trouville

André Hambourg à Trouville occupe une salle : lithographie de yachts, courses, chevaux sur la plage. C’est gai, coloré. Je les préfère de loin aux vues de Venise des Franciscaines. Un livre à la disposition des visiteurs présente d’autres aspects de l’artiste Hambourg est loin d’être un artiste gai et superficiel. Il a documenté la fin de la Seconde Guerre mondiale, fait même un reportage dessiné à Berchtesgaden, illustré un livre de Kessel.

A la suite de la visite, nous continuons la rue au-dessus des Roches Noires jusqu’à un club nautique au bout de la digue. Au-delà, une plage sauvage face au port du Havre dont on distingue très nettement les installations avec beaucoup d’acuité sous un ciel lourd de nuages très sombres. La falaise s’éboule, de gros blocs se sont détachés.

le port du Havre vu de la plage de Trouville

De jolie villas sont construites sur la digue, l’une d’elle a installé des chats de faïence sur les tuiles de l’auvent.

 

Deauville – Les Mondes flottants

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Une moderne Olympia – Morimura

Exposition de Normandie-Impressionniste2024 jusqu’au 22 septembre 2024

Les Mondes flottants, au Japon qualifient des estampes décrivant la vie quotidienne. Les impressionnistes, avec l’ouverture vers le monde extérieur à l’ère Meiji, collectionnèrent estampes, éventails, paravents et cet engouement fut le Japonisme. L’exposition Les Mondes flottants  est une confrontation  entre deux mondes, entre l’art Japonais et les tableaux impressionnistes, entre les impressionnistes du XIXème siècle et les artistes japonais contemporains. Confrontation, mise en abyme.

D’entrée, La Parisienne japonaise d’Alfred Stevens (1872) est présentée à côté du tableau Une moderne Olympia de Yasumasa Morimura (2018) montage photographique qui s’inspire de l’Olympia de Manet, tableau scandaleux. Dans l’œuvre de Morimura, c’est un homme nu japonais qui est couché tandis que le rôle de la servante est joué par un homme occidental. Questionnement des genres, questionnement racial. Sur le divan, l’homme oriental est féminisé, est-ce le regard occidental ? l’homme occidental barbu avec un haut de forme revêt des vêtements féminins.

la parisienne Japonaise- Alfred Steven

Plus loin, ce sont des tableaux impressionnistes qui sont accrochés en sandwich avec des estampes japonaises : Maurice Denis et Valotton on compare l’usage des à-plats. Deux jolis et très petits Henri- Edmond Cross sont soumis à la même comparaison avec les estampes des Ponts d’Edo.

Etude d’un poisson dans un aquarium – Albert Copieux

Et ce poisson exotique, japonais ? non Albert Copieux, peintre normand.

Cette exposition fait la part large à la photographie souvent en très grand format Etonnantes lunettes de Le Corbusier laissant apparaitre un texte français tandis qu’à côté les Lunettes de Tanizaki lisent des idéogrammes, de la photographe japonaise Tomoko Yoneda.

Félix Regamey – 2 prêtre de la secte shigon expliquent à Emile Guimet la qualité de leur dogme

Felix Elie Regamey(1844-1907) est le seul peintre français présenté ici qui a peint le Japon. Il a accompagné en 1876 Emile Guimet pour un voyage de 10 mois dont deux au Japon. De retour, Guimet lui commande 40 grandes toiles pour l’Exposition Universelle de 1878.

Une section est appelée Immensité du Littoral révélant que les Japonais n’ont pas la même approche de la mer Hiroshige voisine avec Boudin et Valtat.

Une série de grande photographie documente sur le séisme et le tsunami en 2011.

Une vidéo hypnotique » Ocean view resort » m’a scotchée de longues minutes : des rideaux qui remuent au vent, une femme fume à sa fenêtre dans la nuit bleutée, seule point coloré, la braise de sa cigarette

La ville : ce nouveau sujet

prison nuke fission 235

Des images proche de l’univers manga décrivent une ville apocalyptique, Prison NUKE FISSION 235 utilise la xylogravure pour une allégorie sur la politique nucléaire. .

Mari katayama

Face aux « Parisiennes de Blanche et de Helleu, des tirages très grand formats de la photographe Mari Katayama. Amputée des deux jambes, elle se met en scène avec ses prothèses, regardant bien en face l’objectif. Au sol les prothèses brillent. Une femme amputée- mannequin, l’accompagne dans un décor kitsch très brillant.

Encore un couple Hiroshige/Signac !

Nature mystérieuse

La vidéo de Momoko Seto : Planet Sigma  m’a fascinée.  Je suis restée longtemps devant ce monde en transformation, ces insectes qui se dégèlent, d’une beauté extraordinaire. Momoko Seto est une artiste franco-japonaise, née à Tokyo mais élève d’école française, venue à Paris étudier aux Beaux -Arts, vidéaste, cinéaste, documentariste pour le CNRS. Intéressée par la croissance des cristaux de sel, des moisissures, de la germination des graines. C’est aussi une bricoleuse qui fait appel à des technologies sophistiquées pour montrer ces croissances qui semblent immobiles. Sa démarche me fait penser à celle d’Hicham Barrada à la différence que ce plasticien expose ses bocaux et ses aquariums où se déroulent les cristallisations en direct.

Yayoi kusama

L’exposition continue avec l’installation de Yayoi Kusama, univers étonnant en pois blancs sur fond rouge et miroirs.

 

Deauville – les Franciscaines -Robert Capa – Venise d’André Hambourg

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

145 avenue de la République – A l’entrée de Deauville en arrivant de Villers-sur-mer.

Le grand couvent édifié au XIXème siècle a été occupé par des sœurs franciscaines qui l’ont vendu en 2011 à la Ville de Deauville qui l’a aménagé en « lieu culturel » : médiathèque et lieu d’exposition, Fablab, auditorium pour des conférences.

le cloitre et le lustre

Le cloitre bordé d’arcades est couvert et éclairé par un lustre monumental fait de 14285 tubes de polycarbonate. Chaises, tables, blocs et présentoirs de la Presse en font un lieu de lecture ou de rencontre.

Le comptoir de la Billetterie repose sur d’étranges briques blanches : les tranches de livres. Déclassés, ils étaient promis à la benne et ils se retrouvent encore en bibliothèque !

Billet d’entrée cher : 16€ mais il y a 4 expositions en ce moment.

Exposition Robert Capa

Photographe de guerre, Capa a documenté l’histoire du XXème siècle, de la guerre d’Espagne jusqu’à sa mort en Indochine en 1954.

On peut admirer la qualité des photographies ou s’intéresser à ces témoignages. Conflits ou naissance d’Israël.

Il faudrait avoir un œil neuf, le cerveau disponible pour passer le temps nécessaire dans cette exposition. Après les Mondes Flottants, je sens mon attention flottante. Je reconnais certaines images universellement connues mais je passe trop rapidement.

André Hambourg – Rendez-vous à Venise

Hambourg

 

André Hambourg est né à Paris en 1909 et s’est éteint à Deauville en 1999 . La ville de Deauville a reçu en leg 539 peintures et des milliers de dessins. Le Musée Hambourg est situé aux Franciscaines. En 1957 il découvre Venise et s’y rendra une quinzaine de fois. Cette exposition nous entraine à la découverte de Venise.

Jeux d’eau de de lumière, reflets de jour ou de nuit. C’est une peinture très jolie, séduisante, décorative, un peu trop de tout cela.

 

la symphonie des nymphéas de Hiramatsu Reiji à Giverny

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024 

Hiramatsu : l’Etang de Monet derrière un feuillage

Arrivée à Giverny

Parties à 7 heures par beau temps et trafic fluide, nous arrivons à 9h à Giverny après les courses au Carrefour de Bonnières. Avant l’ouverture du Musée des Impressionnistes je dispose d’une heure pour me promener dans les rues fleuries.  Septembre, dominante jaune des topinambours fleuris, verges d’or et onagres, contrepoint rouge ou pourpre des dahlias, plumetis des sauges aux petites fleurs rouge et blanches.

la tombe de la famille Monet

Dépassant le Musée puis l’Auberge Baudy pavoisée, je trouve plus loin la Mairie et l’église et tout à côté le cimetière avec la tombe de la famille Monet. La route s’élève ensuite sur les contreforts de la falaise.

Nymphéas sur un fond doré

L’Exposition Hiramatsu Reiji est un véritable choc. Pas de tableaux, des paravents. Pas de style impressionniste. Pas de scènes peintes sur le motif. N i paysage, ni personnages. Pas de perspective. Des couleurs à plat qui claquent. Et pourtant, c’est bien de Giverny et de Nymphéas qu’il s’agit dans cette Symphonie des Nymphéas. Cette exposition est parfaitement à sa place ici.

Hiramatsu Reiji, né en 1941 à Tokyo, peint des Nihonga , peinture traditionnelle japonaise. Ce terme fut inventé en 1880 pour préserver la tradition face à l’engouement pour les peintures occidentales. Parallèlement, en Occident les peintres impressionnistes collectionnent les estampes japonaises et la mode du Japonisme sévit.

De grands paravents sont posés sur des estrades tout autour de la première salle. Immédiatement on reconnait l’étang de Monet.

J’ai été bien inspirée de prendre l’audioguide. Il y a très peu d’explications sur les cartels.

l’étang de Giverny

Les nymphéas sont stylisés, regroupés en petits amas à la surface d’un étang bleu intense où des nuages blancs en V se reflètent, inversion d’un  Mont Fuji enneigé ?  Autre inversion dans le miroir de l’eau : le reflet des arbres très haut près du bord du paravent. Avec une meilleure observation je reconnais les massifs fleuris. Il me faut encore beaucoup d’attention pour découvrir une libellule. Chaque paravent contient au moins un insecte ou un oiseau représentant le peintre lui-même.

En face, un paravent recouvert d’un papier peint blanc aux vaguelettes en éventail porte en son centre un cercle peint « tondo » représentant l’étang de Monet derrière des feuillages. Au premier plan, les branche de saule vert clair, se détachent sur l’eau presque noire tandis que les nymphéas fleuris sont très gais.

Souvenirs de Normandie!

Dans une pièce annexe, une curiosité touristique : un paravent au fond gris est décoré de pastilles rondes. Chaque pastille est un petit tableau très coloré : une ferme normande, une glycine, un petit paysage de Normandie, des personnages… Cela me fait penser aux cartes postales ou aux magnets souvenirs de voyage qu’on colle sur le frigo. C’est gai, primesautier, pas sérieux.

Bambous et nymphéas

Des bambous géants dessinent un tableau presque abstrait. Sommes-nous en Asie ? non, Monet a planté un rideau de bambous. Bambous verts d’eau, bleus, marrons aux nœuds blancs et aux bourgeons qui pointent. Ils se détachent à la surface de l’eau métallique (on reconnait les carrés de feuilles métalliques que le plasticien a collés). Et bien sûr, des nénuphars en fleur !

Cerisiers et nymphéas

Trois grand panneaux frôlent encore l’abstraction : nymphéas et cerisiers en leurs mêlent Japon et Giverny. Mélange anachronique puisque la floraison des cerisiers a lieu au début du printemps et celle des nénuphars en été. Les pétales délicats forment sur les nymphéas dorés une spirale enchantée. Monet avait collectionné les estampes, avec Hiramatsu, le Japonisme des impressionnistes retourne au Japon !

l’hiver

L’audioguide m’instille des notions de culture japonaise : les Nihongas sont imprégnés de shintoïsme et de bouddhisme qui considèrent les éléments naturels comme des divinités. Le cyscle des saisons a une connotation religieuse<. Après le printemps les érables rouges symbolisent l’automne. Deux panneaux représentent l’hiver avec de grosses boules de neige sur des arbres dénudés aux branches et rameaux d’une grande finesse.

Sur les panneaux suivants, l’artiste s’est attaché à figurer les reflets sur l’eau : papiers métallisés colorés

les nuages se reflètent à la surface de l’eau

Les derniers panneaux montrent les nuages qui se reflètent dans l’eau. Les nymphéas sont noirs, rouge orange avec des fleurs bleues.

Je sors de l’exposition éblouie !